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341 articles avec litterature francaise

A la ligne - Feuillets d'usine de Joseph PONTHUS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"J'écris comme je pense sur ma ligne de production

divaguant dans mes pensées seul déterminé

J'écris comme je travaille

A la chaîne

A la ligne"

"L'usine comme une déflagration physique, mentale", tels sont les sentiments de Joseph Ponthus quand il découvre les lignes de production. Porté par l'amour, il quitte son métier d'éducateur spécialisé en région parisienne pour gagner la Bretagne et se heurte alors à l'absence de travail dans son domaine. De guerre lasse, il finit par se tourner vers les agences d'intérim et devient ouvrier dans des usines de poissons ou des abattoirs.

Commencent alors les jours sans fin, sans lendemain, rendus fragiles par la précarité du statut. Ces jours que l'on prend parce qu'on ignore de quoi demain sera fait. A cela s'ajoute la difficulté du travail, les gestes répétitifs, les odeurs prégnantes, la douleur physique et morale. Seul l'esprit peut s'échapper, en comptant les heures, en espérant les pauses, en attendant avec impatience la fin de la journée. Puis, enfin, le repos, la maison, la femme aimée, le chien Tok-Tok, un univers familier, rassurant, confortable. Mais Joseph ne veut pas oublier, il souhaite garder une trace, et s'astreint à écrire en rentrant, malgré la fatigue qui tombe brusquement sur les épaules.

Pour cet homme issu d'un milieu plutôt intellectuel, la ligne de production se révèle un calvaire qu'il transfigure dans ses mots, peut-être pour donner un sens à l'horreur d'un quotidien pesant. La ligne de production, puis la ligne pour se souvenir, pour respirer. Pendant ses heures de labeur, outre ses compagnons de ligne qui l'épaulent, l'accompagnent également Cendrars, Céline, Aragon, Apollinaire. Paradoxalement le seul moyen de se rattacher au réel est la littérature. En s'identifiant à Dantès dans son château d'If, l'ouvrier tente de supporter sa prison qu'est l'usine. Il utilise sa culture et ses lectures pour tenir, se fabriquer un monde, en lui, pour oublier le quotidien annihilant; l'art fonde finalement son identité et l'empêche de devenir fou. "Qu'incessamment en toute humilité, Ma langue honore et mon esprit contemple" disait son ancêtre à qui il rend indirectement hommage aujourd'hui par ce magnifique témoignage percutant comme une balle en plein cœur.

En rassemblant ces bouts d'insignifiance qui donnent du sens aux heures, Joseph Ponthus nous rappelle s'il en est besoin du pouvoir magique de la littérature comme un chant intérieur qui "enchante" les jours.

Un roman essentiel !

Présentation de l'éditeur : Editions La table ronde

D'autres avis : Moka ; Clara ; Cathulu

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Sur les chemins noirs de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"On devrait toujours répondre à l'invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres." p. 100

Dans la nuit du 21 au 22 août 2014, Sylvain Tesson fait une chute qui aurait pu s'avérer mortelle. Il tombe du toit d'un chalet de montagne qu'il avait décidé d'escalader sur un coup de tête festif. S'ensuivent plusieurs mois de coma, une lutte contre la mort qui laissera indubitablement des séquelles. Durant sa convalescence, il forme le projet de traverser la France à pied, du Mercantour au Cotentin, en diagonale, traversée qu'il débute en août 2015 et qu'il achève début novembre. 

Il décide d'emprunter les chemins noirs, ces minces traits sur la carte qui sont comme des chemins de traverse, des issues de secours, parce que "Vivre me semblait le synonyme de "s'échapper""  Les cartes IGN sont pour lui comme un sésame, "Les feuilles révélaient l'existence de contre-allées, inconnues, au coeur de la citadelle, de portes dérobées, d'escaliers de service où disparaître.", les chemins noirs ouvrant des portes pour l'imagination. 

Porté par la marche, l'auteur se sépare peu à peu des scories du monde, sur les chemins noirs "Les nouvelles y étaient charmantes, presque indétectables, difficiles à moissonner : une effraie avait fait un nid dans la charpente d'un moulin, un faucon faisait feu sur le quartier général d'un rongeur, un orvet dansait entre les racines. Des choses comme cela. Elles avaient leur importance. Elles étaient négligées par le dispositif." Loin des écrans dont l'homme devient esclave, le monde revient en fanfare dans toute sa beauté lumineuse.

Passionné par les formules de repli, Sylvain Tesson tente ici une nouvelle forme de solitude, une solitude en marche. Pour lui, si ceux qui se jettent dans le monde sont louables, souvent ils finissent par manifester une satisfaction d'eux-mêmes assez détestable : 

"Quitte à considérer la vie comme un escalier, je préférais les gardiens de phare qui raclaient les marches à pas lents pour regagner leurs tourelles aux danseuses de revue qui les descendaient dans des explosions de plumes afin de moissonner les acclamations." p. 81

Sa solitude n'est jamais totale toutefois, il se fait accompagner quelques jours par des amis, Thomas Goisque ou encore Cédric Gras. Il convoque aussi des écrivains en son esprit, parce que "Les phrases sont des prescriptions pour les temps difficiles." Il s'allonge pour observer les nuages, profite de chaque seconde, et peu à peu son corps meurtri par la chute se reconstruit. 

"Assis sur l'herbe dans la volute d'un cigarillo, je disposais au moins du pouvoir d'oublier les écrans et de m'hypnotiser plutôt du vol des vautours par-dessus les ancolies." p. 26

Sa conclusion résonnera longtemps en nos esprits, comme une invitation à sortir des sentiers battus : 

"Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses.

Il fallait les chercher, il existait des interstices.

Il demeurait des chemins noirs.

De quoi se plaindre ?" p. 100

 

Le trajet IGN de Sylvain Tesson : IGN

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Babélio

A lire : Rencontre avec Sylvain Tesson à la Maison de la Poésie dans le cadre du festival Paris en Toutes Lettres

Du même auteur : Une vie à coucher dehors ♥ (Nouvelles) ; Dans les forêts de Sibérie (Récit de voyage)Géographie de l’instant ♥ (Récit de voyage) ; S'abandonner à vivre ♥ ; Aphorismes sous la lune
 

A signaler un concours photo jusqu'au 7 mars : sur Facebook  http://education.ign.fr/node/2949

 

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Les liaisons dangereuses de Choderlos de LACLOS

Publié le par Hélène

♥ ♥

La jeune Cécile de Volanges sort du couvent pour être mariée à Gercourt, choix de sa mère. Mais c'est sans compter sur Mme de Merteuil, parente de Mme de Volanges qui, pour se venger de Gercourt, décide de pervertir la jeune femme. Elle demande l'aide de son ami et ancien amant, le Vicomte de Valmont qui, dans un premier temps refuse, trop occupé à séduire la Présidente de Tourvel, une jeune femme dévote et vertueuse.

Dans ce roman libertin, Valmont et Merteuil font office de maîtres, se plaisant à relever des défis visant à pervertir des jeunes femmes inocentes. Valmont s'amuse à tester son pouvoir de séduction, et la marquise cherche à prouver que "les règles ont changé" et que les femmes aussi peuvent dominer. Les deux libertins se livrent une lutte de pouvoir acerbe, dont personne ne sortira indemne.

Le genre épistolaire, très en vogue à l'époque multiplie les points de vue, offrant un kaléidoscope psychologiquement épais autour des personnages. Ces derniers manient l'art de la langue avec brio, offrant au lecteur une leçon de style et de séduction non négligeable !

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

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Partiellement nuageux de Antoine CHOPLIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ernesto se rend à Santiago pour obtenir une pièce permettant de réparer son télescope surnommé "Walter". En effet, Ernesto est astronome dans l'observatoire de Quidico, au Chili, au coeur du territoire mapuche. De cette excursion à Santiago il repart bredouille, mais décide de faire un crochet par le musée de la Mémoire. Là il se perd dans la contemplation de Paulina, sa fiancée disparue sous la dictature. Mais il ne rencontre pas uniquement des fantômes dans ce musée, il croise aussi la route de Ema... Si l'ombre de Pinochet se penche sur leurs deux destins, bercés par l'Océan, par les étoiles, par tout un univers qui les transcende, Ema et Ernesto vont tenter de marcher vers demain...

Un récit tout en délicatesse, d'une pudeur exemplaire.

 

Présentation de l'éditeur : La fosse aux ours

Du même auteur : La nuit tombée ♥ ♥ ♥ ♥ ; Le héron de Guernica ♥ ♥ ♥ ♥ ;  Radeau ♥ ♥ ♥ ; L'incendie ♥ ♥ ; Une forêt d'arbres creux ♥ ♥ ♥ ; Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar ♥ ♥ ♥

Sur le Chili : Le dernier mousse de Francisco COLOANE ; Solitudes australes, chronique de la cabane abandonnée de David LEFEVRE ; Une ardente patience (Le facteur)  ; L'ouzbek muet et autres nouvelles clandestines de Luis Sepulveda : Le galop du vent sous le ciel infini 

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Les Billes du Pachinko de Elisa SHUA DUSAPIN

Publié le par Hélène

 ♥ ♥ ♥

Claire, résidant habituellement en Suisse, passe l'été chez ses grand-parents à Tokyo, organisant pour eux un prochain voyage en Corée, leur pays natal qu'ils ont du quitter durant la guerre. La communication n'est pas aisée entre la jeune femme et ses grands-parents qui refusent d'utiliser une autre langue que le coréen. Pour lutter contre les heures qui s'étirent entre le jeu de Tétris et des repas tardifs, elle accepte de s'occuper durant cet été de Mieko, une petite japonaise à qui elle apprend le français. Elle fuit ainsi sa grand-mère à qui la mémoire fait défaut et son grand-père qui travaille toute la journée au salon de Pachinko, une salle de jeu mettant à l'honneur le Pachinko, entre le flipper et la machine à sous.

L'écriture dépouillée de l'auteure réussit admirablement à rendre l'atmosphère, la moiteur, l'ennui prégnant, les sons tonitruants. Les personnages semblent errer dans une journée sans fin, et même si les divertissements foisonnent, même s'ils passent une journée au pays d'Heidi, ou dans des parcs d'attraction, une langueur persistante s'empare des âmes et des corps. Leur identité reste vague, à l'image de cette lassitude, mouvante, comme si chacun cherchait à se trouver. Les solitudes se frôlent dans la grande mégalopole, sans se connaitre, sans se parler, les histoires individuelles se brouillent devant la grande histoire. Les grands-parents ont dû choisir entre le nord et le sud de la Corée, et pour eux, c'est comme si leur pays n'existait plus, ne leur reste que la langue, à laquelle ils se raccrochent désespérément, quitte à creuser l'écart entre eux et leur petite-fille... L'arrière grand mère elle-même en arrivant au Japon , s'était coupée la langue , refusant de parler le Japonais obligatoire.

Un roman délicat qui confirme, après Hiver à Sokcho, le talent d'Elisa Shua Dusapin.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Zoé

D'autres avis : Télérama ; Moka
Du même auteur :
Hiver à Sokcho

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Alto Braco de Vanessa BAMBERGER

Publié le par Hélène

♥ ♥

A la mort de sa grand-mère Douce, la jeune Brune retourne sur le plateau de l'Aubrac, "Alto braco", «haut lieu» en occitan, l’ancien nom du lieu.

Elle est accompagnée de Granita, son autre grand-mère qui l'a également élevée à Paris, au-dessus du Catulle, le bistrot dont les deux femmes s'occupaient. Elles se sont tenues loin de leur pays, mais en revenant vers leurs origines, Brune a l'impression qu'un fragile sentiment d'appartenance naît en elle.

Démêlant les fils de son histoire personnelle, elle découvre dans son pays la vie âpre des paysans, entre logique économique implacable et volonté de respect des animaux.

Ce que j'ai moins aimé :

L'auteure se consacre plus à la peinture du monde paysan avec les problématiques autour du bio, de l'appellation "label rouge", des marchés étrangers, de la cause des animaux, que sur l'aspect proprement romanesque de son roman.

En ce qui concerne cet aspect, elle multiplie les secrets de famille, les révélations qui tout à coup illuminent comme par magie le comportement ou les peurs de l'héroïne, accumulant de façon artificielle ces effets !

A vouloir trop dire, les descriptions du plateau de l'Aubrac sont malheureusement noyées et manquent cruellement de lyrisme.

L'auteure est journaliste et son métier transparait un peu trop à mon goût, aussi bien dans son style que dans la construction et le fond du roman.

 

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

D'autres avis : Audrey ; Le marque page

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Le Grand Nord-Ouest de Anne-Marie GARAT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Je crois juste qu'au milieu de l'obscurité insensée de la vie il y a des bouées, des falots, des feux de camp allumés, des noms, un regard, je m'y suis accrochée."

A la mort de son mari, Lorna del Rio quitte en urgence la vie dorée qu'elle menait à Hollywood, emmenant dans son sillage la petite Jessie, six ans. Elle rejoint le Grand Nord Ouest du Yukon et de l'Alaska, suivant une carte mystérieuse aux yeux de la fillette qui suit aveuglément sa mère. Le caractère fantasque et volontaire de cette femme qui n'hésite pas à faire usage de son colt, les mènera jusqu'aux confins des forêts, là où les indiens ont élu domicile...

Quel secret cache la belle Lorna ? Pourquoi le FBI a-t-il dû intervenir ? Quinze ans plus tard, Jessie revient vers Bud Cooper qui a joué un rôle non négligeable dans son histoire, et lui raconte les aventures improbables qu'ont vécues Lorna et Jessie.

Ce roman d'aventures mené par une plume remarquable nous emporte aux frontières de la mémoire et, auprès de la jeune Jessie, les questionnement sur l'identité et la parenté affleurent. Ses expériences, ses rencontres, comptent finalement davantage dans sa vie et sa construction que ses véritables origines.  C'est auprès de Kaska l'indienne et d'Herman qu'elle grandira et posera les jalons de ce que sera son esprit. A travers la rencontre avec l'autre, si différent, à travers l'échange, la petite Jessie grandit et se construit.

Ce que j'ai moins aimé : J'ai préféré la première partie consacrée à la fuite de Lorna et Jessie, plus que la deuxième durant laquelle Bud et Jessie reviennent sur les lieux de l'aventure, partie comportant plus de longueurs et bien moins rythmée.

Bilan : Un beau roman d'aventures nous emportant sur la piste des trappeurs et des chercheurs d'or !

"Alors, je n'avais pas conscience de ces beautés, seulement du calme souverain, de l'immobilité de toutes choses immuables qui nous gagnaient jusqu'à le devenir nous-mêmes, immobiles, immuables, tels de vieux totems attendant que réchauffent la gamelle de haricots au lard et le café, membres transis, courbatus par l'interminable journée de route."

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

D'autres avis : Nadael ; Télérama

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La ville d'hiver de Dominique BONA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Sarah profite d'un vide dans sa vie sentimentale et professionnelle pour s'installer dans une villa Belle Epoque de la ville d'hiver, sur les hauteurs d'Arcachon. Elle a alors envie de donner un sens à ce qui l'entoure et s'intéresse à la villa, mystérieusement nommé Teresa, et à cette ville d'hiver qui a abrité les tuberculeux pendant plusieurs siècles. Peu à peu, à la faveur de ses rencontres avec le libraire et d'un étrange notable de la ville bibliophile invétéré, elle plonge dans le passé de la ville, puis, par effet de résonance, dans le sien. Elle croise alors des personnages issus du passé comme le poète Gabriele d'Annunzio, ou encore la belle russe Eva, à la mort mystérieuse.

Ses recherches documentaires l'accaparent, la vie des morts se glissant dans les interstices de sa propre histoire, dans cette grande villa baroque, les extravagances des uns et des autres s'exacerbent.

Roman au rythme lancinant, s'adaptant aux errances de la jeune femme, La ville d'hiver est un roman d'atmosphère, exhalant un parfum suranné particulier. L'ambiance particulière de ces stations balnéaires désertées en hiver, entre charme incertain et tristesse prégnante est admirablement évoquée en ces pages.

"Pas un bruit ne montait vers elle, pas un frisson de vent. la nuit se retirait, le matin se levait. Attirée par le demi-jour qui créait dans la chambre, à travers les voilages, une atmosphère irréelle et changeante, elle était venue jeter un coup d’œil au jardin. Et c'étaient des images incendiées de soleil qu'elle voyait surgir, ramenées de très loin, d'une autre nuit et d'un autre décor vide, tout semblable à ce jardin désert."

 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset / le Livre de poche

Vous aimerez aussi : Seule Venise de Claudie GALLAY

D'autres avis : L'Express

 

La ville d'hiver de Dominique Bona, Le livre de poche, avril 2007, 219 p., 4.82 euros

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Deux remords de Claude Monet de Michel BERNARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Le gel de la fin de nuit avait racorni les dernières roses. Aux branches des arbres, dans le verger et sur les berges de l'étang, persistaient quelques feuilles oscillantes qu'un caprice retenait de tomber."

En ce 6 décembre 1870 Gaston Bazille est à la recherche du corps de son fils, Frédéric Bazille, mort à la guerre. Le jeune homme était un peintre talentueux, ami de Monet, un jeune homme attachant, touché en plein vol, fauché dans sa jeunesse. De cette amitié, est resté ce tableau de Monet, "Déjeuner sur l'herbe", quintessence de la joie insouciante de cette période de leurs vies.

La première partie du roman s'attache à ses pas, jusqu'à sa fin, tragique.

Puis, nous le quittons pour découvrir la merveilleuse Camille, les années de bonheur aux côtés de Monet, quelquefois dans la misère, quelquefois dans l'opulence, d'Argenteuil à Vétheuil.

Pour la dernière partie du roman nous retrouvons Claude Monet à Giverny, durant ses dernières années aux côtés de Blanche la fille de sa deuxième femme Alice. Sa vue décline, son moral aussi, éclairé par ses rencontres amicales avec Clémenceau.

"Il disait alors que la peinture, ce n'est ni le temps passé, ni l'éternité, c'est  l'espace et le l'instant, le paysage et le temps, ce que durent les traces de pâtes vertes, bleues, jaunes et rouges répandues sur de la toile tissée serrée."

A cette période déclinante, il demande à ce que son oeuvre "Femmes au jardin" soit exposée à l'Orangerie, avec ses Nymphéas. cette toile figure Camille trois fois : de face et de profil, et à l'arrière-plan, elle fait apparaitre la jeune fille qu'avait aimé Frédéric. Ce tableau, Frédéric Bazille l'avait acquis pour que son ami ne meure pas de faim, et, à l'heure de l'enterrement, le corps du jeune homme avait été veillé sous le tableau, dans la propriété familiale des Bazille, sur les hauteurs de Montpellier.

"S'il avait donné son oeuvre à la France, ce n'était pas pour les quelques millions d'individus qui portaient le nom de Français aujourd'hui, mais pour le million et demi de jeunes hommes qui n'étaient pas revenus des tranchées, pour ceux qui étaient morts à sa place en 1870, et tous ceux-là, les millions d'hommes et de femmes qui avaient aimé, souffert, travaillé et rêvé sur ce morceau de terre, dans cette partie du monde, pour en faire sous le ciel changeant une des plus belles oeuvres humaines, le plus beau des jardins."

Dans ce roman délicat, au style impressionniste, Michel Bernard évoque avec tendresse les remords de Claude Monet, ces deux êtres partis trop tôt, en plein vol. En les mettant en lumière, il s'inscrit dans la lignée de Monet : offrir l'éternité aux aimés, par le merveilleux intermédiaire de l'art.

 

Prix Libraires en Seine 2017

Prix Marguerite-Puhl-Demange 2017

 

Présentation à l'éditeur : La petite Vermillon

D'autres avis : Aifelle ; Luocine ; Ys ; Zazy

 

Merci à Robert Chelle, mémoire de l'ENA, pour ce cadeau lumineux...

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Une vie de Guy de MAUPASSANT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit."

Jeanne, fille unique du baron et de la baronne Le Perthuis des Vauds, rejoint la demeure familiale après avoir passé plusieurs années au couvent. A l'orée de cette nouvelle vie, la jeune fille est impatiente, tout l'enthousiaste, même la pluie normande ne semble pas être un obstacle à son bonheur. Installée aux Peuples, elle n'est que ravissement, et sa rencontre avec Julien de Lamare sera l'apogée de cette période heureuse de sa vie. Rapidement, elle se marie avec le jeune homme, persuadée d'avoir trouvé l'amour dont elle rêvait au couvent. Malheureusement, Julien ne sera pas le mari aimant et bienveillant qu'elle espérait.

"Elle en voulait en son cœur à Julien de ne pas comprendre cela, de n'avoir point ces fines pudeurs, ces délicatesses d'instinct ; et elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle, s'apercevant pour la première fois que deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu'à l'âme, jusqu'au fond des pensées, qu'elles marchent côte à côte, enlacées parfois, mais non mêlées, et que l'être moral de chacun de nous reste éternellement seul par la vie." p. 123

La jeune Jeanne ira alors de désillusions en désillusions, s'installant dans un ennui latent, un mal de vivre prégnant que rien ne vient combler.

"Mais voilà que la douce réalité des premiers jours allait devenir la réalité quotidienne qui fermait la porte aux espoirs indéfinis, aux charmantes inquiétudes de l'inconnu. Oui, c'était fini d'attendre.

Alors plus rien à faire, aujourd'hui, ni demain ni jamais. elle sentait tout cela vaguement à une certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves." p. 136

Ce premier roman de Maupassant est une peinture remarquable des mœurs provinciales de la Normandie du XIXème siècle. Maupassant dénonce les lois sociales et les contraintes hypocrites qu'elles imposent aux femmes mais aussi les contraintes liées à la nature, pesant sur tout être humain. Si le roman est résolument pessimiste, il est porté par une écriture tellement belle qu'on en oublie la noirceur pour n'en retenir que la quintessence, la pureté.

De ce magnifique roman, Léon Tosltoï lui-même dira :

Une vie est un roman de premier ordre ; non seulement c’est la meilleure oeuvre de Maupassant, mais peut-être même le meilleur roman français depuis les Misérables, de Victor Hugo (…). Cette fois la vie n’est plus, pour l’auteur, une suite d’aventures de débauchés; ici, le fond du roman, comme le titre l’indique, est la description d’une vie détruite, de la vie d’une femme innocente et charmante, prête à tout ce qui est noble, et détruite précisément par cette sensualité des plus grossières et des plus bestiales qui apparaissait à l’auteur, dans ses récits antérieurs, comme le phénomène le plus essentiel de la vie. Cette fois la sympathie de l’auteur se porte vers le bien”. Léon Tolstoï, Guy de Maupassant, Éditions de l’Anabase, 1995

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de Poche

Du même auteur :  Une partie de campagne ♥ ♥ Bel-Ami ♥ ♥ ♥ ; Pierre et Jean ♥ ♥ 

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