Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

litterature francaise

Vues sur la mer de Hélène GAUDY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Jeanne semble fuir, sept fois elle arrive dans un hôtel ou imagine ce que serait cette fuite. Elle est marquée par l'épuisement, par une fatigue lancinante qui ne donne pas son nom. Il semble que la lassitude soir liée à son couple, ce qui transparait quand elle observe le couple formé par Paul et Cécile, clients de l'hôtel où elle loge. A travers eux, se dessinent les raisons de cette lassitude : le rejet progressif du corps de l'autre, l'attrait pour quelqu'un de nouveau, l'envie d'autre chose, la tentation de la fuite. Partir pour peut-être mieux revenir :

"Se dire qu'on l'a fait, qu'on a essayé et qu'on peut maintenant reprendre le cours de sa vie. Qu'on a intérêt à s'y accrocher parce qu'on sait qu'il n'y existe plus vraiment d'échappatoire. Qu'on l'a déjà épuisée. " p 89

Le thème de la fugue est aussi vue avec certains enfants qui ressentent ce besoin, cette envie de partir vérolée au corps, pour échapper à un sentiment diffus d'insatisfaction, de dégoût.

Un charme diffus s'échappe de ces quelques pages, comme lors d'une parenthèse suspendue entre deux mondes, deux époques, deux choix. Une belle découverte !

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Partager cet article
Repost0

Miroir de nos peines de Pierre LEMAITRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Avril 1940. Louise Belmont est institutrice et travaille également dans le café restaurant de M. Jules. Elle reçoit une demande surprenante de la part d'un client régulier, et hésite à prendre des décisions qui affecteront irrémédiablement sa destinée. Durant cette drôle de guerre, quand Raoul et Gabriel sont en première ligne, engagés dans l'enfer de la guerre de la ligne Maginot, et Désiré quant à lui, trouve des rôles à sa mesure à l'arrière.

Pierre Lemaitre fait montre d'un talent de conteur hors normes, il nous emmène aux côtés de ses personnages au coeur de cette guerre, nous faisant ressentir dans nos tripes la peur des soldats, nous indignant avec la manipulation des médias, suscitant notre pitié lors de l'exode... Il crée des personnages touchants comme M. Jules ou Raoul qui gagne en épaisseur au fil de ses épreuves ou encore Désiré talentueux dans l'art de l'usurpation et inoubliable en prêtre.

Plus largement, il nous parle de la folie des hommes pris dans cette guerre absurde mais prouve aussi que le meilleur peut aussi naitre du pire...

Ce que j'ai moins aimé :

- L'apparition de deux autres personnages en cours de récit, Alice et Fernand

Bilan :

Un bon roman qui nous emporte, à la manière des romans feuilletons d'antan.

A noter qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu les deux tomes précédents

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur :  Au revoir là-haut ♥ ♥ ♥ ; Trois jours et une vie ♥ ; Cadres noirs ♥ ♥ ♥ (policier) ; Couleurs de l'incendie ♥ ♥ ♥ 

Partager cet article
Repost0

L'America de Michel MOUTOT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Vittorio est pêcheur sur une petite île au large de la Sicile. Nous sommes en 1902 et peu à peu, un clan mafieux commence à se mettre en place en mettant la main sur l'eau. Le clan des Fontarossa, le fontaniero le plus puissant de Trapani n'hésite pas à user de méthodes peu orthodoxes pour asseoir son empire.

Quand Vittorio rencontre la fille Fontarossa, Ana, il ignore qui elle est, et tombe immédiatement amoureux d'elle. Une idylle nait entre eux, mais cela aura des conséquences funestes qui obligeront Vittorio à fuir à l'autre bout du monde en Amérique, avec à ses trousses les sbires de Salvatore Fontarossa, bien décidé à se venger.

Ce que j'ai aimé :

Pas un instant de répit dans ce roman d'aventures au rythme endiablé qui décrit très bien les entrelacs subtils et violents mis en place par les mafieux pour s'assurer pouvoir et fortune. Parallèlement, nous découvrons aussi la vie des migrants en Amérique, régi aussi par des logiques communautaires. Vittorio devra rejoindre les siens pour espérer trouver sa place.

Ce que j'ai moins aimé :

L'absence de profondeur des personnages. Qu'ils s'agissent de scènes violentes engendrant des malheurs ou de scènes harmonieuses, toutes les émotions semblent glisser sur les personnages qui restent obstinément des pantins de papier.

Bilan :

Un bon roman d'aventures avec une fin percutante !

Présentation de l'éditeur : Seuil

Du même auteur : Séquoias ♥ ♥ 

Partager cet article
Repost0

Sido et les vrilles de la vigne de COLETTE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

Dans Sido Colette peint le portrait de sa mère, Sidonie, elle chante son amour pour cette femme qui s'émerveille de tout, détachée des contraintes humaines, et inculquant à ses enfants cet amour de la nature et de la liberté.

"Je célèbre la clarté originelle qui, en elle, refoulait, éteignait souvent les petites lumières péniblement allumées au contact de ce qu’elle nommait "le commun des mortels.""

Colette évoque aussi avec nostalgie les autres membres de sa famille, son père qu'elle aurait aimé mieux connaître, ses deux frères et sa sœur Juliette.

Si ce récit autour de l'enfance est émouvant, permettant de mieux comprendre l'autrice, Les vrilles de la vigne, série de courts textes reprenant les thèmes chers à Colette, est un bijou de littérature.

A côté de sujets légers comme son amour des chats, elle évoque aussi son mariage, les infidélités de son mari puis sa nouvelle vie libérée, les moments joyeux passés au music-hall, sa maîtresse, et  son amour inconditionnel pour la vie et ses merveilles :

« Quoi ?… ma vie aussi est inutile ? Non, Toby-Chien. Moi, j’aime. J’aime tant tout ce que j’aime ! Si tu savais comme j’embellis tout ce que j’aime, et quel plaisir je me donne en aimant ! Si tu pouvais comprendre de quelle force et de quelle défaillance m’emplit ce que j’aime !… C’est cela que je nomme le frôlement du bonheur. Le frôlement du bonheur… caresse impalpable qui creuse le long de mon dos un sillon velouté, comme le bout d’une aile creuse l’onde… Frisson mystérieux prêt à se fondre en larmes, angoisse légère que je cherche et qui m’atteint devant un cher paysage argenté de brouillard, devant un ciel où fleurit l’aube, sous le bois où l’automne souffle une haleine mûre et musquée… Tristesse voluptueuse des fins de jour, bondissement sans cause d’un cœur plus mobile que celui du chevreuil, tu es le frôlement même du bonheur, toi qui gis au sein des heures les plus pleines… et jusqu’au fond du regard de ma sûre amie… »

« Une journée douce de printemps, ou bien un matin mouillé d’automne, peut-être une nuit de lune, vous sentirez en votre cœur une chose inexprimable et vivante s’étirer voluptueusement, – une couleuvre heureuse qui se fait longue, longue, – une chenille de velours déroulée, – un desserrement, une déchirure soyeuse et bienfaisante comme celle de l’iris qui éclôt… Sans savoir pourquoi, à cette minute, vous nouerez vos mains derrière votre tête, avec un inexplicable sourire… Vous découvrirez, avec une naïveté reconquise, que la lumière est rose à travers la dentelle des rideaux, et doux le tapis aux pieds nus, – que l’odeur des fleurs et celle des fruits mûrs exaltent au lieu d’accabler… Vous goûterez un craintif bonheur, pur de toute convoitise, délicat, un peu honteux, égoïste et soigneux de lui-même… »

Elle chante la vie avec lyrisme et humour, transfigurant la réalité et célébrant le monde de l'enfance, le monde du vivant dans toutes ses acceptions, et pour finir la vie elle-même, l'amour, le plaisir, la liberté et l'intensité des moments vécus.

J'avais découvert ce texte à vingt ans et quelques années après (si peu...) le plaisir reste intact, la fulgurance des émotions résonnant comme une évidence.

Un texte à lire et relire !

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Partager cet article
Repost0

Maritimes de Sylvie TANETTE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

"Celui qui ne sait pas sauver son prochain se perd lui même."

Sur un îlot perdu en Méditerranée, les habitants vivent serrés entre eux, soudés, comme un seul homme. Sur le continent, une dictature fait rage. Quand Benjamin arrive et trouve refuge chez eux, ils ne posent pas de questions inutiles, comme ils n'aiment pas qu'on leur en pose, ils ont foi en l'homme et en son humanité. Ils ont leur propre monde, peuplé de créatures marines fantastiques et ont en eux des valeurs et des idées fortes, n'hésitant pas à dire "non" quand cela s'impose. Ils font front et acceptent Benjamin dans leur univers, observant avec bienveillance son histoire d'amour naissante.

A travers le portrait de ces iliens hors du commun, l'auteur célèbre l'entraide et la tolérance qui devraient gouverner tous les comportements humains.

 

Un récit magnifique, délicat et poétique  !

Présentation de l'éditeur : Grasset

Du même auteur : Amalia Albanesi

Partager cet article
Repost0

Appelez-moi César de Boris MARME

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Pendant l'été 1994 une bande de garçons part en montagne durant un camp d'été. Tous viennent de la même cité, sauf Etienne, scolarisé dans un quartier plus huppé. Vingt-cinq ans après les faits, celui-ci raconte ce qui a mené à la disparition de l'un d'eux lors d'une randonnée en montagne.
Il évoque le groupe, sa mécanique difficile pour trouver sa place et la conserver, il parle de Jessy, leader charismatique et dangereux à la fois. Chacun teste ses limites et les limites des autres jusqu'à la tragédie qui changera à jamais leurs vies ...

Ce roman peint minutieusement les dynamiques du groupe d'adolescents, les défis lancés, les secrets gardés jalousement pour que les autres n'aient pas de prises, la violence sous-jacente cachée sous des jeux plus cruels qu'ils n'y paraissent, la fascination pour celui qui se démarque, pour ce "César", rôle que tous rêvent d'endosser. Les adultes s'avèrent inopérants face à cette force du groupe et à ces personnalités si fortes.

Un récit initiatique juste et intense, porté par le suspens initial et par une analyse très fine de l'adolescence. Une belle réussite !
 
 
Présentation de l'éditeur : Plon
Partager cet article
Repost0

America[s] de Ludovic MANCHETTE et Christian NIEMIEC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Un beau matin de 1973 Amy, 13 ans, décide de partir à la recherche de sa grande sœur dont elle est sans nouvelles depuis un an. Cette dernière se rendait alors au Manoir Playboy pour tenter d'y travailler. Amy décide de la rejoindre et prend la route, quitte à devoir traverser seule tous les Etats-Unis. Tout au long de sa route, elle fera diverses rencontres, certaines peu recommandables, mais d'autres lumineuses.

Ce que j'ai aimé :

-La personnalité de Amy est attachante, la jeune fille n'a peur de rien, et s'attache facilement à ceux qu'elle croise. Elle mûrit au fur et à mesure de ses rencontres, et sort grandie de ce road-trip en apprenant finalement à suivre son propre chemin, et à aller là où son coeur la porte. .

-Le lecteur s'amuse à reconnaitre les personnalités croisées, aidé par les notes des auteurs. On prend plaisir à rencontrer Bruce Springsteen avant son succès...

Ce que j'ai moins aimé :

- Le style reste assez basique.

- J'ai regretté l'absence d'une intrigue plus fournie qui aurait apporté cohérence et crédibilité au roman.

Bilan :

Une lecture qui n'est pas désagréable mais pas non plus inoubliable...

 

Présentation de l'éditeur : Le cherche midi

Du même auteur : Alabama 1963 (bien meilleur)

Partager cet article
Repost0

L'homme que je ne devais pas aimer de Agathe RUGA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Il y a les mères qui bouffent, boivent, prennent des médicaments.

Il y a les mères qui travaillent trop.

Celles qui pleurent le matin au réveil en se demandant pourquoi.

Il y a les mères qui cuisinent, cousent, rejoignent des associations, vont à la messe.

Celles qui courent frénétiquement dès l'aube.

Il y a celles qui postent six mille photos de leurs gamins.

Il y a celles qui ne font rien de tout ça et qui tombent malades.

Et puis il y a les mères qui trompent leur mari.

Les mères qui font ce qu'elles peuvent.

Les pères aussi."

Ariane est une femme comblée, mère de trois adorables filles, aimée d'un mari beau et spirituel, femme accomplie intellectuellement, son parcours est doré. Mais ce sera sans compter sur ce grain de sable, cette phrase ou ce regard qui appelle tout à coup autre chose, et qui, consciemment ou non mène à tout remettre en question et à tout balancer par dessus bord. Pour Ariane, il s'agit de Sandro, un barman qu'elle croise un beau jour, un homme qui n'est pas fait pour elle -lui-même le dit- mais qui deviendra une obsession dont la jeune femme ne saura se défaire.

Avec une sincérité touchante, en totale transparence, Ariane, double de l'auteur, livre cette période tourmentée de sa vie. Elle s'interroge sur les modèles masculins qui ont jalonné sa vie et l'ont peut-être poussé inconsciemment à aimer cet homme interdit. Cette plongée dans les arcanes de la passion lui permet aussi d'observer la femme trop souvent cachée derrière la mère de famille débordée par un quotidien aliénant. Cette passion n'est-elle pas aussi la façon de retrouver la femme, l'adolescente tapie derrière la vie de famille trop sage et pourtant longtemps rêvée ? Une façon de retrouver sa jeunesse et de faire un pied de nez au temps qui passe et ternit l'élan initial ?

Ses paradoxes sont nombreux, mais le choix assumé de retirer tous les fards qui auraient pu maquiller cette passion et la justifier permet de les présenter dans toute leur logique déconstruite, dans leur pureté scintillante.

Quand l'expérience personnelle touche à l'universel et est relatée avec tant de pureté et d'honnêteté, de pages en pages, de mots en mots, peu à peu, cette expérience devient artistique et trouve seule sa justification.

Présentation de l'éditeur : Flammarion

Partager cet article
Repost0

Tu m'avais dit Ouessant de Gwenaëlle ABOLIVIER

Publié le par Hélène

♥ ♥

En 2015, Gwenaêlle Abolivier décide de résider trois mois dans le sémaphore de l'île de Ouessant, au bout de la Bretagne. Là, sous l'égide du phare du Créac'h, elle se prépare à un beau voyage immobile. elle explore l'île, rencontre ses habitants.

Ce que j'ai aimé :

- Le style :

"Ouessant est devenue une urgence à vivre. cet appel d'air contient tous les parfums et les humeurs du monde qui éloignent de la servitude de l'ordinaire des jours et des attentes déçues. sanglots longs qui jaillissent comme des accords de Ry Cooder. J'entendais, il y a des vies plus vraies que d'autres. Je répondais qu'est ce que le sens de la vie ? "Respire, marche, pars, va-t'en", me soufflait Cendrars. Si j'avais été pilote, je serais partie dans le ciel, si j'avais été apnéiste, j'aurais plongé vers les abysses. Ma consolation sera une île." p 13

Ce que j'ai moins aimé :

Il s'agit plus d'un journal au jour le jour, sans trame romanesque, une série de remarques sur les habitants, l'histoire de l'île.

Bilan :

Je n'ai pas été sensible à ce petit livre trop statique et linéaire.

Présentation de l'éditeur : Le mot et le reste et Pocket 

Partager cet article
Repost0

Le bonheur-du-jour de Jacques BROSSE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"On cueille la vie, ensuite on la recueille. Alors, on peut se recueillir. Ce livre est le recueil de mes recueillements." p 77

Jacques Brosse livre ici son journal sur un an de mars à mars, l'auteur notant ses émerveillements au sein de son Périgord. Il partage juste la contemplation de ce qui l'entoure, des oiseaux qui viennent picorer à sa fenêtre, se contentant d'admirer le monde, en se tournant résolument vers la nature et vers ce qu'elle a de beau et inattendu à nous offrir.

Une pépite à savourer en suivant le vol des hirondelles....

"Il faut, disent-ils, "se tenir au courant". L'actualité, la mode, les médias, la publicité, l'internet, voilà le courant qui les hypnotise et les entraine dans une vie qui ne leur appartient plus. Savent-ils seulement que les hirondelles sont de retour ? Et ils se prétendent "dans le vent". Autant en emporte-t-il !" p 15

*

"L'herbe brillante, parsemée de pâquerettes, de fleurs de pissenlit, de véroniques bleu vif que broute un petit lapin, on dirait le sol du paradis dans une tapisserie flamande encore sur le métier d'angéliques lissiers." p 15

*

"A chaque promenade solitaire sa trouvaille. Il suffit d'ouvrir l'oeil et de ne penser à rien, alors, au sein du connu, se révèle l'imprévisible. "

*

"Ecouter en silence le bruissement des feuilles dans la brise du soir." p96

*

"Le sacré, c'est l'invisible, quand parfois il daigne se manifester, quand enfin nous consentons à le voir. " p 156

 

Présentation de l'éditeur : Les éditions de la table ronde

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 > >>