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litterature europe

Une journée d’Ivan Denissovitch de Alexandre SOLJENITSYNE

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Dix-sept heures de la vie d’un captif des camps soviétiques

 L’auteur :

 Alexandre Soljenitsyne est né dans le Caucase en 1918. Juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté par la police militaire et passera les huit années suivantes dans des camps. Condamné ensuite à « l'exil perpétuel », il est réhabilité en 1957. Jusqu'en 1962, date de sa première publication, il enseigne les mathématiques et la physique dans des écoles secondaires de campagne. Le succès que va connaître Soljenitsyne avec ses publications puis son prix Nobel déclenche une tempête d'injures et de calomnies dans la presse soviétique. En 1974, il est arrêté et expulsé d'URSS. Il s'installe alors dans le Vermont, aux États-Unis. Il revient de son exil américain et s'installe près de Moscou en 1994. Il meurt le 3 août 2008, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. (Source : éditeur)

 

Présentation de l’éditeur :

 « Les journées, au camp, ça file sans qu'on s'en aperçoive. C'est le total de la peine qui n'a jamais l'air de bouger, comme si ça n'arrivait pas à raccourcir. » 

Tous les matins, à cinq heures, un surveillant réveille les vingt-trois détenus de la 104e brigade de travailleurs d’un camp de travail russe. Ivan Denissovitch, surnommé Choukhov, y a été déporté pour cause de « trahison de la patrie ». Condamné à dix ans, il ne lui reste qu'un an à passer au camp.

Un matin, le robuste Choukhov, affaibli, s'est levé en retard. Puni, il est contraint de nettoyer le plancher. Puis il se rend au dispensaire pour y chercher des soins, mais le médecin ne peut l’exempter car son quota quotidien d’arrêts de travail est déjà dépassé. Il retourne donc aux travaux forcés dans le froid glacial de la steppe, s’employant à mettre en place des méthodes de survie : il capitalise la seule richesse qu'il possède, celle des pourtant misérables rations de nourriture. Tous les jours, il s’évertue à accomplir d’harassantes et inhumaines tâches : il creuse des trous, martèle, déplace des kilos de terre, coupe et transporte du bois, construit des charpentes, aligne des briques ou bien dispose du mortier, etc.
À la nuit tombée, Choukhov est satisfait de sa journée. Elle ne lui a pas été fatale. Il n'a pas été mis au cachot, il n'est pas tombé malade et a même réussi à « s'acheter » du bon tabac grâce à un privilégié du camp.

Une journée d'Ivan Denissovitch est un roman noir dans lequel le désespoir n'a pas sa place. Il dépeint la force d’un prisonnier banal aspirant seulement à survivre jusqu’au lendemain, écrasé par des conditions de vie intolérables supportées sans cris et avec une grande dignité.
Alexandre Soljenitsyne décrit l’horreur banalisée et les principes du système concentrationnaire du Goulag en employant des termes simples et précis pour transcrire une situation tragique. Jamais plaintif, toujours juste, ce roman est à la fois d’une horreur saisissante et d’une beauté littéraire limpide. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Ce récit est à replacer dans son contexte : en 1961 ce qui s’était passé dans les camps soviétiques restait tabou, nébuleux. Ce manuscrit, servi par un style dans lequel transparaissent des facilités d’écriture confondantes, vient éclairer une période sombre de l’histoire.  Soljenitsyne l’aurait écrit en deux mois seulement. En un minimum de mots tiré de l'argot et du parler paysans il nous livre le récit expressif du quotidien d’un paysan emprisonné  pendant la seconde guerre mondiale et condamné à 10 ans de captivité.

 L’horreur de ces camps c’est avant tout le quotidien : 

« C’est merveilleux comme le travail fait passer le temps. Chouckhov l’avait remarqué qui sait des fois : les journées, au camp, ça file sans qu’on s’en aperçoive. C’est le total de la peine qui n’a jamais l’air de bouger, comme si ça n’arrivait pas à raccourcir. » (p. 84)

« Or, même pour penser, ça n’est jamais libre, un prisonnier. On retourne toujours au même point, en n’arrêtant pas de retourner les mêmes idées. Est-ce qu’ils ne vont pas retrouver la miche en fourgonnant dans la paillasse ? ce soir, est-ce que le docteur voudra bien vous exempter de travail ? Le commandant, il couchera au mitard ou pas ? Et comment il a pu s’arranger, César, pour se faire donner des affaires chaudes ? (…) » (p. 58)

« Il s’endormait, Choukhov, satisfait pleinement. Cette journée lui avait apporté des tas de bonnes chances : on ne l’avait pas mis au cachot ; leur brigade n’avait point été envoyée à la Cité du Socialisme ; à déjeuner, il avait maraudé une kacha ; les tant-pour-cent avaient été joliment décrochés par le brigadier ; il avait maçonné à cœur joie ; on ne l’avait point paumé avec sa lame de scie pendant la fouille ; il s’était fait du gain avec César ; il s’était acheté du bon tabac ; et au lieu de tomber malade, il avait chassé le mal.

Une journée de passée. Sans seulement un nuage. Presque de bonheur.
Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d’un bout à l’autre, trois mille six cent cinquante-trois. 

Les trois de rallonge, c’était la faute aux années bissextiles.» (p. 189)


Ce récit tragique permet d'appréhender au plus près l'horreur de journées qui s'écoulent en captivité, dans la peur et la détresse. Un témoignage poignant, une esquisse de ce que sera L’archipel du goulag.

 Ce que j’ai moins aimé :

Une impression de déjà lu et entendu assez prégnante.

De plus - et pour cause - le tout est un peu lassant même si le texte est fort.

 Premières phrases :

 « A cinq heures du matin, comme tous les matins, on sonna le réveil : à coups de marteau contre le rail devant la baraque de l’administration. De l’autre côté du carreau tartiné de deux doigts de glace, ça tintait à peine et s’arrêta vite : par des froids pareils, le surveillant n’avait pas le cœur à carillonner. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : L’archipel du goulag

Autre : Si c’est un homme de Primo LEVI 

 

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre SOLJENITSYNE, Traduit par Lucia et Jean CATHALA, Robert Laffont, Pavillons poche, 2010, 7 euros

 Lu dans le cadre du mois russe initié par Marilyne

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Du côté de Canaan de Sebastian BARRY

Publié le par Hélène

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♥ ♥

  

L’auteur :

 

Sebastian Barry est né à Dublin en 1955. à la fois romancier, poète et dramaturge, il est reconnu comme l’une des voix les plus importantes de la littérature irlandaise d’aujourd’hui. Ses romans Annie Dunne et Un long, long chemin ont paru aux Éditions Joëlle Losfeld en 2005 et 2006. Le testament caché figurait sur la shortlist du Man Booker Prize 2008, et a obtenu le prix Costa Book of the Year cette même année. Il a également décroché en 2009 le prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year.

 

L’histoire :

 

Obligée autrefois de fuir l’Irlande et les siens avec son fiancé pour de mystérieuses raisons, Lilly Bere, à quatre-vingt-neuf ans, revit le chemin parcouru depuis son arrivée dans le Nouveau Monde – le «côté de Canaan» – au rythme des hommes de sa vie. D’une traversée clandestine à leur installation précaire à Chicago, le jeune couple n’aspire qu’à une vie normale. Mais c’est sans compter avec la menace sourde qui pèse sur eux, et qui va pousser Lilly, désormais seule au monde, à s’enfuir à Cleveland. Devenue employée de maison grâce à son amie Cassie, elle y est témoin des injustices et du racisme de la société américaine. Quand elle rencontre le séduisant et énigmatique Joe, elle croit enfin toucher le bonheur du doigt – jusqu’à une explosion pendant laquelle Joe disparaît… Ce n'est là qu'un des nombreux mystères de la vie de Lilly, racontée comme un thriller, et imprégnée d’une infinie douceur. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

A l’orée de sa mort, une vieille dame se remémore les instants cruciaux de sa vie, ceux qui, mis bout à bout, forment un tout cohérent et significatif. Pour elle, se souvenir est essentiel à l’heure où elle vient de perdre son petit-fils, prunelle de ses yeux. En se plongeant dans le récit de sa vie, elle peut ainsi revivre intensément par la magie de l’écriture les beaux moments, les moins bons, et les tragédies incontestables.

 

« Et de penser, de me souvenir. Toutes ces sombres affaires, ces histoires englouties, comme des vieilles chaussettes dans une vieille taie d’oreiller. Sans plus trop savoir quel poids de vérité elles contiennent. Et des choses que j’ai laissées de côté longtemps, dans l’intérêt du bonheur, ou du moins du contentement quotidien dont j’étais autrefois maîtresse, j’en suis persuadée. Le plaisir d’un plat bien cuisiné, simplement le petit plaisir étrangement infini de voir, de contempler, un plateau de biscuits sortant du four. Comme si je venais d’achever le Parthénon, ou la sculpture de Jefferson dans le roc, ou peut-être le contentement, ressenti dans les muscles, de l’ours quand il sort un saumon de l’eau avec sa patte. Puissamment apaisant, profondément, et pour quoi d’autres sommes-nous ici, sinon pour ressentir ces minuscules victoires ? Pas les grandes victoires qui broient et tuent le vainqueur. Pas les guerres et les émeutes, mais la grâce salutaire d’une sauce hollandaise qui a échappé à toutes les possibilités d’un désastre culinaire et qu’on étale comme une prière jaune sur un gros pavé de cabillaud, victorieusement. » (p. 39)

  

 Là où le pathétique pourrait être de mise,  Lilly ayant connu dans son parcours différentes tragédies, la luminosité de la vieille dame, sa bonté et son intelligence permettent d’éviter tout pathos, et d’auréoler son récit d’une aura particulière. Est-ce l’approche de la mort qui lui donne cette force immense, ou bien l’amour qu’elle a porté à chacun des êtres qui ont jalonnés sa vie, qu’importe, quand seul compte le récit de ces destins individuels marqués par les guerres (guerre d'indépendance irlandaise, première guerre mondiale, guerre du Vietnam, puis la guerre du Koweit), par le racisme, par les actions de l’IRA…

 

Servi par un style fluide, Du côté de Canaan retrace un très beau destin de femme…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Tellement fluide, que cela en devient presque banal et que je pense que cela ne le laissera pas un souvenir inoubliable.

 

Premières phrases :

 

« Bill n’est plus.

 

Quel bruit fait le cœur d’une femme de quatre-vingt-neuf ans quand il se brise ? Sans doute guère plus qu’un silence, certainement à peine plus qu’un petit bruit ténu. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Annie Dunne

Autre : Une seconde vie de Dermot BOLGER  

 D’autres avis :

 Blogs : Jérôme ; Mimi ; Clara ; Jostein

Presse : Lire ;Télérama  

 

Du côté de Canaan, Sebastian Barry, traduit de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni, Editions Joëlle Losfeld, août 2012, 274 p.,  19.50 euros

 grand prix lectrices de elle

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Quand le requin dort de Milena AGUS

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

Milena Agus, cette inconnue sarde, enthousiasme le public français avec Mal de pierres en 2007. Le succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les 26 pays où elle est aujourd’hui traduite. Après Battement d’ailes, Mon voisin et Quand le requin dort, Milena Agus poursuit avec La comtesse de Ricotta sa route d’écrivain, singulière et libre. (Source ; Editeur)

 

L’histoire :

 Sardes depuis le Paléolithique supérieur, les Sevilla-Mendoza ignorent la normalité. Un père entiché de voyages lointains, une mère perdue devant la vie, une tante plongée dans des amours sans lendemain, un frère sourd à tout sauf à son piano. Celle qui décrit l’étrange et attachante ambiance familiale, avec une impassible candeur, est une adolescente engluée dans une liaison inavouable… Une liaison qu’elle cache à sa famille, où pourtant on parle d’amour et de sexe sans inhibitions. On y parle aussi de Dieu, dont on n’arrive pas à décider s’il existe ou pas. Plutôt qu’à lui, autant s’en remettre à la superstition pour affronter les dangers de l’existence. Celle-ci se déroule comme si on était dans la gueule d’un requin. Un requin qui vous enserre entre ses dents et vous empêche de vivre. On essaye d’en sortir quand il dort… Dans ce livre, le plus poignant de Milena Agus, on retrouve sa voix inimitable, capable de toutes les audaces. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Ce premier roman de Milena Agus porte déjà le sceau de son talent. Par la voix de sa narratrice, elle nous plonge immédiatement dans l’univers profondément poétique et désespéré à la fois de cette famille sarde hors norme.

 Les blessures de l’âme sont plus douloureuses que les blessures physiques et la jeune adolescente préfère alors accepter une relation sado-maso purement sexuelle avec un homme marié plutôt que d’affronter les affres d’une relation amoureuse. Car elle sait combien les sentiments sont éphémères, combien de fois sa tante s’est retrouvée seule, meurtrie après un l’abandon d’un nouvel amant, elle sait combien les sentiments peuvent être complexes et combien la fidélité se paie chère, elle sait combien la vie ne tient qu’à un fil et combien la frontière entre bonheur et souffrance est ténue… A tout instant le requin peut se réveiller et vous broyer lentement…

 Mais si elle sait, elle essaie malgré tout de mettre du miel sur tout, comme sa maman, même si « papa dit qu’on finira par se faire un diabète du cerveau. » (p. 21) Parce que dans son monde, comme dans celui d’un des personnages, Mauro de Cortes, « ça a du sens de faire pousser des fleurs ou d’apprendre à faire des petits gâteaux. Et surtout on peut espérer. » (p. 54)

  Un roman lumineux inoubliable... 

 

Ce que  j’ai moins aimé :

- Rien  

 

 Premières phrases :

 « En réalité, nous ne sommes pas la famille Sévilla-Mendoza. Nous sommes sardes, j’en suis sûre, depuis le Paléolithique supérieur.

C’est mon père qui nous appelle comme ça, ce sont les deux noms de famille les plus courants là-bas. Il a beaucoup voyagé, et l’Amérique c’est son mythe, mais pas celle du Nord, riche et prospère, celle du Sud, pauvre et déshéritée. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Battements d’ailes de Milena AGUS

Autre : Le cœur cousu de Carole MARTINEZ

 

D’autres avis :

Presse : Télérama, Lire ;  Interview Le Figaro   

  Blogs : Alex; Mango ;Stéphie ; Hélène ; Clara ; Leiloona, Mango, Stephie, Lancellau, Gambadou 

 

Quand le requin dort, Miléna AGUS, traduit de l’italien par Françoise Brun, Liana Levi, 2010, 160 p., 15 euros

POCHE Le livre de poche janvier 2012, 6.10 euros

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Le palais de verre de Simon MAWER

Publié le par Hélène

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 L’auteur :

 Né en 1948, Simon Mawer, diplômé en zoologie de l’université d’Oxford, enseigne la biologie. Il est l’auteur de huit romans, dont Le Nain de Mendel (Calmann-Lévy, 1998) et L’Évangile selon Judas (Flammarion, 2002).

 

 L’histoire :

Une inoubliable fresque conjugale à travers six décennies d'histoire européenne. Finaliste du Booker Prize, élu meilleur livre de l'année par The Observer et The Financial Times : un chef-d'oeuvre.

Tchécoslovaquie, fin des années 1920. Liesel tombe amoureuse de Viktor Landauer, héritier d'une riche famille juive. Les deux jeunes gens, qui fréquentent la haute société des années folles, rêvent d'une maison moderne. C'est à Venise qu'ils vont rencontrer l'homme capable de mener à bien ce projet, Rainer von Abt, un architecte adepte de Loos, de Mondrian, du Corbusier. Celui-ci va imaginer pour eux un palais de verre, une oeuvre d'art entièrement conçue autour des transparences et de la lumière. Plus qu'une maison, c'est un véritable acte de foi dans le siècle nouveau où, les jeunes mariés n'en doutent pas, l'art, la science, la démocratie sauront venir à bout des ténèbres. Mais les espoirs du jeune couple, comme ceux de toute une société, ne vont pas tarder àêtre mis à mal par les aléas de la vie conjugale et de l'histoire, l'occupation nazie puis soviétique de l'Europe centrale venant bouleverser la donne.

À travers les aventures d'un couple, de leur famille et de leur maison, Simon Mawer brosse un tableau fascinant de six décennies de l'histoire européenne. Mêlant l'intime et l'histoire avec une maestria incomparable, il nous offre un grand roman d'amour et une réflexion inédite sur le sort des individus pris dans la tourmente des temps.

 

Mon avis :

 Très bizarrement, même si je suis allée jusqu’au bout de cette lecture, je n’ai rien ressenti, rien appris, je n’ai pas vibré, pas pleuré, pas ri… Encéphalogramme plus plat que nature !

 Est-ce dû au fait que les personnages eux-mêmes ne semblent pas vibrer suffisamment, quand ils disent « je t’aime » les mots restent vides, sans résonnance, comme s’ils se répercutaient en vain contre les parois de verre de cette maison placée au centre du roman.

Alors que la maison est censée « contaminer les êtres humains qui se tiennent à l'intérieur pour les rendre aussi transparents que le verre lui-même. » (p. 179), c’est comme si, à l’inverse, elle opacifiait leur intériorité rendue incompréhensible au lecteur.

 Les évènements se succèdent : années heureuses dans la maison de verre, puis l’arrivée de la guerre oblige les habitants de la maison à émigrer, deuxième destin de la maison transformée en laboratoire aux visées aryennes, nouvelle émigration de la famille aux Etats-Unis… Tous file, tout coule et rien ne se fige dans mon esprit, comme si tout était vu de loin, sans passion, un comble pour un roman qui mentionne autant de passions amoureuses…

 Une déception pour un roman censé plaire au plus grand nombre ! (dixit mon libraire)

  

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 Palais de verre de Madrid 

 Premières phrases :

"Oh ! Oui, nous y sommes.

Elle en était sûre, même après toutes ces années. Quelque chose dans la déclivité de la route, la trajectoire prise par la voiture qui s'était engagée dans un virage en pente, une impression de forme et de mouvement, qui, bien qu 'endormie depuis trente ans, était encore gravéedans sa mémoire, et venait d'être ranimée par la conjonction subtile du déplacement et de l'inclinaison." 

 

D’autres avis :

 Télérama ; Keisha  

 

Le palais de verre, Simon MAWER, traduit de l’anglais par Céline Leroy, Cherche Midi éditeur, mai 2012, 22 euros

 

      Merci à Solène pour avoir répondu à ma curiosité...

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Une seconde vie de Dermot BOLGER

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

 L’auteur :

 Dermot Bolger, né en 1959, est issu de la classe ouvrière du faubourg dublinois de Finglas. Il se consacre à l'écriture depuis 1980, et est considéré comme l'un des pairs de toute une génération d'écrivains irlandais. Un grand nombre de ses ouvrages a été traduit en français, dont Toute la famille sur la jetée du Paradis, paru aux Editions Joëlle Losfeld en 2008.

 L’histoire :

Sean Blake réchappe de justesse à un accident de voiture à la suite duquel il a été, pendant quelques secondes, déclaré cliniquement mort. A son réveil, bouleversé, Sean perçoit le monde tout à fait différemment, comme s'il débutait une nouvelle existence. Mais ce n'est pas la première fois que Sean voit sa vie modifiée. A six semaines, il a été retiré à sa mère, une jeune fille forcée par la société et l'Eglise de le laisser à l'adoption. Avec le sentiment d'être devenu étranger à sa femme et à ses deux enfants, et très certainement en premier lieu à lui-même, Sean décide de partir à la recherche de cette mère dont il ne sait rien. Avec beaucoup d'émotion et de sensibilité, Dermot Bolger nous entraîne dans une histoire particulière (déjà évoquée au cinéma dans le très émouvant Magdalene Sisters), celle de ces adolescentes irlandaises rompues et humiliées, dont le malheur se répercuta sur les générations futures. (Quatrième de couverture)

 Mon avis :

 Bizarrement ce roman est comme scindé en deux parties : la première partie est relativement lente, très centrée sur la psychologie des personnages en présence notamment sur les interrogations multiples de Sean hésitant à plonger de plain-pied dans son passé. Il fait preuve de nombreuses circonvolutions pour ne pas avoir à affronter les mystères de son adoption, tout en étant irrémédiablement attiré par sa véritable mère. Il aura fallu cet accident de voiture pour lui fournir le déclic nécessaire à sa quête de vérité. Parallèlement, d’étranges souvenirs datant du siècle dernier remontent à la surface, frôlant ici le surnaturel… La lecture de cette première partie fut laborieuse pour moi, peu agréable.

 La deuxième partie est beaucoup moins statique et torturée, beaucoup plus intéressante aussi à mes yeux car Sean se trouve réellement confronté aux difficultés liés à son histoire de famille et à son adoption. En convoquant les responsables de son adoption, il pose les questions qui fâchent et permet d’amorcer une réflexion enrichissante sur le destin de ces jeunes filles placées dans des couvents Magdalene http://fr.wikipedia.org/wiki/Couvents_de_la_Madeleine

 L’auteur a réécrit son roman initialement intitulé "" parce que persistait en lui une impression de « note fausse » (Note de l’auteur). Je dirais qu’il manque encore du travail pour parvenir à une harmonie complète…

 Un bilan en demi-teinte pour ce roman tirant un peu trop sur les cordes psychologiques et pathétiques à mon goût…

 Premières phrases :

« Celui qui avait repeint l’ambulance avait oublié la bordure supérieure des portières. Vus d’en haut, les sillons écaillés de la carrosserie ressemblaient au lit d’une rivière asséchée. Le dessus du chapeau de l’ambulancier était tacheté de poussières et de pellicules et, quand,  il releva la tête de ma poitrine, je vis mon visage tourné vers le ciel, strié de sang. »

 Vous aimerez aussi :

 Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette WINTERSON 

 D’autres avis :

Presse : Télérama Le Figaro

Blogs : Cryssilda

  

Une seconde vie, Dermot Bolger, traduit de l''anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas, Editions Joëlle Losfeld, janvier 2012, 256 p., 21 euros

 grand prix lectrices de elle 

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Le lynx de Silvia AVALLONE

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

  

L’auteur :

 Née en 1984 à Biella, dans le Piémont, cette jeune Italienne s'est installée à Bologne, où elle vit toujours, pour étudier les lettres et la philosophie. Très vite, Silvia Avallone se met à écrire de la poésie ainsi que des nouvelles pour plusieurs journaux et revues littéraires. En 2010, son premier livre, D'acier, la propulse au premier plan de la scène littéraire de son pays. Ce roman social qui raconte le quotidien de deux jeunes filles rêvant de s'échapper de la cité ouvrière où elles sont nées a été couronné par le prix des lecteurs de L'Express en 2011 et distingué la même année par Lire dans la catégorie "Meilleur roman étranger". En cours d'adaptation au cinéma, D'acier est traduit dans 14 pays. (Source : L’express)

 

L’histoire :

 Piero aime les belles voitures. Volées de préférence. L’espace d’un instant, voler lui permet de fuir un quotidien morne et lui donne l’agilité et la puissance d’un lynx. Une nuit de brouillard, quelque part dans la plaine du Pô, Piero stoppe son Alfa Romeo rutilante sur une aire de repos, entre dans un restoroute et s’apprête à braquer la caisse lorsqu’il tombe sur un adolescent paumé dont l’assurance et l’étrange beauté le foudroient… Une rencontre improbable qui changera le cours de sa vie.

Dans ce récit intense comme une brûlure, Silvia Avallone confirme son immense talent.

 

Ce que j’ai aimé :

 Le ton incisif et rapide rend cette nouvelle inédite particulièrement efficace. L’auteure va à l’essentiel, et pourtant elle parvient à analyser les personnages de façon très juste. Silvia Avallone, comme dans D’acier, sait parler de la misère sociale et de ses avatars. Ses personnages s’inventent un ersatz pour échapper à une réalité dévorante et vide à la fois.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Les personnages sont plutôt antipathiques : Piero, homme perdu, le jeune homme reste très mystérieux, la femme de Piero est une femme pieuse qui cherche par la religion à  échapper à une vie sordide…

 

Premières phrases :

 « Ils se rencontrèrent pour la première fois dans un restoroute, en pleine nuit. Une de ces nuits, toutes pareilles, qui flottent lourdes comme du pétrole sur la lande silencieuse entre Novara et Vercelli. 

Une pancarte verte émergea, après des kilomètres de néant. D'instinct, Piero mit le clignotant et commença à ralentir. Presque une heure du matin. L'obscurité dense découpée par les phares peinait à s'ouvrir. Et dans le fleuve noir de l'autoroute, il n'y avait pas d'autres lumières que les siennes, solitaires comme deux étoiles. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur :  D'acier de Silvia AVALLONE

 

D’autres avis :

 Blogs : Jérôme ;Clara 

Presse : L'express 

 

Le lynx, Silvia Avallone, traduit de l’italien par Françoise Brun, Liana Levi, 22 août 2012, 59 p., 4 euros  

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Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette WINTERSON

Publié le par Hélène

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♥ ♥

L’auteur :

Née en Angleterre en 1959, Jeanette Winterson a connu le succès dès la parution de son premier roman, Les oranges ne sont pas les seuls fruits (réédité aux Editions de l'Olivier en 2012). Couronnée de prix, elle devient une figure du mouvement féministe. Ses romans baroques, ses essais, notamment sur l'identité sexuelle (Le Sexe des cerises ou Powerbook), ont imposé sa voix singulière dans la littérature britanniqueNée en Angleterre en 1959, Jeanette Winterson a connu le succès dès la parution de son premier roman, Les oranges ne sont pas les seuls fruits (réédité aux Editions de l'Olivier en 2012). Couronnée de prix, elle devient une figure du mouvement féministe. Ses romans baroques, ses essais, notamment sur l'identité sexuelle (Le Sexe des cerises ou Powerbook), ont imposé sa voix singulière dans la littérature britannique.

 L’histoire :

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Etrange question, à laquelle Jeanette Winterson répond en menant une existence en forme de combat. Dès l'enfance, il faut lutter : contre une mère adoptive sévère, qui s'aime peu et ne sait pas aimer. Contre les diktats religieux ou sociaux. Et pour trouver sa voie. Ce livre est une autobiographie guidée par la fantaisie et la férocité, mais c'est surtout l'histoire d'une quête, celle du bonheur. "La vie est faite de couches, elle est fluide, mouvante, fragmentaire", dit Jeanette Winterson. Pour cette petite fille surdouée issue du prolétariat de Manchester, l'écriture est d'abord ce qui sauve. En racontant son histoire, Jeanette Winterson adresse un signe fraternel à toutes celles - et à tous ceux - pour qui la liberté est à conquérir. (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

Jeanette Winterson revient ici sur son enfance passée auprès d'une mère adoptive rigoriste obsédée par sa religion, l'Enfer, le Mal et toute leur bande... Une mère qui l'a mise à la porte parce qu'elle préférait les filles aux garçons.

La question de l'identité est au coeur du roman : comment trouver sa place dans ce monde quand le rejet, l'abandon ont été les seules mères identifiables...  Enfant adoptée, rejetée par sa mère adoptive, Jeanette Winterson n'a pu trouver de salut que dans la littérature, puis dans l'écriture.

« C’est vrai, les histoires sont dangereuses, ma mère avait raison. Un livre est un tapis volant qui vous emporte loin. Un livre est une porte. Vous l’ouvrez. Vous en passez le seuil. En revenez-vous ? » (p. 53)

« Je n’avais personne sur qui compter, mais TS Eliot m’a aidée.

Du coup, quand les gens disent que la poésie est un luxe, qu’elle est optionnelle, qu’elle s’adresse aux classes moyennes instruites, ou qu’elle ne devrait pas être étudiée à l’école parce qu’elle n’est pas pertinente ou tout autre argument étrange et stupide que l’on entend sur la poésie et la place qu’elle occupe dans notre vie, j’imagine que ces gens ont eu la vie facile. Une vie difficile a besoin d’un langage difficile – et c’est ce qu’offre la poésie. C’est ce que propose la littérature – un langage assez puissant pour la décrire. Ce n’est pas un lieu où se cacher. C’est un lieu de découverte. » (p. 55)

Elle évoque ici sa plongée dans l'enfer de la solitude, du manque d'amour source de ses souffrances, puis sa remontée rédemptrice vers la lumière de la vie, de l'envie, de l'amour... 

« En fait, nous avons droit à plus que deux chances – beaucoup plus. Avec mes cinquante années d’expérience, je sais à présent que le va-et-vient entre trouver / perdre, oublier / se souvenir, quitter / retrouver, est incessant. L’existence n’est qu’une question de seconde chance et tant que nous serons en vie, jusqu’à la fin, il restera toujours une autre chance. (p. 53)

La créativité lui permet de se tenir du côté de la santé en racontant une histoire à « la créature », son autre moi devenu fou.

"La vérité est une chose très complexe pour tout un chacun. Pour un écrivain, ce que l'on retranche en dit autant ce que l'on intègre. Que retrouve-t-on par-delà des marges du texte? La photographe cadre son sujet ; les écrivains cadrent leur univers. Mrs Winterson m’a reproché ce que j'avais intégré alors que j'avais plutôt l'impression que le jumeau muet de l'histoire était ce que j'avais retranché. Nous taisons tant de ces choses trop douloureuses. Nous faisons le vœu que ce que nous pouvons raconter apaisera le reste, l'atténuera d'une façon ou d'une autre. Les histoires sont là pour compenser face à un monde déloyal, injuste, incompréhensible, hors de contrôle. Raconter une histoire permet d'exercer un contrôle tout en laissant de l'espace, une ouverture. C'est une version mais qui n'est jamais définitive. On se prend à espérer que les silences seront entendus par quelqu'un d'autre, pour que l'histoire perdure, soit de nouveau racontée. En écrivant, on offre le silence autant que l'histoire. Les mots sont la part du silence qui peut être exprimée."

 Jeanette Winterson évoque sa remontée des Enfers avec subtilité et intelligence. 

 Ce que j’ai moins aimé :

Le ton est beaucoup moins caustique que dans « Les oranges », qui a ma préférence, celui-ci étant beaucoup plus sombre, plus centré sur l'introspection de l'auteure. Vingt-cinq ans séparent les deux écrits et c'est une Jeanette adulte qui a fait un travail psychologique poussé qui parle désormais et défend la jeune fille esseulée qu'elle était alors. La force qui s'échappait d'elle dans le récit "Les oranges" s'est craquelée, la menant vers une dépression sans doute nécessaire pour panser les blessures et rebondir plus haut. 

Premières phrases :

« Quand ma mère se fâchait contre moi, ce qui lui arrivait souvent, elle disait : « Le Diable nous a dirigés vers le mauvais berceau. »

L’image de Satan prenant congé de la guerre froide et du maccarthysme le temps de faire un crochet par Manchester en 1960 – but de la visite : duper Mrs Winterson – est théâtralement truculente. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Les oranges ne sont pas les seuls fruits de Jeanette WINTERSON

 D’autres avis :

Presse : Télérama Magazine littéraire

Blogs : Cathulu Clara Aifelle  

 Pourquoi être heureux quand on peut être normal, Jeanette Winterson, traduit de l’anglais par Céline Leroy, Editions de l’Olivier, 2012,

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Imaqa de Flemming JENSEN

Publié le par Hélène

                              

 ♥ ♥ ♥ ♥

"Même dans les lieux les plus désertiques et abandonnés des dieux, des fleurs se pressent chaque printemps à travers la surface craquelée de sécheresse, se glissent entre les plus étroites fissures des rochers et signalent semence et vie aux endroits les plus improbables."  (p. 374) 

 

L’auteur :

 

Né en 1948 au Danemark, Flemming Jensen est surtout connu pour ses oneman shows, ses sketches radio et télé. Et pour ses livres. Lettres à Mogens, d'abord (Mogens, c'est son chien), et tout récemment Imaqa, le grand roman inuit qu'il a laissé mijoter pendant vingt-cinq ans. En France est également disponible Le Blues du braqueur de banque.

 

L’histoire :

 

Martin, instituteur danois de trente-huit ans qui ressent un vide dans son existence, demande sa mutation dans la province la plus septentrionale du Danemark, le Groenland. Il prend ses fonctions dans un hameau de cent cinquante âmes : Nunaqarfik, à plus de cinq cents kilomètres au nord du cercle polaire. Armé de ses bonnes intentions, encombré de sa mauvaise conscience coloniale et de ses idées pré-conçues, Martin découvre une communauté solidaire, dont la vie s'organise en fonction de la nature environnante - et pas malgré elle. Au fil des mois qui passent et des rencontres, dans une société où le rire est érigé en remède suprême contre la peur ou la tristesse, il apprend à apprécier ce qui est, sans se soucier de ce qui aurait pu être, et trouve ce à quoi il aspirait : l'aventure, l'immensité, l'harmonie, l'amour.

Roman chaleureux et humaniste, qui dénonce notamment les ravages de la colonisation du Groenland par le Danemark, Imaqa est un hymne à la tolérance et à la douceur, porté par un humour irrésistible. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

En choisissant d'aller enseigner dans ces contrées lointaines, Martin va découvrir un tout autre monde, avec son mode de pensée spécifique et une philosophie de vie différente. Quand il cherche à comprendre celles et ceux qui l'entourent, Gert, groenlandais pure souche lui répond :

 "Est-ce que tu ne peux pas tout simplement...vivre ici ? C'est ce que nous faisons, nous autres. Nous ne sommes pas comme des dingues à essayer tout le temps de comprendre." (p. 78)

 Ces hommes et femmes ont une vie simple et saine, évitant autant que possible les complications inutiles. Certains couples ont une façon bien à eux de gérer les crises :  "en comblant le vide avant de commencer à le percevoir" : ils achètent une tondeuse à gazon lors de la première crise, puis à la deuxième crise ils construisent une machine à outils, puis installent une cuisine aménagée, etc...

 Ils prennent la vie dans son immédiateté, même si cela crée quelquefois des situations absurdes : Pavia  est fier d'annoncer à Martin qu'il a acheté une moto, qu'il compte bien conduire sur la glace, lui qui pourtant ne sait pas même monter à vélo...

 "Une entreprise de vente par correspondance allemande avait trouvé un filon en expédiant son gros catalogue à tous les foyers du district. Et avait par là allumé une braise et créé un besoin qui n'aurait guère existé sans elle. Une vieille femme était ainsi en possession d'un vibromasseur électrique, et la sage-femme s'était procuré une télévision. Elles n'attendaient plus à présent que le jour où l'on installerait l'électricité." (p. 152)

 Il ne s'agit pas pour autant d'un monde idyllique : les problèmes d'alcool  sont légion courante, les jeunes sont attirés par l'attrait du continent et notamment de ses boîtes de conserve si différentes du poisson omniprésent, la violence est aussi sous-jacente...  

Mais l'humanisme prend le dessus, l'amour du prochain est tellement évident qu'il permet une entraide salvatrice. Là-bas, pas de psychologue : être sur le traîneau, seul au monde est la meilleure technique d'introspection dans "l'étincelante pureté du monde" (p.359)

 

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Un roman magnifique que je recommande chaudement...

 

 Ce que j’ai moins aimé :

 -          Rien.

 

Premières phrases :

 « Ca grinçait, et c’était rassurant.

Il est rare, pourtant, que des grincements rassurent. Mais un vieil ascenseur habillé de bois, en route vers le quatrième étage, doit grincer. Sinon, quelque chose ne tourne pas rond.

Et ce n’était pas le cas. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le blues du braqueur de banque de Flemming JENSEN

Autre : La vierge froide et autres racontars de Jorn RIEL 

 

D’autres avis :

 

Canel ; France Inter 

 

Imaqa, une aventure au Groenland,  Flemming Jensen, roman  traduit du danois par Inès Jorgensen, Babel, 2002, 9.50 euros

 

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L'île des oubliés de Victoria HISLOP

Publié le par Hélène

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 L’auteur :

 Victoria Hislop née Victoria Hamson est un écrivain britannique. Elle a travaillé comme journaliste avant de devenir auteure. Son premier roman, "the island" a été un véritable bestseller au Royaume uni. (Source : Babélio)

 L’histoire :

Saga familiale bouleversante et vibrant plaidoyer contre l'exclusion, ce roman d'évasion plein d'émotion et de suspense nous emporte sur une île au large de la Crète, Spinalonga, l'île des lépreux.

Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l'histoire de sa famille. Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face du village se dresse Spinalonga, la colonie ou l'on envoyait les lépreux... et ou son arrière-grand-mère aurait péri.

Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d'Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la bouleversante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets... (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

Le fond historique : l’histoire de cette île transformée en léproserie dans les années 1900 est véridique.

 « La même année (1903), le jeune gouvernement crétois décide de faire de l'îlot de Spinalonga "une léproserie ou une colonie de lépreux", c'est-à-dire un refuge obligé rassemblant tous des lépreux vivant épars dans les diverses régions de la Crète (puis plus tard de toute la Grèce), cachés dans des grottes et des cabanes de fortune ; cette déportation avait comme but d'améliorer leurs conditions de vie.

Les édifices et les ruines des bâtiments vénitiens et les demeures turques qui se trouvaient sur l'îlot de Spinalonga furent utilisés pour construire des habitations afin d'héberger les malades et les soignants, puis la mosquée turque fut convertie en hôpital, et le bastion vénitien "Dona" en cimetière ; enfin, en 1939, une route fut aménagée sur l'ensemble du périmètre de l'îlot. Le personnel soignant de la léproserie comportait un médecin, puis des infirmiers et des aides-soignants ; un surveillant et un abbé faisaient partie du personnel nécessaire sur l'îlot. 

Les conditions de vie sur Spinalonga pour les lépreux déportés de la Crète, puis la Grèce, étaient au début de l'ouverture de la léproserie, très difficiles : 

   *Le manque d'eau et de nourriture, car les malades étaient tributaires des apports de ces éléments nécessaires à la vie provenant de la Crète.

   *Durant les quatre premières années de l'ouverture de léproserie, il n'y avait pas de médecin, et les lépreux furent obligés de se soigner eux mêmes.


Les lépreux, devant l'isolement et la dure existence qu'ils menaient sur l'îlot de Spinalonga, montrèrent un courage surhumain en s'acharnant à utiliser tous les moyens disponibles, humains et matériels, afin d'améliorer leurs conditions de vie ; ils restaurèrent les demeures turques abandonnées ; remirent en service le système d'irrigation vénitien, installèrent un système permettant de récolter et stoker l'eau de pluie. En effet l'eau était un élément très important pour vivre et pour soigner les lésions cutanées et muqueuses de leur maladie qui exige, pour limiter son aggravation, une hygiène corporelle sans faille et le port de linges et vêtements propres en permanence. Les lépreux de Spinalonga chauffaient l'eau sur le feu de bois et lavaient leurs linges en vêtements dans les lavoirs déjà conçus par les Turcs.

La soif de vivre des lépreux sur Spinalonga était plus forte de que ce peut apporter leur maladie de désespoir devant la douleur, les mutilations corporelles et la mort, alors pour que leur existence ressemble à la vie de tout le monde, les historiens rapportent l'apparition sur l'îlot, de petits jardins, de vergers et de potagers autour des maisons ; certains malades pratiquaient l'élevage de poules et de chèvres ; des petits commerces voient le jour, puis un barbier, et ensuite une coiffeuse ; quelques tavernes dont une fut utilisée pour des activités culturelles, des spectacles de théâtre d'ombre et de la compagnie théâtrale de l'îlot ; des soirées dansantes et des projections de films. Vers le milieu des années trente, un générateur fut installé sur Spinalonga afin de fournir l'électricité à tous les foyers de la léproserie.

En 1937, l'état grec construit un nouvel hôpital sur l'îlot de Spinalonga dans lequel des médecins venant d'Athènes et de la Crète soignaient les malades ; puis en 1947, deux nouveaux immeubles furent édifiés afin de recevoir de nouveaux malades.

Des mariages eurent lieu dans la léproserie de Spinalonga ; plus de vingt enfants ont été mis au monde sur l'îlot, que l'état grec recueillait dans une crèche à Athènes.

En 1954, Spinalonga a pris le nom de "Calédonie".


Le gouvernement grec décida de fermer défensivement la léproserie en 1957 et les trente derniers lépreux de Spinalonga furent transférés dans un hôpital d'Athènes. » (source : Aly Abbara)

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L’auteur a cherché à créer une histoire familiale autour de cette léproserie et l’ensemble est plutôt cohérent, même si Victoria Hislop n’évite pas quelques écueils :

 Ce que j’ai moins aimé :

Il est évident qu’il est difficile pour les lépreux exilés sur l’île d’être séparés des leurs, coupés du monde, ne pouvant se permettre aucun contact avec leurs proches. Pourquoi donc l’auteur a-t-elle souhaité surenchérir en abusant du pathos ? La situation était assez explicite d’elle-même…

 Les intrigues sentimentales sont très présentes, coups de foudre à répétition, trahisons, infidélités, tromperies, passion, sont les ingrédients du récit.  

 « De son côté, le médecin pensait à Maria. Réussirait-il à attendre le mercredi suivant pour la revoir ? Sept jours. Cent soixante-huit heures. » (p. 325)

 Le style assez plat déçoit enfin le lecteur, qui pourra finalement se laisser saisir par ce roman facile, mais qui doit passer son chemin s’il recherche davantage de consistance…

 Premières phrases :

« Un vent automnal s’engouffrait dans les rues étroites de Plaka, et des bourrasques glacées enveloppaient la femme, engourdissant son corps et son esprit sans réussir à apaiser son chagrin. Comme elle peinait à parcourir les derniers mètres qui la séparaient de l’appontement, elle s’appuya de tout son poids sur son père.  Sa démarche évoquait celle d’une petite vieille transpercée par la douleur à chaque pas. Une douleur qui n’était pas physique, cependant. Son corps était aussi robuste que celui de n’importe quelle jeune femme ayant respiré toute sa vie le pur air crétois, sa peau aussi lisse et ses yeux d’un marron aussi profond que ceux de toutes les habitantes de l’île. »

 Vous aimerez aussi :

De pierre et de cendre de Linda NEWBERY

  D’autres avis :

Blogs : Cynthia 

Presse : sur le site de l’éditeur 

 

L’île des oubliés, Victoria Hislop, traduit de l’anglais (GB) par Alice Delarbre, Les Escales, mai 2012, 431 p., 22.50 euros

 

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Les oranges ne sont pas les seuls fruits de Jeanette WINTERSON

Publié le par Hélène

  oranges ne sont pas le seul fruit

♥ ♥ ♥ ♥

L’auteur :

 Jeanette Winterson est une romancière britannique.
Connue pour ses romans surtout Les Oranges ne sont pas les seuls fruits, cette romancière est née à Manchester et fut élevée à Accrington dans le Lancashire, au nord de l'Angleterre. 
Oranges est en partie autobiographique : elle raconte son enfance dans une famille très religieuse et ses premières relations homosexuelles. Le ton du roman est parfois surréaliste, souvent acidement humoristique. Adapté pour la télévision, il a eu un réel succès au Royaume-Uni. Il a été traduit en français et en plusieurs autres langues.
Elle est l'auteure de nombreux romans dont certains sont sortis en France notamment: "Arts et mensonges", "Ecrit sur le corps", "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", "Le sexe des cerises", "Le roi de Capri", "Garder la flamme" et "Pourquoi être heureux quand on peut être normal"... (Source : babélio)

L’histoire :

"Ma mère n'avait pas d'opinions nuancées. II y avait ses amis et ses ennemis. Ses ennemis étaient : le Diable (sous toutes ses formes), les Voisins d'à côté, le sexe (sous toutes ses formes), les limaces. Ses amis étaient : Dieu, notre chienne, tante Madge, les romans de Charlotte Brontë, les granulés antilimaces, et moi, au début." Les oranges ne sont pas les seuls fruits recrée sur le mode de la fable l'enfance de Jeanette, double fictionnel de l'auteur. A la maison, les livres sont interdits, le bonheur est suspect. Seul Dieu bénéficie d'un traitement de faveur. Ce premier roman nourri par les légendes arthuriennes ou la Bible célèbre la puissance de l'imaginaire. Tout semble vrai dans ce récit personnel mais tout est inventé, réécrit, passé au tamis de la poésie et de l'humour. Publié en 1985 en Angleterre, Les oranges ne sont pas les seuls fruits a connu un immense succès, devenant rapidement un classique de la littérature contemporaine et un symbole du mouvement féministe. (Présentation de l’éditeur)

Ce que j’ai aimé :

Dès les  premières pages, le ton est donné : Jeanette Winterson nous plonge dans sa vie de famille pentecôtiste avec un humour et un ton décalé entraînant... Elle évoque sa mère, religieuse jusqu'au bout des ongles, personnage un peu fantasque prête à croire le premier pasteur qui passe et interprétant les épisodes de la Bible à sa façon... Les autres êtres croisés en ces pages sont tout aussi surréalistes, comme par ce pasteur Finch et son vieux van :  

« Sur les portes arrières et le capot, il avait inscrit en lettres vertes : ME PARADIS OU L'ENFER ?  AVOUS DE CHOISIR. (…) A l’intérieur, il y avait six sièges, pour que la chorale puisse voyager avec lui, avec suffisamment d’espace pour transporter les instruments d emusique et une volumineuse trousse de matériel de premier secours au cas où le démon tenterait de consumer quelqu’un.

« Qu’est ce que vous faites quand il y a des flammes ? avons-nous demandé.

J’ai un extincteur » a-t-il expliqué.

On a été très impressionnés. » (p. 116)

Parallèlement à ses souvenirs, le talent de conteuse de l'auteur, très prégnant dans son recueil "Garder la flamme", s'épanouit aussi ici : elle nous conte des légendes qui éclairent le roman d'une aura philosophique extraordinaire.  

« Elle était parfaite, parce que, en elle, ses qualités et ses forces s’équilibraient parfaitement. Elle était symétrique en tous points. La quête de la perfection, lui avait-elle dit, était en réalité une quête de l’équilibre, de l’harmonie. (…) « C’est la clé du secret, avait-elle dit. Tout est là, dans cet équilibre premier et intime. » » (p. 92)

Derrière l'humour, se cache une critique virulente du fanatisme et de l'errance de la religion qui conduit cette mère adoptive à renier sa fille habitée par Satan parce qu’elle préfère les femmes aux hommes…

Face à tant d'épreuves, la force de cette jeune fille est admirable, l'auteur trouve le ton juste, tout en retenu, intelligent, clairvoyant, faisant mouche à chaque page...

Cette réécriture d'un passage clé de son enfance met en valeur le grand art de l'auteur qui, par l'écriture, nous conte une émancipation physique et intellectuelle prodigieuse...

Jeanette Winterson a réécrit récemment ce pan de son histoire dans Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? : 

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, aujourd'hui réédité, est la version romanesque de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Le second a plus de force, une ampleur chronologique plus grande — il inclut notamment le récit des retrouvailles de l'auteur avec sa mère biologique, il y a tout juste quatre ans. Mais surtout la dimension médi­tative y est omniprésente. C'est cette réflexion protéiforme sur l'enfance, sur les origines, sur l'amour et le temps, qui, au-delà de l'énoncé des faits biographiques, donne au récit son épaisseur, sa belle et universelle valeur. Un prix qui a trait à la sincérité, au pardon, à la confiance. Osons le mot : à la foi en une possible rédemption. « On peut revenir en arrière. On peut reprendre les choses là où on les a laissées. On peut réparer ce que d'autres ont brisé. On peut parler avec les morts. »" — Nathalie Crom, Télérama

Ce que j’ai moins aimé :

- Rien, je vais lire dans la foulée "Pourquoi être normal" tant j'ai aimé cette lecture !!

Premières phrases :

« Comme la plupart des gens, j’ai longtemps vécu avec ma mère et mon père. Mon père aimait regarder les combats de catch, ma mère, elle, aimait catcher : peu importe contre qui ou quoi. Elle était toujours prête à monter sur le ring. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

D’autres avis :

Lire 

 

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, Jeanette Winterson, traduit de l’anglais par Kim Tran, édition révisée par Hélène Cohen, Editions de l’Olivier, mai 2012, 234 p., 18 euros

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