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poesie francaise

Juste après la pluie de Thomas VINAU

Publié le par Hélène

                                                  

 

♥ ♥ 

« La vie est un voyage infâme sur le dos d’une bulle d’air

C’est fou ce que ça brille une larme. » (p. 243)

 

L’auteur :

http://etc-iste.blogspot.fr/

 

L’histoire :

« Songer, certains dimanches de grands vents pleins de poussières et de lumière, à s’ouvrir le ventre du sol au plafond. Pour aérer à l’intérieur ». C’est par ces mots que commence Juste après la pluie.

Tandis que d’autres s’étirent et ouvrent les volets Thomas Vinau, depuis longtemps, écrit de la poésie. Chaque matin.

Après Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (2011), Ici ça vaet Le Bric à brac hopperien, (2012) voici donc, écrit dans la même veine que les romans, un gros livre de petits poèmes conçu comme un livre d’usage et de combat pour tous les jours. Un livre qui caresse, tempête et tient tête.

« Je défends une poésie sans chichis, une poésie du présent. Je veux qu’elle dise cet au-delà de nous, qu’elle écope cet essentiel, ce qu’il nous reste après la tempête et les mensonges, mais sans grands gestes. Je travaille beaucoup sa simplicité. Elle doit sentir l’odeur de chaque matin, être comme ces nuages suaves et sombres formés par des milliers d’oiseaux dans l’automne. » (Présentation de l’éditeur)

 

Mon avis :

Thomas Vinau prône une poésie de l’infime, du quotidien dans lequel il ne se passe pas grand-chose si ce n’est une femme qu’on aime, un enfant qui s’amuse et la pluie qui tombe sur le monde et sur nos espoirs et désillusions.

« Je défends une poésie sans chichi, sans lyrisme excessif, une poésie du présent. » (p. 271)

Continuer

« Beaucoup de choses

Se bousculent en moi

Beaucoup de colère

Et d’amour

De la peur aussi

Bien sûr

Cette tendresse

De prédateur

Cette impression de vivre

Comme un ciel d’orage

Orange

Balafré de soleil. » (p. 24

Recyclage

« Je me sers

D’un toboggan d’enfant

Comme chaise longue

Je me sers

De l’herbe haute

Comme déodorant

Je me sers

Du ciel foutraque

Comme cahier de brouillon. » (p. 147)

Mais il est très difficile de dire l’infime,  et quelquefois un éclat de magie transparait entre les lignes, mais quelquefois aussi le poème tombe à plat, trop banal pour être noté.

A flirter avec la simplicité, on risque de rencontrer la médiocrité, tant la frontière est ténue.

Un recueil que je qualifierais donc d'inégal, je n'ai pas été totalement charmée par cette poésie chantre de la simplicité.

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  Nos cheveux blanchiront avec nos yeux Ici ça va  ; Bric à brac hopperien  

Autre : les livres de Christian Bobin :  Les ruines du ciel  La part manquante  ; L’homme-joie Eloge du rien  ; La dame blanche 

 

D’autres avis :

Antigone ; Nadael ; Aifelle

 

Juste après la pluie, Thomas Vinau, Alma éditeur, 2014, 281 p., 17 euros

 

tous les livres sur Babelio.com

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Les nourritures terrestres de André GIDE

Publié le par Hélène

Nourritures-terrestres-.jpeg

♥ ♥ ♥

« Que l’importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée. »

 

L’auteur :

 

André Gide est un écrivain français, né le 22 novembre 1869 à Paris où il est mort le 19 février 1951. Il a notamment reçu le prix Nobel de littérature en 1947.

Volonté de liberté et d'affranchissement à l'égard des contraintes morales et puritaines, son œuvre s'articule autour de la recherche permanente de l'honnêteté intellectuelle : comment être pleinement soi, jusqu'à assumer sa pédérastie et son homosexualité, sans jamais démériter à l'égard de ses valeurs ? 

 

L’histoire :

 

Les Nourritures terrestres (1897), parfois appelé plus simplement Les Nourritures, sont une oeuvre littéraire d' André Gide (1869 - 1951), sur le désir et l'éveil des sens. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un roman, mais plutôt d'un long poème en prose, où s'exprime une sensualité teintée de ferveur, de contact avec la nature. La question du genre des Nourritures terrestres trouve sa réponse dans une esthétique de la diversité. Gide propose des structures hybrides, faites de formes poétiques désuètes (ballades, rondes), de fragments de journal intime, de cahiers de bord, de notes vagabondes. Malgré les éditions actuelles, il faut savoir que le manuscrit original prenait de grandes libertés sur le plan de la typographie, allant même jusqu'à ressembler au futur vers modernistes et autres calligrammes en vogue au début du XX e siècle. D'autre part, les éditeurs ont eu tendance à ramasser le texte et certains épisodes en vers sont aujourd'hui présentés en bloc comme de la prose. (Source L’express)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Le poète, disciple de Ménalque veut transmettre à Nathanaël ses leçons de vie : être disponible au monde, le regarder et le vivre dans sa plénitude, sentir l’instant nous pénétrer, nous emplir.

« Ne me dites pas trop que je dois aux évènements mon bonheur, évidement ils me furent propices, mais je ne me suis pas servi d’eux. Ne croyez pas que mon bonheur soit fait à l’aide de richesses mon cœur sans nulle attache sur la terre est resté pauvre, et je mourrai facilement. Mon bonheur est fait de ferveur. A travers indistinctement toute chose, j’ai éperdument adoré. »

Pour lui, la transmission est essentielle, à un disciple qui s'émancipera du message pour mieux devenir lui-même.  

« Nathanaël, jette mon livre, ne t’y satisfais point. Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre, plus que tout, aie honte de cela. (…) Jette mon livre ; dis-toi bien que ce n’est là qu’une des mille postures possibles en face de la vie. Cherche la tienne. Ce qu’un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu’un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas – aussi bien écrit que toi, ne l’écris pas.  Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens qui n’est nulle part ailleurs qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment  ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres. »

Ce texte est un hymne à la joie, une aspiration profonde de communion avec la nature. André Gide disait qu'il s'agissait d'un livre de convalescent, écrit après une grave crise. Il y prône l'éloignement de la famille, le dénuement, la liberté absolue et exalte le plaisir des sens. Résultat de trois ans de voyages, Gide ayant goûté ces nourritures terrestres en Afrique, en Italie ou encore dans le Sahel.

« Camarade, n’accepte pas la vie telle que te la proposent les hommes. Ne cesse point de te persuader qu’elle pourrait être plus belle, la vie, la tienne et celle des autres hommes… Ne sacrifie pas aux idoles. »

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

 - Quelquefois un peu répétitif ou hermétique.

 

Premières phrases :

 

« Ne te méprends pas, Nathanaël, au titre brutal qu’il m’a plu de donner à ce livre ; j’eusse pu l’appeler Ménalque, mais Ménalque n’a jamais, non plus que toi-même, existé. Le seul nom d’homme est le mien propre, dont ce titre eût pu se couvrir ; mais alors comment eussé-je osé le signer ? »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Du même auteur : La porte étroite

Autre : Lettres à un jeune poète de Rainer Maria RILKE

 

 

Les nourritures terrestres, André GIDE, folio, 1972, 6 euros

 

Publié dans Poésie française

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La diane française de Louis ARAGON

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 « Que peut un rossignol si ce n’est sa chanson. »

(La nuit de juillet)

 

L’auteur :

 Né à Paris en 1897, Louis Aragon manifeste très tôt un goût pour l'écriture. En 1917, il rencontre André Breton avec lequel il s'engage dans l'aventure surréaliste. La publication du roman intitulé Le Paysan de Paris (1926) fait de lui un écrivain d'avant-garde. À la fin des années 1920, il s'inscrit au parti communiste et rencontre Elsa Triolet, qui deviendra sa femme. Il s'éloigne alors du surréalisme et s'engage dans l'action politique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il entre dans la Résistance et publie clandestinement, aux côtés de Pierre Seghers, plusieurs recueils de poèmes. Après la Libération, Aragon poursuit son œuvre romanesque et poétique tout en restant un écrivain engagé. Il meurt à Paris en 1982. Cinq de ses recueils ont été publiés aux Éditions Seghers.
Née Natacha Huttner à Moscou et venue en 1914 à Paris, Dominique Arban est secrétaire de rédaction à L'École de la vie et à Marianne avant la Seconde Guerre mondiale. Après quatre années de clandestinité, elle collabore au journal Combat, dont elle assure ensuite la direction littéraire. Collaboratrice à France-Observateur, au Figaro littéraire, puis au Monde, Dominique Arban produit et anime de 1954 à 1968 une émission hebdomadaire intitulée «Étranger, mon ami » sur les ondes de l'ORTF. Spécialiste de Dostoïevski, elle traduit et publie, entre autres, sa monumentale correspondance. À la fin de sa vie, Dominique Arban rédigera ses Mémoires, Je me retournerai souvent? (Flammarion, 1990). (Source : Editions Seghers)

 

 L’histoire :

Des poèmes devenus le symbole de la résistance littéraire en France.

 

Après Les Yeux d'Elsa, Il ne m'est Paris que d'Elsa et Le Voyage de Hollande, les Éditions Seghers rééditent le grand recueil de résistance de Louis Aragon. Cet ouvrage rassemble en réalité deux recueils qui furent d'abord publiés séparément par Pierre Seghers en 1946 : La Diane française et En étrange pays dans mon pays lui-même.


Composés entre 1941 et 1944, ces poèmes sont indissociables des circonstances dans lesquelles ils furent écrits, publiés et diffusés. En effet, si certains ont été édités légalement, d'autres échappent à la censure de Vichy en paraissant dans des revues clandestines, sous des pseudonymes (François la Colère ou Jacques Destaing).


Avec ce recueil, le poète bat la " diane " et tente de réveiller les Français endormis, comme l'avait fait avant lui Victor Hugo dans Les Châtiments. Il prend également appui sur une tradition remontant aux troubadours de langue d'oc, qui faisaient alterner le parler clair, destiné aux témoins des événements, et le parler clos, réservé aux initiés. Dans l'un et l'autre cas, Aragon veut convaincre ses compatriotes d'entrer dans une lutte commune et juste qui mobilise " toute sa lyre ".

 

Ce que j’ai aimé :

 

Ces poèmes d’Aragon sont un acte de résistance : rédigés entre 42 et 44 sous l’occupation, ils chantent l’amour de la France libérée de ses scories allemandes. Aragon ne concevait pas d’art en dehors des circonstances, pour lui, il était essentiel de témoigner, de lever les masses pour lutter contre l’oppression nazie.  

 

« Il faut libérer ce qu’on aime

Soi-même, soi-même, soi-même » (Marche française)

 

S’il évoque la femme aimée, c’est pour la comparer à la France bafouée

 

« Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur

Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri

Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri

Et pas plus que de toi l’amour de la patrie

Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs » (Il n’y a pas d’amour heureux)

 

Pour déjouer la censure, Aragon utilise des mythes et des légendes médiévales, des figures nationales comme dans la littérature de « contrebande » du Moyen-Age, il crypte les messages. Les héros de la résistance comme Gabriel Péri sont comparés aux chevaliers du Moyen-Age :

 

« Ce poème, écrit pour le second anniversaire de la mort de Gabriel Péri, publié illégalement, relève vraiment de la légende et non de l’histoire : en effet, ce n’est pas à Ivry, mais à  Suresnes et dans une tombe enregistrée et non pas dans la fosse commune que Péri est enterré. L’auteur, alors dans l’illégalité, n’a pourtant inventé aucun de ces détails, ni l’histoire, peut-être controuvée, des hortensias bleus ; mais déjà la tradition orale avait porté jusqu’à lui moins de deux ans après la mort du martyr cette version déformée par quoi naît une légende aujourd’hui comme au temps de la Chanson de Roland, des Troubadours et des poèmes transmis de bouche en bouche à travers une France alors comme aujourd’hui dévastée et livrée aux soudards et aux chimères. » (Légende de Gabriel Péri)

 

 « Trouver des mots à l’échelle du vent

Trouver des mots qui pratiquent des brèches

Dans le sommeil comme au soleil levant

Des mots qui soient à nos soifs une eau fraîche » (Je ne connais pas cet homme)

 

La vocation du poète est de « Trouver des mots que personne n’oublie » (Je ne connais pas cet homme), et nous n'oublierons pas ces mots...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Certains poèmes sont plus hermétiques que d’autres –et pour cause-, ils demandent une étude plus approfondie pour être pleinement apprécié.

 

Premier poème :

 

« De si loin qu’on se souvînt, la vie avait cette couleur d’habitude qui emprunte aux tournantes saisons ses nuances et fait aux hommes une marée d’humeurs qui varie avec le soleil et le vent. De si loin qu’on se souvînt, il y avait des familles de pêcheurs, des chasseurs habiles à tirer au vol les plumes dans le ciel et la bête des taillis débusquant, et des artisans qui, de père en fils, se transmettaient les secrets du bois, savaient courber le fer, tresser l’osier ; il y en avait qui se crevaient pour d’autres ; et l’on voyait passer sur des chevaux habillés d’étranges étoffes des dames et des seigneurs qui parlaient un langage difficile à suivre, non tant à cause de la vitesse de leurs coursiers que pour les idées de bizarrerie nées dans leurs maisons trop grandes (…) »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur :  Les yeux d’Elsa de Louis ARAGON

 

 

La diane Française, Louis Aragon, Seghers, 16.50 euros 

 

Publié dans Poésie française

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Printemps des poètes 4

Publié le par Hélène

 

printemps des poètes

 

 

poète
     

Jean-Pierre Verheggen

 

poème
     

1. Défier Hercule au badminton ! (en deux sets gagnants !)
2. Chevaucher Jolly Jumper dans la forêt de Sherwood !

3. Sauver Tintin de la noyade (et Milou, des poissons-torpilles qui lui empoisonnent la queue)
4. Voter Bicot aux prochaines présidentielles !
5. S’inviter à la table du Chat Botté pour dévorer avec lui le marquis de Carabas transformé, le temps d’un repas, en souris d’agneau !
6. Cafter Brutus, l’ennemi juré de Popeye le marin et faire au sergent Garcia un croc-en-jambe de derrière les fagots (en profiter pour exiger de Zorro qu’il mette la main au portefeuille pour ce service rendu)
7. Confisquer aux sept nains leurs médicaments à base d’hormones de croissance (qu’ils restent petits, c’est mieux, surtout pour jouer à cache-cache dans le jardin !)
8. Prêter son GPS au Petit Poucet (ou du moins lui envoyer un texto pour le prévenir qu’il doit se méfier de ces salauds d’oiseaux qui bouffent le pain des pauvres !)

Bref ! On imagine mal tout ce qu’un Poète est capable d’accomplir pour ne jamais quitter sa vieille et tendre enfance !



Jean-Pierre Verheggen

édition
printemps des poetes
      2012

Publié dans Poésie française

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Printemps des poètes 3

Publié le par Hélène

 

 

printemps des poètes

 

  Jean-Pierre Siméon
      Oui je sais que
la réalité a des dents
pour mordre
que s'il gèle il fait froid
et que un et un font deux

je sais je sais
qu'une main levée
n'arrête pas le vent
et qu'on ne désarme pas
d'un sourire
l'homme de guerre

mais je continuerai à croire
à tout ce que j'ai aimé
à chérir l'impossible
buvant à la coupe du poème
une lumière sans preuves

car il faut être très jeune
avoir choisi un songe
et s'y tenir
comme à sa fleur tient la tige

contre toute raison



Poème extrait de Ici, Cheyne, 2009
édition
printemps des poetes
      2009
genre
      Poèmes sur "Enfances"

Publié dans Poésie française

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Printemps des poètes 2

Publié le par Hélène

 

 

printemps des poètes 

 

Les séparés (N'écris pas...) de Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !

Publié dans Poésie française

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Printemps des poètes 2012

Publié le par Hélène

 printemps des poètes

 

14e Printemps des Poètes
DU 5 AU 18 MARS
manifestation nationale et internationale


L'intitulé du 14e Printemps des Poètes voudrait inviter à considérer quelle parole les poètes tiennent sur les commencements, apprentissage du monde entre blessures et émerveillements, appétit de vivre et affrontement à la « réalité rugueuse », comment leur écriture aussi garde mémoire du rapport premier, libre et créatif, à la langue.

 

Ce sera aussi l'occasion de mettre en lumière cette poésie qui tient l'enfant pour un interlocuteur sinon exclusif, du moins premier, une « poésie pour la jeunesse » qui, fuyant tout didactisme, s'est profondément renouvelée au cours des dernières décennies.

 

Ce 14e Printemps des Poètes sera l'occasion de mettre en avant dans le répertoire de poésie pour la jeunesse le travail novateur de quatre éditeurs : Cheyne (Poèmes pour grandir), L'Idée Bleue (Le farfadet bleu), Møtus (Pommes Pirates Papillons) et Rue du Monde.


Jean-Pierre Sinéon, directeur artistique

 

Tu seras un homme mon fils de Rudyard Kipling

 


Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et et défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête,
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme mon fils.

Rudyard Kipling

édition
printemps des poetes
      2012

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Les yeux d’Elsa de Louis ARAGON

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 « Mon amour n’a qu’un nom c’est la jeune espérance » (Elsa-Valse)

L’auteur :

Après une brillante scolarité, Louis Aragon entame des études de médecine. Incorporé en 1917, il part pour le front où il rencontre André Breton. La guerre finie, il se consacre avec une énergie décuplée à l'écriture et publie 'Feu de joie', 'Mouvement perpétuel', ou encore 'Anicet ou le panorama'. Il participe à la création du mouvement artistique Dada, puis à la naissance du surréalisme qu'il théorise dans 'Une vague de rêve'. Sa notoriété ne cesse de s'accroître notamment avec 'Le Paysan de Paris'. En 1928, il rencontre Elsa Triolet : c'est le début d'un mythe largement mis en scène par ses protagonistes. Inscrit au Parti communiste dès 1927, Aragon s'engage dans la lutte politique et rompt définitivement avec Breton et les surréalistes. Journaliste à L' Humanité, il entame une nouvelle carrière de romancier avec le cycle romanesque 'Le Monde réel' (' Les Voyageurs de l'Impériale', 'Aurélien' ou encore 'Les Communistes'). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Aragon devient l'un des poètes de la Résistance, célébrant l'amour absolu et l'action politique. Après la guerre, il fonde le Comité national des écrivains avec Jean Paulhan. Combats politiques et publications (' Le Fou d'Elsa') rythment la fin de sa vie. Se clamant 'réaliste socialiste', il prône l'avènement du communisme. Les dénonciations des atrocités commises sous le régime stalinien et la mort de sa compagne le désarçonnent mais n'altèrent en rien son credo : assimiler l'écriture à une quête de soi.


Présentation de l'éditeur :

A la gloire de la femme aimée, Aragon, le dernier poète courtois, a composé ses plus merveilleux poèmes " Ma place de l'étoile, à moi, est dans mon cœur, et si vous voulez connaître le nom de l'étoile, mes poèmes suffisamment le livrent. " Pétrarque a chanté Laure, Ronsard Hélène, Lamartine, Elvire, c'est à Elsa qu'Aragon donne ses poèmes qui sont au nombre des plus beaux chants d'amour qu'un poète ait écrits. La présente édition intègre la préface que Louis Aragon rédigea en février 1942, ainsi que trois textes en prose particulièrement éclairants " La leçon de Ribérac ", " La rime en 1940 " et " Sur une définition de la poésie ". Les Yeux d’Elsa est l'une des œuvres majeures de la poésie française.

Ce que j’ai aimé :

Aragon nous offre une poésie de l’engagement, pour lui il n'existe pas de dichotomie entre aimer et se battre : aimer Elsa c’est s’engager, libérer le pays des occupants ennemis.

Les yeux d'Elsa est à la fois un chant d’amour et un chant national « Mon amour n’a qu’un nom / C’est la jeune espérance » (Elsa-Valse)

Ni occupants ni collaborateurs ne pourront dissoudre l’identité nationale contenue dans les chansons populaires, aussi Aragon s'en inspire-t-il pour chanter son amour du pays et faire acte de résistance, il souhaite sauver le passé pour construire l’aveni. 

Chacun de ses poèmes est un long rappel douloureux de la défaite, de l'exode, puis de l'armistice, et de la coupure de la France. Mais si le Mal occupant peut freiner le tourbillon de la vie, la valse continuera malgré tout, Elsa continuera de tourner.

Par ce recueil, Aragon a conçu un pari un peu fou : tenter de susciter l’espoir  au moment où l’on touche le fond du désespoir :

« Ils ont la force et nous sommes le nombre

Vous qui souffrez nous nous reconnaissons

On aura beau rendre la nuit plus sombre

Un prisonnier peut faire une chanson. » (Richard Cœur De Lion)

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«  La nuit plus que le jour aurait-elle des charmes
Honte à ceux qu'un ciel pur ne fait pas soupirer
Honte à ceux qu'un enfant tout à coup ne désarme
Honte à ceux qui n'ont pas de larmes
Pour un chant dans la rue une fleur dans les prés
(…)

Que ton poème soit l'espoir qui dit A suivre
Au bas du feuilleton sinistre de nos pas
Que triomphe a voix humaine sur les cuivres
Et donne une raison de vivre
A ceux que tout semblait inviter au trépas
Que ton poème soit dans les lieux sans amour
Où l'on trime où l'on saigne où l'on crève de froid
Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds
Un café noir au point du jour
Un ami rencontré sur le chemin de croix
Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine
Si ce n'est pas pour ceux dont tu rêves souvent
Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes
La nuit s'éveillant dans tes veines
Et qui parle à ton cœur comme au voilier le vent
Tu me dis Si tu veux que je t'aime et je t'aime
Il faut que ce portrait que de moi tu peindras
Ait comme un ver vivant au fond du chrysanthème
Un thème caché dans son thème
Et marie à l'amour le soleil qui viendra »

 (Ce que dit Elsa)

Un magnifique chant d'amour pour Elsa, pour la France, pour la Résistance, contre l'oppression...

Ce que j’ai moins aimé :

 Quelquefois un peu hermétique.

Premiers vers :

« Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire

J’ai vu tous les soleils y venir se mirer

S’y jeter à mourir tous les désespérés

Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :Le roman inachevé

Autre : les poésies de Paul ELUARD

 

Les yeux d’Elsa, Louis ARAGON, Seghers, avril 2004, 15 euros

Publié dans Poésie française

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