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litterature francaise

Le comte de Monte Cristo de Alexandre DUMAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

1815. Edmond dantès, jeune offcier de marine, rentre à Marseille à bord du Pharaon, navire dont il a pris le commandement. Il semble voué à un avenir radieux : amoureux de la belle Mercédès, ils vont se fiancer et se marier prochainement, et il est promu capitaine par l'armateur du Pharaon, Morrel. Mais sa position enviable suscite des jalousies : Fernand, ami d'enfance de Mercédès aimerait l'évincer auprès de la belle, et Danglars, employé de Morrel, voit d'un mauvais oeil sa promulgation au rang de capitaine. Les deux hommes se liguent pour lancer de graves accusations contre Edmond, accusations qui vont lui valoir le cachot. Morrel intervient alors auprès du procureur du roi Villefort mais quand il découvre que son propre père risque d'être impliqué, il fait en sorte que Edmond soit emprisonné et oublié au château d'If.

Château d'If http: //www.gombertois.fr/marseille_chateau_dif.html

Edmond y restera quatorze ans. Il y rencontrera l'abbé Faria, vieux savant que tout le monde croit fou mais qui lui inculquera tout son savoir et sa philosophie :

"Il faut le malheur pour creuser certaines mines mystérieuses cachées dans l'intelligence humaine, il faut la pression pour faire éclater la poudre. La captivité a réuni sur un seul point toutes mes facultés flottantes ça et là, elles se sont heurtées dans un espace étroit, et, vous le savez, du choc des nuages résulte l'électricité, de l'électricité l'éclair, de l'éclair, la lumière."

Quand Edmond finira par s'évader de ses geôles, il n'aura de cesse de poursuivre ceux qui l'ont emprisonné...

Au-delà du roman d'aventures, ce classique constitue un magnifique portrait d'homme. Le comte est un être complexe, être innocent et heureux au début du roman, il se densifie au fur et à mesure, désabusé par les trahisons qui le poursuivent. Il en vient même à douter de l'amour du prochain que devrait porter en lui chaque homme. Un instant, il ne croit plus en l'humanité, pour lui l'homme n'est qu'un animal ingrat et égoïste. Son parcours le forgera, c'est un homme qui trouvera de la force dans sa dignité, et qui finira par comprendre combien il est bon de vivre après avoir voulu mourir. Attendre et espérer, tels sont pour lui les clés de la sagesse ... 

Ce que j'ai moins aimé : Quand la première partie se révèle passionnante avec ses aventures multiples, ses retournements de situation, ces êtres qui ne sont jamais ceux que l'on croit, la deuxième partie s'essoufle un peu. Centrée sur les actes philanthopiques du comte qui se fait appeler Simbad le marin, les personnages se cachent derrière des identités multiples et finissent par se confondre. Néanmoins, cette partie est enrichie par le croquis péjoratif de la société parisienne qui traitent les invités "non pas d'après ce qu'ils sont mais d'après ce qu'ils veulent être".

BilanLe comte de Monte Cristo reste un magnifique roman d'aventures aux ramifications profondes.

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche 

D'autres avis : Babelio

 

tome 1 passionnant aventures multiples
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Heureux les heureux de Yasmina REZA

Publié le par Hélène

Les heureux du titre, vous ne les trouverez guère dans ces pages relativement déprimantes. Comme si ils étaient une  espèce rare, en voie de disparition, surtout quand les hommes et les femmes s'échinent à nouer des relations à deux. Quelle erreur ! Les nouvelles de Yasmina Reza mettent en scène des couples au sein desquels sont reines les mesquineries, les petites phrases assassines, les perversités immondes, une désharmonie qui semble rédhibitoire. Quand l'une de ses narratrices affirme : "Les couples me dégoûtent. Leur hypocrisie. Leur suffisance." p.107 cela sonne comme une revendication de l'auteure elle-même qui martèle  "Je ne me suis jamais fait beaucoup d'illusions sur le couple. Je crois que littérairement je tape dessus depuis le début. Je me méfie du mot "amour". C'est un mot difficile à manier."  (Interview Jéröme Garcin pour le Nouvelobs) 

Alors bien sûr, certaines phrases sonnent juste, et l'analyse reste intelligente :

"Deux êtres vivent côte à côte et leur imagination les éloigne chaque jour de façon de plus en plus définitive. Les femmes se construisent, à l'intérieur d'elles-mêmes, des palais enchantés. Vosu y êtes momifié quelque part mais vous n'en savez rien. Aucune licence, aucun manque de scrupules, aucune cruauté ne sont tenus pour réels. A l'heure de l'éternité, il nous faudra raconter une histoire de jouvenceaux. Tout est malentendu, et torpeur." p. 66

Mais il manque une transcendance, un espoir, une folie, une passion salvatrice, une bonté qui sauverait les écrits et le monde. Ces nouvelles alignent une suite d'égoïsmes sans fin, le couple n'étant pas la seule victime de la plume acerbe de l'écrivain, les personnalités des personnages sont souvent aigries, désabusées, foncièrement mauvaises, frustrées ! Quelle vision de l'humanité ! Des êtres malheureux qui répandent le malheur autour d'eux...

"Etre heureux, c'est une disposition. Tu ne peux pas être heureux en amour si tu n'as pas une disposition à être heureux." p. 132

Laissons le Perdican de Musset répondre à cette Camille moderne :

"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueuilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompés en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueuil et mon ennui."

 

Présentation de l'éditeur : Folio 

D'autres avis : Télérama ; Bibliobs ; Le Figaro

Des avis tout aussi contrastés sur Babelio 

 

Heureux les heureux, Yasmina Reza, Folio, août 2014, 192 p., 7.10 euros

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Comment tu parles de ton père de Joann SFAR

Publié le par Hélène

♥ 

Dans ces quelques pages, Joann Sfar, auteur du magnifique Chat du rabbin, évoque les derniers jours et la mort de son père. Entre humour et émotion, il offre un témoignage touchant de l'amour d'un père pour son fils mais également un portrait en creux de lui-même en tant que fils. 

"J'ai constaté que l'on m'aimait lorsque je racontais des histoires. Et aussi quand je dessine. Tu fais une princesse, on te dit "oh, la jolie princesse". Alors tu passes ta vie à refaire des princesses pour avoir des compliments. Si à quarante-trois ans quelqu'un te passe derrière le dos et te dit "tu es encore à dessiner tes princesses" et si tu réponds "oui, sinon on m'aime plus", tu es moi." p. 72

Il évoque ainsi sa mère, ses conquêtes, son mariage, son divorce, mais aussi sa religion, la lutte incessante entre l'Israël et la Palestine...

"Voilà, mes frères, aimer la paix, c'est se mettre dans une colère folle. Plus je songe à la paix, plus je souhaite vous casser la gueule à tous. Mon papa faisait ainsi, il souhaitait la paix dans le monde et il se bagarrait tout le temps. Je crois que c'est inévitable, dès qu'on a un tout petit peu d'ambition pour l'espèce humaine, de se mettre dans une colère folle." p. 108

Ce que j'ai moins aimé : un récit qui n'est guère marquant, il s'évapore dès les dernières pages refermées. Des répétitions jalonnent le récit, dénotant un problème de construction comme si les souvenirs avaient été jetées pêle mêle sur le papier. L'auteur dit qu'il "triturait" ce texte depuis deux ans (date à laquelle il a perdu son père), le terme choisi est à l'image du livre : il garde un aspect bancal, inachevé, qui ne lui permet pas d'échapper à une certaine forme de banalité. 

Bilan : L'humour de l'auteur seul sauve ce court roman autobiographique.

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Vous aimerez aussi : Le livre de ma mère de Albert Cohen, un modèle du genre ! 

D'autres avis : Babélio ; Caroline en parle aussi ce matin (et son illustration vaut le coup d'oeil, elle a l'art de le vendre..)

 

Merci à l'éditeur; 

 

Comment tu parles de ton père, Joann Sfar, Albin michel, août 2016, 150 p., 15 euros

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Soyez imprudents les enfants de Véronique OVALDE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Atanasia Bartolome, jeune adolescente de 13 ans part sur les traces du peintre Roberto Diaz Uribe après avoir été émue par la vue d'une de ses peintures. Leurs destins se croisent puisqu'elle apprend que le peintre appartient à sa famille. La quête de son histoire devient une obsession qui la mène aux quatre coins du monde. Elle rencontre notamment à Paris un professeur spécialiste du peintre qui met en lumière les étranges disparitions qui jalonnent la vie du peintre. Il faut dire que son histoire reste liée à celle de l'Espagne sortie après 40 ans d'un régime dictatorial. 

Histoire à tiroirs aux nombreuses ramifications, Soyez imprudents les enfants résonne comme un roman d'apprentissage, à la fois réflexion sur la famille, sur le pouvoir, mais aussi sur les choix qui ordonnent nos vies.

"C'est toi qui rends puissant le puissant en acceptant son pouvoir."

Ce que j'ai moins aimé : La fadeur du personnage principal allié à quelques longueurs dans sa quête finissent par noyer l'intérêt du lecteur et à restreindre toute émotion, qu'elle soit physique, psychologique ou intellectuelle. Il faut se laisser porter par sa "petite musique" sans chercher à être marqué durablement...
 

Bilan : Il reste évident que le style de Ovaldé et la beauté des images la rendent agréable à lire. Mais cela reste une impression éphémère. 

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion 

Du même auteur : Des vies d'oiseaux ; Le sommeil des poissons

D'autres avis : Noukette et Jérôme, Caroline ; Cuné ; Mo

Télérama

 

Merci à l'éditeur.

 

Soyez imprudents les enfants, Véronique Ovaldé, Flammarion, août 2016, 20 euros

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Petit pays de Gaël FAYE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Au début des années 90, Gabriel fait les 400 coups avec sa bande de copain au fond de leur ruelle à Bujumbura au Burundi. Il respire le bonheur et l'insouciance mais une première déchirure transperce son quotidien quand ses parents décident de se séparer. Mais autour de cette famille désunie, de ce père français et de cette mère rwandaise dont la famille habite Kigali, rôde une catastrophe bien plus violente et sanguinaire...

Roman de l'enfance, Petit pays chante l'insouciance des jours sans fin passés à voler des mangues dans le jardin des voisins, à se raconter des histoires dans des vieilles voitures décatis, à se disputer pour mieux se réconcilier, à courir à perdre haleine en virevoltant dans le temps infini d'un avenir radieux, sur le sol d'un pays à la beauté pure et simple : 

"Rien de plus doux que ce moment où le soleil décline derrière la crête des montagnes. Le crépuscule apporte la fraîcheur du soir et des lumières chaudes qui évoluent à chaque minute. A cette heure-ci, le rythme change. Les gens rentrent tranquillement du travail, les gardiens de nuit prennent leur service, les voisins s'installent devant leur portail. C'est le silence avant l'arrivée des crapauds et des criquets. Souvent le moment idéal pour une partie de football, pour s'asseoir avec un ami sur le muret au-dessus du caniveau, écouter la radio l'oreille collée au poste ou rendre visite à un voisin." p. 81

Puis, tout bascule quand tout à coup la politique rattrape l'enfance, quand les différences ethniques éclatent au grand jour : 

"J'ai découvert l'antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre. Ce camp, tel un prénom qu'on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu ou tutsi. C'était soit l'un soit l'autre. Pile ou face. (...) La guerre, sans qu'on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n'ai pas pu. J'étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais." p. 133

Vient alors la perte des innocences "qui se débattaient à marcher au bord des gouffres.", l'horreur qui s'invite sur les terrains de jeu, les tueries incompréhensibles, les familles éplorées, la folie des uns pour combler le désespoir des autres. Les enfants deviennent alors des "exilés de leur enfance", parce qu'ils ont vu et vécu des choses qu'un enfant ne devrait jamais voir, ni même concevoir. Ils perdent leur enfance dans la peur dévorante, dans la haine, dans le sang. 

Dans un texte puissant, à la poésie évocatrice, Gaël Faye nous raconte un peu de son histoire, un épisode de l'Histoire de son pays. Lui-même a dû se réfugier dans l'écriture pour survivre, comme le jeune Gabriel trouve refuge dans les livres prêtés par la voisine. Mais il chante aussi la joie de l'enfance, l'amour inconditionnel pour son pays, et, au bout de l'horreur, l'espoir, comme un point ténu au fond de l'horizon...

"On en doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire. Si tu n'es pas étonné par le chant du coq ou par la lumière au-dessus des crêtes, si tu ne crois pas en la bonté de ton âme, alors tu ne te bats plus, et c'est comme si tu étais déjà mort. 

- Demain, le soleil se lèvera et on essaiera encore, a dit Prothé, pour conclure." p. 181

Essai gagnant que ce Petit pays... 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Africultures ; Les avis sont nombreux, et unanimes ! Si vous ne devez en lire qu'un de la rentrée littéraire, lisez celui-là ! 

 

Merci à l'éditeur.

Petit pays, Gaël Faye, Grasset, 2016, 215 p., 18 euros

 

Il a obtenu le Prix du roman Fnac. Vous pourrez rencontrer l'auteur :

- à la Fnac Montparnasse le mardi 20 septembre à 18h

- à la Fnac de Nantes le mrecredi 28 septembre à 17h  

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Et je danse aussi de Anne-Laure BONDOUX et Jean-Claude MOURLEVAT

Publié le par Hélène

♥ ♥

Pierre-Marie Sotto est un écrivain célèbre qui n'a pas comme habitude de répondre aux courriers de ses admirateurs. Et pourtant une correspondance s'amorce entre lui et Adeline Parmelan, une jeune femme qui lui a envoyé une mystérieux enveloppe. Une fois qu'une correspondance s'engage entre les deux êtres, Adeline demande à l'auteur de ne pas ouvrir cette enveloppe, créant ainsi un mystère qui s'épaissit peu à peu autour d'elle et de son identité. 

L'un et l'autre portent les stigmates d'une relation de couple difficile, et ils essaient de se redonner du courage mutuellement face aux incongruïtés de la vie. Et si le problème ce n'était pas le couple mais l'ennui d'une vie sans battements de coeur ? 

Ce que j'ai moins aimé :

- le style reste plus que basique et pourtant les pseudo-auteurs se lancent des fleurs en disant qu'ils ont "une plume"...

- les stéréotypes pleuvent, toujours dans le but de flatter les bons sentiments des lecteurs. 

Bilan : ensemble assez creux, seulement "mignon" à l'image de cette citation :"Est-ce que nous sommes les personnages d'un conte électronique ? Est-ce qu'à la fin nous allons nous connecter et avoir beaucoup de petits électrons ?" Suspens... 

 

Présentation de l'éditeur : Fleuve Editions ; Pocket

D'autres avis :

 

Et je danse aussi, Anne-Laure Bondoux, Jean-Claude Mourlevat, Pocket, 6.95 euros

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Le grand jeu de Céline MINARD

Publié le par Hélène

Rentrée littéraire 2016

La narratrice s'est retirée dans un refuge high tech accroché aux parois d'un massif montagneux. Elle cherche des réponses à ses questions, l'isolement étant comme une voie vers le "comment vivre" ? Si elle a tout prévu, c'est sans compter sur une nonne ermite du bout du monde qui bouleversera ses plans.
Ce personnage perché en haut de sa montagne apparaît aussi froid que les technologies mises en place pour lui permettre cette expérience du bout du monde. Aucune empathie ressentie envers cette femme dont on ne saisit pas bien les motivations profondes. Alors oui, elle se pose des questions, ô combien, mais justement, sans doute trop, peut-être mal. Ces questions perpétuelles alourdissent considérablement le récit, angoissantes, lancinantes, elles finissent par sonner creux. Artificielles plus que philosophiques. 

"On peut être en danger sans être en détresse. Dans quelles conditions ?" "Une menace est un risque précis. Et une promesse ?" "Peut-on se comprendre soi-même ? Peut-on réellement jouer seul aux échecs ?" 

"Tu acceptes qu'une forme verbale soit susceptible d'affecter ta production de glucocorticoïdes mais tu le refuses aux variations climatiques ? (...) Est-ce qu'avoir les pieds trempés quinze jours de long c'est une expérience enrichissante . En quoi ? En matière de champignon ? Est-ce que parler aux geais ça m'avance beaucoup sur le chemin de la paix de l'âme ?"

Et pourtant le thème du rapport à l'autre, entre menace et promesse était attirant :

"Si s'éloigner des humains c'était céder à l'affolement ? Refuser de prendre le risque de la promesse, de la menace. Refuser de le calculer, de le mesurer, de s'en garder. Si la retraite (le retirement), c'était jeter le risque du côté du danger, définitivement ? Si c'était choisir la peur, la panique, se choisir un maître ? Se laisser dévorer par la promesse et la menace, sans même qu'elles s'annoncent ? Vaut-il mieux s'éloigner du danger ou tenter de le réduire ? A quelle distance une relation humaine n'est-elle qu'un risque ? A quelle distance est-elle inoffensive ?

Est-ce que la surprise est une solution ? Une sauvagerie ?" p. 124

Stylistiquement parlant, ce choix assumé de poser des questions perpétuellement noie le propos et la personnalité de la narratrice qui manque alors de subtilité, de profondeur, de contours. 

Et puis parlons de cette nonne sortie de nulle part, personnage étrange autant qu'inquiétant. Quel rôle joue-t-elle ? Métaphorique ? A vouloir trop en faire, on se perd en chemin... Une déception ! 

 

Présentation de l'éditeur : Rivages 

D'autres avis : Cathulu. Dans L'express, un pour un et un contre s'affrontent... Pour les Inrocks il sonne creux, quand Télérama l'encense

Un roman qui divise indubitablement...

Du même auteur : Faillir être flingué

 

Le grand jeu, Céline Minard, Rivages, 190 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Le syndrome de la vitre étoilée de Sophie ADRIANSEN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Ce qu'on traverse, tout de même. Ce qu'on partage. La façon dont on se soutient les uns les autres, parfois avec maladresse, mais sans faillir. Je crois que c'est quelque chose de grand.

Ce que le corps traverse, aussi." p. 277

Stéphanie est en couple. Après dix ans à deux, Guillaume et elle aspirent à être trois, mais le troisième se fait attendre. Des jours, des mois passés à lancer des phrases optimistes "Je n'ai presque plus de tampons. J'aurai un bébé dans le ventre avant la fin de la boîte." , des mois durant lesquels l'espoir sombre peu à peu remplacé par cette obsession  : jouir pour procréer... La pression arrive, crescendo, portée par les conseils absurdes de l'entourage "il ne faut pas y penser et cela arrivera." ; ou les remarques décalées de la mère ou de la tante  "Quand on prend du poids, tomber enceinte peut s'avérer moins facile. Tu es sûre que tu veux reprendre de la tarte ?" p.59 ; "Champagne pour tout le monde ? Ou quelqu'un aurait-il quelque chose à annoncer ? Non ? Alors champagne pour tout le monde !" p.58

La narratrice parle avec à la fois gravité et humour de ce parcours du combattant vécu par un couple sur cinq. Elle évoque le désespoir qui peut  saisir la jeune femme qui voit ses copines tomber enceintes les unes après les autres, quand elle, contemple son ventre désespérément plat. Le désespoir qui prend à la gorge quand le parcours se complique, quand le corps médical commence à jouer un rôle, que ce soit par le biais des analyses poussées ou plus tard des inséminations douloureuses. Elle ne nous épargne rien de cette plongée dans un univers froid, du manque d'humanité du corps médical aux positions humiliantes, de la douleur physique, du manque d'accompagnement psychologique. Mais elle parle aussi de la suite, de la résurrection, de la libération, et sa personnalité lumineuse éclaire les pages les nimbant d'une aura singulière.

La forme même de ce drôle de journal intime, fait de fragments éclatés, d'articles, d'analyses biologiques, de statistiques,  de citations décalées ("Il va nous falloir un plus gros bateau." citation des dents de la mer), d'injonctions maternelles, de souvenirs, pose le roman comme une métaphore de l'identité éclatée et de la difficulté d'être soi dans un monde de conventions.

"La vitre étoilée, c'est celle du flipper qui, sous les coups des joueurs frustrés d'avoir laissé échapper la bille, se brise sans se disloquer. Les fissures lui confèrent un aspect céleste. C'est quand tout est brisé à l'intérieur alors qu'à l'extérieur tout semble tenir. On peut même trouver ça joli. Après généralement, ça fait tilt."

Le parcours vers soi est long dans ce roman lumineux doté de ce petit "supplément d'âme", mais la liberté retrouvée n'a pas de prix.

"La vie sait se montrer savoureuse avec ceux qui osent la laisser venir à eux." p.284

 

Présentation de l'éditeur : Fleuve éditions

D'autres avis : Lili galipette ; Caroline

Du même auteur : Je vous emmène au bout de la ligne  ♥ ♥ (Essai)  Quand nous serons frère et sœur ♥ ♥ ; Grace Kelly ♥ ♥ (bio) ; Max et les poissons ♥ ♥ ♥ ♥ (Roman jeunesse) ; Naître et grandir en musique  ♥ ♥ (doct) ; Les grandes jambes ♥ ♥ ♥ (Roman jeunesse)

Son site : http://www.sophieadriansen.fr/

 

 Merci à Sophie !

 

Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen, Fleuve éditions, août 2016, 352 p., 19.50 euros

 

 

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Trois jours et une vie de Pierre LEMAITRE

Publié le par Hélène

Bienvenue dans un univers glauque ! L'auteur semble-t-il voulait s'interroger sur les conséquences de nos actes. Il a donc choisi un jeune garçon de douze ans responsable de la mort d'un autre petit garçon de 6 ans. En proie à la panique après avoir tué le petit Rémi dans un accés de colère, Antoine décide de cacher le corps et de se taire. Les recherches pour retrouver le petit Rémi s'organisent alors dans le petit village de Beauval,  microcosme dans lequel les conflits s'exacerbent... Observant de loin les uns et les autres s'agiter pour résoudre le mystère de la disparition du petit garçon, Antoine tremble...

Si Pierre Lemaître maîtrise indéniablement l'art de la narration, l'ensemble de son roman m'a semblé creux, basé sur un fait divers somme toute sordide. Le suspens demeure l'élément principal qui nous laisse accroché aux pages : Antoine sera-t-il découvert ? Mais la construction reste bancale, puisque au moment où les recherches battent leur plein, une tempête violente inopinée sévit sur Beauval, plaçant soudainement au second plan la disparition. Tempête artificielle, placée ici pour permettre à l'auteur de s'abstraire rapidement du présent. Que faire après la tempête si "brillamment" trouvée ? Deux ellipses temporelles permettent un autre retournement de situation tout aussi soudain, la première nous lance en 2011, puis la deuxième en 2015, aussi vides de sens l'une que l'autre.

Alors oui, la peinture d'une petite vie de province étriquée est plutôt bien rendue, ainsi que cette volonté de fuir chevillée à Antoine mais je n'ai guère compris où voulait en venir l'auteur ! Une déception, un roman inabouti après l'excellent Au revoir là-haut.

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Du même auteur : Au revoir là-haut ; Mise en BD avec Christian DE METTER : Au revoir là-haut

D'autres avis : Jérôme ; Alex  ; Sandrine ; Delphine  ; Clara 

 

Trois jours et une vie, Pierre Lemaître, Albin Michel, mars 2016, 288 p., 19.80 euros 

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Rien ne résiste à Romica de Valérie RODRIGUE

Publié le par Hélène

♥ 

"Il y a la pauvreté mais il y a aussi la famille, les enfants, l'amour. Sans tout cela, il n'y aurait que la pauvreté." p. 72

Après le discours de Nicolas Sarozy en 2010 dans lequel il stigmatisait les Roms et créait un amalgame dérangeant entre Roms, gens du voyage et délinquance, Valérie Rodrigue, journaliste dans des magazines féminins, s'insurge et décide de réagir, de militer. Dans un premier temps, elle s'investit auprès des enfants et propose de l'aide aux devoirs dans un village d'insertion rom roumain dans le 93. Puis, un beau jour, son chemin croise celui de Romica, une jeune rom enceinte faisant la manche avec son enfant. Touchée par la détresse mêlée de colère de la jeune femme, elle s'intéresse à elle et une amitié improbable voit alors le jour. Délicatement, des liens profondément humains se tissent entre elles. Valérie devient "l'ange gardien" de Romica, lui rappelant qu'elle a des droits sur le sol français, et qu'elle a aussi le droit de croire à ses rêves "Enfin, parce qu'elle avait un rêve, Romica, celui de devenir médecin. Mais la vie de misère n'autorise pas les rêves, seulement le mariage à l'âge de la puberté et les grossesses non désirées à la suite. C'est ça naître fille et rom dans les Balkans." (Source http://www.huffingtonpost.fr/)

Elle offre ici le témoignage de cette rencontre et de cette communauté stigmatisée. Ce sont des hommes et des femmes qui doivent toujours reconstruire, ailleurs, encore et encore parce qu'ils sont chassés, expulsés, parce que leurs camps sont incendiés. Des êtres touchants qui se heurtent pourtant aux préjugés, aux phrases toutes faites, à la méfiance collective, résonnant des discours habituels ""Qu'ils travaillent au lieu de faire la manche." "Dans une situation pareille on ne fait pas d'enfants." "Ils ont des enfants pour les faire mendier." "Ils viennent ici pour les prestations sociales." "Encore faut-il qu'on leur donne le droit de travailler et la possibilité d'engager une nounou pour garder leurs enfants ...

"S'ils mendient, c'est qu'ils n'ont rien, ni argent, ni nourriture, ni bien à échanger. Si les mères mendient avec leurs enfants, c'est qu'elles n'ont pas d'autre choix, à moins de les laisser tout seuls dans la cabane du bidonville. Elles n'ont qu'à les confier ? A qui ? A une nourrice agréée ?

Pour obtenir des prestations sociales (CAF, CMU), il faut pouvoir justifier d'un domicile, d'un séjour régulier et de ressources déclarées. Autant dire que cela concerne des gens qui ont déjà des acquis. Autant dire une infime minorité.

L'Aide médicale d'Etat est rarement accordée, seulement dans 7% des cas éligibles. Parce qu'il est difficile de comprendre la paperasse française, sauf à avoir été scribe dans une autre vie, parce qu'il faut avoir une domiciliation, parce qu'il faut attendre la réponse environ trois mois, sans se décourager malgré les expulsions et les ordres de quitter le territoire français." p. 62

Valérie Rodrigue peint des réalités là où ne règne que des préjugés, elle s'est intéressée à ces êtres humains démunis en suivant la jeune Romica. Elle raconte les aberrations administratives, le parcours du combattant pour obtenir un bout de papier nécessaire à la survie et à l'intégration, la difficulté de se faire comprendre pour des populations qui ne parlent pas toujours le français, mais elle montre aussi que l'espoir peut être au bout du chemin. 

Ce récit d'une vraie rencontre, entre deux femmes d'univers opposés, résonne profondément dans nos esprits. "Romica, c'est Dora, jeune femme rom roumaine de 25 ans, arrivée en France en 2008 par le circuit des passeurs. Elle ne s'attendait ni à cette misère ni à faire la mendicité. Venant d'un ancien pays communiste où la contraception était interdite, elle a eu quatre enfants (mariée à 14 ans) et plusieurs avortements sauvages sur les bidonvilles."

@Le Parisien

Ce que j'ai moins aimé :

Le style est assez basique, très journalistique, décrivant un état de fait sans aucune fioriture. 

Bilan : Un beau témoignage brut qui met en avant l'importance des liens humains et la foi en l'humanité. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions Plein Jour

D'autres avis : Antigone ; Clara ; Paolina

Revue de presse 

 

Merci à l'éditeur.

 

Rien ne résiste à Romica, Valérie Rodrigue, Plein jour, mars 2016, 176 p., 17 euros

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