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litterature francaise

Dans la nuit Mozambique et autres récits de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce recueil de nouvelles rassemblent des textes écrits entre 2000 et 2007 par Laurent Gaudé. 

Sang négrier : Au temps de l'esclavage, cinq nègres s'enfuient d'un navire négrier. Le capitaine du navire, hanté par leurs disparitions, devient peu à peu fou. Cette nouvelle flirte avec le fantastique pour mieux décrire la folie des hommes et s'interroger sur la nature humaine : sommes nous des monstres sanguinaires ? L'examen de certains évènements historiques sème le doute...

Gramercy Park Hotel : un vieil homme revient sur les lieux heureux de son passé. Un beau texte sur le couple et ses errances.

Le colonel Barbaque : L'histoire raconte la vie d'un poilu de la première guerre sauvé par un africain qui lui même aura une fin tragique dans cette guerre qu'il n'a pas choisie... Sur ces africains qui se sont engagés dans la guerre 14-18 du côté de la France, servant ni plus ni moins de chair à canon.  

"Les nègres crèvent entassés les uns sur les autres. Ils crèvent d'être venus chez nous. Ils crèvent de subir cette pluie qui vous glace les os. Et d'obéir aux ordres de cette guerre dans laquelle ils ne sont pour rien. Ils crèvent là. Par obéissance. Par générosité. Et rien. Ni médaille. Ni merci." p. 97

Dans la nuit Mozambique : Des hommes se retrouvent dans un café pour se raconter des histoires. Ce dernier texte constitue la seule lueur d'espoir dans ce recueil assez désespéré. 

"Oui. C'était bien. Ils avaient été cela. Quatre hommes qui parlaient, quatre hommes qui se retrouvaient parfois, avec amitié, pour se raconter des histoires. Quatre hommes qui laissaient sur le snappes de petites traces de vie. Et rien de plus." p. 160

Des nouvelles frappantes sur la violence dont sont capables les hommes, au nom de la politique ou de causes aléatoires...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteur Ouragan ; Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège ; La mort du roi Tsongor ; Danser les ombres

 

Dans la nuit Mozambique, Actes sud, Babel, août 2008, 7 euros

 

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Au-delà de 125 palmiers de Pauline DESNUELLES

Publié le par Hélène

Alma mène une vie engluée dans la routine entre son mari Paul et son fils Léopold. Quand Paul part en mission en Antarctique pour plusieurs mois, elle voit là l'occasion de se recentrer sur elle-même et surtout, sur l'essentiel. Elle décide de fuir la ville pour retrouver le village de son enfance, au bord de la Méditerranée. Jour après jour, rencontres après rencontres, les stigmates du quotidien s'effacent pour laisser place à davantage de liberté et d'épanouissement.

Comme j'aurais voulu l'aimer ce roman ! J'aurais aimé que l'auteure parvienne à écrire ce roman poétique qui parlerait du temps présent, de la magie du temps suspendu au bord de mer, des choix cruciaux que l'on décide de faire ou de ne pas faire, de la vie qui s'écoule, des enfants rieurs, des hommes-aimants, des grands-pères bienveillants. J'aurais aimé me couler avec délice dans la simplicité de la vie au bord de mer, entre marées et pluies printanières. J'aurais tant aimé lire tout cela, me laisser envoûter...  Mais n'est pas Claudie Gallay qui veut. 

Dés les premières lignes, le style m'a heurté de plein fouet

"Il y a gros à parier que Léopold va se relever. J'allume la télévision, rien d'intéressant. Un concert lyrique sur Arte, une cantatrice aux seins engoncés dans un brocart rouge s'égosille d'un air courroucé. Je rêvais de temps pour moi, en voilà. Je n'ai pas très faim, j'ai grignoté avec Léopold."

Voilà, tout est dit. Des tournures impersonnelles, l'usage du présent de l'indicatif qui aplatit le récit au lieu de lui donner l'envergure du quotidien recherché, des actes quotidiens sans aucun intérêt, un "je" qui nous rapproche plus du journal intime que du roman... Bien sûr si on s'appelle Duras tout cela est transcendé et poétisé, mais ici, cela tombe à plat. Duras ne passerait pas une page entière à décrire ses tentatives diverses pour se connecter au réseau dans sa nouvelle maison, et ses multiples appels à l'opérateur.

C'est un échec, même la sensualité n'est pas bien rendue, les étreintes restent seulement esquissées, pudiquement, si bien qu'on ne comprend pas bien la métamorphose progressive de la narratrice. Quant aux dialogues, ils sonnent eux aussi faux :

"-Je ne sais pas quoi te dire. C'était si soudain. Si étrange. En même temps, tu ne me dois rien. 

- Si je te dois des explications.

- Tu m'as manqué. Je m'étais sentie si proche de toi...

- Moi aussi, je me suis senti très proche de toi, et je  me sens toujours très proche de toi. Rien ne s'est effacé. 

- Pour moi, c'est différent, dis-je d'un ton rude." p. 85

J'aurais voulu l'aimer. A chaque mot j'ai ressenti l'intention de l'auteure, et à chaque phrase je me disais qu'elle n'avait pas réussi à faire passer ce qu'elle voulait. C'est rageant. Je n'ai pas pu l'aimer.

 

Présentation de l'éditeur : Editions de la Rémanence 

D'autres avis : Yves qui a trouvé cette lecture " calme, reposante et mélodieuse"

Vous aimerez aussi : Les déferlantes de Claudie Gallay

 

Au-delà de 125 palmiers, Pauline Desnuelles, Edtions de la Remanence, mai 2015, 112 p., 15 euros

 

Merci à Yves pour le prêt.

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D'après une histoire vraie de Delphine De VIGAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Le point de démence de quelqu'un, c'est la source de son charme."

Delphine, la narratrice, raconte rétrospectivement la relation particulière qui s'est ébauchée entre elle et L. rencontrée dans une soirée. Cette  L. la séduit peu à peu et les deux femmes deviennent amies, L. sachant se rendre indispensable. Nécessaire. Toujours là quand on a besoin d'elle. L'incarnation vivante de l'amie parfaite. Avec un côté inquiétant, presque aliénant, peut-être la marque indélébile de la véritable amitié ?

"Peut-être était-ce d'ailleurs cela, une rencontre, qu'elle soit amoureuse ou amicale, deux démences qui se reconnaissent et se captivent." p. 178

Les deux amies sont souvent en harmonie sauf sur un point : Delphine est une  écrivain entre deux romans, elle a connu le succés avec son roman précédent très autobiographique, et aimerait maintenant revenir à la fiction, ce à quoi s'oppose fortement L : 

"Les gens s'en foutent. Ils ont leur dose de fables et de personnages, ils sont gavés de péripéties, de rebondissements. Les gens en ont assez des intrigues bien huilées, de leurs accroches habiles et de leurs dénouements. Les gens en ont assez des marchands de sable ou de soupe, qui multiplient les histoires comme des petits pains pour leur vendre des livres, des voitures ou des yaourts. Des histoires produites en nombre et déclinables à l'infini. Les lecteurs, tu peux me croire, attendent autre chose de la littérature et ils ont bien raison : ils attendent du Vrai, de l'authentique, ils veulent qu'on leur raconte la vie, tu comprends ? La littérature ne doit pas se tromper de territoire."  sinon les personnages "seront comme des mouchoirs en papier, on les jettera après usage dans la première poubelle venue." p. 139

Pour Delphine sonner juste suffit : 

"Je crois que les gens savent que rien de ce que nous écrivons ne nous est tout à fait étranger. Ils savent qu'il ya toujours un fil, un motif, une faille, qui nous relie au texte. Mais ils acceptent que l'on transpose, que l'on condense, que l'on déplace, que l'on travestisse. Et que l'on invente. " Elle ne croit pas que le réel suffise : "Le réel, si tant est qu'il existe, qu'il soit possible de le restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d'être incarné, d'être transformé, d'être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c'est chiant à mourir, au pire c'est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction." p. 331

Débat sans fin durant lequel les passions de l'une et l'autre s'exacerbent, instillant le doute dans l'esprit de la narratrice comme du lecteur : L. aurait-elle un projet plus vaste en tête que de simplement conquérir l'amitié de Delphine ? Est-elle une jeune femme équilibrée rencontrée par hasard ou une manipulatrice de génie ? Qui est-elle vraiment ? Et finalement existe--t-elle réellement ? Dans quelle réalité ? celle du roman de Delphine de Vigan ? Dans la vie de l'auteur ? Dans la vie de la narratrice ? Les frontières s'estompent et la narratrice-auteure nous met au défi de démêler le vrai du faux "D'ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont out, ou presque, serait inventé." p.448 

Avec génie, Delphine de Vigan revisite le Misery de Stephen King et ce rapport intense qui s'établit entre le lecteur et l'auteur. Elle nous rappelle que l'important n'est pas de démêler le vrai du faux mais d'être pris par une histoire, emporté, coupé du monde pendant le laps de temps que l'on passe immergé dans les pages. Pari réussi !

 

Présentation de l'éditeur : JC Lattès  

D'autres avis : Babelio

Du même auteur Rien ne s’oppose à la nuit 

Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens. 

 

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Une forêt d'arbres creux d'Antoine CHOPLIN #MRL2015

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

L'artiste Bedrich Fritta est déporté en 1941 au camp de Terezin en république tchèque avec sa femme et son fils. Il intègre le bureau des dessins. Le jour, ce groupe accomplit des commandes obligatoires, des plans, des aménagemetns du camp. La nuit, ils se retrouvent en cachette pour laisser libre cours à leur créativité, pour représenter leur quotidien à Terezin transfiguré par l'art.

Ainsi, pour ces hommes, la création, l'art, la fraternité restent les seuls recours contre l'horreur. Dans une scène marquante, Bedrich et sa femme observent une maison au loin, loin du camp, et s'imaginent de l'autre côté des barbelés. L'espoir et l'évasion de l'esprit permettent à la folie de se tenir relativement éloignée, pour un temps, quelques minutes, le temps d'un rêve... 

Si l'émotion transparaît entre les mots, elle se fait discrète, contenue, pour ces hommes pour qui il faut avant tout résister face à l'opresseur et ne pas capituler. 

Mes réserves : D'une part, j'ai l'impression que pour ce thème couru, lu et relu, il faut vraiment un texte choc, différent, original. Or l'émotion contenue fait passer à côté de la poésie du texte et de cet auteur que j'avais tant aimé dans La nuit tombée

 

Présentation de l'éditeur : La Fosse aux ours 

Du même auteur :  La nuit tombée Le héron de Guernica ;  Radeau  ; L'incendie 

D'autres avis : Jérôme  ; NoukettePhiliJostein ChocoMarilyne Valérie 

 

Une forêt d'arbres creux, Antoine Choplin, La fosse aux ours, 2015, 115 p., 16 euros

 

Reçu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Priceminister. Merci aux organisateurs :

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Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes de Olivier BLEYS

Publié le par Hélène

♥ ♥

Entre affrontement entre modernité et ancestralité, la famille Zhang vit pauvrement au milieu d'un quartier désafffecté. Les usines et entrepôts ont été laissés à l'abandon et les Zhang vivent dans des conditions précaires dans un vieille maison qui menace de s'écrouler. Mais ils restent unis autour du vieil arbre de la cour, au pied duquel leurs parents sont enterrés. Ils restent fidèles à leurs parents et à leurs valeurs. Wei tient son rôle de chef de famille au sérieux, son épouse Yun le seconde pour élever leur fille Meifen, et prendre soin du beau père Hou Chi attaché à son écran de télé et de la belle mère la vieille Cui. Mas un projet immobilier fleurit dans le quartier, mettant en danger leur fragile équilibre. 

Olivier Bleys s'est inspiré pour ce récit des photographies des "maisons-clou", ces maisons que refusent de quitter leurs propriétaires et qui, décalées, perdurent dans un environnement hostile.  En vingt ans l'expropriation est devenu un problème majeur en Chine et l'auteur a souhaité ainsi mettre en scène des "irréductibles petits chinois" (dit-il) face à la puissance de la bureaucratie chinoise. 

Les propriétaires de cette "maison clou" de Nanning, ville du sud de la Chine, refusent sa destruction et bloquent l'achèvement de la route.  (REUTERS)

@france info

Mes réserves

Si le projet est intéressant, malheureusement des longueurs pèsent sur le récit. Puis, clou du spectacle, tout finit joyeusement dans des clichés qui frisent le Marc Lévy :

"Au fond je suis un homme comme les autres ! Les hommes bâtissent des maisons, labourent des champs, ils tracent des routes et amassent des trésors. Et un jour, ils découvrent que tout cela n'est pas grand-chose, que la vraie valeur de la vie, ce sont d'autres êtres humains, une femme ou un enfant à leurs côtés... Cela, même le plus borné des hommes finit par le comprendre. Il est souvent trop tard." p. 285

Bilan : Un début intéressant, puis la débrouile de Wei devient pathétique voire glauque pour finir par un discours lénifiant sur l'importance des rapports humains. What else ? comme dirait Georges...

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Du même auteur  Concerto pour la main morte

D'autres avis : Nadael 

Sur les maisons clou : Voyager Loin 

 

Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes, Olivier Bleys, Albin Michel, 2015, 292 p., 20 euros

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Seule Venise de Claudie GALLAY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Il ne faut pas attendre. Laissez-vous traverser." p.191

Suite à une rupture douloureuse, la narratrice décide de larguer les amarres et de partir pour Venise. Dans cet hiver glaçant, les touristes sont rares dans la cité des doges et dans la pension où elle a élu dominicile. Une jeune danseuse et son amoureux y loge, ainsi qu'un prince russe en fauteuil roulant avec qui la jeune femme passe plusieurs heures par jour. Compagnons d'infortune, ils se livrent l'un à l'autre au fil du temps qui file sur la cité prise dans le froid hivernal.

"- Mon poisson rouge a crevé, je dis. J'ai perdu mon boulot. Mon mec m'a plaquée.

- Dans quel ordre ?

- Le poisson à la fin." p. 41

Ses errances dans la ville embrumée mène la jeune esseulée vers une librairie dans laquelle rôde un fascinant libraire. Entre brume et premiers flocons de neige, le charme de la ville agit peu à peu sur l'esprit solitaire de la narratrice. 

"Le temps passe. Vide, silencieux. Feutré. Dehors, le ciel devient plus sombre, presque noir. Par contraste, la pierre vire au rose. Sur la place, les premières gouttes. Des parapluies s'ouvrent. Des passants se hâtent." p. 69

Le style de Claudie Gallay épouse sensuellement les pensées de cette jeune femme perdue dans sa vie comme dans la ville. Toutes deux peinent à se dire, à se livrer, sachant que les mots peuvent être trahison. La narratrice est happée par ce vide d'après la rupture, ce gouffre qui emplit l'air et étouffe l'âme, cett solitude que l'on cherche à remplir, trop vite, trop tôt, trop mal, à tort. Le temps lancinant fera son travail, de rencontres en bonheurs minuscules, un verre de vin, un repas partagé, des peines en commun, le bonheur des autres... 

Un texte tout en retenue qui apporte la lumière touches après touches, impressionnant la vie des esseulés et la nimbant de paix jour après jour.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteurLes déferlantes L'amour est une île Une part du ciel  Dans l'or du temps

D'autres avis : Caroline ;  Antigone Alex AntigoneEnnaSaxaoulLiliba

Télérama 

 

Seule Venise, Claudie Gallay, J'ai lu, 2009, 6.70 euros

 

Lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle.

 

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L'écrivain national de Serge JONCOUR

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le narrateur-écrivain arrive dans une petite ville entre Nièvre et Morvan invité par les libraires en résidence pour un mois. Dés son arrivée il est avisé de l'étrange disparition d'un des habitants du village. Fasciné par le couple qui est accusé de cette disparition, et surtout par Dora, la femme, Serge mène son enquête, irrémédiablement attiré par le faits divers et/ou la jeune femme. Et là rien ne va plus : il arrive en retard aux rencontres organisées par les libraires, le pantalon crotté et les habitants commencent à se méfier de celui qui pactise avec l"ennemi"... Le mot même de "auteur" devient ambivalent : est-il l'auteur de romans ou l'auteur et complice d'un crime ?

Le véritable auteur se plaît à brouiller les pistes, s'interrogeant sur le rapport entre fiction et réalité, sur ce qui pousse les écrivains à écrire, publier sur tel ou tel sujet, se fabriquant un être factice de papier :

"Les autres on les croise toujours de trop loin, c'est pourquoi les livres sont là. Les livres, c'est l'antidote à cette distance, au moins dans un livre on accède à ces êtres irrémédiablement manqués dans la vie, ces intangibles auxquels on n'aura jamais parlé, mais qui, pour peu de se plonger dans leur histoire, nous livreront tout de leurs plus intimes ressorts, lire, c'est plonger au coeur d'inconnus dont on percevra la plus infime rumination de leur détresse. Lire, c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous de n'être que soi." p. 125

L'atmosphère de ce petit village est particulière, l'écrivain est devenu la star du village et il est à ce titre épié. Les villageois qui gravitent autour du narrateur se permettent des libertés avec lui parce qu'ils ont l'impression de le connaître par l'intermédiaire de ses livres. Il est "leur écrivain national" et ils supportent difficilement qu'il sorte des chemins balisés. Toutefois eux aussi ont leurs contradictions, notamment dans ce combat silvestre opposant les écologistes d'un côté et les partisans d'une exploitation intensive des forêts. 

La fluidité du style et l'humour de cet écrivain pataud impose le tempo à ce roman sympathique. Toutefois, il est à noter que les passages sur les rapports amoureux sont relativement convenus :

"L'amour est une histoire qu'on se raconte, un pacte à deux contre le monde, c'était une folie pure de faire ça, une connerie de plus sans doute, mais qu'il est bon de retoruver le goût de l'autre, qu'il est fort de flotter dans l'éternel présent d'un début de rencontre, sans futur ni questions, qu'il y ait des lendemains ou pas, après tout qu'importe, un amour même impossible c'est déjà de l'amour, c'est déjà aimer, profondément aimer, quitte à en prolonger le vertige le plus longtemps possible." p. 470

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion 

Du même auteurL'amour sans le faire

D'autres avis : TéléramaLe Magazine LittéraireSéverineClaraAlex 

 

L'écrivain national, Serge Joncour, Flammarion, 2014, 21 euros

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Boule de suif de Guy de MAUPASSANT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le récit se déroule pendant la guerre de 1870, en plein hiver. La Prusse vient d'écraser la France durant la bataille de Sedan. Après la débâcle de l’armée française, la ville de Rouen est envahie par les Prussiens. Pour fuir, un groupe de dix personnes quitte la ville à bord d’une diligence afin de rejoindre Dieppe. Cette diligence forme un lieu fermé, un huis clos propice à la révélation des grandeurs et des petitesses de chacun. 

En effet, le voyage est difficile, le froid est mordant, les voyageurs ont faim. Parmi eux se trouve une femme, « une de celles appelées galantes », dont la présence dérange, soulève l’indignation et la curiosité : Boule de suif. Mais seule la jeune femme a pensé à emporter des provisions qu’elle partage volontiers avec ses compagnons de voyage. Ceux-ci n’hésitent pas alors à oublier temporairement leurs préjugés bourgeois pour profiter des bienfaits du panier de la jeune femme. Le soir, la diligence s’arrête pour une étape à l’auberge de Tôtes, occupée par les Prussiens. L’officier occupant interdit aux voyageurs de repartir si Boule de suif n’accepte pas ses avances. La jeune femme résiste tout d’abord, par patriotisme, mais elle n’a pas le choix, elle doit se sacrifier pour libérer ses compatriotes. Pourtant elle ne récolte que du mépris de la part de ces gens-là, si bien pensants, qu’elle a nourris puis libérés.

Maupassant dénonce ici les mensonges patriotiques d'une société qui cautionne la guerre. La seule patriote est Boule de Suif, une prostituée méprisée par la société détentrice de la morale. Les autres ne supportent pas que le courage et la résistance face à l'ennemi soient l'apanage d'une prostituée et c'est pour cela qu'ils la remettent à sa place de prostituée sans égard pour ses convictions de citoyenne. La chute fait de ce récit un apologue ironique mettant en cause la morale bourgeoise. Boule de Suif ne peut pas échapper à son statut social, aucune évolution ne semble possible dans une société minée par l'effondrement des valeurs. Le pessimisme de Maupassant se retrouve en ces pages, le dernier mot de la nouvelle "ténèbres" soulignant ce regard très noir de Maupassant sur la société et la nature humaine. Regard naturaliste qui se soucie du moindre détail : quelques personnages ont été inspirés par des personnages réels et l'intrigue elle-même a comme origine un fait divers raconté dans le Journal du Havre. 

Une nouvelle à relire !

 

Présentation de l'éditeur : Le lIvre de poche 

Du même auteur : Bel ami ; Une partie de campagne

 

 

 

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Regards sur le monde. Deux nouvelles contemporaines de Laurent GAUDE et Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

La seconde côte d'Adam de Sylvain Tesson

♥ ♥ ♥ ♥

"Un scientifique doit parfois mettre sa rigueur au service de l'imagination." 

Dans les années 1950, trois scientifiques progressent depuis 15 jours dans l'Himalaya : Anatole zoologue, spécialiste des félins d'altitude et doyen du laboratoire de mammalogie comparée de l'université de Minsk en Biélorussie, sa femme Véra et Kolya scientifique ukrainien, ancien élève d'Anatole. Leur but : découvrir l'once des altitudes, le léopard des neiges dont on soupçonnait l'existence mais qui n'avait pas encore été approché ni photographié. Ils arpentent les contreforts de l'Himalaya, ses paysages sauvages, ses monastères perdus, rencontrent les habitants, dont ces  tibétains qui ont connu l'oppression chinoise. 

Peu à peu, des divergences apparaissent entre le maître et l'ancien élève, le conflit naissant entre les deux hommes autour de l'existence du yéti. Deux conceptions de la science s'affrontent : celle d'un homme plus âgé, Anatole, respecteux des traditions, de la population et de ses croyances, à l'écoute des autres et du monde, et celle du jeune Kolya qui souhaite faire coller le monde avec la représentation qu'il en a. 

"Vous êtes un religieux, Kolya. Comme tous vos collègues : un torquemada de la science. Le défenseur d'un credo, le dépositaire du savoir. Et vous honnissez la moindre brèche qui ferait vaciller l'édifice. Vous êtes comme ces savants du XVIIIè siècle qui poussaient des cris de vierges effarouchées quand sont apparues des bactéries dans l'oeilleton de leurs microscopes, parce qu'ils ne pouvaient accepter que Dieu ait créé des éléments vivants invisibles à l'oeil humain. Vous êtes comme ces aveugles de France à qui l'on montrait des fossiles recueillis au sommet des Alpes et qui décrétaient qu'il s'agisait des reliefs d'un festin de croisés. Vous ne voyez pas que ce que vous savez est une infime partie de ce qu'il y a à connaître. La science n'est pas un bras bâtisseur qui construit un système, c'est un pinceau d'archéologue qui déblaie une mosaïque." p. 15

Le jeune Kolya refuse d'admettre l'existence supposée du yéti, quand son aîné reste ouvert à toutes les infinies possibilités du monde : 

"En tous cas, Kolya Vassilievitch, ce que vous en pouvez pas flétrir, c'est la beauté de cette hypothèse, la force de cette croyance, l'universalité de cette vision ; et ce que vous ne pourrez jamais fermer dans le temple de la science, c'est le petit soupirail ouvert sur l'inconnu et sur le fantastique." p. 19

Photo (mise en scène !) de l'Abominable homme des neiges (1992). DICKINSON LEO/SIPA

@sciencesetavenir

La nouvelle est parfaitement ciselée, sa conctruction frise la perfection et sa chute est surpenante. La voix de l'auteur sonne juste, sans doute parce que lui même a découvert en 1997 des empreintes dans la neige, empreintes qui n'appartenaient ni à un homme ni à un ours, ceci pendant une expédition avec Alexandre Poussin dans l'Himalaya ! 

 

A lire sur le yéti : lewebpédagogique 

 

Le bâtard du bout du monde de Laurent Gaudé

♥ ♥

La deuxième nouvelle du recueil nous emmène dans un tout autre univers : celui de la Rome antique. Hadrien a chargé Lucius de tuer Caïus. Lucius se rend donc les confins de l'Empire pour accomplir sa mission. Son forfait accompli, il est pris de visions qui le poussent à quitter le fort pour faire route vers les barbares. Une gangrène le prend en chemin. 

Le lyrisme de Laurent Gaudé se retrouve en ces pages qui offrent une belle réflexion sur la barbarie. 

 

Les deux nouvelles sont suivies d'un dossier pédaggique pour étudier ces textes en classe,  les ressources sont nombreuses et les pistes de réflexion passionnantes.

 

Présentation de l'éditeur : Librio 

A lire aussi de Sylvainn Tesson : Une vie à coucher dehors Dans les forêts de Sibérie ;  Géographie de l’instant S'abandonner à vivre Aphorismes sous la lune 

A lire aussi de Laurent Gaudé :  Ouragan Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège ; La mort du roi TsongorDanser les ombres

 

Regards sur le monde, Sylvain Tesson et Laurent Gaudé, Librio, juin 2015, 3 euros

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Un repas en hiver de Hubert MINGARELLI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Pendant la seconde guerre mondiale trois soldats décident d'échapper aux fusillades matinales éprouvantes en acceptant en contrepartie de partir à la chasse à l'homme juif au fin fond de la forêt polonaise. Il leur faut revenir avec un prisonnier au camp. Le narrateur, Emmerich et Bauer arpentent alors la région, tétanisés par le froid qui règne en cet hiver rigoureux. 

En chemin chacun partage un peu de sa vie avec les autres, dans un élan fraternel consolateur. Ainsi Emmerich avoue s'inquièter pour son fils resté là bas et sur le fait qu'il pourrait prendre un mauvais chemin en apprenant à fumer. Les autres se penchent sur cette épineuse question et réfléchissent aux solutions possibles, permettant ainsi à leur esprit de s'évader loin de cette guerre meurtrière. 

La réalité se rappellent à eux par hasard quand ils trouvent un juif dont le sort semble scellé. Tiraillés par la faim ils s'installent dans une ferme abandonnée avant de ramener leur prisonnier au camp, et se préparent alors un repas avec le peu qu'ils ont. Survient un polonais qui bouscule le fragile équilibre du repas. Profondément antipathique, sa haine contre le juif entraîne chez les soldats un élan protecteur, presque malgré eux. Cette trêve durera-t-elle ?

Il n'est guère évident pour ces hommes d'appréhender le meurtre, et un détail infime peut leur rappeler qu'ils ont face à eux avant tout un homme, qui pourrait être leur fils, leur frère, leur père. Le narrateur est ému par un détail sur le bonnet du juif : un flocon, preuve qu'une mère aimante a tricoté pour lui ce petit dessin minuscule qui le rend pourtant humain.

Ce repas en hiver qu'ils partagent met en lumière les contradictions de ces soldats réduits à n'être que des demi-hommes à cause de cette guerre qu'ils n'ont pas choisie. Ce ne sont ni des bons ni des méchants, ni des anges, ni des brutes, juste des victimes d'une logique implacable absurde. 

 

Présentation de l'éditeur : Stock 

Du même auteur : Une rivière verte et silencieuse ; L'incendie

D'autres avis : Jérôme  ; Clara ; Cathe 

 

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli, Stock, 2012, 144 p., 17 euros

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli, J'ai Lu, 2014, 7.20 euros

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