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23 articles avec theatre

Turcaret de LESAGE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Turcaret est un ancien domestique devenu un riche financier. Il en profite pour tromper son monde sans scrupules. Il est tout dévoué à une Baronne à qui il offre sa prodigalité, mais celle-ci est elle -même amoureuse d'une jeune et fringant chevalier.

Cette comédie enlevée est digne de celles offertes par Molière. Finalement, tout le monde est lésé, les tromperies sont réciproques, les défauts de chacun leur vaudront une leçon.

"J’admire le train de la vie humaine. Nous plumons une coquette, la coquette mange un homme d’affaires, l’homme d’affaires en pille d’autres : cela fait un ricochet de fourberies le plus plaisant du monde. "

Lesage en profite pour faire la satire des fortunes improvisées, il critique âprement les usuriers dans une comédie au rythme dynamique et aux répliques cinglantes.

Une agréable découverte !
 

Du même auteur : Le diable boiteux

Publié dans Théâtre

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Hernani de Victor Hugo

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

« La vengeance est boiteuse, elle vient à pas lents, mais elle vient. »

L'intrigue se situe au moment où Don Carlos devient Charles Quint, soit le monarque le plus puissant de l'histoire de l'Occident, un moment historique marquant. Mais l'histoire est ici envisagée du point de vue de l'individu, elle s'incarne dans un individu déterminé, ici le personnage de Hernani. Héros romantique par excellence, c'est la passion amoureuse qui le pousse en avant, qui incarne en lui une force qui l'oblige à agir. Au coeur de cette passion, Dona Sol, promise à don Ruy Gomez et également courtisée par le roi Don Carlos, mais amoureuse de Hernani. Ces hommes vont s'affronter, sommés de choisir entre honneur et passion. Mais un roi peut-il ne pas être mauvais ? La souveraineté ne réclame-t-elle pas quelques violences ? Tout comme la vengeance ?

Victor Hugo tire son sujet d'une vieille chronique espagnole et mélange savamment dans sa pièce le grotesque et le sublime, posant ainsi les premiers jalons de son théâtre romantique. Entre février et novembre 1830, la bataille d'Hernani a fait rage chaque soir au Théâtre-Français, opposant les anciens aux modernes, adeptes des romantiques. Quand les uns huaient la pièce, les autres tentaient de la soutenir.

Hernani. Les feux de la rampe. 1830. Source : BnF/Gallica

Non seulement cette pièce est marquante car elle est un tournant dans l'histoire du théâtre français, mais aussi en raison de ses personnages emblématiques à la fois comiques et tragiques, pathétiques, si proches de l'humain.
 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : Le dernier jour d'un condamnéRuy Blas

Publié dans Théâtre

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Tous des oiseaux de Wajdi MOUAWAD

Publié le par Hélène

♥ ♥

Eitan, juif allemand et Wahida, arabe américaine se rendent en Israël sur les traces de leurs origines, mais sur le pont Allenby, entre Israël et la Jordanie, Eitan est victime d’une attaque terroriste et tombe dans le coma. Défilent alors devant lui ses parents, ses grands-parents, et les non dits liés à l'Histoire éclatent ...

Dans cette pièce, Wajdi Mouawad revient sur ses thèmes de prédilection, l'héritage culturel et générationnel de chacun, et la difficulté de se construire une identité face à cette mosaïque que nous laissent en héritage nos parents. De surcroît, les êtres doivent s'adapter face à un monde souvent violent, puisque son évoqués ici, entre autres, l'idéologie nazie, le conflit israélo palestinien, la guerre du Liban en 1982... Mais l'histoire du monde ne s'arrête pas à la frontière de son pays, et tout un chacun est issu de cette histoire du monde. Les hommes sont "tous des oiseaux", fruits de diverses cultures, de rencontres improbables... La pièce est ainsi jouée en plusieurs langues, signifiant qu'il faut savoir passer d’un monde à l’autre, d’une langue à l’autre.

Sommes nous finalement condamnés à reproduire ce que notre peuple a vécu, , sommes-nous condamnés à reproduire l'histoire de nos parents ? Wajdi Mouawad s'attache à comprendre l'autre, qu'il soit ami ou ennemi parce que l'histoire l'a décidé. Il nous guide peu à peu vers l'humanité d'un monde enfin réconcilié...

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Du même auteur : Anima ♥ ♥ ♥ ; Incendies ♥ ♥ ♥ (Théâtre)

 

Publié dans Théâtre

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Lucrèce Borgia de Victor HUGO

Publié le par Hélène

♥ ♥

Lucrèce Borgia, fille et sœur de papes, est considérée comme un monstre politique. Capable des pires ignominies, elle a la réputation d'assassiner sans vergogne quiconque se mettra au travers de sa route. Un seul être semble bénéficier de sa clémence, son fils, Gennaro, qui ignore que sa mère est cette femme cruelle. Lucrèce Borgia veut racheter son passé et laver cette image par le biais de sa maternité.

Si Lucrèce Borgia apparait bien comme une femme monstrueuse, tyrannique, manipulatrice et profondément égoïste, elle gagne en humanité par son amour pour Gennaro qui la hisse vers le sublime cher à Hugo. Elle incarne le personnage tragique, prisonnière de cette image liée aux Borgia, condamnée à un destin sanguinaire, mais aspirant à s'en éloigner. Gennaro est son opposé, profondément bon et pur, dévoué à ses amis, il incarne les valeurs héroïques du romantisme.

Victor Hugo a écrit cette pièce en 11 jours, entre le 9 et le 20 juillet 1832 pour pallier à l'interdiction du Roi s'amuse. La pièce est un triomphe, jouée tout au long du XIXème siècle, elle atteint la postérité et inspire encore aujourd'hui, tel Denis Podalydès qui l'a mise en scène à le Comédie Française.

 

Présentation de l'éditeur : Hatier ; Flammarion ;

Du même auteur : Le dernier jour d'un condamnéRuy Blas ;

Publié dans Théâtre

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On purge bébé de Georges FEYDEAU

Publié le par Hélène

♥ ♥

Cette pièce drôlissime met en scène un couple de bourgeois, les Follavoine. Monsieur, détenteur du brevet de la porcelaine incassable (en théorie) attend la visite de M. Chouilloux, chargé par l'état de sélectionner le futur pot de chambre qui doit équiper l'armée française. Madame est quant à elle préoccupée par les problèmes intestinaux de son fils Toto, et c'est pour partager ses angoisses qu'elle rend visite à son mari en bigoudis et robe de chambre, accompagnée de son pot de chambre qu'elle s'apprêtait à vider.

Derrière les aspects scatologiques se cache une profonde réflexion sur la société bourgeoise du début XXème. Toto annonce le futur enfant roi qui tient tête à ses parents et est au centre des préoccupations du couple, ciment du couple, il est aussi la cause des dissensions. Feydeau aborde aussi la condition féminine et le rôle respectif des mères et des pères, quand les unes gèrent la santé et l'alimentation saine et les autres le savoir, même si le savoir paternel et l'autorité maternelle restent finalement chancelants. La médiocrité, la mesquinerie et l'hypocrisie sont impitoyablement épinglées dans ce conflit de couple admirablement bien orchestré.

Un vaudeville à redécouvrir !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Publié dans Théâtre

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Incendies de Wajdi MOUAWAD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Ne haïr personne, jamais, la tête dans les étoiles, toujours."

Quand le notaire Lebel lit aux jumeaux Jeanne et Simon le testament de leur mère Nawal, ils découvrent avec surprise qu'ils ont un frère et que leur père qu'ils croyaient mort est vivant. Leurs destins se trouvent bouleversés par ces révélations qui les poussent vers la découverte de leur identité. Ils remontent alors aux sources de leur enfance, lors de la guerre civile au Liban.

En 2011, lors d'une rencontre avec Josée Lambert, une photographe québécoise, Wajdi Mouawad entend parler de Souha Bechara, militante libanaise pendant la guerre civile qui a tenté, en 1988, s'assassiner Antoine Lahad, chef des milices chrétiennes du Sud Liban. Elle fut alors incarcérée pendant dix ans dans une prison. Ce témoignage et l'histoire de cette femme touche profondément Wajdi Mouawad : lui aussi a passé son enfance au Liban qu'il quitte à l'âge de 8 ans pour échapper aux conflits qui s'intensifient entre les communautés de son pays. A partir de cette femme, il imagine le portrait de Nawal. Nawal est cette femme qui cherche à casser le fil de la haine, le cercle infernal de la violence, parce que sa grand-mère lui a ordonné d'apprendre à lire et écrire pour sortir de la misère et de la haine.
"Nous, [...] les femmes de notre famille, sommes engluées dans la colère depuis si longtemps ; j'étais en colère contre ma mère et ta mère est en colère contre moi tout comme tu es en colère contre ta mère. Toi aussi tu laisseras à ta fille la colère en héritage. Il faut casser le fil. Alors apprends... apprends à lire, à écrire, à compter, à parler : apprends à penser. Nawal. Apprends."

"Nous n'aimions pas la guerre ni la violence, nous avons fait la guerre et avons été violents. A présent , il nous reste encore notre possible dignité. Nous avons échoué en tout, nous pourrions peut-être sauver encore cela : la dignité."

L'écriture est un moyen pour l'auteur de retrouver le monde, un monde arraché par la guerre, par l'Histoire, les mots permettant de se lover à nouveau dans le monde de l'enfance et de l'enchantement.

"J'ai compris qu'il fallait choisir : ou je défigure le monde ou je fais tout pour le retrouver."

L'importance de la parole, du dialogue est en effet au centre du récit. Quand Hermile raconte un élément clé de la vie de Nawal que les enfants ne connaissent pas, Jeanne demande pourquoi Nawal lui a raconté cela, à lui, et non à eux. A quoi l'homme répond "Parce que je lui ai demandé !". Les êtres se livrent à ceux qui écoutent, non à ceux qui redoutent la parole. Cette parole est nécessaire pour dire, pour comprendre. Les discussions entre Nawal et Nawda agissent comme un miroir : deux faces, deux choix face à la guerre. Deux personnages que l'on comprend, que l'on approuve et désapprouve, dont les arguments résonnent en nous. N'est-il pas préférable dans ce cas de  ne haïr personne, de ne pas prendre parti car "Tout parti est faillible et possible, aveugle et cohérent, rival et né d'un même sang." (postface Charlotte Farcet) ?

"Au journaliste qui me demandait quelle était ma position dans le conflit du Proche-Orient, je n’ai pas pu lui mentir, lui avouant que ma position relevait d’une telle impossibilité que ce n’est plus une position, c’est une courbature. Torticolis de tous les instants.
Je n’ai pas de position, je n’ai pas de parti, je suis simplement bouleversé car j’appartiens tout entier à cette violence. Je regarde la terre de mon père et de ma mère et je me vois, moi : je pourrais tuer et je pourrais être des deux côtés, des six côtés, des vingt côtés. Je pourrais envahir et je pourrais terroriser. Je pourrais me défendre et je pourrais résister et, comble de tout, si j’étais l’un ou si j’étais l’autre, je saurais justifier chacun de mes agissements et justifier l’injustice qui m’habite, je saurais trouver les mots pour dire combien ils me massacrent, combien ils m’ôtent toute possibilité à vivre.
Cette guerre, c’est moi, je suis cette guerre. C’est un «je» impersonnel qui s’accorde à chaque personne et qui pourrait dire le contraire ? Pour chacun le même désarroi. Je le sais. J’ai marché toute la nuit à la faveur de la canicule pour tenter de trouver les mots, tous les mots,tenter de dire ce qui ne peut pas être dit. Car comment dire l’abandon des hommes par les hommes ? Ébranlés, ébranlés. Nous sommes ébranlés car nous entendons la marche du temps auquel nous appartenons et aujourd’hui, encore, l’hécatombe est sur nous.
Il n’y a que ceux qui crient victoire à la mort de leurs ennemis qui tirent joie et bonheur de ce désastre. Je ne serai pas l’un d’entre eux même si tout concourt à ce que je le sois. Alors justement, comment faire pour éviter le piège ? Comment faire pour ne pas se mettre à faire de la politique et tomber ainsi dans le discours qui nous mènera tout droit à la détestation ?
Je voudrais devenir fou pour pouvoir, non pas fuir la réalité mais, au contraire, me réclamer tout entier de la poésie. Je voudrais déterrer les mots à défaut de ressusciter les morts. Car ce n’est pas la destruction qui me terrorise, ce ne sont pas même les invasions, non, car les gens de mon pays sont indésespérables malgré tout leur désespoir et demain, j’en suis sûr, vous les verrez remettre des vitres à leurs fenêtres, replanter des oliviers, et continuer, malgré la peine effroyable, à sourire devant la beauté. Ils sont fiers. Ils sont grands. Les routes sont détruites ? Elles seront reconstruites. Et les enfants, morts dans le chagrin insupportable de leurs parents, naîtront encore. Au moment où je vous écris, des gens, là-bas, font l’amour. Obstinément.
Je les connais. Ils ont trouvé une manière de gagner qui consiste à perdre et cela dure depuis 7000 ans (...) Ce qui est terrifiant, ce n’est pas la situation politique, c’est la souricière dans laquelle la situation nous met tous et nous oblige, face à l’impuissance à agir, à faire un choix insupportable : celui de la haine ou celui de la folie."

Wajdi Mouawad, Le Devoir,
juillet 2006, extraits.

Un texte essentiel, pur, dur, pour aller au-delà de la haine... Enfin.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Du même auteur : Anima

 

Publié dans Théâtre

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Les caprices de Marianne de Alfred de MUSSET

Publié le par Hélène

♥ ♥

"-Que tu es heureux d'être fou !
- Que tu es fou de ne pas être heureux !"

Le jeune Coelio est amoureux de la belle Marianne, mariée au vieux juge Claudio. Coelio ne sachant pas manier l'art de la langue, demande de l'aide à son ami Octave pour plaider sa cause auprès de sa belle. Marianne se laisse attendrir par les mots d'Octave et se décide à prendre un amant... Mais lequel ?

Coelio est un être sincère, simple, représentant du héros romantique mélancolique trouvant difficilement sa place dans ce siècle. Pour l'aider, Octave, libertin qui profite des plaisirs de la vie sans croire à grand chose mais reste fidèle à Coelio.

"OCTAVE. - Figure-toi un danseur de corde, en brodequins d'argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre ; à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisans ; toute une légion de monstres se suspendent à son manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l'équilibre ; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ; une nuée de prédictions sinistres l'aveugle de ses ailes noires. il continue sa course légère de l'orient à l'occident. S'il regarde en bas, la tête lui tourne ; s'il regarde en haut, le pied lui manque. Il va plus vite que le vent, et toutes les mains tendues autour de lui ne lui feront pas renverser une goutte de la coupe joyeuse qu'il porte à la sienne, voilà ma vie, mon cher ami ; c'est ma fidèle image que tu vois."

Illustrations pour les oeuvres d’Alfred de Musset / Eugène Lami, peintre ; Adolphe Lalauze, graveur. 1883. Source : BnF/Gallica

Marianne quant à elle est une femme décidée, peu encline à se laisser dicter sa conduite par qui que ce soit, portant sa liberté comme un étendard.

"Marianne : N'est-ce pas une chose bien ridicule que l'honnêteté et la foi jurée ? Que l'éducation d'une fille, la fierté d'un cœur qui s'est figuré qu'il vaut quelque chose, et qu'avant de jeter au vent la poussière de sa fleur chérie, il faut que le calice en soit baigné de larmes, épanoui par quelques rayons de soleil, entrouvert par une main délicate ?
(...) Qu'est-ce, après tout, qu'une femme ? L'occupation d'un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu'on porte à ses lèvres et qu'on jette par-dessus son épaule. Une femme ! C'est une partie de plaisir ! Ne pourrait-on pas dire quand on en rencontre une: voilà une belle nuit qui passe ?"

"MARIANNE- [...]
Si je me rends, que dira-t-on de moi ? N'est-ce pas une femme bien abjecte que celle qui obéit à point nommé, à l'heure convenue, à une pareille proposition ? Ne va-t-on pas la déchirer à belles dents, la montrer au doigt et faire de son nom le refrain d'une chanson à boire ? Si elle refuse, au contraire, est-il un monstre qui lui soit comparable ? Est-il une statue plus froide qu'elle, et l'homme qui lui parle, qui ose l'arrêter en place publique son livre de messe à la main, n'a-t-il pas le droit de lui dire : vous êtes une rose du Bengale sans épines et sans parfum ?"

Quel plaisir de retrouver la langue de Musset, ces joutes verbales si savamment menées ! L'art du langage est porté à son apogée à travers les échanges entre Octave et Marianne. Ce drame oscillant entre comédie et tragédie est à relire encore et encore pour nous rappeler que "on ne badine pas avec l'amour"...

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : On ne badine pas avec l'amour

Les Caprices de Marianne sur le site de l’INA

Mise en scène pour la télévision par Claude Loursais, en octobre 1962. Lien vers le site de l’INA (extrait gratuit, version intégrale payante)

Mise en scène pour la télévision par Georges Vitaly, en juin 1970.
Lien vers le site de l’INA (extrait gratuit, version intégrale payante)

Dossiers pédagogiques

Dossier Pièce (dé)montée à propos de la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia n° 202 – mars 2015. Lien vers le site de Canopé

Lien vers le dossier de presse du Théâtre de la Tempête,  mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia (2016). Lien vers le site du théâtre.

Publié dans Théâtre

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Les mouches de Jean-Paul SARTRE

Publié le par Hélène

"Car je suis un homme, Jupiter, et chaque homme doit inventer son chemin."

Alors qu'Agammemnon et Clytemnestre règnent sur la ville d'Argos, Egisthe et Clytemnestre, fomentent l'assassinat du roi pour vivre au grand jour leurs amours illicites. Après le meurtre sanglant, les mouches envahissent la ville, incarnant les remords des habitants. Oreste, le fils d'Agammemnon et Clytemnestre revient à cette période dans la ville. Il ne révèle pas son identité, préférant se faire passer pour Philèbe, habitant de Corinthe. Il retrouve sa soeur Electre, malmenée par le couple royal. Le rôle d'Oreste se dessine peu à peu : il se doit de venger la mort de son père et d'assassiner Clytemnestre, sa mère et son amant Egisthe. Seul contre tous, il prend les armes pour délivrer la cité.

Oreste devra faire des choix cruciaux : à partir du moment où il se défait de l'influence de Jupiter, il devient libre, libre de ses choix, libre d'être qui il souhaite. Mais le prix à payer est sa solitude... En effet, les mouches peuvent personnifier la tyrannie. Un seul homme peut résister, même s'il y a un prix à payer, comme Jean dans Rhinocéros de Ionesco, comme Diego dans L'état de siège de Camus. Mais l'espoir est permis car l'effort d'un seul peut changer la donne.

Jean-Paul Sartre explique : « Ce que j’ai voulu démontrer dans Les Mouches, c’est qu’il faut être lucide pour pouvoir dépeindre la liberté individuelle des comédies où elle se perd. Et le seul outil possible dans ce cas, c’est la responsabilité. Il faut savoir juger du degré de responsabilité individuelle que nous mettons dans nos actes. C’est ce que vivra d’ailleurs Oreste. Oreste ne prendra pas conscience qu’il peut être libre, mais qu’il l’est. Si j’ai utilisé un cadre mythique, c’est pour montrer l’absolu de la liberté, à travers le temps et l’espace. La liberté n’est pas une invention du XXe siècle. Elle est là depuis que l’Homme est Homme. Il ne faut qu’en prendre conscience. ».

Oreste assume ses responsabilités car pour lui la vie commence de l'autre côté du désespoir. "Le plus lâche des assassins, c'est celui qui a des remords" dira-t-il. Il faut écouter sa conscience, oser devenir ce que l'on veut et en assumer les conséquences sans faire oeuvre de mauvaise foi, principes de la philosophie existentialiste...

Un très beau texte à lire et relire !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Publié dans Théâtre

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Art de Yasmina REZA

Publié le par Hélène

  ♥ ♥

Serge, amateur d’art vient d’acheter pour 30.000€ une toile, d’un mètre soixante sur un mètre vingt, entièrement blanche traversée de liserés blancs. Il la fait découvrir à Marc, son ami qui trouve absurde l'acquisition de cette « cette merde blanche ». L'achat de cette toile sera à l'origine d'une discorde entre les amis. Entre eux, Yvan, plus tolérant qui tente de concilier les deux avis, au risque de voir la querelle se retourner contre lui...

Carré blanc sur fond blanc de Malevitch (1918)

Créé en 1994 à Paris dans une distribution irréprochable (Vaneck, Luchini, Arditi), « Art » a fait connaître Yasmina Reza sur les scènes du monde entier. Les thèmes universels qu'elle aborde explique ce succès unanime.

L'amour de l'Art est-il inné ou acquis ? Pourquoi Serge accorde-t-il de la valeur à cette toile qui n'en a aucune pour Marc ? Cet achat a-t-il été motivé par le nom du peintre, sa cote, ou bien le tableau en lui même et ce qu'il représente ? A quoi tient sa valeur ? Quel rôle jouent les conditions sociales dans l'accès à l'art, l'art moderne en particulier ?

Mais le théâtre est aussi le lieu le plus apte à représenter les luttes de pouvoir, ce rapport à l'autre qui peut tourner court à cause d'un mot, d'un geste, d'une attitude mal perçue. L’homme quel qu'il soit est confronté aux problèmes de pouvoir et à la solitude existentielle.

Cette pièce immensément riche est à lire et relire, voir et revoir pour saisir l'infiniment petit qui gouverne le goût des autres...

 

Présentation de l'éditeur : Magnard

Du même auteur : Heureux les heureux

Vous aimerez aussi : Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute

 

Au théâtre Antoine actuellement mis en scène par Patrice Kerbrat Avec Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager
 

 

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L'état de siège d'Albert CAMUS

Publié le par Hélène

♥ ♥

"De plus loin que je me souvienne, il a toujours suffi qu'un homme surmonte sa peur et se révolte pour que leur machine commence à grincer. Je ne dis pas qu'elle s'arrête, il s'en faut. Mais enfin, elle grince, et, quelquefois, elle finit vraiment par se gripper."

De cette pièce, Camus dit qu'elle "est peut-être celui de ses écrits qui [lui] ressemble le plus."

Dans une petite ville paisible, peu à peu la peste se propage, incarnée par un homme, symbole d'un régime totalitaire. Cette peste instaure alors l'état de siège qui apporte ordre, contrôle et surveillance. Tous semblent se plier à la terreur engendrée par cet état, tous, sauf Diego, qui décide de ne plus avoir peur et de se révolter.

"Qu'ai-je donc à vaincre en ce monde, sinon l'injustice qui nous est faite."

Chez Camus, cette révolte est une activité intellectuelle, nécessitant un courage permanent, elle est un engagement nécessaire. Il visait aussi bien l'Occupation et l'extermination des juifs en Europe que toutes les terreurs de l'état totalitaire vise l'Etat policier ou bureaucratique.

"Vous avez cru que tout pouvait se mettre en chiffres et en formules ! Mais dans votre belle nomenclature, vous avez oublié la rose sauvage, les signes du ciel, les visages d'été, la grande voix de la mer, les instants du déchirement et la colère des hommes ! (Elle rit.) Ne riez pas. Ne riez pas, imbécile. Vous êtes perdus, je vous le dis. Au sein de vos plus apparentes victoires, vous voilà déjà vaincus, parce qu'il y a dans l'homme -regardez-moi- une force que vous ne réduirez pas, ignorante et victorieuse à tout jamais. C'est cette force qui va se lever et vous saurez alors que votre gloire était fumée."

Seul un mouvement collectif de révolte peut conduire à un changement :

"De plus loin que je me souvienne, il a toujours suffi qu'un homme surmonte sa peur et se révolte pour que leur machine commence à grincer. Je ne dis pas qu'elle s'arrête, il s'en faut. Mais enfin, elle grince, et, quelquefois, elle finit vraiment par se gripper."

"Le désespoir est un bâillon. et c'est le tonnerre de l'espoir, la fulguration du bonheur qui déchirent le silence de cette ville assiégée. debout vous dis-je ! Si vous voulez garder le pain et l'espoir, détruisez vos certificats, crevez les vites des bureaux, quittez les files de la peur, criez la liberté aux quatre coins du ciel ! Nous sommes les plus misérables ! L'espoir est notre seule richesse, comment nous en priverions-nous ? Frère, nous jetons tous ces bâillons ! (Grand cri de délivrance) Ah ! sur la terre sèche, dans les crevasses de la chaleur, voici la première pluie ! Voici l'automne où tout reverdit, le vent frais de la mer. L'espoir nous soulève comme une vague."

Une oeuvre toujours actuelle !

 

Présentation de l'éditeur : Folio théâtre

Du même auteur : La peste ♥ ♥ ♥

 

L'état de siège, Albert Camus, Première parution en 1949, Édition de Pierre-Louis Rey,Collection Folio théâtre (n° 52), Gallimard,Parution : 09-10-1998, 8.49 euros

 

Publié dans Théâtre

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