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litterature francaise

Le syndrome de la vitre étoilée de Sophie ADRIANSEN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Ce qu'on traverse, tout de même. Ce qu'on partage. La façon dont on se soutient les uns les autres, parfois avec maladresse, mais sans faillir. Je crois que c'est quelque chose de grand.

Ce que le corps traverse, aussi." p. 277

Stéphanie est en couple. Après dix ans à deux, Guillaume et elle aspirent à être trois, mais le troisième se fait attendre. Des jours, des mois passés à lancer des phrases optimistes "Je n'ai presque plus de tampons. J'aurai un bébé dans le ventre avant la fin de la boîte." , des mois durant lesquels l'espoir sombre peu à peu remplacé par cette obsession  : jouir pour procréer... La pression arrive, crescendo, portée par les conseils absurdes de l'entourage "il ne faut pas y penser et cela arrivera." ; ou les remarques décalées de la mère ou de la tante  "Quand on prend du poids, tomber enceinte peut s'avérer moins facile. Tu es sûre que tu veux reprendre de la tarte ?" p.59 ; "Champagne pour tout le monde ? Ou quelqu'un aurait-il quelque chose à annoncer ? Non ? Alors champagne pour tout le monde !" p.58

La narratrice parle avec à la fois gravité et humour de ce parcours du combattant vécu par un couple sur cinq. Elle évoque le désespoir qui peut  saisir la jeune femme qui voit ses copines tomber enceintes les unes après les autres, quand elle, contemple son ventre désespérément plat. Le désespoir qui prend à la gorge quand le parcours se complique, quand le corps médical commence à jouer un rôle, que ce soit par le biais des analyses poussées ou plus tard des inséminations douloureuses. Elle ne nous épargne rien de cette plongée dans un univers froid, du manque d'humanité du corps médical aux positions humiliantes, de la douleur physique, du manque d'accompagnement psychologique. Mais elle parle aussi de la suite, de la résurrection, de la libération, et sa personnalité lumineuse éclaire les pages les nimbant d'une aura singulière.

La forme même de ce drôle de journal intime, fait de fragments éclatés, d'articles, d'analyses biologiques, de statistiques,  de citations décalées ("Il va nous falloir un plus gros bateau." citation des dents de la mer), d'injonctions maternelles, de souvenirs, pose le roman comme une métaphore de l'identité éclatée et de la difficulté d'être soi dans un monde de conventions.

"La vitre étoilée, c'est celle du flipper qui, sous les coups des joueurs frustrés d'avoir laissé échapper la bille, se brise sans se disloquer. Les fissures lui confèrent un aspect céleste. C'est quand tout est brisé à l'intérieur alors qu'à l'extérieur tout semble tenir. On peut même trouver ça joli. Après généralement, ça fait tilt."

Le parcours vers soi est long dans ce roman lumineux doté de ce petit "supplément d'âme", mais la liberté retrouvée n'a pas de prix.

"La vie sait se montrer savoureuse avec ceux qui osent la laisser venir à eux." p.284

 

Présentation de l'éditeur : Fleuve éditions

D'autres avis : Lili galipette ; Caroline

Du même auteur : Je vous emmène au bout de la ligne  ♥ ♥ (Essai)  Quand nous serons frère et sœur ♥ ♥ ; Grace Kelly ♥ ♥ (bio) ; Max et les poissons ♥ ♥ ♥ ♥ (Roman jeunesse) ; Naître et grandir en musique  ♥ ♥ (doct) ; Les grandes jambes ♥ ♥ ♥ (Roman jeunesse)

Son site : http://www.sophieadriansen.fr/

 

 Merci à Sophie !

 

Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen, Fleuve éditions, août 2016, 352 p., 19.50 euros

 

 

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Trois jours et une vie de Pierre LEMAITRE

Publié le par Hélène

♥

Bienvenue dans un univers glauque ! L'auteur semble-t-il voulait s'interroger sur les conséquences de nos actes. Il a donc choisi un jeune garçon de douze ans responsable de la mort d'un autre petit garçon de 6 ans. En proie à la panique après avoir tué le petit Rémi dans un accés de colère, Antoine décide de cacher le corps et de se taire. Les recherches pour retrouver le petit Rémi s'organisent alors dans le petit village de Beauval,  microcosme dans lequel les conflits s'exacerbent... Observant de loin les uns et les autres s'agiter pour résoudre le mystère de la disparition du petit garçon, Antoine tremble...

Si Pierre Lemaître maîtrise indéniablement l'art de la narration, l'ensemble de son roman m'a semblé creux, basé sur un fait divers somme toute sordide. Le suspens demeure l'élément principal qui nous laisse accroché aux pages : Antoine sera-t-il découvert ? Mais la construction reste bancale, puisque au moment où les recherches battent leur plein, une tempête violente inopinée sévit sur Beauval, plaçant soudainement au second plan la disparition. Tempête artificielle, placée ici pour permettre à l'auteur de s'abstraire rapidement du présent. Que faire après la tempête si "brillamment" trouvée ? Deux ellipses temporelles permettent un autre retournement de situation tout aussi soudain, la première nous lance en 2011, puis la deuxième en 2015, aussi vides de sens l'une que l'autre.

Alors oui, la peinture d'une petite vie de province étriquée est plutôt bien rendue, ainsi que cette volonté de fuir chevillée à Antoine mais je n'ai guère compris où voulait en venir l'auteur ! Une déception, un roman inabouti après l'excellent Au revoir là-haut.

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Du même auteur : Au revoir là-haut ; Mise en BD avec Christian DE METTER : Au revoir là-haut

D'autres avis : Jérôme ; Alex  ; Sandrine ; Delphine  ; Clara 

 

Trois jours et une vie, Pierre Lemaître, Albin Michel, mars 2016, 288 p., 19.80 euros 

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Rien ne résiste à Romica de Valérie RODRIGUE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Il y a la pauvreté mais il y a aussi la famille, les enfants, l'amour. Sans tout cela, il n'y aurait que la pauvreté." p. 72

Après le discours de Nicolas Sarozy en 2010 dans lequel il stigmatisait les Roms et créait un amalgame dérangeant entre Roms, gens du voyage et délinquance, Valérie Rodrigue, journaliste dans des magazines féminins, s'insurge et décide de réagir, de militer. Dans un premier temps, elle s'investit auprès des enfants et propose de l'aide aux devoirs dans un village d'insertion rom roumain dans le 93. Puis, un beau jour, son chemin croise celui de Romica, une jeune rom enceinte faisant la manche avec son enfant. Touchée par la détresse mêlée de colère de la jeune femme, elle s'intéresse à elle et une amitié improbable voit alors le jour. Délicatement, des liens profondément humains se tissent entre elles. Valérie devient "l'ange gardien" de Romica, lui rappelant qu'elle a des droits sur le sol français, et qu'elle a aussi le droit de croire à ses rêves "Enfin, parce qu'elle avait un rêve, Romica, celui de devenir médecin. Mais la vie de misère n'autorise pas les rêves, seulement le mariage à l'âge de la puberté et les grossesses non désirées à la suite. C'est ça naître fille et rom dans les Balkans." (Source http://www.huffingtonpost.fr/)

Elle offre ici le témoignage de cette rencontre et de cette communauté stigmatisée. Ce sont des hommes et des femmes qui doivent toujours reconstruire, ailleurs, encore et encore parce qu'ils sont chassés, expulsés, parce que leurs camps sont incendiés. Des êtres touchants qui se heurtent pourtant aux préjugés, aux phrases toutes faites, à la méfiance collective, résonnant des discours habituels ""Qu'ils travaillent au lieu de faire la manche." "Dans une situation pareille on ne fait pas d'enfants." "Ils ont des enfants pour les faire mendier." "Ils viennent ici pour les prestations sociales." "Encore faut-il qu'on leur donne le droit de travailler et la possibilité d'engager une nounou pour garder leurs enfants ...

"S'ils mendient, c'est qu'ils n'ont rien, ni argent, ni nourriture, ni bien à échanger. Si les mères mendient avec leurs enfants, c'est qu'elles n'ont pas d'autre choix, à moins de les laisser tout seuls dans la cabane du bidonville. Elles n'ont qu'à les confier ? A qui ? A une nourrice agréée ?

Pour obtenir des prestations sociales (CAF, CMU), il faut pouvoir justifier d'un domicile, d'un séjour régulier et de ressources déclarées. Autant dire que cela concerne des gens qui ont déjà des acquis. Autant dire une infime minorité.

L'Aide médicale d'Etat est rarement accordée, seulement dans 7% des cas éligibles. Parce qu'il est difficile de comprendre la paperasse française, sauf à avoir été scribe dans une autre vie, parce qu'il faut avoir une domiciliation, parce qu'il faut attendre la réponse environ trois mois, sans se décourager malgré les expulsions et les ordres de quitter le territoire français." p. 62

Valérie Rodrigue peint des réalités là où ne règne que des préjugés, elle s'est intéressée à ces êtres humains démunis en suivant la jeune Romica. Elle raconte les aberrations administratives, le parcours du combattant pour obtenir un bout de papier nécessaire à la survie et à l'intégration, la difficulté de se faire comprendre pour des populations qui ne parlent pas toujours le français, mais elle montre aussi que l'espoir peut être au bout du chemin. 

Ce récit d'une vraie rencontre, entre deux femmes d'univers opposés, résonne profondément dans nos esprits. "Romica, c'est Dora, jeune femme rom roumaine de 25 ans, arrivée en France en 2008 par le circuit des passeurs. Elle ne s'attendait ni à cette misère ni à faire la mendicité. Venant d'un ancien pays communiste où la contraception était interdite, elle a eu quatre enfants (mariée à 14 ans) et plusieurs avortements sauvages sur les bidonvilles."

@Le Parisien

Ce que j'ai moins aimé :

Le style est assez basique, très journalistique, décrivant un état de fait sans aucune fioriture. 

Bilan : Un beau témoignage brut qui met en avant l'importance des liens humains et la foi en l'humanité. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions Plein Jour

D'autres avis : Antigone ; Clara ; Paolina

Revue de presse 

 

Merci à l'éditeur.

 

Rien ne résiste à Romica, Valérie Rodrigue, Plein jour, mars 2016, 176 p., 17 euros

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L'inespérée de Christian BOBIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi -vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir." 

Dans ces courts textes lumineux, Christian Bobin nous invite à porter attention au monde qui nous entoure. 

Dans le premier il écrit "Une lettre à la lumière qui traînait dans les rues du Creusot , en France, le mercredi 16 décembre 1992, vers quatorze heures.", louant ainsi un monde personnifié vivant qui répandrait la joie dans le coeur de celui qui aura su saisir la beauté de l'instant. 

"Ecrire des lettres d'amour est, certes, un travail peu sérieux et sans grande importance économique. Mais si plus personne ne l'exerçait, si personne ne rappelait à cette vie combien elle est pure, elle finirait par se laisser mourir -vous ne croyez pas ?" p. 16

Vivre pleinement l'instant, cela signifie aussi lutter contre les maux de notre époque comme cette fuite en avant du temps,  "La vraie vulgarité de ce monde est dans le temps, dans l'incapacité de dépenser le temps autrement que comme des sous, vite, vite, aller d'une catastrophe aux chiffres du tiercé, vite glisser sur des tonnes d'argent et d'inintelligence profonde de la vie, de ce qu'est la vie dans sa magie souffrante, vite aller à l'heure suivante et que surtout rien n'arrive, aucune parole juste, aucun étonnement pur." p. 21 Le Mal

La légèreté de l'instant se retrouve dans l'innocence de l'enfant qui vit seulement ici et maintenant, et peut par l'imagination s'évader au-delà des frontières closes du réel. Dans "Le thé sans le thé", l'écrivain s'évade d'une conférence soporifique pour aller jouer avec des enfants, et dans 'Une fête sur les hauteurs', les enfants tutoient les anges de la mort, instinctivement, en lançant les conventions par dessus tête, ils rendent un dernier hommage fleuri à une aïeule décédée.

Par le pouvoir de l'écriture qui évoque plus que les images, l'écrivain grave dans les mots la beauté transcendante de ses rencontres, et les plaisirs minuscules qui embellissent la vie, comme celui de nager dans un étang, en se laissant porter par le courant, comme en apesanteur ("Elle ne vous fait plus peur")

"Il nous faudrait apprendre à compter un par un chaque visage, chaque vague et chaque ciel, en donnant à chacun la lumière qui lui revient dans cette vie obscure." p. 111 "L'inespérée"

 

Présentation de l'éditeur : Folio 

D'autres avis : Babelio 

Du même auteur : Les ruines du ciel  ♥ ♥ ♥ ; La part manquante ♥ ♥ ; L’homme-joie ♥ ♥ ♥ ;  Eloge du rien ♥ ♥ ♥ ; La dame blanche ♥ ♥ ♥ ; La grande vie ♥ ♥ ; L'épuisement  ♥ ♥ ♥ ♥ ; L'inespérée ♥ ♥ ♥

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Le grand marin de Catherine POULAIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Risquer de perdre la vie mais au moins la trouver avant..." p. 163

Un beau jour, Lili décide de larguer les amarres et de partir au bout du monde. Elle échoue à Kodiak en Alaska et s'embarque sur un bateau de pêche Le Rebel. Les conditions de vie sont difficiles, le travail très physique et dangereux, les hommes aux côtés de qui elle travaille crient beaucoup, mais Lili s'attache à ce monde rude qui la met sans cesse à l'épreuve. 

"Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui !" p. 37

Surnommée "le moineau" par les hommes d'équipage, elle se fait peu à peu sa place dans cet univers masculin. Comme eux, elle a besoin de braver la mort pour se sentir vivante, c'est aux confins de sa vie, quand elle teste sa propre finitude qu'elle se sent vivre. Comme eux, à terre, elle erre désoeuvrée dans les docks, tentant de retrouver l'ivresse de la mer dans l'alcool qu'offrent les bars. 

Quand elle rencontre le grand marin, c'est comme par inadvertance, cela ne cadre pas avec ses projets, elle qui veut aller à Point Barrow, au bout du monde, et souhaite "M'asseoir au bout, tout en haut du monde. J'imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide... Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai." p. 99 Pour elle, le couple et ses clichés semble être à l'opposé de ce qui la fait vibrer, bien trop statique pour lui convenir. Se laissera-t-elle apprivoiser ? 

Catherine Poulain signe là son premier roman inspiré de sa propre expérience puisqu'elle est elle aussi partie pêcher durant 10 ans en Alaska. Il a obtenu le prix Mac Orlan, le prix Joseph Kessel, le prix Henri Quéffelec, deux prix des Gens de mer et le prix Ouest-France Etonnants Voyageurs. Un beau succés pour ce magnifique portrait d'une femme qui veut juste être debout, vivante et se battre pour sa vie "C'est la seule chose qui compte, non ? Résister, aller au-delà, surpasser. Tout." p. 333

Ce que j'ai moins aimé :

- Quelques longueurs et répétitions

- Une petite baisse de régime se fait sentir quand on rentre dans l'aspect sentimental et/ou sexuel de la relation entre Lili et le grand marin. 

- Il faut adhérer au style, très minimaliste, à la Claudie Gallay. 

- Et une dernière question essentielle : pourquoi toutes les trois pages les protagonistes passent-ils leur temps à se moucher dans leurs doigts ???

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier

D'autres avis : Repéré chez Clara 

Vous aimerez aussi : Les déferlantes de Claudie Gallay

 

Le grand marin, Catherine Poulain, Editions de l'Olivier, 2016, 19 euros

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Mes amis de Emmanuel BOVE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Est-ce donc si difficile de se comprendre sur terre ?" 

Mes amis est le premier roman d'Emmanuel Bove. Le roman connut un beau succés au moment de sa parution en 1924 avant de tomber dans l'oubli avec son auteur, mort praméturément en 1945. Il raconte la quête de Victor Bâton. Bénéficiant d'une maigre pension de guerre, il ne travaille plus et erre dans la ville de Montrouge portant un regard sans complaisance sur lui-même et sur le monde qui l'entoure. Pourtant, il clame son envie de se faire des amis : "La solitude me pèse. J'aimerais à avoir un ami, un véritable ami, ou bien une maîtresse à qui je confierais mes peines. Quand on erre, toute une journée, sans parler, on se sent las, le soir dans sa chambre." p. 50

Malheureusement, il va gâcher tous les balbutiements de relations qui pourront s'ébaucher entre lui et les autres, comme si finalement, il préférait sa solitude aux autres, préférant se plaindre, être plaint et se croire victime de l'injustice des autres, plutôt que d'assumer une véritable relation, qu'elle soit amicale, amoureuse ou professionnelle. Victor Bâton est un personnage qui se fait d'abord une idée des choses et voit selon son idée, selon le sentiment que lui inspire cette idée. Il souffre d'un trop plein d'imagination. 

"Un homme comme moi, qui ne travaille pas, qui ne veut pas travailler, sera toujours détesté. 

J'étais, dans cette maison d'ouvrier, le fou, qu'au fond, tous auraient voulu être. J'étais celui qui se privait de viande, de cinéma, de laine, pour être libre. J'étais celui qui, sans le vouloir, rappelait chaque jour aux gens leur condition misérable." p. 168

Avec ce roman où il ne se passe rien, Emmanuel Bove bouleversa la littérature française : son écriture, alliant subtilement densité du style et simplicité formelle, se double d'une ironie mordante qui a traversé les années. Il a renouvelé la pratique du roman psychologique de l'époque en cernant la vérité de tous les jours, S'il revient au devant de la scène actuellement, selon François Ouellet, c'est à cause de :

"Le narcissisme individualiste de notre société, profondément viciée par la perte des certitudes et une valorisation des rapports égalitaires au profit d'une posture victimaire s'exerçant au détriment de la responsabilité citoyenne. (...) Anti-héros postmoderne, qui rachète sa défaite, son impuissance à vivre, par sa grandeur d'âme et la beauté de sa solitude, Bâton luit comme une étoile au firmament des névrosés fin de millénaire." 

Ce que j'ai moins aimé : j'ai toujours quelques difficultés avec les anti-héros en littérature ...

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'arbre vengeur 

D'autres avis : Le magazine littéraire ; Le Matricule des anges ; 

 

Mes amis, Emmanuel Bove, Editions de l'arbre vengeur, 2015, 244 p., 17 euros

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Douze nouvelles contemporaines. Regards sur le monde

Publié le par Hélène

♥ ♥

Trois parties divisent ce recueil de nouvelles d'auteurs contemporains :

Portraits des hommes et des femmes d'aujourd'hui, de la naissance à la mort

Claude Bourgeyx Lucien

Sylvain Tesson La crique couple qui mouille dans une crique hantée

Pascal Mérigeau Quand Angèle fut seule enterrement

Frédric Brown Cauchemar en gris homme alzheimer

Sylvain Tesson La particule 

Regards sur l'histoire du XXème siècle 

Dino Buzzati Pauvre petit garçon 

Antonio Skarmeta La rédaction chili

Jean Christophe Rufin Garde Robe 

Critique de la société contemporaine

Romain Gary J'ai soif d'innocence 

Sylvain Tesson Le courrier

Didier Daeninck Le reflet 

Jacques Sternberg Le credo

 

Les nouvelles sont assez pessimistes prouvant que l'homme qui ne maîtrise pas son destin, emporté par le cycle de la vie. Les êtres sont en quête d'absolu comme le narrateur de Romain Gary qui part à l'autre bout du monde pour rechercher la pureté des rapports humains, mais rencontre là-bas les mêmes faiblesses de la nature humaine "Dans les grandes capitales comme dans le plus petit atoll du Pacifique, les calculs les plus sordides avilissent les âmes humaines." (J'ai soif d'innonence). Les défauts humains s'accumulent au fil des histoires : cupidité, jalousie, intolérance, racisme... 

De la société du XXème siècle, ce choix de nouvelles ne retient que les abus de pouvoir, le totalitarisme, le terrorisme ou de façon plus légère l'enfer de la société de consommation... Ces nouvelles constituent une véritable critique de la société contemporaine, avec juste quelques minces lueurs d'espoir comme le petit garçon de La rédaction qui résiste malgré les idées que l'on cherche à lui inculquer.

Ce recueil a nénamoins l'avantage de permettre de découvrir le genre de la nouvelle à chute, au travers d'écrivains de renom, mais il assombrit sincèrement la vision de la société contemporaine ...

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

 

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Tristesse de la terre - Une histoire de Buffalo Bill Cody de Eric VUILLARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Une légende vivante est un être mort"

Eclaireur lors des guerres indiennes, Buffalo Bill, est connu également pour avoir créé le célèbre Wild West Show, le premier reality show américain. Dans ce spectacle d'envergure mettant en scène la conquête de l'Ouest, il faisait jouer de véritables indiens comme Sitting Bull, construisant ainsi le mythe américain à la gloire de l'exterminateur. Il pose ainsi les bases d'une certaine représentation du monde, déformée par le monde du spectacle, alors que parallèlement, les massacres d'indiens perdurent, comme celui de Wounded Knee en 1890. Mais derrière Buffalo Bill se cache aussi William Frederick Cody, de son véritable nom, un homme somme toute ordinaire devenu lui aussi un mythe le jour où il raconta sa vie à un écrivain au coin d'un bar un soir de dérive. "Incarnation d'un simulacre", il l'est donc à plus d'un titre...

Par petites touches, Eric Vuillard met à jour les contradictions de cet homme atypique à l'origine du mythe américain. Il insère dans son livre des photographies d'indiens vendues à l'issue du spectacle, parce que selon lui quelque chose résiste malgré tout sur ces photographies qui réussissent à saisir quelque chose de l'âme de ces indiens. Et, bien loin du show de Cody, ce supplément d'âme nous parle de leur souffrance infinie face à l'extermination de leur peuple ... 

Au terme du récit fragmenté de sa vie, sous la plume de Vuillard, Buffalo Bill redevient un être humain face à la mort qui a elle aussi payé sa place pour le spectacle de sa mort, et non plus un être mythique. Le mythe a vécu devant le regard éperdu d'un rescapé...

"Regardons-le une dernière fois.

Aimons sa tristesse ; son incompréhension, nous la partageons, ses enfants sont les nôtres, son petit chapeau nous irait peut-être ! Regardons-le. La nuit est blanche. Souffle-moi ce qu'il faut écrire. S'il te plaît, ne me montre plus ton visage, ne me regarde pas. La terre est triste, le corps est seul. Je ne vois plus rien. Et toi, tu es là, roi pauvre, ayant pioché la mauvaise carte."

Un ultime chapitre "La neige" vient clore ce magnifique petit livre, comme une invitation à réinterpréter la vie, la vie qui peut être elle-même un spectacle permanent pour qui sait l'observer. "La neige" est celle de Wilson Bentley, premier homme à avoir photographié un flocon de neige. Cet homme vrai, si éloigné de Cody et de ses spectacles factices, un homme qui cherchait à saisir l'essence du monde, que ce soit en photographiant le vent, ou en traquant l'infime dans les moindres recoins : "Un peu plus tard, il photographia aussi les gouttes de rosée. On dit qu'il les guettait le matin sur les pattes des sauterelles."

"La nature est un spectacle. Oh, bien sûr, ce n'est pas le seul. La pensée aussi. Et il y en a d'autres. Et Wilson, le toqué du Vermont, conçoit soudain que la vie est un grand disparate, que les flocons de neige, comme les traces du ballon sur le mur de la cour, il n'y en a pas deux pareils. Et voici qu'il se met à scruter les gouttes d'eau, la vapeur, le brouillard, tous ces phénomènes infimes, imprédictibles, impondérables. C'est extraordinaire une goutte d'eau, sa transparence trompeuse, son galbe, ses renflures, ses incroyables reflets. Il n'en revient pas Wilson. Ca le sidère toute cette richesse qui se cache. Et il ne comprend pas pourquoi on ne regarde pas mieux, pourquoi on ne se penche pas davantage sur les pommes de pin, les écorces d'arbre, les petits galets de la rivière. La légèreté le fascine. L'inconstance le laisse démuni. La douceur le charme."

Photomicrographie d'un flocon de neige de Bentley en 1890.

A courir après des chimères, quelquefois, l'homme finit par capturer un morceau d'éternité...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

D'autres avis : Télérama 

Babelio

 

Tristesse de la terre, Une histoire de Buffalo Bill Cody, Actes Sud, août 2014, 176 p., 18 euros

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Le liseur du 6h27 de Jean-Paul DIDIERLAURENT

Publié le par Hélène

♥

Guylain travaille dans une usine, alimentant un espèce de monstre, machine effrayante qui happe les livres. Guylain déteste son travail, ses chefs, ses collègues. Ses seuls plaisirs consistent à lire chaque matin dans le RER de 6h27 des pages rescapées du monstre qui les absorbe aux autres voyageurs et à parler à son poisson rouge. Ses amis sont tout aussi étranges que lui : son meilleur ami n'a plus de jambes et son autre ami est un obsédé de l'alexandrin dont il use et abuse :

"Gardez-vous pour toujours de réveiler mes nerfs,

Sous les plus beaux atours, se cache souvent mégère.

Si je suis serviteur je n'en reste pas moins

Concernant ce secteur maître de vos destins !"

Sa vie suit une routine aliénante jusqu'au jour où il trouve dans osn rer une clé usb..."

L'existence de Guylain est maussade, jusqu'au jour où il trouve une clé USB malencontreusement oubliée dans le RER par une jeune écrivaine en herbe... 

La première partie du roman est originale, offrant une réflexion intéresante sur le destin des livres vite lus et vite pillonés ainsi que sur le pouvoir de la lecture. Mais, rapidement, l'ensemble devient de plus en plus "gentillet" et bourré de bons sentiments qui noient le propos dans une mer de bienveillance...

Ce que je n'ai pas aimé : Ce roman renferme tout ce que je n'aime pas dans la littérature française : une vue sans perspectives qui s'amuse à décrire un quotidien de français dépressif vivant sa routine comme un sacerdoce et pour qui le seul espoir demeure dans l'ammmûûûûûr... "Optimiste", "Enchanteur" disent certains ? Je ne l'ai pas vécu comme cela, je pense que l'on aurait pu se passer de cette histoire d'amour pour se concentrer sur le pouvoir des livres, de la lecture, des poissons rouge, que sais-je, sans transformer la vie de ce pauvre Guylain en love story aux relens de fleur bleue. 

 

Présentation de l'éditeur : Folio

 

Le liseur de 6h27, Jean-Paul Didierlaurent, Folio, mai 2014, 7.10 euros

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Le bigorneau fait la roue de Hervé POUZOULLIC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Marc est un jeune homme qui se laisse porter par les évènements, lové dans un cocon douillé d'étudiant. Comme de nombreux jeunes de sa génération, il recherche le grand amour, mais ne brille guère par ses éclats de séducteur... Jusqu'à ce que l'illumination arrive en son âme : pour qu'un couple dure, le secret est l'incompréhension mutuelle ! Fort de cet axiome, il se lance à la conquête de belles étrangères, à ses risques et périls ! Si cela a quelques avantages  comme : 

"- La découverte d'une nouvelle culture et d'un autre pays

- Une autre manière de dire je t'aime

- Le bien-être quand l'autre vous insulte dans sa langue maternelle et que vous ne comprenez rien

- L'excuse de la mésentente culturelle quand votre partenaire se comporte comme un con."

Il se heurte aussi aux limites du système :

"- Vous ne comprenez pas pourquoi l'autre vous quitte (dans une relation, l'incompréhension a toujours le dernier mot)

- Vous ne comprenez pas pourquoi il reste non plus." 

Il enchaîne une campagne en Italie, aux Etats-Unis et en Russie, mais inexorablement les mêmes phases reviennent : "Dévastation, sevrage, intériorisation, rage, relèvement." Jusqu'au jour où il rencontre celle qu'il veut "mistoufler" pour la vie ( mistoufler "c'est un mot qui n'existe pas et que je viens d'inventer pour définir ce qu'on ne comprend pas, et qui nous pousse l'un vers l'autre.")

Dans ce premier roman empli de fraîcheur, Hervé Pouzoullic peint les déboires d'une génération en quête du grand amour. Mais ce thème est aussi un prétexte pour raconter son quotidien, l'enfance qu'on laisse derrière soi, les vacances en Bretagne, la famille millénaire : 

"Désormais le bruit des vagues sur la falaise et les cris des goélands avaient remplacé nos éclats de rire enfantins. Les portes de la maison s'ouvraient moins souvent, les petits-enfants avaient quitté cet endroit pour vivre leur vie. Mais, à Paris ou ailleurs, nos coeurs battaient ensemble au rythme des marées. En nous ancrant dans son monde de goémon et de granit, ma grand-mère nous avait donné la force de partir. Et de vivre heureux." p.49

Hervé Pouzoullic est un grand gamin qui s'amuse à écrire comme les grands auteurs classiques, offrant ainsi des dialogues truculents et intelligents.  Entre le "chick-lit masculin" et une subtilité rafraîchissante, vous risquez de tomber sous le charme de ce "bigorneau faisant la roue"...

 

Présentation de l'éditeur : Editions  Anne Carrière  

 

Le bigorneau fait la roue, Hervé Pouzoullic, Editions Anne Carrière, mars 2016, 240 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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