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4 articles avec nature

Almanach d'un comté des sables de Aldo LEOPOLD

Publié le par Hélène

"A quoi bon la liberté, sans espace vide sur la carte ?" p. 192

Cet almanach est un classique des écrits sur la nature, ancêtre de l'écologie. L'auteur y évoque "les êtres sauvages" pour qui "la possibilité de voir des oies est plus importante que la télévision, et la possibilité de trouver une pasque est un droit aussi inaliénable que la liberté d'expression." (Préface)

Le livre est divisé en trois parties :

- "Almanach mois par mois" l'auteur réfugié dans sa cabane au fond des bois nous raconte son expérience personnelle de retraite et d'accord avec la nature dans sa ferme de la région des sables du Wisconsin. Il évoque l'observation des hôtes sauvages des lieux.

- "Quelques croquis" dans laquelle il raconte quelques épisodes qui montrent l'évolution de ce lieu.

- puis "En fin de compte" qui tient plus de l'essai écologique, doté de questions plus philosophiques, plus pointues.

Aldo Leopold est un auteur né dans le rêve pionnier, il a vu l'évolution de son territoire : peu à peu les grands espaces ont été parsemés de fermes puis de routes, d'autoroutes, réduisant la vie sauvage et provoquant la disparition de certaines espèces. et pourtant il insiste sur la nécessité de l'appartenance, sur l'obligation de s'insérer dans le monde et la nature, d'appartenir à une terre et non pas l'inverse. Pour s'inscrire dans le monde, l'observation et la perception tiennent un rôle central : qu'il s'agisse d'admirer la danse céleste des bécasses ou de lire la mémoire des arbres inscrite dans leurs troncs, ou encore de vouer un culte à Draba, la plus petite fleur du monde à observer, chaque expérience permet à l'être humain de faire corps avec la nature et le monde et de justifier sa place.

"Les soirs d’avril, quand le temps nous permet de nous asseoir dehors, nous prenons plaisir à écouter la conversation en cours dans le marais. Il y a de longs moments de silence où l’on n’entend plus que le vannage des bécassines, le hou-hou d’une chouette au loin ou le gloussement nasillard d’un foulque amoureux. Puis, tout à coup, un coin-coin strident retentit et, l’instant d’après, c’est une cacophonie de battements d’aileron frénétiques, de proues sombres propulsées par des pagaies barattant l’eau, toute une clameur montant des rangs de l’assistance de quelque véhémente controverse. Quelqu’un finit par avoir le dernier mot, et le vacarme se réduit progressivement jusqu’à ce bavardage à peine audible qui ne s’interrompt que rarement chez les oies."

Cette observation permet aussi une meilleure compréhension du monde et de son rythme : les oies sont par exemple indicatrice de saisons :

"Le troupeau émerge des nuages bas. C'est une bannière dépenaillée d'oiseaux, montant et descendant, s'écartant, se rapprochant, avançant tout de même, sous le vent qui lutte amoureusement avec chaque aile vanneuse. Quand le troupeau n'est plus qu'une tache confuse tout là-haut, j'entends sonner le clairon des funérailles de l'été." p. 94

La terre est vue comme une communauté qui convient d''utiliser avec amour et respect. Il serait bénéfique qu'un peu plus de mépris soit ressenti pour la pléthore de biens matériels au profit d'un amour du monde plus profond : "Un tel déplacement de valeurs peut s'opérer en réévaluant ce qui est artificiel, domestique et confiné à l'aune de ce qui est naturel, sauvage et libre." (Préface)

Un bel enseignement...

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

D'autres avis : Folfaerie ; Keisha

 

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, traduit de l'américain par Anna Gibson, préface de JMG Le Clézio, Illustrations de Charles W. Schwartz, Flammarion, 2000, 8 euros

Publié pour la première fois à titre posthume en 1949

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Dans l'oeil du faucon de Kathleen JAMIE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Kathleen Jamie est avant tout une poète, elle a reçu de nombreux prix littéraires pour sa poésie (22 à ce jour). Dans ce premier livre traduit en France, elle nous invite dans son univers dans le nord de l'Ecosse, dans le comté de Fife et nous éveille au monde qui nous entoure, nous éclairant sur des détails qui souvent nous échappent, "les choses secrètes, modestes, à demi cachées au milieu des toits, comme les animaux dans la forêt." p. 195 Son âme de poète illumine le monde qui l'entoure de ses mots simples et directs, le halo de beauté de la terre apparaissant alors, pages après pages. Elle dit peu, ses chapitres courts relatent des randonnées, des observations naturalistes, elle peut rester une journée entière à s'émerveiller devant des saumons persévérants. 

Tel le prince des nuées, elle se laisse porter par le vent de ses errances et de ses rencontres. C'est avec curiosité et amour qu'elle parcoure sa région, ses pas la portant aussi bien à Maes Howe, tumulus abritant une sépulture collective de la période néolithique, que dans les glens (en Ecosse petite vallée étroite et encaissée) à la recherche de shielings, anciennes habitations d'estive rencontrées dans les zones insulaires des îles britanniques et dont les plus anciens spécimens remontent à l'époque viking. 

Elle en profite pour observer les habitants de ces espaces naturels, prenant plaisir à suivre les pérégrinations des faucons pélerins et des balbuzards pêcheurs. La présence de ces beautés ailées à la périphérie de son monde l'apaise,  comme s'ils étaient la garantie d'un monde harmonieux :

"Le pélerin vacille à la limite de nos sens, au bord du ciel, aux confins de l'existence même." p. 64 

Sur l'île de Coll, elle écoute le râle des genêts et rencontre les garde réserves qui partagent avec elle leur amour du métier :

"Cette vie en vaut la peine, c'est une excellente situation, compter les râles des genêts la nuit et étudier les nids des vanneaux huppés dans un champ marécageux le jour -c'est quand même mieux que d'être claquemurée dans un bureau."

Au fil de ses rencontres animalières ou humaines, cette amoureuse de la nature puise la force d'avancer de d'aimer le monde pour mieux le protéger. En filigrane, avec délicatesse et respect, elle nous invite à exercer notre regard de poète sur les beautés qui nous entourent. 

 

Présentation de l'éditeur : Hoebëke 

D'autres avis : Dominique

 

Dans l'oeil du faucon, Kathleen Jamie, traduit de l'anglais par Béatrice Vierne, Hoëbeke, avril 2015, 248 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Walden ou la vie dans les bois de Henry David THOREAU

Publié le par Hélène

                                

♥ ♥

"Si humble que soit votre vie, faites-y honneur et vivez-la ; ne l'esquivez ni n'en dites de mal."  p. 327

Ce que j'ai aimé :

En 1845 Thoreau se retire dans une cabane au bord de l'étang de Walden, près de la ville de Concord dans le Massachussets loin de la civilisation. Son projet : prouver que l'on peut vivre avec un minimum : un toit sur la tête, des vêtements, de quoi se nourrir. Pour lui cette simplicité permet de se dégager des contingences matérielles pour laisser son âme parler dans toute sa sagesse. 

"Ce qu'il me fallait, c'était vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez résolument, assez en Spartiate, pour mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, couper un large andain et tondre ras, acculer la vie dans un coin, la réduire à sa plus simple expression, et, si elle se découvrait mesquine, eh bien, alors ! en tirer l'entière, authentique mesquinerie, puis divulguer sa mesquinerie au monde ; ou si elle était sublime, le savoir par expérience, et pouvoir en rendre compte fidèle dans ma suivante excursion." p. 90

"En proportion de la manière dont on simplifiera sa vie, les lois de l'univers paraîtront moins complexes, et la solitude ne sera pas solitude, ni la pauvreté, pauvreté, ni la faiblesse, faiblesse. Si vous avez bâti des châteaux dans les airs, votre travail n'aura pas à se trouver perdu ; c'est là qu'ils devaient être. Maintenant posez les fondations dessous." p. 323

Ses réflexions lui permettent d'être homme avant d'être citoyen afin d'oeuvrer à un "meilleur gouvernement" par la suite, après deux ans et deux mois passés dans sa cabane.

Il puise dans la lecture des textes antiques une forme de sagesse, écoute les bruits de son entourage, ouvert au monde, reçoit quelques rares amis ou voisins, mais ses plus proches amis restent les oiseaux, les hibous, les arbres qui l'entourent. Il cherche avant tout à être présent au monde.

Thoreau peut être considéré comme l'un des fondateurs de ce que l'on nomme le "nature writing". Ses idées, le lyrisme de certains passages l'ont inscrit dans la postérité. 

                           

@https://voyagerleger.wordpress.com/

Ce que j'ai moins aimé :

La première partie s'oriente vers des aspects économiques : de quoi avons-nous réllement besoin, comment s'est mis en place et organisé cette retraite dans les bois. Elle met en place la suite du récit mais est moins intéressante. 

L'écriture de mon édition est minuscule, permettant difficilement de se concentrer. 

Pour conclure, je dois avouer une déception, il m'a manqué un souffle, je me suis perdue dans trop de détails. 

Présentation de l'éditeur :

Gallimard 

D'autres avis :

Télérama  ; Keisha ; Dominique

Vous aimerez aussi :

La bd La vie sublime

Une fenêtre ouverte sur la nature

 

Walden ou la vie dans les bois, Henry David Thoreau, traduit de l'anglais (EU) par Louis Fabulet, L'imaginaire Gallimard, 1990, 1ere parution en 1922, 11.90 euros

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Le règne du vivant de Alice FERNEY

Publié le par Hélène

                           

♥ ♥

"La Terre appartient aussi à nos successeurs, ce que nous leur laisserons doit nous préoccuper, disait-il."

"L'avenir, si on le met au présent, s'appelle la préservation." (p. 27) 

Ce que j'ai aimé :

Fasciné par la personnalité hors norme de Magnus Wallace, militant activiste qui lutte contre la pêche illégale en zone protégée,  le narrateur, Gérald Asmussen, décide de s'embarquer comme cameraman à ses côtés. Sous l'égide de ce maître prêt à tout pour protéger le règne du vivant, il prend rapidement conscience des enjeux liés à la planète.

"La Terre appartient aussi à nos successeurs, ce que nous leur laisserons doit nous préoccuper, disait-il." "L'avenir, si on le met au présent, s'appelle la préservation." (p. 27)

Mille baleines sont massacrées chaque année dans le sanctuaire austral, et Magnus Wallace s'évertue à poursuivre ceux qui commettent ces crimes en haute mer, car les eaux internationales demeurent un espace hors la loi, qui ne sont pas dotées de suffisamment de surveillance, un espace gangrené par la corruption et le mensonge. 

En rassemblant des hommes et des femmes animés de la même volonté de faire régner ordre et respect de la nature dans sa globalité, Magnus Wallace lutte avec ses moyens, pas toujours orthodoxes. "Je crois dans la force de quelques individus inspirés qui résistent au mouvement d'ensemble." (p.113)

Il est prêt à risquer sa vie pour ses idées, en pensant au monde qu'il souhaite laisser aux générations futures :

 

"Si nos enfants vivaient un jour dans un monde sans baleines, sans requins, cela voudrait dire que leurs pères les ont exterminés. Et cela voudrait dire que nous les avons laissés faire...Voulons-nous laisser enseigner le murtre par profit et le profit comme règle de survie ?" (p. 109)

"Nous vivions éloignés de cette nature, nous en oublions l'émotion, et c'était ainsi qu'elle pouvait être détruite sans que  s'élevât notre protestation. Il fallait restaurer l'alliance et crier au scandale." ( p. 139)

Dans ce récit poignant, Alice Ferney s'inspire du capitaine Paul Watson, activiste de Greenpeace :

"En juin 1975, Paul est le second du Capitaine John Cormack à bord du Greenpeace IV et participe à la confrontation entre Greenpeace et la flotte baleinière soviétique. Durant cette campagne, Robert Hunter et Paul sont les toutes premières personnes à mettre leur vie en danger pour sauver des baleines en plaçant leur semi-rigide entre un groupe de cachalots sans défense et un navire-harpon soviétique. Un cachalot blessé surgit alors dangereusement au-dessus de l'embarcation de Paul et ce dernier échange un regard avec l'animal mourrant. Ce qu'il voit dans cet œil va changer sa vie à tout jamais: le cachalot comprend ce que ces deux hommes essaient de faire. L'animal évite alors le petit bateau et meurt quelques secondes plus tard, une nouvelle fois harponné. Paul fait alors le vœu de défendre les créatures marines pendant le reste de sa vie." http://www.seashepherd.fr/who-we-are/captain-watsons-biography.html

Ce que j'ai moins aimé :

Il manque un souffle romanesque, une psychologie prononcée des personnages qui permettrait d'autant pus de s'intéresser à leur cause. Ces derniers ont l'air de portaits glacés d'activistes engagés.

Le ton dogmatique, les discours trop appuyés déservent le propos, certes convaincant, mais pas assez touchant pour remuer réellement les foules. C'est dommage car les romans sur l'écologie ne se bousculent pas en France. 

Premières phrases :

"Avant de m'asseoir pour consigner cette histoire, je l'ai vécue. J'ai vu se lever l'activiste et croître sa détermination. Que pourrais-je faire ? se demande un homme qui contemple un désastre, et c'est le commencement des miracles. J'ai suivi pareil homme, refoulé pareille colère, rêvé pareil renouveau : j'apercevais le même désastre."

Informations sur le livre :

Actes sud

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Grâce et dénuement

Autre : Requiem pour un thon de Romain Chabrol

D'autres avis : 

Babélio

Le point

Page 

 

Le règne du vivant, Alice Ferney, Actes sud, août 2014, 208 p.,19  euros

 

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