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litterature francaise

Eaux lentes sur Venise de Françoise CRUZ

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Tant de choses importantes ne se disent qu'au moyen du silence."

Ce que j'ai aimé :

Leona Dal Contralto et Clemenzia Dal Violino sont deux orphelines recueillies par La Piéta, institution religieuse vénitienne au XVIIIème siècle Les deux jeunes femmes reçoivent les cours de musique de Vivaldi et deviennent deux musiciennes au talent exceptionnel. Mais quand l'une se perd dans les nuits vénitiennes, l'autre veille, sentinelle droite et intègre. L'alternance des points de vue, nous offrant les deux journaux intimes des jeunes femmes permettent de découvrir deux univers, l'un passionné, l'autre bien plus modéré. 

La Venise du XVIIIème siècle resplendit portée par une écriture poétique qui l'embellit : 

"Venise nous offre invariablement les plus beaux, les plus époustouflants spectacles : lumières d'or se déversant sur les toits, incendiant toutes les façades, les faisant glisser de l'oranger au pourpre, lumières blanches, mystérieuses, si complices de l'obscurité qu'elle nous enferme dans son énigme... Mais Venise, grisée de fêtes et de débauches, tire sur ses vêtements brodés d'or afin de cacher les guenilles qui la recouvrent. Ma Cité est envahie de vagabonds, garçons brutaux et sales, rôdant pieds nus, furetant et prêts à un mauvais coup en échange de vin aigre."

Leona se perd dans ses nuits d'or, dans ses orgies inoubliables et licencieuses. Carnaval de désirs et de plaisirs, ce sont aussi des nuits desquelles on se réveille désenchantée quand les masques tombent.

"A Venise on meurt tous les jours dans une immense fièvre de plaisir;"

La musique tient les jeunes femmes debout et leur offre un exutoire dans un monde tourmenté :

"La musique est un parfum tenace. Acre, suave, fort comme un alcool, long comme l'enfance. Un parfum qui s'insinue inexorablement par chacun des pores de notre peau. Avant que l'on ait pu dire un mot, le parfum de la musique nous a déjà submergés, épousés comme une seconde peau. Comme une marée, il nous étourdit et nous étreint avec ses effluves de sous-bois humides, de rivières transparentes, avec ses brassées printanières, ses souvenirs de la mer, ses chuchotemetns verts provenant des canaux. La musique est volutes, désirs. "

Un court roman qui nous plonge dans une Venise du XVIIIème morale et licencieuse à la fois...

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai regretté le manque de consistance dans l'intrigue.

Premières phrases :

"Comment fait-on pour commencer à vivre ? Un cri, à ce que l'on nous dit, douleur, plaisir, nosu baptise, des ténèbres aux lumières.

La lagune m'a déposée au bord du monde."

Infos sur le livre :

Chez l'éditeur

Vous aimerez aussi :

 

 

Eaux lentes sur Venise, Françoise Cruz, Naïve, 2011, 250 p., 

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L'Italie si j'y suis de Philippe FUSARO

Publié le par Hélène

                                     

 ♥ ♥ ♥

"Je ne pense qu'à filer, porté par le vent du soir et ma tristesse s'écoule sous le châssis, goutte sur l'asphalte." 

 

Ce que j'ai aimé :

Sandro est "né de la côte d'un poète et mon ciel, aujourd'hui, n'est pas bleu." En effet il se retrouve à la porte de chez lui, ses affaires éparpillées sur le trottoir : "Les objets de ma vie sont éparpillées sur le trottoir, sur une ou deux tables du Café de la Mairie où les gens sont resté immobiles, la tasse à café suspendue entre deux doigts et leurs corps recouverts de mes habits qui leur sont tombés dessus. Davantage que lorsqu'ils sont rangés dans l'appartement, je remarque une dominante rouge dans tout ce qui m'entoure et je trouve cela beau et dramatique, à l'image de ce que je vis." 

La phrase couperet tombe le lendemain, comme ses habits tombés du ciel : sa femme a besoin de "prendre de la distance". De la distance c'est finalement Sandro qui va en prendre, décidant de descendre en Italie accompagné de son fils.

Commence alors un périple pour les deux hommes, Sandro homme perdu et délaissé, et Marino petit être affublé d'un déguisement de cosmonaute, réplique du costume de Youri Gargarine lorsqu'il a accompli son premier vol dans l'espace. Marino est peu rassuré mais prêt à suivre et à consoler son père si triste. La route leur ouvre de nouvelles perspectives. 

       

http://fr.best-wallpaper.net/

L'écriture particulière de Philippe Fusaro, à chemin entre la poésie et la prose, installe une simplicité qui devient peu à peu une évidence au fil des pages. L'auteur peint avec talent un instant de vie suspendu entre un avant vacillant et un après inconnu, l'interstice du voyage permettant l'espoir d'un renouveau. 

"Il m'aura fallu descendre toute l'Italie, nous perdre dans le Sud, quitter la terre ferme et me réfugier plus tard sur l'île. Il m'aura fallu du temps, des kilomètres de superstrada pour parvenir à ce constat. Il m'aura fallu toutes ces semaines, des bains de mer, un traghetto jusque en Sicile. Il m'aura fallu consoler Marino, être retenu entre ses bras aussi."

Ce texte subtil qui tient sur un fil s'allume peu à peu, en harmonie avec la renaissance de Sandro. Un très beau texte.   

Ce que j'ai moins aimé :

Il m'a manqué un petit quelque chose pour être totalement conquise, 

Premières phrases :

"Mon nom est Sandro.

Sandro, parce que c'était celui d'un poète qui vivait dans la Rome d'après guerre et que mon père le lisait, le relisait, me le récitait à voix haute tandis que moi, la poésie, je n'y comprenais pas grand-chose."

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le colosse d'argile

Autre : Seule Venise de Claudie GALLAY

D'autres avis :

LireMagazine littéraire ; Télérama

MidolaCatherine 

 

L'Italie si j'y suis, Phiippe Fusaro, La fosse aux ours, 2010, 17 euros

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Ma grand-mère avait les mêmes, les dessous affriolants des petites phrases de Philippe DELERM

Publié le par Hélène

                                     ma-grand-mere-avait-les-memes.jpg

"On ne possède pas les autre. On ne détient jamais le secret des autres avec soi."

Mon avis :

 Un recueil peu marquant présenté sous forme d'une suite de petites anecdotes sans grand intérêt autour de phrases toutes faites :"On ne vous fait pas fuir, au moins ?" "C'est pas vrai !" "Y a pas d'souci", "J'ai une contrainte"

Philippe Delerm tire sur la corde des "Gorgées de bière" et nous resserre du réchauffé, en plus banal .

Quelques remarques poétiques toutefois comme ce « J’vais rentrer. V’là l’bord d’la nuit qui vient. » (p. 99)

 "V‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient.
Celle-là, c’est la marque d’une seule personne. Une belle personne. Madame Hermier était l’épicière. Elle est morte depuis quinze ans au moins. C’est elle qui régentait le quartier, avec, sous son apparence revêche, un sens de l’équité sans concession. Première rencontre un jour de panne d’électricité :
-Mon pauv’ monsieur, j’veux bien vous vendre trois bougies, mais pas la boîte. Il en faut pour tout le quartier.
Au fil des ans, elle était devenue une amie, venait à la maison partager la galette des rois, bavardait un peu, et disait tout à coup :
-J’vais renter. V’là l’bord d’la nuit qui vient.
Des mots entendus, des mots qu’elle inventait ? Peu importe. Les mots de Madame Hermier. J’aime les soirs précoces à cause d’elle, la sagesse solitaire de ses dimanches d’hiver. Rien ni personne ne l’attendait, mais il fallait rentrer avant la nuit. Peut-être une manière de ne pas vouloir nous importuner trop longtemps, de couper court à nos mais vous avez le temps. Comment la retenir, puisque le bord de la nuit venait ?
Le bord de la nuit. La nuit devient une matière, un tissu, les heures s’installent et nous mettent un manteau. Nos mouvements doivent suivre, s’envelopper dans cette amplitude du ciel, marcher à l’amble. Madame Hermier ne redoutait guère les deux cents mètres nocturnes de trottoir qui l’eussent ramenée chez elle sous les réverbères. Mais c’était aussi une politesse de suivre le rythme du jour. Jehan Rictus appelait le crépuscule « le furtif ». Voilà. Madame Hermier voulait rentrer à la lisière du furtif.
Plus tard, quand elle nous quitterait pour un plus long voyage, ce serait avec la même discrétion, le même souci de ne pas déranger, de se glisser dans l’ombre sans crainte et sans regret. Pas difficile pour elle en apparence de quitter le cercle des lampes basses, les flammes orange et bleues de la cheminée. Une jolie manière de dire adieu comme elle disait au revoir, à quoi bon proteste, il faut bien s’en aller, v ‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient."

Le style reste plat, les idées s'essouflent et finalement le lecteur finit par se dire qu'il ferait mieux de relire "La gorgée de bière"...

 

Premières phrases :

 « Ce ne sont pas des passionnés de la brocante. Celle-ci leur a juste servi de but de promenade, un dimanche après-midi. Ils déambulent, mains dans le dos, satisfaits de l’ampleur inattendue de la manifestation, qui les dispensera de chercher un autre passe-temps, satisfaits de la douceur de l’air, de l’absence de pluie. »

 

Infos sur le livre :

Babélio

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : La première gorgée de bière

 

D’autres avis :

Babélio 

 

Ma grand-mère avait les mêmes, Philippe Delerm, Points, 5.50 euros

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Le silence de la mer de VERCORS

Publié le par Hélène

                                      

♥ ♥ ♥

"Je pensai : Ainsi, il se soumet. Voilà tout ce qu'il savent faire. Ils se soumettent tous. Même cet homme-là."

 

Ce que j'ai aimé :

Le silence de la mer fut la première nouvelle publiée  aux Editions de Minuit, maison d'édition clandestine qui a vu le jour en 1941 sous l'égide de Vercors et Pierre Lescure. Une vingtaine d'autres titres suivront jusqu'à la Libération, mais c'est le texte inaugural de Vercors qui connaîtra le plus grand retentissement. 

Le silence de la mer raconte l'histoire d'un allemand qui s'installe pendant l'Occupation chez le narrateur et sa jeune nièce. Il s'agit d'un allemand amoureux des lettres françaises et de l'art français qui souhaite une alliance entre les deux nations qui ainsi s'enrichiront mutuellement de leurs cultures. Si la nièce du narrateur refuse de lui adresser la parole, faisant ainsi acte de résistance, le jeune officier continue de communiquer son enthousiasme, son optimisme, jusqu'à ce qu'il découvre les véritables intentions de son pays et de ses anciens amis, allemands nazis qui pensent qu'il faut détruire l'esprit français pour conquérir la France. Le désespoir va alors s'emparer de lui.

"Au carrefour, on vous dit : "Prenez cette route-là." Il secoua la tête. "Or cette route, on ne la voit pas s'élever vers les hauteurs lumineuses des cimes, onn la voit descendre vers une vallée sinistre, s'enfoncer dans les ténèbres fétides d'une lugubre forêt ! ... O Dieu ! Montrez-moi où est MON devoir ! "

La nièce est l'incarnation de ce qu'aurait dû être la France, digne et silencieuse.

Les autres nouvelles ont pour thème la persécution des juifs, Vercors étant lui-même en partie juif par son père, il ne pouvait que dénoncer ces horreurs. Toutefois il a fait le choix de ne publier "Le songe" qui relate le cauchemar des camps de concentration qu'après guerre de façon à ne pas heurter les familles dont un des membres était déporté. "Ce jour-là"  est raconté du point de vue d'un petit garçon dont les parents juifs sont arrêtés. Tout en non-dits et présupposés, ce récit gagne en force et touche au coeur le lecteur. D'autres récits encore mettent l'accent sur ces français qui ont cru au "Maréchal", comme Muritz ("La marche à l'étoile"), Vendresse ("L'imprimerie de Verdun") ou encore Renaud dans "L'impuissance", et qui ont vu leur pacte se rompre brutalement. 

Le Mal rôde inlassablement, et l'homme déchu devient Bête. Le nazisme a réveillé les démons, à l'image de cette vieille dame qui aperçoit un soir devant sa porte Hitler et referme la porte épouvantée, persuadée d'avoir vu le Diable en personne. ("Le cheval et la mort")

Un recueil à ne pas oublier...

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"Il fut précédé par un grand déploiement d'appareil militaire. D'abord deux troufions, tous deux très blonds, l'un dégingandé et maigre, l'autre carré, aux mains de carrier. Ils regardèrent la maison, sans entrer. Plus tard vint un sous-officier. Le troufion dégingandé l'accompagnait. Ils me parlèrent, dans ce qu'ils supposaient être du français. Je ne comprenais pas un mot. Pourant je leur montrai les chambres libres. Ils parurent contents."

Vous aimerez aussi :

 Inconnu à cette adresse

 

Le silence de la mer, VERCORS, Le livre de poche, 4.10 euros

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Le potentiel érotique de ma femme de David FOENKINOS

Publié le par Hélène

 

Ce que j'ai aimé :

Le sujet est assez rocambolesque : centré autour du personnage d'Hector, un brin looser, victime de collectionnite aiguë, mais qui essaie de se soigner. Il pense être guéri jusqu'à ce qu'il rencontre Brigitte, sa femme. Une autre collection va alors naître dans son esprit. 

Le ton vif et rythmé et l'humour de l'auteur permettent de passer un agréable moment de lecture, toutefois...

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai eu l'impression que l'inventivité de Foenkinos tournait en rond, que le rythme n'était pas équilibré : on ne rentre dans le vif du sujet qu'au bout de plusieurs pages, et on finit même par se demander si le titre n'est pas trompeur et si Hector le looser finira bien par avoir une femme, puis au tiers du livre le miracle a lieu, il rencontre Brigitte ! Après quelques trouvailles savoureuses, le rythme s'essoufle à nouveau mais le nouveau rebondissement trouvé frôle le ridicule et comme l'auteur semble s'en rendre aussi compte, il le dégonfle rapidement. Bref, ce fut comme si le roman n'était pas construit à l'avance, comme si l'auteur avançait au jugé, en se fiant à son écriture talentueuse pour couvrir les blancs de l'intrigue. Et quelquefois c'est efficace, mais au fil de la lecture ce défaut se fait sentir de façon de plus en plus prégnante et finit par déranger.

 

Infos sur le livre :

Chez Folio

Premières phrases :

"Hector avait une tête de héros. On le sentait prêt à passer à l'acte, à braver tous les dangers de notre grosse humanité, à embraser les foules féminines, à organiser des vacances en famille, à discuter dans les ascenseurs avec des voisins, et, en cas de grande forme, à comprendre un film de David Lynch"

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La délicatesse  ; La tête de l'emploi

D'autres avis :

LC avec Manu

KaliJulesSylireCaro(line)L'encreuseTamara, sont emballés...

KarineYv, AmandaJoëlleMiss AlfiePralineSandrineEdelweStéphanie sont mitigés voire carrément déçus...

 

Le potentiel érotique de ma femme, David Foenkinos, Folio, 2005, 192 p., 6.20 euros

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La théorie des nuages de Stéphane AUDEGUY

Publié le par Hélène

                                      

Voyage dans les nuages...

 

Ce que j'ai aimé :

La jeune Virginie Latour est embauchée par un couturier japonais Aira Kumo pour classer sa collection de livres consacrés aux nuages. Il en profite pour partager sa passion pour les cumulus, stratus et autres nimbus, en lui racontant le destin hors du commun de chasseurs de nuages tels que Luke Howard qui inventa leurs noms, ou encore Richard Abercrombie qui rédigea un protocole msytérieux sur eux.

Le thème nébuleux était très attirant, mais... 

       

@ahae

Ce que j'ai moins aimé :

La poésie qu'un tel sujet laissait espérer - souvenons-nous de Baudelaire et de son amour inconditionnel pour les nuages "J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!" - est absente de ces pages. C'est assez décevant !

Dans ce cas la recherche de sens aurait pu être une piste de réflexion, là encore avortée au profit de considérations biographiques sur les deux hommes, certes relativement intéressantes, mais un peu longues à mon goût.

De plus, à l'image des nuages évanescents, les personnages manquent cruellement de consistance aussi bien physique que psychique. Les allusions sexuelles n'apportent rien, quelle importance que Virginie soit une femme fontaine ? La signification finale contenue dans le protocole est toute aussi ridicule et alambiquée, s'éloignant défnitivement de la poésie inhérente au thème pour pénétrer dans le prosaïsme le plus primaire... 

Premières phrases :

"Vers les cinq heures du soir, tous les enfants sont tristes : ils commencent à comprendre ce qu'est le temps. Le jour décline un peu. Il va falloir rentrer pourtant, être sage, et mentir."

Infos sur le livre :

Chez Folio

D'autres avis :

Critiques libresPapillon  ; Lu dans le cadre du Blogoclub

 

La théorie des nuages, Stéphane Audéguy, Folio, 7.90 euros

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On ne va pas se raconter d'histoires de David THOMAS

Publié le par Hélène

                                     

♥ ♥ ♥

" Je me dis souvent qu'il ne faut jamais négliger les jolies choses, elles sont aux hommes ce que  les ponts d'eau sont aux bêtes." 

 

Ce que j'ai aimé :

Avec tendresse et poésie David Thomas peint des situations cocasses ou plus sordides de la vie quotidienne. Il met en scène des hommes ou des femmes seuls ou mariés, jeunes ou vieux, confrontés à des thématiques universelles : les échecs de la séduction, l'incommunicabilité du couple, les divergences d'opinion concernant l'avenir ce grand inconnu, les ruptures, la solitude de cette femme qui ne veut pas finir sans enfants, inversement, la peur d'être parent et d'engendrer un monstre, celui qui apprend la persévérance à son fils...

Et puis la nostalgie, nostalgie de l'enfance innocente, l'envie de profiter de nos parents qui ne sont pas éternels, de regarder sa mère jardiner jusqu'à la nuit des temps ou d'écouter son père raconter Gargantua :

"Tout petit, je devais avoir quatre ans, mon père nous faisait la lecture à mes frères et à moi, avavnt de nous coucher. Mais plutôt que de nous lire des histoires pour enfants, mon père nous lisait du Rabelais. Il sortait de la bibliothèque un énorme livre illustré, qui me semblait aussi lourd que moi, ete nous nous blotissions contre lui. Je l'écoutais avec les yeux grands ouverts, deux doigts dans la bouche et un autre dans les trous de nez au cas où j'y trouverais queqlue chose d'intéressant, et je ne me lassais jamais, en collant mon oreille contre sa poitrine, d'entendre sa voix chaude nous promener dans la vie de ces géants dont les problèmes intestinaux me réjouissaient. Je me souviens très bien que je riais à me tordre quand mon père imitiait les pets de Gargantua en se pinçant la bouche. Je me souviens très bien que, lorsque j'étais là, sous son bras, je trouvais que la vie était formidable."

Dans une parfaite maîtrise de l'instantané David Thomas sait être subtil et spirituel pour nous parler de nous ! 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien 

Premières phrases :

"On passe sa vie à tenter de se recontrer soi-même alors que nous portons en nous nos propres obstacles. On attend ce moment dont on est sûr qu'il viendra un jour, où l'homme que l'on s'est projeté rejoindra celui que l'on est. C'est le travail de toute  ma vie."

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  La patience des buffles sous la pluie  ; Un silence de clairière ; Je n’ai pas fini de regarder le monde 

 

D'autres avis :

Jérôme, Noukette

 

On ne va pas se raconter d'histoires, David Thomas, Stock, mai 2014, 14 euros

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Une part de ciel de Claudie GALLAY

Publié le par Hélène

                                    

♥ ♥ ♥ ♥ 

"Ici comme ailleurs c'est l'ennui qui fait devenir salaud"

 

Ce que j'ai aimé :

Après avoir reçu un signe de vie de son père, absent de la première heure, Carole retourne dans le village de son enfance là où il lui a donné rendez-vous. Elle y retrouve son frère, Philippe et sa soeur Gaby, et surtout son passé. Jour après jour, dans cette attente suspendue d'un père éternellement fuyant, elle réapprivoise ses souvenirs, bercée par un quotidien qui s'étire entre traduction d'une biographie, repas au bar chez Frankie et visites aux habitants du village. Elle renoue les liens distendus avec Gaby, et avec sa fille adoptée, La Môme, avec Jean, son amour d'adolescence, La Baronne et ses chiens, le vieux Sam.

Carole se laisse bercer par cette vie suspendue entre une séparation récente et le départ de ses filles pour un autre continent, et un avenir flou dans lequel elle devra trouver ses marques. Elle écoute les rêves de chacun : celui du vieux Sam qui espère entendre les paroles de sa femme décédée sur les ailes des papillons papillons monarques car selon lui le bruit de leurs ailes apporte aux vivants  les paroles des morts, celui de Philippe son frère garde forestier qui travaille sur le projet d'un sentier de randonnée qui suivrait les traces d'Hannibal à travers les Alpes, et ceux de sa soeur Gaby qui aimerait quitter sa caravane courant d"air pour une maison en dure, attendant pour ce faire la sortie de prison de son mari Ludo. 

Carole est celle qui est partie aussi éprouve-t-elle quelques difficultés à retrouver sa place dans cette fratrie, d'autant plus qu'elle est hantée par le souvenir de l'incendie de leur maison, quand ils étaient enfants, elle cherche à percer des énignes, à comprendre les sentiments des uns ou des autres, pour mieux vivre elle-même

Claudie Gallay réussit à communiquer l'indicible qui s'immisce entre les strates du quotidien, avec tendresse et douceur, elle évoque les liens ténus qui relient les êtres. 

"Ce qui m’a intéressée, dit-elle, c’est les personnages dans ce lieu, voir évoluer leurs sentiments, les suivre dans des fausses pistes, des prétextes, des doutes. Jean aime-t-il sa femme ? Qu’a vu Gaby le soir de l’incendie qui a détruit leur maison d’enfance ?On croit que… et c’est peut-être autrement. Chacun a sa part de ciel, une petite lumière dans la tête. J’ai glissé des choses légères de la vie, les petites conneries du quotidien, Vanessa Paradis qui se sépare de Johnny Depp."

 

                 

@alpes-photo

 

Ce que j'ai moins aimé :

Il faut se laisser bercer par les mots simples et le quotidien tout aussi répétitif et naturel de Carole. Se laisser enchanter, sinon, on risque de passer à coté de la magie du texte.

Informations sur le livre :

Actes Sud

Premières phrases :

"On était trois semaines avant Noël. J'étais arrivée au Val par le seul train possible, celui de onez heures. Tous les autres arrêts avaient été supprimés. Pour gagner quelques minutes au bout, m'avait-on dit." 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Les déferlantes ; L'amour est une île

D'autres avis :

JérômeAlex ; SandrineSaxaoul ; Sylire 

 

Une part du ciel, Claudie Gallay, Actes Sud, août 2013, 448 p., 22 euros

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Clair de femme de Romain GARY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Vous êtes là, il y a clair de femme, et le malheur cesse d'être une qualité de la vie."

 

Ce que j'ai aimé :

Un soir de désuétude, deux êtres vont se frôler, pour rompre un instant leur solitude et leur souffrance. Michel aurait dû être dans un avion en partance pour Caracas, loin de sa femme Yannik qui met fin volontairement à une maladie qui la ronge dans un appartement tout proche, mais il n'a pas pu partir, pas voulu, alors il erre dans cette ville qui porte les débris de son amour. Lydia lutte pour retrouver un amour perdu depuis un tragique accident de voiture qui a rendu son mari infirme. Yannik voulait que Michel rencontre une autre femme pour que l'amour qui les liait perdure avec une autre. Cette autre sera-t-elle Lydia ? 

La beauté du texte et des dialogues prend à la gorge et inonde le lecteur d'émotions diverses. 

"L'éphémère vit d'éclairs  et je ne demande aps au bonheur une rente."

"Le sens de la vie a un goût de lèvres."

De très belles réflexions sur le couple illuminent cette liaison entre deux délaissés de la vie :

"Comment veux-tu distinguer le faux du vrai, quand on crève de solitude ? On recontre un type, on essaie de le rendre intéressant, on l'invente complètement, on l'habille de qualités des pieds à la tête, on ferme les yeux pour mieux le voir, il essaie de donner le change, vous aussi, s'il est beau et con on le trouve intelligent, s'il vous trouve conne, il se sent intelligent, s'il remarque que vous avez les seins qui tombent, il vous trouve de la personnalité, si vous commencez à sentir que c'est un plouc, vous vous dites qu'il faut l'aider, s'il est inculte, vous en savez assez pour deux, s'il veut faire ça tout le temps, vous vous dites qu'il vous aime, s'il n'est pas très porté là-dessus, vous vous dites que ce n'est pas ça qui compte, s'il est radin, c'est parce qu'il a eu une enfance pauvre, s'il est mufle, vous vous dites qu'il est nature, et vous continuez ainsi à faire des pieds et des mains pour nier l'évidence, alors que ça crève les yeux et c'est ce qu'on appelle les problèmes de couple, le problème du couple, quand il n'est plus possible de s'inventer, l'un l'autre, et alors, c'est le chagrin, la rancune, la haine, les débris que l'on essaie de faire tenir ensemble à cause des enfants ou tout simplement parce qu'on préfère encore être dans la merde que de se retrouver seule."

Durant cette nuit d'errance Michel croise aussi la route du Senor Galba, dresseur de chiens émérite, qui attend la mort la "smrt" comme il préfère l'appeler parce que ces sonorités sont davantage en accord avec ce qu'elle est. 

Un très beau texte que je vous recommande en ce jour qui célèbre le 100ème anniversaire de la naissance de Romain Gary !

« Deux désespoirs qui se rencontrent cela peut bien faire un espoir ».

 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien, j'en réclame encore !

 

Premières phrases :

"Je descendais du taxi et la heurtai, avec ses paquets, en ouvrant la portière : pain, oeufs, lait se répandirent sur le trottoir - et c'est ainsi que nous nous sommes rencontrés, sous la petite pluie fine qui s'ennuyait." 

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La promesse de l'aube

 

Clair de femme, Romain Gary, Folio, avril 1982, 180 p., 6.20 euros

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Le mystère de la chaussette orpheline et autres tracas du quotidien de Colombe LINOTTE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Où il est question d'un chat démoniaque, d'un Mâle despotique et de moutons de poussière (entre autres)"

 

Mon avis :

J'ai découvert le blog de Colombe Linotte chez Keisha. Et j'ai été conquise par son ton humoristique décalé, par sa capacité à embellir avec drôlerie le quotidien pas toujours passionnant. Avec elle tout devient drôle et léger. On en vient presque à souhaiter les aléas de la vie quotidienne, pour, nous aussi, en rire avec détachement et intelligence (oui, pôrfaitement, Monsieur, je saurais faire ça... )

Bref, quand j'ai vu qu'elle avait aussi édité un livre (quelle femme...) j'ai dit banco. Sauf que ô déception, (qui m'apprendra à dire banco à chaque fois qu'on me parle d'un livre) le livre en question est beaucoup moins drôle que le blog. Les choix ne sont pas forcément très judicieux, et de fait l'humour gouaillier de Colombe perd des plumes. 

"J'ai lu sur un blog de mode que c'était le grand retour des jeans imprimés.

Alors j'ai aussi essayé. J'ai créé le bourrage papier du siècle au bureau."

 

"- Mais pourquoi tu n'imprimes pas recto verso ? ai-je demandé à mon collègue tatoué.

- Avec tout le pollen qu'ils me balancent, je me venge des arbres."

 

"-Carré ou long ? ai-je dit au Mâle.

- Carré, tu as déjà eu ?

- Carré, c'est ce que j'ai depuis des LUSTRES. Mais je pourrais les laisser pousser, par exemple. Qu'est ce que tu préfères, toi ?

- Qu'importe. Quelque chose qui ne bouche pas les baignoires.

J'ai annulé chez Dessange. J'irai chez Décathlon m'acheter un bonnet de bain."

 

Sur le blog :

"J’ai été émerveillée

par la description du petit-déjeuner quotidien de ma copine Ginette, qui se compose invariablement d’un kiwi, d’un verre de jus d’oranges pressées et de fromage sur du pain aux graines. J’ai donc pris l’immédiate décision de changer mes habitudes et de prendre moi aussi un petit déjeuner parfait, et dans les douze heures qui ont suivi, j’ai acheté une barquette de kiwis.

Le premier matin, j’ai oublié de manger le kiwi et je suis partie au bureau. Le deuxième matin, j’ai oublié de manger le kiwi mais je l’ai emmené au bureau et j’ai collé un post-it dessus. Le troisième matin, j’ai oublié de manger le kiwi alors j’ai programmé une sonnerie à 10h pour penser à lire le post-it du kiwi du bureau. Le quatrième matin, j’ai oublié de manger le kiwi alors une fois dans la voiture je me suis envoyée un mail pour m’ordonner de manger le kiwi du bureau dès mon arrivée. Le cinquième matin, j’ai emmené tout le reste de la barquette au bureau pour créer un effet 3D à côté du téléphone. Le sixième matin, on était samedi, j’avais oublié tous les kiwis rabougris au bureau. Dans les douze heures qui ont suivi, j’ai acheté une cagette d’oranges à jus."

                         

- on m’avait plutôt parlé d’une épreuve avec des gros vers blancs…
- estime-toi heureux qu’on ne porte pas de bandana.

#KohLanta

 

Par conséquent , je vous invite plutôt à lire son blog que son livre, en espérant qu'un prochain titre sortira, plus proche de l'esprit spirituel de la demoiselle. Les trois coeurs prouvent que je suis quand même fan, et que si vous n'avez pas Internet, ou que votre connexion free déconne parce que vous avez un Mâle chez vous incapable de réparer ne fut-ce qu'une ampoule, ou si vous préférez la version papier à la version blog, n'hésitez pas, vous découvrirez un univers optimiste et intelligent !

 

Informations sur le livre :

Sur son blog 

 

Le mystère de la chaussette orpheline et autres tracas du quotidien, Colombe Linotte, First, 2013, 9.95 euros

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