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173 articles avec litterature europe

La petite lumière de Antonio MORESCO

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"La petite lumière sera comme une luciole pour les lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l'existence."

(Présentation de l'éditeur)

Un homme s'est retiré du monde dans un hameau abandonné. Il est le seul habitant du lieu entouré de montagnes et de forêts, loin du tumulte tonitruant du monde.

"Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant." 

Il a choisi sa solitude, et s'il retourne quelquefois vers la civilisation pour garnir son garde-manger, il revient rapidement vers son havre isolé. On ne connait pas ses raisons, ses motivations profondes, on imagine seulement... La nature gronde autour de lui et loin d'être un idéal de pureté et de beauté, elle renferme des dangers insoupçonnés, des tremblements de terre ébranlent sa maison, et chaque jour, tout autour de lui une vie inconnue grouille et l'effraie : "Pourquoi il y a tout ce sous-bois mauvais ?, je me demande. Qui essaie d'envelopper et d'effacer les arbres plus grands. Pourquoi toute cette férocité misérable et désespérée qui défigure toute chose ? Pourquoi tout ce grouillement de corps qui tentent d'épuiser les autres corps en aspirant leur sève de leurs mille et mille racines déchaînées et de leurs petites ventouses forcenées pour détourner vers eux la puissance chimique, pour créer de nouveaux fronts végétaux capables de tout anéantir, de tout massacrer ? Où je peux aller pour ne plus voir ce carnage, cette irréparable et aveugle torsion qu'on a appelée vie ?" p. 16

Comme un espoir, comme un havre de paix, l'homme observe tous les soirs une petite lumière qui s'allume sur le versant opposé de la colline. Nul hameau ne peuple cette colline, personne ne sait qui pourrait allumer cette petite lueur le soir, le mystère tremble autour d'elle. L'homme décide finalement d'aller explorer cet endroit. Il y rencontre un enfant. Seul. Etrange. Les deux êtres solitaires vont s'approcher, se frôler, échanger, partager un peu de leur vie pour mieux cheminer vers ailleurs...

Dans cette fable aux accents métaphysiques, rien n'est stable, à l'image des tremblements de terre qui secouent la colline du vieil homme. Les apparences sont trompeuses, il devient rapidement nécessaire de ne pas rester à la surface des choses pour espérer s'approcher de l'absolu. Dans une interview de la librairie Mollat, Antonio Moresco explique ce besoin de solitude  : 

"Parfois il faut faire le noir autour de soi et en soi et il faut faire silence pour entendre ce qu'on ne pourrait pas entendre dans le vacarme et la lumière éblouissante de notre époque."

La fin surprenante du récit encourage chaque lecteur à choisir sa propre interprétation, de la même façon que chacun perçoit le monde et son étrangeté différemment... La petite lumière rayonne en nous longtemps après les dernières pages tournées, cette petite fable "intime et secrète" crée un halo d'une lumineuse beauté...

 

Présentation de l'éditeur : Verdier 

D'autres avis : Télérama ;

Dominique ; Aifelle 

 

La petite lumière, Antonio Moresco, traduit de l'italien par Laurent Lombard, Verdier, 2014, 123 p., 14 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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Sucré, salé, poivré de Mary WESLEY

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

A 16 ans Hébé se retrouve enceinte, refusant de révéler le nom du père. Ses grands parents qui l'ont élevée décident que seul un avortement sauvera la face des conventions de leur milieu. La jeune femme refuse de se plier à ce plan hypocrite et s'enfuit. 

Nous la retrouvons dix ans plus tard, son fils Elias est pensionnaire dans un établissement chic et pour financer ses études Hébé est cuisinière chez de vieilles dames fortunées et également "courtisane".

Cette satire sociale de la société anglaise des années 70 est menée tambour battant, dans un rythme endiablé, tromperies diverses et variées, hypocrisie se cotoient joyeusement. Mais le fond du propos est plus grave qu'il ne semble, l'auteur nous enjoint à dépasser les apparences, car derrière le vernis social , les femmes crient et baffent les enfants, et vont même jusqu'à mordre les hommes. Portrait d'une femme libre qui s'assume, Sucré salé poivré propose un propos décalé sur le mariage : Hébé revendique une liberté sexuelle assumée, c'est elle qui mène la danse et décide de qui fera partie de son "syndicat", ainsi que du lieu et du moment des rencontres. Elle refuse le mariage et ses conventions, échaudée par son propre passé. Elle élève seule son fils, même si cela prendra du temps pour qu'elle se rende compte de ses erreurs, comme celle d'avoir choisi un pensionnat chic pour lui, peuplé d'élèves qui hantent les milieux hypocrites que Hébé a voulu fuir, adolescents qui vont à l'encontre des valeurs que cette mère libre veut inculquer à son fils.

La deuxième partie du roman se rapproche de la farce vaudevillesque avec des personnages qui ont des choses à se dire, des secrets à avouer, mais qui, par un malencontreux hasard, se manquent sans cesse. 

L'ensemble ne manque ni de charme ni de profondeur et c'est avec plaisir que nous suivons les aventures de cette Hébé émancipée, à l'image de son auteure à la vie mouvementée...

 

Présentation de l'éditeur : Editions Héloïse d'ormesson

D'autres avis : Cathulu ; Karine:); Mango

 

Sucré, salé, poivré de Mary Wesley, traduit de l'anglais par Michèle Albaret, Editions Héloïse d'Ormesson, juin 2015, 306 p., 22 euros

Publié dans Littérature Europe

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Trois fois dès l'aube de Alessandro BARICCO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Elle pensait à la mystérieuse permanence de l'amour, dans le tourbillon incessant de la vie." 

Dans son roman précédent Mr Gwyn, Alessandro Baricco mettait en scène un personnage anglo indien Akash Narayan qui écrivait un petit livre intitulé Trois fois dès l'aube. Alessandro Baricco a ainsi eu envie de donner vie à ce livre imaginaire, comme il l'explique dans une note liminaire. Les deux récits peuvent se lire indépendamment, ayant chacun leur autonomie.

Deux personnages se rencontrent à trois reprises à l'aube "mais chaque rencontre est à la fois l'unique, la première, et la dernière.", le temps est  distendu, les âges se confondent. La première rencontre a lieu dans le hall d'un hôtel entre un homme désoeuvré et une femme intrigante. De fil en aiguille, ils passent leur nuit à discuter, et l'homme se confie de plus en plus, dangereusement. La deuxième rencontre met en scène une jeune fille et son petit ami, toujours dans cet hôtel. Le réceptionniste discute avec la jeune fille revenue chercher des serviettes et l'enjoint rapidement à fuir cette vie qui ne semble pas lui convenir. Dans la troisième, une policière prend en charge un jeune garçon. 

L'aube est ce moment suspendu durant lequel tout est encore possible avant que la lumière cru ne voit le jour. Il est question de tout laisser tomber, de recommencer, ailleurs, mieux, de reconquérir sa liberté, de laisser le jour s'installer après la nuit. 

"Mais la femme dit que beaucoup de gens rêvent de recommencer à zéro, et elle ajouta qu'il y a avait là-dedans quelque chose d'émouvant, non de fou. Elle dit que presque personne, en réalité, ne recommence vraiment à zéro, mais qu'on n'a pas idée du temps que les gens consacrent à ce fantasme, souvent alors même qu'ils sont noyés dans leurs problèmes, et dans la vie qu'ils voudraient laisser tomber."

"On recommence à zéro pour changer de partie, dit-elle. On a toujours cette idée qu'on est tombé à la mauvaise table. (...) Comme je vous l'ai dit, ajouta-t-elle, changer de cartes est impossible on ne peut que changer de table de jeu."

Les rencontres se concentrent autour des choix que l'on fait ou que l'on ne fait pas, des actes passés et à venir... L'hôtel est un lieu de passage, un lieu de transit dans lequel on ne reste pas non plus, déjà tourné vers un ailleurs qui sera peut-être différent.

Dans une forme très dialoguée, théâtrale, Alessandro Baricco et son Demain dés l'aube s'interrogent sur la permanence des choses et nous installent dans la magie du maintenant. 

 

Présentation chez Gallimard 

Du même auteur : Novecento

D'autres avis : Télérama ; Les Echos 

LaureCryssilda 

 

Trois fois dès l'aube, Alessandro Baricco, traduit de l'italien par Lise Caillat, Gallimard du monde entier, février 2015, 128 p., 13.50 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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La parole contraire de Erri DE LUCA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Ouvre ta bouche pour le muet" (proverbes/Mishlé 31.8)

Erri De Luca a été mis en examen en septembre 2013 en raison d'une plainte portée par le LTF (Lyon Turin ferroviaire) société de construction de la ligne TAV (Train à grand evitesse) Turin Lyon en raison de phrases dites et publiées par le Huffington Post Italie. Il s'est en effet engagé auprès des militantsdu Val de Suse  "NO TAV" qui luttent contre le chantier de la TAV qui doit percer un tunnel permettant le passage du train. Elle implique, pour «gommer» les Alpes, le percement du plus long tunnel d’Europe : 57 km entre Haute-Savoie et Piémont. Les opposants contestent l’utilité publique de ce projet fondé sur des prévisions de trafic surévaluées, alors que la ligne existante est sous-exploitée. Ils dénoncent le coût exorbitant - passé de 12 milliards d’euros en 2002 à plus de 26 aujourd’hui - et soulignent que l’infiltration mafieuse parmi les entreprises sous-traitantes en Italie a été établie. Cette communauté montagnarde se bat contre le désastre environnemental annoncé : artificialisation des terres, tarissement des sources et multiples pollutions. «Le projet impose de creuser un tunnel dans une montagne truffée d’amiante et de pechblende, un matériau radioactif, expliquait Erri de Luca à Libération, en juin. La perforation va mettre à l’air libre ces matériaux»exposant ouvriers et habitants aux risques de cancers. (Source : Libération )

Danc cet article du Huffington Post il encourageait le sabotage de la TAV. 

Il s'explique dans ce pamphlet sur ses motivations, en revendiquant liberté d'expression et responsabilité de l'écrivain : "Telle est la raison sociale d'un écrivain, en dehors de celle de communiquer : être le porte-parole de celui qui est sans écoute." Inspiration ou incitation ? "Si la parole publique d'un écrivain est suivie d'actions, c'est un résultat involontaire et qui échappe à son contrôle." 

Il revendique la parole contraire, le droit de ne pas suivre la parole dominante : 

"Ce n’est pas seulement la liberté d’expression qui est attaquée en l’occurrence, c’est l’idée même d’une solidarité populaire contre l’oppression et l’invisibilisation qui est en ligne de mire." (Emmanuel Barot Il faut "condamner, par-delà les frontières et sans la moindre espèce ambiguïté, toute opération de répression des voix discordantes, véritable terrorisme de la réaction, et avoir le réflexe vital de se mobiliser et de mobiliser largement à cette fin."

Erri De Luca encourt 5 ans de prison et ne fera pas appel. Le lundi 21 septembre, le parquet italien a requis 8 mois de prison ferme en lieu et place des 5 ans annoncé. Le verdict définitif tombera le 19 octobre. 

"Notre liberté ne se mesure pas à des horizons dégagés, mais à la cohérence entre mots et actions." 

 

Du même auteur :  Trois chevaux  ;  Le jour avant le bonheur ; Le contraire de un Le poids du papillon En haut à gauche  ;  Montedidio 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

D'autres avis : Jérôme 

 

La parole contraire, Erri De Luca, Gallimard Hors série connaissance, traduit de l'italien par Danièle Valin, janvier 2015, 48 pages, 8 euros

 

Première participation pour le mois italien consacré aujourd'hui à Erri De Luca 

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L'ange de l'oubli de Maja HADERLAP

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Je suis fichée dans l'enfance comme un pieu dans une cour où on le secoue tous les jours pour vérifier qu'il supporte bien les secousses." p. 80

Maja Haderlap raconte l'histoire d'une fillette et de sa famille slovène dans les montagnes de Carinthie au lendemain de la seconde guerre mondiale. Chacun porte les stigmates de cette guerre qui a laissé des traces inaltérables : la grand mère a connu les camps de concentration et le père était partisan et est désormais dépressif. Comment se construire dans cet univers construit sur des fondations branlantes? 

"La guerre est un sournois pêcheur d'hommes. Elle a jeté son filet vers les adultes et le retient captifs avec ses débris de mort, son bric-à-brac de mémoire. Une seule petite imprudence, une brève baisse d'attention et elle resserre son filet.  (...) Elle surgit inopinément dans les phrases dites à la va-vite, tapie dans l'obscurité elle attaque." p. 75

L'histoire de ces slolvènes et de leurs rapports difficiles avec l'Autriche durant la seconde guerre mondiale est peu connue, et pour cause, le silence a été fait sur leur histoire. La Carinthie est pourtant un des neuf Lander de l'Autriche actuelle à la frontière de l'Italie et de la Slovénie. C'est une région biculturelle marquée par une double culture allemande et slovène, et un des seuls bastions autrichiens qui a organisé une résistance anti-hitlérienne. Cela s'explique par un conflit de nationalités hérité du XIX ème siècle. Pourtant, l'histoire amenuise et distord l'image des partisans slovènes alors que cette résistance est un élément constitutif de l'identité de ce peuple.  Il existe un "no man's land" entre l'histoire de l'Autriche telle qu'elle est proclamée et l'histoire effective. C'est ce gouffre dont souhaite témoigner l'auteur dans ce roman, à la recherche de sa propre identité :

"L'ange de l'oubli a dû oublier d'effacer de ma mémoire les traces du passé. Il m'a fait traverser une mer où flottaient vestiges et fragments. Il a fait s'entrechoquer mes phrases avec des ruines et des débris charriés par les eaux pour qu'elles se blessent, pour qu'elles s'affûtent. Il a définitivement chassé l'image de l'angelot accrochée au-dessus de mon lit. Je ne le verrai pas, cet ange. Il restera sans forme. Il disparaîtra dans les livres. Il sera un récit." p. 227

L'importance de la mémoire est primordiale pour cette écrivaine qui nous offre ici un témoignage poignant. 

Pourquoi seulement deux coeurs : Si l'enfance de la narratrice est romancée et emporte son lecteur dans cet univers peu connu, par la suite, le récit s'émousse pour devenir témoignage, et l'intensité, l'émotion s'en ressentent.

 

Présentation de l'éditeur : Métailié 

D'autres avis : Page  ; Micmag  ; Initiales  ; Electra ; Cathulu

 

L'ange de l'oubli, Maja Haderlap, traduit de l'allemand par Bernard Banoun, Métailié, août 2015, 240 p., 20 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Littérature Europe

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Chasse au trésor de Molly KEANE

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, après la mort de Sir Roderick, du patriarche du domaine de Ballyroden, le bilan n'est guère reluisant : les héritiers sont ruinés et doivent reconcer au champagne, aux courses, aux mets raffinés. Son fils Sir Philip décide de reprendre les choses en main et pour cela choisit une option qui se veut salvatrice : transformer le château en maison d'hôtes.

Aidé par sa fidèle cousine Véronica, il reçoit donc ses premiers hôtes, trois londoniens fortunés, un homme, sa soeur et sa fille qui veulent goûter au charme de la campagne irlandaise. Mais les autres habitants du château, Consuelo et Hercules, frères et soeurs de Sir Roderick, sont bien décidés à contrecarrer les projets de Philip et ils vont s'organiser pour tenter de chasser les nouveaux locataires et retrouver leur ancien train de vie dispendieux. Pour cela ils intercepteront les télégrammes, proposeront gentiment des bouillotes qui fuient aux locataires, se lieront d'amitié avec les souris et chatons envahissants, feront agoniser les feux de cheminée et soustraieront toute forme de biscuit appétissant. Consuelo et Hercules sont en effet deux adultes agissant comme des enfants, prenant plaisir à patauger dans les flaques pour faire enrager la gouvernante, et fomentant des plans fumeux pour s'échapper aux courses.

Envers et contre tout les locataires résisteront : Eustace est en effet fasciné par tante Anna Rose qui continue d'arpenter le monde en avion privé, recluse dans son univers. Elle soutient de surcroît qu'elle a caché des rubis dans la maison sans se souvenir de l'emplacement de la cachette, ce qui intrigue notre londonien. Quant à sa soeur Dorothy et sa fille Yvonne, elles ont formé des projets de mariage depuis qu'elles ont découvert que Sir Philip est répertorié dans l'annuaire de la noblesse et dans le Bottin Mondain. Yvonne va ainsi mettre beaucoup de bonne volonté pour s'intéresser au calendrier de gestation des animaux de la ferme pour espérer enserrer le bel noble héritier dans ses filets. 

Les personnages cocasses campés par Molly Keane illuminent ces pages vivifiantes. Une fraîcheur souffle sur ce château délabré au lendemain de la seconde guerre mondiale et le rythme endiablé de l'intrigue réchauffe une atmosphère humide d'Irlande hivernale. Molly Keane porte un regard ironique sur son monde : elle-même élevée dans une grande demeure isolée de la campagne irlandaise, son destin était tout tracé : « On attendait de moi que je remplisse mon rôle de jeune fille de la maison, prenne soin des vases de fleurs et m'estime heureuse de chasser à courre trois fois par semaine. » Pour lutter contre l'ennui, elle écrivit des petits romans charmants ainsi que des pièces de théâtre, d'abord en adoptant le pseudonyme de M. J. Farell. Elle porte un regard décalé et écrit ainsi des pages réjouissantes qui reflètent le plaisir d'écrire de leur auteur !

 

Présentation de l'éditeur : Quai Voltaire

Du même auteur : Fragiles serments

D'autres avis : Télérama ; Jérôme ; Clara

 

Chasse au trésor, Molly Keane, traduit de l'anglais (Irlande) par cécile Arnaud, Quai Voltaire,  mai 2014, 272 p., 14.98 euros

Publié dans Littérature Europe

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Loin de la foule déchaînée de Thomas HARDY

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Les femmes ne cessent de déplorer l'inconstance du sexe fort ; mais elles semblent se rire de sa fidélité." 

Gabriel Oak est un jeune paysan du Wessex, propriétaire d'une bergerie. Au détour d'un chemin, il rencontre la vaniteuse Bathseba Everdene, venue s'installer dans la région avec sa tante. S'il tombe rapidement sous le charme de la belle, celle-ci n'est guère réceptive aux avances du jeune berger. Elle est courtisée par William Boldwood, prospère exploitant et par le sergent Francis Troy. Par la suite, Gabriel et Bathseba sont amenés à travailler ensemble, dans la ferme de la jeune femme. Décidera-t-elle de se marier avec l'un d'eux ?

Le destin se joue des personnages qui le prennent alors à bras le corps pour rectifier la trajectoire de leur vie. Ainsi Bathseba tente de trouver sa place dans un monde masculin. Personnage duel, femme indépendante qui ne souhaite pas se marier, elle fait preuve d'une force rare à l'époque mais est également vaniteuse, soumise aux emportements de ses nerfs et de ses sentiments. Elle se veut indépendante mais aime savoir qu'elle est aimée et admirée, ce qui retournera certains coeurs sensibles...

 

Les habitants de cette contrée, incarnation de la campagne anglaise, vivent au rythme des saisons, de l'élevage, du labourage, et leur acharnement au travail est bien souvent exemplaire. Pour Gabriel l'amour n'est pas un but en soi, il accepte de rester dans l'ombre de sa condition pour veiller sur la femme de son coeur. Sa simplicité et son dévouement le rapproche des héros emblématiques de Thomas Hardy, dont la discrétion est signe de dignité et de fidélité.   

Si le barrage des classes sociales joue un rôle prépondérant dans l'intrigue, il se perd au détriment des intrigues amoureuses, et la réflexion était, me semble-t-il, plus aboutie à ce sujet dans Les forestiers

Loin de la foule déchaînée est un beau roman d'amour, sans doute incontournable, mais qui ne sera pas un coup de coeur pour moi.

 

Un conseil : ne lisez pas la quatrième de couverture qui en dit beaucoup trop ! Et je ne vous parle pas du communiqué de presse qui m'a gâché ma lecture !

Présentation ici  mais attention il présente l'argumentaire de presse en question.

 

D'autres avisDominiquePapillonMior ;  Dasola pour  le film 

 

Loin de la foule déchaînée, Thomas Hardy, traduit de l'anglais par Mathilde Zeys, postface de Thomas Vinterberg, Archi poche, mars 2015, 480 p., 7.65 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

 

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L'été solitaire de Elizabeth VON ARNIM

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Ne serait-ce pas délicieux, ne serait-ce pas merveilleux, un été de solitude ? Pendant des semaines, quel bonheur de se réveiller en sachant qu'on est à soi, rien qu'à soi et à personne d'autre ?"

Cet été Elizabeth décide de ne recevoir personne. Voilà trois ans qu'elle est installée à la campagne, à Nassenheide en Prusse, et elle souhaite profiter de son été pour observer "tout ce qui se passe dans mon jardin. (...) Les jours de pluie, je m'enfoncerai au plus profond des bois, là où les aiguilles de pin sont toujours sèches ; quand le soleil brillera, je m'allongerai dans la bruyère et observerai le flamboiement des genêts contre les nuages. Mon bonheur sera constant puisque personne ne sera là pour le troubler."  Son mari "L'homme en Colère", semble sceptique, persuadée qu'Elizabeth va rapidement s'ennuyer et réclamer à nouveau de la compagnie. Mais le jeune femme bénéficie déjà de compagnie triée sur le volet : ses compagnons sont ses auteurs fétiches : Jane Austen, Heine, Miss Mitford, Goethe, Ruskin, Lubboc, White, Thoreau bien sûr, Hawthorne, Montaigne, et tant d'autres à qui elle voue un amour sans failles : "Quelle bénédiction d'aimer les livres ! Tout le monde doit aimer quelque chose, et je ne connais aucun objet digne d'être autant aimé qu'un livre et un jardin." 

Elizabeth se promène jour et nuit dans son jardin, contemple le miracle de la nature, s'enivre du parfum des fleurs :

"Le calme et la beauté de ce matin paraissaient d'autant plus merveilleux que nous associons le jour au bruit des voix, au va-et-vient pressé des passants, à la monotonie du travail qui procure la nourriture nécessaire à notre survie, et aux repas qui permettent de reprendre le travail qui procurera la nourriture... Là, le monde avait les yeux grand ouverts mais n'appartenait qu'à moi. J'étais seule à respirer l'air pur, les parfums entêtants, à entendre le rossignol, à me réchauffer au soleil. Pas un mot déplacé, pas une manifestation d'égoïsme, rien qui ternisse la pureté miraculeuse de l'univers que Dieu nous a donné." 

Elle se fond dans le cycle de la nature, consciente de l'importance des saisons. L'hiver est en effet nécessaire pour "connaître la face sombre de l'existence." "Le thermomètre descend à moins vingt degrés Réaumur, et vous êtes obligé de descendre avec lui jusqu'aux vérités élémentaires."

Lovée dans son jardin, seule, Elizabeth rencontre finalement un bonheur calme et serein :

"D'ailleurs, il n'est guère de plaisir qui ne soit à la portée de tout un chacun. Allez vous promener dans la campagne, ou, plus simplement encore, installez-vous sur le seuil de votre porte et ouvrez les yeux La nature, la généreuse nature vous a préparé mille spectacles : les premières fleurs, encore toute pâles, qui apparaissent au milieu des halliers ; une anémone qui se détache contre le bleu du ciel ; la première neige en automne ; les grands vents qui chassent les derniers miasmes de l'hiver ; l'odeur chaude des pins -on croirait des mûres - lorsque le soleil les frappe, le premier soir de février assez beau pour qu'on s'aperçoive que les jours rallongent - derrrière les arbres sombres dont les branches, couvertes de gouttes de pluie, ressemblent à des rangs de perles, s'étend une bande de ciel couleur jaune pâle ; l'émotion douce qui vous saisit lorsqu'on comprend que l'hiver s'en est allé et que le printemps est là ; l'odeur des jeunes mélèzes, quelques semaines plus tard ; le petit bouquet de primevères que vous ne pouvez vous empêcher d'embrasser tant il est doux et beau et parfait, et aucun baiser au monde n'est plus délicieux."

Mais la guerre gronde et menace son fragile équilibre solitaire...

Elizabeth Von Arnim nous offre ici un petit précis d'hédonisme parfait pour l'été qui s'annonce !

 

L'été solitaire, Elizabeth Von Arnim, traduit de l'anglais par François Dupuigrenet Desroussilles, 10/18, 1991, 

 

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Jack Rosenblum rêve en anglais de Natasha SOLOMONS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"L'assimilation, là était le secret." 

Mon avis :

Jack Rosenblum est arrivé en Angleterre en 1937, devenu persona non grata dans son Allemagne natale. Il s'efforce depuis cette date de s'intégrer au mieux à la société anglaise, en suivant et rédigeant lui-même un guide complet des us et coutumes anglaises à respecter pour se fondre dans le paysage et devenir un parfait gentleman : discrétion, politesse, absence d'engagement politique, si possible ne plus lire les journaux allemands, manger de la marmelade, s'adapter à la météo pluvieuse.. Sa femme Sadie est attérée par cette volonté de gommer ses origines juives et elle reste profondément attachée à son passé et aux proches qu'elle a perdus. Seulement Jack se heurte à un obstacle : impossible pour lui d'intégrer un quelconque club de golf à Londres. Il décide alors de créer son propre club à la campagne, dans le Dorset.

Si Jack Rosenblum est relativement antipathique au début du roman, obnibilé par son assimilation au point de délaisser sa femme pas assez anglaise à son goût, il évolue au fil des évènement et gagne en humanité. Se laissant gagner par le charme de la campagne, il rencontre des cochons laiteux, danse avec sa femme au milieu des jacinthes sous la pluie, se fait des amis au charme nébuleux, et s'adapte finalement parfaitement à sa vie "au milieu des daims, des blaireaux et des cochons laiteux." 

"Ce soir, j'ai vu un feu follet. Je savais qu'il s'agissait d'une simple boule de lumère phorsphorescente, mais j'aurais aimé qu'elle soit magique ou mystique. Ne souhaiteriez-vous pas vivre dans un tel monde, monsieur Jones ? Un monde habité par la magie, et non pas le ciment et les pavillons ?" p. 220

Il retrouve peu à peu son identité perdue dans sa course à l'intégration

Un véritable enchantement que ce petit roman. conte de fée loufoque et savoureux !

J'ouvre ici une parenthèse pour remercier la blogo qui l'a mis sur ma route ! Après la lecture décevante du Manoir de Tyneford, tout le monde m'avait dit que celui-ci était bien meilleur, et je suis très heureuse d'avoir suivi leurs conseils avisés. Et merci au mois anglais et à Galéa qui m'ont poussée à le sortir de ma PAL.   

 

Présentation chez Le livre de poche

Du même auteur : Le manoir de Tyneford

D'autres avis : Kathel, Luocine, Keishales 8 plumes 

 

Jack Rosenblum rêve en anglais, Natasha Solomons, Le livre de poche, roman traduit de l'anglais par Nathalie Peronny, 2011, 429 p., 7.10 euros

 

Lecture commune autour de Natasha Solomons avec Galéa et Fleur dans le cadre du mois anglais. 

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Mary Anne de Daphné DU MAURIER

Publié le par Hélène

 ♥ ♥

"La malchance était un méchant lutin, il fallait lui cracher à la figure, la combattre, l'écraser ; la fortune était une proie à saisir et à ne plus lâcher ; la vie, une aventure, une alliée et non une ennemie."

Ce que j'ai aimé :

Mary Anne Clarke est la trisaïeule de l'auteure : sa fille, Ellen, épousa Louis-Mathurin Busson du Maurier et fut la mère du caricaturiste George du Maurier (1834-1896) et donc la grand-mère de la romancière Daphné du Maurier. Cette dernière nous conte la destinée hors du commun de cette courtisane renommée du fin XVIIIème, éprise de liberté et prête à tout pour mettre ses enfants à l'abri du besoin. 

Filles des rues, elle passe son enfance dans l'impasse de Bowling Inn à Londres, dans une famille modeste rapidement à court d'argent à cause des errances de son beau-père. Gamine intelligente et débrouillarde, la jeune Mary Anne espère des jours meilleurs et pense qu'en se mariant avec John, jeune héritier prometteur, elle pourra enfin sortir de la misère. Mais elle comprend  rapidement que son mari n'est pas le riche héritier talentueux qui lui promettait un avenir à l'abri du besoin, et malgré son attachement pour lui, elle cherche alors une autre voie vers son destin. C'est alors que l'opportunité de devenir une courtisane vendant ses charmes aux grands de ce monde se présente à elle. Et c'est ainsi qu'elle deviendra la maîtresse du duc d'York fils du roi et chef des armées britanniques en lutte contre Napoléon. Mais Mary Anne en veut toujours davantage, refusant de retourner au ruisseau en fonction des désirs aléatoires d'un homme...

Daphné Du Maurier nous offre un portrait vibrant et pathétique de cette femme victime de la condition féminine de son époque, une jeune femme prête à payer n'importe quel prix pour acquérir une certaine forme de liberté.

"Les matins avaient toujours le même parfum frais et excitant, et la mer de Boulogne étincelait comme jadis à Brighton. Elle quittait ses souliers, sentit le sable sous ses pieds nus, l'eau entre ses orteils. "Mère !" s'écriaient les vierges et vestales accourues en agitant leurs ombrelles... mais c'était cela, la vie, cette exultation soudaine, cette joie sans cause qui vous animait le sang, à huit ans comme à cinquante-deux. Cela s'emparait d'elle à présent comme toujours, flot ardent, griserie. Ce moment compte. Ce moment et pas un autre." p. 403

Ce que j'ai moins aimé :

Le premier chapitre présente la fin de la vie de Mary Anne et des êtres qui l'ont aimée, ce qui dévoile déjà certains aspects de son histoire... Je n'apprécie pas tellement ce prodécé qui fait commencer par la fin.

De nombreux détails financiers alourdissent le récit et l'épisode du procés est très long !

Présentation de l'éditeur :

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Rebecca

Autre : Les forestiers de Thomas Hardy

D'autres avis :

Lu dans le cadre du mois anglais, ce jour était consacré à la romancière Daphné du Maurier

 

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