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244 articles avec litterature francaise

Tristesse de la terre - Une histoire de Buffalo Bill Cody de Eric VUILLARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Une légende vivante est un être mort"

Eclaireur lors des guerres indiennes, Buffalo Bill, est connu également pour avoir créé le célèbre Wild West Show, le premier reality show américain. Dans ce spectacle d'envergure mettant en scène la conquête de l'Ouest, il faisait jouer de véritables indiens comme Sitting Bull, construisant ainsi le mythe américain à la gloire de l'exterminateur. Il pose ainsi les bases d'une certaine représentation du monde, déformée par le monde du spectacle, alors que parallèlement, les massacres d'indiens perdurent, comme celui de Wounded Knee en 1890. Mais derrière Buffalo Bill se cache aussi William Frederick Cody, de son véritable nom, un homme somme toute ordinaire devenu lui aussi un mythe le jour où il raconta sa vie à un écrivain au coin d'un bar un soir de dérive. "Incarnation d'un simulacre", il l'est donc à plus d'un titre...

Par petites touches, Eric Vuillard met à jour les contradictions de cet homme atypique à l'origine du mythe américain. Il insère dans son livre des photographies d'indiens vendues à l'issue du spectacle, parce que selon lui quelque chose résiste malgré tout sur ces photographies qui réussissent à saisir quelque chose de l'âme de ces indiens. Et, bien loin du show de Cody, ce supplément d'âme nous parle de leur souffrance infinie face à l'extermination de leur peuple ... 

Au terme du récit fragmenté de sa vie, sous la plume de Vuillard, Buffalo Bill redevient un être humain face à la mort qui a elle aussi payé sa place pour le spectacle de sa mort, et non plus un être mythique. Le mythe a vécu devant le regard éperdu d'un rescapé...

"Regardons-le une dernière fois.

Aimons sa tristesse ; son incompréhension, nous la partageons, ses enfants sont les nôtres, son petit chapeau nous irait peut-être ! Regardons-le. La nuit est blanche. Souffle-moi ce qu'il faut écrire. S'il te plaît, ne me montre plus ton visage, ne me regarde pas. La terre est triste, le corps est seul. Je ne vois plus rien. Et toi, tu es là, roi pauvre, ayant pioché la mauvaise carte."

Un ultime chapitre "La neige" vient clore ce magnifique petit livre, comme une invitation à réinterpréter la vie, la vie qui peut être elle-même un spectacle permanent pour qui sait l'observer. "La neige" est celle de Wilson Bentley, premier homme à avoir photographié un flocon de neige. Cet homme vrai, si éloigné de Cody et de ses spectacles factices, un homme qui cherchait à saisir l'essence du monde, que ce soit en photographiant le vent, ou en traquant l'infime dans les moindres recoins : "Un peu plus tard, il photographia aussi les gouttes de rosée. On dit qu'il les guettait le matin sur les pattes des sauterelles."

"La nature est un spectacle. Oh, bien sûr, ce n'est pas le seul. La pensée aussi. Et il y en a d'autres. Et Wilson, le toqué du Vermont, conçoit soudain que la vie est un grand disparate, que les flocons de neige, comme les traces du ballon sur le mur de la cour, il n'y en a pas deux pareils. Et voici qu'il se met à scruter les gouttes d'eau, la vapeur, le brouillard, tous ces phénomènes infimes, imprédictibles, impondérables. C'est extraordinaire une goutte d'eau, sa transparence trompeuse, son galbe, ses renflures, ses incroyables reflets. Il n'en revient pas Wilson. Ca le sidère toute cette richesse qui se cache. Et il ne comprend pas pourquoi on ne regarde pas mieux, pourquoi on ne se penche pas davantage sur les pommes de pin, les écorces d'arbre, les petits galets de la rivière. La légèreté le fascine. L'inconstance le laisse démuni. La douceur le charme."

Photomicrographie d'un flocon de neige de Bentley en 1890.

A courir après des chimères, quelquefois, l'homme finit par capturer un morceau d'éternité...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

D'autres avis : Télérama 

Babelio

 

Tristesse de la terre, Une histoire de Buffalo Bill Cody, Actes Sud, août 2014, 176 p., 18 euros

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Le liseur de 6h27 de Jean-Paul DIDIERLAURENT

Publié le par Hélène

Guylain travaille dans une usine, alimentant un espèce de monstre, machine effrayante qui happe les livres. Guylain déteste son travail, ses chefs, ses collègues. Ses seuls plaisirs consistent à lire chaque matin dans le RER de 6h27 des pages rescapées du monstre qui les absorbe aux autres voyageurs et à parler à son poisson rouge. Ses amis sont tout aussi étranges que lui : son meilleur ami n'a plus de jambes et son autre ami est un obsédé de l'alexandrin dont il use et abuse :

"Gardez-vous pour toujours de réveiler mes nerfs,

Sous les plus beaux atours, se cache souvent mégère.

Si je suis serviteur je n'en reste pas moins

Concernant ce secteur maître de vos destins !"

Sa vie suit une routine aliénante jusqu'au jour où il trouve dans osn rer une clé usb..."

L'existence de Guylain est maussade, jusqu'au jour où il trouve une clé USB malencontreusement oubliée dans le RER par une jeune écrivaine en herbe... 

La première partie du roman est originale, offrant une réflexion intéresante sur le destin des livres vite lus et vite pillonés ainsi que sur le pouvoir de la lecture. Mais, rapidement, l'ensemble devient de plus en plus "gentillet" et bourré de bons sentiments qui noient le propos dans une mer de bienveillance...

Ce que je n'ai pas aiméCe roman renferme tout ce que je n'aime pas dans la littérature française : une vue sans perspectives qui s'amuse à décrire un quotidien de français dépressif vivant sa routine comme un sacerdoce et pour qui le seul espoir demeure dans l'ammmûûûûûr... "Optimiste", "Enchanteur" disent certains ? Je ne l'ai pas vécu comme cela, je pense que l'on aurait pu se passer de cette histoire d'amour pour se concentrer sur le pouvoir des livres, de la lecture, des poissons rouge, que sais-je, sans transformer la vie de ce pauvre Guylain en love story aux relens de fleur bleue. 

 

Présentation de l'éditeur : Folio

 

Le liseur de 6h27, Jean-Paul Didierlaurent, Folio, mai 2014, 7.10 euros

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Le bigorneau fait la roue de Hervé POUZOULLIC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Marc est un jeune homme qui se laisse porter par les évènements, lové dans un cocon douillé d'étudiant. Comme de nombreux jeunes de sa génération, il recherche le grand amour, mais ne brille guère par ses éclats de séducteur... Jusqu'à ce que l'illumination arrive en son âme : pour qu'un couple dure, le secret est l'incompréhension mutuelle ! Fort de cet axiome, il se lance à la conquête de belles étrangères, à ses risques et périls ! Si cela a quelques avantages  comme : 

"- La découverte d'une nouvelle culture et d'un autre pays

- Une autre manière de dire je t'aime

- Le bien-être quand l'autre vous insulte dans sa langue maternelle et que vous ne comprenez rien

- L'excuse de la mésentente culturelle quand votre partenaire se comporte comme un con."

Il se heurte aussi aux limites du système :

"- Vous ne comprenez pas pourquoi l'autre vous quitte (dans une relation, l'incompréhension a toujours le dernier mot)

- Vous ne comprenez pas pourquoi il reste non plus." 

Il enchaîne une campagne en Italie, aux Etats-Unis et en Russie, mais inexorablement les mêmes phases reviennent : "Dévastation, sevrage, intériorisation, rage, relèvement." Jusqu'au jour où il rencontre celle qu'il veut "mistoufler" pour la vie ( mistoufler "c'est un mot qui n'existe pas et que je viens d'inventer pour définir ce qu'on ne comprend pas, et qui nous pousse l'un vers l'autre.")

Dans ce premier roman empli de fraîcheur, Hervé Pouzoullic peint les déboires d'une génération en quête du grand amour. Mais ce thème est aussi un prétexte pour raconter son quotidien, l'enfance qu'on laisse derrière soi, les vacances en Bretagne, la famille millénaire : 

"Désormais le bruit des vagues sur la falaise et les cris des goélands avaient remplacé nos éclats de rire enfantins. Les portes de la maison s'ouvraient moins souvent, les petits-enfants avaient quitté cet endroit pour vivre leur vie. Mais, à Paris ou ailleurs, nos coeurs battaient ensemble au rythme des marées. En nous ancrant dans son monde de goémon et de granit, ma grand-mère nous avait donné la force de partir. Et de vivre heureux." p.49

Hervé Pouzoullic est un grand gamin qui s'amuse à écrire comme les grands auteurs classiques, offrant ainsi des dialogues truculents et intelligents.  Entre le "chick-lit masculin" et une subtilité rafraîchissante, vous risquez de tomber sous le charme de ce "bigorneau faisant la roue"...

 

Présentation de l'éditeur : Editions  Anne Carrière  

 

Le bigorneau fait la roue, Hervé Pouzoullic, Editions Anne Carrière, mars 2016, 240 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Matin brun de Franck PAVLOFF

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Sait on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d'entre nous ?"

Charlie et son copain vivent à une époque trouble : la montée de l'Etat Brun. On leur demande d'abord de se débarasser de leurs chiens et chats s'ils ne sont pas bruns. Il se plient. Mais à trop se plier ne risque-t on pas d'être confronté au pire ? Et l'escalade du pire se construit petit à petit avec le secours de ces hommes qui ne veulent pas admettre la vérité, ou préfèrent le déni à l'action. Des hommes qui pensent que de petites compromissions ne sont pas graves : 

« Par mesure de précaution, on avait pris l’habitude de rajouter brun ou brune à la fin des phrases ou après les mots. Au début, demander un pastis brun, ça nous avait fait drôle, puis après tout, le langage c’est fait pour évoluer et ce n’était pas plus étrange de donner dans le brun, que de rajouter putain con, à tout bout de champ, comme on le fait par chez nous. Au moins, on était bien vus et on était tranquilles. »

AInsi, ils cherchent à s'adapter progressivement à l'horreur de cet Etat Brun, la normalité et le regard d'autrui étant plus importants pour eux que l'exercice de leur raison propre. De compromissions en compromissions, la dictature se met en place...

Franck Pavloff avait écrit ce texte après la révélation d'alliances de candidats de partis classiques avec le Front National au deuxième tour des élections régionales, en 1998, l'Etat Brun faisant référence aux "chemises brunes" des miliciens nazis. Matin Brun est le texte d'un auteur en colère contre ce qu'il nomme "le repli sur soi". 

Publié pour la première fois en 1998, Albin Michel propose en 2014 une nouvelle édition avec les illustrations du célèbre artiste de Street Art C215.

 

Ce texte court et puissant d'une simplicité glaçante mérite d'être lu et relu pour éviter le pire...

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

 

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Déneiger le ciel de André BUCHER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

David a soixante ans et vit dans une ferme isolée au-dessus de Sisteron. La veille de Noël, son ami Antoine doit le rejoindre. Seulement il se fait attendre si bien que David décide de partir à pied pour aller au-devant de lui. Commence alors un voyage halluciné dans la neige qui l'environne et engloutit peu à peu tout autour d'elle. Les ombres des disparus dansent avec les flocons virevoltants, étourdissant l'âme de David. La neige colporte les souvenirs. 

David reient sur la vie simple qu'il a choisie, une vie en harmonie avec ce qu'il est : 

"Je me lève tôt, je cours dans les bois en parlant aux vaches. Je plante des arbres, j'en coupe quelquefois. Sinon, l'hiver je dégage les routes, sauf que cette année, je suis à pied. Mon tracteur est en panne.

- Et là ce soir tu fais quoi ?

- Je ne sais pas trop. Disons que je déneige le ciel. Je creuse un sillon dans ma poitrine." p. 66

Par quelques scènes simples et émouvantes, ANdré Bucher nous fait ressentir l'importance de se sentir utile, d'agir, malgré la neige, d'avancer, de sortir pour ne pas sombrer et pour que le ciel s'illumine. Les pensées s'allègent alors, les certitudes s'affirment , les morts s'enterrent. 

A défaut de déneiger les routes, David déneigera son esprit,  et déneigera les êtres et ce qui les entrave.

Le récit poétique d'un esprit hanté par sa vie...

 

Présentation de l'éditeur : Sabine Wespieser 

D'autres avis : Clara ; Jérôme  ; Sylire  ; Yves 

 

Déneiger le ciel, André Bucher, Sabine Wespieser, poche, novembre 2015, 146 p., 8 euros

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Les neiges de Damas de Aude SEIGNE

Publié le par Hélène

Enchantée par le précédent recueil de cette auteure intitulé Chroniques de l'occident nomade, je me suis précipitée sur celui-ci. Il raconte l'histoire d'Alice qui dépoussière, photographie et répertorie les tablettes sumériennes dans le sous-sol du Musée national de Damas. Alice raconte cette aventure six ans plus tard, en 2014, quand la Syrie qu'elle a connue a définitivement disparu... La jeune fille évoque les coulisses du conflit avec délicatesse et intelligence. Ce récit est aussi prétexte pour parler du passage à l'âge adulte et de la découverte du décalage inaltérable entre rêve et réalité...

Mes réticences : plusieurs époques s'entrecroisent au fil des chapitres : 1770 avant Jésus Christ, 2005 avec narrateur qui s'exprime à la troisième personne et décrit Alice, puis le point de vue interne de Alice en 2005 toujours, 1980 avec Adam Compagnon, etc...  Pourquoi ne pas choisir seulement deux époques et résolument la première personne propre aux récits de voyage ? L'ensemble m'a semblé embrouillé, et assez détaché, impersonnel.

Seul le style, toujours aussi travaillé, sauve le roman à mes yeux.

Une déception...

 

Présentation de l'éditeur : Editions ZOE

Site de l'auteur : Aude Seigne 

D'autres avis (divisés) sur Babelio 

 

Les neiges de Damas, Aude Seigne, Editions Zoé, janvier 2015, 188 p., 17 euros

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Dans la nuit Mozambique et autres récits de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce recueil de nouvelles rassemblent des textes écrits entre 2000 et 2007 par Laurent Gaudé. 

Sang négrier : Au temps de l'esclavage, cinq nègres s'enfuient d'un navire négrier. Le capitaine du navire, hanté par leurs disparitions, devient peu à peu fou. Cette nouvelle flirte avec le fantastique pour mieux décrire la folie des hommes et s'interroger sur la nature humaine : sommes nous des monstres sanguinaires ? L'examen de certains évènements historiques sème le doute...

Gramercy Park Hotel : un vieil homme revient sur les lieux heureux de son passé. Un beau texte sur le couple et ses errances.

Le colonel Barbaque : L'histoire raconte la vie d'un poilu de la première guerre sauvé par un africain qui lui même aura une fin tragique dans cette guerre qu'il n'a pas choisie... Sur ces africains qui se sont engagés dans la guerre 14-18 du côté de la France, servant ni plus ni moins de chair à canon.  

"Les nègres crèvent entassés les uns sur les autres. Ils crèvent d'être venus chez nous. Ils crèvent de subir cette pluie qui vous glace les os. Et d'obéir aux ordres de cette guerre dans laquelle ils ne sont pour rien. Ils crèvent là. Par obéissance. Par générosité. Et rien. Ni médaille. Ni merci." p. 97

Dans la nuit Mozambique : Des hommes se retrouvent dans un café pour se raconter des histoires. Ce dernier texte constitue la seule lueur d'espoir dans ce recueil assez désespéré. 

"Oui. C'était bien. Ils avaient été cela. Quatre hommes qui parlaient, quatre hommes qui se retrouvaient parfois, avec amitié, pour se raconter des histoires. Quatre hommes qui laissaient sur le snappes de petites traces de vie. Et rien de plus." p. 160

Des nouvelles frappantes sur la violence dont sont capables les hommes, au nom de la politique ou de causes aléatoires...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteur Ouragan ; Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège ; La mort du roi Tsongor ; Danser les ombres

 

Dans la nuit Mozambique, Actes sud, Babel, août 2008, 7 euros

 

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Au-delà de 125 palmiers de Pauline DESNUELLES

Publié le par Hélène

Alma mène une vie engluée dans la routine entre son mari Paul et son fils Léopold. Quand Paul part en mission en Antarctique pour plusieurs mois, elle voit là l'occasion de se recentrer sur elle-même et surtout, sur l'essentiel. Elle décide de fuir la ville pour retrouver le village de son enfance, au bord de la Méditerranée. Jour après jour, rencontres après rencontres, les stigmates du quotidien s'effacent pour laisser place à davantage de liberté et d'épanouissement.

Comme j'aurais voulu l'aimer ce roman ! J'aurais aimé que l'auteure parvienne à écrire ce roman poétique qui parlerait du temps présent, de la magie du temps suspendu au bord de mer, des choix cruciaux que l'on décide de faire ou de ne pas faire, de la vie qui s'écoule, des enfants rieurs, des hommes-aimants, des grands-pères bienveillants. J'aurais aimé me couler avec délice dans la simplicité de la vie au bord de mer, entre marées et pluies printanières. J'aurais tant aimé lire tout cela, me laisser envoûter...  Mais n'est pas Claudie Gallay qui veut. 

Dés les premières lignes, le style m'a heurté de plein fouet

"Il y a gros à parier que Léopold va se relever. J'allume la télévision, rien d'intéressant. Un concert lyrique sur Arte, une cantatrice aux seins engoncés dans un brocart rouge s'égosille d'un air courroucé. Je rêvais de temps pour moi, en voilà. Je n'ai pas très faim, j'ai grignoté avec Léopold."

Voilà, tout est dit. Des tournures impersonnelles, l'usage du présent de l'indicatif qui aplatit le récit au lieu de lui donner l'envergure du quotidien recherché, des actes quotidiens sans aucun intérêt, un "je" qui nous rapproche plus du journal intime que du roman... Bien sûr si on s'appelle Duras tout cela est transcendé et poétisé, mais ici, cela tombe à plat. Duras ne passerait pas une page entière à décrire ses tentatives diverses pour se connecter au réseau dans sa nouvelle maison, et ses multiples appels à l'opérateur.

C'est un échec, même la sensualité n'est pas bien rendue, les étreintes restent seulement esquissées, pudiquement, si bien qu'on ne comprend pas bien la métamorphose progressive de la narratrice. Quant aux dialogues, ils sonnent eux aussi faux :

"-Je ne sais pas quoi te dire. C'était si soudain. Si étrange. En même temps, tu ne me dois rien. 

- Si je te dois des explications.

- Tu m'as manqué. Je m'étais sentie si proche de toi...

- Moi aussi, je me suis senti très proche de toi, et je  me sens toujours très proche de toi. Rien ne s'est effacé. 

- Pour moi, c'est différent, dis-je d'un ton rude." p. 85

J'aurais voulu l'aimer. A chaque mot j'ai ressenti l'intention de l'auteure, et à chaque phrase je me disais qu'elle n'avait pas réussi à faire passer ce qu'elle voulait. C'est rageant. Je n'ai pas pu l'aimer.

 

Présentation de l'éditeur : Editions de la Rémanence 

D'autres avis : Yves qui a trouvé cette lecture " calme, reposante et mélodieuse"

Vous aimerez aussi : Les déferlantes de Claudie Gallay

 

Au-delà de 125 palmiers, Pauline Desnuelles, Edtions de la Remanence, mai 2015, 112 p., 15 euros

 

Merci à Yves pour le prêt.

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D'après une histoire vraie de Delphine De VIGAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Le point de démence de quelqu'un, c'est la source de son charme."

Delphine, la narratrice, raconte rétrospectivement la relation particulière qui s'est ébauchée entre elle et L. rencontrée dans une soirée. Cette  L. la séduit peu à peu et les deux femmes deviennent amies, L. sachant se rendre indispensable. Nécessaire. Toujours là quand on a besoin d'elle. L'incarnation vivante de l'amie parfaite. Avec un côté inquiétant, presque aliénant, peut-être la marque indélébile de la véritable amitié ?

"Peut-être était-ce d'ailleurs cela, une rencontre, qu'elle soit amoureuse ou amicale, deux démences qui se reconnaissent et se captivent." p. 178

Les deux amies sont souvent en harmonie sauf sur un point : Delphine est une  écrivain entre deux romans, elle a connu le succés avec son roman précédent très autobiographique, et aimerait maintenant revenir à la fiction, ce à quoi s'oppose fortement L : 

"Les gens s'en foutent. Ils ont leur dose de fables et de personnages, ils sont gavés de péripéties, de rebondissements. Les gens en ont assez des intrigues bien huilées, de leurs accroches habiles et de leurs dénouements. Les gens en ont assez des marchands de sable ou de soupe, qui multiplient les histoires comme des petits pains pour leur vendre des livres, des voitures ou des yaourts. Des histoires produites en nombre et déclinables à l'infini. Les lecteurs, tu peux me croire, attendent autre chose de la littérature et ils ont bien raison : ils attendent du Vrai, de l'authentique, ils veulent qu'on leur raconte la vie, tu comprends ? La littérature ne doit pas se tromper de territoire."  sinon les personnages "seront comme des mouchoirs en papier, on les jettera après usage dans la première poubelle venue." p. 139

Pour Delphine sonner juste suffit : 

"Je crois que les gens savent que rien de ce que nous écrivons ne nous est tout à fait étranger. Ils savent qu'il ya toujours un fil, un motif, une faille, qui nous relie au texte. Mais ils acceptent que l'on transpose, que l'on condense, que l'on déplace, que l'on travestisse. Et que l'on invente. " Elle ne croit pas que le réel suffise : "Le réel, si tant est qu'il existe, qu'il soit possible de le restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d'être incarné, d'être transformé, d'être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c'est chiant à mourir, au pire c'est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction." p. 331

Débat sans fin durant lequel les passions de l'une et l'autre s'exacerbent, instillant le doute dans l'esprit de la narratrice comme du lecteur : L. aurait-elle un projet plus vaste en tête que de simplement conquérir l'amitié de Delphine ? Est-elle une jeune femme équilibrée rencontrée par hasard ou une manipulatrice de génie ? Qui est-elle vraiment ? Et finalement existe--t-elle réellement ? Dans quelle réalité ? celle du roman de Delphine de Vigan ? Dans la vie de l'auteur ? Dans la vie de la narratrice ? Les frontières s'estompent et la narratrice-auteure nous met au défi de démêler le vrai du faux "D'ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont out, ou presque, serait inventé." p.448 

Avec génie, Delphine de Vigan revisite le Misery de Stephen King et ce rapport intense qui s'établit entre le lecteur et l'auteur. Elle nous rappelle que l'important n'est pas de démêler le vrai du faux mais d'être pris par une histoire, emporté, coupé du monde pendant le laps de temps que l'on passe immergé dans les pages. Pari réussi !

 

Présentation de l'éditeur : JC Lattès  

D'autres avis : Babelio

Du même auteur Rien ne s’oppose à la nuit 

Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens. 

 

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Une forêt d'arbres creux d'Antoine CHOPLIN #MRL2015

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

L'artiste Bedrich Fritta est déporté en 1941 au camp de Terezin en république tchèque avec sa femme et son fils. Il intègre le bureau des dessins. Le jour, ce groupe accomplit des commandes obligatoires, des plans, des aménagemetns du camp. La nuit, ils se retrouvent en cachette pour laisser libre cours à leur créativité, pour représenter leur quotidien à Terezin transfiguré par l'art.

Ainsi, pour ces hommes, la création, l'art, la fraternité restent les seuls recours contre l'horreur. Dans une scène marquante, Bedrich et sa femme observent une maison au loin, loin du camp, et s'imaginent de l'autre côté des barbelés. L'espoir et l'évasion de l'esprit permettent à la folie de se tenir relativement éloignée, pour un temps, quelques minutes, le temps d'un rêve... 

Si l'émotion transparaît entre les mots, elle se fait discrète, contenue, pour ces hommes pour qui il faut avant tout résister face à l'opresseur et ne pas capituler. 

Mes réserves : D'une part, j'ai l'impression que pour ce thème couru, lu et relu, il faut vraiment un texte choc, différent, original. Or l'émotion contenue fait passer à côté de la poésie du texte et de cet auteur que j'avais tant aimé dans La nuit tombée

 

Présentation de l'éditeur : La Fosse aux ours 

Du même auteur :  La nuit tombée Le héron de Guernica ;  Radeau  ; L'incendie 

D'autres avis : Jérôme  ; NoukettePhiliJostein ChocoMarilyne Valérie 

 

Une forêt d'arbres creux, Antoine Choplin, La fosse aux ours, 2015, 115 p., 16 euros

 

Reçu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Priceminister. Merci aux organisateurs :

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