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litterature europe

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette WINTERSON

Publié le par Hélène

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♥ ♥

L’auteur :

Née en Angleterre en 1959, Jeanette Winterson a connu le succès dès la parution de son premier roman, Les oranges ne sont pas les seuls fruits (réédité aux Editions de l'Olivier en 2012). Couronnée de prix, elle devient une figure du mouvement féministe. Ses romans baroques, ses essais, notamment sur l'identité sexuelle (Le Sexe des cerises ou Powerbook), ont imposé sa voix singulière dans la littérature britanniqueNée en Angleterre en 1959, Jeanette Winterson a connu le succès dès la parution de son premier roman, Les oranges ne sont pas les seuls fruits (réédité aux Editions de l'Olivier en 2012). Couronnée de prix, elle devient une figure du mouvement féministe. Ses romans baroques, ses essais, notamment sur l'identité sexuelle (Le Sexe des cerises ou Powerbook), ont imposé sa voix singulière dans la littérature britannique.

 L’histoire :

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Etrange question, à laquelle Jeanette Winterson répond en menant une existence en forme de combat. Dès l'enfance, il faut lutter : contre une mère adoptive sévère, qui s'aime peu et ne sait pas aimer. Contre les diktats religieux ou sociaux. Et pour trouver sa voie. Ce livre est une autobiographie guidée par la fantaisie et la férocité, mais c'est surtout l'histoire d'une quête, celle du bonheur. "La vie est faite de couches, elle est fluide, mouvante, fragmentaire", dit Jeanette Winterson. Pour cette petite fille surdouée issue du prolétariat de Manchester, l'écriture est d'abord ce qui sauve. En racontant son histoire, Jeanette Winterson adresse un signe fraternel à toutes celles - et à tous ceux - pour qui la liberté est à conquérir. (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

Jeanette Winterson revient ici sur son enfance passée auprès d'une mère adoptive rigoriste obsédée par sa religion, l'Enfer, le Mal et toute leur bande... Une mère qui l'a mise à la porte parce qu'elle préférait les filles aux garçons.

La question de l'identité est au coeur du roman : comment trouver sa place dans ce monde quand le rejet, l'abandon ont été les seules mères identifiables...  Enfant adoptée, rejetée par sa mère adoptive, Jeanette Winterson n'a pu trouver de salut que dans la littérature, puis dans l'écriture.

« C’est vrai, les histoires sont dangereuses, ma mère avait raison. Un livre est un tapis volant qui vous emporte loin. Un livre est une porte. Vous l’ouvrez. Vous en passez le seuil. En revenez-vous ? » (p. 53)

« Je n’avais personne sur qui compter, mais TS Eliot m’a aidée.

Du coup, quand les gens disent que la poésie est un luxe, qu’elle est optionnelle, qu’elle s’adresse aux classes moyennes instruites, ou qu’elle ne devrait pas être étudiée à l’école parce qu’elle n’est pas pertinente ou tout autre argument étrange et stupide que l’on entend sur la poésie et la place qu’elle occupe dans notre vie, j’imagine que ces gens ont eu la vie facile. Une vie difficile a besoin d’un langage difficile – et c’est ce qu’offre la poésie. C’est ce que propose la littérature – un langage assez puissant pour la décrire. Ce n’est pas un lieu où se cacher. C’est un lieu de découverte. » (p. 55)

Elle évoque ici sa plongée dans l'enfer de la solitude, du manque d'amour source de ses souffrances, puis sa remontée rédemptrice vers la lumière de la vie, de l'envie, de l'amour... 

« En fait, nous avons droit à plus que deux chances – beaucoup plus. Avec mes cinquante années d’expérience, je sais à présent que le va-et-vient entre trouver / perdre, oublier / se souvenir, quitter / retrouver, est incessant. L’existence n’est qu’une question de seconde chance et tant que nous serons en vie, jusqu’à la fin, il restera toujours une autre chance. (p. 53)

La créativité lui permet de se tenir du côté de la santé en racontant une histoire à « la créature », son autre moi devenu fou.

"La vérité est une chose très complexe pour tout un chacun. Pour un écrivain, ce que l'on retranche en dit autant ce que l'on intègre. Que retrouve-t-on par-delà des marges du texte? La photographe cadre son sujet ; les écrivains cadrent leur univers. Mrs Winterson m’a reproché ce que j'avais intégré alors que j'avais plutôt l'impression que le jumeau muet de l'histoire était ce que j'avais retranché. Nous taisons tant de ces choses trop douloureuses. Nous faisons le vœu que ce que nous pouvons raconter apaisera le reste, l'atténuera d'une façon ou d'une autre. Les histoires sont là pour compenser face à un monde déloyal, injuste, incompréhensible, hors de contrôle. Raconter une histoire permet d'exercer un contrôle tout en laissant de l'espace, une ouverture. C'est une version mais qui n'est jamais définitive. On se prend à espérer que les silences seront entendus par quelqu'un d'autre, pour que l'histoire perdure, soit de nouveau racontée. En écrivant, on offre le silence autant que l'histoire. Les mots sont la part du silence qui peut être exprimée."

 Jeanette Winterson évoque sa remontée des Enfers avec subtilité et intelligence. 

 Ce que j’ai moins aimé :

Le ton est beaucoup moins caustique que dans « Les oranges », qui a ma préférence, celui-ci étant beaucoup plus sombre, plus centré sur l'introspection de l'auteure. Vingt-cinq ans séparent les deux écrits et c'est une Jeanette adulte qui a fait un travail psychologique poussé qui parle désormais et défend la jeune fille esseulée qu'elle était alors. La force qui s'échappait d'elle dans le récit "Les oranges" s'est craquelée, la menant vers une dépression sans doute nécessaire pour panser les blessures et rebondir plus haut. 

Premières phrases :

« Quand ma mère se fâchait contre moi, ce qui lui arrivait souvent, elle disait : « Le Diable nous a dirigés vers le mauvais berceau. »

L’image de Satan prenant congé de la guerre froide et du maccarthysme le temps de faire un crochet par Manchester en 1960 – but de la visite : duper Mrs Winterson – est théâtralement truculente. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Les oranges ne sont pas les seuls fruits de Jeanette WINTERSON

 D’autres avis :

Presse : Télérama Magazine littéraire

Blogs : Cathulu Clara Aifelle  

 Pourquoi être heureux quand on peut être normal, Jeanette Winterson, traduit de l’anglais par Céline Leroy, Editions de l’Olivier, 2012,

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Imaqa de Flemming JENSEN

Publié le par Hélène

                              

 ♥ ♥ ♥ ♥

"Même dans les lieux les plus désertiques et abandonnés des dieux, des fleurs se pressent chaque printemps à travers la surface craquelée de sécheresse, se glissent entre les plus étroites fissures des rochers et signalent semence et vie aux endroits les plus improbables."  (p. 374) 

 

L’auteur :

 

Né en 1948 au Danemark, Flemming Jensen est surtout connu pour ses oneman shows, ses sketches radio et télé. Et pour ses livres. Lettres à Mogens, d'abord (Mogens, c'est son chien), et tout récemment Imaqa, le grand roman inuit qu'il a laissé mijoter pendant vingt-cinq ans. En France est également disponible Le Blues du braqueur de banque.

 

L’histoire :

 

Martin, instituteur danois de trente-huit ans qui ressent un vide dans son existence, demande sa mutation dans la province la plus septentrionale du Danemark, le Groenland. Il prend ses fonctions dans un hameau de cent cinquante âmes : Nunaqarfik, à plus de cinq cents kilomètres au nord du cercle polaire. Armé de ses bonnes intentions, encombré de sa mauvaise conscience coloniale et de ses idées pré-conçues, Martin découvre une communauté solidaire, dont la vie s'organise en fonction de la nature environnante - et pas malgré elle. Au fil des mois qui passent et des rencontres, dans une société où le rire est érigé en remède suprême contre la peur ou la tristesse, il apprend à apprécier ce qui est, sans se soucier de ce qui aurait pu être, et trouve ce à quoi il aspirait : l'aventure, l'immensité, l'harmonie, l'amour.

Roman chaleureux et humaniste, qui dénonce notamment les ravages de la colonisation du Groenland par le Danemark, Imaqa est un hymne à la tolérance et à la douceur, porté par un humour irrésistible. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

En choisissant d'aller enseigner dans ces contrées lointaines, Martin va découvrir un tout autre monde, avec son mode de pensée spécifique et une philosophie de vie différente. Quand il cherche à comprendre celles et ceux qui l'entourent, Gert, groenlandais pure souche lui répond :

 "Est-ce que tu ne peux pas tout simplement...vivre ici ? C'est ce que nous faisons, nous autres. Nous ne sommes pas comme des dingues à essayer tout le temps de comprendre." (p. 78)

 Ces hommes et femmes ont une vie simple et saine, évitant autant que possible les complications inutiles. Certains couples ont une façon bien à eux de gérer les crises :  "en comblant le vide avant de commencer à le percevoir" : ils achètent une tondeuse à gazon lors de la première crise, puis à la deuxième crise ils construisent une machine à outils, puis installent une cuisine aménagée, etc...

 Ils prennent la vie dans son immédiateté, même si cela crée quelquefois des situations absurdes : Pavia  est fier d'annoncer à Martin qu'il a acheté une moto, qu'il compte bien conduire sur la glace, lui qui pourtant ne sait pas même monter à vélo...

 "Une entreprise de vente par correspondance allemande avait trouvé un filon en expédiant son gros catalogue à tous les foyers du district. Et avait par là allumé une braise et créé un besoin qui n'aurait guère existé sans elle. Une vieille femme était ainsi en possession d'un vibromasseur électrique, et la sage-femme s'était procuré une télévision. Elles n'attendaient plus à présent que le jour où l'on installerait l'électricité." (p. 152)

 Il ne s'agit pas pour autant d'un monde idyllique : les problèmes d'alcool  sont légion courante, les jeunes sont attirés par l'attrait du continent et notamment de ses boîtes de conserve si différentes du poisson omniprésent, la violence est aussi sous-jacente...  

Mais l'humanisme prend le dessus, l'amour du prochain est tellement évident qu'il permet une entraide salvatrice. Là-bas, pas de psychologue : être sur le traîneau, seul au monde est la meilleure technique d'introspection dans "l'étincelante pureté du monde" (p.359)

 

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Un roman magnifique que je recommande chaudement...

 

 Ce que j’ai moins aimé :

 -          Rien.

 

Premières phrases :

 « Ca grinçait, et c’était rassurant.

Il est rare, pourtant, que des grincements rassurent. Mais un vieil ascenseur habillé de bois, en route vers le quatrième étage, doit grincer. Sinon, quelque chose ne tourne pas rond.

Et ce n’était pas le cas. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le blues du braqueur de banque de Flemming JENSEN

Autre : La vierge froide et autres racontars de Jorn RIEL 

 

D’autres avis :

 

Canel ; France Inter 

 

Imaqa, une aventure au Groenland,  Flemming Jensen, roman  traduit du danois par Inès Jorgensen, Babel, 2002, 9.50 euros

 

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L'île des oubliés de Victoria HISLOP

Publié le par Hélène

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 L’auteur :

 Victoria Hislop née Victoria Hamson est un écrivain britannique. Elle a travaillé comme journaliste avant de devenir auteure. Son premier roman, "the island" a été un véritable bestseller au Royaume uni. (Source : Babélio)

 L’histoire :

Saga familiale bouleversante et vibrant plaidoyer contre l'exclusion, ce roman d'évasion plein d'émotion et de suspense nous emporte sur une île au large de la Crète, Spinalonga, l'île des lépreux.

Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l'histoire de sa famille. Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face du village se dresse Spinalonga, la colonie ou l'on envoyait les lépreux... et ou son arrière-grand-mère aurait péri.

Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d'Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la bouleversante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets... (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

Le fond historique : l’histoire de cette île transformée en léproserie dans les années 1900 est véridique.

 « La même année (1903), le jeune gouvernement crétois décide de faire de l'îlot de Spinalonga "une léproserie ou une colonie de lépreux", c'est-à-dire un refuge obligé rassemblant tous des lépreux vivant épars dans les diverses régions de la Crète (puis plus tard de toute la Grèce), cachés dans des grottes et des cabanes de fortune ; cette déportation avait comme but d'améliorer leurs conditions de vie.

Les édifices et les ruines des bâtiments vénitiens et les demeures turques qui se trouvaient sur l'îlot de Spinalonga furent utilisés pour construire des habitations afin d'héberger les malades et les soignants, puis la mosquée turque fut convertie en hôpital, et le bastion vénitien "Dona" en cimetière ; enfin, en 1939, une route fut aménagée sur l'ensemble du périmètre de l'îlot. Le personnel soignant de la léproserie comportait un médecin, puis des infirmiers et des aides-soignants ; un surveillant et un abbé faisaient partie du personnel nécessaire sur l'îlot. 

Les conditions de vie sur Spinalonga pour les lépreux déportés de la Crète, puis la Grèce, étaient au début de l'ouverture de la léproserie, très difficiles : 

   *Le manque d'eau et de nourriture, car les malades étaient tributaires des apports de ces éléments nécessaires à la vie provenant de la Crète.

   *Durant les quatre premières années de l'ouverture de léproserie, il n'y avait pas de médecin, et les lépreux furent obligés de se soigner eux mêmes.


Les lépreux, devant l'isolement et la dure existence qu'ils menaient sur l'îlot de Spinalonga, montrèrent un courage surhumain en s'acharnant à utiliser tous les moyens disponibles, humains et matériels, afin d'améliorer leurs conditions de vie ; ils restaurèrent les demeures turques abandonnées ; remirent en service le système d'irrigation vénitien, installèrent un système permettant de récolter et stoker l'eau de pluie. En effet l'eau était un élément très important pour vivre et pour soigner les lésions cutanées et muqueuses de leur maladie qui exige, pour limiter son aggravation, une hygiène corporelle sans faille et le port de linges et vêtements propres en permanence. Les lépreux de Spinalonga chauffaient l'eau sur le feu de bois et lavaient leurs linges en vêtements dans les lavoirs déjà conçus par les Turcs.

La soif de vivre des lépreux sur Spinalonga était plus forte de que ce peut apporter leur maladie de désespoir devant la douleur, les mutilations corporelles et la mort, alors pour que leur existence ressemble à la vie de tout le monde, les historiens rapportent l'apparition sur l'îlot, de petits jardins, de vergers et de potagers autour des maisons ; certains malades pratiquaient l'élevage de poules et de chèvres ; des petits commerces voient le jour, puis un barbier, et ensuite une coiffeuse ; quelques tavernes dont une fut utilisée pour des activités culturelles, des spectacles de théâtre d'ombre et de la compagnie théâtrale de l'îlot ; des soirées dansantes et des projections de films. Vers le milieu des années trente, un générateur fut installé sur Spinalonga afin de fournir l'électricité à tous les foyers de la léproserie.

En 1937, l'état grec construit un nouvel hôpital sur l'îlot de Spinalonga dans lequel des médecins venant d'Athènes et de la Crète soignaient les malades ; puis en 1947, deux nouveaux immeubles furent édifiés afin de recevoir de nouveaux malades.

Des mariages eurent lieu dans la léproserie de Spinalonga ; plus de vingt enfants ont été mis au monde sur l'îlot, que l'état grec recueillait dans une crèche à Athènes.

En 1954, Spinalonga a pris le nom de "Calédonie".


Le gouvernement grec décida de fermer défensivement la léproserie en 1957 et les trente derniers lépreux de Spinalonga furent transférés dans un hôpital d'Athènes. » (source : Aly Abbara)

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L’auteur a cherché à créer une histoire familiale autour de cette léproserie et l’ensemble est plutôt cohérent, même si Victoria Hislop n’évite pas quelques écueils :

 Ce que j’ai moins aimé :

Il est évident qu’il est difficile pour les lépreux exilés sur l’île d’être séparés des leurs, coupés du monde, ne pouvant se permettre aucun contact avec leurs proches. Pourquoi donc l’auteur a-t-elle souhaité surenchérir en abusant du pathos ? La situation était assez explicite d’elle-même…

 Les intrigues sentimentales sont très présentes, coups de foudre à répétition, trahisons, infidélités, tromperies, passion, sont les ingrédients du récit.  

 « De son côté, le médecin pensait à Maria. Réussirait-il à attendre le mercredi suivant pour la revoir ? Sept jours. Cent soixante-huit heures. » (p. 325)

 Le style assez plat déçoit enfin le lecteur, qui pourra finalement se laisser saisir par ce roman facile, mais qui doit passer son chemin s’il recherche davantage de consistance…

 Premières phrases :

« Un vent automnal s’engouffrait dans les rues étroites de Plaka, et des bourrasques glacées enveloppaient la femme, engourdissant son corps et son esprit sans réussir à apaiser son chagrin. Comme elle peinait à parcourir les derniers mètres qui la séparaient de l’appontement, elle s’appuya de tout son poids sur son père.  Sa démarche évoquait celle d’une petite vieille transpercée par la douleur à chaque pas. Une douleur qui n’était pas physique, cependant. Son corps était aussi robuste que celui de n’importe quelle jeune femme ayant respiré toute sa vie le pur air crétois, sa peau aussi lisse et ses yeux d’un marron aussi profond que ceux de toutes les habitantes de l’île. »

 Vous aimerez aussi :

De pierre et de cendre de Linda NEWBERY

  D’autres avis :

Blogs : Cynthia 

Presse : sur le site de l’éditeur 

 

L’île des oubliés, Victoria Hislop, traduit de l’anglais (GB) par Alice Delarbre, Les Escales, mai 2012, 431 p., 22.50 euros

 

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Les oranges ne sont pas les seuls fruits de Jeanette WINTERSON

Publié le par Hélène

  oranges ne sont pas le seul fruit

♥ ♥ ♥ ♥

L’auteur :

 Jeanette Winterson est une romancière britannique.
Connue pour ses romans surtout Les Oranges ne sont pas les seuls fruits, cette romancière est née à Manchester et fut élevée à Accrington dans le Lancashire, au nord de l'Angleterre. 
Oranges est en partie autobiographique : elle raconte son enfance dans une famille très religieuse et ses premières relations homosexuelles. Le ton du roman est parfois surréaliste, souvent acidement humoristique. Adapté pour la télévision, il a eu un réel succès au Royaume-Uni. Il a été traduit en français et en plusieurs autres langues.
Elle est l'auteure de nombreux romans dont certains sont sortis en France notamment: "Arts et mensonges", "Ecrit sur le corps", "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", "Le sexe des cerises", "Le roi de Capri", "Garder la flamme" et "Pourquoi être heureux quand on peut être normal"... (Source : babélio)

L’histoire :

"Ma mère n'avait pas d'opinions nuancées. II y avait ses amis et ses ennemis. Ses ennemis étaient : le Diable (sous toutes ses formes), les Voisins d'à côté, le sexe (sous toutes ses formes), les limaces. Ses amis étaient : Dieu, notre chienne, tante Madge, les romans de Charlotte Brontë, les granulés antilimaces, et moi, au début." Les oranges ne sont pas les seuls fruits recrée sur le mode de la fable l'enfance de Jeanette, double fictionnel de l'auteur. A la maison, les livres sont interdits, le bonheur est suspect. Seul Dieu bénéficie d'un traitement de faveur. Ce premier roman nourri par les légendes arthuriennes ou la Bible célèbre la puissance de l'imaginaire. Tout semble vrai dans ce récit personnel mais tout est inventé, réécrit, passé au tamis de la poésie et de l'humour. Publié en 1985 en Angleterre, Les oranges ne sont pas les seuls fruits a connu un immense succès, devenant rapidement un classique de la littérature contemporaine et un symbole du mouvement féministe. (Présentation de l’éditeur)

Ce que j’ai aimé :

Dès les  premières pages, le ton est donné : Jeanette Winterson nous plonge dans sa vie de famille pentecôtiste avec un humour et un ton décalé entraînant... Elle évoque sa mère, religieuse jusqu'au bout des ongles, personnage un peu fantasque prête à croire le premier pasteur qui passe et interprétant les épisodes de la Bible à sa façon... Les autres êtres croisés en ces pages sont tout aussi surréalistes, comme par ce pasteur Finch et son vieux van :  

« Sur les portes arrières et le capot, il avait inscrit en lettres vertes : ME PARADIS OU L'ENFER ?  AVOUS DE CHOISIR. (…) A l’intérieur, il y avait six sièges, pour que la chorale puisse voyager avec lui, avec suffisamment d’espace pour transporter les instruments d emusique et une volumineuse trousse de matériel de premier secours au cas où le démon tenterait de consumer quelqu’un.

« Qu’est ce que vous faites quand il y a des flammes ? avons-nous demandé.

J’ai un extincteur » a-t-il expliqué.

On a été très impressionnés. » (p. 116)

Parallèlement à ses souvenirs, le talent de conteuse de l'auteur, très prégnant dans son recueil "Garder la flamme", s'épanouit aussi ici : elle nous conte des légendes qui éclairent le roman d'une aura philosophique extraordinaire.  

« Elle était parfaite, parce que, en elle, ses qualités et ses forces s’équilibraient parfaitement. Elle était symétrique en tous points. La quête de la perfection, lui avait-elle dit, était en réalité une quête de l’équilibre, de l’harmonie. (…) « C’est la clé du secret, avait-elle dit. Tout est là, dans cet équilibre premier et intime. » » (p. 92)

Derrière l'humour, se cache une critique virulente du fanatisme et de l'errance de la religion qui conduit cette mère adoptive à renier sa fille habitée par Satan parce qu’elle préfère les femmes aux hommes…

Face à tant d'épreuves, la force de cette jeune fille est admirable, l'auteur trouve le ton juste, tout en retenu, intelligent, clairvoyant, faisant mouche à chaque page...

Cette réécriture d'un passage clé de son enfance met en valeur le grand art de l'auteur qui, par l'écriture, nous conte une émancipation physique et intellectuelle prodigieuse...

Jeanette Winterson a réécrit récemment ce pan de son histoire dans Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? : 

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, aujourd'hui réédité, est la version romanesque de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Le second a plus de force, une ampleur chronologique plus grande — il inclut notamment le récit des retrouvailles de l'auteur avec sa mère biologique, il y a tout juste quatre ans. Mais surtout la dimension médi­tative y est omniprésente. C'est cette réflexion protéiforme sur l'enfance, sur les origines, sur l'amour et le temps, qui, au-delà de l'énoncé des faits biographiques, donne au récit son épaisseur, sa belle et universelle valeur. Un prix qui a trait à la sincérité, au pardon, à la confiance. Osons le mot : à la foi en une possible rédemption. « On peut revenir en arrière. On peut reprendre les choses là où on les a laissées. On peut réparer ce que d'autres ont brisé. On peut parler avec les morts. »" — Nathalie Crom, Télérama

Ce que j’ai moins aimé :

- Rien, je vais lire dans la foulée "Pourquoi être normal" tant j'ai aimé cette lecture !!

Premières phrases :

« Comme la plupart des gens, j’ai longtemps vécu avec ma mère et mon père. Mon père aimait regarder les combats de catch, ma mère, elle, aimait catcher : peu importe contre qui ou quoi. Elle était toujours prête à monter sur le ring. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

D’autres avis :

Lire 

 

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, Jeanette Winterson, traduit de l’anglais par Kim Tran, édition révisée par Hélène Cohen, Editions de l’Olivier, mai 2012, 234 p., 18 euros

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Le vent qui siffle dans les grues de Lidia JORGE

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

« Le monde est une longue narration mais c’est nous qui en ourdissons l’intrigue, grande ou petite. »

 

L’auteur :

Lídia Jorge est née à Boliqueim dans l’Algarve en 1946. Diplômée en philologie romane de l’université de Lisbonne, elle se consacre très tôt à l’enseignement.

En 1970, elle part pour l’Afrique (Angola et Mozambique), où elle vit la guerre coloniale, ce qui donnera lieu, plus tard, au portrait de femme d’officier de l’armée portugaise du Rivages des murmures (Métailié, 1989).

La Couverture du soldat, 2000 a eu le Prix Jean Monnet 2000 (Cognac) Le Vent qui siffle dans les grues, 2004 a eu le Grand Prix du Roman de l’Association Portugaise des Ecrivains 2003, Premier Prix « Correntes d’escritas » 2004 (Povoa da Varzim, Portugal), Prix Albatros de la Fondation Günter Grass 2006 (Allemagne). (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

Notre monde contemporain, mû par un instinct sauvage de l'avenir, croise dans ce roman un monde plus ancien dans lequel une vieille usine abrite le destin d'une famille nombreuse récemment arrivée d'Afrique. Des mondes apparemment inconciliables que le hasard met en contact par l'intermédiaire de Milena Leandro, l'étrange jeune fille aux yeux de laquelle tout naît pour la première fois et dont la simplicité va tout bouleverser.

Dans un Algarve tragique et sauvage, Milena évolue entre une famille attachée à ses privilèges et à son image sociale et une tribu cap-verdienne vivace pour laquelle la musique irrigue la vie.

Milena nous conduit à travers la mort vers un amour impensable, un crime, une trahison et un silence à jamais scellé. Son regard toujours neuf sur la vie, le bien et le mal, sa vision de la valeur du monde constituent la matière même de ce roman.

Dans son oeuvre, Lídia Jorge fouiIle toujours au plus profond de la cruauté primaire des êtres. Ici, pour la première fois, elle nous découvre la perversité et la lâcheté qui l'accompagnent.

Cet extraordinaire roman a reçu le Prix de l'APE, l'un des prix littéraires les plus prestigieux du Portugal.

PRIX DES LECTEURS 2005 du Salon de la Littérature Européenne de Cognac 

 

Ce que j’ai aimé :

Des mots qui envoûtent le lecteur comme ils envoûtent la jeune héroïne, Milène... Cette jeune fille fragile qui aimerait trouver les mots justes pour dire le monde est touchante de vérité. Parce que les mots sont création, et qui les maîtrisent est maître du monde, proche de Dieu et des anges.

« Elle sentait à l’intérieur de sa tête un nuage en spirale, un carrousel  d’informations, de détails proches et lointains, tous pêle-mêle, dont elle n’arrivait pas à extraire l’essentiel devant ces visages plantés autour d’elle dans l’attente de ses paroles alors qu’elle  ne leur répondait pas. Elle se dit qu’elle pourrait peut-être faire vite. Elle dépassait parfois le nuage semblable à un carrousel qui tournait, un peu comme un poisson dont la vision circulaire rend tout proche et équidistant, et elle trouait le nuage pour en sortir à toute vitesse. » (p. 50)

  Deux familles antagonistes qui n’ont pas le même langage et vont même jusqu’à créer un mot qui les sépare davantage encore : le mot « vague ». Deux vagues ne peuvent pas se rencontrer, l’une efface l’autre. Et pourtant… Deux gouttes vont se frôler, ceci grâce à un personnage étrange : la grand-mère de Milène, venue mourir aux portes de la « troisième vague ». Comme si les personnes âgées se situaient déjà au-delà des mots, au-delà du monde, dans la compréhension. Milène et Antonino vont s’aimer en inventant alors leur propre langage : celui du sentiment.

Un magnifique roman sur le pouvoir créateur des mots mais aussi sur le mal qu’ils peuvent engendrer.

Le style poétique nous emporte au Portugal, le lecteur devient un personnage du roman par l’intermédiaire de cette cousine qui raconte et semble dotée de pouvoirs omniscients. Mais il n’en est rien, elle ne fut que spectatrice et restera étrangère au monde magique de Milène et Antonino, tout comme nous, lecteurs. Nous sommes seulement conscients d’avoir froler les anges et la perfection.

Un roman qui reste gravé dans nos mémoires…

 

Premières phrases :

« En ce chaud après-midi d’août, le long corps de la Vieille Fabrique était encore là, étendu dans le soleil. Pas intact à proprement parler, puisque déjà à l’époque la toiture verdâtre était gondolée comme si l’ondulation de la mer se prolongeait sur la couverture de l’édifice. »

 

Vous aimerez aussi :

Autre :  La nuit des femmes qui chantent de Lidia JORGE

 

D’autres avis :

TELERAMA, Michèle Gazier

A l'écrit comme à l'oral, il y a chez Lidia Jorge une patience et une virtuosité de brodeuse, et l'expression d'une sensualité charnelle.


LIRE, Isabelle Fiemeyer

« Prodigieux d'étrangeté, ce long roman mélodieux et sinueux [...] est à l'image de l'œuvre tout entière, labyrinthique, poétique, musical, envoûtant. » 


ELLE, Olivia De Lamberterie

"Le Vent qui siffle dans les grues" est un roman exigeant qui laisse une impression tellement durable et profonde que cela vaut vraiment la petite peine qu'on a à y entrer. On est saisi, rarement on a vu décrite si implacablement la cruauté humaine, au travers d'une conjuration minable de notables, de leur résolution à couper les ailes d'une des leurs, au nom de leur prétendue normalité. (…) Au travers de ce nœud de vipères grouillant de secrets, Lídia Jorge signe un roman somptueux, sur le pouvoir des mots et l'intranquillité de ceux qui ne les maîtrisent pas, sur la force des passions et les lâchetés auxquelles elles conduisent, sur une femme comme neuve. Son regard est plein de compassion pour son héroïne, son roman excite la terreur et la pitié. Vraiment très impressionnant. 

L'HUMANITE, Alain Nicolas

L'art de Lidia Jorge est de laisser le récit se mettre en place, de faire avancer le lecteur dans la lenteur d'une de ces journées accablantes, guidé par ce personnage auquel on s'attache avant de comprendre ce qui lui arrive. Ce très beau roman, moins baroque que la Couverture du soldat gagne en intériorité, en subtilité. L'intrigue, réfractée par la multiplicité des regards des personnages, donne au lecteur une vision à la fois intimiste et polyphonique, à l'image des bifurcations de ce récit terrible de cruauté et d'espoir.


SERVICE LITTERAIRE ; Emmanuelle de Boysson

« Anne-Marie Métailié à l’extrême bon goût de publier des chefs d’œuvres. Le Vent qui siffle dans les grues, de la Portugaise Lídia Jorge, a reçu le Prix de l’APE au Portugal. L’auteur y creuse la perversité et la lâcheté des êtres. »

 

Le vent qui siffle dans les grues, de Lidia Jorge, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, Métailié, mars 2004, 22 euros

 

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L'ombre du vent de Carlos Ruiz ZAFON

Publié le par Hélène

ombre-du-vent.jpg

 

Je ne résiste pas à partager avec vous l'excellent billet de Théoma sur ce roman...

 

J'ai lu ce roman il y a plusieurs années de cela, et j'ai eu exactement le même ressenti qu'elle...

 

C'est ICI.

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L’arbre de l’oubli de Alexandra FULLER

Publié le par Hélène

                                              arbre de l'oubli

♥ ♥

Un bel hommage rendu à une famille pas comme les autres... 

 

L’auteur :

Alexandra Fuller, née en Angleterre, a grandi en Rhodésie (Zimbabwe) et en Zambie. Elle est l’auteur de quatre livres, traduits dans une dizaine de pays, et a signé de nombreux articles pour le Financial Times, New York Times Book Review, National Geographic, New Yorker Magazine, Vogue et Granta.

 

L’histoire :

Née sur l’île écossaise de Skye, la mère d’Alexandra Fuller, mieux connue sous le nom de « Nicola Fuller d’Afrique centrale », a grandi au Kenya dans les années cinquante, avant d’épouser un Anglais fringant. Ils s’installent dans leur propre ferme, d’abord au Kenya puis en Rhodésie -l’actuel Zimbabwe- où l’auteur, Bobo, et sa sœur ont grandi, avant d’atterrir en Zambie. Nicola, à la fois drôle, originale et spontanée, reste inébranlable dans le maintien de ses valeurs familiales, la fierté de son sang écossais, et sa passion pour la terre et les animaux. Le parcours de la famille Fuller, déterminée à rester en Afrique malgré la guerre civile, est fait de survie, de folie, de loyauté et de pardon. Elle trouvera la sérénité sous son « arbre de l’oubli ». (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

La première partie du roman est légère et le ton humoristique transforme cette famille déjantée en cocktail explosif. La mère d'Alexandra lui serine à longueur de journée qu'elle a dû être échangée à la naissance :

"Pour ma part, je ne semble pas avoir hérité de la passion de maman pour la violence. Je ne suis pas extra-lucide comme ma grand-mère. Je ne fais pas de déclarations unilatérales d'indépendance chaque fois que nous avons tous trop bu. Mes yeux sont vert foncé et le restent si je suis très excitée ou en colère. Je vois que l'Ecosse est belle, ou que certianes de ses régions le sont, mais je ne tombe pas à genoux chaque fois que je débarque dans l'île de Skye et que je respire l'odeur de la tourbe. En outre, bien que l'une de mes jambes soit plus courte que l'autre, je tourne rarement en rond, même quend je suis soûle." (p. 29)

Pour une fête costumée elle se voit affublée d'un déguisement improbable :

"J'étais Jamais je ne t'ai promis un jardin de roses, vêtue d'un vieux tricot de corps et d'un short, à l'intérieur  d'un bidon d'insecticide vide que lequel maman avait collé quelques photos de mauvaises herbes découpées dans les pages de Farmers Weekly." (p. 43)

Quant à sa soeur Vanessa, sa mère lui a lu tellement de Shakespeare quand elle était enceinte qu'elle a été dégoûtée de la lecture...

"Aussi, quand elle vint au monde, le 9 mars 1966, au War Memorial Hospital de Nakuru, Vanessa Margaret Fuller avait été exposée au Roi Lear, à Macbeth, à Hamlet, à la plus grande partie de Coriolan, à plusieurs sonnets et à toutes les comédies majeures. Elle avait les cheveux blonds, des yeux bleus et était d'un calme surnaturel. Maman hausse les épaules.

"Comment aurais-je pu savoir que ça la dégoûterait de la lecture pour le restant de sa vie ?""(p. 184)

A la beauté et légèreté de cette famille répond la dureté de la vie africaine avec son lot de catastrophes, de morts, de conflits, de guerres... Malgré cela, la famille Fuller y restera irrémédiablement attachée :

"A présent, dans notre canyon, notre kloof isolé dans les Cederberg, les colombes perchées sur l'arbre au-dessus de nos têtes battent des ailes avant de s'endormir pour la nuit. Un babouin solitaire dans les falaises aboie un avertissement et le monde se sent observé par un léopard. Une brise se lève dans la prairie et nous apporte l'odeur de céréales émanant de l'herbe et de la terre desséchée par la chaleur." (p. 165)

 

Ce que j’ai moins aimé :

Il n'est pas toujours évident de suivre les personnages car l'auteur passe de sa propre histoire à celle de sa mère ou de sa grand-mère sans chronologie particulière.

Le style manque d'envolées lyriques...

 

 Premières phrases :

« Du plus loin qu’il nous en souvienne, notre maman – ou Nicola Fuller d’Afrique centrale, comme elle aimait à se présenter à l’occasion – a toujours désiré avoir un écrivain dans la famille car non seulement elle aime les livres et a toujours souhaité y apparaître (de la même façon qu’elle apprécie les grands chapeaux coûteux, et a du plaisir à se montrer avec), mais elle a toujours voulu vivre une existence follement romantique exigeant d’être transcrite par un témoin assez malléable. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Larmes de pierre 

Autre :  Littérature Afrique Australe

 

D’autres avis :

Blogs : Keisha ; Manu ; Cathulu 

   

L’arbre de l’oubli : Mémoires, Alexandra Fuller, traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch, Editions des deux terres, avril 2012, 331 p., 22 euros

Merci à l'éditeur.

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Sur l’eau de H.M. VAN DEN BRINK

Publié le par Hélène

                                           sur l'eau

 ♥ ♥

 

  L’auteur :

Hans Maarten van den Brink (écrit le plus souvent H. M. van den Brink) est un écrivain néerlandais.

Il a fait une brillante carrière dans la presse écrite (au NRC Handelsblad) — il fut correspondant aux États-Unis et en Espagne) et dans l’audiovisuel (il fut directeur d’une chaîne de télévision, la VPRO) avant de se consacrer entièrement à l’écriture.
C’est avec Sur l’eau (1998), roman sur l’amitié et le bonheur, qu'il rencontre le succès international (roman traduit en anglais, italien, allemand). Dans Cœur de verre (1999) il met en scène, à travers le personnage d’un urbaniste, l’obsession de la réussite et du plaisir qui caractérise nos sociétés.

Il vit à Amsterdam avec sa femme et ses trois enfants. (Source : Babélio)

 

L’histoire :

Le bonheur d'Anton était fait " de chair, de muscles, de soleil et de bois, d'eau et de pierre ". Un bonheur concret, palpable : ses entraînements d'aviron dans un élégant deux sans barreur, avec David, son coéquipier. Nous sommes en 1939, pourtant, et Amsterdam, comme toute l'Europe, retient son souffle, mais Anton ne vit que pour ces longues sorties sur la rivière, pour cette entente parfaite avec un autre corps accomplissant les mêmes mouvements et gestes que lui, ces coups d'aviron parfaitement synchronisés, cette impression de glisser sur l'eau... Sur l'eau, roman sur l'amitié et le bonheur, frappe par l'élégance de son écriture. Les pages que van den Brink consacre à la beauté fascinante de l'eau, de même que ses descriptions des corps dans l'effort sportif, rendent compte, avec grâce, du plaisir d'être vivant. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

Sur l’eau est  un récit mélancolique d’une période en suspend avant l’horreur de la seconde guerre mondiale et le bouleversement collectif et individuel qu’elle va induire. Anton veut ignorer les soubresauts annonciateurs de la catastrophe pour profiter de ces moments magiques, à la fois intenses et douloureux, durant lesquels il doit s’harmoniser au beau David pour avancer sur la rivière, espérer gagner les compétitions, et éventuellement, participer aux jeux olympiques d’helsinski. Il évoque un temps suspendu entre terre et ciel, et nous plonge au cœur de l’exploit sportif, synonyme d’acharnement et d’amour…

 La rivière reste immuable face à tant de mouvement superficiel, attendant son heure pour lancer sa vague qui balaiera illusions et légèreté…

 

Ce que j’ai moins aimé :

Ce récit est assez lent, aussi fuyant que l’eau qu’il évoque…

 

Premières phrases :

« Il y a une demi-heure, j’ai entendu les avions pour la dernière fois. Ils ont survolé la rivière en diagonale, à très haute altitude, puis leur vrombissement s’est estompé vers l’est. Maintenant le silence s’est rétabli et on n’entend plus que les bruits normaux d’une nuit d’hiver au bord de l’eau. »

 

D’autres avis :

L’express Le matricule des anges  

 

 Sur l’eau, H.M. van den Brink, traduit du néerlandais par Anita Concas, Gallimard, 2000, 14.25 euros

POCHE : Sur l’eau, H.M. van den Brink, traduit du néerlandais par Anita Concas, folio, 2009, 6.50 euros  

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Le blues du braqueur de banque de Flemming JENSEN

Publié le par Hélène

blues-du-braqueur-de-banques

♥ ♥ ♥

 « La vie est si déconcertante – c’est probablement pour ça que certains y passent autant de temps. » (p. 190)

 

L’auteur :

Flemming Jensen est né en 1948 au Danemark. Il est surtout connu pour ses one-man-shows, ses sketches radio et télé. Et pour ses livres. Lettres à Mogens, d’abord (Mogens, c’est son chien), et tout récemment ímaqa, le grand roman inuit qu’il mijotait depuis vingt-cinq ans.

 

L’histoire :

Max est conseiller politique de haut niveau. Il est l’homme de l’ombre, le génie. Il est malin et avec lui on s’en sort toujours. Seulement cette fois, Max a assassiné son meilleur ami, qui est aussi, accessoirement, le Premier ministre danois.

Coincé entre une insurrection groenlandaise et d’âpres négociations internationales, un match Danemark-Suède et l’intervention d’une jeune scoute peut-être pas si cruche qu’elle en a l’air, quel plan génial pourra-t-il échafauder pour se tirer d’affaire ?

Un texte décalé et burlesque sur fond de satire politique. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

Max est un homme ingénieux, capable de mettre au point les plans les plus rocambolesques pour se sortir d’une situation difficile, et cette capacité à s’adapter fait sa force. Mais cette fois-ci, le hasard lui complique quelque peu la mise :

 « Pourquoi je raconte tout ça ?

Parce que ça peut être une consolation pour beaucoup.

Un exemple du fait que ça peut mal se passer même pour le meilleur d’entre nous. Il n’y avait pas de problème avec ce plan – il y a seulement eu un accident, dont on ne peut pas se préserver.

On peut acheter un parapluie si le temps est à la pluie, mais rester sans défense devant une bouche d’incendie qui explose sur le trottoir. Ça ne fait pas du parapluie une mauvaise idée. » (p. 173)

 En rencontrant la jeune Signe, une jeune scout qui s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, sa vie va basculer irrémédiablement.

  « N’oublions pas que cet homme si plein de pouvoir, habitué à jongler avec le destin des gens, n’était rien de plus qu’une personne tout à fait normale. Une personne habitée par l’angoisse, la joie, la tristesse, le bonheur et une nette tendance à la tendresse, comme chacun d’entre nous. 

Au fond, max avait désespérément besoin que quelqu’un s’occupe de lui.» (p. 190)

 Le blues du braqueur de banque est un texte drôle qui ne se prend pas au sérieux et joue de son originalité. Le lecteur est adroitement manipulé par les personnages, et court de surprises en surprises…

 Mais derrière cette apparente légèreté, se cachent des ressources philosophiques, politiques, et psychologiques d’une richesse.

  « C’est pourtant toujours comme ça qu’on résout les problèmes et qu’on évite les ennuis. Pas en supprimant le problème ou l’ennui, mais simplement en reformulant avec intelligence. » (p. 62)

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 Premières phrases :

 « Dans ce grand classique qu’est Le Radeau, nos créateurs fétiches ont souligné le fait que tout récit se doit d’être composé de trois parties : l’exposition, la description des personnages, le dénouement.

Il m’est important de respecter les célèbres interprètes ainsi que l’homme à l’origine de la pièce. Je me plie donc à cette intangible règle. »

 

Vous aimerez aussi :

  Tribulations d’un précaire de Iain LEVISON

 

Le blues du braqueur de banque, Flemming Jensen, traduit du danois par Andréas saint Bonnet, Gaïa Editions, avril 2012, 189 p., 17 euros

  Livre reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique organisée par Babélio.

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La concession du téléphone d’Andréa CAMILLERI

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥
 

L’auteur :

Maître du polar à l'italienne, Andrea Camilleri débute en tant que metteur en scène et scénariste pour la télévision, avant de se lancer dans l'écriture. C'est sous l'influence de son ami Sciascia que le Sicilien s'initie aux romans policiers. Il accède à la notoriété grâce au personnage de Montalbano, commissaire singulier, colérique et bon vivant qui fait sa première apparition en 1994 dans 'La Forme de l'eau'. Drogue, mafia et faits divers, autant de thèmes qui vont séduire un large public, au point qu'une série est adaptée pour la télévision en 1998. Le succès est tel que l'on parle désormais de 'phénomène Camilleri', pour évoquer l'écrivain et de son oeuvre. (source : Evene)

 

L’histoire :

Filippo Genuardi jeune sicilien féru des nouvelles technologies souhaite obtenir une ligne téléphonique. Nous sommes en 1891, en Sicile, et le jeune homme doit donc faire sa demande par écrit au préfet de la région. Mais une petite erreur orthographique va entraîner une suite de malentendus : Filippo sera soupçonné d'être un dangereux agitateur qu'il faut neutraliser...

Ce que j’ai aimé :

-          L'originalité de ce roman tient dans son genre épistolaire : seules les lettres que s'envoient les différents protagonistes constituent le fond et le coeur du roman.
André Camilleri écrit d'habitude des romans policiers, mais ici il s'agit plus d'un roman social drôle, d'une récréation dans la série policière de Camilleri.

 

-          L'action se passe en Sicile, à Vigata petite bourgade dans laquelle se situe la plupart des intrigues d'Andréa Camilleri. La vie de cette petite communauté est admirablement bien rendue, de façon très vivante et drôle. Nous sommes en 1891, le téléphone fait tout juste son apparition et l'on se demande pourquoi Filippo tient autant à l'avoir...

 

-          C'est un roman très original, drôle et fin. Il est court, facile à lire et très divertissant. Il pointe du doigt non seulement les lourdeurs administratives, mais aussi les rapports humains quelquefois considérablement compliqués par certains... L'ensemble fait penser à une farce burlesque bien menée, très intelligente.

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Il faut juste un petit effort au début pour situer tous les personnages qui sont nombreux à correspondre entre eux, mais une fois ce petit exercice accompli, le lecteur se régale d'un bout à l'autre de ce petit livre...

D'autres avis :

L'express 

  

La concession du téléphone, Andrea Camilleri, Fayard, 1999, 17.80 euros

POCHE : La concession du téléphone, Andrea Camilleri, Le livre de poche, avril 2001, 281 p., 5.60 euros

 

Vous aimerez aussi :

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