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litterature amerique du nord

Le vent et le lion de James McBRIDE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Sept nouvelles, une multitude d'émotions. James McBride met en scène des personnages afro-américains au cœur de récits qui oscillent entre réalisme et imaginaire.

Ce que j'ai aimé : 

McBride est musicien de jazz, et cela se sent dans son écriture. Ses phrases ont un rythme, un "groove" particulier que la traduction de Gallmeister (souvent excellente pour saisir l'argot et le rythme américain) restitue très bien.

Les personnages sont profondément humains, même les personnages les plus excentriques ou les plus faillibles sont traités avec une immense tendresse.

J'ai particulièrement aimé la première nouvelle "Un train nommé "Under Graham Railroad" : un collectionneur et vendeur de jouets anciens, obsédé par la valeur historique des objets liés à l’histoire afro-américaine, est fasciné par un train miniature rarissime représentant l’« Underground Railroad ». Il consacre son énergie à traquer cette pièce mythique. Peu à peu, McBride montre que la véritable valeur ne réside pas dans l’objet mais dans la transmission humaine et le sens qu’on donne au passé. La quête du jouet devient une métaphore de la quête d’identité.

La nouvelle "Le bal de Noël" rend hommage aux soldats afro-américains souvent oubliés par la grande Histoire qui ont combattu pour une liberté qu'ils n'avaient pas pleinement chez eux. C'est une histoire de fraternité qui dépasse les mots, où le silence est aussi parlant que la musique.

"L'ange Homme-Poisson", ma préférée met en scène Abraham Lincoln qui vient de perdre son fils, elle présente un homme fatigué, mélancolique mais toujours tourné vers les plus faibles. 

Les nouvelles passent de la comédie de quartier à la fable historique en quelques pages sans jamais perdre ce mélange audacieux d'humour décalé, de tendresse et de réflexions engagées, offrant un regard à la fois lucide et poétique sur la condition humaine.

Ce que j'ai moins aimé :

Comme dans n'importe quel recueil de nouvelles, certaines m'ont moins touchée comme "M. P. et le vent" une nouvelle étonnante qui se déroule dans un zoo à l'abandon où les animaux et les humains entrent dans un dialogue philosophique et absurde sur la liberté.

Bilan : 

Ces nouvelles rappellent que la vie reste imprévisible mais rayonne malgré tout, fragile et lumineuse, même dans des contextes difficiles.

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

Du même auteur : La couleur de l'eau

Challenge Gallmeister

Mois de Février : Histoires courtes, émotions longues

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Lettres à sa fille de Calamity JANE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Calamity Jane, figure mythique et ambiguë de l’Ouest américain, s’adresse dans ces lettres à sa fille, qu’elle a confiée très jeune à une famille respectable afin de lui offrir un avenir plus stable que le sien. Entre 1877 et 1902, elle livre le récit fragmenté de son errance à travers l’Ouest sauvage : camps de mineurs battus par la poussière, villages de pionniers encore en gestation, horizons rudes où se joue chaque jour la survie. À travers ces pages affleurent la solitude d’une femme évoluant dans un monde d’hommes, les luttes quotidiennes pour subsister, mais surtout un profond désir de rédemption et de reconnaissance. Calamity Jane y façonne l’image d’une mère aimante, meurtrie par la séparation, cherchant à prouver à sa fille qu’au-delà de sa réputation de marginale et de femme libre, bat un cœur sincère et profondément attaché à elle.

Ce que j'ai aimé :

J'ai apprécié les descriptions de la vie dans l'Amérique des pionniers, qui restituent avec simplicité la rudesse et la précarité de cette époque.

En outre, le portrait que Calamity Jane dresse d’elle-même est celui d’une mère tendre, presque suppliante, désireuse de transmettre à son enfant une image apaisée et digne, loin des clichés qui l’entourent.

Ce que j'ai moins aimé :

Il semblerait que la véracité des lettres ne soit pas avérée : la plupart des historiens estiment aujourd’hui que ces lettres sont apocryphes, inventées, probablement par un auteur français anonyme ou par un éditeur du début du XXème siècle cherchant à romancer sa vie.  Aucune trace de ces lettres n’existe dans les archives américaines.

Par ailleurs, le style, très simple et peu marquant, peine à laisser une empreinte durable : les épisodes s’enchaînent sans réelle cohérence, et, une fois le livre refermé, il ne m’en reste qu’un souvenir diffus, presque effacé.

Présentation de l'éditeur : Rivages poche

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Un silence brutal de Ron RASH

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

À trois semaines de la retraite, le shérif Les aspire à la tranquillité. Mais son calme est brisé lorsqu'une affaire éclate : des truites ont été empoisonnées au kérosène dans une rivière appartenant à un complexe touristique de luxe. Rapidement un homme est accusé, Gérald, un vieil homme un peu sauvage attaché à sa terre et à ses traditions, qui refuse de voir son territoire transformé en parc d'attractions pour riches citadins. Becky, poétesse agente de protection de l'environnement, est persuadée de son innocence.  

Ce que j'ai aimé :

Ron Rash nous revient avec un roman d'une tension étouffante, où la poésie sauvage des Appalaches se cogne à la réalité brutale d'une Amérique en sursis.

Au cœur de ce récit, Ron Rash orchestre une alternance de points de vue : d'un côté, nous suivons Les, le shérif local à l'aube de sa retraite. C'est un homme qui porte sa juridiction dans son sang : il a grandi avec ceux qu'il doit aujourd'hui arrêter. Pour lui, les déviances ne sont pas innées ; elles sont les cicatrices d'un contexte social et économique dévasté. Sa lutte contre le fléau de la Méth n'est pas celle d'un moralisateur, mais celle d'un protecteur qui tremble à l'idée de découvrir une nouvelle famille dévastée par la "cristal". Face à lui, se tient Becky, la garde-faune. Son personnage est d'une densité rare, marquée par des traumatismes qui auraient pu l'anéantir : rescapée d'une tuerie scolaire, elle a aussi vécu l'horreur d'une liaison avec un terroriste. Pour elle, la langue et la nature sont des refuges. Sa voix, presque mystique, apporte une dimension lyrique au roman, transformant chaque observation de la faune en un acte de résilience. Le titre original, Above the Waterfall ("Au-dessus de la cascade"), illustre parfaitement le cœur du livre : cette volonté farouche de prendre de la hauteur sur les drames humains pour observer la beauté immuable du monde.

Ron Rash signe ici une œuvre crépusculaire, où l'alliance de la cruauté humaine et de la splendeur naturelle crée un contraste saisissant. C'est un roman sur le pardon, sur la fin d'un monde et sur la nécessité de regarder, une dernière fois, la beauté du monde avant que le silence ne devienne total.

Bilan : 

Une lecture magnifique qui confirme que Ron Rash est l'un des plus grands stylistes de la littérature américaine contemporaine.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Un pied au paradis  ♥ ♥ ♥ ♥

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Le guide de Peter HELLER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Jack, jeune homme meurtri par les tragédies de sa vie récente, accepte un emploi dans un luxueux lodge de pêche au Montana. Ce lieu idyllique, réservé à une clientèle fortunée, semble au premier abord un havre de paix : rivières immaculées, paysages grandioses, calme absolu. Lorsque Jack devient le guide de Alison, une chanteuse célèbre venue chercher la tranquillité, ils découvrent que sous le calme apparent se cache des mystères troublants...

Ce que j'ai aimé : 

Une mélancolie lumineuse s'échappe de ces pages : Jack est meurtri par la disparition de sa mère et de son meilleur ami et espère prendre du recul en partageant sa passion pour la pêche. Il ressent une "dose de grâce insouciante" lors de la pêche au bord de la rivière, et une communion tacite entre les deux êtres qui s'harmonisent pendant cette partie de pêche, happés par la beauté du geste et du moment.

Ce que j'ai moins aimé : 

L'alliance entre la beauté sauvage de la nature et la cruauté des pratiques est assez surprenante. Le mélange des genres entre nature writing, roman d'anticipation, thriller, m'a déstabilisée... Peter Heller a une écriture à la fois poétique et précise, portée par une solide connaissance du monde sauvage. Son style enveloppe le lecteur dans une sorte de cocon, tout en faisant glisser le récit vers un thriller presque claustrophobe. C’est cette tension entre beauté et menace qui fait la singularité du roman et en dérouter certains.

Il s'agit de la suite de "La rivière", mais je ne l'avais pas lu, cela ne nuit pas à la lecture.  

Présentation de l'éditeur : Babel

Du même auteur : Céline ♥ ♥ ♥ ♥ ; La pommeraie ♥ ♥ ♥

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La déroute de Emma PATTEE

Publié le par Hélène

♥

À neuf mois de grossesse, Annie affronte le terrible séisme que les habitants de la région des Cascades à Portland redoutaient depuis des années. Elle a beau avoir suivi des cours de préparation aux catastrophes, lorsque le sol cesse enfin de trembler, une seule certitude s’impose : elle doit avancer. Pour rejoindre son mari à travers une ville ravagée, elle sera confrontée à la fragilité de notre humanité, mais aussi à ces gestes de solidarité qui tiennent bon même au cœur du chaos.

Si le roman s’appuie sur les codes du récit catastrophe pour capter immédiatement l’attention, il n’a malheureusement pas su me convaincre sur la durée. La mise en place est efficace, la tension monte de chapitre en chapitre, et l’on sent que l’autrice maîtrise l’art du suspense. Pourtant, malgré cette promesse initiale, l’ensemble déçoit.

Ce que j’ai moins aimé :

La montée en puissance de l’intrigue, bien que prenante, débouche sur une fin qui m’a paru étonnamment plate et peu aboutie. Toute l’énergie accumulée au fil des pages semble retomber d’un coup, sans offrir l’impact émotionnel ou narratif que j’espérais.

Autre point qui m’a déplu : les placements de marques et de restaurants à Portland. Les personnages listent ce qu’ils rêvent de manger après la catastrophe — “une tarte au citron de chez Banning”, “des beignets de chez Sesame Donuts”, “la salade de macaronis bien crémeuse d’Alibi”, etc., à croire que l'autrice touche des intérêts ! Et je ne parle pas d'Ikéa !

Bilan : 

En bref, un roman qui avait du potentiel et quelques bonnes idées, et aurait pu nous dérouter mais qui ne m’a pas vraiment convaincue.

Présentation de l'éditeur : Buchet Chastel

Sélection de novembre 

Catégorie : Fiction 

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Dire Babylone de Safiya SINCLAIR

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Safiya grandit en Jamaïque dans une famille qui vit selon les principes rastafaris les plus austères. Le père, tyrannique, parfois violent, est en effet obsédé par la nécessité de protéger sa famille de "Babylone". Dans la doctrine rasta, "Babylone" désigne l'Occident, le système colonial, le racisme, le capitalisme, la corruption, l'Église, et tout ce qui est perçu comme décadent et oppresseur pour l'homme noir. Pour le père, cela inclut souvent l'éducation et l'ouverture au monde que cherche Safiya. La jeune femme trouve alors refuge et sa voie vers la liberté grâce à la poésie. 

Ce que j'ai aimé :

Ce beau roman autobiographique raconte l'histoire de l'émancipation de Safiya Sinclair face à l'autorité et au rigorisme de son père. Dire Babylone est un hymne à la résilience féminine et à la force intérieure, une exploration de l'identité jamaïcaine et des luttes contre un patriarcat étouffant. Il nous invite à réfléchir sur les mécanismes de domination et sur le pouvoir salvateur de la littérature, qui, ici, devient un moyen de rendre sa voix à celle qui croyait l’avoir perdue.

À travers une écriture vibrante, elle parvient à transformer la douleur en une puissance créative, et à offrir au lecteur une réflexion profonde sur la quête d'identité, l'émancipation, et la lutte pour l'égalité. Un cri d’espoir, un témoignage bouleversant ! 

Présentation de l'éditeur : 10-18

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Petit déjeuner chez Tiffany de Truman CAPOTE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

A New York dans les années 1940, le narrateur, un jeune écrivain sans grand succès (probablement une projection de Capote lui-même), s’installe dans un immeuble où il rencontre Holly Golightly, sa voisine. Holly est une jeune femme élégante, fantasque, indépendante, qui vit de ses relations avec des hommes riches qu’elle fréquente sans jamais s’engager. Elle rêve de stabilité et d’un luxe sécurisant, symbolisé par la bijouterie Tiffany & Co., où elle se sent à l’abri de toutes ses angoisses. Au fil du récit, le narrateur observe et raconte la vie de Holly, son charme, son insouciance, mais aussi sa fragilité et sa quête d’identité.

Ce que j'ai aimé :

Petit Déjeuner chez Tiffany est un roman bref mais d’une intensité saisissante, une œuvre éclatante qui capte à la perfection l’éclat et l’amertume de la solitude urbaine.  À travers l’image de Holly Golightly, Truman Capote esquisse le portrait d’une jeune femme à la fois fragile et irrésistible, fusion parfaite de charme et de cynisme, de rêves d'opulence et de réalités brisées.

Le récit se transforme en un miroir où se reflètent les illusions, les désirs inassouvis et les paradoxes humains. Loin de se réduire à une simple comédie mondaine, il s’élargit en une réflexion intime, une quête du soi et une tentative de trouver du sens dans un monde où tout semble consumé par la superficialité des apparences. La nouvelle devient ainsi un instant suspendu, où la brillance de Tiffany’s ne fait que contraster avec l’obscurité intérieure de ses personnages en quête infinie de lumière dans un monde fait d’ombres. 

Bilan : 

C’est une œuvre brève mais devenue culte, notamment grâce à son adaptation cinématographique de 1961 par Blake Edwards, avec Audrey Hepburn dans le rôle principal.

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : La traversée de l'été  ♥ ♥ ♥

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Le cercle occulte des Gentlemen de Sarah PENNER

Publié le par Hélène

♥ ♥

En 1873, la médium célèbre Vaudeline d’Allaire est appelée en Angleterre pour résoudre le meurtre de son mentor, fondateur de la Société des Sciences Occultes. Elle est accompagnée de son assistante sceptique, Lenna Wickes, venue pour élucider la mort mystérieuse de sa sœur. Les deux femmes s’infiltrent dans un cercle privé d’hommes puissants — le Cercle occulte des Gentlemen — où l’enquête mène à des révélations et des dangers inattendus.

Ce que j'ai aimé :

Séances de spiritisme, sociétés secrètes, rituels étranges et récit gothique se mêlent pour créer une ambiance envoûtante. Les descriptions du Paris et du Londres victoriens contribuent à cette atmosphère empreinte de mystère. 

Le roman confronte le rationalisme à l’occulte, à travers deux personnages forts qui permettent aussi de mettre en lumière la marginalisation des femmes dans le domaine du spiritisme, tout en valorisant la solidarité, l’émancipation et la puissance de ces protagonistes féminines. Il questionne la place des femmes, de la sexualité et aborde même une romance lesbienne entre Lenna et Vaudeline, dans une société misogyne et répressive.

Ce que j'ai moins aimé :

Les messages se multiplient et finissent par manquer de profondeur. De plus pourquoi se lancer dans les clichés qui allient féminisme et lesbianisme ? 

Bilan :

Une déception alors que j'avais tant aimé La petite boutique aux poisons !

Présentation de l'éditeur : Pocket

Du même auteur : La petite boutique aux poisons

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Hommage à Jacques POULIN

Publié le par Hélène

Lire Jacques Poulin, c’est d’abord accepter de ralentir, de s’arrêter, pour écouter le murmure d’une voix qui ne criait jamais, mais qui savait toucher profondément. Sa douceur était une force, son humanité une évidence.

Il portait en lui ce rêve fragile et immense, celui d’un monde apaisé :
"En dépit de mes craintes infantiles, je nourrissais l'ambition naïve et démesurée de contribuer, par l'écriture, à l'évènement d'un monde nouveau, un monde où il n'y aurait plus aucune violence, aucune guerre entre les pays, aucune querelle entre les gens, aucune concurrence ou compétition dans le travail, un monde où l'agressivité, entendue non pas comme l'expression d'une hostilité à l'égard d'autrui, mais plutôt comme un goût de vivre, allait être au service de l'amour." 

Ce rêve, il l’a poursuivi avec la plume, mais aussi avec le regard. Car pour lui, l’essentiel se trouvait dans la délicatesse des détails :

"Et dans la vie, demanda-t-il avec un net accent de sympathie, qu'est-ce qui compte pour vous ?

- Des détails, dit Jack. Ce qui brille dans les yeux des enfants... Un chat qui se nettoie la moustache avec sa patte... Les jeux infinis de la lumière dans le feuillage des arbres... La plainte déchirante d'une Ferrari dans la ligne droite des stands à Monza..."

Cette simplicité-là n’était pas un effacement, mais une forme d’humanité profonde, une manière de rappeler que la grandeur du monde tient dans ces instants fragiles qui, mis bout à bout, tissent une vie pleine. Il prônait une attention amoureuse à la vie, à ses éclats minuscules, à la beauté qui se cache dans l’ordinaire.

Et lorsqu’il doutait, lorsqu’il se sentait emporté, il trouvait encore les mots pour dire sa condition humaine, simple et fragile :
"Je me sens parfois comme une feuille sur un torrent. Elle peut tournoyer, tourbillonner et se retourner, mais elle va toujours de l'avant." Daniel Boone

Aujourd’hui, je veux garder de lui cette feuille portée par le courant, ce sillage de douceur et d’humanité qui continue d’aller de l’avant à travers ses livres et à travers nous.

 

Ses romans en ces pages : La tournée d'automne ♥ ♥ ♥ ; Le vieux chagrin ♥ ♥ ♥ ♥ Volkswagen blues  ♥ ♥ ; Les grandes marées ♥ ♥ ; Les yeux bleus de Mistassini ♥ ♥ ♥ ; L'homme de la Saskatchewan ♥ ♥ ♥

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Le pays des petites pluies de Mary AUSTIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Publié en 1903 Le Pays des petites pluies est un recueil d’essais poétiques et descriptifs dans lequel Mary Austin dresse un portrait vibrant et profondément lyrique du désert américain, notamment la région de la vallée d'Owens (Californie). À travers une prose évocatrice, elle raconte la vie dans ces terres arides, aussi bien celle des plantes et des animaux que celle des humains : colons, bergers, Amérindiens, chercheurs d’or ou ermites.

Ce que j'ai aimé :

L'authenticité du récit s'appuie sur l'authenticité de l'expérience. L'autrice offre des portraits, des anecdotes de la vie locale, mettant l'accent sur les communautés humaines peuplant ces territoires. Elle présente une description minutieuse du désert qui n'a rien de désertique sous sa plume, peuplé de mouflons, cerfs, coyotes, busards, lézards, faucons, une vie qu'elle observe et livre à son lecteur. Cet environnement est constitué d'éléments interdépendants. Le titre lui-même insiste sur ce point : il évoque un climat sec et capricieux, où la pluie est rare et précieuse, mais aussi source de vie.

Ses récits combinent une précision naturaliste et l'expression de la dimension émotionnelle et imaginative de son rapport aux choses : elle sait capturer les détails minutieux et les sensations que procure ce milieu, qu’il s’agisse de la chaleur accablante, des ombres qui dansent sur le sol ou de la rareté de l'eau.

Le désert est vu aussi dans son aspect spirituel : Austin est persuadée de la nécessité d'un contact avec le monde naturel comme antidote aux excès du monde moderne. Le désert n'est pas simplement un espace géographique ; il est un lieu où l’âme humaine peut se perdre, se confronter à sa solitude, et peut-être même trouver une forme de rédemption ou de transformation. La rencontre avec la nature dans son état brut devient un moyen de se reconnecter à quelque chose de plus grand, un écho de la recherche de sens dans un monde complexe.

Dans ces espaces cohabitent populations indiennes, hispaniques et anglo-américaines. Austin s'intéresse particulièrement à la manière dont les Indiens de Californie vivent en harmonie avec cet environnement austère. Elle présente leur rapport à la terre comme une forme de respect et de compréhension profonde, en contraste avec des attitudes plus destructrices. Pour Austin, la culture indigène incarne une forme d’intimité et de respect envers la nature qui contraste avec l'approche utilitaire et exploitante des sociétés occidentales.

L'intention pédagogique d'une sensibilisation à la beauté et à la valeur de l'environnement est un trait largement partagé par toute la tradition du nature writing, elle fait ressentir "l'esprit", l'âme du lieu, son pouvoir envoûtant.

"Venez donc, vous qui êtes obsédés par votre importance dans l'ordre des choses et qui ne possédez rien que vous n'ayez obtenu sans peiner, venez par les sombres vallées et les collines charnues jusqu'au pays des jours paisibles, et faites vôtres la générosité, la simplicité et la sereine liberté."  (La petite ville au treilles)

Mary Austin est souvent vue comme une figure pionnière du nature writing aux États-Unis. Son écriture a influencé de nombreux écrivains, dont Edward Abbey et Wallace Stegner qui ont eux aussi exploré les complexités du désert et la relation de l'homme à la nature. L'oeuvre rappelle que, même dans les lieux les plus inhospitaliers, il existe une beauté et une complexité qui méritent d’être explorées, comprises et célébrées !

 

Présentation de l'éditeur : Le mot et le reste

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