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litterature europe

Les saisons de Giacomo de Mario RIGONI STERN

Publié le par Hélène

                                    saisons de giacomo

  ♥ ♥ ♥

Quelques saisons lumineuses suspendues entre guerre et paix...

 

 L’auteur :

 

Mario Rigoni Stern est un écrivain italien d’ascendance autrichienne. En septembre 1943 il a été fait prisonnier des Allemands, mais a réussi à s’évader pou rejoindre à pied son pays natal, le plateau d’Asagio. C’est de cette expérience qu’est né son premier roman Le sergent dans la neige, en 1953.

 

L’histoire :

 

Après la Seconde Guerre mondiale, un homme retourne au hameau de la montagne vénitienne où il a passé son enfance. Si les pierres et les rues en ont été remodelées pour le transformer en un village de villégiature, les stigmates de l'horreur et le souvenir de ceux qui y vécurent sont demeurés bien vivaces.

C'est d'abord celui de Giacomo, petit gamin d'une famille pauvre qui, de l'entre-deux-guerres à la campagne de Russie, traversera toutes les vicissitudes réservées aux montagnards italiens.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’histoire de Giacomo est émouvante et représentative de cette atmosphère d’entre-deux-guerres : le narrateur évoque le manque de travail et la faim qui obligent Giacomo à passer leur temps à rechercher les reliquats de la première guerre pour revendre le cuivre des obus ou la poudre des cartouches, l’exil des pères qui tentent leur chance au-delà des frontières pour nourrir leur famille, l’école qui propose sa propre version édulcorée de l’Histoire, le fascisme qui prend de l’essor au fil des jours…

 

«  [Giacomo prend son livre d’histoire] (…)

-          « A bon droit il nous faut saluer en Benito Mussolini un des éléments décisifs de notre guerre et de notre victoire. Mais il devait aussi être le sauveur de l’Italie dans la période tourmentée qui suivit la guerre. »

La grand-mère ne parla plus. Elle pensait peut-être à son homme mort sur le Kukla, aux conditions dans lesquelles ils avaient dû se sauver en abandonnant out, à leur vie de réfugiés, à la fièvre espagnole, à l’état dans lequel ils avaient retrouvé leur terre, à son gendre émigré en France bien qu’on ait gagné la guerre ; à la façon dont, en revanche, on raconte l’histoire à l’école. » (p. 59)

 

-          Les scènes sont brèves et marquantes, comme pour mieux rendre cette atmosphère comme suspendue, entre guerre et paix…

 

-          Mais Mario Rigoni Stern nous offre surtout une vision simple et heureuse de l’enfance passée au sein d’une famille aimante :

 

« A la maison, dans son lit, par-delà la petite fenêtre qui donnait à l’est, il continuait à imaginer ce ciel que le givre sur les carreaux ne permettait pas de voir, et il lui semblait qu’il naviguait dedans comme en lisant le livre De la Terre à la Lune, avec Barbicane, Nicholl et Ardan dans la fusée en aluminium lancée par le canon Columbiad. » (P. 141)

 

- Si vous ne connaissez pas encore les livres lumineux de cet auteur, je vous conseille de le découvrir sans tarder…

 

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Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien.

 

Premières phrases :

 

« J’y fais un saut, et il n’y avait personne. Silence alentour comme dans les maisons. Au loin on entendait aboyer un chien et dans le ciel croasser deux corbeaux. La neige était descendue assez bas, jusque sur le Moor. Il faisait froid, mais les cheminées ne fumaient pas. Les portes étaient toutes bien closes et les volets fermés. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Hommes, bois et abeilles

Autre : Jean GIONO

 

D’autres avis : Aifelle

 

Je remercie Elisabeth Villeneuve des Editions Robert Laffont pour cette belle immersion dans l’univers lumineux de Mario Rigoni Stern

 

Les saisons de Giacomo, Mario Rigoni Stern, traduit de l’italien par Paul Ambroise, Robert Laffont, Pavillons poche, février 2011, 231 p., 7.90 euros

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Publié dans Littérature Europe

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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas JONASSON

Publié le par Hélène

                                               vieux qui ne voulait pas

♥ ♥ ♥ ♥

 « Quand la vie joue les prolongations, il faut bien s’autoriser quelques caprices. »

 

L’auteur :

 

Jonas Jonasson est un écrivain et journaliste suédois. Ce roman est son premier.  

 

L’histoire :

 

Le jour de ses cent ans, alors que tous les notables de la ville l'attendent pour célébrer l'événement, Allan Karlsson s'échappe par la fenêtre de sa maison de retraite quelques minutes avant le début de la fête organisée en son honneur. Ses plus belles charentaises aux pieds, le vieillard se rend à la gare routière, où il dérobe une valise dans l'espoir qu'elle contienne une paire de chaussures. Mais le bagage recèle un bien plus précieux chargement, et voilà comment Allan se retrouve poursuivi par la police et par une bande de malfrats…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          La narration est originale  et dynamique : elle oscille entre le présent d’Allan et ses aventures rocambolesques suite au recel de cette valise volée par inadvertance, et entre son passé d’artificier, jalonné de rencontres notoires et improbables.

 

-          La vivacité et la vie du vieil homme sont impressionnantes. Il a survolé l’histoire politique de plusieurs pays (sans toutefois se résoudre à adopter une idéologie) : il fut sympathisant de Franco, puis a voulu combattre le camarade Mao, a sauvé la vie de Churchill, a séjourné en Iran, et a, par mégarde, mis la formule de la bombe atomique entre les mains des Etats-Unis… Ce parcours a-typique nous permet de survoler quelques évènements majeurs de notre siècle avec le point de vue naïf d’un homme qui ne comprend pas vraiment les tenants et aboutissants de ce à quoi il participe. En effet, c’est un homme pragmatique aux idéaux très simples –et sains - :

 

 « Allan Karlsson n’attendait rien d’extraordinaire de l’existence. Il voulait un lit pour dormir, de la nourriture à volonté, de quoi s’occuper, et un bon coup  à boire de temps à autre. Si tout cela lui était acquis, il se sentait capable de supporter presque n’importe quoi. » (p. 273)

 

« Allan avait appris tout jeune à se méfier des gens qui refusent un coup à boire. Il devait avoir à peine six ans quand son père lui avait posé une main sur l’épaule et lui avait dit : «  Mon fils, méfie-toi des prêtres, et des gens qui ne boivent pas d’alcool. Les pires de tous sont les prêtres qui ne boivent pas d’alcool. » (p.161)

 

- Ses compagnons de cavale sont tout aussi fantasques que lui : Mabelle par exemple n’a pas hésité à adopter une éléphante arrivée dans son jardin par hasard, éléphante qui trouvera tout naturellement sa place dans la joyeuse bande qui se forme autour d’Allan, aimant indéniablement attirant…

 

-          C’est un roman délirant que nous offre Jonas Jonasson, un roman passionnant aux ramifications étonnantes… Un vieil homme qui gagne à être connu…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

« On se dit qu’il aurait pu se décider avant et qu’il aurait dû au moins avoir le courage de prévenir son entourage de sa décision. Mais Allan Karlsson n’avait jamais été du genre à réfléchir longtemps avant d’agir. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Fantasia chez les ploucs de Charles WILLIAMS

 

 

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Jonas Jonasson, traduit du suédois par Caroline Berg, Presses de la cité, mars 2011, 454 p., 21 euros

 

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La maison de mes pères de Jorn RIEL

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

  « Le bonheur, c’était la pipe ronflante de Pete et son bras lourd sur mon épaule. » (p. 217)

  

L’auteur :

 

Jorn Riel est un écrivain danois ayant vécu seize ans au Groenland. Il en rapportera une œuvre majeure, traduite en une douzaine de langues. Il vit aujourd’hui en Malaisie, histoire de décongeler, se plaît-il à dire.

 

L’histoire :

 

Agojaraq est un jeune métis eskimo vivant au sein d’un foyer haut en couleurs : il est entouré de ses cinq pères potentiels et de sa vieille nourrice Aviaja. Il nous conte avec truculence les aventures originales de ces drôles d’eskimos…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-         Ce roman est comme un souffle d’air frais –voire polaire- qui nous emmène en voyage à la découverte d’un monde inconnu, aux mœurs tellement différentes des nôtres.

 

-         Jorn Riel met en avant la cocasserie des situations et la poésie des personnages qui peuplent le roman : l’arrivée d’un prêtre venu convertir les masses –et accessoirement s’enrichir en peaux- et édifiant bien laborieusement son temple gonflable à la seule force de ses poumons, les attaques inopinées de bêtes sauvages telles que les loups ou les ours, la libéralité des couples qui cherchent seulement à se réchauffer, les hallucinations de Small Johnson quand il est fortement imbibé…

 

-         Les habitants de ce bout du monde chantent avant tout un amour immodéré pour leur paradis sur terre :

 

« On peut en arriver à penser à la vallée de pavots de la baie de Hume, et au soleil du soir sur le fjord, et aux chiens et aux voyages en traîneaux et à la chasse. On peut penser aux cris des oies quand elles migrent vers l’est et aux cognements du plongeon glacial, et surtout aux premiers bruants des neiges, au printemps. » (p. 315)

 

Ils sont conscients de la fragilité de leur bonheur, menacé par la civilisation :

 

« Ca va être de plus en plus dur de garder nos principes. » remarque l’un des personnages. (p. 353)

 

 Le jeune Ago, parti se cultiver à l’étranger, en fera la douloureuse expérience…

 

-         C’est un roman tendre et enchanteur que nous offre Jorn Riel, un auteur qui aime profondément ses personnages, et je ne peux que vous le recommander chaudement…

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Rien, je suis fan !

 

Premières phrases :

 

« J’ai deux pères. En vérité, j’aurais sans doute dû en avoir cinq, mais les camarades s’étaient mis d’accord pour désigner Pete et Jeobald comme mes vrais pères, Samuel, Gilbert et Small Johnson plutôt comme un genre d’oncles. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La vierge froide et autres racontars de Jorn RIEL

 Autre : Ciel bleu : une enfance dans le Haut Altaï de Galsan TSCHINAG

  

La maison de mes pères, Jorn RIEL, Traduit du danois par Inès Jorgensen, Gaïa, novembre 2010, 512 p., 23 euros

POCHE : 3 tomes en 10/18

 

Je remercie Béatrice Hentgen des Editions Gaïa pour cette immersion dans le Grand Nord Canadien...

 

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Rosa candida de Audur Ava OLAFSDOTTIR

Publié le par Hélène

                                                Rosa-candida

 ♥ ♥ ♥ ♥

Un récit lumineux.

 

L’auteur :

 

Audur Ava Olafsdottir est une écrivain islandaise. Rosa candida, largement salué par la presse et la critique lors de sa parution en 2007 et deux fois primé, est traduit pour la première fois en français.

 

L’histoire :

 

En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Je dois avouer que j’avais une petite appréhension à la lecture de ce roman, raison pour laquelle j’ai mis six mois à l’ouvrir malgré tous les éloges lus sur le web à son sujet. Je redoutais en effet cette mort accidentelle de la mère du narrateur dont il est fait mention sur la quatrième de couverture. Ce fut un tort car si effectivement cette amoureuse de la vie expire un beau jour au bord de la route, le récit ne verse pas un seul instant dans le pathos, il reste tout en retenue, en poéticité. Et l’essentiel du propos n’est pas là.

 

-          Cette mère si aimante a légué à son fils son amour pour le jardinage, mais aussi son amour pour la vie et ses beautés inattendues. Le narrateur mène sa vie telle qu’il l’entend, une force le pousse invariablement vers ce qu’il aime, comme auréolé par l’esprit de sa mère. Il s’accroche à ce qu’il sait et croit vrai et laisse le reste libre de l’approcher ou pas. Une belle philosophie qui lui évite de trop lourdes réflexions qui le mèneraient vraisemblablement dans une impasse…

 

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-          Ce beau roman nous offre une vision touchante du couple, de la paternité et des aléas de la vie auxquels on s’adapte, tant bien que mal :

 

« Comment savoir si une femme vous aime ?

-          Il est difficile d’être sûr de quoi que ce soit en amour, dit l’abbé en poussant la poupée vers l’enfant.

-          Et si une femme dit qu’elle a peur que l’homme ne revienne pas quand il va faire une course ?

-          Alors il se peut que ce soit elle qui ait envie de partir seule.

-          (…)

-          Et quand une femme a l’esprit ailleurs, est-ce que cela veut dire qu’elle n’est pas amoureuse ?

-          Cela peut vouloir dire ça, mais aussi qu’elle est amoureuse.

-          (…)

-          Il n’y a pas d’amour raisonnable. Si l’on vivait une vie de seule raison, on raterait l’amour, comme il est dit, ici, quelque part. » (p. 316)

 

-          J’ai particulièrement aimé le personnage du moine qui puise tout son savoir dans les films d’art et d’essai qu’il regarde chaque soir…

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

 

« Comme je vais quitter le pays et qu’il est difficile de dire quand je reviendrai, mon vieux père de soixante-dix-sept ans veut rendre notre dernier repas mémorable. Il va préparer quelque chose à partir des recettes manuscrites de maman – quelque chose qu’elle aurait pu cuisiner en pareille occasion. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Le mec de la tombe d’à côté de Katarina MAZETTI

 

D’autres avis : Cuné, Théoma, Midola, Cathe, Aifelle, Kathel, Cathulu, Griotte...

 

Rosa candida, Audur Ava Olafsdottir, Traduit de l’islandais par Catherine EYJOLFSSON, Zulma, septembre 2010, 333 p., 20 euros

 

challenge voisins voisines

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De pierre et de cendre de Linda NEWBERY

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

Un roman victorien plutôt bien mené

 

L’auteur :

 

Linda Newbery est une auteure anglaise qui a publié son premier roman en 1988. Elle est auteur pour adultes mais aussi pour enfants.

 

L’histoire :

 

En 1898, Samuel Godwin, jeune artiste peintre, est engagé à Fourwinds, belle propriété victorienne du Sussex située aux abords d’un lac, par le riche veuf Ernest Farrow pour donner des leçons de dessin à ses deux filles, Juliana et Marianne. Très vite, Samuel comprend que des événements tragiques se sont déroulés à Fourwinds et que l’on s’emploie à garder secret un passé proche pour le moins scandaleux.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’atmosphère typique des romans victoriens emporte immédiatement le lecteur dans un souffle romanesque : demoiselles éplorées, femmes de tête émotives, lac embrumé, silhouette fantômatique les soirs de grand vent, sentiments refoulés… L’aventure commence…

 

« La brume s’accrochait au sol, si bien que les arbres avaient l’air de plonger leurs racines dans quelque marais vaporeux. Je tournai la poignée. La partie gauche du portail s’ouvrit en un cri grinçant, désagréable, dont la nuit renvoya l’écho.

Mais dans l’instant même, un autre bruit effrayant entra si fort en concurrence avec la protestation de la grille, que j’en eus le cœur battant et les nerfs à vif. C’était un hurlement de douleur. » (p. 17)

 

-          Le mystère qui entoure cette belle propriété et ses non moins charmantes locataires est savamment dosé.

-          Les émois du cœur viennent bien évidemment apporter le touche fraîcheur et passion à ce récit : un homme perdu entre trois femmes mystérieuses, toutes belles et disponibles, ne peut qu'être indécis quant à la suite des évènements... Laquelle va-t-il demander en mariage ???

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          La biographie de Samuel que l’on trouve à la fin du roman et qui nous apprend ce qu’il est devenu par la suite. Je n’aime pas savoir ce que deviennent les personnages, ils vivent le temps d’une histoire, ensuite laissons-les en paix… 

-        Certaines scènes frôlent la facilité des romans à l’eau de rose… La psychologie des personnages reste assez sommaire, et s’il reste un bon roman victorien, De pierre et de cendre n’égale pas les romans de Wilkie Collins ou des sœurs Brontë…

 

Premières phrases :

 

« L’affiche a quasiment disparu derrière la foule qui se presse aux portes de la galerie. Mon verre à la main, je me déplace sur le côté, spectateur de ma propre exposition ; et tandis qu’entrent les invités, j’affecte le radieux sourire que je devrai arborer tout au long de la soirée. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Le treizième conte de SETTERFIELD

Et bien sûr La dame en blanc de Wilkie COLLINS

 

De pierre et de cendre, Linda NEWBERY, traduit de l’anglais par Joseph Antoine, Phébus, avril 2008, 400 p., 23.50 euros

De pierre et de cendre, Linda NEWBERY, traduit de l’anglais par Joseph Antoine, Le livre de poche, avril 2009, 380 p., 6.95 euros

 

Lecture commune avec : avec Miss Alfie, Céline, George, Karine Lael, Manu, Syl, Vilvirt.

D’autres avis : Lilly, Cryssilda, Sylire, Choupynette...

 

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L’art d’écosser les haricots de Wieslaw MYSLIWSKI

Publié le par Hélène

 

art d'écosser haricots

 

♥ ♥ ♥

Un grand roman philosophique

« L’imagination est le terreau de notre existence. » (p. 249)

 

L’auteur :

 Wieslaw Mysliwski est un écrivain majeur de la littérature polonaise qui a reçu par deux fois le prix Nike, la récompense littéraire la plus prestigieuse en Pologne, une fois pour son roman L’horizon (1997) et une autre fois en 2006 pour L’art d’écosser les haricots. Ce roman est le premier traduit en français.

 

L’histoire :

 Le narrateur, vieux gardien d’un village de vacances, reçoit un jour la visite d’un inconnu qui souhaite lui acheter des haricots. Pendant qu’ils écossent ensemble, le maître des lieux raconte, dans une sorte d’improvisation savante, les évènements et les rencontres qui ont marqué sa vie.

Orphelin de guerre et simple électricien sur les chantiers staliniens, musicien autodidacte, saxophoniste dans un groupe de jazz à l’étranger, le héros de cette épopée fait défiler un demi-siècle d’histoire polonaise et européenne.

 

Ce que j’ai aimé :

-          La dimension philosophique est très présente dans l’oeuvre de cet auteur. Rien n’est certain pour le narrateur, tout est sans cesse soumis à interrogations dans ce monde mouvant qui n’offre aucune certitude. Tout est sujet à philosophie : le monde existe-t-il vraiment ou est-il l’objet de notre imagination ? Quel est le rôle exact du hasard par rapport au destin ?  

-          Le narrateur apparaît comme un héros universel sans identité précise, comme si la guerre avait anéanti en lui toute possibilité de se connaître soi-même.

 « C’est vrai que se trouver soi-même n’est pas chose facile. Qui sait si ce n’est pas la plus difficile des tâches que l’homme doit accomplir sur cette terre ? » (p. 275)

 Les mots qu’ils prononcent le dessinent au fur et à mesure, il acquiert une identité à travers son récit :

 « Est-ce seulement possible de raconter quoi que ce soit ? Les choses racontées ne sont au fond qu’un récit, rien d’autre. Cela n’a strictement aucun rapport avec ce qui a été, qui est, ou qui sera. Elles mènent leur propre vie. Au lieu de se figer à jamais, elles vagabondent, se déploient, s’éloignant de plus en plus de ce qui a été ou de ce qui sera. C’est peut-être leur façon d’atteindre la vérité, qui sait ? (…) Nous vivons dans le récit. Le monde n’est qu’un récit. » (p. 69)

 -          Aussi le pouvoir des mots et par extension le pouvoir de l’art sont mis ici en avant. Cet homme simple, paysan, va se construire dans et par l’art. Le pouvoir de l’imagination est immense.

« Les livres, m’avait-il confié un jour, alors que je l’avais rejoint en haut de l’échafaudage, sont le seul moyen pour l’homme de ne pas oublier son humanité. Lui, en tous cas, n’aurait pas pu exister sans livres. Selon lui, les livres, c’était aussi un monde, celui que l’homme se choisit et non celui qui le voit naître. » (p. 152)

 « Le passé, ce n’est que notre imagination, et l’imagination a besoin de nostalgie, elle s’en nourrit. (…) Et pour en revenir au passé, il est toujours là puisque nous le recréons indéfiniment. C’est notre imagination qui le crée, c’est elle qui fonde notre mémoire, lui donne ses marques, lui dicte ses choix, et non pas l’inverse. L’imagination est le terreau de notre existence. La mémoire n’est qu’une fonction de l’imagination. » (p. 249)

 Ce que j’ai moins aimé :

 -          Pas très gai…

 Premières phrases :

 « Vous êtes venu acheter des haricots ? Chez moi ? Alors qu’on en trouve dans n’importe quel magasin. Mais entrez, je vous en prie. Vous avez peur des chiens ? Il ne faut pas. Ils vont juste vous renifler. C’est parce que vous venez pour la première fois. Non, ce n’est pas moi qui leur ai appris. Ils font ça naturellement. Allez savoir pourquoi. Un chien, c’est insondable, comme un homme. Vous avez un chien ? Vous devriez. On peut beaucoup apprendre d’un chien. Assis, Rex ! Assis Laps ! Ca suffit. »

 

Je remercie les Editions Actes Sud pour cette belle plongée introspective.

 L’art d’écosser les haricots, Wieslaw MYSLIWSKI, Traduit du polonais par Margot CARLIER, Actes Sud, novembre 2010, 383 p., 23.80 euros

 

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Surprises de Noël de Andreï KOURKOV

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

Trois nouvelles de saison

 

L’auteur :

 

Andreï KOURKOV est un écrivain russe qui vit en Ukraine. L’auteur du célèbre Pingouin est aujourd’hui traduit en 32 langues…

 

L’histoire :

 

Trois nouvelles très originales se succèdent avec en commun le thème des fêtes de Noël  :

« Surprise de Noël » : un couple cherche une façon originale de fêter Noël. Le frère  la jeune femme, spécialisé dans le tourisme extrême, va les mener dans une drôle d’aventure…

« Ma différence préférée » : une nuit de désoeuvrement, un homme se souvient de Iya, la seule femme qu’il ait aimé. Il va l’appeler et la suivre dans ses pérégrinations nocturnes.

« Les champignons de la liberté » : Un homme se retrouve en prison à la suite d’une soirée un peu trop arrosée. Dans son cachot humide, il décide de cultiver des champignons et d’apprendre le finnois.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-        Ce sont des histoires loufoques, décalées, de bon augure en cette période de Noël… L’univers de Kourkov est intelligent, lumineux, il nous emmène au-delà du commun pour que nous rompions la monotonie d’une vie sans folie : "Pour revenir à la norme, il faut passer par l’extrême. » dira  justement Iya (p.39)

-        Le romantisme hante ces couples qui cherchent leur bonheur dans une vie déstructurée. Ainsi ce personnage qui avait promis à sa bien-aimée « Je viendrai sous ta fenêtre, une nuit d’hiver, à bord d’un tank d’une blancheur de neige » (p. 27) tiendra bien sa promesse car au fond « A mon âge, on ne trouve plus guère d’intérêt à tirer des fusées ni même à organiser des feux d’artifice privés. Un char d’assaut, ça en impose en effet davantage que n’importe quel pétard. » (p. 41) 

-        Nous découvrons avec plaisir un Noël typiquement ukrainien :

 

« Marina alluma la grande bougie dressée au milieu des trois kalatchi empilés. Les vieilles récitaient d’une voix chantante une prière de Noël. Puis la cadette ôta le couvercle du grand pot de terre et déposa dans l’assiette de chacun un peu de koutia : une bouillie de millet au miel et au pavot. Ensuite vinrent le bortsch aux champignons et les dix autres plats. Et enfin l’ouzvar, une soupe froide, préparée avec une douzaine de fruits séchés différents. Et quand nous fûmes repus, on entendit la neige crisser au-dehors. Quelqu’un s’arrêta au seuil de la maison, et au même moment s’éleva une koliadka, une de ces chansons teraditionnelles ukrainiennes qu’on chante pour Noël. »

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-        Trop court, on aurait voulu d’autres nouvelles encore..

 

Premières phrases :

 

« Il neigeait. Une neige duveteuse, pelucheuse, indolente, pareille à une touriste irlandaise ayant abusé de l’hospitalité ukrainienne. Et c’est sous cette neige matinale, si pure et si gaie, qua sans hâte nous nous baladions. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Laitier de nuit

Autre : L’année du jardinier de Karel CAPEK

 

 

Surprises de Noël, Andreï KOURKOV,  traduit du russe par Paul Lequesne, Liana Levi, Piccolo, novembre 2010, 63 p., 4 euros

 

D'autres avis chez Cryssilda, Leiloona

 

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Longue sécheresse de Cynan JONES

Publié le par Hélène

                                            longue-secheresse-01

 ♥ ♥

« C’est une chose étrange à garder secrète : la force de notre désir l’un pour l’autre. » (p.16)

 

L’auteur :

Cynan Jones est un écrivain anglais également exploitant agricole et viticole. Longue sécheresse est son premier roman traduit en français.

L’histoire :

Ce matin-là, Gareth remarque la disparition d’une de ses vaches. Il part alors à sa recherche, distrait de son but par ses nombreuses pensées : l’avenir de ses terres, les migraines de sa femme et son dégoût d’elle-même qui se heurte à son désir à lui, toujours aussi vif…

Ce que j’ai aimé :

C’est un récit marquant qui nous mène sur ces terres rendues arides par la sécheresse, ces terres auxquelles Gareth tient tant, cette ferme qui donne la migraine à Kate, cette ferme que leur fils veut fuir mais vers laquelle il revient inexorablement, ces terres qui offrent des champignons qui ressemblent à des colombes à Emmy, leur petite-fille. Les descriptions de cette nature omniprésente sont magnifiques, l’homme n’étant que la partie d’un tout immense qu’il tente de s’approprier.

«  Au-dessus des collines, derrière la ferme, le jour pointait. Ce n’était qu’un éclaircissement de la nuit très noire qui ravivait l’éclat des étoiles, les faisait vibrer comme une gorge d’oiseau et produire une lumière très forte, pour leur taille minuscule. Il s’était aperçu que la vache avait disparu. » (p. 11)

Les êtres dans ce monde sont soumis aux forces de la nature, aux aléas du destin et des maladies qui provoquent des fausses couches chez les vaches comme chez les femmes.

Mais ce qui différencie les hommes des bêtes est cette capacité à transformer la mort en amour. Gareth reste persuadé que la mort de sa première femme a forgé son père plus sûrement que toute autre chose :

« C’était de là que venait la force d’aimer de son père, et sa capacité à être tellement heureux du simple fait d’avoir une famille. » (p. 99)

« Nous devons admettre notre amour immense pour les gens. Si nous n’avons jamais besoin de connaître sa profondeur, nous ne ferons que sentir la lumière à sa surface. » (p. 99)

Ainsi, Cynan Jones nous apprend que la beauté est aussi tapie derrière les larmes, au-delà de la tristesse et de la mort…

Ce que j’ai moins aimé :

-          La dureté de cette vie qui n’épargne personne est assez désespérante, et c’est seulement plus tard, après avoir reposé ce roman que j’en ai compris toute la force…

Premières phrases :

«             Elle lui trouve un goût de café. Le matin, quand il vient la réveiller.

«              La vache est partie, dit-il. La rouanne au pis lourd. Elle est partie. Je vais aller à sa recherche. »

Il sort et bien qu’il soit encore tôt il ya une promesse de chaleur dans le soleil. Ca fait des semaines que c’est comme ça. »

Vous aimerez aussi :

Là-haut tout est calme de Gerbrand BAKKER

 

Longue sécheresse, Cynan JONES, Traduit de l’anglais (Pays de Galles) par Mona de PRACONTAL, Editions Joelle Losfeld, septembre 2010, 131 p., 15.90 euros

Je remercie les éditions Joelle Losfeld pour cette belle découverte.

D’autres avis chez Keisha, Choco, Cathulu, Clara, Aifelle

 1pourcent   

  challenge voisins voisines 

 

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Le voyage de l’éléphant de José SARAMAGO

Publié le par Hélène

                                             voyage de l'éléphant

 **

Un périple historique truculent…

  

L’auteur :

 

José Saramago était un écrivain portugais (1922-2010), lauréat du prix Nobel en 1998.

 

 

L’histoire :

 

Salomon, le magnifique éléphant d’Asie, vit depuis deux ans à Belém. Le roi Joao III décide de l’offrir à l’archiduc Maximilien d’Autriche. De Lisbonne à Vienne, en passant par les plateaux de la Castille, la Méditerranée, Gênes et la route des Alpes, Salomon traverse ainsi l’Europe, au gré des caprices royaux et des querelles militaires, soulevant sur son passage l’enthousiasme des villageois émerveillés.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Ce voyage d’un mastodonte à travers l’Europe est déjà en lui-même extraordinaire, mais José Saramago lui apporte une dimension supplémentaire en lui ajoutant son humour décapant ainsi que des réflexions philosophiques, sociales, historiques qui jalonnent le texte, l’enrichissant sans l’alourdir :

 

« Au fond, il faut reconnaître que l’histoire n’est pas uniquement sélective, elle est aussi discriminatoire, elle ne cueille de la vie que ce qui l’intéresse en tant que matériau socialement tenu pour historique et elle dédaigne tout le reste, précisément là où pourrait peut-être résider la vraie explication des faits, des choses, de cette putain de réalité. En vérité je vous dirai, en vérité je vous le dis, il vaut mieux être romancier, inventeur de fictions, menteur.» (p.192)

 

« On raconte beaucoup de choses qui ne sont pas toujours véridiques, mais l’être humain est ainsi fait qu’il est tout aussi capable de croire que les poils d’éléphant, après un processus de macération, font repousser les cheveux, que d’imaginer qu’il porte en lui une lumière unique qui le conduira sur les chemins de la vie, y compris dans les défilés. » (p. 201)

 

-          L’auteur n’hésite pas à venir au secours de ses personnages et de les défendre quand besoin est, commentant ce qu’il écrit parallèlement au récit :

 

« Ces observations seront peut-être jugées inutiles par des lecteurs davantage intéressés par la dynamique du texte que par des manifestations prétendument solidaires et d’une certaine façon œcuméniques, mais fritz, ainsi qu’on l’a vu, passablement découragé à la suite des derniers évènements désastreux, avait besoin que quelqu’un pose une main amie sur son épaule, et c’est exactement ce que nous avons fait, placer la main sur son épaule. » (p. 193)

 

- C’est donc un récit plaisant, vivant, érudit et dynamique que nous offre ce célèbre prix Nobel de littérature.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         La densité du texte est assez déroutante, même les dialogues sont inclus dans le paragraphe, sans tirets, sans guillemets, si bien qu’on ne respire qu’à la fin des chapitres…

 

Premières phrases :

 

« Pour incongru que cela puisse sembler à qui ne serait pas conscient de l’importance des alcôves, qu’elles soient sacralisées, laïques ou illégitimes, pour le bon fonctionnement des administrations publiques, le premier pas de l’extraordinaire voyage d’un éléphant vers l’Autriche que nous nous proposons de relater eut lieu dans les appartements royaux de la cour portugaise, plus ou moins à l’heure d’aller au lit. »

 

 

 

Le voyage d’un éléphant, José SARAMAGO, traduit du portugais par Geneviève LEIBRICH, Seuil

POCHE : Le voyage d’un éléphant, José SARAMAGO, traduit du portugais par Geneviève LEIBRICH, Points, août 2010, 6 euros

 

Un grand merci à Jérôme Lambert des Editions Points.

 

Cryssilda en parle aussi.

 

 

challenge voisins voisines

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Purge de Sofi OKSANEN

Publié le par Hélène

                                                        purge

 ♥ ♥ ♥ ♥

 Prix fémina étranger 2010 et Prix roman Fnac 2010

LE roman à lire dans cette rentrée littéraire foisonnante…

  

L’auteur :

 

Sofi Oksanen est née en Finlande d’une mère estonienne et d’un père finlandais. Purge est son troisième roman et est devenu un best-seller dans le Nord de l’Europe où il a obtenu tous les prix littéraires avant de conquérir le cœur d’une trentaine de pays, dont l’Estonie et les Etats-Unis.

 

L’histoire :

 

En 1992, l’Union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.

Mais ce sera finalement une jeune femme terrorisée qui frappera à sa porte, Zara. Les deux femmes vont faire connaissance et un lourd secret de famille se révèlera, en lien avec le temps de l’occupation soviétique.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          J’ai tout aimé. C’est un roman fort, mené d’une main de maître, un roman marquant, un roman complet, bref Le roman à lire dans cette rentrée littéraire.

 

-          Les informations sont distillées avec parcimonie, au fur et à mesure de la lecture et des époques. L’auteur entremêlent subtilement les récits : elle amorce d’abord l’histoire de Zara, jeune femme vivant en Russie et attirée par les lumières scintillantes des pays de l’ouest comme l’Allemagne. Puis elle dévoile lentement le passé d’Aliide, malheureusement amoureuse pendant la guerre du beau Hans, un résistant qui ne semble pas sensible à ses charmes… Les récits se succèdent, le présent s’intercale entre les passés des deux femmes, enrichi par la profondeur instillé dans ces récits rétrospectifs.

 

-          Au-delà des deux magnifiques portraits de femmes que nous offre l’auteur, c’est aussi une vision juste et abrupte des pays de l’Est après la guerre qui se profile en ces pages :

 

« Tout se répétait. Même si le rouble avait été remplacé par des couronnes, si les avions militaires lui volaient moins au-dessus de la tête et si les voix des femmes d’officiers avaient baissé d’un ton, même si les hauts-parleurs sur la tour du Grand Hermann jouaient tous les jours le chant d’indépendance, il venait toujours de nouvelles bottes de cuir chromé, toujours de nouvelles bottes, semblables ou différentes, mais qui avaient la même façon de marcher sur la gorge. Dans la forêt, les tranchées s’étaient refermées, les douilles ternies, les blockhaus écroulés, les morts à la guerre s’étaient décomposés, mais les évènements déjà vus se répétaient. » (p. 336)

 

- Un grand roman qu'il est impossible de poser avant de l'avoir terminé, je n'en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir toutes ses subtilités...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien

 

Premières phrases :

 

« mai 1949

Pour une Estonie libre !

Il faut que j’essaye d’écrire quelques mots, pour ne pas perdre la raison, pour garder l’esprit d’aplomb. Je cache mon cahier ici, sous le sol du cagibi. Afin que personne ne le trouve, quand bien même on me trouverait, moi. Ce n’est pas une vie. L’être humain a besoin de ses semblables et de quelqu’un à qui parler. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Féroces de Robert GOOLRICK

 

Purge, Sofi OKSANEN, Stock, La cosmopolite, août 2010, 390 p., 21.50 euros

 

Je remercie vivement Fransoaz pour le prêt.

 

Vous trouverez des billets chez La Ruelle Bleue, Cathe, Leiloona, Dominique...

 

  1pourcent

   

challenge voisins voisines

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