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29 articles avec recits de voyage

Vouloir toucher les étoiles de Mike HORN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Tout est question d'équilibre. J'ai avancé comme un funambule sur ma ligne de vie"

En 2007 Mike Horn se lance un pari fou : gravir avec trois amis les quatre 8000 de suite dans l'Himalaya : le Gasherbrum I et II, Broad Peak et K2, ceci sans oxygène et sans cordes. En relatant cette ascension, Mike Horn en profite pour raconter son parcours, du temps où son père l'autorisait à aller où il voulait à la condition qu'il rentre à 18h, aux aventures les plus folles, Latitude zéro, ou 20000 km autour du cercle polaire arctique. Accompagné à distance de sa femme, sa croix du Sud et d'une volonté sans failles, il se heurte aux obstacles pour mieux grandir, parce qu'il porte cet élan vers la liberté en lui.

"Ces dernières années, j'ai parcouru l'Himalaya, j'ai tracé ma route au large de la Somalie, j'ai senti le vent du désert et la présence des talibans, j'ai vu mourir des amis en haute montagne. J'ai eu des hauts et des bas. Des hauts magnifiques et des bas terribles. Mais j'ai gardé le cap. Pour continuer à ressentir ces émotions irremplaçables. Explorer les coins les plus inaccessibles de la planète. Et transmettre aussi aux plus jeunes le goût de la liberté. Cette liberté qui offre un espace infini à la vie."

Il vit au bord du précipice, arpentant "la zone de mort", cette zone située au dessus de 7600 mètres dans laquelle l'être humain doit rester le moins possible, et risque de mourir en quelques minutes. La mort guette à tout moment ceux qui cherchent à se mesurer à cette montagne sauvage et envoutante. Il faut aussi apprendre à renoncer quelquefois face à elle, en écoutant son corps et son instinct. Une personne sur 4 ne revient pas de l'ascension mythique du K2. Les fenêtres météorologiques sont étroites pour tenter l'aventure, et aujourd'hui encore, malgré plusieurs tentatives, le K2 résiste encore à Mike Horn... La nature a toujours le dernier mot.

A travers ce récit, cet homme hors du commun nous offre une formidable leçon de vie, tout en grandeur et simplicité :

" Mais l'homme ne doit jamais se sentir plus grand que la vie. Rester humble, vivre simplement, avoir du respect en toutes circonstances, c'est la manière la plus facile d'affronter les problèmes au quotidien. C'est dans la simplicité qu'on trouve les solutions. Comme mon père me l'a toujours dit, et comme je le répète aujourd'hui à mes filles : il faut garder les pieds sur terre pour pouvoir toucher les étoiles."

Le plus : les photographies qui permettent d'illustrer le parcours de cet aventurier de l'extrême !

Présentation de l'éditeur : Pocket

Merci à mon collègue Gaspard pour ce conseil  de lecture !

Je vous conseille de regarder le film ! Epoustouflant !

Publié dans Récits de voyage

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A contre-courant d'Antoine CHOPLIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Un beau matin, l'écrivain Antoine Choplin prend la route, non pas sur le chemin de Compostelle, ni sur celui de Stevenson, non, il décide plutôt de parcourir sa propre région l'Isère pour remonter aux sources du fleuve, jusqu'au coeur du massif des Alpes, à plus de 2600 mètres. A contre courant, il remonte le fleuve, arpentant des lieux familiers.

Ce que j'ai moins aimé :

Alors que j'aime beaucoup cet auteur, et que j'apprécie également les récits de voyageurs, j'avoue avoir un avis mitigé sur celui-ci. Les paysages ne m'ont pas fait rêver, le sel des rencontres m'a échappé, et je suis finalement plus ou moins passée à côté de ce récit paradoxalement très statique.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Paulsen

Du même auteur : La nuit tombée ♥ ♥ ♥ ♥ ; Le héron de Guernica ♥ ♥ ♥ ♥ ;  Radeau ♥ ♥ ♥ ; L'incendie ♥ ♥ ; Une forêt d'arbres creux ♥ ♥ ♥ ; Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar ♥ ♥ ♥ ; Partiellement nuageux ♥ ♥ ♥

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La panthère des neiges de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Vénérer ce qui se tient devant nous. Ne rien attendre. se souvenir beaucoup. Se garder des espérances, fumées au-dessus des ruines. Jouir de ce qui s'offre. Chercher les symboles et croire la poésie plus solide que la foi. Se contenter du monde. Lutter pour qu'il demeure."

Quand Vincent Munier, photographe animalier et aventurier, propose à Sylvain Tesson de partir au Tibet à la recherche de la panthère des neiges, celui-ci n'hésite pas une seconde. Accompagnés de Marie, la compagne de Vincent Munier et Léo, son aide de camp, l'équipe se lance sur les traces de cet animal mythique. Pour avoir une chance de l'apercevoir, l'auteur apprend à se poser, à s'arrêter, redécouvrant la vertu du regard et de la patience. Il contemple, loin de l'agitation du monde qui nous happe et nous aliène bien souvent, à l'affût...

"L'affût était une prière. En regardant l'animal, on faisait comme les mystiques : on saluait le souvenir primal. L'art aussi servait à cela : recoller les débris de l'absolu." p. 48

"Attendre était une prière. Quelque chose venait. Et si rien ne venait, c'était que nous n'avions pas su regarder." p. 142

"Nous étions nombreux, dans les grottes et dans les villes, à ne pas désirer un monde augmenté, mais un monde célébré dans son juste partage, patrie de sa seule gloire. Une montagne, un ciel affolé de lumière, des chasses de nuages et un yack sur l'arête : tout était disposé, suffisant. Ce qui ne se voyait pas était susceptible de surgir. Ce qui ne surgissait pas avait su se cacher. " p. 125

Derrière ses considérations, l'auteur nous enjoint aussi à demeurer attentifs à notre planète et à la disparition de certaines espèces, puisque, comme il le dit si bien :

"La Terre avait été un musée sublime. Par malheur, l'homme n'était pas conservateur."

Ce que j'ai moins aimé :

Toujours très bavard, ce qui est paradoxal dans un environnement silencieux comme celui qu'il décrit.

Bilan :

Pour moi, ce livre aura eu l'avantage de mettre en lumière le travail de Vincent Munier, qui offre des photographies animalières à couper le souffle, de ces oeuvres qui éveillent à la beauté du vivant. Sans grand discours.

Moineaux friquets, Vosges,Vincent Munier

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur : Une vie à coucher dehors ♥ ♥ ♥ ♥ (Nouvelles) ; Dans les forêts de Sibérie ♥ ♥ (Récit de voyage)Géographie de l’instant ♥ ♥ ♥ ♥ (Récit de voyage) ; S'abandonner à vivre ♥ ; Aphorismes sous la lune ♥ ♥ ♥ ; Sur les chemins noirs ♥ ♥ ♥ ♥ (Récit de voyage)

 

Publié dans Récits de voyage

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Sans jamais atteindre le sommet de Paolo COGNETTI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

« J’ai fini par y aller vraiment, dans l’Himalaya. Non pour escalader les sommets, comme j’en rêvais enfant, mais pour explorer les vallées. Je voulais voir si, quelque part sur terre, il existait encore une montagne intègre, la voir de mes yeux avant qu’elle ne disparaisse. J’ai quitté les Alpes abandonnées et urbanisées et j’ai atterri dans le coin le plus reculé du Népal, un petit Tibet qui survit à l’ombre du grand, aujourd’hui perdu. J’ai parcouru 300 kilomètres à pied et franchi huit cols à plus de 5 000 mètres, sans atteindre aucun sommet. J’avais, pour me tenir compagnie, un livre culte, un chien rencontré sur la route, des amis : au retour, il me restait les amis. »

Accompagné de deux de ses amis et du Léopard des Neiges de Matthiessen, Paolo Cognetti se rend donc aux confins de l'Himalaya, non pas pour en faire l'ascension -ce que je n'avais pas compris durant ma lecture parce que je n'avais pas lu la quatrième de couverture, m'étant arrêté à ma tendresse pour l'auteur pour choisir son livre - mais pour explorer les vallées. Il rencontre la population, lutte contre son mal de montagnes, partage une tablette de chocolat avec son guide en regardant l'horizon, croise des moutons bleus, cueille des edelweiss à 4700 m d'altitude, avec toujours en toile de fond sa lecture de Matthiessen.

Dans ce récit Paolo Cognetti chante surtout son amour inconditionnel pour la montagne et le rapport fort qui les relie :

 

Son récit est émaillé de quelques dessins crayonnés au gré de son ascension :

Ce que j'ai moins aimé : J'ai trouvé ce récit moins abouti que Les huit montagnes.

La réflexion sur la dénaturation du site m'a semblé passer au second plan, alors qu'elle demeure pourtant centrale (à suivre à ce sujet le reportage de France Culture : Alpinisme, quand les masses touchent les sommets)

Photo prise le 22 mai et fournie par le Project Possible de l'alpiniste Nirmal Purja montrant la file d'attente au sommet de l'Everest. Photo Handout. AFP

Bilan : Trop court et décousu pour que je sois totalement sous le charme, même si j'ai apprécié retrouver la personnalité simple et attachante de Paolo Cognetti.

 

Du même auteur : Le garçon sauvage ♥ ♥ ♥ ; Les huit montagnes ♥ ♥ ♥ ♥

Présentation de l'éditeur : Stock

D'autres avis : Télérama ; Cathulu ; Dominique

 

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Sur les chemins noirs de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"On devrait toujours répondre à l'invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres." p. 100

Dans la nuit du 21 au 22 août 2014, Sylvain Tesson fait une chute qui aurait pu s'avérer mortelle. Il tombe du toit d'un chalet de montagne qu'il avait décidé d'escalader sur un coup de tête festif. S'ensuivent plusieurs mois de coma, une lutte contre la mort qui laissera indubitablement des séquelles. Durant sa convalescence, il forme le projet de traverser la France à pied, du Mercantour au Cotentin, en diagonale, traversée qu'il débute en août 2015 et qu'il achève début novembre. 

Il décide d'emprunter les chemins noirs, ces minces traits sur la carte qui sont comme des chemins de traverse, des issues de secours, parce que "Vivre me semblait le synonyme de "s'échapper""  Les cartes IGN sont pour lui comme un sésame, "Les feuilles révélaient l'existence de contre-allées, inconnues, au coeur de la citadelle, de portes dérobées, d'escaliers de service où disparaître.", les chemins noirs ouvrant des portes pour l'imagination. 

Porté par la marche, l'auteur se sépare peu à peu des scories du monde, sur les chemins noirs "Les nouvelles y étaient charmantes, presque indétectables, difficiles à moissonner : une effraie avait fait un nid dans la charpente d'un moulin, un faucon faisait feu sur le quartier général d'un rongeur, un orvet dansait entre les racines. Des choses comme cela. Elles avaient leur importance. Elles étaient négligées par le dispositif." Loin des écrans dont l'homme devient esclave, le monde revient en fanfare dans toute sa beauté lumineuse.

Passionné par les formules de repli, Sylvain Tesson tente ici une nouvelle forme de solitude, une solitude en marche. Pour lui, si ceux qui se jettent dans le monde sont louables, souvent ils finissent par manifester une satisfaction d'eux-mêmes assez détestable : 

"Quitte à considérer la vie comme un escalier, je préférais les gardiens de phare qui raclaient les marches à pas lents pour regagner leurs tourelles aux danseuses de revue qui les descendaient dans des explosions de plumes afin de moissonner les acclamations." p. 81

Sa solitude n'est jamais totale toutefois, il se fait accompagner quelques jours par des amis, Thomas Goisque ou encore Cédric Gras. Il convoque aussi des écrivains en son esprit, parce que "Les phrases sont des prescriptions pour les temps difficiles." Il s'allonge pour observer les nuages, profite de chaque seconde, et peu à peu son corps meurtri par la chute se reconstruit. 

"Assis sur l'herbe dans la volute d'un cigarillo, je disposais au moins du pouvoir d'oublier les écrans et de m'hypnotiser plutôt du vol des vautours par-dessus les ancolies." p. 26

Sa conclusion résonnera longtemps en nos esprits, comme une invitation à sortir des sentiers battus : 

"Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses.

Il fallait les chercher, il existait des interstices.

Il demeurait des chemins noirs.

De quoi se plaindre ?" p. 100

 

Le trajet IGN de Sylvain Tesson : IGN

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Babélio

A lire : Rencontre avec Sylvain Tesson à la Maison de la Poésie dans le cadre du festival Paris en Toutes Lettres

Du même auteur : Une vie à coucher dehors ♥ (Nouvelles) ; Dans les forêts de Sibérie (Récit de voyage)Géographie de l’instant ♥ (Récit de voyage) ; S'abandonner à vivre ♥ ; Aphorismes sous la lune
 

A signaler un concours photo jusqu'au 7 mars : sur Facebook  http://education.ign.fr/node/2949

 

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L'usage du monde de Nicolas BOUVIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Eté 1953 Nicolas Bouvier, un jeune homme de 24 ans décide de quitter Genève et son université pour se lancer dans un voyage aux confins de la Turquie. Il vise la Turquie, l'Iran, Kaboul puis la frontière avec l'Inde. Il est accompagné dans son périple par Thierry Vernet, un ami dessinateur. Durant six mois les deux amis parcourent les Balkans, l'Anatolie, l'Iran puis l'Afghanistan à la rencontre des populations. Pour pourvoir à leurs besoins en gagnant l'argent nécessaire, Nicolas Bouvier écrit des articles, fait des conférences ou donne des cours, tandis que son acolyte vend ses peintures.

La population les accueille souvent avec plaisir et ils partagent ainsi des moments conviviaux marquants :

"Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les cailles et les perdrix s'en mêlent ... et on s'empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot "bonheur" paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive.

Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence,ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur."

Leur périple est aussi l'occasion de connaitre des situations cocasses : un jour par exemple, alors qu'il photographie une mosquée, Nicolas Bouvier sent quelque chose qui se presse contre sa joue, "J'ai pensé à un âne - il y en a beaucoup ici, et familles, qui vous fourent le museau sous l'aisselle - et j'ai tranquillement pris ma photo. Mais c'était un vieux paysan venu sur la pointe des pieds coller sa joue contre la mienne pour faire rire quelques copains de soixante-dix-quatre-vingts ans. Il est reparti, plié en deux par sa farce ; il en avait pour la journée." Une autre fois, lors d'une promenade ils entendent des chocs répétés. Ils arrêtent la voiture pensant à un souci mécanique,  mais le bruit ne cesse pas. "On alla voir derrière le talus qui borde un côté de la piste, la plaine était noire de tortues qui se livraient à leurs amours d'automne en entrechoquant leur carapace."

Les jeunes hommes ne sont pas épargnés par les aléas liés aux voyages, le froid mordant, la faim, les maladies, mais ces mauvaises expériences donnent d'autant plus de valeur aux détails qui suivent : un repas frugal constitué de pain chaud, de fromage de brebis et d'un thé se savoure avec délectation.

Ce récit qui serpente doucement sur les pistes installe doucement le lecteur dans un champ hors-temps, loin des contingences quotidiennes, à la rencontre d'êtres uniques qui livrent leurs expériences et leur culture avec bienveillance et tendresse. Un beau récit aux pages lyriques poignantes !

 

Présentation de l'éditeur : Editions La Découverte

 

L'usage du monde, Nicolas Bouvier, Dessins de Thierry Vernet, Editions La découverte, mars 2014, 432 p., 11 euros

 

Lu dans le cadre du Blogoclub organisé par Amandine et Florence et consacré aujourd'hui aux récits de voyage. Le livre retenu était Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON, que j'avais déjà lu.

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Sur les chemins noirs de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

♥ ♥  ♥ 

"On devrait toujours répondre à l'invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres." p. 100

Dans la nuit du 21 au 22 août 2014, Sylvain Tesson fait une chute qui aurait pu s'avérer mortelle. Il tombe du toit d'un chalet de montagne qu'il avait décidé d'escalader sur un coup de tête festif. S'ensuivent plusieurs mois de coma, une lutte contre la mort qui laissera indubitablement des séquelles. Durant sa convalescence, il forme le projet de traverser la France à pied, du Mercantour au Cotentin, en diagonale, traversée qu'il débute en août 2015 et qu'il achève début novembre. 

Il décide d'emprunter les chemins noirs, ces minces traits sur la carte qui sont comme des chemins de traverse, des issues de secours, parce que "Vivre me semblait le synonyme de "s'échapper""  Les cartes IGN sont pour lui comme un sésame, "Les feuilles révélaient l'existence de contre-allées, inconnues, au coeur de la citadelle, de portes dérobées, d'escaliers de service où disparaître.", les chemins noirs ouvrant des portes pour l'imagination. 

Porté par la marche, l'auteur se sépare peu à peu des scories du monde, sur les chemins noirs "Les nouvelles y étaient charmantes, presque indétectables, difficiles à moissonner : une effraie avait fait un nid dans la charpente d'un moulin, un faucon faisait feu sur le quartier général d'un rongeur, un orvet dansait entre les racines. Des choses comme cela. Elles avaient leur importance. Elles étaient négligées par le dispositif." Loin des écrans dont l'homme devient esclave, le monde revient en fanfare dans toute sa beauté lumineuse.

Passionné par les formules de repli, Sylvain Tesson tente ici une nouvelle forme de solitude, une solitude en marche. Pour lui, si ceux qui se jettent dans le monde sont louables, souvent ils finissent par manifester une satisfaction d'eux-mêmes assez détestable : 

"Quitte à considérer la vie comme un escalier, je préférais les gardiens de phare qui raclaient les marches à pas lents pour regagner leurs tourelles aux danseuses de revue qui les descendaient dans des explosions de plumes afin de moissonner les acclamations." p. 81

Sa solitude n'est jamais totale toutefois, il se fait accompagner quelques jours par des amis, Thomas Goisque ou encore Cédric Gras. Il convoque aussi des écrivains en son esprit, parce que "Les phrases sont des prescriptions pour les temps difficiles." Il s'allonge pour observer les nuages, profite de chaque seconde, et peu à peu son corps meurtri par la chute se reconstruit. 

"Assis sur l'herbe dans la volute d'un cigarillo, je disposais au moins du pouvoir d'oublier les écrans et de m'hypnotiser plutôt du vol des vautours par-dessus les ancolies." p. 26

Sa conclusion résonnera longtemps en nos esprits, comme une invitation à sortir des sentiers battus : 

"Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses.

Il fallait les chercher, il existait des interstices.

Il demeurait des chemins noirs.

De quoi se plaindre ?" p. 100

Ce que j'ai moins aimé : Je l'ai trouvé très dur sur les nouvelles technologies qui nous fermeraient au monde. Comme si avant elles le monde était rose avec des personnes qui aimaient s'allonger sous les nuages et discuter des heures entières avec leurs voisins et qu'aujourd'hui plus personne n'était capable de profiter du temps présent... Utopie du passé ?

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : Babélio

A lire : Rencontre avec Sylvain Tesson à la Maison de la Poésie dans le cadre du festival Paris en Toutes Lettres

Du même auteur : Une vie à coucher dehors ♥ (Nouvelles) ; Dans les forêts de Sibérie (Récit de voyage)Géographie de l’instant ♥ (Récit de voyage) ; S'abandonner à vivre ♥ ;

Aphorismes sous la lune

 

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, Gallimard, octobre 2016, 144 p., 15 euros

 

Publié dans Récits de voyage

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Le galop du vent sous le ciel infini. Chroniques des terres australes de David LEFEVRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Je rends grâce à cette terre d'exagérer à tel point la part du ciel."

Roger Caillois

Depuis 2010, David Lefevre s'est retiré sur l'île de Chiloé pour vivre en parfaite harmonie avec la nature et s'adonne ainsi à une vie frugale proche de l'autosubsistance. Il consacre plusieurs récits à cette expérience unique comme Aux quatre vents de Patagonie ou le magnifique Solitudes australes. Dans ce Galop du vent sous le ciel infini, il revient vers les origines de cette fascination pour la Patagonie, terre de mythes et d'aventures extraordinaires qui exerce un pouvoir d'attraction immense sur les hommes.

Après s'être abreuvé durant sa jeunesse à des récits d'écrivains amoureux de cette région comme Roger Caillois, Jean Raspail, Cendrars, Supervielle, Saint Exupéry ou encore Bruce Chatwin, sa rencontre avec cet espace "de ciel, de pluie et de vent" sonne comme une révélation : "Dans l'époustouflante beauté de ses paysages, je reconnus l'incarnation d'une sorte d'absolu que depuis toujours je portais en moi". 

Ses rencontres sont marquées par le sceau de l'inoubliable et même les humeurs de ses saisons l'enchantent. Parmi les aventures et les rencontres extraordinaires qu'il a pu vivre sur ces terres australes, il choisit ici de s'approcher de plus près de quelques unes. Il s'attarde notamment sur le marin Charles Milward, oncle de Bruce Chatwin et sur sa fuite épique à bord du Dresden, croiseur allemand pourchassé par la marine britannique dans les mers australes en 1914. En mentionnant Bruce Chatwin et son En Patagonie il s'interroge alors sur les limites de ce récit de voyage, qui a pu quelquefois laisser la réalité historique en suspens. Chatwin a à peine mentionné dans son récit le coup d'état de 1973 et ses conséquences, le pays tout entier étant alors sous le joug d'une dictature militaire répressive et violente. Cet oubli permet à David Lefevre de s'interroger sur l'engagement de l'écrivain voyageur : 

"Je veux croire cependant qu'en certaines occasions, l'écrivain ne peut se contenter d'être un go between, mais un homme capable de s'engendrer lui-même. Je veux croire que son statut peut être la cause d'une inquiétude chaque fois qu'il observe du dehors un monde qui vire au désert glaçant, et ce sans se préoccuper de savoir si ce sera là ou non la source de son malheur ou bien de sa notoriété." p; 192

La puissance des récits de David Lefèvre tient dans cette alliance subtile entre des passages narratifs autour de ses rencontres originales, comme avec cet homme qui tient un cabinet de curiosités préhistorique, sorte de musée officieux, et des réflexions plus philosophiques qui interrogent sa présence au monde. Entre récit, essai, réflexion philosophique, poétique, il rend ici un bel hommage à cette région du bout du monde et à ses habitants.

http://www.evaneos.com/chili/voyage/etape/8907-ile-de-chiloe/

"Pendant des mois, j'ai observé le temps qu'il fait là-bas. J'ai levé les yeux et j'ai connu la part du ciel, cet autre paysage renversé sur le dos des hommes. J'ai vu se faire et se défaire d'indicibles nuages. J'ai vécu cet instant précis où les contours de la terre s'effacent et les saisons s'abolissent. Les pluies m'ont rincé et les vents m'ont envoyé au tapis. (...) Ma propre vérité m'est venue un jour de la bouche d'un gaucho qui me connaisait de la veille, auquel j'annonçais vouloir traverser la Patagonie en marchant sur un seul méridien : "Tu en reviendras la peau et l'esprit burinés, mais tu sauras ce que la nature du monde réserve à ceux qui s'approchent d'elle en la regardant."" p. 15

Ce que j'ai moins aimé : J'avoue m'être perdue dans le cheminement autour de Charles Milward, oncle de Bruce Chatwin et de son aventure à bord du Dresden.  

 

Présentation de l'éditeur : Le Passeur Editions 

 

Le galop du vent sous le ciel infini. Chroniques des terres australes, David Lefèvre, Le Passeur éditeur, avril 2016, 278 p., 19.90 euros

 

Reçu dans le cadre d'une opération Babélio Masse Critique 

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Touriste de Julien BLANC-GRAS et Mademoiselle CAROLINE

Publié le par Hélène

Lors d'un salon littéraire, Julien Blanc-Gras rencontre Mademoiselle Caroline et en s'échangeant leurs livres, ils décident de travailler ensemble en adaptant le roman de Julien, Touriste édité en 2011 au Diable Vauvert. 

"Certains veulent faire de leur vie une oeuvre d'art, je compte en faire un long voyage. Je n'ai pas l'intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d'être futile. De s'adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire. Le touriste inspire le dédain, j'en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C'est un cliché qui résulte d'une honte de soi, car on est toujours le touriste de quelqu'un."

Commence alors un voyage à travers le monde, quelques planches présentant un pays, puis rapidement -trop- passant dans un autre pays ou un autre continent. Pas d'approfondissement, peu de relations sociales dignes de ce nom, juste une vérification des clichés -comme dans le Pourquoi Tokyo dont je parlais récemment. Dans ce patchwork de ses différents voyages, assez réducteur, on passe de la Colombie à l'Inde, du désert salvateur au bush du Mozambique, du comique des karaokés de Chine au tragique de Madagascar... Même quand Julien revient à Paris, les clichés ne sont pas bien loin : grisaille, embouteillages, routine aliénante...

Les dessins aux tons colorés - beaucoup moins réussis que celui de la couverture qui m'attirée - ont tendance à simplifier les scènes avec ces tons criards, peu poétiques et peu adaptés finalement pour faire rêver le potentiel touriste que nous sommes.

L'ensemble est finalement à mes yeux assez plat, sans  relief ou angle d'attaque particulier qui aurait apporté un intérêt quelconque aux pérégrinations d'un touriste ordinaire.

 

Présentation de l'éditeur : Delcourt 

D'autres avisFrance Inter  ; Page des libraires 

Interview de Mandor ​

Du même auteur : Paradis avec liquidation 

 

Touriste, Julien Blanc-Gras et Mademoiselle Caroline, Delcourt, mars 2015, 23.95 euros

 

Lu dans le cadre de la BD du mercredi accueillie aujourd'hui par Stephie

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Pourquoi Tokyo. Journal d'une aspirante Nipponne de Agathe PARMENTIER

Publié le par Hélène

♥ 

En 2014, Agathe Parmentier décide de fuir la morosité parisienne pour débarquer au Japon, prête à s'immerger dans la société japonaise. Elle tient alors son journal de voyage, par le biais d'un blog http://pourquoitokyo.blogspot.fr/ très fréquenté. Elle y raconte ses expériences tokyoïtes, et offre une vision fraîche et drôle de la ville et de ses habitants. Elle teste ainsi des incontournables japonais : le karaoké, les typhons, les hôtels capsules, les love hotels, et elle passe surtout des heures à errer dans les différents quartiers de la cité japonaise. Au détour de ses rencontres, elle reçoit quelques demandes en mariage, mange sans doute quelques aliments irradiés par la catastrophe d'Hiroshima, et se fait happer par la société de consommation :

"Créer des besoins à défaut de parvenir à en combler d'autres plus élémentaires ... Vous ai-je montré mon porte-clefs chat-sushi ?" p. 244

Peu à peu, elle sent cette "ultra moderne solitude" s'immiscer en elle : "L'une des spécificités du pays est que, qu'il s'agisse de solitude ou de n'importe quoi d'autre , les solutions - parfois effrayantes à les observer d'un oeil occidental - abondent. L'isolement y est donc un peu plus mis en scène qu'ailleurs, notamment par le développement d'une offre de services visant à le tromper : déclinaison sans fin de cafés-concepts, services de location  d'amis, relations virtuelles de toutes sortes, etc..." p. 151

 http://pourquoitokyo.tumblr.com/

Ce que j'ai moins aimé : L'analyse semble assez réductrice, comme si l'auteure se contentait de tester les clichés pour voir s'ils fonctionnent ou pas. Il est à noter qu'elle ne s'est pas du tout intégrée dans la société tokyoïte, préférant traîner dans les McDos en observant de l'extérieur cette société si éloignée de la nôtre plutôt que de chercher à s'y insérer. Elle reste désespérément une "gaijin", une étrangère connaissant à peine la langue malgré une année passée sur place. 

En résumé, j'ai toutefois préféré lire le blog qui a l'avantage d'être illustré de photographies rendant ces chroniques plus vivantes et plus explicites. Il permet de plus de replacer ces expériences à leur juste place : des chroniques légères offrant une vision très personnelle d'une expérience japonaise limitée dans le temps.    

 

Présentation : Anne et Arnaud ; Au Diable Vauvert

D'autres avisChoco Keisha  ; A propos de livres 

 

Pourquoi Tokyo, Agathe Parmentier, Au diable Vauvert, février 2016, 320 p., 17 euros

 

Merci à l'éditeur. 

Publié dans Récits de voyage

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