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litterature europe

La fille du cannibale de Rosa MONTERO

Publié le par Hélène

                                                fille du cannibale 

♥ ♥ ♥ ♥

"L'identité n'est pas autre chose que le récit que nous faisons de nous-mêmes." (p. 19) 

 

L’auteur :

 

Rosa Montero est une journaliste et auteure espagnole.

 

L’histoire :

 

Lucia Romero, auteur à succès de romans pour enfants, est sur le point de partir avec son mari Ramon pour Vienne. Mais celui-ci, parti aux toilettes, tarde à revenir. Lucia doit se faire à l´évidence : il a disparu. Quand elle reçoit une demande de rançon, elle comprend qu´il s´agit d´un enlèvement. Aidée de deux de ses voisins – l´octogénaire anarchiste Félix, et Adrian, vingt ans – elle mène l´enquête. Entre les confidences de Félix sur son passé de torero et la passion amoureuse qui la lie à Adrian, Lucia se pose des questions sur l´amour soumis au temps qui passe, la trahison… mais toujours avec une bonne dose d´autodérision et d´optimisme !

 

Ce que j’ai aimé :

 

- La fille du cannibale commence comme un roman farfelu habité par des personnages atypiques réunis par des circonstances pour le moins étonnantes : le mari de Lucia semble s'être bel et bien volatilisé dans les toilettes de l'aéroport, lieu romanesque au possible... Le vieux Félix, anarchiste et torero à ses heures va alors se joindre à Lucia pour mener l'enquête. Et si ladite enquête piétine, Félix va en profiter pour raconter sa vie et éclairer de sa sagesse d'octogénaire la vie de ses nouveaux compagnons. A l'inverse, le jeune Adrian incarne l'insouciance de la jeunesse qui file là où le vent le porte, et, pourquoi pas, dans les bras de Lucia.

 

Mais derrière cette insouciance apparente, se cachent des blessures inhérentes à la vie, des interrogations qui ne peuvent trouver de réponses car elles appartiennent aux mystères de la vie et de l'identité des êtres. Lucia est une femme lucide qui essaie de se construire en racontant, en se créant par le récit un être particulier :

 

"Mais moi, je suis persuadée que l'art primordial est celui du récit, parce que pour pouvoir exister, nous les humains, nous devons d'abord raconter." (p. 19)

 

Alors oui, quelquefois, elle ment, elle cache la vérité pour agrémenter sa vie d'un brin de folie, ou, paradoxalement d'un souffle de souffrance. Elle nous raconte le couple et son usure :

 

"Si je sortais avec Adrian, si je partageais ma vie avec lui, il arriverait probablement un moment o^j ele haïrais parce qu'il parle la bouche pleine, comme il était en train de le faire à ce moment-là, projetant des miettes de pain et des postillons partout. Mais, ce jour-là, même de telles cochonneries m'attendrissaient. Il n'est au monde pire arbitraire, injustice plus atroce que ceux du sentiment." (p. 177)

 

Le monde qu'elle cotoie lui apprend le mensonge, la trahison, la faiblesse de l'être humain sans arrêt tenté par le Mal, 

 

"Ce que vous disiez tout à l'heure, a ajouté Félix. A quoi pouvait servir de se comporter dignement. Eh bien, à nous donner la mesure de ce que nous sommes. Nous, les humains, voyez-vous, sommes incapables d'imaginer ce qui n'existe pas ; si nous pouvons parler de choses telles que la consolation, la solidarité, l'amour et la beauté, c'est parce qu'en fait, ces choses existent et font partie des êtres, de même que la férocité et l'égoïsme." (p. 380)  

 

Lucia va apprendre la sagesse, elle va comprendre que même la souffrance est nécessaire à la vie, car elle nous aide à rester vivant, l'absence de douleur nous tuerait en effet plus sûrement et rapidement que les symptômes salvateurs.

 

"Laisse-moi te parler des pingouins, ces oiseaux patauds qui habitent par millions la déserte Antarctique. Quand les petits des pingouins sortent de leurs oeufs, leurs paretns doivent les laisser seuls pour aller chercher de la nourriture en mer. Ce qui pose un grave problème, parce que les petits pingouins sont recouverts d'un duvet si léger qu'il ne suffirait pas à les maintenir en vie dans les températures extrêmement froides du pôle Sud. Alors les petits pingouins restent regroupés sur leurs îlots de glace, des milliers de pingouins qui viennent de naître serrés les uns contre les autres pour se tenir chaud. Mais pour que ceux qui se trouvent à l'extérieur du groupe ne gèlent pas, les petis pingouins tournent sans arrêt si bien qu'aucun n'est exposé aux intempéries plus de quelques secondes. (...) C'est une générosité dictée par la mémoire génétique, par la sagesse brute des cellules. Ce que je veux te dire à travers cet exemple, Lucia, c'est que ce que nous appelons le Bien est déjà présent au coeur même des choses, chez les animaux irrationnels, dans la matière aveugle.  le monde n'est pas simplement fureur, violence et chaos, mais il est aussi ces pingouins ordonnés et fraternels." (p. 422)

 

pingouins.jpg

 

"La vie est beaucoup plus grande que nos peurs. Et nous sommes même capables de supporter beaucoup plus que nous le souhaiterions. Alors, reste calme." (p.423)

 

Un très beau roman à savourer...

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

  - Rien.

 

Premières phrases :

 

"La plus grande révélation que j'ai eue dans ma vie a commencé par l'observation de la porte battante de toilettes publiques. j'ai remarqué que la réalité a tendance à se manifester ainsi, absurde, inconcevable et paradoxale, si bien que de la grossièreté naît souvent le sublime ; de l'hooreur, la beauté, et de la transcendance, l'idiotie la plus totale."

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Instructions pour sauver le monde

Autre :  Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas JONASSON

  

D’autres avis :

 

Lecture commune avec Mango

Clarabel , Keisha

 

La fille du cannibale, Rosa Montero, Traduit de l'espagnol par André Gabastou, Editions Métailié, Collection Bibliothèque hispanique, 2006, 408 pages, 20 euros

POCHE : La fille du cannibale, Rosa Montero, Traduit de l'espagnol par André Gabastou, Points, mars 2008, 8 euros

 

12 d'Ys

 Catégorie auteurs espagnols contemporains

 

Publié dans Littérature Europe

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La valse aux adieux de Milan KUNDERA

Publié le par Hélène

                                               valse aux adieux

 ♥ ♥ ♥

"Si quelque chose m'a toujours profondément écœuré chez l'homme, c'est bien de voir comment sa cruauté, sa bassesse et son esprit borné parviennent à revêtir le masque du lyrisme."

 

L’auteur :

 

La vie de Milan Kundera pourrait se résumer en deux temps : auteur dissident en Tchécoslovaquie, il devient, en 1975, une figure importante de la vie littéraire française et internationale. Dissident, Kundera ne l'a pas toujours été : inscrit au Parti communiste, les premiers écrits de cet étudiant en littérature, en esthétique et en cinéma s'inscrivent dans une vison marxiste du monde. Pourtant, le lyrisme et la poésie sensible d'ouvrages comme 'Le Dernier mai' ou 'Monologues' ne tardent pas à l'éloigner du réalisme socialiste prôné par le régime. Ce n'est qu'à partir des années 1960 que sa critique se fait plus virulente : 'La Plaisanterie' et 'Risibles amours' incarnent avec force le souffle de liberté qui s'exprime lors du printemps de Prague, auquel il participe activement. Déchu de sa nationalité tchèque, la France lui réserve un accueil chaleureux et il devient enseignant à l'université de Rennes et à l'EHESS de Paris. C'est dans la langue de Molière qu'il signe ses plus grands succès dont son chef-d' oeuvre : 'L' Insoutenable légèreté de l'être', paru en 1984. Il y poursuit sa réflexion sur la parole, l'illusion et la condition humaine, ainsi que sur l'éternel retour nietzschéen. Cet ouvrage contient également sa définition du 'kitsch', devenue une référence. Analyste de son propre travail, Milan Kundera signe plusieurs écrits théoriques comme 'L'Art du roman', qui le place parmi les plus grands penseurs contemporains de la littérature. Le 24 mars 2011, l'auteur de 'L' Insoutenable légèreté de l'être' voit ses oeuvres complètes publiées dans la prestigieuse collection de Gallimard. Il en est le seul écrivain vivant à faire son entrée dans La Pléiade. Kundera canonisé côtoie désormais Proust et Balzac, Rabelais et Molière, Goethe et Conrad. (Source : Evene)

 

L’histoire :

 

Dans une ville d'eaux au charme suranné, huit personnages s'étreignent au gré d'une valse qui va en s'accélérant : une jolie infirmière ; un gynécologue fantaisiste ; un richard américain (à la fois saint et don Juan) ; un trompettiste célèbre ; un ancien détenu, victime des purges et sur le point de quitter son pays... Un 'songe d'une nuit d'été'. Un 'vaudeville noir'. Les questions les plus graves y sont posées avec une blasphématoire légèreté qui nous fait comprendre que le monde moderne nous a privés même du droit au tragique.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Cette valse nous entraîne dans un tel tourbillon que l’on ne peut que succomber au charme des destins des habitants de cette petite ville d’eau. Mais une fois l’ivresse passée, reste un faisceau de réflexions qui s’épanouit dans l’esprit du lecteur et instillent leur philosophie.

 

Si le thème de la tromperie est au cœur du roman, bien d’autres ramifications philosophiques s’offrent à nous.

 

Un nouveau regard porté sur elle illumine la belle Mme Klima aspirée tout à coup par la liberté : elle se demande si son mari n’est pas juste auréolé par la jalousie et non pas par l’amour :

 

 « La jalousie possède l'étonnant pouvoir d'éclairer l'être unique d'intenses rayons et de maintenir les autres hommes dans une totale obscurité. »

 

Jakub cherche sa liberté dans l’apprivoisement de la mort, se promener avec un cachet de poison lui permet de maîtriser sa vie. Mais n’est-ce pas là encore qu’une illusion ? Ce petit cachet bleu va l’amener à s’interroger sur la vie et le mort, mais aussi sur le meurtre… La vie et la mort restent intrinsèquement liés.

 

De même que sont irrémédiablement  liés  les doubles thèmes de l’avortement et la fécondité.

 

"Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne pourrai jamais dire avec une totale conviction : l’homme est un être merveilleux et je veux le reproduire."

 

« Avoir un enfant, c'est manifester un accord absolu avec l'homme. Si j'ai un enfant, c'est comme si je disais : je suis né, j'ai goûté à la vie et j'ai constaté qu'elle est si bonne qu'elle mérite d'être multipliée. »

« [...] je dois me demander dans quel monde j'enverrais mon enfant. L'école ne tarderait pas à me l'enlever pour lui bourrer le crâne de contre-vérités que j'ai moi-même vainement combattues pendant toute ma vie. Faudrait-il que je voie mon fils devenir sous mes yeux un crétin conformiste ? ou bien, devrais-je lui inculquer mes propres idées et le voir souffrir parce qu'il serait enchaîné dans les mêmes conflits que moi ? »

 

Faut-il mettre au monde un enfant dans un contexte politique plus que bancal. Ce contexte n’est guère développé, mais la menace sous-jacente reste bien présente. Derrière la futilité de certaines scènes ou de certains dialogues se cachent une tragédie en cours :

 

 « Une blonde s'adapte inconsciemment à ses cheveux. Surtout si cette blonde est une brune qui se fait teindre en jaune. Elle veut être fidèle à sa couleur et se comporte comme un être fragile, une poupée frivole, une créature exclusivement préoccupée de son apparence, et cette créature exige de la tendresse et des services, de la galanterie et une pension alimentaire, elle est incapable de rien faire par elle-même, elle est toute délicatesse au-dehors et au-dedans toute grossièreté. Si les cheveux noirs devenaient une mode universelle, on vivrait nettement mieux en ce monde. Ce serait la réforme sociale la plus utile que l'on ait jamais accomplie. » (p. 56)

 

« [...] le désir de l'ordre veut transformer l'univers humain en un règne inorganique où tout marche, où tout fonctionne, où tout est assujetti à une règle supérieure à l'individu. Le désir de l'ordre est en même temps désir de mort, parce que la vie est perpétuelle violation de l'ordre. Ou, inversement, on peut dire que le désir de l'ordre est le prétexte vertueux par lequel la haine de l'homme justifie ses forfaits. » (p. 126)

 

Milan Kundera réussit là encore à allier subtilement tragédie et comédie, à l’image d’une vie qui oscille sans cesse entre vie et mort…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien.

 

Premières phrases :

 

« L'automne commence et les arbres se colorent de jaune, de rouge, de brun ; la petite ville d'eaux, dans son joli vallon, semble cernée par un incendie. Sous le péristyle, des femmes vont et viennent et s'inclinent vers les sources. Ce sont des femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants et elles espèrent trouver dans ces eaux thermales la fécondité.
Les hommes sont ici beaucoup moins nombreux parmi les curistes, mais on en voit pourtant, car il paraît que les eaux, outre leurs vertus gynécologiques, sont bonnes pour le coeur. Malgré tout, pour un curiste mâle, on en compte neuf de sexe féminin, et cela met en fureur la jeune célibataire qui travaille ici comme infirmière et s'occupe à la piscine de dames venues soigner leur stérilité ! C'est ici qu'est née Ruzena, elle y a son père et sa mère. Échappera-t-elle jamais à ce lieu, à cet atroce pullulement de femmes ? »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : L’insoutenable légèreté de l’être

 

La valse aux adieux, Milan Kundera, traduit du tchèque par François Kérel, Folio,  juillet 1978, 363 p., 7.30, euros

 

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Sang impur de Hugo HAMILTON

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

« Peut-être que votre pays, c’est juste un endroit que vous vous fabriquez dans votre tête. » (p. 277)

 

L’auteur :

Hugo Hamilton est né à Dublin en 1953 d'une mère allemande et d'un père irlandais. Il accède à la consécration avec son roman autobiographique Sang impur, récompensé en France par le prix Femina étranger en 2004.

 

L’histoire :

Issue de l'union d'une Berlinoise antinazie avec un nationaliste irlandais, une portée de gamins grandit dans les quartiers misérables du Dublin des années 1960. Talochés par un père dont les échecs affligent toute la famille, les petits Hamilton essuient au dehors les insultes du voisinage. Mais auprès de leur douce mère, Hugo, Franz et Maria apprennent le bonheur d'être en vie, de s'aimer et de se serrer fort contre les siens.

 

Ce que j’ai aimé :

Sang impur peint par touches subtiles la fragilité de l’enfance, sa virginité. Le petit narrateur répète sans cesse « je ne sais rien » comme si c’était à lui de s’inventer une histoire, à lui de se construire en fabriquant un être avec tout ce qu'il saisit et entend.

« Quand on est petit, on est comme une feuille de papier vierge sans rien marqué dessus. Mon père écrit son nom en irlandais, ma mère écrit le sien en allemand et il reste un blanc pour tous les gens dehors, qui parlent anglais. (…) Mais nous on a pas envie d’être spéciaux. »  (p. 21)

« Il y a des choses qu’on hérite de son père, pas juste le front, le sourire ou une jambe qui boite, mais d’autres trucs, comme la tristesse, la faim, les blessures. On peut hériter de souvenirs qu’on préfèrerait oublier. Il y a des choses qui peuvent vous être transmises, enfant, comme la colère impuissante. » (p. 54)

Cette lente construction ne se fait pas sans heurts, et si la violence fait aussi partie intégrante de son apprentissage, le giron maternel, la sécurité de son foyer atténuent la douleur liée à la souffrance d'un être qui ne trouve que difficilement sa place dans un monde bien décidé à placer les humains dans des cases :

« Ma mère elle arrange tout avec des gâteaux, des histoires et des câlins qui vous font craquer les os. » (p. 56)

En nous contant avec humour son univers quotidien au sein d'une famille unie, ces luttes incessantes contre un père décidé à bannir de sa miason tout ce qui représente la Grande-Bretagne -y compris les chansons en anglais-, contre les camarades qui ne parviennent pas à adopter ces enfants oscillant entre deux nationalités ennemies, c'est aussi la grande Histoire qu'évoque l'auteur en nous éclairant sur le passif des luttes entre la Grande-Bretagne et l'Irlande et en interrogeant intelligemment la question de la nationalité.

« Lire Sang impur, c’est se rappeler pourquoi les grand écrits ont à nos yeux tant d’importance. C’est aussi voir tous les clichés de l’Irlande du XXème siècle subtilement dénoncés et détruits. Voilà un ouvrage riche de sève, dont la force rare opère comme une délivrance – ce qui ne l’empêche pas d’être dénué du moindre soupçon de prétention. Un livre pour notre temps, et sans doute pour tous les temps. » (Joseph O’CONNOR, préface)

 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien

 

Premières phrases :

« Quand on est petit, on ne sait rien.

Quand j’étais petit, je me suis réveillé en Allemagne. J’ai entendu les cloches, je me suis frotté les yeux et j’ai vu le vent qui gonflait les rideaux par la fenêtre et j’ai vu l’Irlande. »

 

Vous aimerez aussi :

Autre : Au pays des hommes de Hisham MATAR

 

D’autres avis :

Blogs : A propos des livres

Presse : Lire ; Lmda

 

Sang impur, Hugo Hamilton, traduit de l’anglais (Irlande) par Katia Holmes, préface de Joseph O’CONNOR, Phébus, 2004, 279 p., 19.50 euros

POCHE : Sang impur, Hugo Hamilton, traduit de l’anglais (Irlande) par Katia Holmes, Points, 2007, 347 p., 7 euros

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Le Turquetto de Metin ARDITI

Publié le par Hélène

turquetto.jpg

 ♥ ♥ ♥

  « C’est à cela que servait l’Eglise. A consoler. Pas à prévenir le péché. » (p. 91)

 

L’auteur :

 

Né en 1945 à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Il préside l'Orchestre de la Suisse romande et la fondation Les Instruments de la Paix-Genève. Son œuvre est publiée chez Actes Sud : Dernière lettre à Théo (2005), La Pension Marguerite (2006 ; Babel n° 823, prix Lipp Suisse 2006), L'Imprévisible (2006, prix de la Radio suisse romande 2007 ; Babel n° 910), Victoria-Hall (Babel n° 726), La Fille des Louganis (2007 ; Babel n° 967), Loin des bras (2009 ; Babel n° 1068) et Le Turquetto (2011).

 

L’histoire :

 

Se pourrait-il qu'un tableau célèbre – dont la signature présente une discrète anomalie – soit l'unique oeuvre qui nous reste d'un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne ? Un égal du Titien ou du Véronèse ? Né à Constantinople en 1519, Elie Soriano a émigré très jeune à Venise, masqué son identité, troqué son nom contre celui d'Elias Troyanos, fréquenté les ateliers de Titien, et fait une carrière exceptionnelle sous le nom de Turquetto : le "Petit Turc", comme l'a surnommé Titien lui-même. (Présentation de l’éditeur, tronquée de sa fin qui en dévoile trop – à mes yeux- sur l’intrigue)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Le Turquetto est un roman foisonnant, à l'image du grand Bazar de Constantinople dont est issu celui que l'on surnomme "Le petit rat". Un être pourtant désespérément humain, jeune passionné qui préfère apprendre les techniques liées à la peinture et à la calligraphie que de s'occuper de son vieux père malade. Un homme honteux de ses origines, qui cherche à sublimer sa destinée par l'art. Mais aussi un homme marqué au fer par cette religion judaïque qui le contraint à se cacher pour représenter le monde.

 

Et parce que ce roman touche à des thèmes aussi universels que l'art et la religion, il devient à son tour universel et permet aux lecteurs de transposer à son époque des sujets aussi variés que le pouvoir de l'art, son utilité, la dureté des lois de l'Eglise, les luttes de pouvoir...

 

  « Que veut notre Eglise ? Quelle est sa mission ? Appliquer des lois ou rassembler ? Condamner ou offrir la consolation ? A quoi devons-nous servir ? Regardez les hommes ! Regardez-les ! Dans les rues ! Sur les places ! De quoi ont-ils besoin ? D’être accueillis ! Rassurés ! Entourés ! Là est le rôle de notre sainte Eglise ! Apaiser nos fidèles ! Que nous disent les chefs-d’œuvre du Turquetto ? Que l’espoir existe. Qu’il y a en l’homme une parcelle inaltérable d’immortalité telle qu’elle est incarnée dans le Résurrection de Notre-Seigneur. C’est ainsi que nous devons recevoir nos fidèles, mon cher inquisiteur. En leur offrant la beauté et l’espoir, pour les consoler de leurs péchés. Pas en les assommant avec des règles et des lois. » (p. 187)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Encore une fois la quatrième de couverture en dévoile un peu trop sur l’intrigue…

 

 

Premières phrases :

 

« - Elie ! Ton père s’est arrêté !

Cette manie qu’avait Arsinée de crier, alors qu’il était sous ses yeux !

Il se tourna vers son père. Le front baigné de transpiration, celui-ci pressait sur sa vessie et urinait en pleine rue, comme les portefaix et les mendiants… Depuis qu’ils avaient pris le chemin du Bazar, c’était la troisième fois. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias ENARD  

 

D’autres avis :

 

Emeraude  

 

Le Turquetto, Metin ARDITI, Actes Sud, août 2011, 280 p., 19.50 euros

 

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L’estivant de Kazimierz ORLOS

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 « Est-ce Dieu qui veut ça, ou est-ce l’homme qui fait lui-même sa vie ? Comment la vie se déroule-t-elle ? » (p. 120)

 

L’auteur :

Kazimierz Orlos est un écrivain, scénariste, dramaturge, journaliste et animateur de radio polonais. Il est également connu sous le pseudonyme de Maciel Jordan.

Censuré en Pologne à l'époque du communisme, il coopère avec Radio Free Europe et écrit pour Kultura, magazine littéraire et politique de l'émigration polonaise, ainsi que pour Puls. Après la chute du communisme, il travaille pour différents journaux.

 En 1970, il reçoit le prix de la Fondation Koscielski pour son ouvrage "Ciemne drzewe" (Les arbres sombres). En 2006, il reçoit deux autres prix pour un recueil de nouvelles "Dziewczyna z ganku".
En 2007, le président Lech Kaczynski lui remet la distinction de "Krzyż Komandorski Orderu Odrodzenia Polski", deuxième plus haute distinction honorifique polonaise qui récompense les mérites éminents dans le domaine des sciences, du sport, de la culture, de l'art, de l'économie, ou du service rendu au pays ainsi qu'au développement de relations avec les pays étrangers. (source babélio)

 

L’histoire :

 Un vieil homme retrouve avec émotion deux lettres écrites cinquante ans plus tôt. Comment a-t-il pu oublier Mirka, son premier amour, rencontrée pendant les vacances d'été des années 1951 et 1952 ? La jeune fille de la baie de Gdansk lui annonçait être enceinte. Il ne lui a jamais répondu.

Bouleversé par cette paternité qui resurgit dans ses vieux jours, l'homme prend la plume pour raconter son histoire à son fils et part à la recherche de son passé. Il retourne dans la maison sous les pins, au bord de la mer Baltique. Au cours de longues promenades sur la plage et dans les dunes, il s'interroge sur ses choix, sur sa lâcheté vis-à-vis de ses proches, sur ses compromissions avec le système communiste. Au fil de rencontres avec les habitants des lieux, il s'approche pas à pas de la vérité.
Son récit simple et brut, teinté de nostalgie, sonne comme une confession qui vient trop tard, une manière d'empoigner son existence pour lui donner un sens. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 -          Premier atout de ce roman très touchant : sa couverture. Elle représente une reproduction d’un tableau de  Joseph CZAPSKI « Au bord de la mer » et nous plonge déjà dans l’atmosphère nostalgique du roman.

-          Ce vieil homme décide finalement de flirter à nouveau avec son adolescence,  non pas pour justifier ou excuser ses choix, mais plus par curiosité, il repart vers son passé comme s’il sentait qu’il lui fallait à présent boucler sa vie. Il ne remet pas en doute ses choix, peut-être parce qu’il s’adresse à son fils, et que celui-ci n’aurait sans doute pas existé s’il avait choisi de rester auprès de cette amour de jeunesse. Son errance est plus une interrogation sur le hasard, sur le poids d’une époque durant laquelle la survie importait avant tout, sur la lâcheté dont on est capable… Puis, malgré tout, la vie continue, avec ses heurts et ses joies, et il n’est pas certain qu’elle aurait été plus belle autrement.

-          Peut-être que ce qui compte avant tout est de réussir à capter la beauté des moments suspendus au-dessus du bonheur, et d’oublier ou de passer outre les scènes plus déplaisantes. Profiter de promenades sur la plage pour observer des deltaplanes, pour écouter le ressac de la mer qui rappelle que tout passe et que ne reste que l’instant présent.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 - Je comprends que l’on puisse être désarçonné par le rythme très lent de la narration, par la manque d’action, mais l’essentiel est ailleurs…

 

 Premières phrases :

 « J’ai mis bout à bout cette histoire de notes éparses, de feuilles de cahier arrachées, de griffonnages sur des bouts de serviettes en papier du restaurant La Frégate. Et même de coupures de journaux. J’ai commencé à rédiger en novembre et fini en décembre 2003. J’ai tout mis en ordre. Rajouté par ici, enlevé par là. Aligné les jours, les semaines. Qu’après ma mort, le destinataire reçoive un texte clair. Simple, même si l’histoire elle-même, évidemment, n’est pas simple.

Voici le texte que je destine à mon fils. »

 

Vous aimerez aussi :

 Dans les veines ce fleuve d’argent de Dario FRANCESCHINI 

 

D’autres avis :

Kathel, Delphine

 

L’estivant, Kazimierz Orlos, traduit du polonais par Erik Veaux, Les Editions Noir sur Blanc, août 2011, 120 p., 14 euros

 

Merci à Denis LEFEBVRE du groupe Libella

  

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Le jardin de Bertina HENRICHS

Publié le par Hélène

jardin

 

L’auteur :

Bertina Henrichs a publié La Joueuse d’échecs (Liana Levi, 2005), qui a rencontré un succès international et a été adapté au cinéma, et That’s All Right, Mama (Panama, 2008), également vendu dans plusieurs pays.

 

L’histoire :

Ultime bout de l’Europe. Au bord de l’Atlantique, durant un printemps maussade, Marthe prépare son jardin. Sa vie est devenue trop tranquille. Depuis la mort de son mari, Paul, les sollicitations se font rares, jusqu’à ce que s’introduise, dans sa boîte aux lettres, un prospectus qui chamboulera tout.

Le Jardin est l’histoire d’une opportune catastrophe.

 

Ce que j’ai aimé :

-          Les descriptions de la Bretagne et de la relation à la nature sont quelquefois magnifiques, et quelques autres passages valent le détour :

 

« Marthe avait soixante-cinq ans ; pourtant, elle essayait toujours de capturer de minuscules filets de temps, des tempuscules en quelque sorte. Observer cette mince frontière entre le non-existant et le déjà-certitude. Cette membrane fragile qui sépare le quotidien rassurant et répétitif de l’accidentel. Ce tout petit fragment de possibles, d’éventuelle tournure surprenante. Cette brèche presque imperceptible dans laquelle l’aventure aurait pu s’engouffrer. » (p. 12)

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Je n’ai pas saisi l’intérêt de cette histoire immobilière : un prometteur veut installer un parc d’attractions à proximité de l’allée où vit Marthe, si bien que un groupe va se lever pour aller à l’encontre de ce projet.  L’intrigue se résume à cela, s’enferre dans les détails, ne faisant qu’effleurer la relation qui s’instaure entre Marthe et Hans.

 

-          Cette relation est d’ailleurs très caricaturale : ils ne s’aiment pas au premier abord, (on se croirait presque chez Harlequin…) (oui, depuis mardi dernier, je suis devenue une pro des Harlequins...) en raison d’a priori  qui volent évidemment rapidement en éclats.

 

Une déception...

 

Premières phrases :

 

« Terre de départ, terre d’accueil. Ultime bout  de l’Europe. La Bretagne semble avoir calqué sa rugosité sur celle de l’Océan. A force de se côtoyer depuis toujours, ils se ressemblent. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La joueuse d’échecs de Bertina HENRICHS

Autre : Photo de groupe au bord du fleuve de Emmanuel DONGALA

 

 

D'autres avis :

 

 

Stephie

 

Le jardin, Bertina HENRICHS, Le cherche Midi, 2011, 254 p., 17 euros

 

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Dans les veines ce fleuve d’argent de Dario FRANCESCHINI

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 

Dario Franceschini est un écrivain italien qui signe ici son premier roman. Il a été élu président du groupe parlementaire « l’Olivier » à la Chambre des Députés.

 

L’histoire :

 A l'heure où sa vie approche de son automne, Primo Bottardi décide de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de retrouver un ami qui lui avait posé quarante ans plus tôt une question à laquelle il n'avait pas su répondre. Son périple le ramène au bord du Pô, parmi les pêcheurs d'esturgeons, dans une atmosphère de brume et d'eau qui change la plaine en un mirage infini.

 

Ce que j’ai aimé :

Le lent voyage de Primo est teinté de mélancolie, comme si le vieil homme observait le monde pour mieux l’imprégner sur sa rétine, pour n’en perdre aucun détail et s’en souvenir ainsi avec acuité. Il rencontre des personnages atypiques, venus tout droit de son passé comme le magicien Ariodante, il se souvient de rencontres lointaines ou écoutent les hommes et les femmes raconter leur histoire, bercés par le rythme lancinant et immuable du fleuve.

Au fil des pages comme au bord du fleuve s’infiltre une magie parfaitement intégrée à la réalité, parce que l’homme ne peut pas tout expliquer et que la réalité peut prendre des atours mystérieux.

Dans les veines ce fleuve d’argent est un texte magnifique qui nous emporte aux confins de l’existence…

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 

Premières phrases :

 « Il avait toujours confondu le silence avec le froid. Pendant les nuits moites d’été, il regardait les lèvres de marie qui bougeaient, sans un bruit, au rythme des mots de son livre, et il commençait à trembler sous les draps rêches de coton blanc. »

 

Vous aimerez  aussi :

 Le jour avant le bonheur de Erri DE LUCA

 

D’autres avis :

Sabbio , Leiloona, Clara

Télérama, Le matricule  des anges

 

Dans les veines ce fleuve d’argent, Dario Franceschini, traduit de l’italien par Chantal Moiroud, éd. L'Arpenteur/Gallimard, 150 p., 13 €.

POCHE : Dans les veines ce fleuve d’argent, Dario Franceschini, traduit de l’italien par Chantal Moiroud, Folio, 4.60 euros

 

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Le mardi c’est permis

Publié le par Hélène

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Ce mois-ci nous partons A la poursuite d’un rêve avec Barbara CARTLAND

 

 L'histoire calibrée :

 

Situation initiale : la jeune Tiana hérite du château en ruines de ses parents et n’a pas l’argent pour continuer les travaux de rénovation.

Elément déclencheur : le comte d’Austindale, son voisin, lui propose de l’épouser car il doit absolument épouser quelqu’une avant ses 30 ans pour ne pas perdre son propre château. – conclusion : avoir un château, ça vous complique la vie…-

Péripéties : elles sont liées aux adjuvants : le cousin Alan, la belle et impétueuse Lady Margaret, éconduite par le Comte, la gouvernante Mme Osbourne, jalouse de Tiana, et Henri Sawyer, promoteur intéressé par le château de Tiana. Tous ces méchants personnages vont tout faire pour empêcher le mariage, mais ce sera sans compter sur la personnalité orageuse de Tiana. – conclusion : ne vous mariez pas avec un comte, ça multiplierait vos ennemis -

Situation finale : Ils meurent tous dans d’atroces souffrances… (lol !)

 

Conclusion : Barbara Cartland est censée « faire entrer le rêve dans chacun de ses romans », et le rêve selon elle se résume à un château –ou deux c’est encore mieux-, un comte beau et ténébreux, homme intelligent et posé, une jeune fille belle et impétueuse, des méchants rapidement terrassés parce que "l'amour est plus fort que tout" (c'est bÔ....)

Mais attention rien n'est facile de prime abors, le bonheur doit se conquérir : ainsi les héros ne s'apprécient nullement au début de l'histoire (situation classique des romans Harlequin) (eh oui il fut un temps -lointain entendons-nous, avant que je ne découvre Marcel, Gustave et confrères- il fut un temps disais-je où je me complaisais dans la lecture de ce genre de roman...) Donc ils ne s'aiment pas : 

 

 

«  - Le jour où je me marierai, ce sera par amour, poursuivit-elle. J’espère rencontrer un homme que je respecterai et  que j’aimerai de tout mon cœur, de toute mon âme, et jusqu’à mon dernier souffle. Cet homme, ce n’est sûrement pas vous !

Le comte retint sa respiration, soudain fasciné par les joues rosies de la jeune fille, par cette chevelure bouclée qu’elle secouait avec véhémence, tandis que le soleil la faisait briller de mille nuances dorées. » (p. 41)

 

(La question est : pourquoi quand moi je me mets en colère mon conjoint n’est-il pas fasciné ??? conclusion : la prochaine fois je me placerai dans le soleil, ça changera peut-être tout…)

 

 Trêve de plaisanterie je ne sais pas si au final ce genre d’écrits est plus néfaste qu’un Marc Lévy ou un Guillaume Musso : « prose d’aéroport » comme dit Jérôme Garcin en parlant de Marc Lévy, mièvreries en tous genres, guimauve à toute les pages, clichés à tout va, mais morale sauve quoiqu’il arrive… A méditer...

 

A la poursuite d’un rêve, Barbara CARTLAND, traduit de l’anglais par Marie-Noëlle TRACHART,  J’ai Lu, 2010, 152 p.  

 

  D'autres lectures illicites chez Stéphie : 

 

mardi tout est permis

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Guide de Mongolie de Svetislav BASARA

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

« Le dichotomie veille-rêve est tout à fait dévaluée. » (p. 124)

 

L’auteur :

Svetislav Basara est né en 1953 en Serbie occidentale, à la frontière bosniaque. Auteur d'une œuvre iconoclaste et impertinente, il flirte brillamment avec l'absurde, sur la ligne fragile et jubilatoire qui sépare - ou relie - fiction et réalité. Il a publié de nombreux romans et recueils de nouvelles dont Le Pays maudit, Phénomènes, Le Miroir fêlé ou encore Guide de Mongolie. Un recueil de nouvelles, Perdu dans un supermarché, a paru en 2008 aux éditions Les Allusifs.

 

L’histoire :

Un écrivain serbe est dépêché en Mongolie pour y écrire un guide de voyage. Lui qui rêvait de s'extirper de sa morosité quotidienne, atterrit dans un pays perdu, lieu de tous les possibles – ou, de temps à autre, on brûle encore des sorcières. Il échoue au bar de l'hôtel Gengis Khanà Oulan-Bator, ou il voit défiler un évêque hollandais égaré dans un rêve, un officier russe devenu lama, un mort vivant au passé lubrique et même l'énigmatique Charlotte Rampling. Que tout cela confine à la folie importe peu ; la vodka coule à flots, délie les langues et libère les pensées les plus délirantes de Basara. Flottant entre rêverie et ivresse, au coeur d'un univers jubilatoire ou la seule certitude est qu'il n'y en a aucune, il se laisse emporter dans un tourbillon extravagant de dérision qui n'épargne rien, ni personne. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

L’univers de Basara est peuplé d’êtres improbables, issus à la fois de sa vie, de son imagination, et quelquefois, droit venu du royaume des morts. Tout en s’imbibant de vodka, boisson indispensable dans un univers incertain et fluctuant, ils dissertent joyeusement autour de concepts en –isme : onirisme, nihilisme, l’existentialisme, communisme,  nationalisme, capitalisme, alcoolisme…

D’un ton décalé, voire déjanté, Basara dénonce «  la décadence universelle » tout en s’interrogeant sur la création, à la recherche de ce « quelque chose » qui, peut-être, l’éloignerait du dégoût…

 « Voyons un peu, alors,  ce que je cherche dans cette glose stérile que je compose péniblement depuis déjà quinze bonnes années, portant, de surcroît, tout aussi péniblement, un masque d’écrivain. Pour jouer ce rôle, j’ai dû perdre au moins dix kilos et commettre un tas de sottises que sans cela je n’aurais jamais faites. Par exemple, je suis forcé de boire beaucoup, alors que je ne supporte pas l’alcool. Qu’y puis-je ? Le rôle doit être tenu d’une manière professionnelle. (…) Je ne suis pas du tout intéressé par des personnes concrètes ; aucun être qui s’estime et qui vaut quelque chose ne fréquente ce monde, même sous un pseudonyme. Ce monde est un Eldorado pour les vauriens, les glandeurs, les imposteurs, les dupes et les sots. (p. 110)

 « Mais j’écris, je me casse la tête afin de tenir ma promesse : introduire dans ce monde une chose, une notion et un être qui ne font pas partie de son organisation merdique.

Je vais bien finir par trouver quelque chose. » (p. 116)

 « J’ai lu un jour dans Fuentes une phrase intéressante (laquelle, soit dit en passant, pourrait vous servir d’épigraphe pour quelque futur roman) :

« Mais la raison, ni lente ni paresseuse, nous apprend que sitôt répété, l’extraordinaire devient ordinaire, de même que dés que cesse la répétition, ce qui auparavant passait pour fait commun prend figure de prodige… » » (p. 129)

 Guide de Mongolie est un court récit à l’humour noir définitivement salvateur…

« Basara est à la littérature ce que Kusturica est au cinéma : un fou, un génie, un libertaire, un amuseur, un effronté, un sentimental. Un électron libre dans la fournaise qui nous sert d’humanité. » Martine Laval, Télérama

 

Ce que j’ai moins aimé :

Les divagations décousues de l’auteur peuvent quelquefois désarçonner le lecteur…

 

Premières phrases :

« Cette année-là, année du dragon de fer selon le calendrier chinois, si le printemps avait été vieux jeu, l’été fut extravagant. Il neigea deux fois en juillet, une fois le jour ne se leva point, et la nuit dura ainsi quarante-huit heures. Tout alla à l’avenant, jour après jour. Il ne se passait rien. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le miroir fêlé

Autre : L’année du jardinier de Karel CAPEK

 

D’autres avis :

Encres vagabondes, Papillon, Yves 

Télérama, Matricule des anges

 

Guide de Mongolie, Svetislav BASARA, Traduit du serbe par Gojko LUKIC et Gabriel IACULLI, Les Allusifs, 2006, 131 p, 13 euros

POCHE : Guide de Mongolie, Svetislav BASARA, Traduit du serbe par Gojko LUKIC et Gabriel IACULLI, 10/18, juin 2008, 144 p, 7 euros

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Un jour de David Nicholls

Publié le par Hélène

                                                   un jour

Un mélo dont l'adaptation cinématographique sort aujourd'hui.

  

L’auteur :

 David Nicholls est un romancier et scénariste anglais.

 

L’histoire :

 Emma et Dex  passent une nuit indécise ensemble le 15 juillet 1988. Lui est issu d’un milieu aisé, séduisant, sûr de lui, quand elle est d’origine modeste, bourrée de complexes, de principes, de convictions. D’années en années, ils vont se perdre, se retrouver, s’aimer, se détester…

 

Ce que j’ai aimé :

 -La construction est intéressante : le roman est découpé en chapitres de 20 ou 30 pages chacun consacré à un 15 juillet, de 1988 à 2005, permettant ainsi au lecteur d'assister à l'évolution des personnages et de leur relation au fil du temps.

 

- Un jour est un roman très visuel, doté de nombreux dialogues vivants, si bien que les 500 pages ne se font presque pas sentir...

  

Ce que j’ai moins aimé :

Je dis "presque" parce que je pense qu'il faut être sacrément adepte des comédies romantiques pour apprécier pleinement les 500 pages en question... L'histoire est relativement banale : ils s'aiment mais n'en sont pas conscients, quand l'un pense aller vers l'autre, l'autre est pris, quand l'autre se libère, l'un se remet en couple, puis l'un quitte son conjoint, mais l'autre... bref, jusqu'au jour où... Là je dois avouer que la chute est assez surprenante, mais après réflexion, je pense aussi que c'était la seule façon de sortir la tête haute de cette histoire mélo somme toute très classique...

 Les personnages sont assez caricaturaux : le pauvre Dex englué dans la célébrité, égoïste, en mal d'amour, perdu entre le sexe et la drogue, et la sage Emma, coincée aux convictions soit disant tranchées (je cherche encore quelles sont lesdites convictions évoquées dans la quatrième de couverture…)

 Le style est très oral, pas du tout littéraire, pour preuve, ce passage d'anthologie :

  « Où tu vas ? s’enquit-il en posant une main au creux de son dos.

-         Aux chiottes », répondit-elle » (p. 19)

En résumé ce roman m’a laissé une Impression poisseuse, et pourtant, moi non plus je ne boude pas une bonne comédie romantique de temps en temps...

 

Ce qui m'amène à parler du film, qui sort aujourd'hui en salles, et qui souffre évidemment des mêmes travers que le roman.

 

 

Premières phrases :

 

« Je crois que… ce qui compte, c’est de faire bouger les choses, dit-elle. D’arriver à les changer.

-         Comment ça ? Changer le monde, tu veux dire ?

-         Pas le monde tout  entier, mais celui qui t’entoure… Si tu pouvais y changer quelque chose, ce serait déjà pas mal, non ? »

 

D’autres avis :

 

Aifelle, Saxaoul, Sophie  

 

Un jour, David NICHOLLS, Traduit de l'anglais par Karine Reignier. Belfond, 537p., 22€

 

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