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244 articles avec litterature francaise

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar de Antoine CHOPLIN

Publié le par Hélène

♥ ♥

Tomas est un jeune cheminot dans la ville de Trutnov en Tchécoslovaquie au début des années 70. Son chemin croise celui de Vaclav Havel, alors que celui-ci n'est encore qu'un artiste de théâtre. Une amitié se noue entre les deux hommes, amitié de coeur mais aussi amitié d'idées. Face au régime communiste qui se durcit et poursuit les dissidents comme Vaclav, Tomas fait rapidement son choix. Il reste résolument du côté de la liberté et de la culture, centrale, "comme un outil de savoir et de plus grande conscience sur le monde."

Avec tact et retenue, Antoine Choplin évoque la montée au pouvoir de Vaclav Havel, des premières heures hésitantes jusqu'au succès, et ceci par l'intermédiaire de cet acolyte de l'ombre, Tomas, un  cheminot ordinaire amoureux des écorces et des oiseaux, un homme que rien ne prédestinait à jouer un rôle dans l'histoire, mais  qui décide simplement de suivre ses préceptes moraux et d'accomplir ce qui lui semble juste aux côtés de personnes qu'il apprécie. L'amitié qui relie les deux hommes est touchante, discrète, de ces liens solides qui ne nécessitent pas une effusion disproportionnée quand on sait que l'essentiel nous rassemble.

A travers le destin de Tomas Kusar, Antoine Choplin nous offre un roman tout en délicatesse retraçant l'engagement de ces hommes qui se battent pour des valeurs, et qui passent au travers des épreuves inhérentes à leurs positions, par conviction, par passion pour la vie et la liberté indissociables dans un monde qui chancèle.

 

D'autres avis : Caroline ; Yves ; Leiloona ; Jostein ;

Du même auteur : La nuit tombée ; Le héron de Guernica Radeau  ; L'incendie Une forêt d'arbres creux

 

Quelques jours dans le vie de Tomas Kusar, Antoine Chopli, La fosse aux ours, janvier 2017, 18 euros

 

La fosse aux ours est l'éditeur du mois pour Un mois un éditeur

 

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L'autofictif croque un piment de Eric CHEVILLARD

Publié le par Hélène

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"Les ventes de mes livres seraient bien meilleures ; malheureusement, mes lecteurs ne lisent pas." p. 78

Eric Chevillard a commencé par expérimenter sur son blog http://l-autofictif.over-blog.com/  un nouveau type d'écriture : l'Autofictif. Chaque jour, il livre trois phrases à la frontière entre aphorisme, haïku, réflexion philosophique, brève de comptoir, mais surtout commentaire sur sa vie et sur le monde qu'il observe avec ironie et décalage. Il retranscrit sous forme papier en 2009 ses réflexions de 2007 et 2008.

L'autofictif croque un piment couvre la période 2011-2012. Les sujets sont tout aussi variés et jouissifs. Quelques perles :

- quand il se moque de son manque de succès ou de la suffisance de certains écrivains

"Quand on voit quel chemin montueux, tortueux, rocailleux mène à la gloire, comment s'étonner que tant d'ânes en aient atteint le sommet ?" p. 97

"Je me flatte d'avoir vécu une expérience rare pour un écrivain - qui atteste aussi une certaine force de caractère, ayons l'humilité de l'admettre: j'ai voyagé dans le Transsibérien sans en rapporter un livre! "

- quand il observe sa fille :

"Pourquoi il n'y a pas de crayon de couleur beige ?" p.125

"- Non, Suzie, tu ne touches pas à ça ! Quand tu auras dix-huit ans, tu feras ce que tu voudras.

Elle débranchait son babyphone !" p. 181

- quand il repense la nature :

"Si le boa avait des cheveux - et l'on comprend bien du coup pourquoi la nature a jugé cette option superflue -, il se ferait des nattes." p.121

Son inventivité n'a pas de limite, lui qui décide par exemple de devenir pope. Pour la tenue...

Eric Chevillard est drôle, incisif, jamais complaisant envers lui-même, bref il faut le découvrir !

« C’est Jules Renard, Pascal et La Rochefoucauld réunis, et encore plus que ça. Les petits faits de la vie, de menues observations mis en formules gnomiques et transfigurés par l’invention, l’humour, la fantaisie. Autre chose que la morne liste des courses qui fait l’ordinaire de ce qu’on nomme autofiction, sans doute pour signifier que ça exclut toute inventivité. »
Pierre Jourde, Le Nouvel Observateur

 

Présentation de l'éditeur : L'arbre vengeur

Son site : http://autofictif.blogspot.fr/

 

Un mois un éditeur : http://www.arbre-vengeur.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'autres avis : Keisha

 

L'autofictif croque un piment, Journal 2011-2012, Eric Chevillard, L'arbre vengeur, 2013, 245 p., 13 euros

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Un mois, un éditeur / L'arbre vengeur

Publié le par Hélène

L'arbre vengeur est à l'honneur ce mois ci pour Un mois Un éditeur :

http://www.arbre-vengeur.fr/

Babélio nous proposait en 2013 une interview passionnante pour découvrir cette petite maison d'édition. En 2014, le site "Un dernier livre avant la fin du monde" rencontre aussi David Vincent et Nicolas Etienne, les fondateurs de la maison.

De cette maison d'édition, j'ai juste lu jusqu'ici Mes amis de Emmanuel BOVE

J'ai donc prévu de me plonger dans le catalogue très attirant de cette maison d'édition et de vous parler notamment prochainement des autofictifs de Eric Chevillard.

 

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Les trois vies d'Antoine Anacharsis de Alex COUSSEAU

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"La vie est un cheval, me dit-il. Un cheval furieux, un cheval espiègle, ou un cheval docile. A chacun d'en décider, mais pour avancer il faut l'enfourcher." p. 289

Au commencement, Antoine n'est pas né. Nous sommes en 1831 sur une île au large de Madagascar et il est encore lové dans une bulle, dans le ventre de sa mère qui lui apprend le monde en lui décrivant tout ce qu'elle voit. Elle lui raconte aussi son histoire, et remonte sur plusieurs générations pour que mots après mots son identité prenne forme. Mais peu à peu, des silences s'installent quand ses parents sont capturés par des anglais pour être vendus comme esclaves.  C'est alors que le petit Antoine vient au monde, avec comme seul héritage les histoires de sa mère et un médaillon sur lequel est inscrit un étrange cryptogramme devant mener au célèbre trésor d'Olivier Levasseur. D'aventures en aventures le garçon grandit et se lance sur les traces du trésor de ses ancêtres aidé dans sa quête par Blind qui l'a recueilli. Les deux hommes décident de faire appel à Edgar Allan Poe, l'auteur du célèbre Scarabée d'or, pour déchiffrer le cryptogramme et ils partent donc pour l'Amérique où les attendent encore moults aventures. Le jeune Antoine sera tour à tour esclave, deviendra un peu indien, et fort de toutes ces expériences, il s'acheminera vers sa troisième vie...

"Timochee dit que chaque histoire est un être vivant, et que nos rêves forment un peuple. Le jour où ce peuple aura disparu, l'univers sera déréglé. Les étoiles s'éteindront les unes après les autres, le soleil se consumera, et tous les bruits du monde se réuniront en un seul endroit. Ils seront tous là. Le bruit de la pluie qui flagelle les arbres, celui de la roche qui craquelle, du torrent qui gronde, celui de la renarde qui piaille après ses petits, du geai poursuivi par la peur, celui du vent faisant plier le lys des étangs, le premier et le dernier souffle des hommes... Au fond d'un unique creuset tous les bruits se réuniront pour ne plus en constituer qu'une seule.

Bang !

Le bruit que font les rêves quand ils meurent." p. 207

Entremêlant savamment personnages fictifs, voire fantastiques comme le kraken, et personnages réels tels que Edgar Allan Poe, les soeurs Fox, ou encore Olivier Levasseur, et porté par une langue poétique, Les trois vies d'Antoine Anacharsis nous emporte dans le XIXème siècle d'Afrique en Amérique pour mieux balayer les évènements marquants et insister sur l'essentiel : l'homme et ses capacités, l'homme, capable du meilleur comme du pire, l'homme, pour qui rêver est essentiel.

La mise en page elle-même recèle des trésors d'inventivité intercalant des cartes au début de chaque chapitre.

Finalement on aimerait que cette quête folle ne s'arrête jamais, emportée par la foi d'Antoine, parce que finalement "C'est le propre d'une légende de ne jamais se terminer (...)"

 

Présentation de l'éditeur : Le Rouergue 

D'autres avis :Télérama

 

Les trois vies d'Antoine Anacharsis, Alex Cousseau, Le Rouergue, septembre 2012, 288 p., 15.70

Dès 12 ans

Prix LIRE du roman jeunesse 2012

 

Pour la petite histoire j'étais censée lire ce mois-ci un roman des éditions Anacharsis pour Un mois un éditeur , et j'étais tellement fatiguée ce mois-ci que j'ai commandé celui-ci et ce n'est qu'à la moitié du livre que je me suis rendue compte de la confusion entre le titre et l'éditeur... De fait, je ne serai pas au rendez-vous de Sandrine, mais je me console en me disant que, au moins, j'aurai découvert un très bon roman d'aventures...

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Charlotte de David FOENKINOS

Publié le par Hélène

"La véritable mesure de la vie est le souvenir."

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, jeune peintre marquée par la fatalité et morte à Auschwitz à 26 ans. Jeune femme talentueuse, elle est une des rares femmes juives à rentrer à l'Académie des Beaux-Arts de Berlin. Mais elle est rapidement exclue par les nazis, exclue du monde de l'art, exclue de sa ville, exclue de sa vie. "Il faut être optimiste, se dire que la haine est périssable." se répète-t-elle en vain. Sa famille est marquée par la fatalité de la mort, et Charlotte se sent coupable de survivre. Elle veut se souvenir, par l'art, expier les fautes passées et peindre, encore et toujours, pour ne pas devenir folle.

L'auteur se met en scène lui-même dans ce roman, fasciné par Charlotte. Il dit ressentir une attirance diffuse pour l'Allemagne, que cristallise sa rencontre avec l'oeuvre de Charlotte Vie ? ou Théâtre ?

"Les écrivains allemands.

La musique et la fantaisie.

Le désespoir et la folie.

Tout était là.
Dans un éclat de couleurs vives."
p. 37

 

 

Ce que j'ai moins aimé :

Le style est déroutant : l'auteur se veut poète quand il se contente de faire des phrases courtes. Ce n'est pas parce qu'on écrit des phrases courtes et qu'on passe à la ligne rapidement que l'on écrit un poème en prose... 

L'ensemble sonne creux, sans grand intérêt.

Bilan : Décevant !

 

Présentation de l'éditeur : Folio ; Nouvelle édition enrichie des oeuvres de Charlotte Salomon 

Du même auteur  La délicatesse   Le potentiel érotique de ma femme   ; La Tête de l'emploi   

D'autres avis : Bibliobs ; Jérôme ; Noukette ; Séverine ; Laure ; Caroline ; Sandrine 

ou encore : 

Charlotte, David Foenkinos, Folio, mai 2016, 7.10 euros

Ce roman a obtenu le Prix Goncourt des lycéens 2014 et le Prix Renaudot 2014

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Let it snow de la TEAM COMEDIE ROMANTIQUE

Publié le par Hélène

♥ ♥

100% comédie,
100% romantique,
100% Noël
et 100% numérique

Isabelle Alexis, Tonie Behar, Adèle Bréau, Sophie Henrionnet, Marianne Lévy, Marie Vareille nous offrent six nouvelles romantiques pour agrémenter cette fin d'année ! Elles ont formé un collectif d'auteures de comédies romantiques à la française qui livrent ici leur interprétation décalée de la romance.

Crush et crash d'Isabelle Alexis :

Une réunion de famille dans laquelle l'esprit débridé et libérateur de Noël s'installe... Un zeste de revendications, une pointe d'humour et de passion suffit à déconstruire la structure aliénante d'une famille bourgeoise ...

Y aura-t-il de la neige à Noël ? de Tonie Behar :

Une narratrice amoureuse de Noël et de sa magie qui soignent jusqu'aux moindres détails sa soirée de réveillon (jusqu'à ses ongles rouges sont même ornés de flocons blancs). Mais une panne d'ascenseur va bouleverser ses projets de soirée romantique en amoureux... ou pas, la magie de Noël pouvant tomber du ciel, comme la neige, comme les anges, à tout instant... Une nouvelle qui nous enseigne l'importance de s'émanciper des cases toutes faites...

Ma préférée du recueil.

Le marché de Noël de Adèle Bréau :

Une nouvelle qui débute avec l'évocation d'un père seul avec ses deux petites filles à cause de la défection d'une mère sauf que cette situation initiale n'a plus de rapport avec la suite et son histoire de fromage... Dommage ! Une déception.

La théorie du pingouin de Sophie Henrionnet :

Un style original avec ses hashtags mais une histoire assez banale entre deux collègues qui s'échangent des mails. Les histoires de bureau grèvent l'humour et la magie de Noël à mes yeux, même si, bien sûr il en faut pour tous les goûts !

Keep calm et love Christmas de Marianne Lévy :

Une nouvelle avec un fan de Franck Sinatra et une actrice de pacotille qui cherche à lui redonner le sourire. J'ai perdu rapidement le fil...

Cap ou pas cap ? de Marie Vareille :

Une jeune femme emprisonnée dans un grand magasin le soir de Noël avec un charmant jeune homme cambrioleur... Assez prometteur.

 

Bilan : Ma préférence va aux deux premières nouvelles du recueil, la première pour son humour dévastateur qui déconstruit tous les clichés de la famille, la deuxième pour son univers romantique si parfaitement rendu.

Des nouvelles rafraichissantes variées autour de Noël qui, s'il fait rêver certains, est synonyme pour d'autres de réunions de famille exacerbant les conflits et ressassant les mêmes sujets éternels d'insatisfaction. La fuite semble alors la seule issue... Un recueil dédié aux anges de Noël (au cas où ils existent).

 

Présentation de l'éditeur : http://comedieromantique.com/

D'autres avis : Stephie

Qui sont-elles ? : http://comedieromantique.com/qui-sommes-nous/

 

Disponible en format numérique sur Amazon à 0.99 euros !

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Déception du mois de novembre

Publié le par Hélène

14 Juillet de Eric Vuillard

Présentation de l'éditeur : Actes sud 

La prise de la Bastille est l’un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. 14 Juillet raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.
 

“ De la Bastille, il ne reste rien. La démolition du bâtiment commença dès la nuit du 14 juillet 1789. De l’événement, nous avons les récits du temps. Les députations de notables qui se rendirent à la citadelle et les délibérations de l’Hôtel de Ville y prennent une importance démesurée. On nous raconte la prise de la Bastille du point de vue de ceux qui n’y étaient pas ; et qui vont devenir nos représentants. Ils n’y étaient pas et ne souhaitaient d’ailleurs pas que la Bastille tombe. Ils firent même tout pour l’empêcher. Mais ils ont laissé des témoignages. Car ces gens-là savaient écrire.
Il fallait donc retrouver les relations des gens ordinaires, s’appuyer sur le récit personnel de leur participation à l’émeute du 14 Juillet. Il fallait éviter tout surplomb, afin de ne pas écrire un 14 Juillet vu du ciel. En m’en tenant aux récits méprisés, écartés, j’ai voulu me fondre dans la foule. Et puisque c’est bien le grand nombre anonyme qui fut victorieux ce jour-là, il fallait également fouiller les archives, celles de la police, où se trouve la mémoire des pauvres gens.
L’Histoire nous a laissé un compte et une liste : le compte est de 98 morts parmi les assaillants ; et la liste officielle des vainqueurs de la Bastille comporte 954 noms. Il m’a semblé que la littérature devait redonner vie à l’action, rendre l’événement à la foule et à ces hommes un visage.
À une époque où un peuple se cherche, où il apparaît sur certaines places de temps à autre, il n’est peut-être pas inutile de raconter comment le peuple a surgi brusquement, et pour la première fois, sur la scène du monde.”

Mon avis

Je n'ai pas comme habitude de lire les sorties littéraires dont tout le monde parle -encore moins les français, ceux qui me connaissent le savent- mais quand j'ai lu Tristesse de la terre dernièrement, j'ai regretté de ne pas l'avoir lu plus tôt et j'ai ressenti rétrospectivement une peur froide : celle d'avoir manqué de passer à côté d'un grand roman, sous prétexte de ne pas céder aux sirènes des médias qui encensent toujours les mêmes livres. (lire à ce sujet le billet de Sandrine sur les blogs littéraires et leurs choix)

Cette année, j'ai donc joué le jeu, et j'ai fait confiance aux médias, me plongeant dans la rentrée littéraire, par peur encore une fois de passer à côté d'une oeuvre incontournable.

Et j'ai lu ce 14 juillet. Alors oui, l'auteur fait revivre les petites gens de la révolution, mais pour moi, le roman en se situant entre fiction et essai historique, finit par manquer d'âme. Les dialogues sont absents, remplacés par des descriptions interminables. Bref. Je me suis ennuyée. Je ne l'ai pas trouvé incontournable.

J'ai voulu découvrir d'autres romans mis en avant dans cette rentrée littéraire et j'ai été globalement déçue, seuls The girls ; Petit pays  ; Le rouge vif de la rhubarbe ; Des hommes de peu de foi et Le syndrome de la vitre étoilée  m'ont marquée. Et pourtant j'ai lu :

Le grand jeu de MInard

Soyez imprudents les enfants de Ovaldé

Comment tu parles de ton père de Sfar

Le bal mécanique de Grannec

Tropique de la violence de Appanah

L'enfant qui mesurait le monde  de Arditi

Voici venir les rêveurs de Mbue

Chanson douce de Slimani

Le garçon de Malte

Cannibales  de Jauffret

Continuer de Mauvignier

Laëtitia de Jablonka

14 juillet de Vuillard

Le constat est sans appel : sur 18 livres lus, seuls 5 m'ont plu ! Dont 4 romans étrangers ! Une fois n'est pas coutume, à l'avenir, je vais m'en tenir aux statistiques et aller où mon coeur me porte, vers la littérature étrangère, sirènes ou pas sirènes, quitte à passer à côté d'un incontournable français. Je prends le risque. 

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La vie devant soi de Romain GARY (Emile AJAR)

Publié le par Hélène

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"Dans la vie c'est toujours la panique."

Quartier de Belleville, années 70. Momo, 10 ans vit chez Madame Rosa, une ancienne prostituée qui a créé « une pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers », c'est à dire qu'elle accueille des enfants de prostituées pour les protéger de l'assistance publique ou des "proxinètes", comme dit Momo. Le jeune garçon raconte son quotidien à hauteur d'enfant émaillant son récit de réflexions sur la vie :

"Les gens tiennent à la vie plus qu'à n'importe quoi, c'est même marrant quand on pense à toutes les belles choses qu'il y a dans le monde."

"La vie fait vivre les gens sans faire tellement attention à ce qui leur arrive."

Si Momo a la vie devant lui, Madame Rosa, quant à elle, est hantée par ses souvenirs d'Auschwitz, se laissant gagner peu à peu par la maladie Si son médecin insiste pour qu'elle soit hospitalisée, elle le refuse catégoriquement, soutenue par Momo : 

"Moi je trouve qu'il n'y a pas plus dégueulasse que d'enfoncer la vie de force dans la gorge des gens qui ne peuvent pas se défendre et qui ne veulent plus servir."

L'enfance, la mort, la vieillesse, le milieu des prostituées et des émigrés s'entremêlent savamment pour former une oeuvre atypique, pimentée de trouvailles langagières hors norme, drôles et décalées. Le délabrement de Madame Rosa se niche au coeur du roman, sa dignité lui criant de ne pas finir à l'hôpital, reliée à des tubes, comme un simple légume. L'amour inconditionnel de Momo l'aidera à fuir cet hôpital synonyme de déchéance. 

L'amour fonde le monde de l'enfant et lui permet d'avancer en pensant qu'il a la vie devant soi. Même si la vie est cruelle, son humour et son innocence lui servent de bouclier. 

Les derniers mots du roman sonnent comme une promesse : "Il faut aimer". 

Pour la petite histoire  Romain Gary a reçu le prix Goncourt pour ce roman, sous le nom d'emprunt d'Emile Ajar. En effet Romain Gary s'est joué du Goncourt puisque le règlement n'autorise pas un auteur à recevoir le prestigieux prix deux fois, or il l'avait déjà obtenu en 1956 pour Les Racines du Ciel. Il voulait par cette mystification retrouver une certaine liberté d'expression, loin des critiques. L'affaire fut révélée à la mort de l'auteur en 1980. 

 

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : A propos des livres  ; Manou 

 

La vie devant soi, Emile Ajar, Folio, 7.70 euros

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Laëtitia ou la fin des hommes de Ivan JABLONKA

Publié le par Hélène

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Prix Médicis 2016

Par une nuit sombre de janvier 2011, la jeune Laëtitia disparaît, laissant ses proches désemparés. Enlevée et assassinée, son corps n'est retrouvé que plusieurs semaines plus tard. Ce sordide fait divers est le prétexte pour Ivan Jablonka de lancer une enquête policière, mais aussi sociologique. Il justifie ainsi son recours au fait divers :

"Je voudrais montrer qu'un fait divers peut être analysé comme un objet d'histoire. Un fait divers n'est jamais un simple "fait", et il n'a rien de "divers". Au contraire, Laëtitia dissimule une profondeur humaine et un certain état de la société : des familles disloquées, des souffrances d'enfant muettes, des jeunes entrés trop tôt dans la vie active, mais aussi le pays au début du XXIème siècle, la France de la pauvreté, des zones périurbaines, des inégalités sociales. On découvre les rouages de l'enquête, les transformations de l'institution judiciaire, le rôle des médias, le fonctionnement de l'exécutif, sa logique accusatoire comme sa rhétorique compassionnelle. Dans une société en mouvement, le fait divers est un épicentre."

Il explique que Laëtitia est un fait social : "Elle incarne deux phénomènes plus grand qu'elle : la vulnérabilité des enfants et les violences subies par les femmes."  En parlant d'elle, l'auteur nous parle du désarroi du père à qui on retire la garde de ses enfants, décrit le processus de placement dans les foyers ou familles d'accueil, pas toujours très pertinent "Comme leurs enfants, les parents ne comprennent pas très bien ce qui leur arrive. Mais ils ont saisi l'essentiel : "J'aurais préféré les garder, mais j'avais pas le droit." "Une fois que la justice a retiré les enfants "en danger", elle ne les rend plus. L'idée que les parents sont en trop reste gravée dans le cerveau reptilien des institutions." Il aborde aussi la question de la récidive et du suivi judiciaire des délinquants en mettant l'accent sur le conflit entre l'exécutif et les magistrats. Fondamentalement, il évoque enfin les rapports de domination des hommes sur les femmes. Les ramifications sont effectivement multiples, comme une hydre, le fait divers s'étend dangereusement au-delà de ses frontières pour toucher tous les domaines.

Ce que j'ai moins aimé : Il s'agit pour moi davantage d'un documentaire sur ce fait divers que d'un réel roman. Le jury Médicis, présidé par Alain Veinstein a primé cette oeuvre qui revendique "des choix à la fois d'hybridation des genres et qui rappellent ce qu'on peut faire face à l'histoire et au réel." Soit. Personnellement, j'adhère difficilement à ces frontières entre fiction et réel...

Bilan : Laëtitia est une analyse sociologique d'un fait divers dotée de qualités indéniables. L'auteur souhaite avant tout rétablir la petite Laëtitia dans son statut de jeune fille. Il témoigne pour elle, retrace sa vie et son parcours et à travers ses pages, lui redonne peu à peu vie. Très médiatisée, en 2011 cette affaire avait été comme volée par tous les protagonistes satellites, notamment par les politiques, Nicolas Sarkozy en ayant profité pour s'attaquer au travail de la justice et durcir la législation pénale. Aujourd'hui sous nos yeux, la jeune femme fragile redevient Laëtitia, non plus un fait divers, mais un être de chair et de sang.

 

Présentation de l'éditeur : Seuil 

D'autres avis : Télérama ; Séverine 

 

Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka, Seuil, août 2016, 21 euros

 

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Continuer de Laurent MAUVIGNIER

Publié le par Hélène

Sibylle voit son univers de déliter peu à peu : un divorce, puis son fils qui part à la dérive. Sur un coup de tête elle décide d'entreprendre un voyage à cheval dans les montagnes du Kirghizistan avec ce fils qui frôle dangereusement la délinquance. Pour le sauver, pour le retrouver, pour se sauver elle-même, peut-être. Petit à petit le fils comprend que aimer et accepter est bien plus difficile que haïr et rejeter. Et pourtant, aller vers les autres s'avère nécessaire à plus d'un titre !

Ce que j'ai moins aimé :

- Le style avec ces phrases courtes qui, à mes yeux, n'apportent rien :

"Alors elle pose le verre, renverse trois gouttes de vin sur son pull -noir heureusement-, s'essuie tout en allant rapidement dans la cuisine. Elle se précipite vers le four, l'éteint et cherche la manique qui devrait être sur le plan de travail mais n'y est pas, elle cherche, trouve, ouvre la porte du four et doit reculer pour éviter le nuage de buée brûlante. Elle sort le plat, un rôti de porc qu'elle accompagnera des légumes préparés plus tôt" p. 33

- Ces bons sentiments : 

"Pourquoi tous on a peur de quelque chose ?" p.120

"Aller vers les autres, c'est pas renoncer à soi." p. 138

- La fin convenue, peu crédible

- Mauvignier s'inspire encore d'un fait divers et j'ai trouvé cela dérangeant dans le sens où en mai 2016 le père Renaud François sortait effectivement un récit de son voyage avec son fils Tom : "Dans les pas du fils", par Renaud&Tom François et Denis Labayle, chez Kero; Seulement quelques mois plus tard, Mauvignier écrit une version romancée, et par sa notoriété  fait de l'ombre au récit du père. Dans cet article passionnant de Nicolas Gary dans Actualitté Renaud François parle d'un viol comme si l'écrivain s'était immiscé dans leur intimité pour voler le rapport précieux du père et du fils. Alors cette utilisation du faits divers est-elle une vision de la littérature assumée ou ici un manque de délicatesse prégnant ?

Voici la page Facebook du périple du père et du fils : Dans les pas du fils

L'avis de Chinouk sur le récit de Renaud et Tom

Bilan : Décevant et dérangeant !

 

Présentation de l'éditeur : Les éditions de Minuit

D'autres avis : Babélio ; Mior

 

Continuer, Laurent Mauvignier, Editions de Minuit, 2016, 240 p., 17 euros

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