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roman policier francais

La daronne de Hannelore CAYRE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Tolérance zéro, réflexion zéro, voilà la politique en matière de stupéfiants pratiquée dans mon pays pourtant dirigé par des premiers de la classe."


Patience Portefeux, 53 ans, est une femme seule, veuve, devant assumer les frais couteux de sa mère à l'hospice. Elle a travaillé toute sa vie en ayant toujours des difficultés pour boucler les fins de mois. Son métier lui offre alors une opportunité décalée : alors qu'elle pratique des traductions d'écoutes téléphoniques dans les enquêtes des stups et du grand banditisme, un magot lui tombe soudain du ciel. De fil en aiguille, elle devient la Daronne...

Ce roman original et très bien écrit met en scène une héroïne au profit atypique, une femme de 53 ans qui rêvait enfant de collectionner les feux d'artifice, rêve fou que la vie a allègrement piétiné. A l'heure de prendre sa revanche, elle n'hésite pas un instant, tant elle est désabusée par la société et les politiques qui la régissent. L'amoralité du monde qui l'entoure, l'illogique d'un système qui fonctionne à l'envers la pousse à jouer ses propres cartes. Par exemple, si elle travaille pour la police, elle est payée au noir par le ministère. "C'est d'ailleurs assez effrayant quand on y pense, que les traducteurs sur lesquels repose la sécurité nationale, ceux-là mêmes qui traduisent en direct les complots fomentés par les islamistes de cave et de garage, soient des travailleurs clandestins sans sécu, ni retraite. Franchement comme incorruptibilité on fait mieux, non ?

Enfin, moi qui suis corrompue, je trouve ça carrément flippant."

De même, elle reste lucide sur la façon dont est menée la lutte contre la drogue en France : avec cette tolérance 0 et des moyens faramineux déployés pour lutter contre les délinquants, mais, parallèlement et paradoxalement, des français de souche loin d'être irréprochables terrés dans leur campagne et épargnés.

"Quatorze millions d'expérimentateurs de cannabis en France et huit cent mille cultivateurs qui vivent de cette culture au Maroc. Les deux pays sont amis et pourtant ces gamins dont j'écoutais à longueur de journées les marchandages purgeaient de lourdes peines de prison pour avoir vendu leur shit aux gosses de flics qui les poursuivent, à ceux des magistrats qui les jugent ainsi qu'à tous les avocats qui les défendent. Du coup ils deviennent amers et haineux. On ne m'enlèvera pas de l'esprit (même si mon ami flic m'affirme que je me trompe) que cette débauche de moyens, cet acharnement à vider à la petite cuillère la mer de shit qui inonde la France, est avant tout un outil de contrôle des populations en ce qu'elle permet de vérifier l'identité des Arabes et des Noirs dix fois par jour."

Ce que j'ai moins aimé : Le cynisme grinçant de cette anti-héroïne moderne est assez désespérant notamment en ce qui concerne la gestion de la vieillesse et la solitude dans laquelle se meuvent les êtres.

Bilan : Un roman percutant, marquant qui mérite amplement tous les prix obtenus :

Grand Prix de littérature policière - 2017 / Prix Le Point du polar européen - 2017 / Meilleur polar de l'année 2017, selon le Magazine Lire

 

Présentation de l'éditeur : Métailié

D'autres avis : Télérama ; Encordunoir ; Yves

 

La daronne, Hannelore Cayre, Métailié, mars 2017, 171 p., 17 euros

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Quand sort la recluse de Fred VARGAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Pour découvrir qui est cette recluse inclue dans le titre, il faudra attendre avec patience que l'auteure, avec talent, nous emmène dans une direction, puis une autre, prenant plaisir à promener son lecteur au gré de ses intrigues et de ses mots. Elle suit les méandres labyrinthiques de son commissaire préféré, un homme qui va son rythme, ne se presse pas, mais suit son idée fixe sans la lâcher. Il s'aide de la marche pour progresser dans ses pensées : "Les secousses de la marche, de la déambulation, mettent en mouvement les micro-bulles gazeuses qui se promènent dans le cerveau. Elles bougent, se croisent, se cognent; Et quand on cherche des pensées, c'est une des choses à faire."

Il s'attache aux pattes de sa recluse quitte à laisser en route une partie de son équipe. Il ne faudra rien de moins qu'un coup de poing pour remettre les idées en place à un Danglard vacillant, une solution certes un brin violente, mais qui s'avèrera diablement efficace. 

La recluse arrivera doucement sur ses pattes de velours et s'installera au fil des pages, comme un fil conducteur qui tisse sa toile lentement. Ceux qu'elle prendra dans ses rets devront se méfier ...

Comme toujours chez Fred Vargas, les personnages sont bien campés et le plaisir des mots se fait sentir avec des dialogues enlevés et spirituels. Un vrai plaisir !

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

Du même auteur : Temps glaciaires ♥ ♥ ♥ 

D'autres avis : Babélio

 

Quand sort la recluse, Fred Vargas, Flammarion, mai 2017, 480 p., 21 euros

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Grossir le ciel de Franck BOUYSSE

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Les Doges, un hameau perdu au fin fond des Cévennes.  Gus et Abel ont toujours vécu dans cette région désertée et ce sont adaptés à la solitude. S'ils sont voisins, ils ne se cotoient pas pour autant, pas plus que nécessaires, et chacun passe cet hiver dans son domaine, isolé.

"Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l'année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qu disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tout à tout espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le coeur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles." p. 9

L'hiver se ressent au plus profond des êtres et des âmes, tant les humains là-bas s'adaptent à leur environnement, ne faisant qu'un avec la terre qu'ils labourent. Leur accord est tellement intense avec la nature, que le jour où Gus rencontre un jeune faon mourant, il reste à ses côtés jusqu'à la fin, en lui parlant. 

Mais ce jour-là, des évènements étranges vont déranger le quotidien routinier de Gus, et d'interrogations en interrogations, il se plonge alors dans son passé...

"Gus pensait que c'était décidément une drôle de journée, avec tous ces souvenirs qui s'amenaient, comme des vols de corneilles sorties du brouillard. Des souvenirs dont on ne sait jamais où ils mènent, ni même si ça fait du bien de les avoir, mais qui ressurgissent et s'imposent, sans crier gare"

Des secrets tapis dans les campagnes surgissent alors, sans crier gare, la violence s'invite, la rage palpite au milieu des solitudes. A trop rester esseulés, les êtres ont tendance à inviter la belle et traitresse imagination dans leur foyer, à leurs risques et périls. Même les visiteurs occasionnels planent tels des anges de l'apocalypse.

Dans ce roman atypique, chaque expression est travaillée, en relation avec la terre, les paysans. La psychologie affinée de ces deux bougres les rend attachants au-delà de leurs contradictions. Leur histoire nous porte plus loin qu'une simple intrigue policière, et nous parle de la vie et ses revers, de la vie et ses surprises, de la vie comme elle va, parfois, cahin-caha.

Ce que j'ai moins aimé : la fin, confuse et un peu précipitée, tout à coup tout se dénoue, alors que jusqu'ici les noeuds qui faisaient l'intérêt du roman étaient subtils et lentement amenés.

Bilan : un roman original.

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

 

Dans la sélection du prix polar SNCF et il est possible ce mois-ci de le découvrir en format numérique ici  : https://e-livre.sncf.com/page/prix-polar-2017

 

Grossir le ciel, Franck Bouysse, Le livre de poche, 240 p., janvier 2016, 6.90 euros

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Cadres noirs de Pierre Lemaitre

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

 Alain Delambre, est un cadre de 57 ans au chômage depuis quatre ans. Ainsi quand un beau jour il est convoqué à un entretien d'embauche, il décide de mettre toutes les chances de son côté. Et pourtant, l'entretient d'embauche d'un nouveau genre répugne à sa femme : il s'agit de participer à un jeu de rôle sous la forme d'une prise d'otages... Sa dignité est en jeu, Alain n'hésite pas.

Toute la première partie du roman présente le point de vue de Alain, cet homme désoeuvré pour qui le travail représente une voie vers le bonheur après tant d'années à errer et à courir après l'argent. Trouver un travail est pour lui une chance salvatrice car cela lui permettrait de payer les traites, "des vacances, des sorties, des inscriptions à la fac, les voitures et la certitude que notre travail appliqué, résolu, nous fournissait la récompense à laquelle nous avions droit." p. 105

Cette nécessité est tellement prégnante qu'Alain bascule peu à peu, et lance une machine qu'il ne peut plus freiner. Hanté par un sentiment d'humiliation ou d'injustice, reclus dans une extrême solitude, armé, Alain n'a plus rien à perdre...

Au moment où le récit s'alourdissait sous le poids des actions d'Alain, l'auteur opère un choix de maitre en quittant son personnage alourdi pour choisir un nouveau point de vue. Et il cumule ensuite les renversements, les surprises, les manipulations, prenant un malin plaisir à surprendre son lecteur. Incidemment, il le mène à porter un regard neuf et désabusé sur notre société moderne régie par des logiques absurdes...

"L'autre jour, il m'est revenu un truc que Charles m'avait dit (lui, avec ses sentences...) : "Si tu veux tuer un homme, commence par lui donner ce qu'il espère le plus. Le plus souvent, ça suffit." p. 441

Ce que j'ai moins aimé :

- Une première partie un peu longue.

- Un style peu travaillé : "Ils ont dû, commente la note, se rencontrer dans une circonstance professionnelle, genre séminaire, salon, etc." p. 165

Bilan : Un roman policier diablement efficace !

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : Trois jours et une vie, Au revoir là-haut, Au revoir là-haut en BD

 

Cadres noirs, Pierre Lemaître, Le livre de poche, mars 2011, 448 p. , 7.60 euros

 

Merci à Pauline pour le prêt !

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Pur de Antoine CHAINAS

Publié le par Hélène

"Ce ne sont pas les races ni les religions qui nous posent problème, mais la misère."

Tout commence par une sortie de route. Patrick Martin recouvre ses esprits après un accident de voiture qui a couté la vie à sa femme. Or les circonstances de l'accident restent vagues : ont-ils subi les tirs de deux arabes avec qui ils s'étaient disputés un peu plus tôt dans le voyage sur une aire d'autoroute ? Ont-ils été tué par "le tueur de l'autoroute" qui prend pour cible habituellement des arabes ? Se sont-ils violemment disputés ce qui aurait occasionné une sortie de route ? Dans ce monde aseptisé, les politiques s'empressent de récupérer l'accident pour créer un climat insurrectionnel propre à renforcer le rôle de la police judiciaire dans la ville.

Le point de vue des personnages alterne entre Durantal, flic obèse, Alice, jeune policière arriviste, Julien, jeune homme vivant dans l'ombre d'un père tyrannique, et Patrick, qui semble cacher des éléments.

Dans cette légère dystopie, les français vivent dans des résidences sécurisées, puisque la sécurité et l'ostracisme sont devenus des sujets de préoccupation essentiels. Chacun surveille son prochain par un système pointu de vidéosurveillance sur laquelle on peut se brancher en permanence chez soi pour encourager les dénonciations de ceux qui troubleraient cet ordre quasi totalitaire.

Un roman glaçant d'un monde perdu dans ses dérives...

Ce que j'ai moins aimé :

Je l'ai trouvé relativement long, doté de personnages peu attachants, assez froids. Le manque de lumière prégnant déshumanise et les personnages et l'intrigue.

Bilan : Un roman qui colle à l'actualité et est utile dans sa dimension politique, mais reste décevant dans sa dimension policière.

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : Babélio ; Télérama

 

Ce roman appartient à la sélection du Prix SNCF du polar et il est accessible ce mois-ci en ligne en format numérique sur le site de la SNCF

Voici certains des autres titres :

Catégorie Roman :

Gravesend de William BOYLE

911 de Shannon BURKE

Catégorie Courts métrages :

Ici

Catégorie BD :

L'été Diabolik de Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse

Watertown de Jean-Claude GOTTING

Chaos debout à Kinshasa de Thierry Bellefroid et Barly BERUTI

 

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La montagne rouge d'Olivier TRUC

Publié le par Hélène

♥ ♥

Dans le Sud de la Laponie des ossements humains sont retrouvés. Leur datation devient un enjeu déterminant alors que se déroule un procès décisif à la cour suprême de Stockholm : il oppose des forestiers et des éleveurs de rennes lapons déchirés pour savoir à qui appartiennent les terres ancestrales de leur région. Qui était là en premier ? De fait, l'origine des ossements est cruciale : sont-ils suédois ou samis ?  Qui a le droit légitime d'occuper ces terres ?

La montagne rouge est le troisième tome des aventures de la police des rennes mené d'une main de maître par le duo de choc Klemet et Nina. Cet épisode se concentre davantage sur les aspects ethnologiques, fournissant un plaidoyer en faveur du peuple ancestral lapon.

Ce que j'ai moins aimé : La montagne rouge est plus un roman ethnologique que policier : l'intrigue est lente, ralentie par toutes les considérations anthropologiques passionnantes du reste, mais qui tiennent davantage du documentaire ou de l'essai que du roman.

Bilan : un opus qui s'adresse davantage aux amateurs d'ethnologie qu'aux lecteurs friands d'intrigue policière.

 

Présentation de l'éditeur : Métailié

Du même auteur : Le dernier lapon ; Le détroit du loup

 

La montagne rouge, Olivier Truc, Métailié, octobre 2016, 512 p., 21 euros

Merci à l'éditeur

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Une putain d'histoire de Bernard MINIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Prix Cognac du meilleur roman francophone

Henry, 17 ans, vit avec ses deux mères adoptives sur l'île de Glass Island dans l'état de Washington, lieu battu par les vents, cerné par la brumes 360 jours par an et uniquement accessible par ferry. C'est sur une de ses plages que la petite amie de Henry, Naomi, est retrouvée morte, assassinée. Les soupçons se portent immédiatement sur le jeune homme, d'autant plus que peu de temps avant sa disparition, une violente dispute a éclaté entre les deux amoureux. Accompagnés de ses amis, Charlie, Johnny, KaylaHenry décide de mener lui aussi l'enquête afin de se disculper. Commence alors une plongée dans l'univers intime des habitants de l'île, plongée fascinante tant chacun cache des secrets inavouables... 

"Nous sommes tous des menteurs. Nous déguisons, nous falsifions, nous modifions, nous comblons les vides. Nous sommes tous des mythomanes ; il n'y a que le degré de mythomanie qui change." p. 398

Sur cette île coupée du monde, balayée par les vents et par une pluie insidueuse qui s'immisce dans les esprits et dans les coeurs, les identités des uns et des autres sont fluctuantes et dans ce contexte, le coupable sera difficile à cerner...

http://alexavancouver.blogspot.fr/

Parallèlement, Henry est recherché par son vrai père qui use de tous les moyens modernes pour traquer ce fils qu'on lui a enlevé. Ainsi, sont pointés du doigt les dangers du net et la surveillance de l'état omniprésente incluant l'absence de vie privée de plus en plus prégnante, et la possibilité d'espionner qui on le souhaite, même en n'étant qu'un hacker débutant, par l'intermédiaire de nos téléphones, ordinateurs... 

"Les gens sont naïfs... La plupart évoluent dans le cyberespace comme des touristes américains qui, dans un rade mexicain, poseraient leurs portefeuilles, leurs clés de voiture et leurs cartes bancaires sur la table." p. 483

Malgré quelques invraisemblances, cette putain d'histoire au suspens haletant est difficile à lâcher !!

 

Présentation de l'éditeur : Pocket 

D'autres avis : Alex 

Du même auteur : Le cercle

Site de l'auteur http://bernard-minier.com/

 

Une putain d'histoire, Bernard Minier, Pocket,  mai 2016, 598 p., 8.20 euros

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Condor de Caryl FEREY

Publié le par Hélène

Lorqu'il faisait des recherches pour son précédent roman Mapuche, Caryl Ferey a trouvé tellement de matière qu'il a décidé d'en garder pour son prochain roman, Condor, qui sort ce mois-ci. A la différence de Mapuche qui se déroulait en Argentine, celui-ci se passe au Chili, pays bien moins gai et festif, plombé par les années de dictature répressive de Pinochet. Bouleversé par l'Histoire, par ses horreurs et par l'inhumanité de certains êtres qui se prétendent pourtant humains, l'auteur choisit de planter son décor dans une réalité sociale et politique désabusée. Néanmoins il met ici l'accent sur des jeunes qui portent en eux l'espoir de voir refleurir un monde nouveau, cette génération qui n'a pas connu directement les exactions du dictateur. Ainsi Gabriela est-elle une femme pleine de vie qui va enquêter sur la mort mystérieuse de plusieurs jeunes de quartiers. Pour mener sa croisade, elle demande l'aide d'Esteban, avocat spécialiste des causes perdues. Les deux acolytes plongent alors dans les bas-fonds de Santiago, dans des quartiers gangrénés par la drogue et la corruption. Leur enquête les mènera jusqu'aux confins du désert de l'Atacama.

Malgré ce fond social et politique passionnant, fruit de plusieurs années d'investigation par l'auteur sur place, le roman traîne en longueur, ne parvenant pas à s'élever suffisamment vers une pureté romanesque. Et pourquoi vouloir à tout prix placer une pseudo histoire d'amour ? Pourquoi tant de mièvrerie au coeur d'une intrigue si violente et intense ? Pourquoi des passages comme celui-ci :

"Sa main caressa sa joue, une seconde magnétique. Gabriela frissonna sur le siège tandis qu'Esteban remettait la gomme -maintenant c'était sûr, elle était amoureuse de lui." p. 180

"Tiens, dit Esteban, j'ai ramassé ça pour toi.

Il lui tendit un petit galet poli en forme de coeur." 

Pourquoi décrire à chaque page la façon dont sont habillés les personnages -surtout les filles- 

"Gabriela avait revêtu un jean moulant et un tee-shirt de fille qui soulignait la fluidité de ses bras." p. 43

"La jeune fille portait une robe bleue à motifs, une paire de ballerines assorties en plastique imitation lézard et un collier d'argent mapuche sur un décolleté que son cardigan noir peinait à cacher." p.72

"Véra portait un legging noir et un petit pull en laine de même couleur les cheveux détachés." p. 229

Pourquoi ces dialogues creux : 

"- Putain, faut que je pisse quelque part, annonça daddy.

- Pas sur ma gueule ! s'esclaffa une voix sous un masque.

Les autres pouffèrent, par habitude." p. 47

Pourquoi ces expressions stéréotypées comme  "l'effet dynamisant du pisco sour, de ses yeux bleu pétrole, du temps qui doucement se délitait." p. 129

La fin du roman aux allures de western rattrape quelque peu les passages laborieux, éclairés de surcroît par la culture mapuche de la jeune Gabriela, apprentie chamane. Mais ce ne sera pas suffisant pour le sauver ... 

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

D'autres avisL'ExpressLes échosTélérama Bibliobs 

Du même auteur : Mapuche

 

Condor, Caryl Ferey, Gallimard, série noire, 2016, 416 p., 19.50 euros

tous les livres sur Babelio.com

 

Merci à Babelio et aux Editions Gallimard qui m'ont permis de rencontrer l'auteur. Concernant la rencontre c'est ICI

 

Je joins un extrait d'une lecture musicale qui a eu lieu récemment à la maison de la poésie : dans le roman, l'un de sprotagonistes écrit un roman dans lequel il livre une allégorie du Chili, premier pays néolibéral après le coup d'état de Pinochet en 1973. Les personnages dépeints, victimes de la dictature, évoluent dans un champ de ruines qui ressemble furieusement au Chili d'aujourd'hui. 

Lecture, chant : Bertrand Cantat - Machines, basses : ManuSound - Guitare : Marc Sens - Ingénieur du son : Eddy Josse

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Pauline d'Alexandre DUMAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Pauline, paru en 1838, est l'un des premiers romans d'Alexandre Dumas dans lequel on trouve en filigrane les grands ressorts de son oeuve romanesque.

Le narrateur reçoit le récit d'Alfred de Nerval, un peintre ami qui lui raconte l'histoire de Pauline, jeune femme mystérieuse qui se dérobe aux yeux du narrateur et des autres, comme si elle craignait d'être reconnue. Que cache-t-elle ? Alfred brosse le portrait d'une jeune femme innocente et pure que les hasards de l'existence auront mis en présence d'un être sombre, le comte Horace de Beuzeval, homme fascinant dont l'"âme est un abîme d'où rien ne sort" mais qu'elle épousera par aveuglement. 

Sous l'influence de Walter Scott, Alexandre Dumas écrit ici un roman gothique avec des tempêtes, des abbayes en ruines, des passages secrets,  des amitiés tout aussi secrètes, des crimes violents, une femme enterrée vivante, des êtres diaboliques... Comme dans les romans gothiques "Personne n'ignore par expérience que le danger inconnu est mille fois plus saisissant et plus terrible que le péril visible et matérialisé." 

Mais Pauline résonne aussi d'accents romantiques avec l'importance accordée à la nature, le lyrisme brûlant de certains passages, l'amour platonique d'Alfred et la sensibilité de Pauline. Les héros sont des êtres soumis au mal du siècle, riches, mais trainant leur désoeuvrement, des personnages las de leur environnement. 

"Le grand malheur de notre époque est la recherche du romanesque et le mépris du simple. Plus la société se dépoétise, plus les imaginations actives demandent cet extraordinaire, qui tous les jours disparaît du monde pour se réfugier au théâtre ou dans les romans ; de là, cet intérêt fascinateur qu'exercent sur tout ce qui les entoure les caractères exceptionnels." p. 104

Par le biais d'aventures passionnantes placées sous l'égide d'un mystère envoûtant, Pauline propose un habile portrait de la société contemporaine. Un récit peu connu de l'auteur à redécouvrir !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Babélio

 

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Temps glaciaires de Fred VARGAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Etranger, toi qui foules cette terre, prends garde aux vices immondes des hypocrites infâmes."

Tout commence par le suicide d'une vieille dame. L'affaire pourrait être classée si un signe étrange n'apparaissait pas à ses côtés, signe qui tenderait à prouver que la vieille dame n'était pas seule pour quitter le monde. L'inspecteur en charge de l'enquête fait appel à Adamsberg et son équipe de fins érudits pour déchiffrer le signe en question et valider ses doutes. D'autres meurtres-suicides suivent alors. Adamsberg et ses collègues se trouvent ainsi plongés dans une nouvelle enquête aux ramifications multiples, enquête que l'on pourrait qualifier d'une "pelote d'algues" "c'est une grosse pelote d'algues enchevêtrées. Et sèches. Il n'y a pas de route dans ces trucs-là. Et c'est lui qui l'as fabriqué. Et quand on croit qu'on y trouve un sens, il réembobine la pelote autrement." 

Deux pistes distinctes se profilent en effet : la première rejoint l'Islande, pays où la vieille dame a vécu un aventure traumatisante, et l'autre piste les mène en plein Paris, le Paris de la Terreur instaurée par Robespierre, période qu'une étrange association se plaît à faire revivre lors de reconstitutions historiques plus vraies que nature. Adamsberg ne se décidera pas à trancher entre l'une ou l'autre piste, déstabilisant ses collègues par ses va-et-vient incessants :  

"0n a laissé tombé l'Islande, rappela Mercadet avec fermeté.

- Totalement, approuva Adamsberg. Justin, faites tout de même vérifier son passeport." p.192

Un appel venu d'ailleurs le mènera jusqu'aux rives islandaises : l'afturganga, sorte de fantôme islandais a fait entendre son appel et Adamsberg a rappliqué parce que "quand un afturganga te convoque, t'as drôlement intérêt à obéir." et "L'afturganga ne convoque jamais en vain. et son offrande conduit toujours sur un chemin." Il faudra nénamoins un ou une colosse humaine pour venir à bout de cet afturganga..

Les inconditionnels de Fred Vargas retrouveront avec plaisir la joyeuse équipe de Adamsberg : Danglard l'hypermnésique érudit, Rétancourt, colosse humain, Veyrenc et sa chevelure atypique, Mercadet qui s'endort soudainement n'importe où, n'importe quand, Vaisenet, Mordent et Noël. Ceux qui ne connaissaient pas cette auteure originale découvriront des personnages cocasses, tels Célestine et son sanglier, des dialogues truculents dignes de Audiard et surtout un univers érudit documenté. Qu'il s'agisse de Robespierre et des séances de l'assemblée nationale ou de l'Islande et ses légendes, l'intrigue se nourrit de la culture et de l'intelligence de l'auteure. 

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion 

D'autres avis : sur Babélio

 

Temps glaciaires, Fred Vargas, Flammarion, mars 2015, 490 p., 19.90 euros

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