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litterature francaise

Morteparole de Jean VEDRINES

Publié le par Hélène

Ce que j'ai aimé :

Deux hommes, Paul, universitaire rompu à l'exercice de l'oral, tant et plus que les mots finissent par ne plus rien signifier pour ces universitaires devenus des "spectres" années après années. Et Giovan, fils d'immigrés italiens cancre de la classe plus révolutionnaire que bon élève. Ils se retrouvent à l'occasion d'une cérémonie officielle de Paul, dans un grand lycée parisien, sur les bancs d'école qui ont eux aussi perdu leur âme. L'occasion pour Giovan de se souvenir de leur enfance et la foi qu'ils avaient l'un et l'autre dans les mots et dans leur pouvoir de création du monde. Il chante son amour de la parole avant qu'elle ne devienne morte, assujettie par des termes techniques qui ont peu à peu tué sa magie. 

A eux de retrouver le pouvoir des mots...

Ce que j'ai moins aimé :

Malheureusement j'ai trouvé que le propos s'essouflait en balayant les souvenirs des rencontres amoureuses des deux hommes. Je me suis ennuyée en cours de lecture alors que le sujet et l'auteur m'intéressait grandement. Je retenterai ma chance avec un autre titre de lui...

Premières phrases :

"Il élève la voix, Paul.

Il crie.

Lui qui d'habitude parle voilé, assourdi, tellement bas qu'on doit touours faire silence, tendre l'oreille pour saisir ce qu'il murmure. Comme si c'était précieux, sacré. Comme s'il était prêtre, devin."

Informations sur le livre :

Fayard 

D'autres avis :

Repéré chez Cathulu 

 

Morteparole, Jean Védrines, Fayard, août 2014, 256 p., 18 euros

 

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La survivance de Claudie HUNZINGER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

"C'était la vie de pionniers." 

Ce que j'ai aimé :

Nils et Jenny sont deux libraires passionnés qui ont toujours suivi le vent de la liberté. Aussi, quand ils se retrouvent contraints de mettre la clef sous la porte de leur librairie, décdent-ils de se réfugier dans leur fief des Vosges, une vieille grange défraîchie. La vie, la liberté les attend, ils ont de quoi vivre quelques années en cultivant leur jardin potager et en élevant des poules. Sauf que la bergerie est dans un état de délabrement avancé : "C'était une chose déglinguée, une ancienne métairie à flanc d'une croupe sauvage, à plus de 900 mètres au-dessus de Kayserberg. Il fallait être fou pour penser y vivre, je le reconnais." 

Pas de chauffage sauf un vieux poêle, pas d'électricité, un toit crevé, tel est leur nouveau lieu de vie. Ils y ont vécu quelques mois quand ils avaient 20 ans (expérience que l'auteur évoque dans Bambois, la vie verte) Mais cette fois-ci le froid, la pluie risquent de les rattraper. Accompagné de Betty leur chien et d'Avanie leur âne et lovés aux côtés de leurs livres,  leurs compagnons de toujours, ils vont vivre des heures intenses.

"Il nous arrivait de penser que nous n'allions survivre ni à la montagne ni à la décomposition globale dès qu'on écoutait les nouvelles à la radio. Si, si, je murmurais, c'était juste avant le sommeil, si, on y arrivera, c'est la seule bataille qui compte, la seule qui justifie la peine de vivre : ne pas se laisser attraper." p. 90

Jenny raconte cette expérience hors du commun en mentionnant les joies et les angoisses, les peurs, les rencontres improbables comme leurs nouveaux voisins les cerfs, les renards, les ornithologues... Le couple s'épaule jour et nuit, beaucoup de douceur transparaît dans leurs rapports, entraide, caresses permettent aussi d'assumer ce choix de vivre à part, dans un monde préservé, au sein d'un cocon naturel. Dans leur univers la culture est omniprésente avec notamment cette peinture de Grünewald "le retable d'Issenheim" du XVIème siècle : selon la légende, le peintre venait souvent dans ce massif vosgien réputé pour ses mines d'argent, afin de collecter des minéraux pour fabriquer ses pigments de couleurs. 

"Je me répétais cette définition en forme de grandhuit d'un belge (Robert Filliou) que j'adorais : L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art." p. 131

La vie est bien là, palpitante en eux, nue sous les néons de la nature qui n'autorise aucun fard.

"Si nous voulions nous en sortir, il fallait sortir de nous. Plonger direct dans les sensations, dans la peur, dans la joie, être aux aguets, se transformer en une boule de présence au monde prête à jaillir. Il y a quelque chose d'excitant, de suffocant dans la lutte pour la vie : plus d'écran entre elle et nous. On devient la vie. Tous les hommes descendent de Darwin, me soufflait Sils qui avait lu Jules Renard." p. 186 

Claudie Hunzinger nous offre en ces pages une ode à la vie, à la nature loin de la société consumériste, un bijou indispensable pour rejoindre de vraies valeurs !

                        

http://www.randoalsacevosges.com/article-le-grand-et-le-petit-brezouard-119149274.html

Ce que j'ai moins aimé :

- La fin est un peu lapidaire.

Premières phrases :

"Avanie savait que nous avions perdu : ses longues oreilles captaient au loi les présages. Dès la nuit tombée, elle nous attendait, mélancolique, de tout son pelage gris.

Il fllait rendre les clés le 1er mai au matin et nous n'avions nulle part où aller. Deux semaines avant l'explosion, Sils et moi, en compagnie de Betty, nous cherchions encore, mais tout loyer était devenu hors de nos prix."

Informations sur le livre :

Grasset

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Bambois, la vie verte (http://www.bambois.net/)

D'autres avis :

DominiqueKeishaClaraAifelleCathulu

Lire 

 

La survivance, Claudie Hunzinger, J'ai lu, août 2014, 7.10 euros

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La part des nuages de Thomas VINAU

Publié le par Hélène

                        

♥ ♥ ♥

« Nous sommes la consistance des nuages. Et nos fragiles petites brumes deviennent du givre qui fond »

Ce que j'ai aimé :

Le temps de quelques semaines, Josseph se retrouve livré à lui-même. Son fils Noé est parti en vacances chez sa mère, alors qu'il rythmait les journées de son père. Joseph doit s'inventer de nouvelles activités, il doit remplir la béance laissée par l'absence de son fils. Il décide de prendre de la hauteur en s'installant dans la cabane perchée dans les arbres. Appelle la bibliothèque où il travaille pour se faire porter pâle. Et regarde les nuages, écoute le temps passer. 

"Quand on s'intéresse un peu objectivement  la question, le champ des possibles donne le vertige. Des castors qui arrêtent des fleuves. L'eau qui peut fragmenter la roche. Gandhi qui libère un continent sans prendre les armes. La transplantation d'un coeur humain. Ca, ç'a de la gueule. Mais pour ce qui est parfois d'atteindre le soir, ou le lendemain. Ou de trouver une raison de sourire. Ou un moyen de sendormir un peu. Juste s'endormir un peu. Tranquillement. Paisiblement. Là, y a plus personne."

Avec comme sa compagne la tortue, Joseph se laisse porter par les heures, lâche prise, noue des liens fébriles avec sa jeune voisine joueuse de flûte traversière...

"Il en faut peu parfois pour se sentir libre. Il y a des instants, des éclats, qui vous sauvent en un quart de seconde de la putréfaction spontanée. Allumer un feu. Atteindre le sommet d'une colline. Libérer un cerf-volant. Les dernières minutes d'un marathon. Le fruit cueilli en haut de l'arbre. La première clope. Toucher la main de celle qui. Une fuite effrénée dans les rues. Sécher les cours. Tenir tête à un gros bras. Esquiver la piscine. Frauder. Résister. Arriver en haut de l'arbre. L'aube après une nuit blanche. (...) Il en faut peu parfois pour se sentir libre." p. 84

La vie s'immisce dans les interstices, dans la rencontre avec un marginal, dans la visite d'une cathédrale, et peu à peu, simplement, naturellement, la grâce s'installe. 

Ce que j'ai moins aimé :

 Il faut se laisser porter par la charme du roman. 

Premières phrases :

"Ce jour-là ne fut le jour de rien. Justement. Pourtant il n'étiat pas pire que les autres. Pas de changement notable. Pas d'évènement. Aucune surprise naissante. Aucun début. Aucune fin. Aucun rebondissement. Rien de flagrant, si ce n'était sa concordance tiède avec hier et demain."

Présentation de l'éditeur :

Alma Editeur 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Nos cheveux blanchiront avec nos yeux  ; Ici ça va  ; Bric à brac hopperien  ; Juste après la pluie 

D'autres avis :

PagesSéverineAifelle  ; Leiloona Nadael Jostein 

 

Merci à l'éditeur.

 

La part des nuages, Thomas Vinau, Alma éditeur, août 2014, 132 p., 16 euros

 

 

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Le bonheur est une fatalité de Claude MARION

Publié le par Hélène

                        

♥ ♥ 

Ce que j'ai aimé :

Sous forme de chapitres très courts, Claude Marion évoque la vie au quotidien d'un type un peu looser, un peu alcoolique, qui a décidé qu'il serait écrivain, maudit, sans doute, pauvre évidemment, mais libre. Il aimerait avoir le talent d'un Rimbaud ou d'un Verlaine puisque comme eux, il suit leur trajectoire déchue.

"Tout en compactant ainsi le papier, j’essayais de me remémorer les trucs honorables – honorables en tant que poète – que j’avais pu faire dans ma vie :
- Allumer une blonde à l’envers et fumer le filtre en entier sans m’en rendre compte.
- Manger une amanite tue-mouches et faire un jogging après.
- Faire l’amour à une jeune fille pendant son sommeil (sans la réveiller).
- Me trancher les veines involontairement avec une bouteille de Château Lamothe 2006.
Et voilà.
Verlaine, lui, avait mis le feu aux cheveux de sa femme, cohabité sur le tard avec deux prostituées et avait fini très honorablement ruiné…"

Ces courts "sketchs" présentent ainsi la trajectoire d'un artiste ordinaire, d'un type qui tente un stage à l’abbaye du Champs de l’Épine à cause du frère Luc rencontré dans un PMU, qui enchaîne les parties de pêche avec son copain Sive spécialiste du "fourrage de filles", qui parle sans complaisance de ses expériences avec des "prostiputes", qui se branle à ses heures perdues en pratiquant l'auto-apitoiement, et qui pratique avec brio l'art de la chute. Un type attachant, même s'il veut se donner des allures de salaud misanthrope égocentrique. Un type qu'on aura plaisir à retrouver. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Il faudra que l'on m'explique ce titre...

- J'espère que ce n'est pas une pose et que Claude Marion a d'autres expériences à nous raconter et à inventer... Un roman doit sortir prochainement aux éditions Christophe Lucquin, j'ai hâte !

Premières phrases :

"Le banquier m’a visiblement pris au sérieux. J’ai bien fait d’orienter l’entretien sur ces questions de CDS qui polluent depuis peu le débat économique. Romuald Richard, qui ne devait pas s’imaginer que l’on puisse spéculer en pariant sur le défaut de paiement d’un pays, et donc de favoriser ce défaut de paiement en faisant galoper ainsi le taux d’intérêt (en achetant des CDS), ne put qu’être agréablement surpris par l’intérêt que manifestait un futur client pour l’économie de précision. Et cela dut bien le rassurer sur ma future solvabilité."

Présentation de l'éditeur :

Chez Storylab

 

Le bonheur est une fatalité, Claude Marion, Storylab, août 2014, 2.99 euros à télécharger

 

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L’île du Point Némo de Jean-Marie BLAS DE ROBLES

Publié le par Hélène

                         

♥ ♥ ♥ ♥ 

« C’est cela le Grand Art, une façon d’impliquer sa vie tout entière pour arriver à l’excellence. »

Ce que j’ai aimé :

Un roman d’aventures foisonnant et passionnant ! 

Aux côtés de Canterel, riche opiomane, Grimod son majordome, Lady MacRae et sa fille Verity qui converse avec les baleines, Miss Sherrington gouvernante de Martial Canterel, Reutlinger, Holmes, nous partons sur la piste du diamant  Anankè, convoité également par l’enjambeur Nô prêt à tout pour doubler ses rivaux. L'inspecteur Litterbag, personnage trouble est aussi du voyage. 

Ainsi la joyeuse bande, lancée dans une course folle ponctuée d'énigmes digne de Conan Doyle, use de tous les moyens de transports possibles et imaginables pour avancer vers leur but. Tels les héros de Jules Verne, ils montent à bord du transsibérien, d’un ptéronave puis d’un dirigeable, le Médiator qui part faire son premier tour du monde. Ils reviendront ensuite à des transports plus classiques comme le bateau pour arriver au point Némo : « pôle maritime d’inaccessibilité » endroit de l’océan les plus éloigné de toute terre émergée » situé dans le Pacifique. 

Parallèlement toute une arborescence d'intrigues secondaires voient le jour : Carmen qui s'ingénue à trouver des solutions pour combattre l'impuissance de son mari, Charlotte et sa voisine envahissante, secrètement attirée par Fabrice, à la recherche de sa mère. 

Il sera ausi question d'une fabrique de cigares dans le Périgord noir qui perpétue la tradition de la lecture à voix haute comme à Cuba, fabrique qui sera rachetée par Monsieur Wang, gérant d’une entreprise de liseuses électroniques, et amoureux des pigeons voyageurs. 

"L'important ce n'était pas même pas qu'ils achètent des livres numériques récemment parus, mais qu'ils achètent encore et encore la possibilité de les acheter. Le même système que partout ailleurs, et qui fonctionnait à vide, comme le reste de l'économie. La bibliothèque numérique n'était qu'une variation moderne du péché d'orgueil, celui de parvenus pressés d'exhiber leur prospérité, s'entourant de livres tape-à-l'oeil -voire de simples reliures vides - qu'ils n'avaient jamais lus et ne liraient jamais."

L'auteur entremêle savamment personnages réels comme le musée Barnum et son fondateur Phineas Taylor Barnum et personnages imaginaires hauts en couleurs. Ainsi dans ce roman hybride nous pourrons trouver aussi bien des considérations sur les fonds marins que des réflexions plus politiques ou philosophiques. 

« Peut-être ne comprendrons-nous quelque chose à l’ordre secret du monde qu’après une sincère et patiente mansuétude pour ses incohérences ? »

Sous l’égide de Jules Verne et de son capitaine du Nautilus, Roblès nous invite à réfléchir aux liens ténus unissant réalité et littérature :

« Toute phrase écrite est un présage. Si les évènements sont des répliques, des recompositions plus ou moins fidèles d’histoires déjà rêvées par d’autres, de quel livre oublié, de quel papyrus, de quelle tablette d’argile nos propres vies sont-elles le calque grimaçant ? » p332

La littérature permet incidemment de changer le monde et la conception que nous en avons et « Le jour où vous comprendrez qu’il vaut mieux mourir en essayant de changer le monde, plutôt que de vieillir en le regardant agoniser, vous me rejoindrez. » p ; 178

Il imagine ainsi une cité utopique dans laquelle chacun userait de ses compétences pour agir pour le bien de la cité et pour une amélioration de la société et du genre humain. Chaque petite geste compterait « Il n’y a aucun complot, aucune conspiration, juste des hommes et des femmes qui essayent de reconquérir leur espace, leur énergie, leur alimentation… Leur existence. » p ; 416 Il crée également une île de déchets aux accents futuristes.

Des inidividus luttent contre l'inertie contre les règles absurdes d'un monde régi par des concepts liés au rendement, à l'argent, règles qui aliènent l'être irrémédiablement..

« Mille et une révoltes se bousculent derrière ses yeux en brouillards changeants. Il voudrait (…) Vivre sans le souci d’avoir à payer le simple fait de vivre, se chauffer avec le bois de sa forêt, manger les légumes et les fruits de son jardin, brancher son ordi aux forces du vent, de l’eau ou du soleil. Vivre dans les bois, s’il le faut, pour ne plus avoir à trembler devant une enveloppe frappée au sceau du Trésor Public. Respirer. Gonfler ses poumons de la beauté du monde, être prêt, tendu, héroïque. (…) Redonner du sens à chacun de ses gestes. Sortir de la sidération. » p. 346

Des touches d’humour noir dans des chapitres intitulés « Derniers télégrammes de la nuit » entrecoupent les aventures des protagonistes :

« Choses qui militent contre l’usage du biberon

Lorsque l’enfant a fini de téter, il faut le dévisser et e mettre dans un endroit frais, cave ou réfrigérateur. 

Choses qui troublent un instant le calme de la campagne

Il éternue, son tracteur explose. »

Un roman protéiforme extraordinaire qui marquera durablement les esprits ! 

Ce que j’ai moins aimé :

Les scènes érotiques auxquelles je ne vois pas d’intérêt pour le roman.

Présentation de l’éditeur :

Zulma 

Premières phrases :

« Le Tigre à droite, désormais invisible, à gauche les hauteurs pelées des monts Gordiens ; entre les deux, la plaine ressemblait à un désert fourmillant de carabes à reflets d’or. C’était à Gaugamèles, moins de trois ans après la cent douzième Olympiade. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Là où les tigres sont chez eux

D’autres avis :

Le point 

 

L’île du Point Némo, Jean-Marie Roblès, Zulma, août 2014, 464 pages, 22.50 euros

 

Merci à l'éditeur pour cette incroyable découverte !

 

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Les diaboliques de Jules BARBEY D'AUREVILLY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

L'atout principal de ces récits tient dans la capacité de l'auteur à créer des univers, un mystère, un suspens en quelques mots, quelques scènes. Un rideau cramoisi qui se soulève pour laisser entrevoir la silhouette d'une jeune femme, un couple au comportement fusionnel et égocentrique qui se promène au jardin des plantes, un instant volé, un souvenir qui revient et le véritable récit s'amorce. Récit qui ne lève pas non plus toutes les zones d'ombre, les personnages restent dans l'opacité de leurs contradictions et passions.

Eprouvent-ils du remords ? des regrets pour leurs actes ? Sont-ils réellement heureux ?

"On ne peint pas plus le bonheur, cette infusion d'une vie supérieure  dans la vie, qu'on ne saurait peindre la circulation du sang dans les veines."

L'amour, le meurtre, la vengeance par passion, le désir sont au coeur des nouvelles et au coeur des relations tumultueuses des personnages. Ce recueil a valu à son auteur un procés pour immoralité en 1874. L'ouvrage ne reparaîtra qu'en 1882. Les femmes sont considérées comme "diaboliques", façon pour l'auteur de dénoncer les passions horribles pour ensuite les repousser plus vivement. Il s'est défendu de ces accusations en soulignant que son projet était avant tout moralisateur. Si les passions font partie de la nature humaine, les montrer peut provoquer chez le lecteur le désir de les fuir.

Ce que j'ai moins aimé :

Les deux nouvelles Un dîner d'athées, relatant la liaison d'un soldat avec la femme d'un autre soldat et Le dessous de cartes d'une partie de whist m'ont moins plu.

Quelquefois la mise en place est un peu longue avant d'en arriver au vif du sujet comme dans Un dîner d'athées. De longuescirconvolutions autour de la religion s'amorcent avant d'écouter le récit proprement dit.

Premières phrases :

"Il y a terriblement d'années, je m'en allais chasser le gibier d'eau dans les marais de l'ouest, - et comme il n'y avait pas alors de chemins de fer dans le pays où il me fallait voyager, je prenais la diligence de *** qui passait à la patte d'oie de Rueil et qui, pour le moment, n'avait dans son coupé qu'une seule personne."

L'auteur :

Ici 

Résumé :

ibibliothèque

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Un goût de soleil de Anne BRAGANCE

Publié le par Hélène

                                       

Ce que j'ai aimé :

Le principe de cette collection "Exquis d'écrivans" est attrayant : 

"Petite bibliothèque gourmande contemporaine, cette collection de livres courts propose à des auteurs contemporains d’horizons très différents de donner libre cours à leur imagination gourmande, en s’inspirant d’un jeu à la fois simple et dynamique de mots clefs. Exquis d’écrivains souhaite rendre hommage à la richesse de la langue française pour dire les plaisirs de la nourriture et constituer la mémoire littéraire de la gastronomie. Fictions, rêves et souvenirs, chaque auteur y livre ses voyages personnels au pays de la nourriture, sous différentes formes narratives (récits, nouvelles, dialogues, contes, poèmes…), qui donnent envie de passer à table ou de se mettre aux fourneaux.  Exquis d’écrivains, première collection demandant à des auteurs contemporains de livrer leurs plaisirs de table et de bouche, s’adresse à tous les lecteurs gourmands et gourmets auxquelles elle propose des textes intimistes et variés, émouvants ou drôles, résolument appétissants et agréables à lire…"

Ce que j'ai moins aimé :

Malheureusement cet opus n'est pas le plus réussi de la collection.

Anne Bragance ne parvient pas à insuffler à ses anecdotes le charme nécessaire à ces courts récits qui doivent être rapidement évocateurs et jouer avec nos sens. Ayant choisi la cuisine du soleil puisqu'elle est née à Casablanca, il aurait fallu que les odeurs chaudes et poivrées de cette cuisine transitent jusqu'à nos narines. Ici les récits sont plats, sans relief, sans aspérités, insipides, ce qui est le comble pour un recueil placé sous le signe de la cuisine ! Pire, elle nous parle de régime dans le chapitre "Sablés" ! Qu'elle évoque de odeurs de coriandre, la préparation d'un karao indien, l'extase ressentie devant une assiette de rougets, la confection d'une tarte tatin, aucune sensation n'effleure nos narines, ne vient chatouiller nos papilles, n'émoustille nos sens. 

Une déception.

      

Premières phrases :

"Avec le citronnier, la patience est essentielle.

AU printemps, quand il va se couvrir de fleurs odorantes et embaumer l'air alentour, l'arbuste entamera sa parade de séduction, bonheur déjà et promesse d'enchantements futurs. Certes nombre de ces fleurs au parfum enivrant tomberont, mais certaines d'entre elles donneront naissance à des bébés citrons. Patient toujours, on continuera à couver des yeux l'arbrisseau, on l'entourera de soins jaloux et constants. Et l'on attendra encore."

Présentation de l'éditeur :

Nil éditions 

Vous aimerez aussi :

Dans la même collection : Soulfood Equatoriale 

Du même auteur : Le fils récompense

Autre : La colère des aubergines de Bulbul SHARMA

 

Un goût de soleil, Anne Bragance, Nil Editions, Exquis d'écrivains, 2007, 12 euros

 

Pioché dans ma PAL.

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Thérèse Raquin de Emile ZOLA

Publié le par Hélène

                                        

♥ ♥ ♥

"Les gens meurent quelquefois, murmura-t-elle enfin. Seulement c'est dangereux pour ceux qui survivent." 

L'auteur :

Sur le site de la BNF http://expositions.bnf.fr/zola/

L'histoire :

Par la volonté de sa tante, Thérèse épouse son cousin, homme médiocre et maladif. Bientôt, elle ne supporte plus sa vie de cloîtrée, ni cette ruelle noire du Pont-Neuf ou Madame Raquin a installé sa mercerie. Toute sa sensualité refoulée va alors s'éveiller au contact de Laurent, peintre raté dont elle devient la maîtresse.

Mon avis :

A travers le portrait de Thérèse et Laurent, Zola présente la peinture d'êtres gouvernés par la passion, par le physique guidés par "les fatalités de leur chair." "J'ai cherché à suivre pas à pas dans ces brutes le travail sourd des passions, les poussées de l'instinct, les détraquements cérébraux survenus à la suite d'une crise nerveuse." (Préface) L'attirance qui réunit Thérèse et Laurent est pure attraction physique, chimique qui les mène vers leur fin. Les chapitres brefs et le rythme régulier entraîne inéluctablement personnages et lecteurs vers un destin tragique. Tout concourt pour provoquer la fin du couple maudit, les éléments s'imbriquent un à un et ils ne trouveront plus le repos. Egoïstes et médiocres, les personnages n'ont aucun échapatoire face à leur nature tourmentée.

Cette histoire d'adultère pimentée par un meurtre crée des effets de suspense et de dramatisation qui ravissent le lecteur.

Il s'agit d'un des chefs d'oeuvre qui a inauguré le naturalisme en France. Dans sa préface de la deuxième édition, Zola dit vouloir "étudier des tempéraments et non des caractères" dans un "but scientifique" : "chaque cas est l'étude d'un cas curieux de physiologie. En un mot, je n'ai eu qu'un désir : étant donné un homme puissant et une femme inassouvie, chercher en eux la bête, ne voir même que la bête, les jeter dans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations et les actes de ces êtres." Lorsque paraît le roman, une controverse éclate entre les partisans de la morale, et ceux du réalisme qui recherchent la vérité, et qui pensent que la morale est dans cette recherche du réel et du vrai. "Un livre contesté est un livre remarqué" soulignera Taine, critique de l'époque, et le succés que connaîtra le réalisme lui donnera raison...

adaptation de Marcel Carné en 1953

Premières phrases :

"Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu'on vient des quais, on trouve le passage du Pont Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine. Ce passage  atrente pas de long et deux de large, au plus ; il est pavé de dalles jaunâtres, usées, descellées, suant toujorus une humidité âcre ; le vitrage qui le couvre, coupé à angle droit, est noir de crasse." 

Vous aimerez aussi :

Les nouvelles de Maupassant

D'autres avis : 

Claudia Lucia 

 

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La clandestine du voyage de Bougainville de Michèle KAHN

Publié le par Hélène

                                  

♥ ♥ ♥

"Ainsi vécut la femme aimante et sage qui se voulait libre d'accompagner l'homme aimé jusqu'au bout du monde."

Ce que j'ai aimé :

Michèle Kahn retrace le destin atypique de Jeanne Barret, première femme à faire le tour du monde. Quand son compagnon le botaniste Philibert Commerson rejoint l'expédition de Bougainville en 1766, ils décident tous deux que Jeanne fera partie également de l'aventure, déguisée en garçon censé être le valet de Commerson. Commence alors une folle aventure sur les mers du monde à bord de l'Etoile. La traversée sera longue ponctuée par les maladies, le scorbut, le chanvre, par les tempêtes, la peur d'être découverte, les douleurs, la souffrance de ne pouvoir vivre son amour au grand jour... Néanmoins Jeanne tient bon, s'efforçant de mettre ses dons d'herboriste au service de l'expédition, soignant les uns, aidant les autres. Elle a conscience de vivre une expérience unique :

"A l'âge où ses parents ont disparu, elle s'apprête à vivre une expérience que bien peu d'êtres ont connue. Nulle femme, en tout cas. Malgré les conditions ardues - la plus dure est de devoir masquer son amour pour Philibert-, et l'épreuve traversée ces derniers jours, elle ne regrette pas d'avoir désiré comprendre l'envie des hommes d'aller si loin dans le monde. La vie concédée aux femmes est si étriquée, si mesquine, en comparaison."

Puis vient la rencontre avec les sauvages, les échanges, heureux ou malheureux, qui poussent quelquefois Jeanne à se demander qui sont réellement les sauvages en ce bas-monde : "Les gens de chez nous sont plus cruels que les Sauvages."

                                   

Tahitiens présentant des fruits à Bougainville, 1768

Elle cotoiera à bord Ahutoru, le jeune tahitien volontaire décidé à découvrir Paris. L'auteur se concentre sur le voyage, balayant rapidement la fin de sa vie après son retour à terre.

L'hsitoire vraie de cette jeune femme téméraire est passionnant, mettant en scène des personnages historiques qui apportent densité et intelligence au récit. Un beau destin de femme !

"Au cours du voyage, Commerson lui dédie un arbuste de la famille des Meliaceae, Baretia bonnafidia. Néanmoins, l'espèce changera, par la suite, de nom pour devenir Turraea floribunda, synonyme de Turraea heterophylla7. Il faudra attendre plus de 200 ans pour qu'un nouveau taxon commémore le nom de Jeanne Barret : en 2012, une nouvelle espèce de Solanaceae découverte en Amérique du Sud est nommée Solanum baretiae en son honneur." (source : wikipédia)

                              Ce que j'ai moins aimé :

- Quelque longueurs durant la traversée, ponctuée d'évènements assez répétitifs, alors que l'après-voyage est mentionné très rapidement, en quelques pages.

- Les personnages manquent un peu de profondeur.

Premières phrases :

"La brise tournait du nord-est à l'ouest. Au-dessus de la rade semblable à un lac immense, une vapeur légère tamisait le bleu du ciel. L'air résonnait du roulement des charrettes, du piaffement des chevaux, de cris et d'appels en tous sens."

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Shanghaï la juive

Autre : La bougainvillée de Fanny DESCHAMPS

 

La clandestine du voyage de Bougainville, Michèle KAHN, Le passage, 2014, 19 euros

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La fête de l'insignifiance de Milan KUNDERA

Publié le par Hélène

                           

♥ ♥ ♥

"L'insignifiance, mon ami, c'est l'essence de l'existence."

Ce que j'ai aimé :

"La peur de l'insignifiance nous rend fous" titrait un autre auteur récemment dans un essai qui s'interrogeait sur la place de l'individu dans notre société contemporaine. Ces interrogations se retrouvent dans le dernier roman de Kundera. A travers les déambulations parisiennes de quatre personnages, Alain, Ramon, Charles et Caliban, il lance des pistes de réflexion qui permettent au lecteur, dans la droite lignée de Socrate et de sa maïeutique, d'accoucher d'idées liées à son temps. Il ne nous raconte pas d'histoire à proprement parler mais offre des discussions, divagations, anecdotes, réflexions philosphiques qui donnent du corps à une philosophie de vie centrée sur la bonne humeur. 

"Nous avons compris depuis longtemps qu'il n'était plus possible de renverser ce monde, ni de le remodeler, ni d'arrêter sa malheureuse course en avant. Il n'y avait qu'une seule résistance possible : ne pas le prendre au sérieux."

L'armée des excusards  est en effet en place dans un monde centré sur le thème de la culpabilité : culpabilité de vivre pour un enfant non voulu, culpabilité de mentir pour se sentir plus vivant, pour ne pas être insignifiant "Se sentir ou ne pas se sentir coupable. Je pense que tout est là." Mais justement, pourquoi ne pas être insignifiant, pourquoi ne pas prôner "l'inutilité d'être brillant. Plus que l'inutilité. La nocivité." Pourquoi ne pas souhaiter une vie légère, sans trop se prendre au sérieux, une vie limpide, plongée dans la bonne humeur ?

"C'est seulement depuis les hauteurs de l'infinie bonne humeur que tu peux observer au-dessous de toi l'éternelle bêtise des hommes et en rire." 

"Respirez, D'Ardelo, mon ami, respirez cette insignifiance qui nous entoure, elle est la clé de la sagesse, elle est la clé de la bonne humeur..."

Les personnages observent celles et ceux qui les entourent et derrière la pseudo futilité de leurs déambulations, se cache un foisonnement philosophique enrichissant. La critique unanime a hissé ce court roman dans les meilleures ventes, aux côtés de Musso et Pancol ! Son universalité et son intelligence ravissent le lecteur loin des sentiers battus et l'élèvent vers des sphères aériennes... Osez l'insignifiance !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"C'était le mois de juin, le soleil du matin sortait des nuages et Alain passait lentement par une rue parisienne. Il observait les juenes filles qui, toutes, montraient leur nombril dénudé entre le pantalon ceinturé très bas et le tee-shirt coupé très court. Il était captivé ; captivé et même troublé  comme si leur pouvoir de séduction ne se concentrait plus dans leurs cuisses, ni dans leurs fesses, ni dans leurs seins, mais dans ce petit trou rond situé au milieu du corps." 

Infos sur le llivre :

Chez Gallimard

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Du même auteur : La valse aux adieux 

D'autres avis :

TéléramaLireLe mondeLibération

JosteinLeiloona 

 

La fête de l'insignifiance, Milan Kundera, Gallimard, mars 2014, 15.90 euros

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