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9 articles avec nouvelles

Le coeur sauvage de Robin MACARTHUR

Publié le par Hélène

Dans ces courtes nouvelles, les personnages tapis au fin fond du Vermont semblent tous attendre quelque chose qui n'arrive pas.

"On attend l'orage, on le sent venir à travers les arbres. On attend Robbie, le petit copain de ma mère aux dents toutes cariées. On attend l'aube, ou bien demain, ou bien l'année prochaine, c'est selon. Les feuilles bruissent. Des flots de nuages laiteux passent dans le ciel. La rivière appelle à elle l'eau des nuages. Maman dit que ça lui rappelle l'odeur du désir et renverse la tête en arrière, humant l'air."

Etres indécis, ils oscillent sans cesse, à la fois prisonniers de leur enfance et de leur lieu de naissance, rêvant de liberté et de grands espaces, loin de la fibre primitive, et pourtant, quand ils partent, ils reviennent et retrouvent là un petit quelque chose d'eux-mêmes, de profondément humain et émouvant.

"Il y a deux mondes auxquels je n'appartiendrai jamais, ai-je répliqué. Chez moi et ailleurs." Les femmes de chez moi

"Non, je ne déteste pas cet endroit ; je déteste ce qui m'arrive quand je m'y trouve. Je déteste l'attirance qu'il exerce sur moi. Le fait qu'il ne conduise nulle part ailleurs qu'à lui-même. Le fait que tout le monde dépende de tout le monde et qu'un individu ne puisse pas être libre. Cet endroit est trop beau pour qu'on le déteste", dis-je" p. 195 Les femmes de chez moi

Ils sont conscients de ce qui sépare les êtres : la maladie, la guerre, le racisme. Mais, au-delà des drames, la lumière jaillit soudainement. Dans Là où les prés tentent d'exister un homme revient dans la maison de son enfance où un drame s'est produit vingt ans auparavant. Il ressent la lourdeur de l'atmosphère mais soudain un rayon de lumière surgit sous les traits d'une jeune fille qui invite le narrateur à venir voir des petits veaux nouveaux nés.

"Je m'arrête un moment sur cette route, les bras ballants, et je ferme les yeux en me disant que la vie nous offre peut-être plus d'une chance de nous en sortir, ou différentes formes de chance, et je me remets à marcher vers l'endroit où je suis né (...)" p. 144

Dans Silver creek, une mère et sa fille partagent une baignade et dans Avoir des ailes, elles désherbent les petits pois, côte côte, complices pour un instant. Enfin, dans la dernière nouvelle, magnifique, Les femmes de chez moi, une fille revient vers sa mère atteinte du cancer, mais l'une et l'autre refusent de se résigner, et aux côtés de Kirsty la meilleure amie de la fille, elles dansent sous les étoiles, profondément vivantes.

De portraits en portraits, l'auteur a réussi à saisir l'âme du lieu et de ses habitants et si elle nous fait découvrir avec tendresse "les femmes de chez elle", elle nous parle surtout de la vie comme elle va, cahin-caha, mais qui vaut, malgré tout, toujours le risque encouru.

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel

D'autres avis : Lecture commune avec Electra.

 

Le coeur sauvage, Robin Macarthur, traduit de l'américain par France Camus-Pichon, Albin Michel  terres d'Amérique, 2017, 213 p., 19 euros

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Le K de Dino BUZZATI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le jour de ses douze ans le petit Stefano Roi demande à son père l'autorisation de l'accompagner sur son voilier. AU loin, il aperçoit une forme noire que son père identifie comme "le K" "C'est le monstre que craignent tous les navigateurs de toutes les mers du monde. c'est un squale effrayant et mystérieux, plus astucieux que l'homme. Pour des raisons que personne ne connaîtra peut-être jamais, il choisit sa victime et une fois qu'il l'a choisie, il la suit pendant des années et des années, toute la vie s'il le faut, jusqu'au moment où il réussit à la dévorer."

De fait le père de Stefano lui interdit de courir les mers. Malgré tout, le jeune garçon reste attiré par la belle bleue et dés qu'il peut jette un oeil au loin. Il aperçoit à chaque fois le K qui l'attend patiemment. L'attirance est telle qu'à l'âge de 22 ans, après la mort de son père, il décide de suivre la même trajectoire que lui et de devenir marin. Il vit alors dans la menace continuelle du monstre, mais cette présence obsessionnelle "décuple sa volonté, sa passion pour la mer, son ardeur pour les heures de péril et de combat."

A la fin de sa vie il décide de partir à la rencontre de cet ennemi qu'il a fui toute sa vie.

Le K lui annonce alors qu'il ne le poursuivait pas pour le dévorer, mais pour lui remettre  une petite Perle de la Mer qui "donne à celui qui la possède fortune, puissance, amour et paix de l'âme. Mais il était trop tard désormais."

Face à l'inconnu, le jeune Stefano s'est laissé influencer par des peurs ancestrales, des croyances infondées et n'a compris son erreur que bien trop tard. Cette courte nouvelle nous  invite finalement à prendre des risques, qu'il s'agisse de rencontres ou d'une métaphore plus large de la condition humaine. A toujours fuir, le risque est de passer à côté de l'essentiel...

Un texte à lire, relire, offrir pour enfin comprendre que l'Autre, loin d'être un ennemi, peut offrir des trésors inestimables ...

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

La bonne nouvelle du lundi chez Martine

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La vierge froide...ou les ravages d'Emma de Jorn RIEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Mads Madsen aime raconter des histoires pour peupler les soirées longues d'hiver au pays du grand froid du nord-est du Groenland. Un soir, il invente Emma. La femme en ces lieux est "une entité lointaine et imaginaire, à laquelle on ne fait allusion qu'avec des tournures vagues et prudentes." Et ce soir-là, Emma va lui échapper et vivre sa propre vie.

"Emma, tiens, c'est comme si elle était faite rien qu'avec des beignets de pommes. Les fesses, les seins, les joues et tout et tout. Rien que des beignets, mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge."

Après une telle description, William le noir commence à languir lui aussi après Emma et décide d'acquérir les droits sur elle contre vingt paquets de cartouche et un fusil. Emma et William peuvent alors vivre leur idylle.

Mais arrive Bjorken qui achète les droits à son tour...

"C'est quand même une fille magnifique.

- Tout à fait fantastique, pour ainsi dire vivante, soupira William."

Cette nouvelle fait partie des célèbres racontars celtiques de Jorn Riel, auteur danois qui a fait vécu 16 ans au Groenland. De ce voyage exceptionnel il a rapporté la série des racontars arctiques, suite de fictions brèves ayant pour héros les derniers trappeurs du nord-est du Groenland, série qui ravit les lecteurs grâce à un humour décapant ! L'auteur vit aujourd’hui en Malaisie. "Histoire de décongeler", dit-il...

Pour tout vous dire, ces racontars sont mon propre "remède à la mélancolie"... Jubilatoires et décalés ils constituent un pendant idéal à la morosité ambiante !

 

Le recueil : La vierge froide et autres racontars  qui existe aussi adapté en Bande dessinée

Les racontars dans l'ordre (il est préférable en effet de les lire dans l'ordre pour saisir toute la saveur des personnages) :

1) La vierge froide et autres racontars - 1993

2) Un safari arctique et autres racontars - 1994

3) La passion secrète de Fjordur et autres racontars - 1995

4) Un curé d'enfer et autres racontars - 1996

5) Le voyage à Nanga : un racontar exceptionnellement long - 1997

6) Un gros bobard et autres racontars - 1999

7) Le canon de Lasselille et autres racontars - 2001

8) Les ballades de Haldur et autres racontars - 2004

9) La circulaire et autres racontars - 2006

10) Le Naufrage de la Vesle Mari et autres racontars - 2009

 

Je vous parlerai aussi prochainement de Une vie de racontars dans lequel l'auteur se livre.

 

Publié dans Nouvelles

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La piste des soleils de Jack LONDON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le sage indien Sitka Charley s'interroge devant une gravure. Il cherche un sens à cet instantané de vie. Il établit alors un parallèle entre l'art et la vie  "Moi aussi j'ai vu maintes images de la vie, dit-il, des images qui n'étaient pas peintes, mais vues avec les yeux. (...) J'ai vu beaucoup de fragments de vie, sans commencement, sans fin, impossibles à comprendre."

Ainsi l'indien raconte l'une de ses aventures qui commence au bord du lac Lindeman. Il nous emmène à ses côtés dans la mission mystérieuse que s'est assignée une femme qui fuit en avant, poursuivie ou à la poursuite de quelque chose ou quelqu'un. La jeune femme se heurte aux conditions difficiles du grand nord, mais, portée par sa quête, elle continue à avancer, vivante. Elle dépasse ses limites physiques, luttant pour sa survie, grâce à la toute puissance de sa volonté. L'indien, témoin muet de sa fuite en avant aura beau chercher un sens à cette folie humaine, sa question restera à jamais sans réponse. Mais était-il nécessaire de comprendre ?

Si Jack London n'a pas son pareil pour peindre les contrées glaciales de l'Alaska, le froid mordant, les hommes qui avancent contre les éléments et luttent pour leur survie, la force de ses récits tient surtout à leur profondeur.

La Piste des soleils résonne comme un hymne à la création qui fige peut-être les vies des personnages, mais inscrit aussi des moments dans l'éternité. Chercher un sens à la vie comme aux histoires contées n'est peut-être pas tellement nécessaire. Jack London laisse la question ouverte, comme une invitation à interpréter notre propre vie et à lui assigner le sens qui nous convient ...

 

Du même auteur : Smoke Bellew ; Martin Eden

Présentation de l'éditeur : Folio

extrait du recueil L'amour de la vie

Cette mise en abyme de la création a été choisie pour honorer le nouveau rendez-vous hebdomadaire initié par Martine : tous les lundis nous mettrons l'accent sur une nouvelle "La bonne nouvelle du lundi"

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Douze nouvelles contemporaines. Regards sur le monde

Publié le par Hélène

♥ ♥

Trois parties divisent ce recueil de nouvelles d'auteurs contemporains :

Portraits des hommes et des femmes d'aujourd'hui, de la naissance à la mort

Claude Bourgeyx Lucien

Sylvain Tesson La crique couple qui mouille dans une crique hantée

Pascal Mérigeau Quand Angèle fut seule enterrement

Frédric Brown Cauchemar en gris homme alzheimer

Sylvain Tesson La particule 

Regards sur l'histoire du XXème siècle 

Dino Buzzati Pauvre petit garçon 

Antonio Skarmeta La rédaction chili

Jean Christophe Rufin Garde Robe 

Critique de la société contemporaine

Romain Gary J'ai soif d'innocence 

Sylvain Tesson Le courrier

Didier Daeninck Le reflet 

Jacques Sternberg Le credo

 

Les nouvelles sont assez pessimistes prouvant que l'homme qui ne maîtrise pas son destin, emporté par le cycle de la vie. Les êtres sont en quête d'absolu comme le narrateur de Romain Gary qui part à l'autre bout du monde pour rechercher la pureté des rapports humains, mais rencontre là-bas les mêmes faiblesses de la nature humaine "Dans les grandes capitales comme dans le plus petit atoll du Pacifique, les calculs les plus sordides avilissent les âmes humaines." (J'ai soif d'innonence). Les défauts humains s'accumulent au fil des histoires : cupidité, jalousie, intolérance, racisme... 

De la société du XXème siècle, ce choix de nouvelles ne retient que les abus de pouvoir, le totalitarisme, le terrorisme ou de façon plus légère l'enfer de la société de consommation... Ces nouvelles constituent une véritable critique de la société contemporaine, avec juste quelques minces lueurs d'espoir comme le petit garçon de La rédaction qui résiste malgré les idées que l'on cherche à lui inculquer.

Ce recueil a nénamoins l'avantage de permettre de découvrir le genre de la nouvelle à chute, au travers d'écrivains de renom, mais il assombrit sincèrement la vision de la société contemporaine ...

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

 

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Dans la nuit Mozambique et autres récits de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce recueil de nouvelles rassemblent des textes écrits entre 2000 et 2007 par Laurent Gaudé. 

Sang négrier : Au temps de l'esclavage, cinq nègres s'enfuient d'un navire négrier. Le capitaine du navire, hanté par leurs disparitions, devient peu à peu fou. Cette nouvelle flirte avec le fantastique pour mieux décrire la folie des hommes et s'interroger sur la nature humaine : sommes nous des monstres sanguinaires ? L'examen de certains évènements historiques sème le doute...

Gramercy Park Hotel : un vieil homme revient sur les lieux heureux de son passé. Un beau texte sur le couple et ses errances.

Le colonel Barbaque : L'histoire raconte la vie d'un poilu de la première guerre sauvé par un africain qui lui même aura une fin tragique dans cette guerre qu'il n'a pas choisie... Sur ces africains qui se sont engagés dans la guerre 14-18 du côté de la France, servant ni plus ni moins de chair à canon.  

"Les nègres crèvent entassés les uns sur les autres. Ils crèvent d'être venus chez nous. Ils crèvent de subir cette pluie qui vous glace les os. Et d'obéir aux ordres de cette guerre dans laquelle ils ne sont pour rien. Ils crèvent là. Par obéissance. Par générosité. Et rien. Ni médaille. Ni merci." p. 97

Dans la nuit Mozambique : Des hommes se retrouvent dans un café pour se raconter des histoires. Ce dernier texte constitue la seule lueur d'espoir dans ce recueil assez désespéré. 

"Oui. C'était bien. Ils avaient été cela. Quatre hommes qui parlaient, quatre hommes qui se retrouvaient parfois, avec amitié, pour se raconter des histoires. Quatre hommes qui laissaient sur le snappes de petites traces de vie. Et rien de plus." p. 160

Des nouvelles frappantes sur la violence dont sont capables les hommes, au nom de la politique ou de causes aléatoires...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteur Ouragan ; Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège ; La mort du roi Tsongor ; Danser les ombres

 

Dans la nuit Mozambique, Actes sud, Babel, août 2008, 7 euros

 

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Rendez-vous à Crawfish Creek de Nickolas BUTLER

Publié le par Hélène

♥ ♥

Nickolas Butler signe ici des nouvelles plus noires que le magnifique Retour à Little Wing même si on y retrouve sa foi en l'humanité et cet attachement viscéral pour le lieu de ses origines. Il peint des êtres bien souvent perdus dans un monde trop grand pour eux, un monde qui ne tourne pas toujours aussi rond qu'on pourrait l'espérer, non pas parce qu'il porte en lui la marque de sa déchéance, mais parce que l'être humain lui-même reste un être faillible. Il suffit d'un rien pour que tout bascule, une seconde d'inattention, un regard détourné de la route, une soirée arrosée aux conséquences irrémédiables, une faiblesse au fond relativement humaine. Pour oublier cette impression d'être sans cesse au bord du gouffre, il reste l'alcool, la drogue, ou plus lâchement la fuite, pour s'échapper ne fut-ce que temporairement. Reste  à savoir ce qui fonde notre être, ce qui fait que, dans nos errances, nous restons "quelqu'un de bien", de moral...

Qu'il évoque des couples vacillants ("Tronçonneuse party""Les restes"), des couples hésitants, tant accorder sa confiance est problématique ("Sous le feu de joie") ou des parents défaillants ("Un goût de nuage") , l'auteur n'oublie pas sa foi en l'amitié durable, certains personnages suppléant aux manquements des autres comme dans "Rendez-vous à Crawfish Creek" ou "Lenteur férroviaire".

Porté par un style très visuel, presque cinématographique, ce recueil de nouvelles confirme l'immense talent de son auteur : 

"Des nouvelles noires, ou plutôt gris foncé, mais toujours ce même espoir de rédemption, ces perdants au grand coeur qui restent des gens ordinaires prêts à tout sacrifier pour la magie de l'amour et des enfants." (Notes de la traductrice)

 

Présentation de l'éditeur : Autrement 

D'autres avis : Jostein  ; Marie Claude 

Du même auteur  Retour à Little Wing 

 

Rendez-vous à Crawfish Creek, Nicolas Butler, traduit de l'anglais (EU) par Mireille Vignol, octobre 2015, 19 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Regards sur le monde. Deux nouvelles contemporaines de Laurent GAUDE et Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

La seconde côte d'Adam de Sylvain Tesson

♥ ♥ ♥ ♥

"Un scientifique doit parfois mettre sa rigueur au service de l'imagination." 

Dans les années 1950, trois scientifiques progressent depuis 15 jours dans l'Himalaya : Anatole zoologue, spécialiste des félins d'altitude et doyen du laboratoire de mammalogie comparée de l'université de Minsk en Biélorussie, sa femme Véra et Kolya scientifique ukrainien, ancien élève d'Anatole. Leur but : découvrir l'once des altitudes, le léopard des neiges dont on soupçonnait l'existence mais qui n'avait pas encore été approché ni photographié. Ils arpentent les contreforts de l'Himalaya, ses paysages sauvages, ses monastères perdus, rencontrent les habitants, dont ces  tibétains qui ont connu l'oppression chinoise. 

Peu à peu, des divergences apparaissent entre le maître et l'ancien élève, le conflit naissant entre les deux hommes autour de l'existence du yéti. Deux conceptions de la science s'affrontent : celle d'un homme plus âgé, Anatole, respecteux des traditions, de la population et de ses croyances, à l'écoute des autres et du monde, et celle du jeune Kolya qui souhaite faire coller le monde avec la représentation qu'il en a. 

"Vous êtes un religieux, Kolya. Comme tous vos collègues : un torquemada de la science. Le défenseur d'un credo, le dépositaire du savoir. Et vous honnissez la moindre brèche qui ferait vaciller l'édifice. Vous êtes comme ces savants du XVIIIè siècle qui poussaient des cris de vierges effarouchées quand sont apparues des bactéries dans l'oeilleton de leurs microscopes, parce qu'ils ne pouvaient accepter que Dieu ait créé des éléments vivants invisibles à l'oeil humain. Vous êtes comme ces aveugles de France à qui l'on montrait des fossiles recueillis au sommet des Alpes et qui décrétaient qu'il s'agisait des reliefs d'un festin de croisés. Vous ne voyez pas que ce que vous savez est une infime partie de ce qu'il y a à connaître. La science n'est pas un bras bâtisseur qui construit un système, c'est un pinceau d'archéologue qui déblaie une mosaïque." p. 15

Le jeune Kolya refuse d'admettre l'existence supposée du yéti, quand son aîné reste ouvert à toutes les infinies possibilités du monde : 

"En tous cas, Kolya Vassilievitch, ce que vous en pouvez pas flétrir, c'est la beauté de cette hypothèse, la force de cette croyance, l'universalité de cette vision ; et ce que vous ne pourrez jamais fermer dans le temple de la science, c'est le petit soupirail ouvert sur l'inconnu et sur le fantastique." p. 19

Photo (mise en scène !) de l'Abominable homme des neiges (1992). DICKINSON LEO/SIPA

@sciencesetavenir

La nouvelle est parfaitement ciselée, sa conctruction frise la perfection et sa chute est surpenante. La voix de l'auteur sonne juste, sans doute parce que lui même a découvert en 1997 des empreintes dans la neige, empreintes qui n'appartenaient ni à un homme ni à un ours, ceci pendant une expédition avec Alexandre Poussin dans l'Himalaya ! 

 

A lire sur le yéti : lewebpédagogique 

 

Le bâtard du bout du monde de Laurent Gaudé

♥ ♥

La deuxième nouvelle du recueil nous emmène dans un tout autre univers : celui de la Rome antique. Hadrien a chargé Lucius de tuer Caïus. Lucius se rend donc les confins de l'Empire pour accomplir sa mission. Son forfait accompli, il est pris de visions qui le poussent à quitter le fort pour faire route vers les barbares. Une gangrène le prend en chemin. 

Le lyrisme de Laurent Gaudé se retrouve en ces pages qui offrent une belle réflexion sur la barbarie. 

 

Les deux nouvelles sont suivies d'un dossier pédaggique pour étudier ces textes en classe,  les ressources sont nombreuses et les pistes de réflexion passionnantes.

 

Présentation de l'éditeur : Librio 

A lire aussi de Sylvainn Tesson : Une vie à coucher dehors Dans les forêts de Sibérie ;  Géographie de l’instant S'abandonner à vivre Aphorismes sous la lune 

A lire aussi de Laurent Gaudé :  Ouragan Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège ; La mort du roi TsongorDanser les ombres

 

Regards sur le monde, Sylvain Tesson et Laurent Gaudé, Librio, juin 2015, 3 euros

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La colline des potences de Dorothy M. JOHNSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Adieu Aventure ! Tu es une amante volage." 

Le grand Ouest américain au XIXème siècle. Ses paysages à couper le souffle, ses hommes affluant dans l'espoir de trouver le filon qui les enrichira, ses brigands prêts à voler au premier venu son butin, ses indiens chevauchant dans les plaines. Ses westerns inoubliables. 

Dans un style taillé au cordeau, Dorothy M. Johnson explore ces contrées hantées par les prospecteurs et les indiens. Mais au-delà du simple conflit entre cow-boys et indiens, elle nous convie surtout aux confins de l'âme humaine. Derrière le western se tapit en effet tout un réseau de questionnements profondément humains, provoquant le lecteur pour le mener vers davantage de lumière et l'amener à, peut-être, comprendre et accepter sa destinée.

Une soeur disparue racontant le retour de Bessie dans sa famille après avoir vécu plusieurs années chez les Indiens permet de s'interroger sur ce qui forge notre identité : est-ce notre naissance, de l'inné, ou est-ce l'éducation, l'acquis ? Comment devenons-nous ce que nous sommes ? N'est-ce que le hasard qui décide pour nous ? Le destin est au coeur de ce Montana mythique : le cow boy de Au réveil, j'étais un hors-la-loi a rejoint par hasard des bandits délinquants mais John Rossum dans L'homme qui connaissait le Buckskin Kid manque son rendez-vous avec une légende de l'ouest Buckskin Kid, sauvé par une femme. Dans L'histoire de Charley comme dans les autres nouvelles, les destinées humaines se séparent, se retrouvent au hasard de la vie, des trajectoires se manquent quand d'autres s'unissent. Dans un tel flou, il importe de mettre en avant la morale, ce qui fait de nous des êtres humains. 

Les relations complexes tissées entre les êtres se densifient encore davantage quand l'amour s'en mêle. Amour et dignité ne font pas bon ménage et certains s'interdisent d'aimer parce qu'ils ne se sentent pas digne de l'être, comme Caleb dans Un présent sur la piste qui aurait aimé être un héros aux yeux de la belle Fortune, et va pourtant comprendre que l'héroïsme a différentes acceptions. Comme Wolfer Joe Kennedy dans Une dernière fanfaronnade qui se souvient au moment de sa mort se souvient avoir fait une seule chose de bien dans sa vie : avoir trahie une femme. Pour son bien. Parce qu'un prospecteur suit l'or pas les femmes, parce qu'un prospecteur a peur du temps qui passe et de l'amour qui s'étiole. Parce qu'un prospecteur est un homme. Ou encore comme Steve, l'homme amoureux d'Une squaw traditionnelle.  Dans Journal d'aventure, le chercheur d'or Edward Morgan contracte une dette envers une jeune indienne, et par dignité, il l'honorera même s'il doit là encore sacrifier son amour. 

La colline des potences est évidemment la nouvelle du recueil la plus aboutie, regroupant l'ensemble de ces pistes pour mener le western à son sommet.  La relation entre la fière Elizabeth et Joe Frail dans l'atmosphère inquiétante du campement de Skumm Creek vibre de sincérité et de profondeur. Frail est hanté par la potence qui semble le guetter, par sa mort qu'il croit reconnaître dans les yeux de ceux qu'il croise, seule une femme, Elizabeth, pourra peut-être le sauver de ses démons et le pousser à accepter la vie et l'amour. 

Un magnifique recueil qui nous rappelle combien le western est un genre essentiel !

 

Présentation chez Gallmeister

 

La colline des potences, Dorothy M. Johnson, traduit de l'américain par Lili Sztajn, Gallmeister, juin 2015, Totem, 301 p., 10.00 euros

 

Adapté au cinéma par Delmer Daves en 1959 :

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