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litterature francaise

Danbé de Aya CISSOKO et Marie DESPLECHIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Au destin qui s'acharne on ne peut opposer que la ténacité, et le recommencement." 

Aya grandit à Paris, dans le quartier populaire du 20ᵉ arrondissement, fille de parents maliens. Son enfance est douce malgré la pauvreté, au sein d’une famille soudée dans un petit appartement de Ménilmontant. Mais en 1986, un incendie criminel ravage leur logement les plongeant dans la tragédie. Sa mère, malade et en dialyse, refuse de retourner au Mali malgré la pression familiale, et élève seule Aya et ses frères.  

Malgré les difficultés, Aya devient excellente élève, mais sombre parfois dans la rébellion au lycée. La boxe devient pour elle un refuge.

Ce que j'ai aimé : 

Le titre fait référence au danbé : la dignité, bien plus qu'une simple valeur, mais "la vertu cardinale, le pivot autour duquel ma mère entend articuler notre existence." . Préserver et transmettre le danbé, c’est opposer la résistance de l’âme aux épreuves, c’est maintenir la droiture même quand tout vacille, c’est rester digne malgré l’adversité.

Le sport, souvent perçu comme planche de salut, ne sauve pas à lui seul. Ce qui transforme réellement, c’est la rencontre, la présence bienveillante qui offre une écoute, un lieu de parole. "Se savoir écouté, pouvoir se confier, le Bien est là. C'est ne pas exister qui est dur." Ce qui ronge n’est pas la difficulté, mais l’invisibilité, la douleur de n’être pour personne. 

C’est une écriture de la réinvention : après le traumatisme, l'autrice narre la lente et obstinée reconstruction de soi.

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai trouvé le roman très triste même si le destin de la jeune femme est lumineux...

Bilan : 

Un témoignage fort !

Le livre a été adapté en téléfilm, réalisé par Bourlem Guerdjou (prix du meilleur téléfilm à La Rochelle en 2014 et au festival ColCoa de Los Angeles en 2015)

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La bête humaine de Emile ZOLA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Jacques Lantier, conducteur de train rencontre Séverine, une femme mystérieuse qui cache un lourd secret, et leur relation se complique dans un climat de violence et de tensions sociales. À travers le quotidien des cheminots, Zola étudie les instincts humains et les conséquences de la fatalité.

Ce que j'ai aimé :

Zola explore les effets de la révolution industrielle et de la modernité sur les individus, en particulier sur leur psychologie et leur comportement. Les personnages sont souvent influencés, voire détruits, par leur environnement et par les forces sociales qui les écrasent. Le roman soulève des questions profondes sur la nature humaine, le déterminisme et la violence inhérente à l'homme, notamment au sein de la classe ouvrière et dans un contexte de société industrialisée. Dans ce contexte, le réseau ferroviaire est comme une métaphore de l’hérédité, et la machine allégorie du corps, substitut matériel de la bête tapie en chacun de nous. 

Jacques Lantier, est hanté par la violence génétique qui coule dans ses veines, un héritage de son père, Roubaud, qui lui-même est marqué par des tendances criminelles. Cette fatalité héréditaire montre comment l’individu est impuissant face à sa propre nature et aux actions de ses ancêtres. Lantier est victime de pulsions meurtrières qu'il ne parvient pas à contrôler, et cela devient un aspect central du roman.

« La famille n’était guère d’aplomb, beaucoup avaient une fêlure. Lui, à certaines heures la sentait bien, cette fêlure héréditaire ; non pas qu’il fût d’une santé mauvaise, car l’appréhension et la honte de ces crises l’avaient seules maigri autrefois ; mais c’étaient, dans son être, de subites pertes d’équilibre, comme des cassures, des trous par  lesquels son moi lui échappait, au milieu d’une sorte de grande fumée qui déformait tout. Il ne s’appartenait plus, il obéissait à ses muscles, à la bête enragée. Pourtant, il ne buvait pas, il se refusait même un petit verre d’eau-de-vie, ayant remarqué que la moindre goutte d’alcool le rendait fou. Et il en venait à penser qu’il payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d’ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois.»

Dans le titre du roman, "la bête humaine" désigne avant tout cette pulsion animale, cette violence irrationnelle et incontrôlable qui sommeille en chacun des personnages. C’est une métaphore de l’instinct brutal et primitif qui peut surgir à tout moment, même chez ceux qui s’efforcent de paraître civilisés. La mécanique sociale et les relations humaines, notamment l’amour, le sexe et le désir, sont représentées comme des moteurs de cette violence latente.

« On ne tue que sous l’impulsion du sang et des nerfs, un reste des anciennes luttes, la nécessité de vivre et la joie d’être fort. »

Bilan :

Un classique qui nous emporte immédiatement dans son univers !

Du même auteur : Thérèse Raquin ♥ ♥ ♥ , Au bonheur des dames ♥ ♥ ♥ ♥ ; L'oeuvre ♥ ♥ ♥ ♥ ; Germinal ♥ ♥ ♥ ; L'assommoir

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La piste du vieil homme de Antonin VARENNE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

A soixante-dix ans passés, Simon, ancien flic et ancien boxeur est un homme cabossé par la vie et par ses choix. Il vit à Madagascar et apprend que son fils, qu’il n’a pas vu depuis longtemps, est venu aussi sur l'île mais s'est mis en danger, il décide donc de partir à sa recherche. Il traverse l'île, sur des routes parfois inexistantes, dans une chaleur écrasante et au milieu de paysages spectaculaires mais souvent hostiles.

Ce que j'ai aimé : 

Le voyage devient ici une occasion de revenir sur ses choix de vie, d’interroger son passé et d’affronter, peut-être, ses échecs en tant que père. Mais ce cheminement n’est pas seulement introspectif : il se nourrit aussi des rencontres, souvent imprévues, qui jalonnent la route.

"Et je crois de plus en plus, avec l'âge, que des petits moments et des petites rencontres comptent largement autant dans une vie que les grands plans et les longues études. Un prof, un copain, un film, une idée, qui suffisent à changer le cours d'une vie." 

Le personnage touche par ce mélange de rudesse et de désinvolture qui n’efface jamais totalement une forme d’humanité. Désabusé par ses épreuves, il conserve malgré tout une confiance obstinée dans l’homme et dans la valeur des petits gestes. À son échelle, il veut croire que des changements minimes peuvent, peu à peu, s’enraciner et transformer le monde.

Quant au pays traversé, il apparaît dans toute sa richesse et sa complexité : splendeur des paysages, pauvreté criante, corruption omniprésente, mais aussi chaleur de l’accueil. L’auteur échappe ainsi à l’écueil de l’exotisme facile pour donner à voir une réalité nuancée, contrastée, profondément humaine.

Bilan : 

A la fois roman d'aventures et roman initiatique, un titre à conseiller !

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Fakirs

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Pauline d'Alexandre DUMAS

Publié le par Hélène

♥ ♥

Pauline, paru en 1838, est l'un des premiers romans d'Alexandre Dumas dans lequel on trouve en filigrane les grands ressorts de son œuvre romanesque.

Le narrateur reçoit le récit d'Alfred de Nerval, un peintre ami qui lui raconte l'histoire de Pauline, jeune femme mystérieuse qui se dérobe aux yeux du narrateur et des autres, comme si elle craignait d'être reconnue. Que cache-t-elle ? Alfred brosse le portrait d'une jeune femme innocente et pure que les hasards de l'existence auront mis en présence d'un être sombre, le comte Horace de Beuzeval, homme fascinant dont l'"âme est un abîme d'où rien ne sort" mais qu'elle épousera par aveuglement. 

Sous l'influence de Walter Scott, Alexandre Dumas écrit ici un roman gothique avec des tempêtes, des abbayes en ruines, des passages secrets,  des amitiés tout aussi secrètes, des crimes violents, une femme enterrée vivante, des êtres diaboliques... Comme dans les romans gothiques "Personne n'ignore par expérience que le danger inconnu est mille fois plus saisissant et plus terrible que le péril visible et matérialisé." 

Mais Pauline résonne aussi d'accents romantiques avec l'importance accordée à la nature, le lyrisme brûlant de certains passages, l'amour platonique d'Alfred et la sensibilité de Pauline. Les héros sont des êtres soumis au mal du siècle, riches, mais trainant leur désœuvrement, des personnages las de leur environnement. 

"Le grand malheur de notre époque est la recherche du romanesque et le mépris du simple. Plus la société se dépoétise, plus les imaginations actives demandent cet extraordinaire, qui tous les jours disparaît du monde pour se réfugier au théâtre ou dans les romans ; de là, cet intérêt fascinateur qu'exercent sur tout ce qui les entoure les caractères exceptionnels." p. 104

Par le biais d'aventures passionnantes placées sous l'égide d'un mystère envoûtant, Pauline propose un habile portrait de la société contemporaine. Un récit peu connu de l'auteur à redécouvrir !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Le comte de Monte-Cristo ♥ ♥ ♥

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Trésor caché de Pascal QUIGNARD

Publié le par Hélène

"Il y a de sombres tristesses qui deviennent du bonheur."

Louise, une femme d'âge mûr, enterre son chat dans son jardin. En creusant, elle découvre un trésor enfoui. Cette trouvaille fortuite devient le catalyseur d'une transformation profonde : elle entreprend un voyage en Italie, rencontre un homme nommé Luigi, et voit sa vie bouleversée en l'espace d'une année.

Semblable aux chats qu'elle apprécie, Louise conquiert sa liberté et accepte peu à peu la mort qui semble vouloir s'imposer à elle par le biais des autres. Sa tristesse de mue en mélancolie, et se nimbe peu à peu d'un bonheur paradoxal...

"Le bonheur ne tombe pas du ciel car c'est d'abord une nuée qui se tient au-dessus de nous et qu'il s'agit de déceler. Il faut, doucement, lever la main sans que cette dernière frissonne. Le bonheur est extrêmement farouche : il faut savoir l'accueillir."

Ce que j'ai moins aimé :

Le rythme est très lent, le temps est comme suspendu, fait de silences, entrecoupé par des drames qui semblent passer sur l'héroïne tels des nuages qui obscurcissent le ciel un instant, puis s'estompent.  J'ai trouvé le fil narratif ténu, très mince, sans pour autant être conquise par la magie des instants suspendus comme je peux l'être dans des romans de Claudie Gallay par exemple.

Présentation de l'éditeur : Albin Michel

Du même auteur : Les solidarités mystérieuses ♥ ♥ ♥ ♥ ; Villa amalia ♥ ; Une journée de bonheur ♥ ♥ ♥ ; Dans ce jardin qu'on aimait ♥ ♥

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Coyote de Sylvain PRUDHOMME

Publié le par Hélène

♥ ♥

De Tijuana à Matamoros, Prudhomme a parcouru 2 500 kilomètres en stop en deux semaines. Il a longé la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, cette zone hautement symbolique et marquée par les tensions migratoires, la surveillance accrue et les récits politiques, notamment ceux de Trump. Il rencontre des ouvriers, des camionneurs, des trafiquants de drogue, des artistes et retranscrit leur conversation. Ces morceaux épars finissent par dresser un portrait sensible et humain de cette zone frontalière.

"J'essaie plein de choses. Je fais de mon mieux pour rester ouvert. Accueillir ce qui vient, tu comprends ? Disons que c'est ça, pour l'instant, ma principale œuvre. J'essaie de me tenir ouvert. D'accueillir. Accueillir."

Prudhomme choisit de porter un regard poétique et intime sur ce sujet brûlant, cherchant à comprendre comment cette frontière influence la vie des habitants qu'il croise. Il capture des instants de vie, prenant même une photo à la fin de leur voyage partagé, et tous prennent vie sous nos yeux, ils deviennent profondément vivants, êtres de souffrance sommés de s'adapter à une politique insensée :

« Alors comme ça, tu bosses sur le mur de Trump. Ah, Trump. Ce gros naze. Ce foutu trouduc. […] Pour nous, ce type est un choc quotidien. J'ai habité à New York, j'en ai connu des mecs comme lui. Il n'est pas aussi crétin qu'on le dit. C'est faux de dire qu'il serait totalement crétin. Simplement, il regarde que la réussite. Il est raciste, c'est une évidence. Mais il est encore plus classiste que raciste. C'est-à-dire que tu peux être noir ou latino ou ce que tu veux, si tu réussis à t'enrichir, pas de problème : t'as ta place dans son Amérique. Le problème, c'est si t'es pauvre. »

Photo Prudhomme / Les Éditions de minuit

Le titre est lui aussi hautement symbolique : "les coyotes" sont les passeurs qui aident les migrants à traverser la frontière, mais le nom représente aussi l'auteur, passeur lumineux qui relie, guide et offre ici la radiographie de l'Amérique contemporaine, marquée par la peur, les divisions profondes, mais aussi par des solidarités lumineuses inattendues.

Aller à la rencontre de l'autre, passer la frontière qui sépare les idées préconçues et la réalité, se heurter à l'identité de l'autre, autant de pistes essentielles pour le monde de demain...

"Ay, Silvano ! Regarde ces couleurs sur le désert. Regarde comme c’est beau. On a le coucher de soleil pour nous. Tu veux que je te dise mon avis ? On a eu du bol de naître dans cette vie. ¿ Qué dices de la vida : bonita, no ? Elle est belle mais elle est courte, il faut la vivre bien."

Présentation de l'éditeur : Les Editions de Minuit

Du même auteur : Par les routes ♥ ♥ ♥ ♥ ; Les grands ♥ ♥ 

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La dame de Job de Alexandre VIALATTE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"L'important n'est pas ce qui se passe, mais la façon dont ce qui se passe s'imprime en nous."

"C’est une dame, écrivait Alexandre Vialatte à Jean Paulhan, qui fume la cigarette sur un calendrier du Job dans une auberge sur le plateau du champ de tir, près d’une petite ville de garnison." Son image fascine deux enfants, le narrateur et Frédéric Lamourette, fils du chef de musique. Ils vont bâtir, autour de l’auberge et du champ de tir, un univers fantastique dont elle sera l’énigmatique souveraine.

Ce que j'ai aimé :

L'écriture témoigne indéniablement d'une finesse littéraire, alliant poésie, satire et fantaisie. L'atmosphère mélancolique se double d'une réflexion sur la condition humaine. La banalité du quotidien est transcendée par la réflexion philosophique : l'existence humaine apparait comme une suite d'absurdités qu'on tente de comprendre sans jamais y parvenir. La beauté ne réside pas dans les grandes choses mais dans la façon dont on les regarde.

"Il faut longtemps avant d'apprendre, en quelque point du vaste monde, devant un spectacle pareil à ceux que nous avaient promis les dessinateurs du journal, que ce qu'on allait chercher si loin, ce n'était pas ce qu'il y avait sur l'image, mais le souvenir de cette heure où l'on avait pu croire un jour qu'il existe des paradis hors de ceux qu'on s'invente soi-même."

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai moins apprécié la deuxième partie.

Bilan :

Une oeuvre qui me donne envie de découvrir plus avant cet auteur !

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Trois femmes puissantes de Marie N'DIAYE

Publié le par Hélène

Le roman met en scène trois destins de femmes : la première, Norah, après avoir grandi en France avec sa mère, revient au Sénégal sur la demande de son père avec qui elle a peu de contact. Fanta est une professeure de français africaine qui est mariée à Rudy, ils se sont installés en France. Khady est une jeune africaine mariée qui a été renvoyée par sa belle famille après la mort de son époux. Elle doit partir pour la France et suivre le chemin infernal des émigrés clandestins. Elle se retrouve obligée de se prostituer afin de subvenir à ses besoins.

Chacune est confrontée à des situations de violence, d'oppression et de lutte pour leur dignité.

Ce que j'ai aimé :

Les rapports de domination sont passés au scalpel, qu'il s'agisse de la domination du père, du mari ou de la société. Chaque geste est disséqué, chaque pensée analysée, le malaise s'installe peu à peu et fait vaciller les consciences.

Fanta n'est vue que par le biais du point de vue de son mari, un homme insatisfait, jaloux des autres mais l'effet est décuplé, comme si elle était réellement le pantin de cet homme raté.

Chacune de ces femmes essaie malgré tout de reprendre possession de sa vie après avoir connu les pires des souffrances.

Ce que j'ai moins aimé :

Personnellement je n'ai pas ressenti la puissance de ces femmes, certes elles essaient de faire preuve de résilience face à l'adversité, mais leurs tentatives restent relativement vaines. Le titre aurait pu être mieux choisi car il dirige la lecture vers des horizons qui ne sont que mirages.

L'écriture alourdit encore cette atmosphère sombre et oppressante.

Présentation de l'éditeur : Folio

Prix Goncourt 2009

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L'heure des oiseaux de Maud SIMONNOT

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Elle possède des richesses que personne ne pourra lui dérober : sa liberté de penser et l'enchantement procuré par la nature."

Île de Jersey, 1959. Pour survivre à la cruauté et à la tristesse de l’orphelinat, Lily puise tout son courage dans le chant des oiseaux, l’étrange amitié partagée avec un ermite du fond des bois et l’amour inconditionnel qui la lie au Petit. Soixante ans plus tard, une jeune femme se rend à Jersey afin d’enquêter sur le passé de son père.

Ce que j'ai aimé :

L'autrice fait la lumière sur cet épisode sordide : dans les années 2000, des témoignages ont révélé les abus et mauvais traitements subis par des orphelins dans une institution de Jersey durant les années 1950. Ce scandale aurait pu entacher l'image de l'île de Jersey s'il n'avait été étouffé. L'ile de Jersey est en effet une plaque tournante de la fiscalité si bien que personne n'a été condamné, les orphelins malmenés n'ont malheureusement pas été écoutés.

"Il est impossible de manière générale de comprendre une telle maltraitance sur des enfants, la nuit noire de nos pires cauchemars, mais que cette horreur ait pu se produite dans une île si accueillante, une île si fière de sa pomme de terre labellisée au goût de noisette, de sa ferme aux papillons et de ses prairies fleuries, c'était vraiment inconcevable." p 109

Le roman a le mérite d'aborder ce sujet difficile avec sensibilité, en mettant en avant la force de l'enfance qui, malgré les crimes subis, réussit à capter une lumière, un chant d'oiseau, une merveille cachée :

« C'est son heure préférée, celle où la forêt devenue bleue renaît. Cette heure merveilleuse, suspendue avant l'aube, où tous les chagrins s'effacent, où tous les espoirs semblent permis. L'heure des oiseaux. »

Une vraie merveille !

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Le grand Meaulnes de Alain FOURNIER

Publié le par Hélène

♥ ♥

Alors qu'il mène une enfance paisible au cœur de la Sologne, le narrateur François Seurel rencontre Augustin Meaulnes, un nouvel élève avec qui il se lie d'amitié. Il suit ébloui les exploits de ce jeune homme aventurier. Un beau jour, le grand Meaulnes se perd dans la campagne et assiste alors à une fête étrange dans un manoir féérique. Il rencontre Yvonne de Galais, mais au matin, il doit reprendre le chemin de sa vie. Il n'aura de cesse de retrouver la jeune fille et le domaine, ainsi que son frère Frantz, fiancé éconduit.

"Le domaine mystérieux" symbolise ainsi l'enfance perdue et la quête qui s'ensuit d'un idéal inaccessible. Le sentiment profond de bonheur connu lors de cette fête peuplée de pierrots et colombines éloigne le Grand Meaulnes définitivement d'une vie ordinaire et fade. Elle le voue à une quête incessante et insatiable : "Mais, j’en suis persuadé maintenant, lorsque j’avais découvert le Domaine sans nom, j’étais à une hauteur, à un degré de perfection et de pureté que je n’atteindrai jamais plus."

L'atmosphère onirique, presque fantastique teinte le roman d'une mélancolie tragique. Le bonheur semble inaccessible pour les protagonistes qui, quand il les frôle, ont conscience de sa fragilité et fuient avant de souffrir.

"De temps à autre, le vent chargé d’une buée qui est presque de la pluie nous mouille la figure et nous apporte la parole perdue d’un piano. Là-bas, dans la maison fermée, quelqu’un joue. Je m’arrête un instant pour écouter en silence. C’est d’abord comme une voix tremblante qui, de très loin, ose à peine chanter sa joie… C’est comme le rire d’une petite fille qui, dans sa chambre, a été chercher tous ses jouets et les répand devant son ami. Je pense aussi à la joie craintive encore d’une femme qui a été mettre une belle robe et qui vient la montrer et ne sait pas si elle plaira… Cet air que je ne connais pas, c’est aussi une prière, une supplication au bonheur de ne pas être trop cruel, un salut et comme un agenouillement devant le bonheur…"

Ce roman, œuvre à part dans la littérature française, est l'œuvre littéraire française la plus traduite et lue dans le monde juste après Le petit prince, et ce, à juste titre !

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

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