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244 articles avec litterature francaise

Le garçon de Marcus MALTE #MRL16

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Prix Fémina 2016

Le garçon n'a pas de nom,  il ne parle pas. Élevé en pleine nature, coupé du monde, il ne connaît que sa mère et son univers se borne aux alentours de la cabane où il habite à ses côtés. Jusqu'à ce que sa mère quitte le monde, l'obligeant ainsi à prendre la route, instinctivement. Nous sommes en 1908. Le garçon part à la rencontre du monde et de ses habitants, de la civilisation, incarnée par les habitants d'un petit hameau, puis de Brabek l'ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, de qui il tirera des leçons de vie :

"Il parle du cœur. Il dit que c'est ici qu'elle repose, la beauté. A l'intérieur. C'est ici qu'elle palpite et irradie. Il dit qu'il est toujours étonnant de découvrir sur quel immonde terreau s'épanouissent les fleurs les plus resplendissantes. (...) Le cœur, fiston. Pas de muscle plus tendre. Une éponge. Il pourrait tout absorber. Il pourrait tout contenir. Et cependant, dit-il, ce qui est le plus étonnant encore, c'est que les hommes passent l'essentiel de leur existence à l'endurcir et à l'assécher." p. 160

Après cette errance des premier temps, il rencontre Emma, celle qui sera son grand amour. Débute alors la deuxième partie du roman, ouverture à la sensualité et là l'érotisme. Si le garçon comprend que les ravages sont le lot de l'existence, il perçoit aussi la possibilité d'être heureux, quelquefois, par intermittence. La jeune femme le forme à sa manière, loin des moules traditionnels souvent rigides qui façonnent les mêmes hommes alors que selon Emma "La civilisation est ailleurs." A deux, ils chantent l'amour de la vie, l'amour de l'autre bercé par la littérature et l'art, seuls échappatoire à une réalité terrifiante. 

"C'est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l'existence : nombre de ravages et quelques ravissements." p. 174

Malheureusement l'Histoire les rattrapera avec la grande guerre qui bouleversera ce fragile équilibre.

Porté par une écriture poétique, Le garçon résonne comme un roman d'initiation à l'apprentissage cruel : au fil des pages, le jeune homme côtoie peu à peu l'inhumanité des hommes corrompus par la civilisation. Originellement êtres purs, en se civilisant, ils deviennent capables du pire. 

Ce que j'ai moins aimé : quelques longueurs. 

Bilan : Une épopée vivante qui se démarque indéniablement ! 

 

Présentation de l'éditeur : Zulma 

D'autres avis : Zazy ; Kathel ; Yves ; Lecture commune avec Noukette ; Mog Lug ; Isabelle Asphodèle

Vous aimerez aussi : Le site de l'auteur  ;  Les harmoniques 


Le garçon, Marcus Malte, Zulma, août 2016, 544 p., 23.50 euros

 

Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister roman choisi par Moka

 

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Chanson douce de Leïla SLIMANI

Publié le par Hélène

 

Myriam a consacré plusieurs années à élever ses deux enfants mais quand elle a l'opportunité de reprendre son activité d'avocate, elle n'hésite pas et accepte de bon cœur. Par chance, après un casting sévère, son mari et elle rencontre la nounou parfaite, Louise. Cette femme s'installe peu à peu dans leur vie et se rend rapidement indispensable, devenant une béquille pour les parents engagés dans une vie professionnelle prenante. Mais peu à peu la nounou prend une place dérangeante au sein de la famille.

Dés les premières lignes, le malaise nous cueille de plein fouet : "Le bébé est mort." Point de suspens, le drame est là, tout le roman ne fera qu'effeuiller le passé pour revenir pas à pas vers lui. Dans cette construction à rebours le lecteur actif tentera de chercher les indices qui auraient pu alerter les parents, il traquera les dysfonctionnements évidents, se révoltera contre l'aveuglement du couple, mais pourtant, il ne pourra que comprendre la facilité avec laquelle on peut succomber devant le dévouement d'une jeune femme prête à vous décharger de tous les aléas de la vie domestique.

Roman d'une époque, Chanson douce pointe du doigt les contradictions des femmes actuelles qui souhaitent être à la fois de bonnes mères, de bonnes épouses, tout en assumant une vie professionnelle brillante et épanouissante. Rapidement dépassées, elles confient alors leurs enfants à des femmes qui elles-mêmes sacrifient leurs enfants pour s'occuper de ceux des autres. Cercle vicieux infernal trahissant les dérives d'une époque. Les pères prétendument modernes restent tout de même bloqués sur des modèles anciens perdurant à travers les âges. 

Cette réécriture des rapports maîtres-valets permet aussi d'aborder les conflits de classe, Myriam et son mari n'hésitant pas par exemple à emmener Louise pour leurs vacances en Grèce afin de s'offrir du temps libre sans enfants. Pour Louise, cette découverte de la Grèce constituera un paradis inaccessible qui restera comme un rêve dans la solitude de cette femme. Pointant l"égoïsme des parents, qui ne font des enfants que pour s'en débarrasser à la première occasion pour se reposer, se prélasser, ces vacances grecques sont révélatrices à plus d'un titre. 

Là est la force de ce roman qui lance des pistes de réflexion multiples sur notre époque et qui, une fois refermé résonne fortement en nos esprits nous enjoignant à nous méfier des "chansons douces" de ceux qui savent nous endormir facilement en nous faisant miroiter une vie simple, mais en nous éloignant irrémédiablement des valeurs fondamentales. 

Ce que j'ai moins aimé : Ce roman a un côté dérangeant, effrayant même quand on comprend que la folie peut se terrer dans n'importe quelle rencontre. Mes réticences tiennent justement en ce sens à l'exploitation du fait divers - Leïla Slimani s'est inspirée de l'affaire Louise Woodward -  qui semble être de mise dans cette rentrée littéraire française, mais que j'ai rarement envie de lire dans un roman, en raison de sa presque trop banalité... 

Bilan : Pourtant, force est de constater qu'avec un roman basé sur un fait divers, l'auteur peut se faire le peintre d'une époque. A partir de lui, Leïla a su créer un roman prenant, envoûtant.

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : TéléramaBabélio ; Papillon ; Laure ; Clara

Vous aimerez aussi : Deuxième plateau des rencontres régionales entre lycéens et auteurs

Les impressions post-rencontre de Leïla Slimani

 

Chanson douce, Leïla Slimani, Gallimard, août 2016, 240 p., 18 euros

 

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Cannibales de Régis JAUFFRET

Publié le par Hélène

♥ ♥

Des liaisons dangereuses hannibalesques

Régis Jauffret met en scène dans son dernier roman une histoire pour le moins originale : Noémie vient de quitter Geoffrey et elle adresse un courrier à la mère de Geoffrey pour s'excuser d'avoir rompu. S'ensuit une correspondance entre les deux femmes autour des hommes et de l'amour, correspondance qui aboutit au projet machiavélique de tuer Geoffrey pour le dévorer ensuite. En effet, les deux femmes semblent désabusées par les hommes :

"Si on les laissait faire, si on laissait en roue libre passer le temps, on deviendrait pour une eux une putain désintéressée, adorant le ménage, leur ouvrant les portes comme un genleman, une cuisinière de haute école, une chambrière retapant le lit, changeant les draps en chantant, une gentille beauté distribuant comme des baisers son pardon à chaque vexation, une vierge rayonnante de pureté quand ils nous promènent dans leur famille, une belle salope les jours où ils rentrent de leur travail émoustillés par une vidéo visionnée entre une réunion et un rendez-vous avec un client obsédé de ristournes et de gestes commerciaux."  p. 96

Ne vaut-il mieux pas dans ce cas rester seule ?

"Le bonheur, madame, c'est l'absolue solitude. Ne se cogner à personne, ne point souffrir une autre main sous prétexte de caresse, une autre bouche cherchant à écraser vos lèvres, ne pas sentir de paroles irriter à l'improviste vos tympans fragiles tandis que vous jouissez du silence en regardant songeuse les reflets de la laque immaculée du four à micro-ondes. La solitude, c'est l'absolue beauté de se sentir incomparable dans une coquille où rien n'est beau que vous, puisqu'en fait d'humaine dans cette conque il n'y a que vous." p. 23

Mais malgré tout l'espoir perdure : "Nous espérons toujours, dit votre fils. Oui, même infiniment déçues nous sommes prêtes à aimer encore pour la première fois, mais n'avoir porté que des colifichets toute sa vie n'implique pas que vous attende quelque part un diamant, une émeraude, une humble topaze de la plus belle eau." p. 97

"Et puis, vous les avez connues ces épiphanies, ces gaietés inattendues qui parfois éclatent en nous, ces coins de rue éclairés soudain par un rai de soleil qui troue un nuage pour vous illuminer et vous donner la sensation d'être en vie une fois pour toutes, d'être née à jamais, la mort derrière soi avec l'éternité qui nous a précédées." p. 140

La haine est leur colonne vertébrale, ce moteur qui leur permet d'avancer et de distiller leur venin sur les pages écornées de leurs lettres enflammées. 

"Haïr, c'est être relié à l'élite de l'humanité, celle qui crée, dirige, façonne l'avenir avec un saint mépris de ses contemporains courant comme des enfants après les hochets qu'on agite devant leurs yeux naïfs avides de rogatons." p. 157

Le style incisif de l'auteur porte les métaphores comme un étendard. L'écriture est de l'ordre du fantasme, repoussant toutes les limites, elle permet toutes les identités et toutes les folies aussi bien pour les deux femmes que pour l'auteur.  

Ce que j'ai moins aimé : A la moitié du livre, l'histoire -ou l'absence de réelle histoire, c'est là la question - stagne, les lettres tournent en rond, les identités se brouillent tout comme la construction qui perd de l'allant et a tendance à semer le lecteur.

Bilan : Un récit original doté d'un brin de folie rafraichissant...

 

Présentation de l'éditeur : Seuil

D'autres avis : Babélio

 

Cannibales, Régis Jauffret, Seuil, 2016, 185 p., 17 euros

 

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L'enfant qui mesurait le monde de Metin ARDITI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

De l'importance de se laisser surpendre par la beauté du monde

A Kalamaki en Grèce trois destins vont se croiser : celui du petit Yannis, perdu dans son autisme, celui de sa mère Marai, submergée par ce fils si différent des autres, et celui d'Eliot qui a perdu sa fille et s'installe sur l'île pour poursuivre ses recherches sur le nombre d'Or. 

Ces trois personnages sont des êtres désoeuvrés errant dans un monde qui les dépasse : Eliot cherche un sens à sa vie alors que la chair de son sang est morte en raison d'un accident stupide, il cherche à s'ancrer dans le monde et se sauve temporairement grâce au travail dans lequel il se lance à corps perdu pour mieux combattre la douleur. "Quand la mer n'est pas furieuse, nous sommes tous de grands capitaines. Lorsqu'elle se déchaine, le plus solide des trehandiri doit rentrer au port et s'ancrer. Et même en trois points." p. 23

Marai et son fils essaient aussi de s'ancrer dans le monde, mais pour Yannis, autiste, le monde est trop instable, soumis aux changements perpétuels, alors qu'il aimerait que la vie soit sans surprise, ordonnée, "Qu'il n'ait pas à affronter sans cesse des situations dont il ne savait rien, ou des gens dont il n'arrivait pas à prévoir ce qu'ils allaient dire ou faire et qui le mettaient dans des états d'immense angoisse." p. 57

Tous se raccrochent à leur environnement, ce lieu magnifique qui leur offre un semblant de stabilité. Mais un projet d'hôtel dans cet univers préservé risque de bouleverser leur équilibre. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Au début du roman, des sauts temporels, des ellipses, des résumés sur plusieurs pages compliquent la chronologie. Des passages à l'imparfait couvrent plusieurs années, puis de nouveaux passages au passé simple donnent l'impression qu'enfin l'action a débuté, mais non, de nouveaux retours en arrière dans la vie d'un autre personnage bouleversent la narration ! L'action débute réellement au bout de 30 pages quand les personnages se rencontrent réellement. 

- L'auteur a voulu aborder trop de sujets qui lui tenaient à coeur, créant un trop-plein de problématiques : la beauté de la Grèce, l'amour de la philosophie, la situation économique de la Grèce, les luttes de pouvoir politique, le projet immobilier, l'autisme, le théâtre et la représentation, la religion, même la sexualité des prêtres ... 

Bilan : L'enfant qui mesurait le monde fait montre d'une belle poésie, c'est un récit touchant même s'il a tendance quelquefois à s'éparpiller au détriment par exemple du très beau personnage de Yannis, qui aurait mérité d'être mis davantage en avant car "Cet enfant porte en lui toute la douleur des hommes. L'immense solitude et l'impossibilité désespérante de s'ouvrir à l'autre."  A travers cet enfant, l'auteur nous éclaire sur le sens de la vie, sur notre capacité à nous émerveiller devant la beauté qui nous entoure, pour quelquefois, un instant, saisir le magnifique agencement du monde. Avoir cette impression tout à coup de tout comprendre. Pour mieux s'ancrer. Ici et maintenant. 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Yves 

Du même auteur : Le Turquetto ;  La confrérie des moines volants  ; Juliette dans son bain 

 

L'enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi Grasset, août 2016, 304 p., 19 euros

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Tropique de la violence de Nathacha APPANAH

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Les mensonges et les rêves n'exitent plus. Seuls subsistent la vie et l'enfer des autres." 

Marie est une jeune infirmière qui suit l'homme qu'elle aime sur l'île paradisiaque de Mayotte située dans l'océan Indien. Mais leur relation ne dure guère. Un beau jour, à l'hôpital où elle travaille, une jeune mère lui offre comme en cadeau un bébé aux yeux atypiques : l'un noir l'autre vert. La jeune mère pense que cet enfant lui portera malheur car il porte la marque des djinns, elle refuse de l'élever et le laisse ainsi à Marie qui va couver cet enfant et l'aimer comme s'il était le sien. Elle le  prénomme Moïse et dans cette île où règne la misère, elle l'élève dans un monde relativement privilégié. Aussi, le jour où Moïse quittera ce monde de priviléges, il heurtera de plein fouet l'envers du décor... Mené par Bruce, jeune garçon qui règne sur le bidonville appelé Gaza, Moïse errerra avec ces enfants et adolescents livrés à eux-même, dans un monde hanté par la pauvreté et sclérosé par la drogue et la violence 

Natacha Appanah s'attache ici à décrire le désoeuvrement de ces jeunes appartenant à des gangs violents. La jeune femme a vécu elle-même à Mayotte durant deux ans et avait été frappée par le nombre d'enfants errant dans les rues. Souvent ces enfants avaient été laissés à Mayotte par leurs parents clandestins renvoyés à la frontière. 

"Le 101ème département, surnommé l'île aux parfums ou l'île au lagon, fait également face à une pression migratoire constante venue des Comores, de Madagascar et même de quelques pays africains. Presque 20 000 personnes ont été reconduites à la frontière en 2014 mais les kwassas kwassas continuent d'arriver tous les jours sur les côtes mahoraises. 597 embarcations ont été interceptées en 2014. On estime à 3000 le nombre des mineurs isolés qui vivent durablement dans le 101ème département de France, sans foi, ni loi." p. 112

Mayotte semble bien loin de l'image d'eldorado véhiculée par les agences touristiques ! 

"C'est Mayotte ici et toi tu dis c'est la France. Va chier ! La France c'est comme ça ? En France tu vois des enfants traîner du matin au soir comme ça, toi ? En France il y a des kwassas qui arrivent par dizaines comme ça avec des gens qui débarquent sur les plages et certains sont déjà à demi morts ? En France il y a des gens qui vivent toute leur vie dans les bois ? En France les gens mettent des grilles de fer à leurs fenêtres comme ça ? En France les gens chient et jettent leurs ordures dans les ravines comme ça ?"

Ce que j'ai moins aimé :

- La structure est déroutante, puisque le récit commence par la fin, et que sont alors déroulés les évènements qui ont mené à cette situation, sappant toute tension dramatique. 

- Plusieurs voix prennent en charge la narration dans des chapitres relativement courts, si bien que la psychologie des personnages semble peu approfondie, survolant seulement les situations. Les points de vue -quelquefois venus d'outretombe- sont comme détachés de la violence des faits évoqués. 

Bilan : Un sujet fort mais un ensemble qui manque malheureusement de puissance pour moi. 

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

D'autres avis : Babélio

 

Un roman qui fait partie de la première sélection du prix Goncourt, de la première sélection du Fémina, ainsi que du Médicis. 

 

Tropique de la violence, Natacha Appanah, Gallimard, août 2016, 192 p., 17.50 euros

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Le comte de Monte Cristo de Alexandre DUMAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

1815. Edmond dantès, jeune offcier de marine, rentre à Marseille à bord du Pharaon, navire dont il a pris le commandement. Il semble voué à un avenir radieux : amoureux de la belle Mercédès, ils vont se fiancer et se marier prochainement, et il est promu capitaine par l'armateur du Pharaon, Morrel. Mais sa position enviable suscite des jalousies : Fernand, ami d'enfance de Mercédès aimerait l'évincer auprès de la belle, et Danglars, employé de Morrel, voit d'un mauvais oeil sa promulgation au rang de capitaine. Les deux hommes se liguent pour lancer de graves accusations contre Edmond, accusations qui vont lui valoir le cachot. Morrel intervient alors auprès du procureur du roi Villefort mais quand il découvre que son propre père risque d'être impliqué, il fait en sorte que Edmond soit emprisonné et oublié au château d'If.

Château d'If http: //www.gombertois.fr/marseille_chateau_dif.html

Edmond y restera quatorze ans. Il y rencontrera l'abbé Faria, vieux savant que tout le monde croit fou mais qui lui inculquera tout son savoir et sa philosophie :

"Il faut le malheur pour creuser certaines mines mystérieuses cachées dans l'intelligence humaine, il faut la pression pour faire éclater la poudre. La captivité a réuni sur un seul point toutes mes facultés flottantes ça et là, elles se sont heurtées dans un espace étroit, et, vous le savez, du choc des nuages résulte l'électricité, de l'électricité l'éclair, de l'éclair, la lumière."

Quand Edmond finira par s'évader de ses geôles, il n'aura de cesse de poursuivre ceux qui l'ont emprisonné...

Au-delà du roman d'aventures, ce classique constitue un magnifique portrait d'homme. Le comte est un être complexe, être innocent et heureux au début du roman, il se densifie au fur et à mesure, désabusé par les trahisons qui le poursuivent. Il en vient même à douter de l'amour du prochain que devrait porter en lui chaque homme. Un instant, il ne croit plus en l'humanité, pour lui l'homme n'est qu'un animal ingrat et égoïste. Son parcours le forgera, c'est un homme qui trouvera de la force dans sa dignité, et qui finira par comprendre combien il est bon de vivre après avoir voulu mourir. Attendre et espérer, tels sont pour lui les clés de la sagesse ... 

Ce que j'ai moins aimé : Quand la première partie se révèle passionnante avec ses aventures multiples, ses retournements de situation, ces êtres qui ne sont jamais ceux que l'on croit, la deuxième partie s'essoufle un peu. Centrée sur les actes philanthopiques du comte qui se fait appeler Simbad le marin, les personnages se cachent derrière des identités multiples et finissent par se confondre. Néanmoins, cette partie est enrichie par le croquis péjoratif de la société parisienne qui traitent les invités "non pas d'après ce qu'ils sont mais d'après ce qu'ils veulent être".

BilanLe comte de Monte Cristo reste un magnifique roman d'aventures aux ramifications profondes.

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche 

D'autres avis : Babelio

 

tome 1 passionnant aventures multiples

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Heureux les heureux de Yasmina REZA

Publié le par Hélène

Les heureux du titre, vous ne les trouverez guère dans ces pages relativement déprimantes. Comme si ils étaient une  espèce rare, en voie de disparition, surtout quand les hommes et les femmes s'échinent à nouer des relations à deux. Quelle erreur ! Les nouvelles de Yasmina Reza mettent en scène des couples au sein desquels sont reines les mesquineries, les petites phrases assassines, les perversités immondes, une désharmonie qui semble rédhibitoire. Quand l'une de ses narratrices affirme : "Les couples me dégoûtent. Leur hypocrisie. Leur suffisance." p.107 cela sonne comme une revendication de l'auteure elle-même qui martèle  "Je ne me suis jamais fait beaucoup d'illusions sur le couple. Je crois que littérairement je tape dessus depuis le début. Je me méfie du mot "amour". C'est un mot difficile à manier."  (Interview Jéröme Garcin pour le Nouvelobs) 

Alors bien sûr, certaines phrases sonnent juste, et l'analyse reste intelligente :

"Deux êtres vivent côte à côte et leur imagination les éloigne chaque jour de façon de plus en plus définitive. Les femmes se construisent, à l'intérieur d'elles-mêmes, des palais enchantés. Vosu y êtes momifié quelque part mais vous n'en savez rien. Aucune licence, aucun manque de scrupules, aucune cruauté ne sont tenus pour réels. A l'heure de l'éternité, il nous faudra raconter une histoire de jouvenceaux. Tout est malentendu, et torpeur." p. 66

Mais il manque une transcendance, un espoir, une folie, une passion salvatrice, une bonté qui sauverait les écrits et le monde. Ces nouvelles alignent une suite d'égoïsmes sans fin, le couple n'étant pas la seule victime de la plume acerbe de l'écrivain, les personnalités des personnages sont souvent aigries, désabusées, foncièrement mauvaises, frustrées ! Quelle vision de l'humanité ! Des êtres malheureux qui répandent le malheur autour d'eux...

"Etre heureux, c'est une disposition. Tu ne peux pas être heureux en amour si tu n'as pas une disposition à être heureux." p. 132

Laissons le Perdican de Musset répondre à cette Camille moderne :

"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueuilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompés en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueuil et mon ennui."

 

Présentation de l'éditeur : Folio 

D'autres avis : Télérama ; Bibliobs ; Le Figaro

Des avis tout aussi contrastés sur Babelio 

 

Heureux les heureux, Yasmina Reza, Folio, août 2014, 192 p., 7.10 euros

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Comment tu parles de ton père de Joann SFAR

Publié le par Hélène

♥ 

Dans ces quelques pages, Joann Sfar, auteur du magnifique Chat du rabbin, évoque les derniers jours et la mort de son père. Entre humour et émotion, il offre un témoignage touchant de l'amour d'un père pour son fils mais également un portrait en creux de lui-même en tant que fils. 

"J'ai constaté que l'on m'aimait lorsque je racontais des histoires. Et aussi quand je dessine. Tu fais une princesse, on te dit "oh, la jolie princesse". Alors tu passes ta vie à refaire des princesses pour avoir des compliments. Si à quarante-trois ans quelqu'un te passe derrière le dos et te dit "tu es encore à dessiner tes princesses" et si tu réponds "oui, sinon on m'aime plus", tu es moi." p. 72

Il évoque ainsi sa mère, ses conquêtes, son mariage, son divorce, mais aussi sa religion, la lutte incessante entre l'Israël et la Palestine...

"Voilà, mes frères, aimer la paix, c'est se mettre dans une colère folle. Plus je songe à la paix, plus je souhaite vous casser la gueule à tous. Mon papa faisait ainsi, il souhaitait la paix dans le monde et il se bagarrait tout le temps. Je crois que c'est inévitable, dès qu'on a un tout petit peu d'ambition pour l'espèce humaine, de se mettre dans une colère folle." p. 108

Ce que j'ai moins aimé : un récit qui n'est guère marquant, il s'évapore dès les dernières pages refermées. Des répétitions jalonnent le récit, dénotant un problème de construction comme si les souvenirs avaient été jetées pêle mêle sur le papier. L'auteur dit qu'il "triturait" ce texte depuis deux ans (date à laquelle il a perdu son père), le terme choisi est à l'image du livre : il garde un aspect bancal, inachevé, qui ne lui permet pas d'échapper à une certaine forme de banalité. 

Bilan : L'humour de l'auteur seul sauve ce court roman autobiographique.

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Vous aimerez aussi : Le livre de ma mère de Albert Cohen, un modèle du genre ! 

D'autres avis : Babélio ; Caroline en parle aussi ce matin (et son illustration vaut le coup d'oeil, elle a l'art de le vendre..)

 

Merci à l'éditeur; 

 

Comment tu parles de ton père, Joann Sfar, Albin michel, août 2016, 150 p., 15 euros

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Soyez imprudents les enfants de Véronique OVALDE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Atanasia Bartolome, jeune adolescente de 13 ans part sur les traces du peintre Roberto Diaz Uribe après avoir été émue par la vue d'une de ses peintures. Leurs destins se croisent puisqu'elle apprend que le peintre appartient à sa famille. La quête de son histoire devient une obsession qui la mène aux quatre coins du monde. Elle rencontre notamment à Paris un professeur spécialiste du peintre qui met en lumière les étranges disparitions qui jalonnent la vie du peintre. Il faut dire que son histoire reste liée à celle de l'Espagne sortie après 40 ans d'un régime dictatorial. 

Histoire à tiroirs aux nombreuses ramifications, Soyez imprudents les enfants résonne comme un roman d'apprentissage, à la fois réflexion sur la famille, sur le pouvoir, mais aussi sur les choix qui ordonnent nos vies.

"C'est toi qui rends puissant le puissant en acceptant son pouvoir."

Ce que j'ai moins aimé : La fadeur du personnage principal allié à quelques longueurs dans sa quête finissent par noyer l'intérêt du lecteur et à restreindre toute émotion, qu'elle soit physique, psychologique ou intellectuelle. Il faut se laisser porter par sa "petite musique" sans chercher à être marqué durablement...
 

Bilan : Il reste évident que le style de Ovaldé et la beauté des images la rendent agréable à lire. Mais cela reste une impression éphémère. 

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion 

Du même auteur : Des vies d'oiseaux ; Le sommeil des poissons

D'autres avis : Noukette et Jérôme, Caroline ; Cuné ; Mo

Télérama

 

Merci à l'éditeur.

 

Soyez imprudents les enfants, Véronique Ovaldé, Flammarion, août 2016, 20 euros

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Petit pays de Gaël FAYE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Au début des années 90, Gabriel fait les 400 coups avec sa bande de copain au fond de leur ruelle à Bujumbura au Burundi. Il respire le bonheur et l'insouciance mais une première déchirure transperce son quotidien quand ses parents décident de se séparer. Mais autour de cette famille désunie, de ce père français et de cette mère rwandaise dont la famille habite Kigali, rôde une catastrophe bien plus violente et sanguinaire...

Roman de l'enfance, Petit pays chante l'insouciance des jours sans fin passés à voler des mangues dans le jardin des voisins, à se raconter des histoires dans des vieilles voitures décatis, à se disputer pour mieux se réconcilier, à courir à perdre haleine en virevoltant dans le temps infini d'un avenir radieux, sur le sol d'un pays à la beauté pure et simple : 

"Rien de plus doux que ce moment où le soleil décline derrière la crête des montagnes. Le crépuscule apporte la fraîcheur du soir et des lumières chaudes qui évoluent à chaque minute. A cette heure-ci, le rythme change. Les gens rentrent tranquillement du travail, les gardiens de nuit prennent leur service, les voisins s'installent devant leur portail. C'est le silence avant l'arrivée des crapauds et des criquets. Souvent le moment idéal pour une partie de football, pour s'asseoir avec un ami sur le muret au-dessus du caniveau, écouter la radio l'oreille collée au poste ou rendre visite à un voisin." p. 81

Puis, tout bascule quand tout à coup la politique rattrape l'enfance, quand les différences ethniques éclatent au grand jour : 

"J'ai découvert l'antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre. Ce camp, tel un prénom qu'on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu ou tutsi. C'était soit l'un soit l'autre. Pile ou face. (...) La guerre, sans qu'on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n'ai pas pu. J'étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais." p. 133

Vient alors la perte des innocences "qui se débattaient à marcher au bord des gouffres.", l'horreur qui s'invite sur les terrains de jeu, les tueries incompréhensibles, les familles éplorées, la folie des uns pour combler le désespoir des autres. Les enfants deviennent alors des "exilés de leur enfance", parce qu'ils ont vu et vécu des choses qu'un enfant ne devrait jamais voir, ni même concevoir. Ils perdent leur enfance dans la peur dévorante, dans la haine, dans le sang. 

Dans un texte puissant, à la poésie évocatrice, Gaël Faye nous raconte un peu de son histoire, un épisode de l'Histoire de son pays. Lui-même a dû se réfugier dans l'écriture pour survivre, comme le jeune Gabriel trouve refuge dans les livres prêtés par la voisine. Mais il chante aussi la joie de l'enfance, l'amour inconditionnel pour son pays, et, au bout de l'horreur, l'espoir, comme un point ténu au fond de l'horizon...

"On en doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire. Si tu n'es pas étonné par le chant du coq ou par la lumière au-dessus des crêtes, si tu ne crois pas en la bonté de ton âme, alors tu ne te bats plus, et c'est comme si tu étais déjà mort. 

- Demain, le soleil se lèvera et on essaiera encore, a dit Prothé, pour conclure." p. 181

Essai gagnant que ce Petit pays... 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Africultures ; Les avis sont nombreux, et unanimes ! Si vous ne devez en lire qu'un de la rentrée littéraire, lisez celui-là ! 

 

Merci à l'éditeur.

Petit pays, Gaël Faye, Grasset, 2016, 215 p., 18 euros

 

Il a obtenu le Prix du roman Fnac. Vous pourrez rencontrer l'auteur :

- à la Fnac Montparnasse le mardi 20 septembre à 18h

- à la Fnac de Nantes le mrecredi 28 septembre à 17h  

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