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litterature francaise

Les Billes du Pachinko de Elisa SHUA DUSAPIN

Publié le par Hélène

 ♥ ♥ ♥

Claire, résidant habituellement en Suisse, passe l'été chez ses grand-parents à Tokyo, organisant pour eux un prochain voyage en Corée, leur pays natal qu'ils ont du quitter durant la guerre. La communication n'est pas aisée entre la jeune femme et ses grands-parents qui refusent d'utiliser une autre langue que le coréen. Pour lutter contre les heures qui s'étirent entre le jeu de Tétris et des repas tardifs, elle accepte de s'occuper durant cet été de Mieko, une petite japonaise à qui elle apprend le français. Elle fuit ainsi sa grand-mère à qui la mémoire fait défaut et son grand-père qui travaille toute la journée au salon de Pachinko, une salle de jeu mettant à l'honneur le Pachinko, entre le flipper et la machine à sous.

L'écriture dépouillée de l'auteure réussit admirablement à rendre l'atmosphère, la moiteur, l'ennui prégnant, les sons tonitruants. Les personnages semblent errer dans une journée sans fin, et même si les divertissements foisonnent, même s'ils passent une journée au pays d'Heidi, ou dans des parcs d'attraction, une langueur persistante s'empare des âmes et des corps. Leur identité reste vague, à l'image de cette lassitude, mouvante, comme si chacun cherchait à se trouver. Les solitudes se frôlent dans la grande mégalopole, sans se connaitre, sans se parler, les histoires individuelles se brouillent devant la grande histoire. Les grands-parents ont dû choisir entre le nord et le sud de la Corée, et pour eux, c'est comme si leur pays n'existait plus, ne leur reste que la langue, à laquelle ils se raccrochent désespérément, quitte à creuser l'écart entre eux et leur petite-fille... L'arrière grand mère elle-même en arrivant au Japon , s'était coupée la langue , refusant de parler le Japonais obligatoire.

Un roman délicat qui confirme, après Hiver à Sokcho, le talent d'Elisa Shua Dusapin.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Zoé

D'autres avis : Télérama ; Moka
Du même auteur :
Hiver à Sokcho

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Alto Braco de Vanessa BAMBERGER

Publié le par Hélène

♥ ♥

A la mort de sa grand-mère Douce, la jeune Brune retourne sur le plateau de l'Aubrac, "Alto braco", «haut lieu» en occitan, l’ancien nom du lieu.

Elle est accompagnée de Granita, son autre grand-mère qui l'a également élevée à Paris, au-dessus du Catulle, le bistrot dont les deux femmes s'occupaient. Elles se sont tenues loin de leur pays, mais en revenant vers leurs origines, Brune a l'impression qu'un fragile sentiment d'appartenance naît en elle.

Démêlant les fils de son histoire personnelle, elle découvre dans son pays la vie âpre des paysans, entre logique économique implacable et volonté de respect des animaux.

Ce que j'ai moins aimé :

L'auteure se consacre plus à la peinture du monde paysan avec les problématiques autour du bio, de l'appellation "label rouge", des marchés étrangers, de la cause des animaux, que sur l'aspect proprement romanesque de son roman.

En ce qui concerne cet aspect, elle multiplie les secrets de famille, les révélations qui tout à coup illuminent comme par magie le comportement ou les peurs de l'héroïne, accumulant de façon artificielle ces effets !

A vouloir trop dire, les descriptions du plateau de l'Aubrac sont malheureusement noyées et manquent cruellement de lyrisme.

L'auteure est journaliste et son métier transparait un peu trop à mon goût, aussi bien dans son style que dans la construction et le fond du roman.

 

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

D'autres avis : Audrey ; Le marque page

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Le Grand Nord-Ouest de Anne-Marie GARAT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Je crois juste qu'au milieu de l'obscurité insensée de la vie il y a des bouées, des falots, des feux de camp allumés, des noms, un regard, je m'y suis accrochée."

A la mort de son mari, Lorna del Rio quitte en urgence la vie dorée qu'elle menait à Hollywood, emmenant dans son sillage la petite Jessie, six ans. Elle rejoint le Grand Nord Ouest du Yukon et de l'Alaska, suivant une carte mystérieuse aux yeux de la fillette qui suit aveuglément sa mère. Le caractère fantasque et volontaire de cette femme qui n'hésite pas à faire usage de son colt, les mènera jusqu'aux confins des forêts, là où les indiens ont élu domicile...

Quel secret cache la belle Lorna ? Pourquoi le FBI a-t-il dû intervenir ? Quinze ans plus tard, Jessie revient vers Bud Cooper qui a joué un rôle non négligeable dans son histoire, et lui raconte les aventures improbables qu'ont vécues Lorna et Jessie.

Ce roman d'aventures mené par une plume remarquable nous emporte aux frontières de la mémoire et, auprès de la jeune Jessie, les questionnement sur l'identité et la parenté affleurent. Ses expériences, ses rencontres, comptent finalement davantage dans sa vie et sa construction que ses véritables origines.  C'est auprès de Kaska l'indienne et d'Herman qu'elle grandira et posera les jalons de ce que sera son esprit. A travers la rencontre avec l'autre, si différent, à travers l'échange, la petite Jessie grandit et se construit.

Ce que j'ai moins aimé : J'ai préféré la première partie consacrée à la fuite de Lorna et Jessie, plus que la deuxième durant laquelle Bud et Jessie reviennent sur les lieux de l'aventure, partie comportant plus de longueurs et bien moins rythmée.

Bilan : Un beau roman d'aventures nous emportant sur la piste des trappeurs et des chercheurs d'or !

"Alors, je n'avais pas conscience de ces beautés, seulement du calme souverain, de l'immobilité de toutes choses immuables qui nous gagnaient jusqu'à le devenir nous-mêmes, immobiles, immuables, tels de vieux totems attendant que réchauffent la gamelle de haricots au lard et le café, membres transis, courbatus par l'interminable journée de route."

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

D'autres avis : Nadael ; Télérama

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La ville d'hiver de Dominique BONA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Sarah profite d'un vide dans sa vie sentimentale et professionnelle pour s'installer dans une villa Belle Epoque de la ville d'hiver, sur les hauteurs d'Arcachon. Elle a alors envie de donner un sens à ce qui l'entoure et s'intéresse à la villa, mystérieusement nommé Teresa, et à cette ville d'hiver qui a abrité les tuberculeux pendant plusieurs siècles. Peu à peu, à la faveur de ses rencontres avec le libraire et d'un étrange notable de la ville bibliophile invétéré, elle plonge dans le passé de la ville, puis, par effet de résonance, dans le sien. Elle croise alors des personnages issus du passé comme le poète Gabriele d'Annunzio, ou encore la belle russe Eva, à la mort mystérieuse.

Ses recherches documentaires l'accaparent, la vie des morts se glissant dans les interstices de sa propre histoire, dans cette grande villa baroque, les extravagances des uns et des autres s'exacerbent.

Roman au rythme lancinant, s'adaptant aux errances de la jeune femme, La ville d'hiver est un roman d'atmosphère, exhalant un parfum suranné particulier. L'ambiance particulière de ces stations balnéaires désertées en hiver, entre charme incertain et tristesse prégnante est admirablement évoquée en ces pages.

"Pas un bruit ne montait vers elle, pas un frisson de vent. la nuit se retirait, le matin se levait. Attirée par le demi-jour qui créait dans la chambre, à travers les voilages, une atmosphère irréelle et changeante, elle était venue jeter un coup d’œil au jardin. Et c'étaient des images incendiées de soleil qu'elle voyait surgir, ramenées de très loin, d'une autre nuit et d'un autre décor vide, tout semblable à ce jardin désert."

 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset / le Livre de poche

Vous aimerez aussi : Seule Venise de Claudie GALLAY

D'autres avis : L'Express

 

La ville d'hiver de Dominique Bona, Le livre de poche, avril 2007, 219 p., 4.82 euros

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Deux remords de Claude Monet de Michel BERNARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Le gel de la fin de nuit avait racorni les dernières roses. Aux branches des arbres, dans le verger et sur les berges de l'étang, persistaient quelques feuilles oscillantes qu'un caprice retenait de tomber."

En ce 6 décembre 1870 Gaston Bazille est à la recherche du corps de son fils, Frédéric Bazille, mort à la guerre. Le jeune homme était un peintre talentueux, ami de Monet, un jeune homme attachant, touché en plein vol, fauché dans sa jeunesse. De cette amitié, est resté ce tableau de Monet, "Déjeuner sur l'herbe", quintessence de la joie insouciante de cette période de leurs vies.

La première partie du roman s'attache à ses pas, jusqu'à sa fin, tragique.

Puis, nous le quittons pour découvrir la merveilleuse Camille, les années de bonheur aux côtés de Monet, quelquefois dans la misère, quelquefois dans l'opulence, d'Argenteuil à Vétheuil.

Pour la dernière partie du roman nous retrouvons Claude Monet à Giverny, durant ses dernières années aux côtés de Blanche la fille de sa deuxième femme Alice. Sa vue décline, son moral aussi, éclairé par ses rencontres amicales avec Clémenceau.

"Il disait alors que la peinture, ce n'est ni le temps passé, ni l'éternité, c'est  l'espace et le l'instant, le paysage et le temps, ce que durent les traces de pâtes vertes, bleues, jaunes et rouges répandues sur de la toile tissée serrée."

A cette période déclinante, il demande à ce que son oeuvre "Femmes au jardin" soit exposée à l'Orangerie, avec ses Nymphéas. cette toile figure Camille trois fois : de face et de profil, et à l'arrière-plan, elle fait apparaitre la jeune fille qu'avait aimé Frédéric. Ce tableau, Frédéric Bazille l'avait acquis pour que son ami ne meure pas de faim, et, à l'heure de l'enterrement, le corps du jeune homme avait été veillé sous le tableau, dans la propriété familiale des Bazille, sur les hauteurs de Montpellier.

"S'il avait donné son oeuvre à la France, ce n'était pas pour les quelques millions d'individus qui portaient le nom de Français aujourd'hui, mais pour le million et demi de jeunes hommes qui n'étaient pas revenus des tranchées, pour ceux qui étaient morts à sa place en 1870, et tous ceux-là, les millions d'hommes et de femmes qui avaient aimé, souffert, travaillé et rêvé sur ce morceau de terre, dans cette partie du monde, pour en faire sous le ciel changeant une des plus belles oeuvres humaines, le plus beau des jardins."

Dans ce roman délicat, au style impressionniste, Michel Bernard évoque avec tendresse les remords de Claude Monet, ces deux êtres partis trop tôt, en plein vol. En les mettant en lumière, il s'inscrit dans la lignée de Monet : offrir l'éternité aux aimés, par le merveilleux intermédiaire de l'art.

 

Prix Libraires en Seine 2017

Prix Marguerite-Puhl-Demange 2017

 

Présentation à l'éditeur : La petite Vermillon

D'autres avis : Aifelle ; Luocine ; Ys ; Zazy

 

Merci à Robert Chelle, mémoire de l'ENA, pour ce cadeau lumineux...

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Une vie de Guy de MAUPASSANT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit."

Jeanne, fille unique du baron et de la baronne Le Perthuis des Vauds, rejoint la demeure familiale après avoir passé plusieurs années au couvent. A l'orée de cette nouvelle vie, la jeune fille est impatiente, tout l'enthousiaste, même la pluie normande ne semble pas être un obstacle à son bonheur. Installée aux Peuples, elle n'est que ravissement, et sa rencontre avec Julien de Lamare sera l'apogée de cette période heureuse de sa vie. Rapidement, elle se marie avec le jeune homme, persuadée d'avoir trouvé l'amour dont elle rêvait au couvent. Malheureusement, Julien ne sera pas le mari aimant et bienveillant qu'elle espérait.

"Elle en voulait en son cœur à Julien de ne pas comprendre cela, de n'avoir point ces fines pudeurs, ces délicatesses d'instinct ; et elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle, s'apercevant pour la première fois que deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu'à l'âme, jusqu'au fond des pensées, qu'elles marchent côte à côte, enlacées parfois, mais non mêlées, et que l'être moral de chacun de nous reste éternellement seul par la vie." p. 123

La jeune Jeanne ira alors de désillusions en désillusions, s'installant dans un ennui latent, un mal de vivre prégnant que rien ne vient combler.

"Mais voilà que la douce réalité des premiers jours allait devenir la réalité quotidienne qui fermait la porte aux espoirs indéfinis, aux charmantes inquiétudes de l'inconnu. Oui, c'était fini d'attendre.

Alors plus rien à faire, aujourd'hui, ni demain ni jamais. elle sentait tout cela vaguement à une certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves." p. 136

Ce premier roman de Maupassant est une peinture remarquable des mœurs provinciales de la Normandie du XIXème siècle. Maupassant dénonce les lois sociales et les contraintes hypocrites qu'elles imposent aux femmes mais aussi les contraintes liées à la nature, pesant sur tout être humain. Si le roman est résolument pessimiste, il est porté par une écriture tellement belle qu'on en oublie la noirceur pour n'en retenir que la quintessence, la pureté.

De ce magnifique roman, Léon Tosltoï lui-même dira :

Une vie est un roman de premier ordre ; non seulement c’est la meilleure oeuvre de Maupassant, mais peut-être même le meilleur roman français depuis les Misérables, de Victor Hugo (…). Cette fois la vie n’est plus, pour l’auteur, une suite d’aventures de débauchés; ici, le fond du roman, comme le titre l’indique, est la description d’une vie détruite, de la vie d’une femme innocente et charmante, prête à tout ce qui est noble, et détruite précisément par cette sensualité des plus grossières et des plus bestiales qui apparaissait à l’auteur, dans ses récits antérieurs, comme le phénomène le plus essentiel de la vie. Cette fois la sympathie de l’auteur se porte vers le bien”. Léon Tolstoï, Guy de Maupassant, Éditions de l’Anabase, 1995

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de Poche

Du même auteur :  Une partie de campagne ♥ ♥ Bel-Ami ♥ ♥ ♥ ; Pierre et Jean ♥ ♥ 

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Le discours de Fabrice CARO

Publié le par Hélène

♥ ♥

"La vie est un vélo rouge sans petites roues"

Adrien passe une soirée en famille, mais il est peu concentré et impliqué dans les conversations, son esprit louvoie. Il faut dire qu'à 17h24 il a envoyé un texto à son ex qui a souhaité "faire une pause", à 17h56 Sonia a lu le message envoyé mais sans répondre si bien que son esprit est happé par son téléphone, bien loin des considérations des uns et des autres sur le chauffage au sol. Quand de surcroit son beau-frère lui demande de préparer un discours pour leur mariage, Adrien ne sait plus à quel saint se vouer...

Quelques belles trouvailles voient le jour, comme ce moment où il se confie à sa mère en lui disant qu'il frôle la dépression, et qu'elle lui rétorque, pragmatique, "bois du jus d'orange", ou bien encore ces scènes autour de la tyrannie du texto, mais, mais...

Ce que j'ai moins aimé :

Cette lecture permet de passer un bon moment, grâce à de belles trouvailles mais le ton finit par lasser. Le discours ressemble à un one man show sans grande originalité. J'ai attendu en vain une profondeur rédemptrice, mais sans succès...

Face au discours frivole de la famille, lui se demande "où va le beau quand il n'est plus" et son regard est quelque peu méprisant, condescendant face à eux...

"En fait tout ça n'était qu'une couverture, la taxe d'habitation, le gratin dauphinois, peut-être une profondeur insoupçonnées surgirait-elle tout à coup de nulle part, sous le chauffage au sol, une fois la dalle arrachée, trouverait-on du Shakespeare, du sang, des larmes, de la sueur, de la vodka sur des violons tziganes ?"

Il se place dans la peau d'un pseudo-intellectuel qui redoute de devoir danser "La Chenille" lors du mariage ...

Ces moqueries m'ont semblé finalement gratuites et si j'imagine que l'auteur se moque aussi de cet Adrien dépressif, j'ai fini par rire jaune !

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Nouvelle collection Sygne

D'autres avis : plus enthousiastes : Noukette ; The autist reading ; Agathe

Du même auteur : Zaï, zaï, zaï , Et si l'amour c'était aimer ?

 

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Laissez-moi (Commentaire) de Marcelle SAUVAGEOT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Ne me demandez pas de vous regarder par-dessus l'épaule et ne m'accompagnez pas de loin. Laissez-moi."

Une jeune femme retourne au sanatorium pour lutter contre la maladie qui la ronge, laissant derrière elle son amant. elle lui écrit alors pour que s'amenuise la distance, pour qu'il continue de l'aimer. Quelques lettres plus tard, il lui apprend brutalement qu'il la quitte, qu'il se marie avec une autre.

Le temps laissé vaquant devant elle lui permet d'analyser son coeur, de revenir sur cette histoire engendrée et sur les sentiments bafoués.

« C’est du bonheur d’être bouleversé et de ne plus rien savoir. Mais avoir encore un petit coin de conscience qui toujours sait ce qui se passe, qui, parce qu’il se sait, permet à tout l’être intellectuel et raisonnable d’avoir aussi à chaque seconde quelque chose du bonheur qui arrive, avoir ce petit coin de conscience qui apprécie lentement l’évolution de la joie, la suit jusqu’à ses fins les plus extrêmes, n’est-ce pas du bonheur ? Il y a un petit coin qui ne vibre pas, mais ce petit coin qui ne vibre pas reste le témoin de la joie ressentie. C’est lui qui se souvient et qui peut dire : j’ai été heureux et je sais pourquoi. Je veux bien perdre la tête, mais je veux saisir le moment où je perds la tête et pousser la connaissance au plus loin de la conscience qui abdique. Il ne faut pas être absent de son bonheur. »

Elle "commente" la fin de sa relation avec une acuité d'observation et d'analyse troublante, de celle qui tende vers l'universel. Chacun peut se reconnaitre dans cette douleur de l'abandon intime vibrant de vérité et de sincérité. La lucidité de la jeune femme résonne en nos âmes, emporté par son écriture poétique, on ne peut qu'être ébloui par ce destin tragique !

« Un petit volume si amer, si pur, si noble, si lucide, si élégant, si sévère et d’une tenue si haute dans son allure désolée et déchirée. On serait presque tenté de dire que c'est là un des chefs-d’œuvre de la plume féminine, » confie Paul Claudel

Ce que j'ai moins aimé : c'est assez ironique car dans mon édition, les avant propos et annexes sont multipliés, commentant à l'envie cette oeuvre pure qui pourtant se suffit à elle-même.

 

Présentation de l'éditeur : Phébus

D'autres avis : Télérama

 

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L'emploi du temps de Michel BUTOR

Publié le par Hélène

Dans ce récit déconstruit, éclaté, le narrateur Jacques Revel relate par écrit les évènements qui lui sont arrivés au cours des huit derniers mois, depuis son arrivée dans la ville de Bleston, inspirée de Manchester.

Ce roman, qui se présente comme un roman policier confond les strates temporelles, dans un processus propre au nouveau roman.

Ce que j'ai aimé : les errances du narrateur dans la ville, personnage à part entière.

Ce que j'ai moins aimé : le fait que l'intrigue soit éclatée, perdant le lecteur à loisir dans un labyrinthe sans fin ...

 

Présentation de l'éditeur : Les Editions de Minuit

D'autres avis : Babélio

 

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Pierre et Jean de Guy de MAUPASSANT

Publié le par Hélène

Deux frères Pierre l'aîné se destine à une carrière de médecin, quand Jean le  cadet fait des études de droit. Un héritage inattendu tombe alors du ciel, brouillant les rapports de la famille : en effet, seul Jean hérite d'un ami de la famille. Le doute s'installe alors en l'esprit de Pierre : pourquoi Jean a-t-il été privilégié ? Qui est cet ami de la famille ?

La rivalité entre les deux frères est centrée autour de l'argent, cet argent-roi capable de pervertir et d'annihiler tous les sentiments. La cupidité règne au sein de cette classe bourgeoise du XIXème, avide de posséder et de paraitre. Le mariage n'est alors qu'alliance de fortune et d'intérêt, exempt de sentiments et de désir. L'amour lui-même est condamné à sa fin :

"Le baiser frappe comme la foudre, l'amour passe comme un orage, puis la vie, de nouveau, se calme comme le ciel, et recommence ainsi qu'avant. Se souvient-on d'un nuage ?"

Pour ce roman, Maupassant s'est inspiré d'un fait divers rapporté par sa voisine d'Etretat concernant une affaire d'héritage dans une famille bourgeoise. l'éditeur ajoute par la suite à cet écrit rédigé rapidement un petit texte théorique sur le roman, manifeste  dans lequel il expose ses principes esthétiques en matière de roman et de création littéraire. Il se rapproche en effet du réalisme et s'éloigne ainsi de Zola et de son naturalisme.

 Ainsi, Pierre et Jean nous emporte dans cette vaine quête de vérité, au sein d'un univers tremblant, instable car manquant de fondations solides et durables. Maupassant présente ici un conte cruel et pessimiste sur la condition humaine. Il traverse les siècles et nous émeut par sa justesse psychologique. 

 

Présentation de l'éditeur : ClassicoLycée chez Belin / Gallimard

Du même auteur :  Une partie de campagne ; Bel-Ami

 

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