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litterature francaise

Tenir jusqu'à l'aube de Carole FIVES

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Une jeune mère "solo" vit seule avec son fils de deux ans. Toute sa journée est rythmée par ce fils qu'elle aime mais qui absorbe trop son temps. Ainsi la nuit s'accorde-t-elle un petit répit en laissant l'enfant seul pour se promener dans la ville endormie, avec la vague impression de retrouver ainsi sa liberté perdue. Entre culpabilité et envie de respirer, cette jeune mère oscille dangereusement, cherchant quelquefois du réconfort ou des conseils sur les forums sur Internet, là où tout se mêle, le pire comme le meilleur.

"Je ne comprends pas les nouvelles mères ! A peine leurs bébés sont-ils nés qu'elles ne pensent qu'à retrouver leur liberté, avoir du temps pour elles, elles se demandent quand est-ce que leurs petits vont faire leurs nuits, arrêter de pleurer... On a dû leur mentir sur la maternité, c'est pas possible, qu'est-ce qu'elles s'imaginaient ?"

A cette lourdeur du quotidien solitaire, se mêle les difficultés financières, dans un cercle vicieux infernal : sans garde d'enfant, difficile de travailler, même si la jeune femme travaille en free-lance. Difficile également de concevoir, de créer, quand le temps est tranché par le rythme de l'enfant... De jour en jour l'équilibre devient précaire.

Carole Fives peint à merveille l'enfermement auquel est condamnée la jeune mère, sans mari, sans famille, sans amis, sans autre alternative que de garder son enfant parce que ne bénéficiant pas de place en crèche. Elle montre l'ambivalence des sentiments, cette joie de jouer avec l'enfant, mais cette envie aussi d'être libre, comme avant.

La nouvelle "La chèvre de Monsieur Seguin" rythme le récit, plaçant ainsi la liberté comme pivot de son histoire : que signifie être libre ? Peut-on réellement choisir d'être libre ? Comment liberté et responsabilité s'imbriquent-elles ? Etre parent signifie-t-il renoncer à cette liberté ?

A la fois sociologique et philosophique, toujours porté par une écriture alerte éloignant toute pesanteur, ce récit de Carole Fives mérite une place de choix dans la rentrée littéraire !

 

Présentation de l'éditeur : L'arbalète / Gallimard

Du même auteur : Une femme au téléphone ♥ ;  Quand nous serons heureux ; C'est dimanche et je n'y suis pour rien ♥ ; Ca nous apprendra à naître dans le nord

Vous aimerez aussi : La femme gelée de Annie Ernaux

D'autres avis : Cathulu ; Joëlle

 

Tenir jusqu'à l'aube, Carole FIVES, Editions Gallimard, L'Arbalète, août 2018, 192 p., 17 euros

Merci à Babélio

tous les livres sur Babelio.com
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Stand by saison 1 de Bruno PELLEGRINO, Aude SEIGNE, Daniel VUATAZ

Publié le par Hélène

♥ ♥

L'idée de départ est brillante : remettre au goût du jour le feuilleton littéraire, que l'on retrouve aujourd'hui plus à la télévision qu'à l'écrit, avec un succès certain. Les éditions Zoé ont donc fait appel à trois auteurs pour rendre au feuilleton littéraire ses lettres de noblesse. Dans cet épisode pilote, un nouveau volcan entre en éruption à Naples, provoquant un nuage de cendres clouant les avions au sol et empêchant la plupart des communications. Ainsi, Alix, journaliste cinéma, est coincée à Roissy alors qu'elle s'apprêtait à s'envoler pour New-York. Eole, Pascaline, Céleste et les autres, européens qui accomplissent au Groenland leur Service climatique obligatoire. restent sur l'île sans secours. Enfin, Nora, Vasko et Virgile, trois ados en vacances au Monténégro, sont tout à coup isolés, sans adultes. Leur vie va être profondément bouleversée lors de ces premières vingt-quatre heures.

"Car c'est ça, un volcan. Plus qu'un monument naturel posé sur le paysage pour les adeptes de l'adrénaline ou de l'histoire du monde, c'est un point de contact direct avec le cosmos. Un tunnel qui relie les entrailles d'un corps planétaire à son atmosphère. Le rappel qui nous vivons sur une braise, sur sa surface extérieure, refroidie, qui peut se raviver à tout moment."

Ce que j'ai moins aimé : Malheureusement, ce premier épisode souffre de quelques maux qui sapent son intention de départ et ne parviennent pas à rendre le lecteur aussi addict qu'il pourrait l'être devant un écran. 

La mise en place est laborieuse, les auteurs mettent du temps à camper leurs personnages (peut-être trop nombreux, d'ailleurs), et ceci au détriment de l'action, primordiale pour ferrer le lecteur dans une série. De fait, le suspens est quasi absent, la fin du tome laisse effectivement planer un doute sur le sort de certains des personnages, mais pas au point de se précipiter sur le tome suivant.

Bilan : Ces défauts sont peut-être gommés au fil des épisodes suivants, il faut l'espérer. A noter que le tome 4 sort cet été pour ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure, clôturant ainsi la première saison.

 

Le site : https://standbyzoe.ch/

Présentation de l'éditeur : Editions Zoé

Du même auteur : Chroniques de l'Occident nomade de Aude Seigne ; Les neiges de damas de Aude Seigne

 

 

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Le poids du monde est amour de David THOMAS

Publié le par Hélène

 ♥♥♥ 

"Le bonheur est pour bientôt. Il est dans notre désir de vivre."

Au début on se dit que le fil est perdu, que l'auteur ne réussira pas à retrouver la petite musique du début, de ces recueils tant aimés, de ce lumineux La patience des buffles sous la pluie. Les chapitres s'enchainent, il est question de sodomie, de couilles, de levrette, de sexe cru. Mais en filigrane, déjà, le désenchantement du couple, et dans cet état d'esprit, le sexe est tout ce qui reste. Quand l'autre, les autres, vont ont brisé le coeur, une à une, sans pitié et qu'il ne reste que les regrets. Alors, doucement, insidieusement, le charme de l'esprit agit, et on saisit tout à coup, au détour d'une page, l'essence du couple, ce petit rien que David Thomas cherchait à traquer dans sa description du quotidien, celui qui rend notre expérience universelle et ses écrits profondément humains. L'amour qui est là, n'est plus là, revient, ne sait pas par où passer, nous laisse pantelants, seuls, même dans le couple.

"Ce n'est pas tant que l'on ne s'aime plus qui est triste, ce qui est triste (mais au fond l'est-ce vraiment ?), c'est que toutes les émotions qui nous ont remplis pendant tant d'années nous ont abandonnés"

"Tu étais plus importante que tous ceux qui ont fait ce que je suis, plus encore que les plus beaux paysages que j'ai vus, ce n'est pas rien d'être plus important que les chutes Victoria ou que le littoral du Costa Rica ou les grandes plaines du Dakota. Tu étais plus importante que la compréhension, l'espoir, la dignité, le courage ou la victoire. Maintenant, il va falloir que j'apprenne à vivre avec des choses sans importance."

A travers ces 100 micro-fictions les personnages mettent en lumière les différents sentiments qui peuvent nous saisir au sein d'une relation amoureuse. Souvent, il est question de souffrance, de rupture, d'inadéquation entre la beauté du sentiment et la réalité du quotidien qui rattrape vite les émotions avec son lot de lassitude et de déceptions. Mais finalement, parmi les derniers mots, l'espoir, la vie malgré tout triomphent :

"Il n'y a pas d'amour léger et la douceur des soirs de juin ne dure pas. Pourtant, l'amour est une boue aurifère dont on peut tirer toute la lumière et la richesse que chaque homme est en droit d'attendre de la vie."

 

Présentation de l'éditeur : Editions Anne Carrière

Du même auteur : La patience des buffles sous la pluie ♥ ♥ ♥ (Nouvelles) ; Un silence de clairière ♥ ♥; Je n’ai pas fini de regarder le monde ♥ ♥ (Nouvelles) ; On ne va pas se raconter d'histoires ♥ ♥ ♥ (Nouvelles) ; Hortensias ♥ ♥ ♥

Vous aimerez aussi : BALAVOINE Lisa Eparse ♥ ♥ ♥

D'autres avis : Elle

 

Merci à l'éditeur

 

Le poids du monde est amour, David Thomas, Editions Anne Carrière, avril 2018, 250 p., 16 euros

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La tresse de Laëtitia COLOMBANI

Publié le par Hélène

♥ ♥

Je dédie mon travail à ces femmes,

Liées par leurs cheveux,
Comme un grand filet d'âmes.
A celles qui aiment, enfantent, espèrent,
Tombent et se relèvent, mille fois,
Qui ploient mais ne succombent pas.
Je connais leurs combats,
Je partage leurs larmes et leurs joies.
Chacune d'elles est un peu moi.

  

Trois destins de femmes s'entremêlent et se tressent pour prendre un sens final profondément humaniste...

En Inde, Smita, Intouchable, rêve d'offrir à sa fille un avenir plus radieux en l'envoyant à l'école, au Canada, Sarah se consacre à sa carrière d'avocate jusqu'à ce que la maladie la prenne en plein vol, et enfin, en Sicile, Giulia travaille dans l'atelier de son père et essaie de lui dessiner un avenir. Ces trois femmes battantes ont en commun l'envie de prendre en mains leur destin sans subir l'oppression extérieure, quelle qu'elle soit. Elles fabriquent fil à fil leur propre chemin vers la liberté.

"Elles traversent, et tout d'un coup, c'est là, maintenant, le moment de lâcher la main de sa fille de l'autre côté de la route. Smita voudrait tant dire: réjouis-toi, tu n'auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux, et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n'auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne. Personne ne te jettera des restes comme à un chien. Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. Smita aimerait tant lui dire tout ça. Mais elle ne sait comment s'exprimer, comment dire à sa fille ses espoirs, ses rêves un peu fous, ce papillon qui bat son ventre.

Alors elle se penche vers elle, et lui dit simplement: -Va.- "

Ce premier court roman connait un beau succès et devrait même être adapté au cinéma tant il a su convaincre ses lecteurs. Accessible, touchant, il évoque avec profondeur et intelligence le destin de femmes qui souhaitent juste trouver leur juste place dans un monde qui a tendance à les oublier...

 

Présentation de l'éditeur : Grasset ; Le livre de poche

D'autres avis : Bibliobs ; LExpress ;

Géraldine

 

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L'homme qui voulait aimer sa femme de Hervé POUZOULLIC

Publié le par Hélène

Dans Le bigorneau fait la roue, nous faisions la connaissance de Marc, un breton à la recherche du grand amour. Il avait eu la chance de rencontrer la belle Vasilissa qui a alors quitté sa Russie natale pour s'installer avec lui. Leur amour doit alors affronter quelques situations rocambolesques causées par des amis déjantés et une famille bretonne assez atypique. A trop fréquenter des bretons, on prend le risque que le ciel nous tombe sur la tête ... Cette belle idylle résistera-t-elle toutefois au temps ? L'amour fou de Marc tend à le laisser penser...

Ce que j'ai moins aimé :

Le construction est assez étrange : la première partie est consacrée à la jeunesse des tourtereaux, à leur installation, pages assez cocasses, et bien croquées. Puis la narration subit un saut temporel puisque nous retrouvons le cher couple dix ans plus tard, avec deux enfants et une certaine lassitude installée dans le couple, lassitude lancinante que cherche à conjurer Marc en décidant de raconter sa rencontre avec sa belle dans un livre. C'est là que le récit perd de sa fraîcheur, s'enlisant dans cette mise en abyme manquant d'allant. C'est dommage...

Bilan : Un récit malgré tout attachant, léger et drôle, parfait pour cet été...

 

Présentation de l'éditeur : Anne Carrière

Du même auteur : Le bigorneau fait la roue

D'autres avis : Babélio

 

L'homme qui voulait aimer sa femme, Hervé Pouzoullic, Editions Anne Carrière, mai 2018, 250 p., 18 euros

Merci à l'auteur et à l'éditeur.

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Le dernier jour d'un condamné de Victor HUGO

Publié le par Hélène

"N'y aura-t-il dans ce procès-verbal de la pensée agonisante, dans cette progression toujours croissante de douleurs, dans cette espèce d'autopsie intellectuelle d'un condamné, plus d'une leçon pour ceux qui condamnent ?"

Dans ce plaidoyer pour l'abolition de la peine de mort, Victor Hugo met en scène un homme condamné à mort, attendant jour après jour la fin, présentant ainsi l' "autopsie intellectuelle d'un condamné". Son état mental se dégrade au fur et à mesure, tant ses conditions de détention et la prison elle-même sont inhumaines. Il espère ne pas mourir mais il souhaite aussi cacher sa mort potentielle à sa famille : sa femme et sa mère, gravement malades, risqueraient en effet d'en mourir et sa fille serait alors orpheline.

Cette histoire personnelle touche à l'universel  puisqu'il s'agit d'un homme ordinaire horrifié par son sort funeste. Le destin pathétique de cet homme, renforcé par le point de vue interne, sert la visée moralisatrice et civilisatrice de l'auteur. Pour Victor Hugo, porte parole des classes opprimées, la peine de mort constitue un scandale, résurgence de la barbarie de temps révolus et digne de l'indifférence cruelle des contemporains et des institutions judiciaires. Elle est le symbole terrible d'une société malade, d'une société misérable qui rend les hommes criminels. Pour lui, le rôle de la société est de "corriger pour améliorer", il souhaite un remaniement de la pénalité sous toutes ses formes. "On traitera par la charité  ce mal qu'on traitait par la colère. Ce sera simple et sublime. La croix substituée au gibet. Voilà tout." dit-il dans la préface. La guillotine reste contraire à l'esprit du progrès social cher à Hugo.

Ce texte court et puissant signe le début d'un combat virulent qu'il mènera toute sa vie...

 

Présentation de l'éditeur : Folio

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L'armée des ombres de Joseph KESSEL

Publié le par Hélène

Dans ce roman écrit à Londres en 1943, Joseph Kessel se penche sur le "Grand mystère merveilleux qu'est la résistance française". Voici comment le présente l'auteur :

"La France n'a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n'a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie [...]
Jamais la France n'a fait guerre plus haute et plus belle que celles des caves où s'impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d'où partent ses enfants libres, des cellules de torture où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres.
Tout ce qu'on va lire ici a été vécu par des gens de France."

Ainsi Kessel met en scène plusieurs personnages, Gerbier, Jean-Francois, Mathilde, le Bison qui décident de préparer "des lendemains qui chantent" en refusant le régime oppressif et en luttant pour leur liberté. Ils rejoignent la résistance à leurs risques et périls, acceptent l'instabilité, les changements d'identité soudains, les trahisons de ceux en qui on croyait, ils acceptent de laisser quelquefois les leurs derrière eux pour repartir de zéro sans trahir, ils acceptent de vivre avec la mort en embuscade à leurs côtés, ils acceptent de tuer les traitres même si cela va à l'encontre de leur coeur, ils acceptent beaucoup pour pouvoir ensuite se regarder en face dans la glace et se dire : 

"Nous sommes seulement quatorze, mais nous sommes portés par des milliers et sans doute par des millions d'hommes. Pour nous protéger, des groupes de combat veillent sur tous les accès qui mènent à cette retraite. et se feront tuer avant que de laisser arriver jusqu'à nous. Cependant, personne ici n'a l'orgueil ni même le sentiment de puissance. Nous savons que nos soldats changent cent fois de nom et qu'ils ne possèdent ni abri ni visage. Ils vont en secret dans des chaussures informes sur des chemins sans soleil et sans gloire. Nous savons que notre armée est famélique et pure. Qu'elle est une armée d'ombres. L'armée miraculeuse de l'amour et du malheur. Et j'ai pris conscience ici que nous étions seulement les ombres de ces ombres et le reflet de cet amour et de ce malheur. Cela surtout, Gerbier, valait la peine."

Ces hommes et ces femmes ordinaires montrent la voie vers la liberté et encouragent tout un chacun à ne pas baisser l'échine devant l'oppression arbitraire. Ensemble, ils forment un réseau dense et soudé qui ébranle les pouvoirs en place. Ces hommes et ces femmes ont réellement existé, Kessel s'est en effet inspiré de témoignages recueillis lors de rencontres avec des résistants en mission à Londres pour créer ces personnages fidèles aux originaux. Ils méritent d'être découverts ou redécouverts par tout un chacun !

 

Présentation de l'éditeur : Pocket

Adapté par Melville en 1969 :

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Une bouche sans personne de Gilles MARCHAND

Publié le par Hélène

"La vie n'est ni belle ni laide, je trouve plutôt qu'elle est originale."

Le narrateur est comptable dans une entreprise lambda et passe sa journée caché dans ses chiffres à éviter toute velléité de contact avec ses collègues. Il retrouve chaque soir dans un café ceux qu'il considère comme ses amis : Sam, Thomas et Lisa, la serveuse. Il connait peu leur vie, mais a plaisir à les côtoyer tous les soirs. Un jour, il décide de se livrer davantage et de raconter peu à peu pourquoi il ne quitte jamais l'écharpe qui cache le bas de son visage. Il évoque alors son grand-père, Pierre-Jean, personnage atypique. Ce grand père "rêveur fantaisiste" racontait des histoires pour faire rire les jeunes femmes et rêver les petits garçons et souhaitait préserver son petit-fils du drame de son enfance.

"La vie est trop courte pour s'accommoder de tout ce qui va de travers. Il ne faut pas hésiter à rêver, les rêves c'est pas fait pour les chiens. Et c'est gratuit."

Petit à petit, sous la férule de son grand-père, le narrateur affronte ses souvenirs pour s'en affranchir, mais lui aussi décide de ne pas s'encombrer de la réalité, ni de la crédibilité, il transforme progressivement son présent pour oublier son passé "Il m'avait expliqué que si j'estimais que le monde n'était pas assez beau et que je n'étais pas en mesure de le changer, personne ne pourrait jamais m'empêcher de l'imaginer tel que je voudrais qu'il soit."

Ce beau conte aux accents fantasques nous emporte aux confins de la réalité, là où tout est plus supportable et admirable...

 

Présentation de l'éditeur : Aux forges de Vulcain ; Points

D'autres avis : Encensé par Noukette dont le billet est même plus beau que le roman ! ; Antigone 

 

Une bouche sans personne, Gilles Marchand, Points, 2016, 259 p., 7.40 euros

 

Sélectionné pour le prix du meilleur roman Points

 

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Une autre Aurélia et Une rencontre à Pékin de Jean-François BILLETER

Publié le par Hélène

 

Dans Une autre Aurélia, Jean-François Billeter nous livre les différentes émotions qui ont pu le traverser après la mort brutale de sa femme en 2012, après 48 ans de vie commune. En choisissant la forme du journal, le célèbre sinologue traque les stigmates de la disparition, jour après jour, le travail du deuil s'effectuant parfois à son insu. :

"10 janv. L'émotion revient d'autant plus que je tente moins de la retenir.

11 janv. Je n'ai plus de port d'attache, je vais devoir naviguer sans répit, le long des côtes ou en haute mer."

Il se perd dans le travail, dans la lecture, comme pour chercher une résonance à son malheur, Les souvenirs reviennent brusquement, la volonté de revoir l'être aimé, la nécessité de continuer, envers et contre cette mort...

Dans Une rencontre à Pékin il revient sur leur histoire, leur rencontre, la naissance du couple en Chine dans les années 60 avant la révolution culturelle. Il raconte comment cette rencontre a changé sa vie puis leur retour en 1975. Ce texte autobiographique éclaire sur l'histoire de la Chine.

Ce que j'ai moins aimé : Je n'ai pas été touchée par ces récits. Dans son préambule Billeter prévient : " Ces observations « ne touchent ni ma personne, ni celle de Wen en particulier. De tels bouleversements sont riches en enseignements d’une portée plus grande. Ils nous apprennent de quoi nous sommes faits. C’est cela qui m’intéresse au premier chef ici et justifie que je prenne la plume » Sans doute touchent-ils à l'universel car le deuil touche tout un chacun, mais paradoxalement, ces réflexions au jour le jour m'ont semblé plus intimes qu'universelles, plus psychanalytiques que philosophiques.

La rencontre quant à elle est racontée de façon très historique, anecdotique, sans romanesque. L'écriture est proche du réel, sans fioritures, sans poésie, et pour conclure, je dirais qu'elle n'est pas de celles qui me touchent, trop proche du documentaire.

 

Présentation de l'éditeur : Allia

D'autres avis : Télérama

Une lecture commune avec Eva

 

Une autre Aurélia et Une rencontre à Pékin, Jean-François Billeter, Allia, août 2017, 7 euros

 

Sélectionné pour le prix Psychologies du roman inspirant.

 

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Mort d'un cheval dans les bras de sa mère de Jane SAUTIERE

Publié le par Hélène

Jane Sautière écrit par fragments, à l'affut des traces laissées par ce qui la frôle ou envahit sa vie. Qu'elle évoque son expérience d'éducatrice pénitentiaire, les vêtements qui la parent, son expérience des transports en commun ou qu'elle s'interroge sur la maternité dans notre société, elle s'appuie sur son vécu pour tendre vers l'universel. Elle s'intéresse à ce qui est sous nos yeux comme ici les animaux qui peuplent nos vie et nos univers, ceux qui surgissent inopinément, les animaux domestiques, les comestibles, les nuisibles... Ils partagent nos vies, occupent nos espaces, quelquefois bon an, mal an, disparaissent en nous déchirant le coeur, et nous apportent bien davantage que leur simple présence. En tant qu'être dénué de la volonté et de la conscience de faire souffrir, ils nous apprennent à être pleinement là, sans projection vers l'avenir, offert à ce qui se présente. Indiscutablement vivants.

"Bien sûr mon intelligence humaine me fait comprendre ce que les bêtes ne comprennent pas. Mais il faut accepter d'évaser les chemins de la compréhension à des formes on cérébrales, aux sensations, aux perceptions, aux champs poétiques qui sont connaissance aussi. Comprendre / prendre, attraper le pollen là où il est sans savoir ce qu'il est."

En les observant, en les aimant, notre humanité se révèle, comme dans cette scène inoubliable de communion avec un chat, à regarder la lune : "Un moment, j'ai vu que  nous regardions ensemble la lune ronde, laiteuse, nous avons vu la même chose et ressenti la lueur d'un monde qui n'est pas le nôtre, qui nous inonde parfois, dont nous percevons l'étrangeté ensemble. (...) Mais nous partageons l'inconnaissable du monde, l'épreuve poétique du monde. (...) Et nous nous sommes regardé, yeux dans les yeux, en toute connaissance de cause. Regard à regard. Le moment ténu, le fil de l'humain à l'animal, à ce moment le monde est reconstitué. Un instant seulement, eu-delà de la crainte, dans la lumière laiteuse, un seul monde." p.61

 

Présentation de l'éditeur : Verticales

 

D'autres avis : Lecture commune avec Eva

 

Mort d'un cheval dans les bras de sa mère, Jane Sautière, Verticales, janvier 2018, 192 p.,

 

Sélectionné pour le prix Psychologies du roman inspirant

 

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