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L’embellie de Audur Ava OLAFSDOTTIR

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

Un voyage optimiste vers la lumière.

 

L’auteur :

 

Audur Ava Ólafsdóttir est née en 1958. Elle a fait des études d'histoire de l'art à Paris et a longtemps été maître-assistante d'histoire de l'art à l'Université d'Islande. Directrice du Musée de l'Université d'Islande, elle est très active dans la promotion de l'art. À ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d'artistes. 

Rosa candida, traduit pour la première fois en français, est son troisième roman après Upphækkuð jörð (Terre relevée) en 1998, et Rigning í nóvember (Pluie de novembre) en 2004, qui a été couronné par le Prix de Littérature de la Ville de Reykjavík.

Rosa candida a reçu en Islande deux prix littéraires : le Prix culturel DV de littérature 2008 et le Prix littéraire des femmes (Fjöruverðlaun). En France, il a été finaliste du Prix Fémina et du Grand Prix des lectrices de Elle. Il a reçu le Prix des libraires au Québec. Ce roman a également été traduit en anglais, danois, allemand, néerlandais, espagnol. Il est en cours de traduction en tchèque, finnois et italien.

 Audur Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

 

En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu'à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.

Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans l’Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus.
 Il y a chez la grande romancière islandaise – dont on garde en mémoire le merveilleux Rosa candida – un tel emportement rieur, une telle drôlerie des situations comme des pensées qui s’y attachent, que l’on cède volontiers à son humour fantasque, d’une justesse décapante mais sans cruauté, terriblement magnanime. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

La narratrice est une femme étrange, son mari d’ailleurs ne supporte plus cet univers fluctuant et décide de la quitter parce que «  vivre avec toi, c’est comme être sans arrêt dans un marais en plein brouillard. On  tâtonne sans savoir ce qui va se présenter. » (p. 35) Alors il va partir, pour une autre, pour un enfant, pour une stabilité qu’il pense préférable à cette personnalité fantasque hors norme. A-t-il eu raison de choisir la normalité au détriment de la folie d’un quotidien mouvant ?

Qu’importe, la narratrice quant à elle continue sa vie étrange, dotée tout à coup d’une chance hors du commun, elle gagne plusieurs gros lots, et se voit confier la garde d’un petit garçon de quatre ans qu’elle va emmener en voyage. Et ses idées préconçues sur les enfants risquent de voler en éclat au contact  de cet être si frêle handicapé de surcroît.

« Les parents sont fatigués, ils ne se parlent pas, ils ne se retrouvent pas, ils ne voient ni l’épilobe arctique ni le glacier à cause des gosses qui sont malades à bord. Dans le maquis du terrain de camping, ils disparaissent à tout bout de champ et il n’y a pas moyen de feuilleter tranquillement son dictionnaire de synonymes devant  sa tente parce qu’on est tout le temps sur le qui-vive, à ce que j’imagine.  (…) En se concentrant au degré ultime, on doit pouvoir lire deux pages d’affilée. Sauf qu’un silence suspect règne autour de l’enfant : il a sans doute le hochet coincé dans la gorge. C’est pourquoi il faut aller vérifier toutes les quatre lignes.  On est tout le temps en train d’ôter au petit son pull-over, soit de lui remettre, d’enfoncer Barbie dans son collant et ses escarpins en strass, de chercher les clés de la porte d’entrée avec le marmot endormi dans les bras. » (p.42)

Quelques semaines lumineuses aux côtés de l’enfant vont la faire mûrir et éclairer sa vie d’une aura maternelle insoupçonnée.

Les romans d’Audur Ava Olafsdottir nous font évoluer dans des mondes étranges, loin d’un quotidien connu stable. Mais en nous éloignant de la normalité ils nous ouvrent les portes d’un monde clair, beau comme peuvent l’être les choses simples. Ils nous font croire, enfin,  à l’embellie…

 

Ce que j’ai moins aimé :

J’avais déjà tenté une première fois de lire ce roman, et je l’avais abandonné, peu touchée par le destin fantasque de cette femme particulière. Je l’avais toutefois laissé de côté en sentant bien que ce n’était peut-être pas le bon moment encore, qu’un jour je le reprendrais… Le prix des lectrices de Elle m’en a donné l’occasion. Et j’avais raison, le deuxième essai fut le bon. Nous sommes plusieurs sur la blogo dans le même cas de figure, alors un bon conseil : n’abandonnez pas, laissez vous charmer…

 

Premières phrases :

 « Quand je regarde en arrière, sans vraiment respecter à cent pour cent la chronologie, nous sommes là, serrés l’un contre l’autre, au milieu de la photo. Je le tiens par les épaules et il m’attrape quelque part, plus bas parle force des choses ; une mèche châtain foncé barre mon front très pâle ; il affiche un grand sourire et tient quelque chose dans son poing gauche. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur :  Rosa candida de Audur Ava OLAFSDOTTIR

 

 D’autres avis :

 ThéomaBabélioCathulu, Céleste, Gwen, Hélène, Isa Liliba ; Clara ; 

Jostein ; A proposdes livres CanelKathel ; Papillon 

 

 L’embellie, Audur Ava Olafsdottir, ZUlma, août 2012, 22 euros

 

grand prix lectrices de elle

Publié dans Littérature Europe

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Le pari des guetteurs de plumes africaines de Nicholas DRAYSON

Publié le par Hélène

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  ♥ ♥ ♥ 

L’auteur :

 Nicholas Drayson est né en Angleterre et vit en Australie depuis 1982, où il a étudié la zoologie avant d’entreprendre un doctorat sur l’histoire naturelle dans la littérature scientifique de l’Australie du XIXe siècle

 L’histoire :

 Le très réservé et très honorable M. Malik, résident de Nairobi, est en secret éperdument amoureux de Mme Rose Mbikwa, qui conduit chaque mardi matin la promenade ornithologique. Alors que M. Malik est sur le point d’inviter Rose au bal annuel du Hunt Club, le très tapageur Harry Khan arrive en ville et laisse clairement entendre qu’il a lui aussi des vues sur Rose. Un pari s’organise : celui des deux qui apercevra le plus grand nombre d’oiseaux invitera Rose au bal. Mais M. Malik n’est pas si facile à battre et n’est jamais à court d’idées. Il emploie des méthodes peu orthodoxes : des expéditions lointaines, et compte même une poule. Tous les moyens sont bons pour gagner le pari des guetteurs de plumes africaines…

 Ce que j’ai aimé :

 Le pari en question est simple : quel est celui qui, entre M. Malik, gentleman chic et discret, ou Harry Khan, séducteur invétéré, va gagner le droit d'inviter la belle Rose au bal ? Celui qui réussira à observer le plus d'oiseaux différents sur un laps de temps bien défini gagnera le pari. Ainsi, les deux protagonistes vont n'avoir de cesse d'arpenter la région à la recherche de l'oiseau rare.

Ce préambule tout à fait original pose les bases d'un roman qui ne l'est pas moins. Au fur et à mesure du pari, M. Malik va prendre de l'épaisseur, et son personnage va devenir bien plus complexe et intéressant qu'il ne l'était au premier abord...

L'ornithologie permet d'appréhender le monde sous l'angle du détail, l'observation assidue seule permettant de saisir l'espèce rare...

« Au cours des quelques heures qui suivirent, M. Malik, qui avait toujours pensé que seules trois variétés de souïmangas lui rendaient visite dans son jardin, eut la surprise de découvrir qu’avec l’aide de ce garçon il réussissait à en identifier formellement cinq. » (p.183)

                                   martin pêcheur huppé

Ce roman original est également drôle, mâtinée de cet humour anglais discret et joyeux. Un bol d'air frais dans la littérature actuelle souvent bien plus plombante... 

 

  Ce que j’ai moins aimé :

- Rien

 

Premières phrases :

 « - Bah, oui, fit Rose Mbikwa en levant les yeux vers le grand oiseau noir à la queue élégante qui montait très haut dans le ciel au-dessus du parking du Muséum de Nairobi, un milan noir. Et il n’est pas noir, mais brun, naturellement.

M.ÞMalik sourit. Combien de fois avait-il entendu Rose Mbikwa prononcer ces mots-làÞ? Presque autant de fois qu’il avait suivi cette promenade aux oiseaux du mardi matin. »

 

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le Safari des bêtes à sang chaud et autres meurtres de sang-froid

 

D’autres avis :

 Yves  

 

  Le pari des guetteurs de plumes africaines, Nicholas Drayson, Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Johan-Frédérik Hel Guedj, Editions des Deux terres, 2011, 21.50 euros

POCHE : Le pari des guetteurs de plumes africaines, Nicholas Drayson, Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Johan-Frédérik Hel Guedj, J'ai Lu, février 2013, 6.70 euros  

 Merci à Yves pour le prêt. 

 

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En haut à gauche de Erri DE LUCA

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

  « Il y a toujours un saint en sentinelle pour une enfance silencieuse. » (p. 83)

 

L’auteur :

 

D'origine bourgeoise, il est destiné à une carrière de diplomate. Il s'y refuse, rompt avec sa famille et en 1968, embrasse le mouvement de révolte ouvrière. Il intègre le mouvement d'extrême gauche : Lotta continua, dont il sera dirigeant de la fin des années soixante au début des années soixante-dix.

Il multiplie les métiers manuels : ouvrier spécialisé chez fiat à Turin, manutentionnaire à l'aéroport de Catane, maçon en France et en Afrique, conducteurs de camions.
Bien qu'il se dise athée, il lit quotidiennement la bible et a appris l'hébreu ancien pour pouvoir lire et traduire les textes sacrés.

C'est un passionné d'alpinisme, sujet sur lequel il a écrit de nombreux articles..
Pendant la guerre de Yougoslavie, il s'engage comme conducteur auprès d'une association humanitaire, et convoie des camions de ravitaillement en Bosnie.

Bien qu'il ait commencé à écrire à l'âge de vingt ans, son premier livre ne paraît qu'en 1989, et obtient le prix Femina en 2002.

Il collabore au Matino, principal journal napolitain et à d'autres périodiques La republica, il manifesto).
Il vit actuellement près de Rome. (Source : babélio)

 

L’histoire :

 

 Publié en 1994, le recueil de nouvelles En haut à gauche semble contenir en germe nombre de livres à venir d’Erri De Luca. C’est d’abord l’enfance napolitaine, des pêcheurs taciturnes, une nature découverte avec l’école buissonnière. Puis, souvent d'inspiration autobiographique, de courts récits mettent en scène les années d’initiation ouvrière : le narrateur est né en bourgeoisie, il s'éveille à la solidarité des exploités. Surgissent des souvenirs de lutte, de sauvetages amoureux. Partout, le sacré. Erri De Luca excelle à transmettre la beauté des corps et des objets, la chair du monde et des livres. Chaque expérience devient une source d'enseignement que les mots viennent prolonger. (Source : Editeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Dans un style inoubliable et avec la sensibililté accrue qu'on lui connaît, Erri de Luca évoque son enfance puis le passage à l'âge adulte : l’école buissonnière, la solidarité entre les élèves, les leçons des grands maîtres que l’on admire et dont on retient les leçons, pour plus tard, quand on aura suffisamment mûri pour les recevoir, les petits métiers qu’il faut bien faire pour survivre, même s’ils sont ingrats, puis la guerre dont on ne se remet jamais totalement, les femmes qu’il est tellement difficile de garder, les dialogues avec le père, ses mots, ce qu’il a cherché à transmettre à son fils, ce qui les unit et les réunit pour l’éternité, au-delà de  la mort …

  Mais Erri de Luca chante aussi  l’amour de la montagne, de cette masse naturelle fascinante et sauvage, et, encore et toujours, l’amour des livres qui permettent ce partage lumineux d’une vie et de ses éclats…

  « Tu auras à nouveau tes livres, le seul endroit où l’expérience que l’on fait dans le monde trouve des mots d’accompagnement. » (p.115)

 « Ils connaissaient mes peines, mes besoins, mes mécontentements. En chacun d'eux il y avait une phrase, une lettre qui n'avait été écrite que pour moi. Ils ont été la vie seconde, qui apprend à corriger le passé, à lui donner une présence d'esprit qu'alors il n'eut pas, à lui donner une autre possibilité. Les livres sont des maîtres pour les souvenirs, ils les font marcher. Je les ai lus entièrement, je n'en ai laissé aucun à moitié, pour décevant ou présomptueux que fût un livre je l'ai suivi jusqu'à la dernière ligne. Parce que c'était beau pour moi de tourner la page lue et de porter mon regard en haut à gauche, là où l'histoire continuait. J'ai toujours tourné très vite la feuille pour reprendre à cette première ligne, en haut à gauche. » (p.118)

 Un très beau recueil

 

Ce que j’ai moins aimé :

   - Rien

 Premières phrases :

 « Durant une courte période de la scolarité j’évitai tout contact avec la physique. Je n’avais pas encore mes objections actuelles, je ne demandais pas de laisser en paix l’atome, lui qui suivant son intention originelle voulait être indivisible. Le terme consacré par Démocrite était une invitation au respect de la limite. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Trois chevaux  Le jour avant le bonheur , Le contraire de un  ; Le poids du papillon

Autre : de Mario RIGONI STERN Les saisons de Giacomo ; Hommes, bois, abeilles

 D’autres avis :

Presse : Libération ; Le matricule des anges

 En haut à gauche, Erri De Luca, traduit de l’italien par Danièle Valin, Folio, 2012, 128 p., 5.49 euros

   

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Loin des mosquées d’Armel JOB

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

 L’auteur :

 

Professeur agrégé de philologie classique en Belgique, Armel Job a enseigné pendant vingt ans avant de se mettre au roman avec La Femme manquée. Aux Éditions Robert Laffont, il a également publié Baigneuse nue sur un rocher, Héléna Vanneck, Le Conseiller du Roi, Les Fausses Innocences (prix du jury Jean Giono 2005), Les Mystères de sainte Freya, Tu ne jugeras point, Les Eaux amères et Loin des mosquées.

 

L’histoire :

 

 Turc grandi en Belgique, Evren achève à Cologne de brillantes études de comptabilité. Hébergé chez son oncle, ce garçon de vingt et un ans, encore chaste et au visage ingrat, s'éprend de sa cousine, la belle et sensuelle Derya. Rentré en Belgique, Evren fait part aux siens de sa décision : il va épouser Derya. Une délégation familiale se rend donc en Allemagne pour demander la main de la jeune fille. Mais les choses ne tournent pas exactement comme prévu… (…) À travers l'évocation des mariages arrangés, Armel Job livre ici un conte à la morale subtile sur le combat courageux des femmes pour le droit à la dignité, à l'égalité et à la liberté.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Loin des mosquées offre une belle sensibilisation au statut des femmes musulmanes et aux mariages forcés auxquels elles sont souvent contraintes. Derya est une jeune femme qui aimerait choisir son destin, mais poussée par la pression masculine de la famille, elle doit se plier aux règles de son clan. Mais il permet aussi de ne pas faire d’amalgames, certains musulmans dans le roman étant tout à fait ouverts et compréhensifs allant même jusqu’à porter secours à la jeune Derya. De même certains mariages arrangés fonctionnent tout à fait correctement au fil du temps, quand les deux époux ont appris à se connaître et à s’apprécier.

 Le ton est teinté de comique, d’une légèreté qui permet d’éviter le tragique qui serait pourtant de mise avec un tel sujet. De même le choix de scinder le roman en diverses parties adoptant le point de vue de différents personnages apporte de la densité aux propos et une bouffée d’air frais quand la situation se fait trop lourde.

 Le fond du roman reste tout de même très grave, une ombre malsaine plane sur le destin des personnages, guettant dans l’ombre celui ou celle qui refusera de se soumettre à l’ordre familial.

Une construction millimétrée au service d’un thème difficile mais admirablement bien mené ici.

 Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 Premières phrases :

 

« En principe, un corbillard n’a jamais d’accident. D’abord parce que les chauffeurs de corbillards ont un certain style de conduite. Mesuré, solennel. On n’imagine pas un corbillard prendre des risques sur la route. Ensuite, les autres conducteurs, quand ils aperçoivent un corbillard, aussitôt lèvent le pied. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Les eaux amères 

 

Loin des mosquées, Armel Job, Robert Laffont, février 2012, 19 euros

 

 

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Une journée d’Ivan Denissovitch de Alexandre SOLJENITSYNE

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Dix-sept heures de la vie d’un captif des camps soviétiques

 L’auteur :

 Alexandre Soljenitsyne est né dans le Caucase en 1918. Juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté par la police militaire et passera les huit années suivantes dans des camps. Condamné ensuite à « l'exil perpétuel », il est réhabilité en 1957. Jusqu'en 1962, date de sa première publication, il enseigne les mathématiques et la physique dans des écoles secondaires de campagne. Le succès que va connaître Soljenitsyne avec ses publications puis son prix Nobel déclenche une tempête d'injures et de calomnies dans la presse soviétique. En 1974, il est arrêté et expulsé d'URSS. Il s'installe alors dans le Vermont, aux États-Unis. Il revient de son exil américain et s'installe près de Moscou en 1994. Il meurt le 3 août 2008, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. (Source : éditeur)

 

Présentation de l’éditeur :

 « Les journées, au camp, ça file sans qu'on s'en aperçoive. C'est le total de la peine qui n'a jamais l'air de bouger, comme si ça n'arrivait pas à raccourcir. » 

Tous les matins, à cinq heures, un surveillant réveille les vingt-trois détenus de la 104e brigade de travailleurs d’un camp de travail russe. Ivan Denissovitch, surnommé Choukhov, y a été déporté pour cause de « trahison de la patrie ». Condamné à dix ans, il ne lui reste qu'un an à passer au camp.

Un matin, le robuste Choukhov, affaibli, s'est levé en retard. Puni, il est contraint de nettoyer le plancher. Puis il se rend au dispensaire pour y chercher des soins, mais le médecin ne peut l’exempter car son quota quotidien d’arrêts de travail est déjà dépassé. Il retourne donc aux travaux forcés dans le froid glacial de la steppe, s’employant à mettre en place des méthodes de survie : il capitalise la seule richesse qu'il possède, celle des pourtant misérables rations de nourriture. Tous les jours, il s’évertue à accomplir d’harassantes et inhumaines tâches : il creuse des trous, martèle, déplace des kilos de terre, coupe et transporte du bois, construit des charpentes, aligne des briques ou bien dispose du mortier, etc.
À la nuit tombée, Choukhov est satisfait de sa journée. Elle ne lui a pas été fatale. Il n'a pas été mis au cachot, il n'est pas tombé malade et a même réussi à « s'acheter » du bon tabac grâce à un privilégié du camp.

Une journée d'Ivan Denissovitch est un roman noir dans lequel le désespoir n'a pas sa place. Il dépeint la force d’un prisonnier banal aspirant seulement à survivre jusqu’au lendemain, écrasé par des conditions de vie intolérables supportées sans cris et avec une grande dignité.
Alexandre Soljenitsyne décrit l’horreur banalisée et les principes du système concentrationnaire du Goulag en employant des termes simples et précis pour transcrire une situation tragique. Jamais plaintif, toujours juste, ce roman est à la fois d’une horreur saisissante et d’une beauté littéraire limpide. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Ce récit est à replacer dans son contexte : en 1961 ce qui s’était passé dans les camps soviétiques restait tabou, nébuleux. Ce manuscrit, servi par un style dans lequel transparaissent des facilités d’écriture confondantes, vient éclairer une période sombre de l’histoire.  Soljenitsyne l’aurait écrit en deux mois seulement. En un minimum de mots tiré de l'argot et du parler paysans il nous livre le récit expressif du quotidien d’un paysan emprisonné  pendant la seconde guerre mondiale et condamné à 10 ans de captivité.

 L’horreur de ces camps c’est avant tout le quotidien : 

« C’est merveilleux comme le travail fait passer le temps. Chouckhov l’avait remarqué qui sait des fois : les journées, au camp, ça file sans qu’on s’en aperçoive. C’est le total de la peine qui n’a jamais l’air de bouger, comme si ça n’arrivait pas à raccourcir. » (p. 84)

« Or, même pour penser, ça n’est jamais libre, un prisonnier. On retourne toujours au même point, en n’arrêtant pas de retourner les mêmes idées. Est-ce qu’ils ne vont pas retrouver la miche en fourgonnant dans la paillasse ? ce soir, est-ce que le docteur voudra bien vous exempter de travail ? Le commandant, il couchera au mitard ou pas ? Et comment il a pu s’arranger, César, pour se faire donner des affaires chaudes ? (…) » (p. 58)

« Il s’endormait, Choukhov, satisfait pleinement. Cette journée lui avait apporté des tas de bonnes chances : on ne l’avait pas mis au cachot ; leur brigade n’avait point été envoyée à la Cité du Socialisme ; à déjeuner, il avait maraudé une kacha ; les tant-pour-cent avaient été joliment décrochés par le brigadier ; il avait maçonné à cœur joie ; on ne l’avait point paumé avec sa lame de scie pendant la fouille ; il s’était fait du gain avec César ; il s’était acheté du bon tabac ; et au lieu de tomber malade, il avait chassé le mal.

Une journée de passée. Sans seulement un nuage. Presque de bonheur.
Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d’un bout à l’autre, trois mille six cent cinquante-trois. 

Les trois de rallonge, c’était la faute aux années bissextiles.» (p. 189)


Ce récit tragique permet d'appréhender au plus près l'horreur de journées qui s'écoulent en captivité, dans la peur et la détresse. Un témoignage poignant, une esquisse de ce que sera L’archipel du goulag.

 Ce que j’ai moins aimé :

Une impression de déjà lu et entendu assez prégnante.

De plus - et pour cause - le tout est un peu lassant même si le texte est fort.

 Premières phrases :

 « A cinq heures du matin, comme tous les matins, on sonna le réveil : à coups de marteau contre le rail devant la baraque de l’administration. De l’autre côté du carreau tartiné de deux doigts de glace, ça tintait à peine et s’arrêta vite : par des froids pareils, le surveillant n’avait pas le cœur à carillonner. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : L’archipel du goulag

Autre : Si c’est un homme de Primo LEVI 

 

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre SOLJENITSYNE, Traduit par Lucia et Jean CATHALA, Robert Laffont, Pavillons poche, 2010, 7 euros

 Lu dans le cadre du mois russe initié par Marilyne

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Du côté de Canaan de Sebastian BARRY

Publié le par Hélène

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♥ ♥

  

L’auteur :

 

Sebastian Barry est né à Dublin en 1955. à la fois romancier, poète et dramaturge, il est reconnu comme l’une des voix les plus importantes de la littérature irlandaise d’aujourd’hui. Ses romans Annie Dunne et Un long, long chemin ont paru aux Éditions Joëlle Losfeld en 2005 et 2006. Le testament caché figurait sur la shortlist du Man Booker Prize 2008, et a obtenu le prix Costa Book of the Year cette même année. Il a également décroché en 2009 le prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year.

 

L’histoire :

 

Obligée autrefois de fuir l’Irlande et les siens avec son fiancé pour de mystérieuses raisons, Lilly Bere, à quatre-vingt-neuf ans, revit le chemin parcouru depuis son arrivée dans le Nouveau Monde – le «côté de Canaan» – au rythme des hommes de sa vie. D’une traversée clandestine à leur installation précaire à Chicago, le jeune couple n’aspire qu’à une vie normale. Mais c’est sans compter avec la menace sourde qui pèse sur eux, et qui va pousser Lilly, désormais seule au monde, à s’enfuir à Cleveland. Devenue employée de maison grâce à son amie Cassie, elle y est témoin des injustices et du racisme de la société américaine. Quand elle rencontre le séduisant et énigmatique Joe, elle croit enfin toucher le bonheur du doigt – jusqu’à une explosion pendant laquelle Joe disparaît… Ce n'est là qu'un des nombreux mystères de la vie de Lilly, racontée comme un thriller, et imprégnée d’une infinie douceur. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

A l’orée de sa mort, une vieille dame se remémore les instants cruciaux de sa vie, ceux qui, mis bout à bout, forment un tout cohérent et significatif. Pour elle, se souvenir est essentiel à l’heure où elle vient de perdre son petit-fils, prunelle de ses yeux. En se plongeant dans le récit de sa vie, elle peut ainsi revivre intensément par la magie de l’écriture les beaux moments, les moins bons, et les tragédies incontestables.

 

« Et de penser, de me souvenir. Toutes ces sombres affaires, ces histoires englouties, comme des vieilles chaussettes dans une vieille taie d’oreiller. Sans plus trop savoir quel poids de vérité elles contiennent. Et des choses que j’ai laissées de côté longtemps, dans l’intérêt du bonheur, ou du moins du contentement quotidien dont j’étais autrefois maîtresse, j’en suis persuadée. Le plaisir d’un plat bien cuisiné, simplement le petit plaisir étrangement infini de voir, de contempler, un plateau de biscuits sortant du four. Comme si je venais d’achever le Parthénon, ou la sculpture de Jefferson dans le roc, ou peut-être le contentement, ressenti dans les muscles, de l’ours quand il sort un saumon de l’eau avec sa patte. Puissamment apaisant, profondément, et pour quoi d’autres sommes-nous ici, sinon pour ressentir ces minuscules victoires ? Pas les grandes victoires qui broient et tuent le vainqueur. Pas les guerres et les émeutes, mais la grâce salutaire d’une sauce hollandaise qui a échappé à toutes les possibilités d’un désastre culinaire et qu’on étale comme une prière jaune sur un gros pavé de cabillaud, victorieusement. » (p. 39)

  

 Là où le pathétique pourrait être de mise,  Lilly ayant connu dans son parcours différentes tragédies, la luminosité de la vieille dame, sa bonté et son intelligence permettent d’éviter tout pathos, et d’auréoler son récit d’une aura particulière. Est-ce l’approche de la mort qui lui donne cette force immense, ou bien l’amour qu’elle a porté à chacun des êtres qui ont jalonnés sa vie, qu’importe, quand seul compte le récit de ces destins individuels marqués par les guerres (guerre d'indépendance irlandaise, première guerre mondiale, guerre du Vietnam, puis la guerre du Koweit), par le racisme, par les actions de l’IRA…

 

Servi par un style fluide, Du côté de Canaan retrace un très beau destin de femme…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Tellement fluide, que cela en devient presque banal et que je pense que cela ne le laissera pas un souvenir inoubliable.

 

Premières phrases :

 

« Bill n’est plus.

 

Quel bruit fait le cœur d’une femme de quatre-vingt-neuf ans quand il se brise ? Sans doute guère plus qu’un silence, certainement à peine plus qu’un petit bruit ténu. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Annie Dunne

Autre : Une seconde vie de Dermot BOLGER  

 D’autres avis :

 Blogs : Jérôme ; Mimi ; Clara ; Jostein

Presse : Lire ;Télérama  

 

Du côté de Canaan, Sebastian Barry, traduit de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni, Editions Joëlle Losfeld, août 2012, 274 p.,  19.50 euros

 grand prix lectrices de elle

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Quand le requin dort de Milena AGUS

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

Milena Agus, cette inconnue sarde, enthousiasme le public français avec Mal de pierres en 2007. Le succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les 26 pays où elle est aujourd’hui traduite. Après Battement d’ailes, Mon voisin et Quand le requin dort, Milena Agus poursuit avec La comtesse de Ricotta sa route d’écrivain, singulière et libre. (Source ; Editeur)

 

L’histoire :

 Sardes depuis le Paléolithique supérieur, les Sevilla-Mendoza ignorent la normalité. Un père entiché de voyages lointains, une mère perdue devant la vie, une tante plongée dans des amours sans lendemain, un frère sourd à tout sauf à son piano. Celle qui décrit l’étrange et attachante ambiance familiale, avec une impassible candeur, est une adolescente engluée dans une liaison inavouable… Une liaison qu’elle cache à sa famille, où pourtant on parle d’amour et de sexe sans inhibitions. On y parle aussi de Dieu, dont on n’arrive pas à décider s’il existe ou pas. Plutôt qu’à lui, autant s’en remettre à la superstition pour affronter les dangers de l’existence. Celle-ci se déroule comme si on était dans la gueule d’un requin. Un requin qui vous enserre entre ses dents et vous empêche de vivre. On essaye d’en sortir quand il dort… Dans ce livre, le plus poignant de Milena Agus, on retrouve sa voix inimitable, capable de toutes les audaces. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Ce premier roman de Milena Agus porte déjà le sceau de son talent. Par la voix de sa narratrice, elle nous plonge immédiatement dans l’univers profondément poétique et désespéré à la fois de cette famille sarde hors norme.

 Les blessures de l’âme sont plus douloureuses que les blessures physiques et la jeune adolescente préfère alors accepter une relation sado-maso purement sexuelle avec un homme marié plutôt que d’affronter les affres d’une relation amoureuse. Car elle sait combien les sentiments sont éphémères, combien de fois sa tante s’est retrouvée seule, meurtrie après un l’abandon d’un nouvel amant, elle sait combien les sentiments peuvent être complexes et combien la fidélité se paie chère, elle sait combien la vie ne tient qu’à un fil et combien la frontière entre bonheur et souffrance est ténue… A tout instant le requin peut se réveiller et vous broyer lentement…

 Mais si elle sait, elle essaie malgré tout de mettre du miel sur tout, comme sa maman, même si « papa dit qu’on finira par se faire un diabète du cerveau. » (p. 21) Parce que dans son monde, comme dans celui d’un des personnages, Mauro de Cortes, « ça a du sens de faire pousser des fleurs ou d’apprendre à faire des petits gâteaux. Et surtout on peut espérer. » (p. 54)

  Un roman lumineux inoubliable... 

 

Ce que  j’ai moins aimé :

- Rien  

 

 Premières phrases :

 « En réalité, nous ne sommes pas la famille Sévilla-Mendoza. Nous sommes sardes, j’en suis sûre, depuis le Paléolithique supérieur.

C’est mon père qui nous appelle comme ça, ce sont les deux noms de famille les plus courants là-bas. Il a beaucoup voyagé, et l’Amérique c’est son mythe, mais pas celle du Nord, riche et prospère, celle du Sud, pauvre et déshéritée. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Battements d’ailes de Milena AGUS

Autre : Le cœur cousu de Carole MARTINEZ

 

D’autres avis :

Presse : Télérama, Lire ;  Interview Le Figaro   

  Blogs : Alex; Mango ;Stéphie ; Hélène ; Clara ; Leiloona, Mango, Stephie, Lancellau, Gambadou 

 

Quand le requin dort, Miléna AGUS, traduit de l’italien par Françoise Brun, Liana Levi, 2010, 160 p., 15 euros

POCHE Le livre de poche janvier 2012, 6.10 euros

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Le palais de verre de Simon MAWER

Publié le par Hélène

                                              palais-de-verre.jpg

 

  

 L’auteur :

 Né en 1948, Simon Mawer, diplômé en zoologie de l’université d’Oxford, enseigne la biologie. Il est l’auteur de huit romans, dont Le Nain de Mendel (Calmann-Lévy, 1998) et L’Évangile selon Judas (Flammarion, 2002).

 

 L’histoire :

Une inoubliable fresque conjugale à travers six décennies d'histoire européenne. Finaliste du Booker Prize, élu meilleur livre de l'année par The Observer et The Financial Times : un chef-d'oeuvre.

Tchécoslovaquie, fin des années 1920. Liesel tombe amoureuse de Viktor Landauer, héritier d'une riche famille juive. Les deux jeunes gens, qui fréquentent la haute société des années folles, rêvent d'une maison moderne. C'est à Venise qu'ils vont rencontrer l'homme capable de mener à bien ce projet, Rainer von Abt, un architecte adepte de Loos, de Mondrian, du Corbusier. Celui-ci va imaginer pour eux un palais de verre, une oeuvre d'art entièrement conçue autour des transparences et de la lumière. Plus qu'une maison, c'est un véritable acte de foi dans le siècle nouveau où, les jeunes mariés n'en doutent pas, l'art, la science, la démocratie sauront venir à bout des ténèbres. Mais les espoirs du jeune couple, comme ceux de toute une société, ne vont pas tarder àêtre mis à mal par les aléas de la vie conjugale et de l'histoire, l'occupation nazie puis soviétique de l'Europe centrale venant bouleverser la donne.

À travers les aventures d'un couple, de leur famille et de leur maison, Simon Mawer brosse un tableau fascinant de six décennies de l'histoire européenne. Mêlant l'intime et l'histoire avec une maestria incomparable, il nous offre un grand roman d'amour et une réflexion inédite sur le sort des individus pris dans la tourmente des temps.

 

Mon avis :

 Très bizarrement, même si je suis allée jusqu’au bout de cette lecture, je n’ai rien ressenti, rien appris, je n’ai pas vibré, pas pleuré, pas ri… Encéphalogramme plus plat que nature !

 Est-ce dû au fait que les personnages eux-mêmes ne semblent pas vibrer suffisamment, quand ils disent « je t’aime » les mots restent vides, sans résonnance, comme s’ils se répercutaient en vain contre les parois de verre de cette maison placée au centre du roman.

Alors que la maison est censée « contaminer les êtres humains qui se tiennent à l'intérieur pour les rendre aussi transparents que le verre lui-même. » (p. 179), c’est comme si, à l’inverse, elle opacifiait leur intériorité rendue incompréhensible au lecteur.

 Les évènements se succèdent : années heureuses dans la maison de verre, puis l’arrivée de la guerre oblige les habitants de la maison à émigrer, deuxième destin de la maison transformée en laboratoire aux visées aryennes, nouvelle émigration de la famille aux Etats-Unis… Tous file, tout coule et rien ne se fige dans mon esprit, comme si tout était vu de loin, sans passion, un comble pour un roman qui mentionne autant de passions amoureuses…

 Une déception pour un roman censé plaire au plus grand nombre ! (dixit mon libraire)

  

palais-de-verre-madrid.jpg 

 Palais de verre de Madrid 

 Premières phrases :

"Oh ! Oui, nous y sommes.

Elle en était sûre, même après toutes ces années. Quelque chose dans la déclivité de la route, la trajectoire prise par la voiture qui s'était engagée dans un virage en pente, une impression de forme et de mouvement, qui, bien qu 'endormie depuis trente ans, était encore gravéedans sa mémoire, et venait d'être ranimée par la conjonction subtile du déplacement et de l'inclinaison." 

 

D’autres avis :

 Télérama ; Keisha  

 

Le palais de verre, Simon MAWER, traduit de l’anglais par Céline Leroy, Cherche Midi éditeur, mai 2012, 22 euros

 

      Merci à Solène pour avoir répondu à ma curiosité...

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Une seconde vie de Dermot BOLGER

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

 L’auteur :

 Dermot Bolger, né en 1959, est issu de la classe ouvrière du faubourg dublinois de Finglas. Il se consacre à l'écriture depuis 1980, et est considéré comme l'un des pairs de toute une génération d'écrivains irlandais. Un grand nombre de ses ouvrages a été traduit en français, dont Toute la famille sur la jetée du Paradis, paru aux Editions Joëlle Losfeld en 2008.

 L’histoire :

Sean Blake réchappe de justesse à un accident de voiture à la suite duquel il a été, pendant quelques secondes, déclaré cliniquement mort. A son réveil, bouleversé, Sean perçoit le monde tout à fait différemment, comme s'il débutait une nouvelle existence. Mais ce n'est pas la première fois que Sean voit sa vie modifiée. A six semaines, il a été retiré à sa mère, une jeune fille forcée par la société et l'Eglise de le laisser à l'adoption. Avec le sentiment d'être devenu étranger à sa femme et à ses deux enfants, et très certainement en premier lieu à lui-même, Sean décide de partir à la recherche de cette mère dont il ne sait rien. Avec beaucoup d'émotion et de sensibilité, Dermot Bolger nous entraîne dans une histoire particulière (déjà évoquée au cinéma dans le très émouvant Magdalene Sisters), celle de ces adolescentes irlandaises rompues et humiliées, dont le malheur se répercuta sur les générations futures. (Quatrième de couverture)

 Mon avis :

 Bizarrement ce roman est comme scindé en deux parties : la première partie est relativement lente, très centrée sur la psychologie des personnages en présence notamment sur les interrogations multiples de Sean hésitant à plonger de plain-pied dans son passé. Il fait preuve de nombreuses circonvolutions pour ne pas avoir à affronter les mystères de son adoption, tout en étant irrémédiablement attiré par sa véritable mère. Il aura fallu cet accident de voiture pour lui fournir le déclic nécessaire à sa quête de vérité. Parallèlement, d’étranges souvenirs datant du siècle dernier remontent à la surface, frôlant ici le surnaturel… La lecture de cette première partie fut laborieuse pour moi, peu agréable.

 La deuxième partie est beaucoup moins statique et torturée, beaucoup plus intéressante aussi à mes yeux car Sean se trouve réellement confronté aux difficultés liés à son histoire de famille et à son adoption. En convoquant les responsables de son adoption, il pose les questions qui fâchent et permet d’amorcer une réflexion enrichissante sur le destin de ces jeunes filles placées dans des couvents Magdalene http://fr.wikipedia.org/wiki/Couvents_de_la_Madeleine

 L’auteur a réécrit son roman initialement intitulé "" parce que persistait en lui une impression de « note fausse » (Note de l’auteur). Je dirais qu’il manque encore du travail pour parvenir à une harmonie complète…

 Un bilan en demi-teinte pour ce roman tirant un peu trop sur les cordes psychologiques et pathétiques à mon goût…

 Premières phrases :

« Celui qui avait repeint l’ambulance avait oublié la bordure supérieure des portières. Vus d’en haut, les sillons écaillés de la carrosserie ressemblaient au lit d’une rivière asséchée. Le dessus du chapeau de l’ambulancier était tacheté de poussières et de pellicules et, quand,  il releva la tête de ma poitrine, je vis mon visage tourné vers le ciel, strié de sang. »

 Vous aimerez aussi :

 Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette WINTERSON 

 D’autres avis :

Presse : Télérama Le Figaro

Blogs : Cryssilda

  

Une seconde vie, Dermot Bolger, traduit de l''anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas, Editions Joëlle Losfeld, janvier 2012, 256 p., 21 euros

 grand prix lectrices de elle 

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Le lynx de Silvia AVALLONE

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

  

L’auteur :

 Née en 1984 à Biella, dans le Piémont, cette jeune Italienne s'est installée à Bologne, où elle vit toujours, pour étudier les lettres et la philosophie. Très vite, Silvia Avallone se met à écrire de la poésie ainsi que des nouvelles pour plusieurs journaux et revues littéraires. En 2010, son premier livre, D'acier, la propulse au premier plan de la scène littéraire de son pays. Ce roman social qui raconte le quotidien de deux jeunes filles rêvant de s'échapper de la cité ouvrière où elles sont nées a été couronné par le prix des lecteurs de L'Express en 2011 et distingué la même année par Lire dans la catégorie "Meilleur roman étranger". En cours d'adaptation au cinéma, D'acier est traduit dans 14 pays. (Source : L’express)

 

L’histoire :

 Piero aime les belles voitures. Volées de préférence. L’espace d’un instant, voler lui permet de fuir un quotidien morne et lui donne l’agilité et la puissance d’un lynx. Une nuit de brouillard, quelque part dans la plaine du Pô, Piero stoppe son Alfa Romeo rutilante sur une aire de repos, entre dans un restoroute et s’apprête à braquer la caisse lorsqu’il tombe sur un adolescent paumé dont l’assurance et l’étrange beauté le foudroient… Une rencontre improbable qui changera le cours de sa vie.

Dans ce récit intense comme une brûlure, Silvia Avallone confirme son immense talent.

 

Ce que j’ai aimé :

 Le ton incisif et rapide rend cette nouvelle inédite particulièrement efficace. L’auteure va à l’essentiel, et pourtant elle parvient à analyser les personnages de façon très juste. Silvia Avallone, comme dans D’acier, sait parler de la misère sociale et de ses avatars. Ses personnages s’inventent un ersatz pour échapper à une réalité dévorante et vide à la fois.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Les personnages sont plutôt antipathiques : Piero, homme perdu, le jeune homme reste très mystérieux, la femme de Piero est une femme pieuse qui cherche par la religion à  échapper à une vie sordide…

 

Premières phrases :

 « Ils se rencontrèrent pour la première fois dans un restoroute, en pleine nuit. Une de ces nuits, toutes pareilles, qui flottent lourdes comme du pétrole sur la lande silencieuse entre Novara et Vercelli. 

Une pancarte verte émergea, après des kilomètres de néant. D'instinct, Piero mit le clignotant et commença à ralentir. Presque une heure du matin. L'obscurité dense découpée par les phares peinait à s'ouvrir. Et dans le fleuve noir de l'autoroute, il n'y avait pas d'autres lumières que les siennes, solitaires comme deux étoiles. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur :  D'acier de Silvia AVALLONE

 

D’autres avis :

 Blogs : Jérôme ;Clara 

Presse : L'express 

 

Le lynx, Silvia Avallone, traduit de l’italien par Françoise Brun, Liana Levi, 22 août 2012, 59 p., 4 euros  

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