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173 articles avec litterature europe

Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin WOOD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

Un roman hypnotique

Ce que j'ai aimé :

Le jour où Oscar est irrémédiablement attiré par la musique d'une orgue qu'il entend en passant devant la chappelle de King's College, il ne se doute pas que cette mélodie va bouleverser son univers. Attisé par la musique, il entre dans l'église, comme subjugué, de la même façon qu'il entre dans la vie de Iris et Eden Bellwether. Il tombe en effet sous le charme d'Iris et est conquis également par la musique et par les théories de son frère, un personnage fascinant. Mais il va rapidement s'apercevoir que cet être à part est sur le fil qui relie raison et folie. Oscar est son inverse, un garçon normal, ancré dans la vraie vie, avec un travail utile auprès des personnes âgées, loin des envolées universitaires auxquelles sont habitués ses nouveaux amis de Cambridge réunis autour de Eden.

Eden suit en effet les thèses du musicien Mattheson pour qui la musique peut manipuler et pousser les auditeurs à ressentir ce qu'on veut qu'ils ressentent. Musique et émotions seraient intimement liées. "Si je te disais qu'il n'y a des musiques qui rendent heureux, et d'autres qui rendent triste, tu ne serais pas en désaccord avec moi ?" p. 61

Le champ des possibles s'ouvre alors pour le jeune Eden qui enjoint ses camarades à abandonner la rigidité de la science pour explorer de nouveaux territoires, des façons de penser différentes, pouvant conduire à des découvertes. "On a besoin de croire en la science et de croire que la science n'a pas réponse à tout. Même les scientifiques doivent être ouverts au miracle." p. 237

Mais la cloison entre génie et folie est fragile et Eden risque à tout moment de vaciller, entraînant les autres dans sa chute. 

Benjamin Wood écrit là un roman grandiose, magnifique réflexion sur ce "fol espoir", cet appel insensé vers la vie : "en période de grande angoisse et de deuil, la chose la plus précieuse qu'on puisse posséder est une lueur d'espoir, quand bien même cet espoir serait sans aucun fondement." p.485

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

ZUlma 

D'autres avis :

YvesSandrinePapillon ; LaureClaraKathelSéverine 

Télérama L'express 

 

Prix roman fnac 2014.

 

Le complexe d'Eden Bellwether, Benjamin Wood, traduit de l'anglais (RU) par Renaud MorinZulma, 2014, 23.50 euros

Publié dans Littérature Europe

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Karitas tome 1 L'esquisse d'un rêve de Kristin Marja BALDURSDOTTIR

Publié le par Hélène

                          

♥ ♥ 

Ce que j'ai aimé :

Au début du XXème siècle, Steinunn, la veuve d'un pêcheur disparu en mer décide de quitter l'Ouest de l'Islande pour le nord, afin de permettre à ses six enfants de faire des études. Sa force de caractère, sa volonté d'offrir à sa progéniture un avenir autre que celui de pêcheur marqueront l'âme et le coeur de ses enfants. 

"Elle perd son homme en mer et s'arrache alors à ses racines avec six enfants pour leur faire faire des études. Fait le tour du pays avec eux couchée dans une cale sombre, mais finit par atteindre sa destination, nettoie du poisson, tricote des sous-vêtements et réussit à envoyer tous ses enfants à l'école. Elle n'a jamais perdu de vue la tâche qu'elle s'était fixée, cette femme. Ils ont toujours été rudes, les gens des Fjords de l'Ouest."

Parmi ces enfants, Karitas grandit en assurant dans un premier temps l'entretien de la maison pendant que ses frères et soeurs suivent leurs études. Mais son destin va lui permettre à elle aussi de partir pour l'école renommée des beaux-arts à Copenhague. Elle en reviendra transformée, habitée par l'art, et bien décidée à consacrer sa vie à sa passion, loin des contingences habituelles des femmes. Parviendra-t-elle à s'élever au-dessus de la condition des femmes, qui à cause des enfants et de la vie domestique ne sont jamais libres de faire ce qu'elles veulent réllement ?

"Elle s'assit comme condamnée à mort et se demanda si elle avait toute sa raison, après tout son esprit était-il tourné vers l'art, ou existait-il des artistes qui pensaient aux cordes à linge ? Des hommes et des femmes pouvaient-ils être de véritables artistes si leur esprit n'était pas constamment au pouvoir de l'art ?"

Lovée dans une nature tour à tour merveilleuse et oppressante, peuplée d'elfes et de trolls, Karitas tente de peindre le chaos qui résonne en elle. Elle est vouée à la solitude comme toutes les femmes de marins qui voient leurs hommes partir pêcher toute la saison, sans savoir si celui-ci reviendra tant la mer garde quelquefois les hommes pour les couver en son sein. Il lui faudra faire corps avec cette nature pour découvrir sa vérité lors de l'ascension d'une montagne lui permettant d'ouvrir son esprit et de se détacher des contingences terrestres. 

Cette saga islandaise emporte le lecteur aux confins du monde et de l'âme, là où la conscience vacille soudain pour basculer vers la lumière ou les ténèbres. Seul l'art permet alors de dompter une réalité qui se dérobe. 

« La matinée est bien avancée. La lumière ensommeillée se glisse par la fenêtre à l'est, paresseuse au plus sombre de l'obscurité hivernale. Je suis seule dans la petite chambre. Ecoute, n'entends rien d'autre que les cris des oiseaux de mer. J'ai le sentiment d'être abandonnée. Me lève en sursaut, me précipite en chemise de nuit dans la cour herbeuse. L'océan s'ouvre devant moi aussi loin que porte le regard. »

L'esquisse d'un portait de femme lumineux se dessine pages après pages.. 

               

Source : Géo

Ce que j'ai moins aimé :

Les personnages sont quelquefois caricaturés, entre Sigmar qui représente l'homme par excellence, tellement beau et fort que les femmes ne peuvent qu'être troublées en sa présence, Karitas est souvent exaspérante, facilement égoïste, enfant gâtée, sans parler de sa soeur qui ressemble souvent aux mauvaises demi-soeurs des contes de fée.

Présentation de l'éditeur :

Gaia Points 

Vous aimerez aussi :

Le tome 2 L'art de la vie

D'autres avis :

Télérama 

Athalie ; Anis

 

Karitas, l'esquisse d'un rêve, Kristin Marja Baldursdottir, traduit de l'islandais par Henry K. Albansson, Points, 

Paru en 2008 sous le titre Karitas, sans titre

 

Mon avis sur le deuxième tome  L'esquisse d'un rêve

Publié dans Littérature Europe

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Le plus beau pays du monde et autre nouvelles de Simon VAN BOOY

Publié le par Hélène

                           

♥ ♥

"Vous ne pouvez pas expliquer l'amour, se répétait-t-il à voix haute. Sinon vous l'abîmez."

Mon avis  :

Le plus beau pays du monde : Las Vegas Molly  et son fils attendent Jed le père du garçon qui tarde. Plongée poétique dans l'univers factive de Las Vegas.

La ville où le vent souffle dans les arbres : Georges Frack reçoit une lettre qui change le cours de  sa vie.

Jeu d'enfant : la rencontre du narrateur avec la mère de son ami.

Les gitans sur la colline : Walter est amoureux d'une eune fille nouvellement arrivée au village

C'est comme si la poésie de ces nouvelles nous effleurait, mais sans que nous réussissions à la cerner, à l'attraper, elle s'évapore rapidement, peut-être parce que les nouvelles sont courtes et ne peuvent donc pas de totalement s'épanouir. Il est difficile de se faire une idée claire et nette de ce recueil de nouvelles. Disosn que cet auteur m'a intriguée et que j'ai néanmoins l'envie de découvrir par d'autres textes -plus longs- son univers. 

Premières phrases :

"Rome, un mercredi matin ensoleillé. Un jeune diplomate américain s'écroula sur un banc à l'entrée de la place Saint-Pierre. 

Puis il se mit à sangloter. Il venait de voir quelque chose et une porte oubliée tout au fond de lui s'était entrouverte."

Présentation de l'éditeur :

Autrement 

D'autres avis :

Babélio

 

Le plus beau pays du monde et autres nouvelles, Simon Van Booy, traduit de l'anglais par Micha Venaille, Autrement, septembre 2014, 16 euros

 

Merci à l'éditeur

Publié dans Littérature Europe

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L'honnête tricheuse de Tove JANSSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"Que vais-je faire ? Combien de vérités existe-t-il et qu'est-ce  qui les justifie ? Ce qu'on croit ? Ce que l'on invente ? A coups d'arrangements fourbes avec nous-même ? Est-ce le résultat seul qui compte ? Je ne sais plus."

Ce que j'ai aimé :

Katri est une jeune femme solitaire qui se dévoue entièrement à son frère Mats. Elle se veut honnête et entière ce qui ne lui vaut pas que des amis. Anna Aemelin est illustratrice de livres pour enfants, et tout comme ses albums, son monde est peuplé de lapins fleuris. Quand Katri la désabusée s'installe jour après jour dans sa vie, subrepticement, le choc entre ces deux conceptions du rapport aux autres aura des secousses irrémédiables. 

"Anna, elle, avait perdu l'envie de lire. Les héros des mers, de la jungle et des déserts n'étaient soudain plus que des images dépourvus de vie, ils n'ouvraient plus la porte du monde intègre où l'on reçoit sa juste récompense, où l'amitité est éternelle et la gratification légitime." (p. 156)

Les deux mondes vont s'éroder simultanément au contact de l'autre. 

Katri tient les autres sous sa coupe et ne supporte pas qu'ils s'éloignent ou puissent vivre autrement. Son chien va s'émanciper le premier, loin du monde aseptisé, sécurisé qu'elle a voulu créer autour d'elle. Mais la confiance n'est pas aussi évidente à conquérir...

"Je préfère de loin être roulée que de me sentir continuellement méfiante." (p. 154)

Derrière cette relation étrange, se cache des questionnements philosophiques sur notre rapport aux autres, sur la confiance que l'on peut allouer à quelqu'un, sur ce qui nous fonde et nous détruit. Une psychologie très fine, en profondeur des personnages dans un décor neigeux ouaté, au bout du monde créent un roman à part, acéré.

Ce que j'ai moins aimé :

L'étrangeté du roman et du personnage de Katri est assez déstabilisant.

Premières phrases : 

"C'était une matinée sombre et ordinaire d'hiver et il neigeait encore. Pas une seule fenêtre du village n'était allumée. Katri mit un écran devant la lampe pour ne pas réveiller son frère. Il faisait très froid dans la chambre."

Présentation de l'éditeur :

Livre de poche ; Actes sud en 1987 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le livre d'un été

D'autres avis :

Lecture commune avec Aifelle

 

L'honnête tricheuse, Tove Jansson, roman traduit du suédois par Marc de Gouvenain, Le livre de poche, novembre 2014, 216 p., 6.10 euros

Publié dans Littérature Europe

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Le vicomte pourfendu d'Italo CALVINO

Publié le par Hélène

                      

♥ ♥ ♥ 

"Il ne suffit pas d'un vicomte complet pour que le monde entier soit complet." 

Ce que j'ai aimé :

Un chevalier se retrouve malencontreusement coupé en deux lors d'une bataille contre les Turcs. Par un prodige extraordinaire les deux parties de ce vicomte continuent de vivre indépendamment l'une de l'autre. L'une sème la terreur dans la région, quand l'autre répand le bien.

Un jeune narrateur suit les pérégrinations de cet étrange vicomte qui n'est autre que son oncle. Agé de 7 ou 8 ans, orphelin, cet enfant est à la recherche d'un référent et il observe avec méfiance cet homme de sa famille capable de faire le bien comme le mal. Son enfance est marquée par le merveilleux de la situation, son passage à l'âge adulte correspondra à la fin du merveilleux. En suivant les faits et gestes de son oncle, il comprendra qu'en tout être humain, bien et mal coexistent, pour le meilleur et pour le pire. "L'homme contemporain est divisé, mutilé, incomplet, hostile à soi-même." La complétude est impossible à retrouver, l'homme doit apprendre à vivre avec cette incomplétude en lui, la dépasser. 

Le vicomte pourfendu est un conte merveilleux court, rythmé, divertissant, plaisant à lire tout en se doublant d'une fonction didactique qui sème des pistes de réflexion dans l'esprit du lecteur. Il fait partie de la trilogie Nos ancêtres qui comprend également Le baron perché et Le chevalier inexistant.

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien

Informations sur le livre :

Vous trouverez une étude ICI

Premières phrases :

"On faisait la guerre aux Turcs. Le vicomte Médard de Terralba, mon oncle, chevauchait à travers les plaines de Bohême. Il se dirigeait vers le camp des chrétiens. Il était suivi d'un écuyer appelé Kurt. De blancs vols de cigognes traversaient, près de terre, l'air opaque et figé."

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le baron perché

D'autres avis :

 Babélio

 

Le vicomte pourfendu, Italo Calvino, traduit de l'italien par Juliette Bertrand, 1951, Le livre de poche, 

Publié dans Littérature Europe

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Marina Bellezza de Silvia AVALLONE

Publié le par Hélène

                         

♥ ♥ ♥ 

"Devenir adulte, c'est gérer le désir et la violence."

Ce que j'ai aimé :

Au coeur de la vallée de Biella, les villages sont abandonnés, les volets fermés, les enseignes éteintes.

"C'était un spectacle amer, celui du temps qui se retirait et fissurait les villages, les rues. Restait le travail incessant des ronces, et celui, implacable, du torrent. L'obstination des arbres à résister et se régénérer." 

La crise est passée par là, laissant les jeunes nés dans ce cocon désoeuvrés. Certains sont partis, comme Ermanno, d'autres sont restés, comme Luca, Sebastiano et Andrea.

La première scéne du roman illustre parfaitement cette hésitation entre un départ vers un ailleurs peut-être plus glorieux - choix incarné par Marina - et la décision de rester implanté dans sa terre comme Andrea. Lors de cette scène, les garçons hésitent à sortir en ville puis finalement se dirigent vers la montagne, vers une lueur scintillant au loin, "voilée par l'humidité de la nuit". D'emblée l'écart entre Andrea et Marina est posé. Car Marina aimerait partir, attirée par les lumières de la ville et de la célébrité, tel un papillon qui court vers les flashs. Chanteuse de talent, son ascension promet d'être fulgurante. Mais cette célébrité rendra-t-elle son père plus présent ? Sa mère moins attachée à l'alcool ? Andrea ferait plutôt partie de ces jeunes qui reviennent depuis quelques années peupler la vallée, occupant les vieilles demeures délabrées que leurs parents ont abandonnées dans les années 60. Bradées, ces maisons constituent pour ces jeunes sans travail ni demeure un dernier recours. Certains réhabilitent même le métier le plus ancien de ces vallées, celui des ancêtres, des paysans. accord des hommes et de la montagne, hommage à cette vallée. 

"Une sorte de miracle. Une des raisons pour laquelle on choisit ce genre de vie. Le vrai gain, c'est voir les clients revenir parce que votre beurre, votre tomme, les produits que vous avez fabriqués de vos mains sont meilleurs que les autres ; attendre la naissance d'un veau ; apprendre à lire dans l'étendue du ciel même les signes les plus imperceptibles des saisons, et accorder le rythme de son corps à celui de la terre, sa liberté à la sienne."

La relation entre les deux jeunes gens, irrésistiblement attirés l'un vers l'autre promet d'être compliquée...

"Devenir adulte, c'est savoir distinguer la réalité du désir, se dit Andrea ; savoir renoncer, s'il le faut, au désir. Savoir le nommer, lui donner une autre dimension." 

Dans un style aussi foudroyant que ses personnages, Marina Bellezza chante l'amour de sa vallée, le paradis perdu, mais qui peut être reconquis à force de persévérance et d'amour. 

"Une journée sans rien d'extraordinaire, où tes parents ont l'air heureux, et l'endroit où tu es née est baigné de lumière, l'air a quelque chose de sauvage, de ferreux, chaque chose est exactement à sa place. Et qu'importe ce qui arrivera ensuite, ou ce qui est déjà arrivé. Qu'importent les souffrances, la fatigue, les trahisons qu'il faudra endurer. Ca vaut la peine, malgré tout. Pour cette seule perfection d'une journée, à quatre ans avec ta famille au bord de la Balma, ça vaut la peine." 

Dans le passé, dans les moments forts de l'existence, dans ses racines, chacun puise la force pour construire l'avenir et aller de l'avant.

Village de Piedicavallo (Source Wikipédia)

Village de Piedicavallo (Source Wikipédia)

Ce que j'ai moins aimé :

Quelques clichés, centrée autour du personnage de Marina "Elle était un apparition, elle le savait. Elle aimait exercer son pouvoir, laisser bouche bée des hordes entières de pères de famille, passer à côté d'eux avec un demi-sourire et se venger ainsi sur de parfaits inconnus de sa frustration de n'avoir jamais réussi à attirer l'attention de son propre père." 

Les prolepses, fuite en avant du narrateur qui nous prévient avant l'heure qu'un danger guettant les protagonistes, sont lassantes.

"Ils creusaient eux-mêmes leur fosse. Entraient d'un pas décidé dans la tanière du loup."

Il n'en reste pas moins un vrai plaisir de lecture

Premières phrases :

"Une clarté diffuse brillait quelque part au milieu des bois, à une dizaine de kilomètres de la départementale 100 encastrée entre deux colossales montagnes noires. Seul signe qu'une forme de vie habitait encore cette vallée, à la frontière nue et oubliée de la province."

Présentation de l'éditeur :

Liana Levi

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : D'acier,  Le lynx

Autre : Une part du ciel   de Claudie Gallay

D'autres avis :

Clara ;

Page 

 

Marina Bellezza, Silvia Avallone, traduit de l'italien par Françoise Brun,  Liana Levi, août 2014, 544 p., 23 euros

 

tous les livres sur Babelio.com

 Challenge rentrée littéraire

Publié dans Littérature Europe

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Le manoir de Tyneford de Natasha SOLOMONS

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

L'histoire est issue d'une histoire vraie : l'auteur s'est inspirée du village de Tyneham, sur la côte du Dorset. Tout comme le village de Tyneford dans lequel arrive la jeune juive Elise qui a dû fuir son Autriche natale en proie à la montée du nazisme, Tyneham était un village préservé, ses jours étant rythmés par la pêche, le travail aux champs, les fêtes du château. 

Mais la seconde guerre mondiale est passée par là et le domaine a été réquisitionné par l'armée, balayé par les exercices militaires, créant un village fantôme là où le bonheur et la joie prévalaient.

"J'adorais cet endroit. J'aimais son côté sauvage, la mer battant les rochers noirs, le cri des oies cendrées dans le ciel, les oeillets maritimes au sommet des falaises, les couleuvres lovées dans la lande, le chant des pêcheurs, le ventre couleur d'arc-en-ciel des maquereaux, l'église silencieuse, la vue de Portland à travers le brouillard et les variations du temps aussi changeant qu'un opéra de Mozart - ensoleillé et chaud, avec des mouettes riant dans la baie, suivi l'instant d'après par une pluie, qui criblait les vagues. J'aimais les bateaux de pêche et le ressac de la nuit." p. 482

Le contexte historique apporte réalité à une histoire qui reste du domaine de la chick-lit pour ne pas dire de la littérature à l'eau de rose. 

Ce que j'ai moins aimé :

L'histoire de la jeune Elise est en effet très attendue : contrainte de quitter sa famille pour se réfugier au manoir de Tyneford en tant que domestique, elle va connaître les difficultés liées à son changement de rang, jusqu'à ce qu'elle rencontre l'amûûûûr... La psychologie des personnages est relativement sommaire.

Une lecture plaisante qui frôle l'eau de rose...

Premières phrases :

"Quand je ferme les yeux, je vois Tyneford House. Allongée sur mon lit dans le noir, je vois sa façade en pierre calcaire baignant dans le lumière dorée d'une fin d'après-midi. Le soleil se réfléchit dans les fenêtres supérieures, l'air est chargé d'une senteur de magnolia et de sel."

Informations sur le livre :

Le livre de poche 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Jack Rosenblum rêve en anglais

Autre : L'amour comme par hasard de Eva Rice

D'autres avis :

GaléaAifelleThéomaKeishaLuocine 

 

Le manoir de Tyneford, Natasha Solomons, roman traduit de l'anglais par Lisa Rosenbaum, Le livre de poche (Calmann-Lévy pour la 1ère édition), avril 2014, 7.60 euros

 

Commandé après avoir été tentée par la blogo.

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Le livre d'un été de Tove JANSSON

Publié le par Hélène

                                        

♥ ♥ ♥ 

Ce que j'ai aimé :

 Le temps d'un été, la jeune Sophie partage quelques mois avec son père et sa grand mère fantasque sur une petite île, loin de tout, en suspens entre deux mondes, deux périodes floues qui l'ont laissées orpheline. Complices, la grand-mère et sa petite fille arpentent l'île, écoutent les hareldes, les oiseaux peuplant le lieu, sculptent des animaux avec des branches et des morceaux de bois, fabriquent des palais en allumettes, et discutent de Dieu, de respect d'autrui, de la vie qui palpite à leurs côtés.

Elles se fondent dans le paysage de cet été, en harmonie avec le lieu et ses habitants.

"Elle ressemblait à un énorme bécasseau quand elle se promenait, ella vançait lentement sur ses jambes raides, s'arrêtait souvent, tournait la tête à doite et à gauche, et examinait tout avant de continuer." 

La grand-mère est à l'orée entre la vie et la mort, et peu à peu elle rend hommage à cette vie qui palpite encore en elle, elle prend soin du monde et des personnes qui l'entourent, allant même jusqu'à faire le tour de l'île pour arroser ses plantes préférées quand le temps est à la sécheresse.  S'il lui arrive de perdre son dentier dans les pivoines, et de se disputer avec Sophie, elle est néanmoins celle qui éclaire l'île de sa présence révélatrice. 

"La grand-mère gravit le rocher tout en réfléchissant sur les oiseaux en général. Il lui semblait qu'aucun autre animal ne possédait leur pouvoir de dramatiser et de parfaire un évènement -les changements de temps et de saison, les multiples états d'âme que traversent les individus."

Ce court roman est une véritable hymne à "la beauté du paysage final de notre vieillesse dans un été qui s'achève ! Le silence se fait autour de nous, chacun part de son côté, et cependant nous nous retrouvons tous devant la mer, dans la paix du soir au coucher du soleil." 

Il évoque magnifiquement le bonheur qui s'immisce dans les interstices du temps et de la vie.

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien, j'en redemande !

Premières phrases :

"C'était en juillet, un matin de bonne heure, il faisait très chaud et il avait plu pendant la nuit. La roche nue fumait, mais la mousse et les crevasses baignaient d'humidité et les couleurs étaient plus intenses."

Infos sur le livre :

Le livre de poche

 

Le livre d'un été, Tove Jansson, traduit du suédois par Jeanne Gauffin, Le livre de poche, 1978, 5.60 euros

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La boîte aux lettres du cimetière de Serge PEY

Publié le par Hélène

                                      

♥ ♥ ♥

"La poésie doit être simple. Elle défait les noeuds de la pensée. "

Ce que j'ai aimé :

Dans une écriture poétique hors du commun le jeune narrateur évoque ses souvenirs d'enfance autour d'une école libertaire située dans une ancienne porcherie. Il évoque sa tante Hirondelle borgne, sa mère qui boîte à cause de religieuses intolérantes et cruelles, sa grand-mère philosophe à ses heures, le maître d'école, les amis qui éveillent les enfants à la poésie, au monde. Les principes éducatifs permettent en effet un éveil au monde, au monde des mots, par lequel il appréhende ensuite un monde plus vaste. Le rapprochement sémantique de certains mots comme "boudin" et "bon dieu", "Moscou" et "mouscous" (les mouches) sont autant d'étrangetés qui peuvent faire sens. Les mots signifient et l'enfant, avec l'aide des adultes comprend combien ils sont précieux. 

Ainsi la poésie se rencontre au centre de son univers, par sa capacité à re-créer le monde : 

"La poésie commence quand on revient vivant d'un voyage pour le raconter. C'est la fraternité terrible que la poésie et la mort entretiennent ensemble. Orphée, c'est uniquement cleui qui est capable de revenir. Le poète ets toujours un vivant." 

"La poésie est l'irruption, dans le présent, de tout ce qui a été absent. Elle est la capacité de saisir en plein vol les moments en train de disparaître."

Mais les mots sont aussi importants pour vaincre l'oubli, d'où cette boite aux lettres installée dans le cimetière pour établir un dialogue avec la mort. écrire à un mort suppose en effet que celui qui est sous la tombe "n'est pas tout à fait mort ou peut-être encore vivant." La boîte aux lettres existe réellement, elle est placée sur la tombe de Antonio Machado, poète, à Collioure. L'auteur en parle ici. 

           

@Panoramio

"La mort du poète est celle de la poésie qui doit sans cesse renaître de ses cendres pour se réinventer." 

L'éducation est aussi l'occasion de mettre en avant des valeurs : 

"Grand-mère avait dessiné un Christ à la peinture noire sur les pales du ventilateur fixé au plafond de bois de la salle commune. Quand le ventilateur tournait à fond, le Christ disparaissait. Elle disait que Dieu était une illusion d'optique, la même que celle provoquée par le ventilateur. Grand-mère le démontrait. Quand elle arrêtait le ventilateur, elle faisait récupérer au Christ son apparence d'homme. Quand elle el rallumait, il disparaissait. Grand-mère disait que la religion c'était ainsi : lorsqu'on fait tourner un homme ou son image rapidement il devient un dieu."

Valeurs humaines, valeurs liées à une histoire perturbée par la guerre d'Espagne. De niombreuses images permettent ainsi de comprendre la nécessité de l'action et ses moyens, comme celle du saumon qui remonte les rivières :

"Il faut transformer la fragilité que nous avons en un lieu de force qui fera trébucher l'ennemi."

Hymne à la poésie et à l'engagement, ce recueil d'une figure emblématique de la poésie-action est à découvrir pour porter un regard neuf sur le monde. Poésie et société sont intimement liés, le poème doit être déplacé hors du livre pour chanter sa puissance !

“ Jamais je n’ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j’aime les mondes subtils
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon

J’aime les voir s’envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.

Antonio Machado ,Chant XXIX, Proverbios y cantarès,

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"Nous étions cinq. Et maman nous dit que nous allions être sept avec ceux descendus de la montagne. Et quand nosu avons vu arriver Francisco le camionneur et Hélios l'aiguiseur de couteaux, Maman a ajouté que nous erions neuf. On traîna alors la table de la cuisinequ'on installa à côté de al table du séjour. Mon frère disposa de nouvelles assiettes et des verres autour du bouquet de fleurs."

L'auteur :

http://sergepey.tumblr.com/

Écouter ici son portrait sur France-Culture.

Infos sur le livre :

chez Zulma 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le trésor de la guerre d'Espagne

D'autres avis :

Yves 

 

La boîte aux lettres du cimetière, Serge Pey, Zulma éditions, mai 2014, 17 euros

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L'exception de Audur Ava OLAFSDOTTIR

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Nous voulons être les poètes de notre vie et d'abord dans les choses les plus modestes et les plus quotidiennes." Nietzsche Le gai savoir

 

Ce que j'ai aimé :

Un soir de réveillon, le mari de Maria lui annonce qu'il la quitte. Pour un autre homme. Sonnée, elle va alors tenter de se reconstruire tout en assurant le quotidien pour ses deux petits jumeaux. Elle espère un temps le retour de Floki, envisage un conseiller conjugal, mais sa voisine et amie Perla, l'en dissuade rapidement, l'enjoignant à tourner la page :

"Crois-en mon expérience, quand un couple va voir un conseiller, c'est que l'un des deux a déjà décidé de divorcer. Ca n'est qu'un simulacre destiné à apaiser la mauvaise conscience de celui qui s'en va."

Perla, naine, psy, écrivant des romans policiers dans l'ombre et pour le compte d'auteurs connus apporte gaieté et humour dans la vie de la jeune maman nouvellement célibataire, entre réflexions philosophiques et d'autres bien plus prosaïques :

"Une femme qui sait faire le tiramisu ne reste jamais seule bien longtemps."

Peu à peu, jour après jour, rien après rien, la vie reprend le dessus, la beauté du monde s'impose à nouveau à Maria et le soleil fait timidement son apparition dans un monde crépusculaire.

"Ce n'est pas simple d'être adulte. Et puis on prend pas des décisions éclairées à tous les moments de sa vie."

Par touches discrètes et ouatées, Audur Ava Olafsdottir nous offre le portrait doucereux d'une renaissance. Un roman lumineux fascinant sur le couple, les aléas de la vie et ce qui donne de la valeur aux choses. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien

Premières phrases :

"Il n'y a que trois pieds entre le corbeau et mon mari et au moment où celui-ci dénoue le fil de cuivre du bouchon de champagne, l'oiseau déploie ses ailes d'un noir d'encre sur la balustrade du balcon et prend son essor dans l'obscurité polaire."

Infos sur le livre :

Chez l'éditeur

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Rosa Candida ; L'embellie

Autre : Les déferlantes de Claudie Gallay

D'autres avis :

Séverine ; Jostein ; Clara ; Cathulu

 

L'exception, Audur Ava Olafsdottir, traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson, Zulma, mars 2014, 352 p., 20 euros

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