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Dans les veines ce fleuve d’argent de Dario FRANCESCHINI

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 

Dario Franceschini est un écrivain italien qui signe ici son premier roman. Il a été élu président du groupe parlementaire « l’Olivier » à la Chambre des Députés.

 

L’histoire :

 A l'heure où sa vie approche de son automne, Primo Bottardi décide de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de retrouver un ami qui lui avait posé quarante ans plus tôt une question à laquelle il n'avait pas su répondre. Son périple le ramène au bord du Pô, parmi les pêcheurs d'esturgeons, dans une atmosphère de brume et d'eau qui change la plaine en un mirage infini.

 

Ce que j’ai aimé :

Le lent voyage de Primo est teinté de mélancolie, comme si le vieil homme observait le monde pour mieux l’imprégner sur sa rétine, pour n’en perdre aucun détail et s’en souvenir ainsi avec acuité. Il rencontre des personnages atypiques, venus tout droit de son passé comme le magicien Ariodante, il se souvient de rencontres lointaines ou écoutent les hommes et les femmes raconter leur histoire, bercés par le rythme lancinant et immuable du fleuve.

Au fil des pages comme au bord du fleuve s’infiltre une magie parfaitement intégrée à la réalité, parce que l’homme ne peut pas tout expliquer et que la réalité peut prendre des atours mystérieux.

Dans les veines ce fleuve d’argent est un texte magnifique qui nous emporte aux confins de l’existence…

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 

Premières phrases :

 « Il avait toujours confondu le silence avec le froid. Pendant les nuits moites d’été, il regardait les lèvres de marie qui bougeaient, sans un bruit, au rythme des mots de son livre, et il commençait à trembler sous les draps rêches de coton blanc. »

 

Vous aimerez  aussi :

 Le jour avant le bonheur de Erri DE LUCA

 

D’autres avis :

Sabbio , Leiloona, Clara

Télérama, Le matricule  des anges

 

Dans les veines ce fleuve d’argent, Dario Franceschini, traduit de l’italien par Chantal Moiroud, éd. L'Arpenteur/Gallimard, 150 p., 13 €.

POCHE : Dans les veines ce fleuve d’argent, Dario Franceschini, traduit de l’italien par Chantal Moiroud, Folio, 4.60 euros

 

challenge voisins voisines

Publié dans Littérature Europe

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Le mardi c’est permis

Publié le par Hélène

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Ce mois-ci nous partons A la poursuite d’un rêve avec Barbara CARTLAND

 

 L'histoire calibrée :

 

Situation initiale : la jeune Tiana hérite du château en ruines de ses parents et n’a pas l’argent pour continuer les travaux de rénovation.

Elément déclencheur : le comte d’Austindale, son voisin, lui propose de l’épouser car il doit absolument épouser quelqu’une avant ses 30 ans pour ne pas perdre son propre château. – conclusion : avoir un château, ça vous complique la vie…-

Péripéties : elles sont liées aux adjuvants : le cousin Alan, la belle et impétueuse Lady Margaret, éconduite par le Comte, la gouvernante Mme Osbourne, jalouse de Tiana, et Henri Sawyer, promoteur intéressé par le château de Tiana. Tous ces méchants personnages vont tout faire pour empêcher le mariage, mais ce sera sans compter sur la personnalité orageuse de Tiana. – conclusion : ne vous mariez pas avec un comte, ça multiplierait vos ennemis -

Situation finale : Ils meurent tous dans d’atroces souffrances… (lol !)

 

Conclusion : Barbara Cartland est censée « faire entrer le rêve dans chacun de ses romans », et le rêve selon elle se résume à un château –ou deux c’est encore mieux-, un comte beau et ténébreux, homme intelligent et posé, une jeune fille belle et impétueuse, des méchants rapidement terrassés parce que "l'amour est plus fort que tout" (c'est bÔ....)

Mais attention rien n'est facile de prime abors, le bonheur doit se conquérir : ainsi les héros ne s'apprécient nullement au début de l'histoire (situation classique des romans Harlequin) (eh oui il fut un temps -lointain entendons-nous, avant que je ne découvre Marcel, Gustave et confrères- il fut un temps disais-je où je me complaisais dans la lecture de ce genre de roman...) Donc ils ne s'aiment pas : 

 

 

«  - Le jour où je me marierai, ce sera par amour, poursuivit-elle. J’espère rencontrer un homme que je respecterai et  que j’aimerai de tout mon cœur, de toute mon âme, et jusqu’à mon dernier souffle. Cet homme, ce n’est sûrement pas vous !

Le comte retint sa respiration, soudain fasciné par les joues rosies de la jeune fille, par cette chevelure bouclée qu’elle secouait avec véhémence, tandis que le soleil la faisait briller de mille nuances dorées. » (p. 41)

 

(La question est : pourquoi quand moi je me mets en colère mon conjoint n’est-il pas fasciné ??? conclusion : la prochaine fois je me placerai dans le soleil, ça changera peut-être tout…)

 

 Trêve de plaisanterie je ne sais pas si au final ce genre d’écrits est plus néfaste qu’un Marc Lévy ou un Guillaume Musso : « prose d’aéroport » comme dit Jérôme Garcin en parlant de Marc Lévy, mièvreries en tous genres, guimauve à toute les pages, clichés à tout va, mais morale sauve quoiqu’il arrive… A méditer...

 

A la poursuite d’un rêve, Barbara CARTLAND, traduit de l’anglais par Marie-Noëlle TRACHART,  J’ai Lu, 2010, 152 p.  

 

  D'autres lectures illicites chez Stéphie : 

 

mardi tout est permis

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Guide de Mongolie de Svetislav BASARA

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

« Le dichotomie veille-rêve est tout à fait dévaluée. » (p. 124)

 

L’auteur :

Svetislav Basara est né en 1953 en Serbie occidentale, à la frontière bosniaque. Auteur d'une œuvre iconoclaste et impertinente, il flirte brillamment avec l'absurde, sur la ligne fragile et jubilatoire qui sépare - ou relie - fiction et réalité. Il a publié de nombreux romans et recueils de nouvelles dont Le Pays maudit, Phénomènes, Le Miroir fêlé ou encore Guide de Mongolie. Un recueil de nouvelles, Perdu dans un supermarché, a paru en 2008 aux éditions Les Allusifs.

 

L’histoire :

Un écrivain serbe est dépêché en Mongolie pour y écrire un guide de voyage. Lui qui rêvait de s'extirper de sa morosité quotidienne, atterrit dans un pays perdu, lieu de tous les possibles – ou, de temps à autre, on brûle encore des sorcières. Il échoue au bar de l'hôtel Gengis Khanà Oulan-Bator, ou il voit défiler un évêque hollandais égaré dans un rêve, un officier russe devenu lama, un mort vivant au passé lubrique et même l'énigmatique Charlotte Rampling. Que tout cela confine à la folie importe peu ; la vodka coule à flots, délie les langues et libère les pensées les plus délirantes de Basara. Flottant entre rêverie et ivresse, au coeur d'un univers jubilatoire ou la seule certitude est qu'il n'y en a aucune, il se laisse emporter dans un tourbillon extravagant de dérision qui n'épargne rien, ni personne. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

L’univers de Basara est peuplé d’êtres improbables, issus à la fois de sa vie, de son imagination, et quelquefois, droit venu du royaume des morts. Tout en s’imbibant de vodka, boisson indispensable dans un univers incertain et fluctuant, ils dissertent joyeusement autour de concepts en –isme : onirisme, nihilisme, l’existentialisme, communisme,  nationalisme, capitalisme, alcoolisme…

D’un ton décalé, voire déjanté, Basara dénonce «  la décadence universelle » tout en s’interrogeant sur la création, à la recherche de ce « quelque chose » qui, peut-être, l’éloignerait du dégoût…

 « Voyons un peu, alors,  ce que je cherche dans cette glose stérile que je compose péniblement depuis déjà quinze bonnes années, portant, de surcroît, tout aussi péniblement, un masque d’écrivain. Pour jouer ce rôle, j’ai dû perdre au moins dix kilos et commettre un tas de sottises que sans cela je n’aurais jamais faites. Par exemple, je suis forcé de boire beaucoup, alors que je ne supporte pas l’alcool. Qu’y puis-je ? Le rôle doit être tenu d’une manière professionnelle. (…) Je ne suis pas du tout intéressé par des personnes concrètes ; aucun être qui s’estime et qui vaut quelque chose ne fréquente ce monde, même sous un pseudonyme. Ce monde est un Eldorado pour les vauriens, les glandeurs, les imposteurs, les dupes et les sots. (p. 110)

 « Mais j’écris, je me casse la tête afin de tenir ma promesse : introduire dans ce monde une chose, une notion et un être qui ne font pas partie de son organisation merdique.

Je vais bien finir par trouver quelque chose. » (p. 116)

 « J’ai lu un jour dans Fuentes une phrase intéressante (laquelle, soit dit en passant, pourrait vous servir d’épigraphe pour quelque futur roman) :

« Mais la raison, ni lente ni paresseuse, nous apprend que sitôt répété, l’extraordinaire devient ordinaire, de même que dés que cesse la répétition, ce qui auparavant passait pour fait commun prend figure de prodige… » » (p. 129)

 Guide de Mongolie est un court récit à l’humour noir définitivement salvateur…

« Basara est à la littérature ce que Kusturica est au cinéma : un fou, un génie, un libertaire, un amuseur, un effronté, un sentimental. Un électron libre dans la fournaise qui nous sert d’humanité. » Martine Laval, Télérama

 

Ce que j’ai moins aimé :

Les divagations décousues de l’auteur peuvent quelquefois désarçonner le lecteur…

 

Premières phrases :

« Cette année-là, année du dragon de fer selon le calendrier chinois, si le printemps avait été vieux jeu, l’été fut extravagant. Il neigea deux fois en juillet, une fois le jour ne se leva point, et la nuit dura ainsi quarante-huit heures. Tout alla à l’avenant, jour après jour. Il ne se passait rien. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le miroir fêlé

Autre : L’année du jardinier de Karel CAPEK

 

D’autres avis :

Encres vagabondes, Papillon, Yves 

Télérama, Matricule des anges

 

Guide de Mongolie, Svetislav BASARA, Traduit du serbe par Gojko LUKIC et Gabriel IACULLI, Les Allusifs, 2006, 131 p, 13 euros

POCHE : Guide de Mongolie, Svetislav BASARA, Traduit du serbe par Gojko LUKIC et Gabriel IACULLI, 10/18, juin 2008, 144 p, 7 euros

 challenge voisins voisines

 

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Un jour de David Nicholls

Publié le par Hélène

                                                   un jour

Un mélo dont l'adaptation cinématographique sort aujourd'hui.

  

L’auteur :

 David Nicholls est un romancier et scénariste anglais.

 

L’histoire :

 Emma et Dex  passent une nuit indécise ensemble le 15 juillet 1988. Lui est issu d’un milieu aisé, séduisant, sûr de lui, quand elle est d’origine modeste, bourrée de complexes, de principes, de convictions. D’années en années, ils vont se perdre, se retrouver, s’aimer, se détester…

 

Ce que j’ai aimé :

 -La construction est intéressante : le roman est découpé en chapitres de 20 ou 30 pages chacun consacré à un 15 juillet, de 1988 à 2005, permettant ainsi au lecteur d'assister à l'évolution des personnages et de leur relation au fil du temps.

 

- Un jour est un roman très visuel, doté de nombreux dialogues vivants, si bien que les 500 pages ne se font presque pas sentir...

  

Ce que j’ai moins aimé :

Je dis "presque" parce que je pense qu'il faut être sacrément adepte des comédies romantiques pour apprécier pleinement les 500 pages en question... L'histoire est relativement banale : ils s'aiment mais n'en sont pas conscients, quand l'un pense aller vers l'autre, l'autre est pris, quand l'autre se libère, l'un se remet en couple, puis l'un quitte son conjoint, mais l'autre... bref, jusqu'au jour où... Là je dois avouer que la chute est assez surprenante, mais après réflexion, je pense aussi que c'était la seule façon de sortir la tête haute de cette histoire mélo somme toute très classique...

 Les personnages sont assez caricaturaux : le pauvre Dex englué dans la célébrité, égoïste, en mal d'amour, perdu entre le sexe et la drogue, et la sage Emma, coincée aux convictions soit disant tranchées (je cherche encore quelles sont lesdites convictions évoquées dans la quatrième de couverture…)

 Le style est très oral, pas du tout littéraire, pour preuve, ce passage d'anthologie :

  « Où tu vas ? s’enquit-il en posant une main au creux de son dos.

-         Aux chiottes », répondit-elle » (p. 19)

En résumé ce roman m’a laissé une Impression poisseuse, et pourtant, moi non plus je ne boude pas une bonne comédie romantique de temps en temps...

 

Ce qui m'amène à parler du film, qui sort aujourd'hui en salles, et qui souffre évidemment des mêmes travers que le roman.

 

 

Premières phrases :

 

« Je crois que… ce qui compte, c’est de faire bouger les choses, dit-elle. D’arriver à les changer.

-         Comment ça ? Changer le monde, tu veux dire ?

-         Pas le monde tout  entier, mais celui qui t’entoure… Si tu pouvais y changer quelque chose, ce serait déjà pas mal, non ? »

 

D’autres avis :

 

Aifelle, Saxaoul, Sophie  

 

Un jour, David NICHOLLS, Traduit de l'anglais par Karine Reignier. Belfond, 537p., 22€

 

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Déluge de Karen DUVE

Publié le par Hélène

déluge

 

     

 

 

♥ ♥

 « Il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements. » (Proverbe anglais)

 

 

 

L’auteur :

 

Karen Duve est une auteure allemande. Déluge est son premier roman.

 

L’histoire :

 

Leon Ulbricht, écrivain en mal d'inspiration, quitte Hambourg pour se retirer à la campagne, dans une maison perdue au milieu des tourbières de l'est de l'Allemagne. La jeune et belle Martina, qu'il vient d'épouser, l'accompagne. Mais la pluie incessante, l'invasion des limaces et la boue transforment l'aventure en naufrage. Les fondations de la maison commencent à céder tandis que les relations du couple s'effritent. L'hostilité des villageois et la présence, dans la maison voisine, de deux sœurs aussi énigmatiques qu'inquiétantes précipitent Leon vers la déchéance.

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Pour la lecture de ce roman, je vous conseille de rester bien au chaud chez vous, par temps sec pour savourer le confort d’une vie loin du déluge décrit dans ces pages… L’atmosphère humide est admirablement bien rendue, à tel point que l’on s’attend à tout moment à voir une limace escalader les pages du livre…

 

La maison dans laquelle les protagonistes emménagent n’a rien d’un eldorado, l’eau suinte par tous les murs, celle qui coule des robinets est d’un marron douteux, et les marécages qui l’entourent n’ont rien de rassurant.  Léon s’amollit dans ce contexte, puisque sa personnalité flasque et faible s’accordait déjà au préalable avec ce temps et ce paysage pluvieux. Il aura beau essayer de lutter pour ne pas se noyer, ses efforts resteront vains.  Mais son naufrage n’a rien de désespéré ou pathétique, il est vu comme à travers un voile de pluie, au travers de scènes qui sonnent comme des sketchs…

 

-         Déluge est en effet un roman original, à l’humour décalé. Par exemple l’invasion de bêtes en tous genres (salamandre, limaces dont il est impossible de se débarrasser malgré les efforts constants de Leon, serpents d’eau, voisine gluante) pourrait dérouter le lecteur, mais l’auteur réussit à retourner la situation en créant des scènes cocasses … Les personnages sont tous un brin déjantés, et grâce à ce trait de caractère, ils voguent allègrement au-delà du désespoir. Et même ce pauvre Léon, pourtant véritable incarnation de la lâcheté, finit par faire pitié…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Rien de particulier, mais ce n’est pas un coup de cœur.

 

Premières phrases :

 

« « Quoi… ? Qu’est-ce que tu dis ? »

L’oreille aux aguets, la jeune femme fixait le talus qui descendait. Elle était seule, silhouette fragile sur ce parking désert en bordure d’une nationale, seule avec une Mercedes 300 noire, une grosse poubelle qui débordait et une caravane sans roues aux issues condamnées par des planches et dont le toit portait un panneau arborant l’inscription CASSE-CROUTE. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 

Les poissons ne connaissent pas l’adultère de Carl ADERHOLD

 

Déluge, karen DUVE, traduit de l’allemand par Pierre Deshusses, Rivages, 2003, 266 p., 8.40 euros

 

challenge voisins voisines

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Hier d’Agota KRISTOF

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 « Hier tout était beau

La musique dans les arbres

Le vent dans mes cheveux

Et dans tes mains tendues

Le soleil. »

  

L’auteur :

 

Agota Kristof, est née en 1935 à Csikvand / Hongrie. Elle vit depuis 1956 en Suisse romande. Elle a d'abord travaillé dans une usine où elle a appris la langue de sa patrie d'élection, avant de se faire un nom comme écrivaine de langue française. Son premier roman Le grand Cahier publié en 1987 a connu un grand succès et a été honoré du titre Livre Européen. Elle s'est éteinte la semaine dernière.

 

L’histoire :

 

Aujourd’hui recommence la course imbécile. Se lever à cinq heures, prendre le bus, pointer, percer toujours le même trou dans la même pièce. Et gagner juste assez d’argent pour manger, habiter quelque part, être en mesure de recommencer la course, demain.

Pour que demain soit différent, il faudrait qu’apparaisse enfin Line, la femme idéale dont rêve Sandor Lester depuis qu’il a quitté son pays natal. Alors, il y aurait un avenir possible dans lequel Sandor deviendrait écrivain sous le nom de Tobias Horvath.

Mais, ce jour-là, ce n’est pas l’avenir qui monte dans le bus. C’est Line, la vraie Line surgie du passé, de ce temps où Tobias Horvath n’était pas un pseudonyme mais un enfant bien réel et qui croyait encore au futur… (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Hier est un récit court comme un coup de poing, et long comme un hurlement de douleur qui ne peut s’achever que par la mort. La seule échappatoire pour Tobias est  le rêve, le souvenir idyllique d’un amour pur d’enfant, nimbé d’une auréole de sursis dans un monde  rendu glacial par la pauvreté. Mais si hier peut s’immiscer dans le présent, il porte néanmoins les stigmates de cette période troublée. Ce qui restait tapi dans l’ombre de l’enfance innocente peut éclater comme un cauchemar à l’heure de la  maturité, anéantissant tout espoir  et terrassant un  sentiment déjà agonisant.

 Agota Kristof nous parle de la vie de ces réfugiés pour qui la désillusion est âpre, mais elle nous conte aussi l’incapacité de certaines personnes, marquées par un passé douloureux,  à vivre dans un monde inadapté.

 Hier est un récit puissant sur l’espoir et son corollaire, le désespoir…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          C’est un roman profondément désespéré…

 

Premières phrases :

 

« Hier, il soufflait un vent connu. Un vent que j’avais déjà rencontré.

C’était un printemps précoce. Je marchais dans le vent d’un pas décidé, rapide, comme tous les matins. Pourtant j’avais envie de retrouver mon lit et de m’y coucher, immobile, sans pensées, sans désirs, et d’y rester couché jusqu’au moment où je sentirais approcher cette chose qui n’est ni voix, ni goût, ni odeur, seulement un souvenir très vague, venu d’au-delà des limites de la mémoire. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Là où vont nos pères de Shaun TAN

 

D’autres avis :

 

Le matricule des anges nous propose une interview de l'auteure.

 

 Hier, Agota Kristof, Points, Points, 1995, 146 p., 4.95 euros

 

challenge voisins voisines

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Hommes, bois, abeilles de Mario RIGONI STERN

Publié le par Hélène

                                                    

♥ ♥ ♥ ♥

  

 L’auteur :

 Mario Rigoni Stern est un auteur italien. D'origine autrichienne, RigoniStern1.jpgMario Rigoni Stern commence sa vie en combattant pendant la Seconde Guerre mondiale dans un régiment de chasseurs alpins. Il combat en France, en Grèce, en Albanie et en Russie. En 1943, il est fait prisonnier par les Allemands après la signature de l'armistice avec les Alliés et est transféré en Prusse orientale. Il parvient tout de même à s'évader et à rejoindre sa ville natale en 1945. Il devient alors employé du cadastre et, dès 1970, se consacre à l'écriture. Amoureux de sa région d'origine, Mario Rigoni Stern la considère comme sa muse et ses oeuvres sont souvent 'habitées' de Vénétie. Connu pour son 'Sergent dans la neige', signé en 1954, l'écrivain raconte à travers ce roman l'errance de plusieurs soldats italiens perdus en Russie, au moment du retrait des troupes. A côté de ses souvenirs de guerre, il a signé plusieurs ouvrages sur la nature, les paysages et les animaux. Considéré comme l'un des plus grands écrivains italiens contemporains, Mario Rigoni Stern décède en 2008 dans son village natal d'Asiago.

  

L’histoire :

 

Quelques nouvelles avec les thèmes chers à l’auteur : la nature, la chasse, les animaux, mais aussi la guerre et ses ravages.

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Lire les romans de Mario Rigoni Stern c’est écouter la vie palpiter et résonner dans nos coeurs et dans nos âmes. Avec beaucoup de simplicité, il chante l’amour de la vie et nous conte sobrement son monde, son pays, en nous réconciliant avec des plaisirs harmonieux :

 

«  lui ce qu’il désirait c’était d’aller pendant un mois, une fois dans sa vie, chasser la bécasse dans les bois de Bohême ; libre et seul avec son chien, sans horaires ni obligations. » (p. 58) 

 

« L’humidité du bois, l’odeur de la terre humifère, les couleurs des feuilles de hêtre, de sorbier, du saule des chèvres, de l’aulne blanc tranchant sur le vert sombre des sapins et la splendeur flamboyante d’un merisier ; lui avec son chien ; et le silence amplifié par les brefs appels des oiseaux de passage, par le battement d’ailes d’une grive, par le tintement argentin du grelot attaché au collier de son chien. Marcher comme ça pendant toute la vie. Toujours. » (p. 62)

 

- Mario Rigoni Stern est un montagnard averti qui chante ici pour notre plus grand bonheur les charmes de cette montagne et des montagnards.

 

« Je décidais que je parlerai d’aujourd’hui, d’une journée avec les gens de la montagne. » (p. 145)



- Si c'est un homme profondément amoureux de la nature, il nous parle aussi de respect et de communion entre les hommes, comme dans ce magnifique texte dans lequel en temps de guerre deux hommes de la vallée se font accompagner de quelques prisonniers pour aller chasser lors d'une battue. Grâce à ces hommes, les prisonniers vécurent une journée de trêve, une journée de rêve.

    

- Sa simplicité est résolument la preuve que ce fut un grand homme à ne surtout pas oublier...

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

 

« La couverture sur la tête, on marchait en silence ; en sortant de la bouche le souffle gelait sur la barbe et sur les moustaches. Mais l’air, la neige et les étoiles aussi semblaient soudés ensemble par le froid. La couverture tirée sur la tête, on continuait à marcher en silence. On s’arrêta, peut-être parce qu’on ne savait pas où aller. Le temps et les étoiles passaient au-dessus de nous, étendus sur la neige. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Les saisons de Giacomo de Mario RIGONI STERN

Autres : Le jour avant le bonheur de Erri DE LUCA

 

Hommes, bois, abeilles, Mario Rigoni Stern, traduit de l’italien par Monique BACCELLI, La fosse aux ours, août 2001, 17 euros

 

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Virginia de Jens Christian GRONDAHL

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

Un court récit lumineux

 

L’auteur :

 

Jens Christian Grondahl est né à Copenhague en 1959. Il a publié dix romans et est unanimement considéré comme l’un des meilleurs écrivains de sa génération.

 

L’histoire :

 

Nous sommes en 1943, et les bruits de la guerre n'épargnent pas même cette grande demeure bourgeoise construite au bord de la mer du Nord. Ses propriétaires, un couple sans enfants, accueillent leur jeune neveu de quatorze ans, mais aussi la fille adolescente de la couturière de Madame, pour la mettre à l'abri des bombardements qui menacent Copenhague. Lorsqu'un avion s'écrase non loin de là dans les dunes, un drame silencieux va se nouer entre les deux adolescents et un pilote britannique...

 

Ce que j’ai aimé :

 

En quelques mots, quelques pages, quelques chapitres, grâce à un style lumineux et fluide, l’auteur nous emporte dans son univers, et nous love confortablement dans sa narration. Il nous retient ensuite par cette histoire si banale qu’elle en devient universelle : un été, deux adolescents innocents, la guerre, un acte accompli impulsivement, comme tant d’autres actes de nos vies, des conséquences perdues dans les filets du temps… Il nous surprend enfin avec une chute en totale cohérence avec l’ensemble de l’histoire,  une chute humaine et rédemptrice.

 

Et il s’est passé bien des choses dans mon existence dont je n’ai pas parlé ici, et qui sont sans rapport avec ce qui s’est déroulé cette été-là pendant la guerre. Mais peut-être ne sont-ce pas les causes que l’on recherche lorsque l’on tente de débrouiller l’écheveau d’une existence, cet embrouillamini de fils que sont les rencontres, les moments partagés et les adieux, les pactes et les séparations, les rêves enfouis, les promesses rompues et oubliées et les occasions inattendues. Tout ce que l’on a vécu et éprouvé, parfois dans la détresse, parfois dans l’allégresse, mais, le plus souvent, dans l’indifférence.

Oui, peut-être cherche-t-on autre chose que des explications, car comment parviendrait-on à obtenir la célèbre synthèse à partir des dons et des tares innés, à partir de ce chaos de circonstances et de hasards ? Peut-être ce dont on tente de s’approcher à nouveau est-il beaucoup plus simple et à la fois plus impénétrable. Je dis « à nouveau », car il s’agit bien de retrouver quelque chose. Quoi ? Je crois qu’il s’agit d’une base, d’un fond commun à ces images des ans et à ces souvenirs, à tous ces éclats et ces fragments de vie vécue. » (p. 97)

 

Et c’est ainsi que l’on referme délicatement ce petit livre, parce que l’on sait soudain que l’on tient dans nos mains un petit bijou fragile…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien, je vais poursuivre mon exploration dans l’œuvre de cet auteur, c’est certain…

 

Premières phrases :

 

« On ne s’habituait pas au bruit, à ce bourdonnement lointain de moteurs d’avions qui passaient très haut dans la nuit. Il faisait chaud sous le plafond en boiserie des combles, et elle laissait la fenêtre entrouverte. »

 

Vous aimerez aussi :

 

  Rosa candida de Audur Ava OLAFSDOTTIR

 

Je remercie Bruno, un lecteur de ce blog qui a attiré mon attention sur ce petit bijou…

 

Virginia, Jens Christian GRONDAHL, Traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, 2004,11 euros

POCHE : Virginia, Jens Christian GRONDAHL, Traduit du danois par Alain Gnaedig, Folio, 2006, 114 p., 6.20 euros

 

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D'acier de Silvia AVALLONE

Publié le par Hélène

d'acier

♥ ♥ ♥

 Prix des lecteurs de l’Express 2011

 

L’auteur :

 Silvia Avallone, avant d'étudier la philosophie à Bologne, a vécu en Toscane, à Piombino, la ville industrielle qui sert de toile de fond à D'acier. À 25 ans à peine, ce premier roman la propulse en tête des meilleures ventes en Italie (350 000 exemplaires). Célébré par la critique, traduit dans 12 pays, en cours d'adaptation au cinéma, D'acier a été finaliste du prix Strega et couronné par le prix Campiello Opéra Prima. En France, il vient d’obtenir le prix des lecteurs de l’Express 2011.

 

L’histoire :

Il y a la Méditerranée, la lumière, l'île d'Elbe au loin. Mais ce n'est pas un lieu de vacances. C'est une terre sur laquelle ont poussé brutalement les usines et les barres de béton. Depuis les balcons uniformes, on a vue sur la mer, sur les jeux des enfants qui ont fait de la plage leur cour de récréation. La plage, une scène idéale pour la jeunesse de Piombino. Entre drague et petites combines, les garçons se rêvent en chefs de bandes, les filles en starlettes de la télévision. De quoi oublier les conditions de travail à l'aciérie, les mères accablées, les pères démissionnaires, le délitement environnant... Anna et Francesca, bientôt quatorze ans, sont les souveraines de ce royaume cabossé. Ensemble, elles jouent de leur éclatante beauté, rêvent d'évasion et parient sur une amitié inconditionnelle pour s'emparer de l'avenir. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

-          Silvia Avallone a un talent indéniable pour nous happer dans son univers en quelques touches seulement. Dés les premières pages, elle nous plonge dans cet univers estival et nous fait ressentir les tensions sexuelles gravitant autour de ces deux jeunes filles débordantes de vie et de beauté.

-          La peinture acide de cette jeunesse hésitant encore entre le monde naïf de l’enfance dans lequel rien ne porte à conséquence et le monde adulte, âpre, est magistralement bien rendue. De plus l’intimité des familles est suggérée sans jamais sombrer dans le pathos,  comme pour mieux montrer que ce qui se passe derrière les portes closes ne regarde que ceux qui subissent. La vision de cette cité métallurgique est assez sombre, les mères de famille qui rêvent de s’abstraire de cette pesanteur baissent les bras, les pères sont ou violents ou démissionnaires, les jeunes filles aux rêves de starlette basculent dans des univers troubles, et les jeunes hommes s’obstinent à rester attachés à cette usine quand ils n’optent pas pour des trafics louches.

 -          Malgré cela, l’ensemble est lumineux, éclairé par l’amitié de ces adolescentes incandescentes.

 « Qu’est-ce qu’elle aurait pu lui dire, de toute façon ? Les mots, ça ne répare jamais rien. » (p. 281)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -          Je reconnais quelques caricatures (l’Elbe considéré comme l’eldorado tant désiré, Lisa, son physique ingrat et sa sœur handicapée…) mais elles se fondent finalement dans l’ensemble de l’histoire et se font oublier subtilement…

 

Premières phrases :

 « Dans le cercle flou de la lentille, la silhouette bougeait à peine, sans tête.

Une portion de peau zoomée à contre-jour.

Ce corps, d’une année sur l’autre, avait changé, peu à peu, sous les vêtements. Et maintenant il explosait, dans les jumelles, dans l’été. »

 

Vous aimerez aussi :

   L'amour est une île de Claudie GALLAY

  

D’autres avis :

 Amanda, Yves


   Merci à Yves de me l’avoir offert…

 

D’acier, Silvia Avallone, Traduit de l’italien par Françoise Brun, Liana Levi, avril 2011, 386 p., 22 euros

 

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Le poids du papillon de Erri DE LUCA

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 

Erri De Luca est un écrivain italien qui vit à la campagne près de Rome. Il est aujourd’hui l’un des écrivains italiens les plus lus dans le monde.

L’histoire :

Quelque part dans les Alpes italiennes, un chamois domine sa harde depuis des années. Il est d'une taille et d'une puissance exceptionnelles, mais il pressent que sa dernière saison en tant que roi est arrivée, sa suprématie étant désormais menacée par les plus jeunes. En face de lui, un braconnier, revenu vivre en haute montagne ses espoirs en la Révolution déçus, sait lui aussi que le temps joue contre lui. A soixante ans passés, sa dernière ambition de chasseur sera d'abattre le seul animal qui lui ait toujours échappé, malgré son extrême agilité d'alpiniste : ce chamois à l'allure majestueuse… (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le poids du papillon est un texte atypique, oscillant  entre  fable philosophique et poésie en prose, il nous place au cœur du conflit opposant un vieux braconnier et un chamois las de son statut royal. Le sujet original permet de mettre l’accent sur la complexité souvent inexpliquée des hommes et d’aborder ainsi avec virtuosité des sujets nébuleux comme la mort, l’amour, la solitude : 

« L’homme savait prévoir, croiser l’avenir en conjuguant sens et hypothèses, son jeu  préféré. Mais l’homme ne comprend rien au présent. Le présent était le roi au-dessus de lui. » (p. 62)

Quand il serait si facile de se rendre présent et réceptible  au monde et à sa poésie, l’homme préfère se créer des entrelacs complexes qui l’éloigne imperceptiblement du monde naturel et simple. Erri de Luca nous conduit vers le monde poétique au travers d’un texte court et dense et nous aprend ainsi à devenir plus attentif aux signes qui nous entourent :

« Les arbres de montagne écrivent dans l’air des histoires qui se lisent quand on est allongé dessous. »

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien.

 

Premières phrases :

« Sa mère avait été abattue par un chasseur. Dans ses narines de petit animal se grava l’odeur de l’homme et de la poudre à fusil. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le contraire de un d’Erri DE LUCA ; Le jour avant le bonheur de Erri DE LUCA ; Trois chevaux de Erri DE LUCA

Autres : Une rivière verte et silencieuse de Hubert MINGARELLI

 

Le poids du papillon, Erri DE LUCA, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, avril 2011, 81p., 9.50 euros

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