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29 articles avec recits de voyage

Les neiges de Damas de Aude SEIGNE

Publié le par Hélène

Enchantée par le précédent recueil de cette auteure intitulé Chroniques de l'occident nomade, je me suis précipitée sur celui-ci. Il raconte l'histoire d'Alice qui dépoussière, photographie et répertorie les tablettes sumériennes dans le sous-sol du Musée national de Damas. Alice raconte cette aventure six ans plus tard, en 2014, quand la Syrie qu'elle a connue a définitivement disparu... La jeune fille évoque les coulisses du conflit avec délicatesse et intelligence. Ce récit est aussi prétexte pour parler du passage à l'âge adulte et de la découverte du décalage inaltérable entre rêve et réalité...

Mes réticences : plusieurs époques s'entrecroisent au fil des chapitres : 1770 avant Jésus Christ, 2005 avec narrateur qui s'exprime à la troisième personne et décrit Alice, puis le point de vue interne de Alice en 2005 toujours, 1980 avec Adam Compagnon, etc...  Pourquoi ne pas choisir seulement deux époques et résolument la première personne propre aux récits de voyage ? L'ensemble m'a semblé embrouillé, et assez détaché, impersonnel.

Seul le style, toujours aussi travaillé, sauve le roman à mes yeux.

Une déception...

 

Présentation de l'éditeur : Editions ZOE

Site de l'auteur : Aude Seigne 

D'autres avis (divisés) sur Babelio 

 

Les neiges de Damas, Aude Seigne, Editions Zoé, janvier 2015, 188 p., 17 euros

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Grizzly Park de Arnaud DEVILLARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Be bear aware

Arnaud Devillard partage ici le voyage qu'il a effectué avec sa compagne Cécile de Denver dans le Colorado à Glacier National Park, au nord du Montana. Le couple arpente les routes et visite les parcs nationaux avec toujours en tête la bearanoia. Là réside l'ambivalence des touristes des grands espaces américains : avides d'aventure, ils viennent voir des animaux sauvages sans penser que lesdits animaux sont effectivement sauvages et peuvent les réduire en pièces en cinq minutes. Les park rangers essaient de raisonner les touristes, en vain, ceux ci n'hésitant pas à s'agglutiner dés qu'un ours pointe son nez, et ce au péril de leur vie. Arnaud et Cécile suivent quant à eux les instructions des park rangers à la lettre : faire du bruit en marchant, éviter toute odeur forte, et si on se retrouve nez à nez avec un ours au détour d'un chemin ne surtout pas partir en courant, mais bomber le torse pour impressionner l'animal sauvage... Plus facile à dire qu'à faire me direz-vous ? Arnaud et Cécile en ont bien conscience, raison pour laquelle ils redoutent à chaque pas de rencontrer LA Bête ! 

Pour l'heure, point d'ours, mais des marmottes, des tamias, des biches, et surtout des paysages à couper le souffle ! Mais là encore le paradoxe du tourisme fait rage :  

"Avant d'y pénétrer, j'avais une vision très extrémiste du système des parcs ; naïve, je le reconnais. Des espaces inviolés, difficiles d'accés, où il serait aisé de se perdre, loin de tout et sans sa voiture. En réalité, il y a des routes, dans les parcs nationaux. Des parkings, des navettes, des abribus, des campings, des hôtels et la queue aux douches." p. 51

"C'est le paradoxe des parcs nationaux américains. Ils ont été inventés pour préserver des écosystèmes et des paysages de l'activité humaine, empêcher les forages, les exploitations minières et forestières. Or les zones naturelles alentour sont laides, saccagées. Mécaniquement, prolifère aux lisières des parcs nationaux tout ce qui est interdit à l'intérieur." p. 48

Les deux voyageurs peignent avec humour les moeurs américaines, ces hommes toujours en mouvement pour qui la voiture a tant d'importance : 

« La première chose qu’un touriste américain nous demande en arrivant à Yellowstone, c’est jusqu’où il doit rouler pour voir un ours ; la première chose que me demande un touriste européen, c’est où il doit aller marcher pour voir un ours »

Les passages humoristiques alternent avec des pages plus lyriques : 

"En reprenant la route, je ressens partout la torpeur crépusculaire qui s'est emparée du parc. L'impression est trompeuse. Plutôt que de torpeur, il s'agit de la sauvagerie véritable qui reprend ses droits et impose son rythme après avoir cédé à celui des hommes durant la journée. Les bruits du soir et de la nuit seront les siens. Les mouvements seront les siens. Les ours pourront arpenter les parkings qui, pour tout dire, n'existeront plus. Cette heure que j'apprécie tant envoie le message que nous n'appartenons pas à ce monde. En saisir quelques bribes me remplit d'une jubilation muette." p. 133

Le récit se teinte d'émotion quand l'auteur évoque ses souvenirs d'enfance de fils d'instituteurs et ses rapports privilégiés avec son père. C'est un peu pour lui qu'il continue à voyager, par fidélité pour cette passion qu'il lui a léguée. 

Un récit drôle et intelligent, placé sous l'égide de Pete Fromm et de Doug Peacock...

Mes réticences : un peu lassant sur la fin : promenade, peur de l'ours, voiture, puis repos bienvenu, camping déserté, pizza et bière, nuit agitée par la peur de l'ours, etc...

Bilan : Je veux y aller....

Parc national du Grand Teton

http://www.revamericatours.com/programmes/authentiques/ouest-sauvage/

 

Présentation de l'éditeur : Le mot et le reste 

D'autres avis : Repéré chez Keisha ; ChinoukLa buvette des alpagesNathalie 

 

Grizzly park, Arnaud Devillard, Le mot et le reste, 2013, 331 p., 20 euros

Publié dans Récits de voyage

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Vers Compostelle de Antoine BERTRANDY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Saint Jacques, c'est celui qui, par la magie du sillon de poussière qui mène à sa vérité, rend les choses possibles."

Antoine Bertrandy a lui aussi cédé aux appels des sirènes et a quitté son confort franciilen pour affronter les aléas du chemin de Compostelle. Il décide de relier Compostelle depuis Saint-jean-Pied-de Port en empruntant le Camino real francés. Il ne sait pas très bien pourquoi il part, mais peu à peu, au fil de ses rencontres, un chemin intérieur se dessine en lui. Il s'agit d'opérer en marchant un travail "d'introspection et de clarté, démêler la vérité du mensonge, séparer ce qui est important de ce qui ne l'est pas et, en définitive, pour pouvoir avancer, trouver ma propre voie." p. 25

Le sous-titre met en avant les rencontres que l'auteur a pu faire durant sa route. Il met l'accent sur ceux que l'on recroise souvent, peut-être pas par hasard, ceux que l'on fuit, ceux qu'on aimerait connaître davantage. Tous ont en commun "une petite fêlure et une quête." et apportent quelque chose, une présence, une lumière, un conseil :  

"Tu sais, moi, chaque jour, je m'arrête une demi-heure ou une heure au bord du chemin, un peu à l'écart. Je m' assois par terre et je regarde l'Espagne belle tout autour de nous. Et alors je me dis : "The way is a gift."" p; 206

Ils aident aussi le pélerin à accomplir son propre chemin intérieur, en effet en se livrant, il pratique la maïeutique chers aux antiques et s'enrichit ainsi.

"-Si je comprends bien, tu marches vers Compostelle pour arrêter de regarder derrière toi en somme ? 

-C'est ça. Je marche pour avancer. Pour me remettre en route. Au fond, c'est très simple." p. 112

@le blog de Marc-Elie

Mais les pélerins ont aussi un caractère narcissique dont il est peu question dans les autres récits:  "S'inventer un destin de pélerin, se comparer aux voyageurs déguenillés du Moyen Age, c'est être coupable de vanité, la vanité suprême de celui qui a la prétention de s'en être affranchi. Certains jours, rien n'a plus d'importance que nos ampoules aux pieds, le poids de notre sac à dos et le temps qu'il fait. Que nous importent l'histoire récente de l'Espagne et la destinée des Syriens, des Ukrainiens et de Centrafricains ? Nos pieds nous portent et nous ne désirons rien voir d'autre. Le "moi" objet égotiste, prend le dessus sur le "je", sujet de l'expérience intérieure. Ca n'est plus une libération de l'âme mais le triomphe exquis et conformiste de notre individualité. (...) A prétendre mener un chemin spirituel et prétendument désintéressé, nous risquons en permanence de tomber dans le fossé de l'obsession narcissique, de nous retrancher du monde, de devenir parfaitement acosmiques." p. 149

Prendre conscience de ses limites d'homme fait aussi partie du chemin. Le voyage ouvre sur d'autres réalités et met en avant l'importance du cheminement qui prévaut rapidement sur le but !

Un très beau récit qui allie cheminement intérieur et extérieur dans une harmonie parfaite !

 

Présentation de l'éditeur :  Transboréal 

D'autres avis : Keisha Chinouk  ; Saxaoul 

Sur le même sujet : Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin  ; En avant, route ! de Alix de Saint André 

 

Merci à Keisha pour le prêt !

 

Vers Compostelle, drôles de rencontres, Antoine Bertrandy, Transboréal, avril 2015, 11.90 euros

Publié dans Récits de voyage

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Le phare, voyage immobile de Paolo RUMIZ

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Solide et retranché dans le bas, comme une forteresse, léger et lumineux dans le haut, le phare est en plus un magnifique mirador, un aimant irrésistible pour les pensées vagabondes." p. 85

Ce que j'ai aimé :

Au printemps 2014 l'auteur s'isole sur une île dans un phare au milieu de la Méditerranée. Son île fait 1km de long sur 200 mètres de large. Ce voyageur insatiable qui a longé les 7000 kilomètres des frontières de l'Europe, de l'Arctique à la mer Noire, traversé les Balkans, franchi les montagnes à la recherche d'Hannibal, descendu le cours du Pô, va vivre ce printemps-là un voyage immobile au milieu de la mer, avec comme seuls compagnons les gardiens du phare et les cormorans. Lui qui pensait s'ennuyer est vite pris dans les activités du phare qui ne lui laisse guère de répit :

"Faire le pain, vérifier le baromètre, monter dans la lanterne du phare pour y lire le livre fait exprès pour ça, sortir pêcher, mitonner un risotto, tenir bien propre son espace personnel, explorer la montagne et la ligne des brisants, éliminer les déchets de la meilleure façon possible. Contrôler le générateur et la pompe à eau. Apprendre le nom des vents; Et surtout, si on est curieux, on n'a pas assez de temps pour enregistrer tout ce qui vous environne. On passe son temps à courir partout, comme un damné." p. 71

Il se laisse aussi bercer par les tempêtes, apprend à discerner les différents vents et à profiter du temps qui court. 

"La soirée est sereine, le vent tombe, les goélands gonflent leurs plumes, enfin paisibles. En bas, bien planté sur la roche, un cormoran sèche ses ailes ouvertes dans la brise. Le soleil descend rapidement dans la mer, on croirait qu'il lance un dernier cri. Je ne trouve pas de paroles pour décrire la procession de taches de lumière qui arrivent sur les flots depuis l'est, et de l'autre côté l'archipel de rides que provoquent les ultimes rafales, labourant les ondes comme une prairie. Au sud, très, très loin, un cortège de navires. Au nord, plus loin encore, l'ombre d'une île aussi longue qu'un cachalot." p. 36

Ses divagations le portent aussi bien vers le dépeuplement des fonds marins "il suffirait d'une pause d'un an, d'une seule année, pour repeupler les fons, mais les nations souveraines s'en fichent bien." "si les poissons hurlaient dans les filets, peut-être comprendrions-nous." p. 61 que vers notre addiction au cyberespace : " l'absence de navigation dans le cyberspace m'a dévoilé les horizons infinis de la navigation en mer, et aussi de celle qui existe au-dedans de moi." p. 155

Un beau texte pour prendre le temps de s'arrêter...

Ce que j'ai moins aimé :

Malheureusement, pour moi, ces pages manquent de poésie. Vers la fin par exemple il compare un cormoran à un drone et là je me suis dis que nous n'appartenions décidemment pas au même monde...

Présentation de l'éditeur :

Hoëbeke 

D'autres avis :

Dominique

 

Le phare, voyage immobile, Paolo Rumiz, traduit de l'italien par Béatrice Vierne, Hoëbeke, avril 2015, 168 p., 16 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Récits de voyage

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Voyage vers le nord de Karel CAPEK

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Croyez-moi, le monde est beau."

Ce que j'ai aimé :

En 1936 Karel Capek met le cap vers le nord, destination le Danemark, la Suède et la Norvège. En train ou en bateau, il admire les forêts à perte de vue, s'arrête fasciné dans les fjords "c'est une chose qui ne fait plus partie de ce monde, une chose indescriptible", salue les vaches noires et blanches, et rêve devant les fermes rouges qui semblent si accueillantes :

"Ce n'est rien qu'un petit pont de pierre qui enjambe une rivière paisible ; et pourtant ce pont semble mener de l'autre côté, vous savez, de l'autre côté, là où les soucis et la hâte n'existent plus, et où, probablement, on ne meurt jamais. Ce n'est rien qu'une maisonnette rouge et blanc entre des arbres verts ; mais, ma foi, on se dit qu'on serait heureux si on y vivait ; je sais bien que ce n'est pas vrai, que ce n'est pas si facile d'être heureux, et que cela ne s'apprend pas, même au paradis ; mais ce pays est ainsi fait que le voyageur y est immédiatement enclin à croire à la paix, à la tranquillité, au calme et aux vertus cardinales." p. 265

Il se laisse peu à peu gagner par la magie de ces lieux en sursis.

"Et j'ai vu des arcs-en-ciel de minuit tendus de rivage en rivage, un coucher de soleil doré et humide se refléter dans la mer par une aube glacée ; j'ai vu les lueurs de l'aurore et du couchant se fondre en un rayonnement palpitant des eaux, le peigne d'argent du soleil caresser la surface étincelante de la mer. Les sentiers brillants des dieux marins se mirent à scintiller furieusement sur les eaux et le jour fut. Bonne nuit, bonne nuit, car c'est le jour, la première heure ; les montagnes se dissimulent derrière un  voile de soleil ; au nord, le vaste sund luit d'une blanche clarté, la mer clapote froidement et le dernier passager du bord plonge frileusement dans un nouveau livre." (p. 185)

"Je sais que tout cela ne mérite pas d'être raconté, et que d'autres que moi en ont vu cent fois plus : mais je suis patriote européen et si je ne devais plus jamais rien voir, je dirais jusqu'à ma mort : "J'ai vu la grandeur du monde." Peut-être que notre planète refroidira un jour - ou que nous nous en chargerons, nous les hommes ; nous mettrons alors une telle pagaille qu'il n'y aura même plus de mouettes pour crier au-dessus des mers. Mais, quand bien même nous découperions les uns les autres en petits morceaux nous ne pourrions pas entamer la grandeur du monde. Je sais, ce n'est pas d'un grand réconfort ; nous vivons des heures sombres, et notre coeur est empli d'inquiétude ; mais le monde est grand." p. 199

Son humour illumine le récit, comme dans ces scènes durant lesquels il se retrouve sur un bateau avec un groupe de représentants d'une quelconque Eglise américaine, "cargaison spirituelle" bruyante et omniprésente :

"Ils pratiquent avec ferveur l'amour du prochain et s'exercent notamment sur les gens ouffrant d mal de mer, les chiens, les jeunes mariés, les enfants, les amrins, les autochtones, et les étrangers, en les accostant et en les encourageant, en les apostraophant chaudement, en les saluant, en leur souriant et, d'une façon générale, en les accablant de toutes sortes de prévenances ; ainsi, il ne nous restait plus qu'à nous barricader dans nos cabines pour y balsphémer tout bas, avec acharnement. Que le Dieu de miséricorde prenne nos âmes en pitié !" p. 107

Et pas une goutte d'alcool pour supporter cela, on ne vend pas d'alcool à bord des bateaux norvégiens ! Ses portraits sont toujours savoureux, il apprécie ses rencontres, telle ce capitaine de bateau débonnaire qui garde le cap et sa bonne humeur quoi qu'il arrive !

Karel Capek ne se contente pas d'écrire, il dessine et nous enchante de ses esquisses qui célèbre la beauté du monde...

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Editions du Sonneur 

Pour le feuilleter 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'année du jardinier

Autre : Récits de voyage

 

Merci à Clémentine pour ce beau voyage !

 

Voyage vers le nord, Karel Capek, illustrations de Karel Capek, traduit du tchèque par Benoît Meunier, Préface de Cees Nooteboom, Les Editions du Sonneur, 2010, 288 p., 17.30 euros

 

Message personnel : aujourd'hui c'est mon anniversaire, et le talent indéniable de Karel Capek m'a donné envie de découvrir ces contrées ... Je dis ça...

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Monologues de la boue de Colette MAZABRARD

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Humilité ? Devenir humus." 

Mon avis :

Une femme part sur les chemins, de Boulogne-sur-Mer à la Belgique, du nord de la France au Jura, des Ardennes à la Suisse, puis plein ouest, vers une fin de terre, au-delà de Saint-Jacques de Compostelle. Elle marche, seule, plus attentive à ses pas, à ses rencontres, au présent qu'à un but prédeterminé. 

"Pour toi, non, l'essentiel n'est pas d'arriver à Compostelle, mais de t'oublier et de te remplir de chemin, de transformer le temps devant toi en chemin, de te faire traverser par le chemin, le paysage, les visages, les lumières, les paroles du chemin. Pour toi le but est de faire chemin, d'être en chemin, d'être chemin." p. 78

Peut-être est-elle à la recherche d'elle-même dans sa volonté de se fondre dans le paysage, dans une double quête d'oubli de soi et d'accord avec son être profond. 

"Reviennent des images du chemin qui, déjà, te manque : une pie guide son enfant, les eucalyptus sentent fort. Une femme s'assoit dans le petit kiosque duduel tu observes les clochers de la ville et te salue. Il va pleuvoir sur Santiago? Les arbres pèlent, les arbres penchent, les pas dictent les phrases. Tu courbes le temps de ta vie à l'espace de tes pas. Le temps de ta vie épouse le chemin." 

Le projet initial de l'auteur était d'écrire un texte qui accompagnerait des photos. Puis au fil de l'écriture, il est apparu que le texte pouvait se suffire à lui-même et l'intention a changé. De fait, ce changement se ressent : plus travaillée, plus littéraire, la deuxième partie se suffit davantage à elle-même que la première partie destinée à l'origine à être mise en regard des photographies. Le début de ses pas est assez banal, au rythme des marches, des nuits, des rencontres avec les villageois, des personnes qui hantent les bars... Du déjà lu que les photographies auraient sans doute densifié. 

La deuxième partie résonne de façon plus personnelle, plus intime.

"Travailler, oui, mais travailler à ce que nous estimons beau et juste, en dépit de la naïveté, en dépit de l'enfance, en dépit du regard des autres ou de l'autre en nous.

Ne pas écraser les fourmis. Fourmi, hormiga." p. 70

Un avis en demi-teinte donc pour ce récit que j'aurais aimé voir illustré de photographies...

Présentation de l'éditeur :

Editions Verdier 

Vous aimerez aussi :

sur compostelle :

D'autres avis :

Clara ; Aifelle ; Cathulu

Télérama 

 

Monologues de la boue, Colette Mazabrard, Verdier, 96 p., 13 euros

 

Merci à l'éditeur. 

Publié dans Récits de voyage

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L'hiver aux trousses de Cédric GRAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Contempler la nature devrait être la religion de tous les hommes." p. 85

Ce que j'ai aimé :

Cédric Gras est un écrivain géographe. Pour lui l'écriture suit le rythme du voyageur, il pratique ainsi la "géographie narrative. Cette littérature est une manière de mêler ses trouvailles savantes à la relation de ses tribulations. Elle a ses lettres de noblesse dans le domaine de l'ethnologie. Il s'agit de confier ses observations au gré de ses péripéties dans un style mêlant érudition soutenue et mésaventures les plus lamentables. C'est un ton à la fois sincère et initié. C'est une harmonie entre le su et le vécu. J'ai renoncé à tout diplôme de docteur pour reprendre l'école du voyage." p. 15

Amoureux inconditionnel des automnes, de leur lenteur décadente, il décide de courir après la saison déclinante en voyageant dans des contrées plus septentrionales. 

"Si quelque génie m'avait offert de prononcer un voeu, j'aurais souhaité poursuivre les crépuscules et aller avec les orages." p. 22

"Il y a dans le déclin une tristesse d'une grande beauté, ce passé qui s'étiole, ces gloires enfuies, ces lumière qui s'éclipsent : géographie du domaine des souvenirs." p. 84

De la mer d'Okhotsk à celle du Japon, il dresse un portrait de la Russie du Pacifique. Il passe son premier automne à Yakoutsk aux côtés des Yakoutes, des Talgas, puis il part à la lisière du Japon, à Khabarovsk, se rend sur l'île de Sakhaline et au bord du Fleuve Amour. Enfin, pour son troisième automne il part aux confins de la Chine et des Corées.

L'hiver aux trousses de Cédric GRAS

Partout, il entend l'hymne à la terre natale des russes "Et ce malgré l'infortune, les vaches maigres et la détresse." p. 153 Il dresse au fil des lignes l'histoire de ce peuple qu'il affectionne particulièrement. Marchant sur les pas des tribus de la région, il traverse des étés indiens, beaucoup de pluie de brouillard, pour arriver dans ces contrées lointaines du bout du monde. Peu importe le but quand le chemin est joie. "Le bonheur c'est quand le temps s'arrête." dit-il. Son voyage est lancinant, mais  "L'automne a ses apothéoses, ses grâces ineffables, et je n'avais jamais fait d'aussi ravissant voyage." p. 271

Ce que j'ai moins aimé :

- Un lenteur qui peut laisser le lecteur en bord de route...

Présentation de l'éditeur :

Stock 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le coeur et les confins

 

L'hiver aux trousses, Cédric Gras, Stock, février 2015, 19.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Récits de voyage

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Immortelle randonnée de Jean-Christophe RUFIN

Publié le par Hélène

 

"En partant pour Saint-Jacques, je ne cherchais rien et je l'ai trouvé."

 

Ce que j'ai aimé :

Jean-Christophe Rufin nous livre son expérience du chemin, chemin qui l'a choisi plutôt que l'inverse, tant il s'impose aux voyageurs à leur insu. Entre rencontres, cheminement, et douleurs, l'auteur se dépouille peu à peu du superflu pour être seulement présent à son chemin, à la marche vers son but.

"Je comprenais combien il était utile de tout perdre, pour retrouver l'essentiel."

"Compostelle est un pélerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il ôte toute vanité de l'esprit et toute souffrance du corps, il efface la rigide envelope qui entoure les choses et les sépare de notre conscience ; il met le moi en résonance avec la nature"

Son style fluide permet au lecteur de l'accompagner dans son chemin avec plaisir et entrain. Quelques éléments cocasses agrémentent son récit, comme la technique pour bloquer le bouton-poussoir d'une douche à l'aide d'un coton-tige "Je vous donne le truc à tout hasard, si le destin devait vous conduire à de telles extrémités."

 

Ce que j'ai moins aimé :

Néanmoins, je n'ai rien trouvé de bien transcendant dans ce récit, somme toute assez banal :  pas de ton particulièrement drôle, pas de réflexions très philosphiques, des rencontres qui ne sont pas marquantes. Peut-être est-ce dû au fait que l'auteur n'avait pas prévu d'écrire son récit et qu'il a travaillé après coup, en reconstituant son voyage une fois rentré chez lui. Bref, je n'ai pas compris l'engouement de la presse pour ce livre !

 

Premières phrases :

"Lorsque, comme moi, on en sait rien de Compostelle avant de partir, on imagine un vieux chemin courant dans les herbes, et des pélerins plus ou moins solitaires qui l'entretiennent en y laissant l'empreinte de leurs pas."

 

Informations sur le livre :

L'auteur : Jean-Christophe Rufin, médecin, pionnier du mouvement humanitaire a été ambassadeur de France au Sénégal de 2007 à 2010. Il est l'auteur de romans désormais classiques tels que "L'Abyssin" , "Globalia", "Rouge Brésil", prix Goncourt 2001. Il est membre de l'Académie française depuis 2008.

 

Vous aimerez aussi :

En avant route ! de Alix de St André

 

D'autres avis :

Presse

Kathel ; Jostein ; DominiqueKeisha LuocineAifelle

 

Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, Jean-Christophe Rufin, Editions Guérin, 19.50 euros

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Chers aventuriers de Vincent NOYOUX

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

« En prenant conscience de ses possibilités, de ses peurs, de son courage, de ses limites, l’aventurier se dévoile. » (p. 136) (Jean-Louis Etienne)

L’auteur :

Vincent Noyoux a été auteur de guides de voyage chez Gallimard avant de devenir reporter indépendant. Il a publié chez Stock Touriste Professionnel (2012). (Présentation de l'éditeur)

  L’histoire :

 « “La Terre est une vieille prostituée. Elle se vend partout”, écrivait Pierre Mac Orlan. Partir à l’aventure aujourd’hui, c’est essayer de bander devant une vieille tapineuse. Pourtant, pas un jour ne passe sans qu’un olibrius ne s’élance dans quelque coin hostile du globe. Tout à la fois interpellé et agacé, j’ai voulu comprendre pourquoi et dans quel but. À quoi servent les aventuriers d’aujourd’hui : navigateurs, explorateurs, écrivains voyageurs ? Assouvissent-ils un plaisir égoïste ou accomplissent-ils une tâche d’utilité publique ? »
 
Qu’ils gravissent des sommets inviolés, qu’ils franchissent des océans furieux ou qu’ils traversent des espaces désolés, les aventuriers déroutent. Vincent Noyoux en a rencontré neuf. Neuf individus qui, un beau jour, ont décidé de tout plaquer pour mener une existence faite d’incertitudes et d’audace, de maladies tropicales et d’horizons lointains. Il livre avec une juste mesure d’ironie et de tendresse le portrait de chacun, en tentant de répondre à toutes les questions que posent ces anticonformistes habités par le goût du risque. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

 Vincent Noyoux nous convie à la rencontre d'aventuriers modernes, d'hommes et de femmes qui ont cherché à travers le monde à vivre intensément, follement parfois, en se frottant au monde et à leurs propres limites.

Jean-Louis Etienne  le spécialiste des pôles

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Patrice Franceschi

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Mike Horn le « demi-dieu de l’aventure »

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Antoine de Maximy celui qui s’invite chez vous

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Bertrand Piccard qui aime voyager en montgolfiere

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Sonia et Alexandre Poussin les époux altruistes

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Sylvain Tesson

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Isabelle Autissier la navigatrice la plus mystérieuse qui ne semble pas s’être beaucoup livrée

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Vincent Noyoux les a rencontrés et s'est intéressé à leur parcours ainsi qu'à leurs motivations. Sur un ton humoristique frais et décapant, il nous livre des refléxions philosophiques, sociologiques, sur ces aventuriers modernes :

Franceschi : « La vie est moins importante que la liberté, la fraternité et l’égalité de droit. La vie ne vaut que s’il y a tout ça. Je plains les gens qui ne savent pas pour quoi ils sont prêts à mourir. » souligne ce rebelle renégat qui s’est engagé dans la guerre en Afghanistan en 1979.

« D’autres questions toutes aussi cruciales furent abordées au cours des deux entretiens que l’aventurier me consacra. Quel sens donne-t-on à sa vie ? La vie l’emporte-t-elle sur la liberté ? Qu’apprend-on au cours de son existence ? Le monde comment ça marche ? Les autres, c’est qui ? Nous devrions tous rencontrer un Patrice Franceshi au moins une fois.  Sous ses airs de barbouze au cuir tanné, il surgit dans votre vie comme un contrôle de philo surprise. » p. 55

« Les aventuriers ne servent pas à mesurer  l’épaisseur de labanquise, à promouvoir les énergies renouvelables, ni à former de jeunes citoyens du monde. Ils ne servent pas non plus à nous faire rêver, même si certains y arrivent. Ils servent avant tout à nous montrer ce que sont le courage, la volonté, l’humilité, la patience. » p. 226

Des rencontres fascinantes, des conversations passionnantes, ce petit recueil est à conseiller, il offre un vrai bol d’air !

 Ce que j’ai moins aimé :

-Rien

 Premières phrases :

 « C’est un mouvement sans fin. Chaque année, chaque mois, chaque semaine, des hommes et des femmes partent au bout du monde pour réaliser quelque chose de difficile, de dangereux et d’absolument inutile. Certains veulent gravir des sommets trop hauts, d’autres franchir des déserts trop arides, d’autres encore naviguer à contre-courant. Et que ça traverse l’Alaska sauvage et que ça explore les hautes vallées du Pakistan…

Nous avons tous, autour de nous, un original qui a décidé de vaincre l’Atlantique à la rame ou les steppes de Mongolie en side-car. »

 Vous aimerez aussi :

 

Sylvain Tesson :  Une vie à coucher dehors Dans les forêts de Sibérie ;  Géographie de l’instant 

Mike Horn : Latitude zéro

Isabelle Autissier : L’amant de Patagonie  

Les époux Poussin : Africa trek

Patrice Franceschi : Avant la dernière ligne droite

Antoine de Maximy : ses vidéos

Bertrand Piccard : http://bertrandpiccard.com/accueil?width=1920#1

 

Chers aventuriers, Vincent Noyoux, stock, octobre 2013, 240 p., 22 euros

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Espaces sauvages de Jim FERGUS

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 

L'auteur :

 

Né à Chicago en 1950, d'une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d'un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l'histoire des Indiens d'Amérique, il avait depuis toujours le projet d'écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s'est beaucoup documenté et a silloné le Middle West, de l'Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d'un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), son premier roman, qui a obtenu le prix du premier roman étranger, La fille sauvage (2004) et Marie blanche (2011) ont paru au Cherche Midi. (Présentation de l'éditeur)

Retrouvez l'auteur sur son site : www.jimfergus.com

 

L'histoire :

 

C'était le rêve d'un petit garçon du Midwest.

Ce rêve, trente ans plus tard, Jim Fergus l'a réalisé : cinq mois de chasse itinérante sur le continent nord-américain. 30 000 kilomètres, 24 États – du Maine au Montana, en passant par New York et la Floride –, avec son truck, son fusil et son chien Sweetzer, ainsi que tous les anonymes, écrivains et passionnés croisés au fil de la route.

Entre forêts, marais, dinerset bivouacs, Jim Fergus nous entraîne dans une balade sauvage qui révèle « le vrai monde derrière l'Amérique »... (Présentation de l'éditeur)

 

Ce que j'ai aimé :

 

Contrairement aux apparences, ce livre n'est pas un livre sur la chasse mais plus sur le charme des rencontres, les contrées traversées, la chasse n'étant au final qu'un prétexte pour gouter à la "vie sauvage". Paradoxalement aussi, c'est cette même chasse qui permet une harmonie avec la nature  et avec les oiseaux.

 

« Je ne vois aucune raison de m'excuser d'être un chasseur, particulièrement à notre époque. Peut-on éprouver pareil émerveillement – fait de douceur et de mystère – devant des aliments sous film en barquette de polystyrène ? Ou devant les blancs de poulet sans os ni peau qu'on trouve aux étals de boucherie de son supermarché ? » (p. 40)

 

« Ce sont les chasseurs qui accordent une certaine valeur à ces oiseaux et sans cela il n'y en aurait plus, explique Gulion, qui était chercheur dans ce milieu depuis suffisamment longtemps pour avoir compris les réalités de la gestion de la vie sauvage. Sans l'intérêt qu'ils leur portent et la valeur économique qui en résulte, il n'y aurait aucune raison de faire des concessions aux pratiques habituelles de gestion de la forêt. J'espère que les forces anti-chasse ne finiront pas l'emporter, car je vous garantis que ce sera alors le déclin de toute vie sauvage. Il est important que les gens comprennent ça. » (p. 149)

 

Jim Fergus bouscule donc les idées reçues sur la chasse pour nous conter ses pérégrinations à travers différentes régions, en amoureux absolu de son pays et ce cette nature qu'il souhaite protéger et louer.

 

Les recettes en fin de chapitre font saliver et sont comme le point d'orgue des récits et de la philosophie de l'auteur : il prône une vie simple, harmonieuse, comblée par un bon repas, une belle promenade et des rencontres amicales. What else ?

 

« Bécassine grillée

Griller les oiseaux sur des braises de charbon de bois, pendant 6 à 8 minutes. Les retourner fréquemment pendant la cuisson en les arrosant de beurre fondu ou d'huile d'olive mélangée de sauce Worcester, de poivre et de jus de citron. »

 

Ce que j'ai moins aimé :

 

Un peu répétitif et lassant.

 

Premières phrases :

 

« Je ne peux pas vous dire ce qui fait d'un homme un chasseur. Mai si je peux vous révéler comment tout s'est passé pour l'un d'entre eux.

Tout a commencé quand j'étais un petit garçon grandissant dans un faubourg du Midwest. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur :  Mon Amérique de Jim FERGUS

Autre : les romans de Jim Harrison

 

D'autres avis :

 

Babélio

 

Espaces sauvages, Voyage à travers les États-Unis avec un chien et un fusil, Jim Fergus, traduit de l'américain par Nicolas DE TOLDI, Pocket, octobre 2013, 7,8 euros

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