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litterature europe

Cette sacrée vertu de Winifred WATSON

Publié le par Hélène

Miss Pettigrew est une vieille fille pauvre qui cherche un emploi de gouvernante. Elle est envoyée par une agence de placement chez Miss Lafosse pour s'occuper de ses enfants. Miss Pettigrew, l'incarnation même de la vertu rencontre alors une Miss Lafosse en déshabillé vaporeux. Elle apprend que la jeune chanteuse de cabaret est entretenue par Nick un homme brutal, flirte avec Phil pour être engagée dans son spectacle et apprécie bien Michel qui, lui, ne lui apporterait rien. De fait, les hommes défilent dans l'appartement, mais point d'enfants à l'horizon... Miss Pettigrew s'inquiète, mais les heures défilant, sa présence s'avère tout de même indispensable... L'alliance de cette femme moderne et de cette vieille fille vertueuse fait des étincelles, et commence alors une journée mémorable qui changera la vie des deux futures amies !

"Jamais personne ne lui avait parlé comme ces gens-là, qui ouvraient leur coeur au premier mot et qui, surtout, la regardaient, non comme une étrangère dont on se méfie, mais comme un membre du clan. Ils l’adoptaient, quoi. Ils l’adoptaient d’emblée. C’étaient des gens qui ne s’intéressaient ni à votre rang social, ni à votre famille, ni à l’importance de votre compte en banque. Ils vous voyaient : « Bonjour, comment allez-vous ? » Et ça venait du fond du coeur. On communiquait avec ces gens-là, on ne se sentait pas seul. Miss Pettigrew ne se sentait plus seule et, en même temps, elle s’apercevait qu’elle l’avait été, jusque-là, à un point qu’elle n’imaginait même pas.
Pendant des années, elle avait vécu chez des étrangers qui la toléraient tout au plus. Quelques heures seulement après être arrivée chez Miss Lafosse, elle s’y sentait comme chez elle. On l’acceptait, on lui parlait, on lui faisait des confidences. Cela lui réchauffait le coeur."

Que de fraicheur dans ce petit roman anglais datant de 1938 ! Miss Pettigrew laisse voler en éclats un à un tous ses principes, elle se détache de ses carcans qui ne l'ont menée qu'à la solitude et décide de laisser la vie la mener vers des lendemains qui chantent. Un petit régal !

 

D'autres avis : Martine

 

Cette sacrée vertu, Winifred Watson, 10-18, octobre 2016, 5.80 euros

Et voici ma première participation au mois anglais organisé par Lou et Cryssilda  !

 

Publié dans Littérature Europe

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Le mois anglais 2018

Publié le par Hélène

Le mois anglais organisé par Lou et Cryssilda revient en ce mois de juin ! Je participe avec plaisir tant j'aime son atmosphère et les belles découvertes qu'il promet !

En 2015 j'avais eu trois coups de coeur : Jack Rosenblum rêve en anglais de Natasha Solomons ; Les forestiers de Thomas Hardy et L'été solitaire de Elizabeth Von Arnim

En 2016 Les filles de Hallows Farm de Angela Huth ; Nord Sud de Elizabeth GASKELL

; La chute du British Museum de David Lodge ;

En 2017 La promenade au phare de Virginia Woolf ; Le dimanche des mères de Graham Swift

Si vous le souhaitez, voici d'autres coups de coeur

 

Pour cette année voici  le programme commun :

- LC Jonathan Coe (idéalement Testament à l'anglaise) : 1er juin

- Album jeunesse avec le challenge Je lis aussi des albums de Sophie Hérisson : 2 juin

- Cuisine anglaise avec les Gourmandises de Syl : 3 juin

- Roman policier (choix libre) : 4 juin

- RDV SF / fantasy / surnaturel (roman ou BD avec fantômes, vampires, sorcières...), adulte ou jeunesse : 5 juin

- La région anglaise de votre choix à l'honneur: 6 juin

- Lecture en VO : 7 juin

- Recueil de nouvelles au choix : 8 juin

- Album jeunesse avec le challenge Je lis aussi des albums de Sophie Hérisson : 9 juin

- Cuisine anglaise avec les Gourmandises de Syl : 10 juin

- OU Bord de mer (roman, film, photos... n'importe où sur la côte anglaise) : 10 juin

- Journée victorienne (films, romans, écrits à l'époque ou se déroulant sur la période) : 11 juin

- Let's meet Agatha - soit Agatha Frost (Peridale Café), Agatha Raisin ou Agatha Christie : 12 juin

- Rendez-vous au campus (campus novel, film, photoreportage oxbridgien...) : 13 juin

- Roman jeunesse : 14 juin

- Read-a-thon sur 3 jours : du vendredi 15 juin (00h01) au dimanche 17 juin (23h59)

- Album jeunesse avec le challenge Je lis aussi des albums de Sophie Hérisson : 16 juin

- OU Un roman de J.P. Delaney (La Fille d'avant...) : 16 juin

- Cuisine anglaise avec les Gourmandises de Syl : 17 juin

- Jane Austen (livre de l'auteur, adaptation TV, biopic, livre sur Jane Austen etc) : 18 juin

- OU Un vintage classic (début xxe aux 70's) - Mitford, Waugh, Sackville West... : 18 juin

- Ghost story (livre/film/série ; Ghost tour si vous y avez participé) : 19 juin

- Anna Hope : 20 juin

- Ironie et humour anglais (roman ou nouvelle au choix) : 21 juin

- Susan Hill : 22 juin

- Album jeunesse avec le challenge Je lis aussi des albums de Sophie Hérisson : 23 juin

- Cuisine anglaise avec les Gourmandises de Syl : 24 juin

- Roman historique : 25 juin

- Kate Morton : 26 juin

- OU Un classique (XIXe ou avant) : 25 juin

- Hommage aux suffragettes : 27 juin

- Virginia Woolf (livre de l'auteur, adaptation TV, biopic, biographie) OU Cercle littéraire woolfien incluant Vita Sackville-West, E.M Forster, TS Eliot... :  28 juin

- Peter Ackroyd : 29 juin 

Rois, reines, princes et princesses d Angleterre (ça va du livre historique au roman en passant par des reportages sur des châteaux royaux, votre collection d'assiettes royal family et vos avis sur les robes des mariages royaux depuis la superbe meringue so 80's de lady Di) : 30 juin

Ce programme est bien sûr indicatif, vous pouvez participer à un ou plusieurs rendez-vous ou librement suivre vos envies tout au long du mois, à votre convenance.

Pour ma part mais mon programme reste ambitieux, je ne suis pas certaine de m'y tenir :

J'ai abandonné mon Jonathan Coe (Testament à l'anglaise prévu pour le Blogoclub) (trop d'ennui) et je l'ai remplacé par un petit livre exquis sur une vieille fille qui s'encanaille... J'ai découvert aussi avec plaisir Anna Hope.

J'ai tenté un policier dont j'avais lu beaucoup de bien dans une sélection du magazine Elle, mais j'ai été déçue.

Je suis donc revenue aux bons vieux classiques et me suis délectée d'un Thomas Hardy et d'un Wodehouse. Je compte continuer avec Agatha Christie, Jane Austen, Virginia Woolf et David Lodge. J'ai ressorti aussi de ma PAL de la poésie pour l'occasion.

A ce vaste programme, j'ai rajouté Le récital des anges de Tracy Chevalier pour la journée suffragettes, et Le maître des illusions de Donna Tartt pour la journée au campus, et une découverte de ce livre dont j'entends beaucoup parler : Ecoute la ville tomber...

Et vous qu'avez vous prévu ?

 

Publié dans Littérature Europe

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La meilleure des vies de JK ROWLING

Publié le par Hélène

Qu'est ce qu'une vie réussie ? J. K. Rowling, invitée à prononcer le fameux discours de remise des diplômes aux étudiants de Harvard en 2008, s'est posée la question face à ces jeunes promis à un bel avenir. En revenant sur son parcours, elle est sortie des chemins battus pour leur proposer une belle leçon de vie, inspirée de son propre parcours.

Rappelons qu'avant de devenir cette auteure mondialement connue, J. K. Rowling a connu des épisodes douloureux dans sa vie de jeune mère : après son divorce, alors que sa fille n'était âgée que de deux ans, elle est contrainte de retourner vivre chez sa soeur à Edimbourg et connait alors une période de grande précarité. Elle l'évoque ici, en montrant à ces jeunes privilégiés, combien l'échec a su la forger, en lui apprenant à se trouver et à inventer son destin : "Il permet de vous dépouiller de tout ce qui n'est pas essentiel. J'ai abandonné toutes les prétentions qui m'éloignaient de moi-même, et j'ai commencé à consacrer toute mon énergie au seul projet qui me tenait véritablement à coeur. Si j'avais connu le succès, dans tel ou tel domaine, je n'aurais peut-être jamais trouvé la détermination nécessaire pour réussir dans la seule arène où j'étais persuadée d'avoir ma place. (...) Ainsi, c'est en touchant le fond que j'ai trouvé le socle sur lequel rebâtir mon existence." 

Dans ce discours, elle insiste aussi sur le pouvoir de l'imagination :

"Nous n'avons pas besoin de magie pour transformer notre monde ; nous portons déjà en nous tout le pouvoir dont nous avons besoin : nous avons le pouvoir d'imaginer mieux."

A l'heure où la réussite est devenue une idée fixe, ce texte ne peut qu'être inspirant...

90% des bénéfices de la vente du livre sont redistribués à l'association Lumos, créée par JK Rowling pour venir en aide aux enfants défavorisés.

 

Présentation de l'éditeur : Grasset

D'autres avis : découvert grâce à Galéa ; Caroline

 

La meilleure des vies, JK Rowling, traduit de l'anglais par Pierre Demarty, Grasset, 2017, 73 p., 12 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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L'amie prodigieuse tome 4 L'enfant perdue de Elena FERRANTE

Publié le par Hélène

Elena prend sa liberté, quitte à laisser derrière elle ses deux filles Dede et Elsa. Désapprouvée par ses proches, elle tente de croire en son histoire avec Nino, quand Lila la réclame. Lena retourne donc à Naples, ville qui constitue un personnage à part entière, plus que simplement une toile de fond...

"Etre né dans cette ville - écrivis-je même une fois, ne pensant pas à moi mais au pessimisme de Lila - ne sert qu'à une chose : savoir depuis toujours, presque d'instinct, ce qu'aujourd'hui tout le monde commence à soutenir avec mille nuances : le rêve de progrès sans limites est, en réalité, un cauchemar rempli de férocité et de mort."

Le souffle romanesque est toujours  aussi puissant dans cette saga centrée sur l'amitié des deux jeunes femmes pendant plus de 40 ans... Entre amitié et haine, les sentiments forts qui relient Elena et Lila s'accentuent quand elles vivent leur dernière grossesse ensemble. Les cartes se brouillent alors encore davantage. Leur amitié évolue sur un fil tendu, puis brusquement inextricablement emmêlé, au point qu'il sera difficile de le démêler...

"Tout rapport intense entre des êtres humains est truffé de pièges et, si on veut qu'il dure, il faut apprendre à les esquiver."

Ce que j'ai moins aimé :

- Dans ce tome, la grande histoire est quelque peu mise de côté, ce quatrième tome, comme le premier, étant plus centré sur la relation entre les deux amies, et surtout sur les états d'âme assez égocentriques de Léna.

- La fin de cette saga est assez sombre, voire même glauque par moments...

Bilan :

Une petite déception pour cette fin !

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur :

Tome 1 ,

Tome 2 Le nouveau nom,

Tome 3 Celle qui fuit celle qui reste

D'autres avis : Les Inrocks ; Télérama

 

Storia della bambina perduta, traduit de l’italien par Elsa Damien, éd. Gallimard, 560 p., 23,50 €.

Publié dans Littérature Europe

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Terres promises de Milena AGUS

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Il a la nostalgie d'un autre monde. D'un monde parfait. On en souffre tous. Et puis on s'adapte."

Chacun cherche au fond de son coeur et de son âme cette terre promise sur laquelle il est enfin possible de trouver sa place. Pour Raffaele, originaire de Sardaigne, elle est sur le continent, mais sa femme Ester ne trouve pas sa place là-bas, alors qu'elle était la première à vouloir partir. Ils retournent finalement au pays, et c'est là-bas qu'ils élèveront Félicita, leur fille. Celle-ci s'amourache d'un voisin, et met au monde Gregorio, drôle de petit bonhomme qui trouve sa voie dans la musique. Malgré les épreuves qui jalonnent leur parcours, Félicita continue à croire au bonheur et à la bonté des humains. Elle s'adapte, faisant feu de tout bois : "Puisque personne ne la trouve jamais, cette terre promise, pourquoi ne pas s'arrêter en route, dès qu'on arrive quelque part où on se sent bien."

Avancer la tête haute, en portant en son sein l'amour des siens, telle est sa terre promise...

"Sa grand-mère avait compris que la terre promise n'était somme toute pas si éloignée de l'endroit où elle avait passé sa vie, et qu'au fond il suffisait d'un petit effort pour franchir les bornes de son univers familier et accéder à un monde extraordinaire, juste à côté."

Cette "stratégie pacifique" portera ses fruits car quelquefois chez Milena Agus, le bonheur est possible en prenant conscience de ses propres limites ...

 

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

Du même auteur : Battements d’ailes ♥ ♥ ♥ ; Quand le requin dort ♥ ♥ ♥ ; Sens dessus dessous ♥ ♥ ♥ ♥ 

D'autres avis : Télérama

 

Terres promises, Milena Agus, traduit de l'italien par Marianne Faurobert, mars 2018, 176 p., 15 euros

 

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Ör de Audur Ava OLAFSDOTTIR

Publié le par Hélène

  ♥ ♥

"On essaie de faire de son mieux, dit-elle. En tant qu'être humain."

Jonas Ebeneser est un homme à bout. Il sait qu'il ne peut attendre de réconfort ni de sa mère, devant sénile de jour en jour, ni de son ex-femme, ni de sa fille, dont, il vient de l'apprendre, il n'est pas le père génétique. Cherchant le meilleur moyen de se supprimer, et après avoir envisagé plusieurs options insatisfaisantes, il décide de se rendre dans un pays ravagé par la guerre, avec comme seule arme, sa caisse à outils et sa perceuse... Enfermé dans sa douleur, il appréhende le monde différemment dans ce pays ravagé où chacun a été touché par la perte d'un proche. L'urgence de la mort qui l'avait saisi s'éloigne peu à peu, remplacée par l'humanité, l'entraide et le réconfort.

"Les gens ont des rêves simples, m'avait dit Svanur. Ne pas tomber sous une balle perdue et rester vivant dans la mémoire de leurs enfants." p. 112

Il côtoie là-bas des hommes et des femmes qui, malgré la mort qui rode, continuent d'aimer, de vivre, de survivre, envers et contre tout. Ör veut dire “cicatrices” en islandais, "Le terme s'applique au corps humain, mais aussi à un pays, ou un paysage, malmené par la construction d'un barrage ou par une guerre. Nous sommes tous porteurs d'une cicatrice. (...) Or dit que nous avons regardé dans les yeux, affronté la bête sauvage, et survécu." (Note de l'auteur)

Vivre avec des cicatrices est possible, et c'est ce miracle quotidien de l'existence que connait cet homme qui s'en va, en quête de réparations.

Tels le nymphéa qui s'épanouit sur la poitrine de Jonas, les mots de Audur Ava Olafsdottir trouvent leur chemin pour se fixer durablement sur notre coeur de lecteur...

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

Du même auteur :  Rosa candida ♥ ♥ ♥ ♥ ;  L’embellie  ♥ ♥ ♥ ; L'exception ♥ ♥ ♥ ♥ ; Le rouge vif de la rhubarbe ♥ ♥ ♥ 

D'autres avis : Jostein ; Cathulu ; Kathel ; Cuné ; Laure ; Jostein

 

Ör, Audur Ava Olafsdottir, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, Zulma, octobre 2017, 240 p., 19 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

Publié dans Littérature Europe

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L'usage du monde de Nicolas BOUVIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Eté 1953 Nicolas Bouvier, un jeune homme de 24 ans décide de quitter Genève et son université pour se lancer dans un voyage aux confins de la Turquie. Il vise la Turquie, l'Iran, Kaboul puis la frontière avec l'Inde. Il est accompagné dans son périple par Thierry Vernet, un ami dessinateur. Durant six mois les deux amis parcourent les Balkans, l'Anatolie, l'Iran puis l'Afghanistan à la rencontre des populations. Pour pourvoir à leurs besoins en gagnant l'argent nécessaire, Nicolas Bouvier écrit des articles, fait des conférences ou donne des cours, tandis que son acolyte vend ses peintures.

La population les accueille souvent avec plaisir et ils partagent ainsi des moments conviviaux marquants :

"Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les cailles et les perdrix s'en mêlent ... et on s'empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot "bonheur" paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive.

Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence,ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur."

Leur périple est aussi l'occasion de connaitre des situations cocasses : un jour par exemple, alors qu'il photographie une mosquée, Nicolas Bouvier sent quelque chose qui se presse contre sa joue, "J'ai pensé à un âne - il y en a beaucoup ici, et familles, qui vous fourent le museau sous l'aisselle - et j'ai tranquillement pris ma photo. Mais c'était un vieux paysan venu sur la pointe des pieds coller sa joue contre la mienne pour faire rire quelques copains de soixante-dix-quatre-vingts ans. Il est reparti, plié en deux par sa farce ; il en avait pour la journée." Une autre fois, lors d'une promenade ils entendent des chocs répétés. Ils arrêtent la voiture pensant à un souci mécanique,  mais le bruit ne cesse pas. "On alla voir derrière le talus qui borde un côté de la piste, la plaine était noire de tortues qui se livraient à leurs amours d'automne en entrechoquant leur carapace."

Les jeunes hommes ne sont pas épargnés par les aléas liés aux voyages, le froid mordant, la faim, les maladies, mais ces mauvaises expériences donnent d'autant plus de valeur aux détails qui suivent : un repas frugal constitué de pain chaud, de fromage de brebis et d'un thé se savoure avec délectation.

Ce récit qui serpente doucement sur les pistes installe doucement le lecteur dans un champ hors-temps, loin des contingences quotidiennes, à la rencontre d'êtres uniques qui livrent leurs expériences et leur culture avec bienveillance et tendresse. Un beau récit aux pages lyriques poignantes !

 

Présentation de l'éditeur : Editions La Découverte

 

L'usage du monde, Nicolas Bouvier, Dessins de Thierry Vernet, Editions La découverte, mars 2014, 432 p., 11 euros

 

Lu dans le cadre du Blogoclub organisé par Amandine et Florence et consacré aujourd'hui aux récits de voyage. Le livre retenu était Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON, que j'avais déjà lu.

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Plus haut que la mer de Francesca MELANDRI

Publié le par Hélène

♥ ♥

Paolo et Luisa sont à bord du même bateau qui les emmène sur l'Ile sur laquelle est située la prison de haute sécurité dans laquelle sont emprisonnés leurs proches. Le fils de Paolo a été condamné pour actes terroristes, quand le mari de Luisa, un homme violent, a tué deux hommes. A l'issue de la visite, le mistral empêche le bateau de quitter l'île, obligeant Luisa et Paolo à dormir sur place, logés et surveillés par le gardien Nitti Pierfrancesco. Une étrange complicité se lie alors entre les trois protagonistes en ce lieu alliant violence de l'univers carcéral et beauté de la nature.

"Il repensa aussi à toutes les choses vues aujourd'hui dont il n'aurait su dire le nom. Les drôles d'oiseaux au corps ramassé qui scrutaient l'eau pendant que Nitti pêchait. La grande variété d'arbres qui bordaient le chemin de terre. Les rochers de consistance et de couleur si différentes."

Luisa et Jacob sont deux personnes très seules, elle est seule à élever ses cinq enfants et à s'occuper de sa ferme, et lui a perdu sa femme peu de temps après l'arrestation de son fils. Nitti, quant à lui, s'éloigne de sa femme, il est gagné peu à peu par ce métier qui aliène l'humanité des hommes et a honte de ce qu'il devient. Ensemble, ils effectuent un voyage vers la lumière, vers l'humanité et la joie grâce aussi à la beauté de l'île.

L'île d'Asinara, http://www.gusto-arte.fr/

Par le biais de ces beaux personnages, Francesca Melandri  met en lumière l'impact de la prison vu de l'extérieur, du point de vue de ceux qui sont libres, gardiens carcéraux, ou famille des détenus. Au-delà de cet univers, elle nous parle de ces rencontres subtiles, inattendues et pourtant tellement puissantes que leurs vagues sismiques n'en finissent pas de se faire ressentir dans les âmes...

Ce que j'ai moins aimé : un peu trop court à mon goût, j'aurais aimé que quelques passages poétiques soient développés

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Babélio

 

 

Plus haut que la mer, Francesca Melandri, Folio,Trad. de l'italien par Danièle Valin,  mars 2016, 224 p., 7.25 euros

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Le royaume des oiseaux de Marie GAULIS

Publié le par Hélène

♥ ♥

Marie américaine mariée avec un français vole au-dessus de ce qui a été, légère comme un oiseau, elle observe le château qui tombe en ruines, la chapelle qu'elle a faite construire et, par-delà la mort, elle revient sur ce passé qui l'a forgée.

Mariée jeune à un ami de son père, elle a surtout été choisie pour son rang et sa fortune, son mari Max ancré dans le souvenir d'une jeune épouse morte prématurément. Max a tendance à se couper de sa famille, se réfugiant alors dans la nouvelle salle de bains, installée par Marie.

Au-delà des dissensions et des incompréhensions, seuls les lieux restent immuables, juste altérés par le temps qui passe, quand les âmes des défunts, elles, flottent, désoeuvrées au-dessus des propriétés abandonnées. Ces propriétés ancrées sur le seuil savoyard ne signifient plus rien pour les nouvelles générations et leur perte résonne aussi comme la perte de tout un monde. Mais l'héritage immatériel signifie au-delà des murs : " "Nous transportons avec nous, où que nous soyons, des traces visibles de toute cette accumulation, dispersée certes, parfois vendue, perdue ou volée, mais tout de même, il nous reste un héritage, anachronique, inutile, en partie immatériel, pesant et rassurant." p. 78

Restent des lieux, des atmosphères, des pierres fidèles aux siècles :

"Les bassins sont toujours là, j'imagine que l'eau y coule, la précieuse eau des fontaines, et que les nymphes viennent s'y baigner sous le regard distant et amusé des ancêtres, qui ne sentent plus aucun poids sur leurs épaules : tout s'est évaporé sauf la permanence ancienne et chaque jour rafraîchie des buis, des houx, des hêtres et du lierre." p. 125

Ce que j'ai moins aimé : Ce roman est assez déstabilisant concernant la narration : il n'est pas toujours simple de deviner qui parle, un à un les aïeux prennent la parole, venus de l'au-delà mais leurs paroles flottent presque immatériellement, tellement fantômatiques que l'on ne parvient plus à deviner qui ils sont.

Bilan : Par sa poésie et la richesse de son style, Marie Gaulis rend hommage aux vestiges d'un monde ancien qui s'efface peu à peu dans les arcades du temps.

 

Présentation de l'éditeur : Zoé éditions

D'autres avis : Babelio

 

Le royaume des oiseaux, Marie Gaulis, Zoé éditions, janvier 2016, 128 p., 14.50 euros

Lu pour Un mois un éditeur

 

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Les huit montagnes de Paolo COGNETTI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"C'est dans le souvenir que se trouve le plus beau refuge"

Pietro est un enfant de la ville qui passe chaque été à la montagne. Il arpente les sentiers aux côtés de son père, un de ces êtres taiseux qui se livrent parfois au détour d'une promenade. Ses parents décident de s'établir chaque été à Grana, un petit village de la vallée d'Aoste.  Dans ce cocon naturel, à onze ans, Pietro rencontre Bruno, un montagnard de souche qui l'initie aux secrets de sa montagne. Les deux enfants deviennent amis, reliés par cet amour inconditionnel pour les torrents, les alpages et les glaciers.

Plusieurs années plus tard, les liens entre le père et le fils se sont distendus, Pietro a erré entre ville et voyage, et c'est auprès de Bruno qu'il vient se ressourcer pour, peut-être, se réconcilier avec le souvenir de ce père disparu, car "Il n'y a rien de mieux que la montagne pour se souvenir."

Il marche alors littéralement sur les traces de son père, arpentant une montagne que déserte un par un les hommes, descendant dans la vallée pour s'établir. Dans cette atmosphère aérienne, les montagnes apparaissent comme une évidence pour certains.

Avec humanité et bienveillance, Paolo Cognetti nous parle de la vie comme elle va, cahin caha, il évoque les choix quelquefois aléatoires, et derrière la façade qui se fissure, la vie, la passion, l'identité. Bruno le souligne à plusieurs reprises il n'aurait pas pu être quelqu'un d'autre qu'un montagnard, il ne pouvait pas aller à l'encontre de ce qu'il était, profondément. En cet être de la montagne, une once d'absolu irradie, en lui rayonne la pureté et l'intégrité inhérente à ces paysages qui ne trichent pas. La montagne se révèle alors comme un apprentissage, à chacun de trouver sa hauteur, l'endroit précis où il souhaite s'établir et vivre, pleinement, tranquillement.

 

Présentation de l'éditeur : Stock

Du même auteur : Le garçon sauvage

D'autres avis : Nicole ; Télérama ; Audrey

Vous aimerez aussi : Ma rencontre avec l'auteur

 

Les huit montagnes, Paolo Cognetti, traduit de l'italien par Anita Rochedy, Stock, 298 p., 21.50 euros

Merci à l'éditeur.

 

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