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341 articles avec litterature francaise

Dans ce jardin qu'on aimait de Pascal QUIGNARD

Publié le par Hélène

♥ ♥

Le révérend Simeon Pease Cheney, dans les années 1860-1880, eut ce projet fou de retranscrire les moindres sons musicaux de ce qu'il cotoyait avec joie au quotidien, du chant d'oiseau au bruit de l'eau du robinet qui goutte dans le seau à demi plein. Pour lui, même les choses inanimées ont leur musique, il suffit de tendre son oreille pour saisir ces subtiles symphonies célestes. Malheureusement, il n'est pas pris au sérieux, il faudra que son fils (dans la vraie vie) ou sa fille dans l'oeuvre de Quignard publie  « Wood Notes Wild, Notations of Bird Music » à compte d’auteur après sa mort. Quelques années plus tard, ce livre sera remarqué par le compositeur Anton Dvorák et lui inspirera, en 1893, le « Quatuor à cordes n° 12 ».

Ce destin double - celui de ce vieux musicien passionné par la musique de la nature et sa fille qui a lutté pour faire reconnaitre son oeuvre - a inspiré à Pascal Quignard ce texte hybride entre pièce de théâtre et chant poétique. L'auteur met l'accent sur la vie intime fantasmée du révérend : marié à une femme qu'il adorait, il la perd lors de l'accouchement de sa fille et restera inconsolable face à cette perte brutale. Il est obsédé par l'image de sa femme disparue et arpente le jardin qui lui était cher pour mieux la retrouver.

Ce que j'ai moins aimé : En lisant la quatrième de couverture, je m'attendais à davantage de passages sur l'aspect artistique du révérend, sur cet étrange projet tellement fascinant. Mais Pascal Quignard a choisi de porter son récit vers la tristesse, cette peine incommensurable ressentie à la mort d'un être cher.

Bilan : Le portrait triste et touchant d'une homme hanté par la mort de sa bien-aimée.

 

Présentation de l'éditeur : Grasset

Du même auteur : Les solidarités mystérieuses ♥ ♥ ♥ ♥ ; Villa amalia ♥ ; Une journée de bonheur ♥ ♥ ♥

 

Dans ce jardin qu'on aimait, Pascal Quignard, Grasset, mai 2017, 176 p., 17.50 euros

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L'ordre du jour de Eric VUILLARD

Publié le par Hélène

"Les plus grandes catastrophes s'annoncent souvent à petits pas."

Nous sommes le  20 février 1933. Le parti nazi cherche à lever des fonds, et il fait appel à de puissantes entreprises allemandes capables de les financer. "Ils s'appellent BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken. Dans les coulisses du pouvoir, la grande catastrophe arrive effectivement à petits pas, à coups de tractations et marchandages...

"Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants."

Eric Vuillard, tel un chef d'orchestre obséquieux nous entraine dans les coulisses de l'Anschluss. Dans son court roman il s'intéresse aux détails de l'histoire pour mieux en éclairer la scène. Il raconte les scènes moins connues, dissèque l'Histoire pour en extraire le quotidien d'hommes et de femmes pris comme des individus et non plus comme des entités broyés par le cours des évènements. De fait la responsabilité de ces individus ressort plus durement et l'absurdité qui mène à l'horreur glace le sang...

Ce que j'ai moins aimé : Pour moi il s'agit plus d'un documentaire, d'un essai que d'un roman, genres auxquels je suis moins sensible. Les évènements sont racontés sans mettre l'accent sur des personnages ou une intrigue, l'auteur raconte seulement des scènes marquantes de l'histoire. Alors oui, le style marque les esprits, mais mon âme romanesque s'est sentie délaissée... Pour rappel , j'avais déjà été déçue par 14 juillet pour les mêmes raisons...

 

Prix Goncourt 2017

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Du même auteur : Tristesse de la terre

 

L'ordre du jour, Eric Vuillard, Actes sud, mai 2017, 160 p., 17 euros

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Un bruit de balançoire de Christian BOBIN

Publié le par Hélène

♥ ♥

"L'écriture s'enfonce dans le coeur du lecteur comme une aiguille de couturière. c'est pour y faire entrer un jour miraculeux."

Christian Bobin adresse des lettres aux nuages, à sa mère, à Ryokan, moine japonais du XIXe siècle, à M. le Forestier, M. le coucou, à l'escalier, au bol... En cela, il cherche toujours la simplicité, à l'affût de l'essentiel qui se cache au fond des choses :

"Il y a des choses très petites et très légères qui portent tout. Le tremblement d'un pétale quand une goutte de pluie le heurte : c'est une vibration que je cherche dans l'écriture, l'imperceptible inquiétude de l'âme en paix."

"La vie est ce jeu où il s'agit d'approcher au plus près de soi sans s'en apercevoir."

Il place son roman sous l'ombre de Ryokan, un moine poète japonais du XIXème siècle.

"Ryokan parle d'un "bijou intérieur" qui n'est pas un bijou et n'est pas intérieur, ni rien de pensable. Juste quelque "chose" d'indispensable au souffle de la vie. Ces couleurs des fleurs sont les éclats de ce bijou immatériel."

"C'est ça, parlons tranquillement de la vie puisque nous n'y comprenons rien. Une étoile, un renard ou un poème arriveront bien "pour voir ce qui se passe, d'où viennent ces rires et toutes ces maison volantes.""

Ce que j'ai moins aimé : Cette fois-ci je ne suis pas rentrée dans l'écriture, la trouvant forcée, lardée de métaphores et de comparaisons peu naturelles.

Bilan : Un texte poétique quelque fois un peu artificiel.

 

Présentation de l'éditeur : L'Iconoplaste

Du même auteur : Les ruines du ciel   ; La part manquante ; L’homme-joie ♥ ;  Eloge du rien ♥ ♥ ♥ ; La dame blanche ♥ ♥ ♥ ; La grande vie ♥ ♥ ; L'épuisement  ♥ ♥ ♥ ♥ ; L'inespérée ♥ ♥ 

 

Un bruit de balançoire, Christian BOBIN, L'iconoplaste, 2017, 112 p., 19 euros

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Bakhita de Véronique OLMI

Publié le par Hélène

Bakhita de Véronique OLMI

♥ ♥ ♥ ♥

"Il y a dans toute chose une violence qui ne capitule jamais."

Bakhita mène une vie insouciante dans un petit village du Darfour, bercée entre une mère aimante et un père respecté. Jusqu'au jour où l'horreur pénètre violemment dans sa vie, à 7 ans, sous les traits d'esclavagistes violents et sans scrupules. Vendue à plusieurs reprises, l'enfant grandit en apprenant à perdre les êtres qui comptent pour elle. Si elle s'attache à une camarade, à un bébé fragile qui appartient à la même caravane qu'elle, s'est pour mieux souffrir quand leurs destins se déchirent.  Elle oublie jusqu'à son nom.

Alors qu'elle pourrait s'effondrer et capituler, la jeune Bakhita lutte intérieurement pour s'échapper, elle se fabrique une forteresse intérieure pour éviter de sombrer dans la folie et le désespoir. Elle s'accroche à l'enfant insouciante qu'elle a été, elle garde l'espoir de revoir sa mère pour se lover dans ses bras, elle rêve de retrouver sa soeur pour à nouveau partager rires et jeux.

"La nuit se tient au-dessus des hommes, libre et immortelle. et cette nuit lui parle. Comme la terre l'a fait, qui se souvenait de la souffrance des esclaves passées avant elle. Bakhita comprend qu'on peut tout perdre, sa langue, son village, sa liberté. Mais pas ce que l'on s'est donné. On ne perd pas sa mère. Jamais. C'est un amour aussi fort que la beauté du monde, c'est la beauté du monde."

Elle aura la chance de rencontrer en Italie des personnes bienveillantes qui l'aideront à s'émanciper et à trouver les mots pour exprimer sa souffrance. Si, maitrisant peu la langue, elle laisse souvent les autres parler à sa place, elle prend finalement son destin en mains en décidant d'entrer dans les ordres, répondant ainsi aux sentiments qu'elle ressent profondément au fond d'elle.

"Mais rien n'est vrai, que la façon dont on le traverse. (...) Il y a ce que l'on vit et ce que l'on est. A l'intérieur de soi."

Par la puissance de son écriture, Véronique Olmi nous transporte aux côtés de cette éternelle enfant traversant des épreuves innommables, cette enfant qui, même adulte, donne l'impression de garder intact en elle cette candeur insouciante connue avant ses sept ans, ne comprenant pas bien le monde qui l'entoure, mais gardant la foi en l'amour et en la générosité envers et contre tout. L'auteure ressuscite cette magnifique Bakhita canonisée en l'an 2000 par le pape Jean-Paul II, et lui offre en cadeau ses mots bouleversants, qui l'inscrivent une nouvelle fois dans l'éternité de l'humanité.

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel

D'autres avis : Télérama

 

Bakhita, Véronique OLMI, Albin Michel, août 2017, 460 p., 22.90 euros

Ce roman a obtenu le Prix du Roman Fnac 2017

 

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Dans l'épaisseur de la chair de Jean-Marie BLAS DE ROBLES

Publié le par Hélène

♥ ♥

Tout commence par cette phrase de Manuel à son fils : « Toi, de toute façon, tu n’as jamais été un vrai pied-noir ! » Thomas, le fils, décide alors de remonter le temps dans un passé fantasmé, rêvé, pour trouver la réponse à cette question : qu'est-ce qu'un vrai pied-noir ?

Alors qu'il est malencontreusement tombé à l'eau lors d'une virée en bateau et qu'il s'accroche pour ne pas sombrer, Thomas visite l'histoire de son père, pied noir d'origine espagnole, dont les parents tenaient un bistrot dans la ville de garnison de Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, puis il devient chirurgien et s'engage aux côtés des alliés en 1942.

Toute une page de l'histoire se déploie, visant à éclairer les rapports troubles persistant entre l'Algérie et la France, mais Manuel offre surtout un magnifique hommage à son père s'interrogeant sur ce que nous lèguent nos parents en matière d'angoisses et d'espérances.

Sa conclusion est magnifique.

"Parler en dormant, dire à voix basse, mais avec l'intransigeance rauque d'une pythie : je veux l'innocence du monde, celle qui existait avant les hommes et perdurera bien après leur fin ; je veux la libre respiration du vent et de la mer, je veux, j'exige la beauté nue."

Ce que j'ai moins aimé : J'ai senti quelques longueurs et je n'ai malheureusement pas ressenti l'enthousiasme survenu à la lecture du précédent roman de l'auteur L'île du Point Némo.

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

Du même auteur : L'île du Point Némo

 

Dans l'épaisseur de la chair, Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma, 2017, 373 p., 20 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Summer de Monica SABOLO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Où sont les êtres que l'on a perdus ? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l'intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l'intérieur de nos corps, ils inspirent l'air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l'oreille d'un nouveau-né."

Au bord du lac Léman, Summer et son frère cadet grandissent dans un milieu privilégié. Si Summer rayonne et illumine son entourage, son frère est plus taciturne. Mais un beau jour, après un pique-nique au bord du lac, la jeune femme disparait mystérieusement, laissant sa famille désemparée.

"Les gens disparaissent de nos vies, c'est ainsi que cela se passe. Certains sont là pour toujours, d'autres, généralement ceux que vous aimez le plus, se volatilisent les uns après les autres, sans explication, ils sont là ensuite ils ne le sont plus, et le monde poursuit sa route, indifférent, à la façon d'un organisme primaire constitué d'eau et de vide se propulsant dans un espace également constitué d'eau et de vide, ou d'un coeur aveugle, translucide, entièrement dédié à sa pulsation." p. 185

Vingt-quatre ans plus tard, cette disparition demeure toujours aussi nébuleuse, hantant Benjamin qui décide de se pencher à nouveau sur les tréfonds de son âme et de son passé. Des brides de souvenirs affluent, mais leur signification reste vague et décousue. Pourra-t-il trouver des réponses à ses questions ?

Monica Sabolo nous plonge dans les limbes fantasmagoriques de l'âme torturée de ce jeune homme démuni devant la disparition de sa soeur. Elle analyse avec profondeur et poésie les scories laissées par l'adolescence et les rapports familiaux, les sacrifices des uns et des autres pour garder la face et ne pas fissurer une image trop lisse. Les réveils seront brutaux...

 

Présentation de l'éditeur : JC Lattès

D'autres avis : Télérama ; L'express , Jostein ; Leiloona ;

 

Summer, Monica Sabolo, JC Lattès, août 2017, 320 p., 19 euros

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Rencontre avec Claudie Gallay

Publié le par Hélène

Jeudi dernier avait lieu une rencontre avec Claudie Gallay initiée par Aliette Armel dans le cadre du Livre forum

Claudie Gallay a évoqué son dernier roman La beauté des jours 

Aller au bout de soi et de ses décisions

Voici la leçon de Marina Abramovic dont je parle dans ce roman. Elle parle de ses passions avec son corps. J'ai découvert cette artiste grâce à un article dans Télérama, et je suis "tombée en amour". Marina a vécu 17 ans de passion avec Ulay, même pour se séparer, ils se sont mis en danger. Comment une artiste en danger fascine-t-elle quelqu'un qui est du côté de la sécurité ? Jeanne n'est pas du tout dans l'audace, elle est dans la prudence retenue. Marina est un miroir de ce qu'elle aimerait être ou faire.

Marina n'a pas choisi sa façon de vivre, elle s'est appuyée sur son enfance, sur ses parents autoritaires, elle voulait prouver qu'elle était capable de réussir. Et elle réussit. Il y a un an dans un entretien, alors qu'elle était au summum de son art, elle a dit qu'elle donnerait beaucoup pour se lever le matin, être là avec quelqu'un, boire un café, lire le journal et juste parler de ce qu'on va faire aujourd'hui. Elle rêve d'un quotidien banal en somme. Et Jeanne a cela, cette monotonie, ce quotidien réglé.

L'art fait résonner la vie

L'art contemporain est présent dans d'autres de mes romans, par exemple dans Seule Venise avec le peintre Zoran Music, l'auteur de peintures et gravures fascinantes. Il a connu l'expérience des camps de concentration.

J'ai écrit aussi sur Opalka dans Détails d'Opalka.

Ce sont des artistes partis de situations extrêmes qui ont eu besoin de les transmuer dans des oeuvres extrêmes. Dans mes romans, ils font écho avec des personnages  qui n'ont pas de rapport avec ces situations, mais trouvent quelqu'un qui leur parle et ils grandissent ainsi. Ils éprouvent le besoin d'approcher les artistes.

L'art fait résonner la vie, il embellit.

Jeanne a découvert Abramovic à l'école, elle qui n'est pas une intellectuelle a compris ce langage, ce langage de corps, de chair, de ressenti. Pendant 20 ans, elle ne l'a pas oublié, c'était toujours là. Vingt ans plus tard, un cadre tombe, la mémoire rend Marina. Jeanne est disponible à ce moment-là, il est temps pour elle de faire remonter à la surface ce qui est en elle.

Jeanne est née de ses manques

La ferme était aussi dans L'office des vivants. Jeanne est issue d'une famille de taiseux, ses parents sont paysans et Jeanne est issue de ce silence. C'est pour cela qu'elle a compris Abramovic, cela résonne en elle, tous ces manques. Elle est au mi-temps de sa vie et elle fait le point. Alors quelqu'un surgit.

Dans mes romans souvent, quelqu'un surgit, quelqu'un qui va tout mettre en déséquilibre. C'est important de se faire bousculer. Martin est un amour d'adolescente laissé en suspens. Que se passe-t-il quand vingt ans plus tard on recommence ? Peut-on retrouver l'émotion de l'adolescence ?

Jeanne n'est pas une intellectuelle, elle ressent les choses. Elle a envie d'aimer. Rémi, son mari, voit tout, sait tout, mais il l'aime intangiblement. Martin est celui qui fait battre son coeur et emmène ses battements de coeur de l'autre côté de l'océan. Il est celui qui lui parle de Giono, il est celui qui éveille la curiosité de Jeanne. Il la réveille en tant que femme.

De la difficulté d'écrire une lettre d'intention

Au début, j'écris beaucoup, pour arriver ensuite à cerner, au début le texte faisait trois fois le volume du texte. Après, comme un sculpteur qui enlève petit à petit, j'épure. Comme Giacometti, pour arriver à des personnages filiformes. Le travail final demande de retirer ce qui est inutile, pour que ne reste que ce qui est essentiel. Au début l'écriture importe peu, ce qui est essentiel ce sont les personnages et l'histoire.

A la fin je lis aussi l'histoire à haute voix pour encore épurer, tailler.

Je commence à vraiment comprendre mon roman maintenant, quand j'en parle en librairie. Mon éditeur m'avait demandé d'accompagner mon texte d'une lettre d'intention, mais j'ai été désemparée, j'ai été incapable de l'écrire. Maintenant je pourrais le faire. J'ai besoin d'un temps de pause, je comprends mes livres une fois que j'en ai parlé.

Aujourd'hui ma lettre d'intention serait : "Montrer comment l'art peut sauver, aider, traverser, émerveiller quelqu'un qui a une vie toute simple. Comment deux mondes si différents peuvent s'entrechoquer."

L'art permet de revenir sur la beauté qui est, montre les choses qui sont là.

 

 

Mes livres ce n'est rien d'autre que la vie

Mon intention première était d'écrire sur Marina parce que j'avais ressenti une grande émotion que je voulais partager. Mais je me suis rendue compte que ce partage n'était pas utile. Jeanne est née ensuite. Jeanne n'existe pas dans la vraie vie, mais elle existe aussi.

Jeanne a mis en sourdine ses passions pendant vingt ans et soudain, cela ressurgit et éclate. Marina a permis à Jeanne d'oser, elle ose prendre une décision, elle va dire non pour retrouver une fidélité à elle-même. Elle  pense que le ciel va lui tomber sur la tête parce qu'elle a osé faire quelque chose seule, mais non. Elle reprend sa vie en mains.

Accéder à la pureté

Dans Détails d'Opalka, je parle de Tom Friedman qui a affiché une feuille blanche dans laquelle il avait placé toutes ses pensées, tout son ressenti. De même Marie-Hélène Lafon affirme dans "Traversée" vouloir aller vers la pureté. On veut arriver au silence. Il existait un livre avec juste des notes de bas de page, c'était au lecteur de reconstituer l'histoire à partir des notes de bas de page. (Vengeance du traducteur de Brice Matthieussent chez POL ? )

Ce qui est beau dans l'écriture c'est que l'on peut retravailler à l'infini, pas comme l'oral. L'écrit est au plus près de ce que l'on ressent.

Des paysages qui nous habitent

Les déferlantes est né de la Hague, il est né d'un paysage, qui est un personnage à part entière. Je me souviens d'un jour passé à Auderville en octobre, il y avait de la brume. J eme souveins être là-bas dans une atmosphère brumeuse avec ce phare qui pulsait. Un vieil homme sortait de chez lui, il s'éloignait le long de la rue. Théo, le gardien de phare est né comme cela. Le poème de Prévert m'a aussi inspiré :

Des oiseaux par milliers volent vers les feux
Par milliers ils tombent par milliers ils se cognent
Par milliers aveuglés par milliers assommés
Par milliers ils meurent.

Le gardien ne peut supporter des choses pareilles
Les oiseaux il les aime trop
Alors il dit tant pis je m’en fous
Et il éteint tout

Au loin un cargo fait naufrage
Un cargo venant des îles
Un cargo chargé d’oiseaux
Des milliers d’oiseaux des îles
Des milliers d’oiseaux noyés.

Mon roman est né d'un endroit à nul autre pareil, un endroit incroyable.

 

D'autres avis : Aliette Armel

D'autres titres de l'auteur : Les déferlantes  ♥ ♥  ; L'amour est une île  ♥ ; Une part du ciel  ♥ ♥  ♥ ; Dans l'or du temps ♥ ♥  ; Seule Venise ♥ ♥ ♥ ; La beauté des jours ♥ ♥  

 

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L'art de perdre de Alice ZENITER

Publié le par Hélène

 ♥ ♥ ♥

"Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître." Elisabeth Bishop

Pour Naïma l'Algérie dont est originaire sa famille n'est qu'une toile de fond à laquelle elle s'est peu intéressée. Son grand-père Ali, kabyle, a été taxé de "harki" mais il est mort avant de pouvoir livrer son histoire à la jeune fille. Hamid, son père est arrivé enfant à l'été 1962 et il refuse de parler de ce passé qui l'empêche de remettre les pieds sur son territoire. Sa mère, française, n'en sait pas beaucoup plus. Naïma comble peu à peu les lacunes de son histoire.

"C'est pour cela aussi que la fiction tout comme les recherches sont nécessaires, parce qu'elles sont tout ce qui reste pour combler les silences transmis entre les vignettes d'une génération à l'autre." p. 19

La première partie du roman se déroule en Algérie dans les années 30 à 50. Le jeune Ali assiste à l'arrivée progressive du FLN, aux choix des uns et des autres, puis à la violence qui peu à peu s'invite, la brutalité du conflit, les tribunaux improvisés dans les villages, les embuscades sur les routes, les "veuves de la libération" qui fleurissent. Ali et sa famille doivent fuir pour la France et rejoindre dans un premier temps un camp de transit, puis un hameau de forestage, avant d'être parqués dans une cité HLM en Normandie.

"L'Algérie les appellera des rats. Des traîtres. Des chiens. Des apostats. Des bandits. Des impurs. La France ne les appellera pas, ou si peu. La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d'accueil"

L'écriture s'incarne parfaitement avec les personnages, permet de vivre pleinement cette tranche de l'histoire et amène à une réflexion profonde. Réflexion pesée sur ce qui fonde l'identité, sur le rapport à nos origines, sur ce qui nous construit. Sur les femmes qui ne choisissent pas :

"- J'en veux aussi à mon mari parce que si ce n'était que moi, je serais restée là-bas. c'est lui qui a voulu fuir. Nous, jamais on nous demande notre avis. On nous trimballe. Ils font des conneries entre hommes et après, c'est nous qui payons.

- Pauvres de nous...

Et elles soupirent en broyant les amandes sur le pays perdu par la faute des hommes." p.211

Sur les enfants qui ne comprennent pas ce passé qui s'échappe et meurt avec chaque ancêtre qui s'éteint.

"Tu peux venir d'un pays sans lui appartenir. Il y a des choses qui se perdent... On peut perdre un pays. (...) Personne ne t'a transmis l'Algérie. Qu'est-ce tu croyais ? Qu'un pays, ça passe dans le sang ? Que tu avais la langue kabyle enfouie quelque part dans tes chromosomes et qu'elles se réveillerait quand tu toucherais le sol ?" p. 432

"Un pays n'est jamais une seule chose à la fois : il est souvenirs tendres de l'enfance tout autant que guerre civile, il est peuple comme il est tribus, campagnes et villes, vagues d'immigration et d'émigration, il est son passé, son présent et son futur, il est ce qui est advenu et la somme de ses possibilités." p. 441

Sur ces émigrés perdus dans un monde qu'ils ne reconnaissent pas. 

L'art de perdre c'est celui de perdre un pays, une langue, des illusions, des biens minuscules mais essentiels, perdre pour avancer, et fonder une nouvelle vie, une nouvelle oeuvre, un nouveau monde, pour, enfin, peut-être, se libérer.

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

D'autres avis : Télérama ; Babélio

 

L'art de perdre, Alice Zeniter, Flammarion, 16 août 2017, 22 euros

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Tiens ferme ta couronne de Yannick HAENEL

Publié le par Hélène

 ♥ ♥ ♥

"Il faudrait enfoncer un couteau dans la matière des journées, trancher le gras, y découper ce qui seul vous éblouit : a-t-on besoin d'autre chose que de vertige ?"

Incompris, le narrateur-écrivain a écrit un scénario sur Herman Melville intitulé The Great Melville. Malheureusement aucun producteur ne l'accepte. Sur les conseils d'un ami, il décide alors de s'adresser à Michael Cimino. Cimino accepte de le rencontrer à New-York et notre homme fait donc l'aller-retour pour passer une journée aux côtés du célèbre réalisateur de Voyage au bout de l'enfer et de La Porte du paradis. Il lui laisse son manuscrit, confiant, et revient à Paris pour se terrer dans son appartement à visionner encore et encore des films mythiques comme Apocalyspe now. A côtoyer des oeuvres marquantes du cinéma, il espère qu'une étincelle s'allumera et donnera tout à coup un sens profond à sa vie.

"Les ténèbres attendent que nous perdions la lumière ; mais il suffit d'une lueur, même la plus infime, la pauvre étincelle d'une tête d'allumette pour que le chemin s'ouvre : alors, le courant s'inverse, vous remontez la mort."

Il recherche une forme de vérité, obsédé par cette phrase de Melville : « En ce monde de mensonges, la vérité est forcée de fuir dans les bois comme un daim blanc effarouché. » En tant qu'artiste et en tant qu'homme, il tente de trouver sa place dans un monde souvent effrayant et trop grand pour l'humain.

"Au fond, il était possible de vivre : avec les récits, avec toutes les histoires contenues à l'intérieur des récits, on avançait mine de rien d'une île à une autre, on faisait se rejoindre le commencement et la fin, on allait mieux."

Le monde s'offre à lui dans une suite d'aventures rocambolesques, il rencontrera Isabelle Huppert, sera suivi par deux moustachus à l'allure louche, s'inquiètera de la disparition de son ami Tot, perdra son dalmatien dans la ville, rencontrera la conservatrice du musée de la Chasse, pour peut-être, enfin, trouver une forme de lumière.

"A la fin, me dit-il, véritable politique consiste à garder son âme ; et plus simplement encore : à avoir une âme."

A travers cet être indécis Yannick Haenel allume une lumière dans l'obscurité de nos vie, il nous invite à découvrir le sacré sous la patine des jours, à vibrer, pour simplement, survivre digne dans un monde qui chavire.

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : Télérama ; Bibliobs ; Philomag

 

Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel, Gallimard, juin 2017, 352 p., 20 euros

 

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Nos richesses de Kaouther ADIMI

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Abdallah pense qu'on n'habite pas vraiment les lieux, que ce sont eux qui nous habitent."

En 1935, Edmond Charlot imagine une librairie "qui vendrait du neuf et de l'ancien, ferait du prêt d'ouvrages et qui ne serait pas juste un commerce mais un lieu de rencontres et de lecture. Un lieu d'amitié en quelque sorte avec, en plus, une notion méditerranéenne : faire venir des écrivains et des lecteurs de tous les pays de la Méditerranée sans distinction de langue ou de religion, des gens d'ici, de cette terre, de cette mer, s'opposer surtout aux algérianistes. Aller au-delà !" Ainsi naît à Alger la librairie - maison d'édition - bibliothèque "Les vraies richesses" qui publiera et sera fréquentée par des grands noms de la littérature comme Albert Camus, Jules Roy, Max-Pol Fouchet, Emmanuel Roblès ou Kateb Yacine.

"Charlot fut un peu notre créateur à tous, tout au moins notre médecin accoucheur. Il nous a inventés (peut-être même Camus), engendrés, façonnés, cajolés, réprimandés parfois, encouragés toujours, complimentés au-delà de ce que nous valions, frottés les uns aux autres, lissés, polis, soutenus, redressés, nourris souvent, élevés, inspirés, [...]" Jules Roy sur Edmond Charlot

Mais la révolte gronde en Algérie comme ailleurs, et Edmond Charlot aura alors son rôle à jouer car il sera aussi le grand éditeur de la France libre en 1944 publiant notamment Le silence de la mer d'Henri Vercors et éditant la revue L'Arche. 

En 2017 Ryad est chargé de vider cette même librairie gardée par Abdallah, le dernier libraire des "vraies richesses",  mais les habitants du quartier font bloc pour préserver ce lieu emblématique.

Kaouther Adimi a voulu rendre hommage à cet homme emblématique de la vie culturelle algérienne, mais son roman manque de souffle, juxtaposant des carnets fictifs de Charlot et l'histoire de la librairie, mais de façon relativement lisse, presque documentaire. Le style ne s'envole pas, nous laissant déçus devant les belles promesses que laissaient présager le sujet.

Bilan : Un sujet passionnant mais traité de façon un peu trop lisse à mon goût ...

 

Présentation de l'éditeur : Seuil

D'autres avis : VirginieJoëlle et de Jostein

 

Nos richesses, Kaouther Adimi, Seuil, août 2017, 224 p., 17 euros

 

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