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litterature francaise

Que ma joie demeure de Jean GIONO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Une seule étoile, dit Bobi.

- Où ?

Un petit point rouge, clignotant sur l'horizon, du côté du nord.

"Non, dit Jourdan, ça doit être une lampe dans la montagne.

- On pourrait s'y diriger dessus.

- A quoi ça servirait ? dit Jourdan.

(...)

"Ca servirait à aller vers une étoile qui est une lampe dans la montagne, dit Bobi. Pas plus." 

Sur le plateau provençal de Grémone Jourdan laboure son champ en pleine nuit, mû pour il ne sait quel instinct. Il sent que quelqu'un va venir et changer sa vie, chasser l'ennui. Et quelqu'un vient : Bobi, acrobate poète qui lui demande du tabac. Bobi va changer la vie des habitants du plateau en réveillant leur appétit de vivre. Désormais Jourdan refuse de faire du "travail triste" , il veut de la joie, parce que les hommes ont besoin de cette joie. Ainsi il décide de planter un champ de narcisses pour égayer le plateau et de prendre un cerf : 

"Aujourd'hui le cerf, c'était goûter le goût de l'hiver, de la forêt nue, des nuages bas, marcher dans la boue, entendre les buissons qui griffaient sa veste de velours , avoir froid au nez, chaud dans la bouche; Il se sentait libre et agréablement seul." p. 339

@france3 

De petits gestes aux grands rassemblements, les hommes apprennent le bonheur de l'inutile, ils reprennent leur juste place dans le grand ordonnancement de la terre, accordés aux rythmes des saisons et de la nature, dans une sorte de panthéisme cosmique : 

"Toujours, toujours, sans arrêt, parce que le sang ne s'arrête pas de battre, et de fouler, et de galoper, et de demander avec son tambour noir d'entrer en danse. Et il appelle, et on n'ose pas. Et il appelle, et on ne sait pas s'il faut... Et on a dans tout son corps des désirs, et on souffre. On en sait pas et on sait. Oui, vaguement on se rend compte que ce serait bien, que la terre serait belle, que ce serait le paradis, le bonheur pour tous et la joie. Se laisser faire par son sang, se laisser battre, fouler, se laisser emporter par le galop de son propre sang jusque dans l'infinie prairie du ciel lisse comme un sable." p. 189

Ils se font présents à eux-mêmes et au monde grâce à Bobi, figure christique pourvoyeur d'espérance, de solidarité, d'amour... 

Et pourtant, l'inquiétude continue de les ronger : 

"L'inquiétude. Toujours attendre. Toujours vouloir, avoir peur de ce qu'on a, vouloir ce qu'on n'a pas. L'avoir, et puis tout de suite avoir peur que ça parte. Et puis, savoir que ça va partir d'entre nos mains, et pus ça part d'entre nos mains. J'allais dire : " comme un oiseau qui s'échappe" non, comme quand on serre une poignée de sable, voilà. Ca, je crois que c'est obligé, qu'on l'a en naissant, comme les grenouilles qui en naissant ont une coeur trois fois gros que la tête." p. 254

La joie n'est-elle pas une utopie éphémère qui file entre les doigts de celui qui cherche à la retenir ? 

"Pourtant, des fois, le soir, seul au bord des routes, assis à côté de mon petit sac, en regardant venir la nuit, regardant s'en aller le petit vent dans la poussière sentant l'herbe, écoutant le bruit des forêts, j'avais parfois presque le temps de voir mon bonheur. C'était comme le saut de la puce : elle est là, elle est partie, mais j'étais heureux et libre." p. 265

Si la joie ne dure pas, elle est pourtant là, tout près, palpable dans des instants fulgurants qui transcendent l'être humain. 

"Il faudrait que la joie soit paisible. Il faudrait que la joie soit une chose habituelle et tout à fait paisible, et tranquille, et non pas batailleuse et passionnée. Car moi je ne dis pas que c'est de la joie quand on rit ou quand on chante, ou même quand le plaisir qu'on a vous dépasse le corps. Je dis qu'on est dans la joie quand tous les gestes habituels sont des gestes de joie, quand c'est une joie de travailler pour sa nourriture. Quand on est dans une nature qu'on apprécie et qu'on aime, quand chaque jour, à tous les moments, à toutes les minutes tout est facile et paisible. Quand tout ce qu'on désire est là." p. 427

Dans ce texte sensuel Giono revisite notre façon de voir le monde. Il propose une autre façon de travailler sans accumuler l'argent ou le pouvoir, en le partageant plutôt pour embellir l'environnement et les conditions de travail. La mise en commun presque communiste des champs permet d'évoluer. En changeant l'homme il sera possible de changer la société qui le régit et de rétablir un rappport harmonieux avec la nature même si cette entreprise utopique se heurte à l'égoïsme des hommes et au plaisir charnel. La liberté créatrice doit éclater. 

"Ce n'est pas vrai. S'il n'y avait pas de joie, il n'y aurait pas de monde. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de joie. Quand on dit qu'il n'y a pas de joie, on perd confiance. Il ne faut pas perdre confiance. Il faut se souvenir que la confiance c'est déjà de la joie. L'espérance que ça sera tout à l'heure, l'espérance que ça sera demain, que ça va arriver, que c'est là, que ça attend, que ça se gonfle, qua ça va crever tout d'un coup, que ça va couler dans notre bouche, que ça va nous faire boire, qu'on n'aura plus soif, qu'on n'aura plus mal, qu'on va aimer." p. 494

 

Présentation de l'éditeur : Livre de poche  ;  Grasset 

D'autres avis : Dominique 

 

Que ma joie demeure, Jean Giono, Le livre de poche, 1974, 6.60 euros

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Danser les ombres de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

♥ 

Ce jour-là Lucine revient sur les traces de son passé à Port au Prince pour annoncer la mort de sa jeune soeur. Elle a quitté la capitale pour Jacmel pour s'occuper de sa soeur et de ses enfants, mais comprend en parcourant ces routes qu'elle souhaite désormais rester ici. Elle se souvient de l'élan qui la portait dans sa jeunesse pour défendre son pays, de l'élan de vie qui l'animait et est bien décidée à reconquérir son bonheur après ces années de sacrifice pour sa famille. 

Saul lui aussi a laissé derrière lui les années de luttes auprès de sa soeur Emeline. Parti à Cuba pour étudier la médecine, il revient sans diplôme mais pratique tout de même son métier en dilettante. 

Leurs routes vont se croiser à la lignée des chemins. 

Cette première partie avant le tremblement de terre est belle, avec cette simplicité de Laurent Gaudé qui sait planter des décors et les personnages. Malheureusement au mitan du roman (précisément) tout bascule : le bonheur est exagéré, indécent, point culminant et l'on sait qu'il va être détruit par le séisme. Puis viennent les secousses meurtrières qui renversent le monde. Tout devient sans dessus dessous, les morts dansent avec les vivants dans une atmosphère surnaturelle. On n'y croit plus. Le pathétique fait son entrée, lui qui était jusqu'ici savamment contenu. 

Une déception ! 

 

Présentation : Actes Sud 

D'autres avis : CarolineAproposdes livresLaure ; Noukette 

Du même auteur Ouragan  Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège ; La mort du roi Tsongor 

 

Danser les ombres, Laurent Gaudé, Actes Sud, janvier 2015, 256 p., 19.80 euros

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Chemins de Michèle LESBRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"La vie était ainsi, pleine de dangers, mais aussi de moments radieux qu'il fallait saluer comme tels."

La narratrice est entre deux maisons, errant dans un temps indéfini, entre passé et futur. Un homme lisant sous un reverbère la ramène des années en arrière vers son père, être insouciant à qui les aléas du couple ne convenait pas forcément. La jeune femme se souvient alors de loin en loin de scènes marquantes qui l'ont construite.

Elle se laisse porter par le rythme sporadique des souvenirs et avance doucettement dans cet espace temps vague, vivant au jour le jour. 

"J'ai soulevé le chien dans mes bras, il était lourd, chaud, je le serrais en enfouissant mon visage dans sa fourrure, dans cet état d'exaltation qui parfois me transporte au-dessus des mots que je ne trouve pas pour exprimer ces moments radieux où le corps exulte, où il n'est plus dans la retenue, l'apparence, où une joie secrète se déploie dans le silence. Il n'y a pas de mots pour ces instants-là." p. 94

Cette ouverture au présent lui permet de faire des rencontres lumineuses comme cet éclusier, rencontré puis quitté au matin, parce qu'il faut continuer à avancer sur ce chemin de halage, vers on ne sait quel futur. La quête est avant tout une quête personnelle, alliance subtile entre passé mélancolique et présent suspendu. La perte du passé n'est pas un malheur bien au contraire :

 "Je pensais  que les tas de pierre et de gravats, le bâtiment encore debout et tristement poussiéreux, faisaient partie de mes petites ruines intimes, de mes petites fins, de tout ce qui a été et qui n'est plus, comme dans toute vie. Il n'y avait aucune tristesse dans cette pensée, bien au contraire, c'était le sentiment d'éprouver tout le chemin parcouru depuis ces années où ces murs étaient mon univers. Leur disparition ne changeait rien. Je me sentais pleine de cette mémoire, de toutes ces longues années qui me ramenaient là." p. 128

Le rythme lancinant, indécis permet de vivre des interstices temporels dans lesquels se glissent subrepticement la lumière. La prose poétique rayonnante de l'auteur suit avec une délicatesse infinie les errances paisibles de la narratrice qui suit ses chemins, pas après pas. 

 

Présentation de l'éditeur : Sabine Wespieser

 

D'autres avis : TéléramaFrance Inter revue de presse 

SabineLeiloona 

 

Chemins, Michèle Lesbre, Sabine Wespieser éditeur, février 2015, 144 p., 16 euros

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Un cirque passe de Patrick MODIANO

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Jean le narrateur, jeune homme de 18 ans est interrogé par la police car son nom apparaît dans une enquête. Juste après lui, une jeune femme est également convoquée. Ce maigre lien intrigue le narrateur qui se lie avec la jeune femme. Autour d'eux, gravitent des êtres louches, fantasmagoriques. Le père du narrateur s'est enfui en Suisse pour une obscure raison, et son appartement est occupé par Grabey, un ami aux activités tout aussi nébuleuses. La jeune Gisèle cache des valises au contenu lourd chez Jean et elle fréquente des milieux interlopes. Chacun garde ses secrets tapis au fond de sa mémoire, ne distillant les informations que sporadiquement. Ainsi Jean évolue dans une atmosphère cotonneuse, trouble, en gardant en ligne de mire un ailleurs mythique, Rome, comme un échappatoire à une réalité désoeuvrée. 

Comme toujours chez Modiano, l'histoire est accessoire, l'atmosphère prend le pas dans ce roman datant de 1992. Les héros déambulent entre Paris et Boulogne, villes-personnages essentielles. La petite musique de Modiano se fait entendre au cours de cette lecture fluide et comme un air entêtant, elle ne vous quitte plus.

 

Lecture commune organisée par Ys pour Modiano qui fête aujourd'hui ses 70 ans 

 

Du même auteur :  L'herbe des nuits  ; L'horizon  ; Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier Dimanches d'août 

Présentation de l'éditeur Gallimard 

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Deux étés de Erik ORSENNA

Publié le par Hélène

♥ 

Le grand conteur Erik Orsenna nous emmène sur l'île de Bréhat, son fief, pour nous livrer une histoire qu'il a lui-même vécue : dans les années 70 débarque sur l'île Gilles avec ses 47 chats. Traducteur, il suit son rythme de croisière pour traduire, sans être inquiété puisqu'il préfère les auteurs défunts. Il se laisse ainsi porter par le balancement de l'île, travaillant de moins en moins. Jusqu'au jour où il accepte de traduire Ada de Nabokov, et les exigences et les délais changent radicalement. Quatre ans plus tard Gilles n'a toujours rien envoyé et l'éditeur se fait de plus en plus pressant. Les îliens - dont l'auteur- lui propose leur aide et, durant deux étés, vont s'investir dans ce projet fou et devenir des corsaires : 

"Quel est le travail du corsaire ?

Quand un bateau étranger lui plaît, il l'arraisonne. Jette l'équipage à la mer et le remplace par des amis. Puis hisse les couleurs nationales au sommet du plus haut mât. Ainsi fait le traducteur. Il capture un livre, en change tout le langage et le baptise français." p. 26

Tous se heurtent alors aux limites inhérentes à la traduction : comment rendre perceptible les envolées lyriques d'un auteur, sa légèreté ?

"Comment rendre en français la promenade ailée de la narration dans ce bric-à-brac, comment faire passer cette légèreté, cette liberté, cette fantaisie de papillon butinant le monde ?" p. 53

De ses lignes déborde un amour inconditionnel pour la langue française et pour la littérature au travers de Nabokov, personnalité particulière, exigeant, visant le Nobel, et capable d'envolées lyriques à la sensualité communicative...

L'auteur nous offre ici encore un récit ciselé, dans le cadre idyllique de cette île à laquelle il est tant attaché : 

"Pour notre famille de moyenne bourgeoisie assez ennuyeuse, il y avait un élément de rêve, de dépassement, de voyage, c'était Bréhat. Enfants, adultes, nous ne pensions qu'à ça toute l'année. Bréhat, c'est la mer, le port, la lecture, le rendez-vous du bonheur, de la liberté de mouvement et de penser. On a treize mètres de marnage, c'est un des records du monde. D'heure en heure le paysage change. Une île est par définition fragile, nomade. Tout le monde a peur qu'elle se dissolve à un moment donné ou parte à la dérive. Alors on navigue, d'un morceau de terre à un autre, d'un livre à l'autre, d'une langue à une autre. Je suis de plus en plus frappé par la similitude entre le fait d'écrire «il était une fois» et celui de hisser la voile. " (source : L'Express)

Sa parfaite connaissance du lieu et son acuité d'observation lui permettent de brosser des portraits cocasses et vivants des habitants et de l'atmosphère de l'île. L'harmonie et la complicité prévalent durant ces deux étés lumineux. 

Un beau récit fantaisite et optimiste. 

 

D'autres avis : Blogs : Caroline, Géraldine / Presse : Libération 

Présentation de l'éditeur : Fayard ; Le livre de poche

 

Deux étés, Erik Orsenna, Le livre de poche, 1998, 192 p., 4.90 euros

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Dans l'or du temps de Claudie GALLAY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"En terre hopi, l'individu seul n'existe pas. Chaque homme fait partie d'un Tout. Du vivant et de l'inerte.

Il n'y a pas de solitude." p. 159

Un été en Normandie. Le narrateur passe l'été dans sa maison Le téméraire avec sa femme et ses jumelles de 7 ans.  Mais une langueur l'envahit, le poussant à quitter la maison et la vie familiale dés qu'il le peut. Au fil de ses errances, il rencontre une vieille dame, Alice, et sa soeur Clémence. Irrémédiablement attiré par cette femme, il revient vers elle, s'éloignant peu à peu de sa vie de famille. Les deux comparses se laissent couler dans le temps qui passe, ils boivent du loupiac au Grand Hôtel de Cabourg, visitent l'église de Varengeville...

"J'aime venir ici. Dans les églises en général, mais dans celle-ci tout particulièrement. On croit toujours qu'on va trouver des solutions. Dans ces endroits... Des réponses à toutes les questions. Mais c'est un leurre." p.52

Jour après jour, Alice dévoile des pans de sa jeunesse et notamment sa relation avec les surréalistes. Cette femme étonnante a en effet côtoyé Breton, ami de son père, lors de son voyage aux Etats-Unis en Arizona dans les années 40. Elle raconte la fascination du chef de file des surréalistes pour les indiens hopis.

"De profondes affinités existent entre la pensée dite "primitive" et la pensée surréaliste, elles visent l'une et l'autre à supprimer l'hégémonie du conscient, du quotidien, pour se porter à la conquête de l'émotion révélatrice." 

"C'est un monde étrange... Un monde où les croyances s'expriment dans toute chose. Dans les kachinas mais aussi dans les dessins, les fresques de sable. Elles s'expriment , hurlantes, dans les masques." p. 71

Breton dira dans sa correspondance qu'il "trouve ici, enfin, la preuve de la communication possible entre l'homme et la nature." p. 159

Alice initie le narrateur à cette pensée lointaine qu'il connaît également puisque son père tenait une galerie d'art. Il trouve chez Alice des kachinas, poupées sacrées qui incarnent les esprits chez les hopis, figurines que Breton voudra posséder à tous prix, parce qu'elles lui donnent l'impression qu'il peut dialoguer avec l'invisible. "Je veux m'approprier leur pouvoir." Sa rencontre avec Don C. Talayesva, auteur du célèbre Soleil hopi, sera décisive pour lui. Les surréalistes lui écriront une lettre dans laquelle ils lui rendront hommage :

"Contre toutes les formes d'oppression et d'aliénation de la société moderne, que nous combattons de notre place, tu es pour nous l'homme dans toute sa vérité originelle merveilleusement sauvegardée et aussi dans toute sa dignité." p 85

Plongée passionnante dans l'univers des surréalistes et des indiens hopis, ce beau roman porté par le style pur et incandescent de Claudie Gallay, se glisse dans les interstices de la vie, dans les silences plus parlants que tous les mots.

"Je pensais à Otto.

A ces destins croisés. Ces violences qui, sous couvert d'ndfférence, brisent la quiétude des hommes. Tous ces rêves qe l'on fait . Qui nous portent et parfois nous tuent. Et s'ils ne nous tuent pas, ils nous amenuisent. Comme autant de déceptions. D'amours déçus. " p. 312

Avec discrétion l'auteure exprime le mal-être lancinant qui s'installe jour après jour dans la répétition d'un quotidien dans lequel on ne trouve plus sa place. Le narrateur aimerait être envoûté par sa vie de famille, mais l'aventure de Alice le passionne davantage.

"La mer, la plage, la lumière pâle de cette fin d'après-midi. Anna et les filles marchaient devant moi. Je les regardais. Sans doute le bonheur était encore possible.

Anna s'est retournée. Elle m'a attendu. Elle a dit, "C'est quand même bien l'été, c'est un peu comme à Saint Malo dans les films de Rohmer."

- C'est à Dinard,, Rohmer, j'ai répondu.". p. 119

Un très beau roman tout en retenue.

 

Présentation chez Actes Sud

Du même auteur : Les déferlantes   ; L'amour est une île  ; Une part du ciel 

Extraits de presse :

“L’envoûtant récit d’une rencontre et d’une initiation, d’une grande beauté formelle.” Michel Abescat, Télérama
“L’écriture de Claudie Gallay tient de la magie.” Robert Verdussen, La Libre Belgique
“Une fiction très singulière qui ne cesse d’ouvrir et de refermer des portes sur des secrets enfouis.” Christine Ferniot, Lire
“Avec finesse, Claudie Gallay transmet la tentation de l’aventure.” Daniel Martin, L’Express
“Un texte passionnant, original et très émouvant.” Laurence Patrice, Page 
“D’une plume aux beautés marginales, Claudie Gallay écrit le quotidien, rêves inclus. Sans les trahir.” Pascale Haubruge, Le Soir
“Une histoire poétique et fascinante.” Nathalie Vallez, Elle

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L'épuisement de Christian BOBIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Lire pour se cultiver, c'est l'horreur. Lire pour rassembler son âme dans la perspective d'un nouvel élan, c'est la merveille." p. 66

En peu de mots, Christian Bobin offre l'essentiel : à partir d'une réflexion sur l'écriture, il nous livre la poésie du monde, nous fait prendre conscience du pouvoir des mots, nous emmène sur les ailes de l'espoir, du bonheur, du partage. 

Tout à coup, le sens de la lecture s'éclaire, la vie s'éclaircit :

"Je crois que c'est ça, un artiste. Je crois que c'est quelqu'un qui a son corps ici et son âme là-bas, et qui chercher à remplir l'espace entre les deux en y jetant de la peinture, de l'encre ou même du silence." p. 30

"L'écriture, par le rythme d'une voix, le mouvement d'une phrase, calme la conscience ordinaire, et réveille une conscience du dessous, plus fine, à vif : l'écrivain est à la fois anésthésiste et chirurgien. Il endort l'âme avant de l'ouvrir." p. 55

Il apprend à aimer les autres, à aimer le monde, à s'aimer soi pour accueillir, ensuite, dignement, les autres et le monde. 

"J'ai toujours craint ceux qui ne supportent pas d'être seuls et demandent au couple, au travail, à l'amitié voire, même au diable ce que ni le couple, ni le travail, ni l'amitié ni le diable ne peuvent donner : une protextion contre soi-même, une assurance de ne jamais avoir affaire à la vérité solitaire de sa propre vie. Ces gens-là sont infréquentables. Leur incapacité d'être seuls fait d'eux les personnes les plus seules au monde." p. 26

@folio

Etre solitaire, il peuple pourtant ses jours et ses phrases de rencontres confondantes : il convie des auteurs comme Maeterlink quand il parle de la substance des conversations ordinaires, Camus et son "étranger", des musiciens comme Glenn Gould qui lui apprend que "ce qui contrarie notre vie ne fait à terme que la fortifier", Jacques Tati et certaines scènes de "Mon oncle", des enfants qui dans leur innocence nous donne quelquefois des leçons de vie, une phrase d'André Dhôtel...

"La vie n'est pas une plaisanterie

Tu la prendras au sérieux,

Comme le fait l'écureuil, par exemple,

Sans rien attendre du dehors et d'au-delà,

Tu n'auras rien d'autre à faire que de vivre." Nazim Hikmet

Un texte essentiel d'une poésie et d'une beauté rare. 

 

Antigone est aussi sous le charme 

Edité chez Folio  

Il s'agit d'une réédition d'un texte datant de 1994. 

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Hortensias de David THOMAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Les souvenirs ne sont pas faits pour être justes et vrais, ils sont faits pour être ces terriers dans lesquels on s'engouffre pour souffler un peu du présent."

Mon avis :

La patience des buffles sous la pluie  fut le premier titre dont j'ai parlé sur ce blog en 2010. Parce qu'il m'avait touché, parce que j'avais trouvé ses pages très justes, parce que j'avais ri, parce que j'avais été émue, parce que l'auteur était discret, parce que l'éditeur n'était pas connu... Je ne pouvais donc que revenir vers mes premières amours 5 ans après -parce que, oui, je l'affirme, je suis une femme fidèle- ! Et c'est avec un immense plaisir que j'ai retrouvé le discret David Thomas, toujours un peu dépressif, mais toujours drôle, décalé et intelligent. Cette alliance subtile entre le désespoir et la lucidité donnerait presque envie d'entamer une petite dépression tellement la lumière finit par jaillir des heures sombres, plus pure que jamais.

Il met en scène Gabriel Vialle, cinquante ans qui apprend la mort de sa mère et décide simultanément de mettre fin à une relation passionnelle aliénante. Pour ce faire, il choisit une méthode radicale visant à la fois à faire son deuil et à éviter la furie nommée Irène qui le poursuit : il s'enferme chez lui et se plonge dans ses souvenirs et son passé aux Baléares, à Formentera : "Je ne suis pas en vacances, je suis en ermitage, je suis avec mon père et ma mère, avec mes racines."

Il convie à ses côtés les êtres qu'il a aimés pour les faire revivre le temps de son exil, pour leur dire aussi un dernier adieu, mais aussi pour mieux comprendre ses propres failles, ses errances, ses folies :

"Quand on a connu ses premières années heureuses, l'enfance est un boulet rose que l'on traîne en chantant pour se convaincre que la vie n'est pas si noire." p. 19

Le passé ne s'efface pas d'un coup de crayon, il est profondément ancré en l'être humain, et Gabriel demeure un petit garçon perdu qui hurle dans un coin de sa tête d'homme mûr et adulte. Tétanisé par l'abandon de sa mère, il oscille entre l'envie d'enfouir ces années au plus profond de son esprit, mais reste assez lucide pour savoir que là n'est pas la solution.

"Voilà, au fond, c'était simple, si simple, il suffisait de décider et de ne plus réfléchir. Faire des gestes, s'en tenir aux gestes. Et si des questions angoissantes parvenaient à se glisser dans les interstices du cerveau, ne pas y répondre, faire le geste comme on empoigne une cavité sur la paroi et se hisser un peu plus haut. Penser, c'était glisser." p. 182

Il décide finalement de quitter sa chambre et de se rendre dans le village de son enfance, pour marcher sur les traces de l'enfant qu'il fut. 

"Non, ça n'allait pas me manquer, ce qui manque, c'est ce qu'on a perdu, mais moi je n'avais rien perdu, au contraire, j'avais tout récupéré. Je n'avais pas perdu mon père, ma mère, la maison, Anita, les gamins, les plages, les rochers, les hippies, Barcelone, Irène... J'étais rempli de toutes ces choses-là, composé de tout ce que j'avais vécu. rien n'est perdu quand on se souvient." p. 227

Alliant profondeur et humour, ce petit bijou d'autodérision est parfait pour fêter dignement ces 5 années de blog ! A lire !

Présentation de l'éditeur :

Stock 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  La patience des buffles sous la pluie  ; Un silence de clairière Je n’ai pas fini de regarder le monde  ; On ne va pas se raconter d'histoires

D'autres avis :

 

Hortensias, David Thomas, Stock, avril 2015, 232 p., 18.50 euros

 

Merci à l'éditeur

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Le principe de Jérôme FERRARI

Publié le par Hélène

Mon avis :

Jérôme Ferrari s'intéresse ici à un physicien allemand Werner Heisenberg qui a élaboré le fameux - pour les spécialistes- "principe d'incertitude". Vous ne connaissez pas ? Moi non plus. Mais nombre de lecteurs de ce roman m'avaient assuré que le fait de ne RIEN connaître en maths ne gênait nullement la lecture. J'aurais peut-être dû précisé que question physique j'étais aussi restée au niveau CP... 

Donc le principe d'incertitude...

"Depuis que Max Planck avait découvert le quantum universel d'action, cette funeste constante h qui avait, en quelques années, contaminé les équations de la physique avec la célérité maligne d'un virus impossible à éradiquer, la nature semblait prise de folie : des brisures discrètes fissuraient l'antique continuité des flux d'énergie, la lumière grouillait d'étranges entités granuleuses et, dans le même temps, comme si ce n'était pas suffisant, la matière se mettait à rayonner sauvagement dans un halo fantomatique d'interférences."

Voilà voilà. Je me suis demandée si Ferrari n'avait pas volontairement cherché dans le dictionnaire de la physique les termes les plus compliqués pour les adjoindre sans réel sens, j'avoue avoir eu un doute que pourra peut-être dissiper Phili, spécialiste es maths et physique !

Je me suis accrochée pourtant, par respect pour mes acolytes Jérôme, Béa et Phili avec qui nous avions prévu cette lecture commune. 

J'ai donc tenté de passer outre le sens pour m'intéresser à la poésie de la phrase. Et je n'ai plus rien compris au roman. Evidemment. De nombreux personnages apparaissaient, disparaissaient, la guerre a fait son entrée, et là je suis revenue en terrain connu -parce que l'histoire, quand même je maîtrise plus que les maths- Le roman s'est centré sur le problème moral du développement de la bombe atomique.  Je n'ai rien appris de neuf, je n'ai pas tremblé, je n'ai pas pleuré, je n'ai pas hurlé "eurêka" dans ma salle de bains avec l'impression d'avoir découvert le secret de l'humanité ou d'avoir enfin compris quelque chose au monde qui nous entoure et à ses étranges habitants. J'ai alors à nouveau douté du talent de Ferrari. N'endort-il pas son lecteur avec de belles phrases pour cacher le vide de son propos ? 

Lire la critique de Télérama m'a quelque peu orienté vers le sens -ou le non sens- de ce roman : "En brossant le portrait du physicien qui inventa le principe d'incertitude, Jérôme Ferrari dit l'incapacité des êtres à tout comprendre du monde." De fait Ferrari aurait écrit un roman incompréhensible pour que le lecteur se prenne soudain pour Socrate ? L'article précise aussi que l'un des thèmes du livre est la transmission, ironique non ? 

Bref, dans ce sens, cela a fonctionné, j'ai refermé cet ovni en philosophant : "Je sais que je ne sais rien."...

Présentation de l'éditeur :

Actes sud 

Vous aimerez aussi :

J'ai aimé de cet auteur Un Dieu un animal, lu avant le blog. Mais détesté Le sermon de la chute de Rome. Je pense que je ne vais pas persévérer avec lui, nos relations vont s'arrêter là...

D'autres avis :

Lecture commune avec Jérôme (pour qui c'est un gros coup de coeur), Béatrice et Phili qui a également adoré !

Sur Babélio j'ai trouvé de nombreux acolytes qui comme moi sont restés sur le bord de la route scientifique...

D'autres comme ClaraDominique ; Alex ont aimé.

A vous de voir !

 

Le principe, Jérôme Ferrari, Actes sud, 2015, 16.50 euros

 

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Meursault contre-enquête de Kamel DAOUD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"La mère, la mort, l'amour, tout le monde est partagé, inégalement, entre ces pôles de fascination."

Ce que j'ai aimé :

Haroun est le frère de "l'arabe" tué par Meursault dans le célèbre roman de Camus. Ayant vécu dans l'ombre de ce grand frère disparu, il souhaite redonner un nom à celui qui n'était pas seulement "l'arabe", mais Moussa, mort sur une plage ensoleillée. Hantant les bars, ce vieil homme rencontre "un jeune universitaire à l'oeil sceptique" à qui il va raconter son histoire et celle de son frère. Lui aussi est étranger au monde et à lui-même, condamné comme son frère à n'être qu'un "arabe" à cause de l'histoire torturée de son pays l'Algérie et de ses rapports avec la France.

 "Ce détail est un incommensurable mystère et donne le vertige, quand on se demande ensuite comment un homme peut perdre son prénom, puis sa vie, puis son propre cadavre en une seule journée. Au fond, c'est cela, oui. Cette histoire - je me permets d'être grandiloquent - est celle de tous les gens de cette époque. On était Moussa pour les siens, dans son quartier, mais il suffisait de faire quelques mètres dans la ville des Français, il suffisait du seul regard de l'un d'entre eux pour tout perdre, à commencer par son prénom, flottant dans l'angle mort du paysage." p. 72

La guerre d'Algérie couplée à la mort de son frère ont fait basculer Haroun qui ne peut qu'interroger le monde qui l'entoure et cet homme qu'il rencontre un soir de désoeuvrement dans un bar. Que siginifie notre présence au monde, quel sens lui donner ? La religion ? Comme Camus, il refuse sa facillité "La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. J'aime aller vers ce Dieu, à pied s'il le faut, mais pas en voyage organisé." p.76

Il interroge ses liens à sa terre, sa relation à la mère, le traumatisme de la mort du frère, les femmes qui passent, font semblant de s'arrêter, prennent la fuite, plus volatiles que la plus infime des fumées. Il interroge le mystère de la vie et cherche une identité.  

"Pardonne au vieillard que je suis devenu. c'est d'ailleurs un grand mystère. Aujourd'hui je suis si vieux que je me dis souvent, les nuits où les étoiles sont nombreuses à scintiller dans le ciel, qu'il y a nécessairement quelque chose à découvrir quand on vit aussi longtemps. Autant d'efforts à vivre ! Il faut qu'au bout, nécessairement, il y ait une sorte de révélation essentielle. Cela me choque, cette disproportion entre mon insignifiance et la vastitude du monde. Je me dis souvent qu'il doit y avoir quelque chose, quand même, au milieu, entre ma banalité et l'univers !" p. 147

La frontière entre fiction et réalité devient floue, la puissance littéraire de Kamel Daoud agit comme par magie. Puissance de l'idée de ce premier roman, puissance du style, puissance des mots qui signifient au-delà des frontières temporelles et géographiques, puissance des fantômes qui hantent les vivants, puissance de lecture...  Un grand roman !

Ce que j'ai moins aimé :

- rien.

Présentation de l'éditeur :

Actes sud

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le Minotaure 504

Autre : L'étranger de FERRANDEZ d'après l'oeuvre de Albert Camus

D'autres avis :

Marilyne, Jérome, Luocine

Merci à Valérie et aux autres acolytes du salon du livre pour ce beau conseil !

 

Meursault contre-enquête, Kamel Daoud, Actes sud, 2014, 19 euros

 

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