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244 articles avec litterature francaise

La disparition de Jim Sullivan de Tanguy VIEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"D'une manière générale, il n'était pas question de déroger aux grands principes qui ont fait leur preuve dans le roman américain." 

Ce que j'ai aimé :

Parce que les romans américains sont des romans internationaux, quand les romans français restent nationaux, Tanguy Viel décide d'écrire un roman "américain", à la Philip Roth, Jim Harrison, Don Delillo. Il choisit alors avec application les ingrédients gagnants et nous concocte un roman voué à l'international. Il choisit ainsi une ville avec des gratte-ciels, des avenues qui n'en finissent pas, une ville "complexe et internationale", comme Détroit.

"Par exemple, à Détroit, d'après ce que j'ai lu sur Internet, un habitant peut percevoir dans son champ visuel jusqu'à trois mille deux cents vitres en même temps. Je n'ai jamais bien compris ce que ça voulait dire, trois mille deux cents vitres en même temps, mais, me suis-je dt, si j'écris une chose comme ça dans mon roman, alors, on pourra comprendre que mes personnages habitent une grande ville complexe et internationale, une ville pleine de promesses et de surfaces vitrées." p.12

Il opte ensuite pour un personnage cinquantenaire, professeur d'université, divorcé, avec une vie sentimentale compliquée. L'intrigue doit comporter un adultère, et si possible impliquer les personnages dans les problèmes de leur temps, en mentionnant des évènements récents qui ont eu lieu en vrai comme par exemple la destruction des tours, la crise financière ou l'intervention en Irak. Les détails abondent, et la psychologie elle aussi est relativement complexe :

"Ce sont surtout des choses comme ça, ai-je souvent pensé, que le romancier américain aurait écrites, je veux dire, pas seulement l'odeur des pins dans la nuit éclairée, pas seulement le bruissement des érables dans le vent du soir, mis de quoi déchiffrer sur les plissements des fronts, dans l'inquiétude des lèvres, ce qui se passait dans la tête de chacun, les pensées passagères et les désirs souterrains, là, dans le jardin des Koster, la façon de se pencher de Becky quand elle aidait Susan à mettre les choses sur la table - on aurait dit qu'elle avait calculé au détail près à partir de quel bouton mal fermé on pourrait deviner le départ de ses seins, la façon dont Alex souriait  un peu gêné, à Becky Amberson, et celle dont Susan la regardait se pencher pour qu'on puisse lire sur son visage à elle, Susan, dans le mouvement de l'oeil qui l'amenait aussi vite sur le regard fuyant d'Alex, qu'on puisse y lire, non pas qui était Becky, non pas qui était Alex mais peut-être qui était Susan, et toutes ces choses qui méritaient des pages et des pages pour qu'on comprenne ce qui allait se passer, ou qu'on croyait qui allait se passer, vu que certaines choses ne se passeraient pas et certaines autres, oui." p. 51

Les jalons posés, l'histoire avance sereinement...

Tanguy Viel nous entraîne dans les coulisses de la fabrication d'un roman. Avec humour et décalage, il nous livre les recettes qui font le succés des romans américains. Mais peu à peu narrateur et auteur s'effacent pour faire émerger l'univers mental ainsi créé. Après une première partie placée sous le signe de l'ironie, la deuxième partie du roman donne pleinement vie aux personnages et à leur histoire. Dwayne Koster prend vie, tapi dans sa Dodge blanche. Pourquoi guette-t-il ainsi son ex-femme Susan ? Comment en est-il arrivé là ? Quel rôle a joué Alex Dennis, le trop populaire professeur d'université dans la vie de Dwayne ? Quelle place tiendra l'Irak dans son histoire ?

Et Jim Sullivan dans l'histoire ? Jim Sullivan, chanteur de la beat génération a disparu en 1975 dans le désert du Nouveau Mexique, probablement enlevé par les extra-terrestres... Mais ceci est une autre histoire...

 

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien 

Présentation de l'éditeur :

Editions de minuit 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'absolue perfection du crime

D'autres avis :

Keisha ; Mango ; Yves

 

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Editions de minuit, 2013, 160 p., 14 euros

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Julien Letrouvé colporteur de Pierre SILVAIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Julien parcoure les ruelles sombres, la campagne, les sentiers, il marche parce que "C'était, ce n'était que le colporteur." 

Enfant trouvé, au passé vague, il aime raconter que, petit, il se réfugiait dans l'écreigne - une "maison creusée dans le sol tendre", habitation fabuleuse de la région, à la réalité incertaine. C'est là, lové au creux de la terre, que les mots offerts par les femmes qui filent, envoûtent son âme.

"Toutes écoutaient la liseuse tenant  son petit livre ouvert à la lueur d'un falot posé sur une hotte renversée, les esprits vagabondaient vers des horizons toujours bleus, des lointains tout de douceur et de promesses d'elles ne savaient quoi mais qui les combleraient au-delà de leur naïve attente, tandis que la main demeurait docile et ferme à la tâche." 

A l'adolescence il doit quitter cet univers rassurant de l'enfance souterraine pour affronter le monde. Tout naturellement, il devient colporteur, promenant ses petits livres de la bibliothèque bleue, ces "morceaux de ciel", et les distillant au fil de ses rencontres. Il refuse de vendre bibelots et mercerie comme les autres colporteurs de l'époque, il ne propose que des livres, en souvenir de cette fascination pour la lecture, pour lui qui ne sait pas lire. Car non, il ne sait pas déchiffrer les signes dansants qui peuplent ses nuits. Ce secret, il le garde enfoui au fond de lui. 

Nous sommes en 1792 et la bataille de Valmy n'est pas loin. La guerre va bousculer le monde  de Julien tout en lui offrant une rencontre marquante : celle d'un soldat déserteur prussien. 

Le naïf Julien, pareil au juif errant, ressent au fond de lui l'importance du mythe de la croyance, et de la littérature qui propage des récits millénaires.  Il recherche la terre promise, peut-être celle de cette écreigne de la première heure, condamné en attendant à errer pour combler son "insuffisance d'être". Mais peut-être cette terre promise est-elle simplement lovée dans l'instant fulgurant, dans la prise de conscience soudaine d'un bonheur inégalé dû à la vie...

"Un vaste pré en lisière de la forêt en était séparé par la largeur d'un fossé dont le remblai herbu couronné de grandes marguerites permtait qu'on pût s'y tenir à plat ventre, en observateur, sans crainte d'être vu.

Julien Letrouvé s'y était installé ce jour-là, l'après-midi, non qu'il y eût été à l'affût, mais parce qu'un rayon de soleil chauffait le versant exposé au sud et qu'il pouvait aussi quand un souffle passait, plein de l'odeur des feuillages, se laisser bercer par le mouvement de vague des marguerites blanches. Il était tranquille. La chaleur peu à peu l'engourdit." p. 58

Un bijou de littérature !

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien

Présentation de l'éditeur :

Editions Verdier 

Vous aimerez aussi :

Camille de Toledo L'inquiétude d'être au monde

 D'autres avis :

Revue de presse sur le site de Verdier

 

Ironie de l'histoire ce roman est venu à moi par le biais d'un "colporteur" rencontré sur le stand de Verdier au salon du livre. Son enthousiasme m'a convaincue d'adopter Julien. Je l'en remercie !

 

Julien Letrouvé colporteur, Pierre Silvain, Verdier, 2007, 128 p, 11.16 euros

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L'incendie de Antoine CHOPLIN et Hubert MINGARELLI

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

L'incendie réunit deux auteurs qui se connaissent depuis longtemps et ont eu envie de partager une aventure littéraire en écrivant à deux. 

De retour de Belgrade, où il a revu son ami Jovan, Pavle éprouve le besoin impétueux de prolonger l'échange en lui écrivant. Pavle et Jovan sont serbes et ont subi de plein fouet la guerre qui a secoué l'ex-Yougoslavie au début des années 90. Si Jovan est resté dans leur pays, Pavle a préféré émigrer en Argentine. Néanmoins, il ressent maintenant le besoin d'amoindrir la distance qui s'est installée entre eux. Commence alors une relation épistolaire durant laquelle l'un et l'autre, à pas feutrés, revient sur un passé trouble. 

Par touches subtiles, les deux amis se dévoilent, s'arrangeant avec leurs mensonges, avec la réalité perçue quelquefois différemment. La culpabilité semblent les ronger, mais peu à peu l'ombre qui pèse sur leur passé se lève sur un nouveau jour, les non dits de l'un et de l'autre s'estompent pour dévoiler une toute autre histoire. Lettre après lettre, les hommes gagnent en humanité. 

L'incendie témoigne d'une foi en l'homme capable du pire comme du meilleur, la guerre exacerbant son humanité ou son animalité. Un très beau texte.

Ce que j'ai moins aimé :

J'aurais aimé un style plus lyrique, plus éclatant, il était un peu trop banal à mon goût.

Vous aimerez aussi :

De Choplin :  La nuit tombée Le héron de Guernica  ;  Radeau

De Mingarelli : Une rivière verte et silencieuse

D'autres avis :

Valérie ; Jérôme  ; Noukette  ; Aifelle ; Luocine

 

Merci à l'éditeur.

 

L'incendie, Antoine Choplin, Hubert Mingarelli, La fosse aux ours, janvier 2015, 86 p., 13 euros

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Un parfum d'herbe coupée de Nicolas DELESALLE

Publié le par Hélène

Ce que j'ai aimé :

Que laisse-t-on à notre famille ? Aux générations futures ? Quel souvenir de nous aura notre arrière-petite-fille ? Le narrateur Kolia décide d'écrire à cette arrière-petite-fille qu'il prénomme Anna pour ne pas rompre le fil, pour exister encore, au-delà du temps et des années. Vient alors l'heure de faire du tri dans les souvenirs, de choisir ceux qui méritent d'émerger des affres du temps, et ceux qu'il vaut mieux laisser périr. Mais choisit-on réellement ? Pourquoi gardons-nous de notre enfance tel souvenir plutôt que tel autre ? La mémoire demeure un mystère insondable...

"Pourquoi un souvenir qui n'avait aucune aspérité, un moment minuscule qui aurait dû rejoindre l'immense cimetière des minutes oubliées, s'impose à nous ? Il doit y avoir une sorte de magie neuronale qui fait que cetains instants restent cramponnée là, sous le front, comme des grenouilles sur d'autres grenouilles, à la saison des amours." p. 120

Quelques scènes sonnent très juste, comme cette amitié magnifique avec un mort au cimetière du Père Lachaise.  Malheureusement, d'autres pages tombent à plat...

Ce que j'ai moins aimé :

Les scènes choisies ne sont pas toujours réussies, comme la terreur du lycée, le professeur de physique, la mort de son chien, qui frôlent la banalité.

L'absence d'ordre chronologique est assez déroutante. 

Le style, dés les premières lignes, m'a déplu : des phrases simples qui se veulent peut-être un effet de style mais peuvent aussi passer pour une absence d'inspiration. Au détour de quelques phrases la poésie pointe son nez mais elle s'évanouit ensuite rapidement pour faire retomber le texte dans la platitude d'un matin de pluie.

N'est pas Proust qui veut... Le thème du souvenir cher à Proust est ici traité avec modernité certes, mais tombe aussi souvent à coté... 

Présentation de l'éditeur :

Préludes 

Vous aimerez aussi :

 

D'autres avis :

Séverine JosteinAlfie's mecCaroline ; KeishaClara Laure ; Valérie

A noter que les avis sont tous positifs (à part  Antigone), je dois être la seule à être restée sur le bord de la route et à ne pas avoir entendu la "petite musique" de l'auteur. Il faut dire que je n'ai jamais été mélomane...

Clin d'oeil :

"Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir." 

 

Un parfum d'herbe coupée, Nicolas Delesalle, Préludes, 13.60 euros

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L'aigle de Bonelli de Bruno GALLET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥  

Ce que j'ai aimé :

Bruno Gallet est un alpiniste chevronné, guide de haute montagne à ses heures, qui partage ici cette fascination pour l'altitude et ses vertiges.

Il campe ainsi ses personnages principaux en Suisse dans le canton du Valais : David est le fils d'un entrepreneur spécialisé dans les montres suisses. Leurs rapports complexes poussent David à cambrioler son propre père pour lui voler des pierres précieuses acquises illégalement. Pour passer son butin en France, David décide de passer la frontière par la montagne. Il prétexte l'envie de gravir L'innominata par la voie dite "La Bonnelli", pour se faire accompagner de son ami de toujours, Zacharie, guide de haute montagne, qui ignore tout du dessein caché de son compagnon. Commence alors une course palpitante dans l'univers minéral et glacier de la voie choisie par David. 

L'intrigue est millimétrée, savamment dosée, servie par des personnages attachants, ni trop parfaits, ni trop antipathiques, témoignant d'un équilibre digne des plus grands alpinistes...

Mais la grande force de ce roman transparaît bien sûr dans les passages magnifiques sur la montagne.. Qu'il soit question du difficile métier de guide, qui consiste à "dépenser votre vie à la gagner, en veillant à ne pas la perdre." p. 132, ou de la magie intrinsèque au lieu, l'auteur nous fait ressentir son amour inconditionnel pour l'alpinisme. Ainsi, quand David doit évoquer son plus beau souvenir, il surprend tout le monde par la simplicité pur de son bonheur : "Il avoua alors que marcher en montagne, lumière éteinte sous la pleine lune immobile, dans la nuit calire et froide, à pas réguliers le long d'une pente de neige dure et raide, au rythme de son piolet, écoutant les mâchoires de ses crampons mordre la glace, était pour lui le plus pur moment d'allégresse." p. 87

http://www.alpineexposures.com/

La montagne n'est pas exempte de dangers pour les têtes brûlées, demandant des précautions de chaque instant qu'une seconde d'inattention peut réduire à néant. Il faut connaître ses risques pour en apprécier sa beauté sauvage. Elle recèle également des trèsors insoupçonnés comme ces fours à cristaux dont la découverte tient du miracle.

Un roman qui ravira tous les passionnés de montagne et encouragera les autres à escalader des parois ! J'espère vivement qu'il y aura une suite !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Anne Carrière 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Des voyous magnifiques

Autre : Du haut de la montagne, une longue descente de Dave EGGERS Meurtre au sommet de José GIOVANNI

 

Merci à l'éditeur.

 

L'aigle de Bonelli, Bruno Gallet, Editions Anne Carrière, février 2015, 320 p., 19 euros

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Beauté parade de Sylvain PATTIEU

Publié le par Hélène

♥♥

"Château-d'Eau zone de non-droit, comme on dit des cités terribles. En plein coeur de Paris. Non-droit du travail. Non-droits humains. Sous le regard de tous." p. 89

Ce que j'ai aimé :

Dans un salon de coiffure et manucure du quartier Château d'eau à Paris, Lin Mei et six de ses collègues font grève. Leur patron est parti avec la caisse et soutenues par la CGT, elles ont décidé de lutter pour faire valoir leurs droits. Elles dorment sur place, mangent sur place, et continuent à coiffer et à soigner les ongles des clientes.

Sylvain Pattieu a suivi durant plusieurs mois ces femmes émigrées, africaines ou chinoises, sans papiers, luttant pour obtenir une reconnaissance dans ce pays étranger. Il tient la chronique de ce microcosme atypique, écoutant les témoignages des unes et des autres, éclairant son récit de données capillaires ou ongulaires.

"Il est recommandé de confier ses ongles à des professionnels. Il est recommandé de s'adresser aux spécialistes du stylisme ongulaire. Il est recommandé d'aller en institut, de vérifier les diplômes. Il est recommandé de faire attention, d'éviter les substances qui abîment, qui trouent, qui bossellent, qui déchaussent les ongles. Il est recommandé de se méfier des mathacrylates, des éthylmétacrylates, il est recommande d'être vigilant face aux risques respiratoires ou cutanés.

Il est recommandé mais on fait comme on peut.

Si on n'a pas d'argent on va à Château d'Eau." p. 118

Les femmes racontent leur quotidien, évoquent leurs conditions de travail, les 400 euros par mois qui ne permettent pas de vivre, les horaires à rallonge, les normes de sécurité non respectées, les patrons qui partent avec la caisse, les laissant démunies. Elles content  leurs joies, leurs peines, la douleur d'avoir dû quitter pays et famille pour gagner un peu plus d'argent ici, au coeur de Paris, dans des conditions indignes d'un être humain :

"Il a fallu tout quitter pour langer, bercer, changer, nourrir. Pour couper, vernir, peindre, coller. Pour payer les études, là-bas. Pour financer la vie quotidienne. Cruel dilemne, rester dans la pauvreté, partir pour assurer l'avenir. De la tristesse dans tous les cas. (...)

Avoir les papiers, pour les Chinoises, pour les Ivoiriennes, ça veut dire pareil. Ca veut dire revenir. Un mois, deux mois, pour rattraper le temps perdu. Tâche impossible. Retrouver les proches, raconter les années, retrouver les enfants qui n'en sont plus, les parents ridés, voûtés, retrouver l'autre, le mari, en partie étranger, peut-être désormais. Difficile d'imaginer, difficile de se faire une idée." " p. 151

Sylvain Pattieu met en lumière des vies précaires qui évoluent à côté de nous, des femmes qui sont nos voisines, nos pareilles, et qui pourtant souffrent chaque jour. 

"Château-d'Eau zone de non-droit, comme on dit des cités terribles. En plein coeur de Paris. Non-droit du travail. Non-droits humains. Sous le regard de tous." p. 89

A notre époque, il est impossible de fermer les yeux sur cette misère, et il devient nécessaire de se battre à  leurs cotés pour espérer qu'un jour, enfin, ces femmes et ces hommes de l'ombre recouvrent leur dignité humaine ! 

Les salariées grévistes du salon de coiffure

Ce que j'ai moins aimé :

La construction au jour le jour inclut des répétitions qui auraient sans doute pu être évitées. A moins qu'elles ne soient voulues pour appuyer sur le combat sans fin de ces émigrées... 

Présentation de l'éditeur :

Editions Plein jour 

Plus d'informations sur le combat des femmes du "57" :

CGT ; France 24 ; Le monde ; 20  minutes

Malheureusement, cet article récent de Libération montre que le combat doit continuer, rien n'est gagné !

Vous aimerez aussi :

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

D'autres avis :

L'express  ; France culture ;

Clara 

 

Beauté parade, Sylvain Pattieu, avec la participation de Ya-Han Chuang, Plein jour, 2015, 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Dimanches d'août de Patrick MODIANO

Publié le par Hélène

♥♥♥

Ce que j'ai aimé :

Jean, le narrateur déambule dans les rues de Nice, tentant de se construire un futur quand tout le ramène au passé. Et notamment ce Villecourt, croisé un jour de marché. Pourquoi insiste-t-il pour que tous deux évoquent le fantôme de Sylvia, pourquoi revient-il sur leur relation ? Le narrateur se plonge alors dans ses souvenirs nimbés de mystère. Au fil de ses réminiscences, paradoxalement, le passé se densifie

"Tout finit par se confondre. Les images du passé s'enchevêtrent dans une pâte légère et transparente qui se distend, se gonfle et prend la forme d'un ballon irisé, prêt à éclater." p. 49

Pourquoi Sylvia et Jean ont-ils quitté précipitamment les bords de Marne ? Comment se sont-ils procuré ce magnifique diamant qui ne quitte pas le cou de Sylvia ? Qui étaient les Neal, ce couple mystérieux rencontré à Nice ?

Les fils ténus s'entrelacent pour former un écheveau dans lequel se débat le narrateur et le lecteur. 

"Le jour, tout se dérobait. Nice, son ciel bleu, ses immeubles clairs aux allures de gigantesques pâtisseries ou de paquebots, ses rues désertes et ensoleillées du dimanche, nos ombres sur le trottoir, les palmiers et la Promenade des Anglais, tout ce décor glissait, en transparence." p. 107

En quelques mots, Modiano parvient à nous prendre dans les filets de l'intrigue et à nous envoûter.  En quelques pas nonchalants, il nous plonge dans une atmosphère comme suspendue, saisissant cette sensation éphémère et vaporeuse si difficile à capturer et à enserrer dans des mots.

"Et puis l'air est quelquefois si doux sur la côte d'Azur en hiver, le ciel et la mer si bleus, si légère la vie par un après-midi de soleil le long de la route en corniche de Villefranche, que tout vous semble possible : les chèques des banques anglaises de Monaco qu'on vous fourre dans les poches et Errol Flynn tournant sur le manège du jardin Albert 1er." p. 111

De ce roman se dégage un charme nonchalant évocateur. L'art de Modiano transpose la réalité, la poétise, et la modèle en oeuvre d'art. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Folio 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'herbe des nuits L'horizon ; Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

D'autres avis :

Lu dans le cadre du Blogoclub sur le conseil de Galéa 

 

Dimanches d'août, Patrick Modiano, Folio, 1989, 192 p., 6.4 euros

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Cristal noir de Michelle TOURNEUR

Publié le par Hélène

♥♥♥

Ce que j'ai aimé :

Pearl est une jeune américaine venue à Paris pour découvrir la vieille Europe. Ivre de la liberté que lui offre ce voyage à Paris, elle parcoure ses rues, les quartiers emblématiques, Montparnasse et ses peintres, les brasseries, tout en capturant ces instants : 

"Photographier, se répétait-elle, au moins ça. Les rues et leur hasard. La charrette du vitrier chargée à s'écrouler, qu'un coup de lumière transforme en carrosse. Les globes des reverbères, loupes géantes posées que le gris argenté du fleuve, le long du pont Alexandre III. Et la fine poussière sur les tranches des livres, à la librairie. Clients cassés en deux dans leur lecture, comme si une maladie mortelle allait les terrasser. Etre là. Saisir. En quelques secondes, sauter sur le sujet, armer, appuyer, garder l'émotion. Par surprise et par morceaux, par bouts qui se rejoindront un jour, tout arracher à cette ville pour tout emporter." p. 58

Mais un sujet l'intrigue particulièrement : le restaurant le Paquebot, son chef impérial Charles-Henri Chelan et son ami Robert. Elle doit en effet réaliser pour son éditeur de New York, friand des échos de Paris, un livre sur la gastronomie française. Mais son projet artistique s'élargit au fil des jours, elle décide alors de s'attacher au lieu plus qu'aux plats.

Chaque personnage vibre d'une fibre artistique le sublimant pour atteindre une certaine forme de perfection : que ce soit Pearl et ses photographies, Charles-Henri et sa cuisine, ou encore un pianiste au talent émouvant, tous recherchent la beauté cristalline qui transforme leur savoir-faire en oeuvre artistique. Par leur pouvoir d'évocation, ils cherchent à toucher les sens de leurs invités, le goût, l'ouïe, la vue. 

"En salle, les clients avaient plébiscité l'entremets indochinois, servi avec deux vers en langue hmong, dans l'envol d'une fumée qui évoquait la moiteur des rizières et es troupeaux de buffles. Avec, par-dessus la blancheur, le pourpre des framboises en purée servies à la louche, légèrement tièdes." p. 134

Le monde se trouve sublimé par leur art, la photographie permet ainsi de contempler ce qui nous entoure différemment, la grande cuisine exaltant l'acte primitif de manger, la musique transportant l'âme au-delà de la réalité. Enfin, l'écriture de Michelle Tourneur exalte également le rendu des saveurs, des couleurs, des décors, de l'atmosphère particulière des lieux.

"Fin septembre déposait ses buées, le soir, sur la ville. Un vent d'ouest apportait des pluies pénétrantes qui n'étaient plus d'orage. Les crépuscules étaient d'un froid coupant. L'humidité avait envahi les allées du jardin des Tuileries, les enfants y passaient sans s'attarder et, à la villa de Pigalle, le catalpa pleurait de lourdes cosses sombres." p. 269 

La délicatesse de l'histoire diffuse un charme envoûtant indéniablement efficace.

Ce que j'ai moins aimé :

Rien.

Présentation de l'éditeur :

Fayard 

Vous aimerez aussi :

Sur la cuisine : La colère des aubergines ; Le cuisinier ; En cuisine avec Alain Passard ; Mãn Le restaurant de l’amour retrouvé ;  L’école des saveurs

Sur la photographie : Ce jour-là  ; L’enchantement des lucioles

Sur la musique : La double vie d’Anna Song ; Chico et Rita ;  Novecento : pianiste ; La nuit des femmes qui chantent ; L'appel des origines tome 1 ; Le temps où nous chantions ; Concerto pour la main morte WOOD Benjamin Le complexe d'Eden Bellwether 

D'autres avis :

Luocine 

Babélio

 

Cristal noir, Michelle Tourneur, Fayard, janvier 2015, 280 p., 18.50

 

Lu dans le cadre d'une opération Babélio.

tous les livres sur Babelio.com

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C'est dimanche et je n'y suis pour rien de Carole FIVES

Publié le par Hélène

♥♥♥♥

"Léonore est venue refermer les portes du passé." 

Ce que j'ai aimé :

Trois jours. Léonore se donne trois jours pour partir sur les traces de José au Portugal. Trouver sa tombe. Résoudre le passé. Laisser derrière elle les 25 ans qui l'ont anesthésiée. Trois jours pour oser vivre. Enfin.

Pendant ces jours comme en suspens dans sa vie, elle va arpenter les cimetières, rencontrer les ombres issues du passé, et se souvenir. 

"Carrés, rectangles, succession de blocs et d'angles. Je vais vers toi comme on va à la mine, dans une carrière, à la recherche de quelque trésor pierrier. Fête minérale. J'ai quitté la vallée, mes genoux ont tapé les angles de la rocaille. C'est bien fait, c'est bien fait pour moi." p. 67

Ses souvenirs l'entraîne sur la trace des émigrés portugais, venus dans les années 60 après le coup d'état de 1974 pour "s'entasser dans le plus grand bidonville de France Champigny sur Marne""La France faisait venir les Portugais pour construire des habitations, mais eux, ils n'avaient qu'à dormir dehors." ironise-t-elle. Et de constater que finalement, rien n'a changé à l'heure actuelle, et ce à cause de la crise "La nouveauté, c'est que les migrants sont tous à bac + 3 aujourd'hui..." p. 142

L'écriture de Carole Fives se teinte d'humour et de poésie pour aborder des thèmes plus graves.

Eloge de la fragilité et de la nécessité de se débarrasser des fardeaux encombrants pour avancer, ce court roman met en avant la nécessité de rayer la culpabilité de la carte mentale, d'éclairer le passé pour mieux construire l'avenir et revenir à soi, à sa vocation, à sa passion, à la vie. Un texte lumineux. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Trop court...

Présentation de l'éditeur :

Gallimard 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Quand nous serons heureux

D'autres avis :

Charlotte ; SophieCathulu 

 

C'est dimanche et je n'y suis pour rien, Carole Fives, L'arbalète gallimard, décembre 2014, 160 p., 16.50 euros 

 

Lu dans le cadre de Masse Critique organisé par Babélio 

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L'hiver indien de Frédéric ROUX

Publié le par Hélène

♥♥

Ce que j'ai aimé :

Neah Bay est au centre de la réserve des indiens Makahs, au nord-ouest des Etats-Unis. Les Makahs étaient 40000 à la fin du XIXème siècle, ils ne sont plus que 1500 aujourd'hui. Parmi eux Percy et Stud, qui, comme leurs acolytes errent sur une terre qui n'est plus la leur, noyant leur pauvreté dans l'alcool. Percy et Stud décident de regagner leur dignité dépossédée au fil du temps en se livrant à l'entreprise prisée par leurs ancêtres : la chasse à la baleine !

Mais c'est une équipe de bras cassés qui se met en place : tous sont plus ou moins des alcooliques notoires et chacun traîne son tribut de galères. Envers et contre tout, Percy le tombeur, Stud son frère qui sort de prison, Howard le poète qui use et abuse des aphorismes, Dale son fils, Greg fan d'Elvis Prestley et Chris gourrou, s'allient pour enchanter à nouveau une vie désincarnée.

"En définitive, ce qui le frappait chez Dale ou chez Percy, c'est qu'ils étaient transparents, un peu comme s'ils avaient été vides, leur intérieur était vide ou, plutôt, inoccupé, comme un appartement désert où l'on ne peut apercevoir les traces du dernier locataire qu'au travers de ce qu'a laissé la compagnie de nettoyage. Lorsqu'il y réfléchissait davantage, il se disait que ce devait  être une question de génération à moins que leur sang indien se soit dilué. Dans quoi ? Il n'en savait rien, peut-être dans le Pepsi Cola... (...) N'être rien ni personne n'était pas un problème pour les jeunes, faire quelque chose ou son contraire n'avait aucune importance, il leur suffisait de continuer d'avancer sans en avoir la volonté, de réussir sans l'avoir décidé vraiment et, tant qu'à faire, de prendre du bon temps. Avant ? Les autres ? Ils ne s'en préoccupaient d'aucune façon ! Ils n'avaient ni passé ni avenir, pas plus que d'amis véritables.

C'était donc eux, la fameuse 7eme génération." (p. 367)

Ils affrontent notamment les courants écologistes peu enclins à laisser des baleines se faire harponner sans vergogne par des indiens en mal d'identité ! 

Leur épopée sera jubilatoire... 

Ce que j'ai moins aimé :

Un roman beaucoup trop long ! Il a facilement 100 ou 200 pages de trop !

D'autres avis :

Télérama 

Theoma Petit Sachem ; PapillonDaniel 

 

L'hiver indien, Frédéric Roux, Le livre de poche, Grasset pour la première édition en 2007, 501 pages, 7.50 euros

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