Au cœur du Cantal, dans la chaleur de l’été 1914, le père de Joseph part à la guerre, lui laissant le soin de s'occuper de sa ferme et de la famille, sa mère et sa grand-mère. Il sera aidé par Léonard, vieux voisin et ami, et devra faire face à Valette, leur voisin aigri. Valette accueille quant à lui Hélène, la femme de son frère et sa fille Anna.
Ce nouvel équilibre est vacillant, et les tensions ne tardent pas à s'exacerber.
Ce que j'ai aimé :
Des pages très lyriques, proches de la prose poétique.
Ce que j'ai moins aimé :
- Une atmosphère très sombre.
- Les tensions se soldent par des évènements décevants proportionnellement au suspens mis en place.
Ce livre, qui a remporté le Prix Renaudot la même année, est une œuvre singulière dans la carrière de l'auteure belge, puisqu'il s'agit d'un récit largement autobiographique, mais raconté à travers la voix de son père, Patrick Nothomb.
Ce que j'ai aimé :
Comme toujours chez Amélie Nothomb, la fluidité du style est agréable.
Ce que j'ai moins aimé :
J'ai terminé le roman avec le sentiment que je l'aurai oublié dans une heure. J'écris ce billet un mois plus tard, et effectivement, il ne me reste absolument rien de cette lecture !
Le roman commence de façon incisive avec un échange musclé entre Rebecca, star du cinéma français et Oscar, écrivain en déclin : Oscar a connu Rebecca dans son enfance et en garde un souvenir ébloui. Il la revoit dans Paris, alors que tous deux abordent la cinquantaine, et son commentaire est sans appel : "Pas seulement vieille. Mais épaisse, négligée, la peau dégueulasse, et son personnage de femme sale, bruyante. La débandade", écrit-il sur son compte Instagram. La réponse ne se fait pas attendre : "J'espère que tes enfants crèveront écrasés sous un camion et que tu les regarderas agoniser sans rien pouvoir faire et que leurs yeux gicleront de leurs orbites et que leurs cris de douleur te hanteront chaque soir", lui répond l'actrice. Commence alors une relation épistolaire entre ces deux personnages que tout semble opposer. Rebecca voit sa carrière vaciller tandis que Oscar est confronté à des accusations de harcèlement sexuel. Peu à peu leurs échanges gagne en intensité et un réel dialogue s'instaure. La jeune Zoé, qui prend aussi la parole au milieu de cet échange, accuse Oscar d'avoir voulu la séduire avec trop d'insistance alors qu'elle n'était qu'une jeune attachée de presse.
Le roman plonge profondément dans les questions de genre, de consentement, et d’abus de pouvoir. Despentes, fidèle à son style provocateur, ne recule pas devant les sujets controversés, abordant la complexité des relations entre hommes et femmes à l’ère de #MeToo.
« Imagine qu’à la place des femmes qui sont tuées par des hommes, il s’agisse d’employés tués par leurs patrons. L’opinion publique se raidirait davantage. On se dirait, ça va trop loin. On doit pouvoir aller pointer sans risquer d’être étranglé ou criblé de coups ou abattu par balles. (...) C’est quand tu transposes que tu réalises à quel point le féminicide est bien toléré. Les hommes peuvent te tuer. »
À travers le personnage d’Oscar, le livre examine les conséquences de la cancel culture, ce phénomène social où des figures publiques sont ostracisées pour leurs comportements passés ou présents. Le roman interroge l’efficacité et les effets de cette pratique, en soulignant la violence symbolique et psychologique qu’elle peut engendrer. Il semble difficile de maintenir des relations authentiques dans un monde où tout est médiatisé et jugé publiquement. Les personnages luttent contre ce monde extérieur destructeur et luttent aussi contre eux-mêmes, contre la dépression et la dépendance.
Malgré tout, l’amitié et le pardon rassembleront les solitudes perdues...
Le roman plonge dans l'univers des "Ironworkers", ces ouvriers du bâtiment qui montent les structures en acier des gratte-ciel, un métier à la fois dangereux et emblématique de la modernité américaine. Michel Moutot s'intéresse particulièrement aux Mohawks, une nation amérindienne, connue pour leur absence de vertige, ce qui les a rendus indispensables sur ces chantiers vertigineux.
Le récit débute au début du XXe siècle, à l'époque où New York commence à s'élever avec des gratte-ciel comme l'Empire State Building, et se poursuit jusqu'aux événements tragiques du 11 septembre 2001, où l'histoire des Ironworkers et des gratte-ciel prend une tournure tragique. John, un jeune Mohawk, quitte sa réserve pour rejoindre l'équipe de son père et de son grand-père sur les chantiers de New York. Il s'illustre par son courage et son habileté, contribuant à la construction des monuments les plus célèbres de la ville. La vie à New York pour ces hommes est faite de hauts et de bas, oscillant entre le vertige des hauteurs et les réalités sociales souvent difficiles. Dans l'après-11 septembre, John, comme beaucoup d'autres Ironworkers, est appelé pour déblayer les débris du World Trade Center, dans un retour poignant sur le lieu où lui et ses ancêtres avaient travaillé.
"Lunch a top a skyscraper" By Charles Clyde Ebbets - Washington Post, "One of the most iconic photos of American workers is not what it seems", Public Domain
Ciel d'acier est un roman à la fois historique et humain qui rend hommage à une communauté particulière, les Mohawks, et à travers elle, à tous les ouvriers du bâtiment qui ont contribué à façonner l'horizon de New York.
Irène travaille dans un bureau d'archives à Berlin, l’International Tracing Service, le plus grand centre de documentation sur les persécutions nazies. Ce bureau a pour mission de retrouver les traces des personnes disparues pendant la Seconde Guerre mondiale, victimes du régime nazi. La jeune femme est passionnée par son travail et se consacre entièrement à aider les familles à retrouver des informations sur leurs proches disparus. A l'automne 2016, elle doit s'acquitter d'une nouvelle mission :restituer les milliers d’objets dont le centre a hérité à la libération des camps. Elle s'attache alors à une poupée, un mouchoir brodé, un médaillon pour remonter le fil de l'histoire jusqu'au propriétaire déporté et sa famille. "Elle éclaire à la torche des fragments d'obscurité" tout comme la romancière
Au fil de ses recherches, Irène découvre des histoires poignantes et troublantes, et elle-même est confrontée à son propre passé familial. Elle met à jour des secrets enfouis, des histoires d'amour et de trahison, et des actes de courage inoubliables. Sa quête de vérité la mène à travers l'Europe, des archives poussiéreuses de Berlin aux villages isolés de Pologne.
Ce que j'ai aimé :
À travers le parcours de Irène, Gaëlle Nohant rend hommage aux victimes de la Shoah et souligne l'importance de préserver la mémoire historique. Un hommage émouvant aux archivistes et aux historiens qui travaillent sans relâche pour apporter des réponses et un certain apaisement aux familles des disparus.
"Peut-on rester humain, dans un cadre où l'inhumanité est la règle ?"
Ce que j'ai moins aimé :
Beaucoup de personnages différents, puis trois histoires entremêlées qui complexifient la lecture. Je me suis perdue dans la trame narrative.
Pas de qualités particulières d'écriture.
Bilan :
Autour de l'histoire vraie du centre d'archives d'Arolsen, une quête historique entremêlant fiction et vérité.
Pendant la nuit du 24 au 25 mars 2015, Félix de Récondo a cheminé vers la mort. Trois ans plus tard, sa fille Léonor raconte cette nuit infinie, souhaitant témoigner en un vibrant manifeste de la liberté et de la force de création que ce père artiste garda inlassablement intactes.
Les récits alternent : d'un côté celui de Leonor, au chevet de son père mourant, envahie par les souvenirs et les émotions, de l'autre, une conversation fictive entre Félix et Ernesto Hemingway, rencontré par le passé. Félix se remémore ceux qu’ils ont connus, sa petite enfance à Gernika, les mystérieuses activités politiques de ses oncles dans la maison d’exil des Landes. Ernesto, à son tour, lui raconte l'écriture, la femme aimée, Martha et les autres, son rapport à la mort. Félix montre aussi à Ernesto le violon que, de ses mains, il fabriqua pour Léonor, élève précoce guidée par son père.
Ce que j'ai aimé :
Le récit vibre de sensibilité, parcouru par ces souvenirs qui font toute une vie et qui, à l'aube de la mort, nous font dire "ça valait la peine", comme ce trajet Paris-Hendaye d'une traite, tendu vers le moment où la mer l'accueillerait, ou encore comme ces rencontres qui permettent d'oublier un moment "nos guerres intérieures". "Pour mourir libre il faut vivre libre" résume l'autrice, comme un appel à vivre sans regrets, pleinement en ressentant chaque seconde au plus profond de notre être.
La mort est aussi convoquée à travers le souvenir des enfants décédés tragiquement avant l'heure, mais elle est transcendée par l'art, par l'intensité d'un morceau de violon, par la beauté d'une peinture ou par ces pages écrites sur le fil.
Ce que j'ai moins aimé :
J'ai moins aimé les chapitres liés au présent de Leonor attendant dans la chambre d'hôpital que son père décide de partir. Le réel est dur, âpre, l'écriture se faisant volontairement très réaliste, prosaïque, et même si l'imagination s'évade dans les autres chapitres, ces pages intimes m'ont dérangée.
Bilan :
Un beau manifeste sur la force de l'instant transmué par l'art.
Chaque hiver, depuis trente ans, Anna se rend dans les îles Lofoten pour capter les variations de lumière et peindre ces paysages lumineux. Elle laisse ainsi pour un temps son époux, célèbre architecte, appelée par l'attrait pour ces terres arctiques.
Inspirée par l’œuvre d’Anna Boberg (1864-1935), Sophie Van der Linden se glisse dans son intériorité, sonde ses attentes et ses ambitions, ravive ses souvenirs. admiratrice de Monet et amie intime de Sarah Bernardt.
Ce que j'ai aimé :
Sophie Van der Linden redonne vie à cette artiste méconnue et à ses paysages magnifiques que j'ai découvert par la suite avec plaisir !
Ce que j'ai moins aimé :
Toutefois, l'autrice peine à capturer la beauté lumineuse du lieu, les descriptions sont ternies par les considérations de Anna et sur sa culpabilité lancinante à laisser son mari loin d'elle. Quelques passages lyriques rendent hommage à ses hésitations d'artiste, mais le fil de la narration reste laborieux, assez statique sans transcender pour autant son quotidien.
Clara, une jeune coiffeuse, mène une vie ordinaire et routinière jusqu'au jour où elle tombe par hasard sur un exemplaire de "Du côté de chez Swann", le premier volume de la fameuse série de Proust. Au début, la lecture de ce classique de la littérature française semble une tâche ardue et intimidante pour Clara, mais progressivement, elle est absorbée par le monde de Proust. La complexité et la richesse de l'écriture de Proust commencent à influencer sa perception de la vie, des gens autour d'elle et même d'elle-même.
Ce que j'ai aimé :
Il émane de ce récit un charme indéniable, la jeune coiffeuse s'ouvre peu à peu à ce qui l'entoure et sa lecture de Proust densifie son univers. Son côté "feel good / accomplissement de soi" pourra convenir pour une lecture légère de l'été.
Ce que j'ai moins aimé :
- Le style : très basique, je pensais qu'il se perfectionnerait parallèlement à l'apprentissage de Clara, mais il est resté simple, voire simplet, ce qui est tout de même paradoxal pour un roman qui évoque Proust !
- Les personnages restent quelque peu caricaturaux.
- L'histoire m'a fait penser à "Pas son genre " de Philippe Vilain, et les deux univers se sont télescopés durant ma lecture.
« Dira-ton un jour l’agilité que développent ceux que la vie malmène, leur talent à trouver chaque fois un nouvel équilibre, dira-t-on les funambules que sont les éprouvés ? » p 61
Au cœur des Cévennes, une famille se trouve confrontée à la naissance d'un enfant différent, handicapé. Chacun apprend alors à s'adapter et à trouver sa place dans cette famille malmenée par le sort. L'ainé se sent investi d'une mission : « Un jour, un professeur lui demanda ce qu’il souhaitait faire comme métier, il répondit « aîné ». », la cadette oscille entre révolte et compassion, et le plus jeune, qui nait après l'enfant handicapé ne connait la famille qu'à travers ce prisme. La manière dont chacun s'adapte à cette présence singulière révèle beaucoup sur les dynamiques familiales, les ressentis personnels et la résilience humaine.
Ce que j'ai aimé :
A travers une écriture sensible et poétique, l'autrice explore avec délicatesse et profondeur le thème de la différence et met en lumière la capacité de tout un chacun à s'adapter à son environnement, quelques soient les stigmates laissées par le monde extérieur.
Le premier chapitre est profondément délicat, tellement touchant que j'aurais aimé que les autres chapitres soient aussi lyriques.
« L'aîné lui fredonnait des petites chansons. Car il comprit vite que l'ouïe, le seul sens qui fonctionnait, était un outil prodigieux. L'enfant ne pouvait ni voir ni saisir ni parler, mais il pouvait entendre. Par conséquent, l'aîné modula sa voix. Il lui chuchotait les nuances de vert que le paysage déployait sous ses yeux, le vert amande, le vif, le bronze, le tendre, le scintillant, le strié de jaune, le mat. Il froissait des branches de verveine séchée contre son oreille. C'était un bruit cisaillant qu'il contrebalançait par le clapotis d'une bassine d'eau. Parfois il nous déchaussait du mur de la cour pour nous lâcher de quelques centimètres afin que l'enfant perçoive l'impact sourd d'une pierre sur le sol. (…) Il n'avait jamais autant parlé à quelqu'un. le monde était devenu une bulle sonore, changeante, où il était possible de tout traduire par le bruit et la voix. Un visage, une émotion, un passé avaient leur correspondance audible. Ainsi l'aîné racontait ce pays où les arbres poussent sur la pierre, peuplé de sangliers et de rapaces, ce pays qui se cabre et reprend ses droits chaque fois qu'un muret, un potager, un traversier étaient construits, imposant sa pente naturelle, sa végétation, ses animaux, exigeant par-dessus tout une humilité de l'homme. « C'est ton pays, disait-il, il faut que tu l'écoutes. » »
Ce que j'ai moins aimé :
La poésie du premier chapitre s'efface peu à peu avec la cadette révoltée, les tonalités changent.
Bilan :
Un très beau texte profondément touchant !
"De l'autre on ne retient que ses efforts. Le résultat peut être imparfait ou non, il reste secondaire. Seuls compteront les efforts. Tu vois, les parents de Sandro se sont séparés quand il était enfant. Son père était pauvre. Il vivait dans une seule pièce. Mais Sandro se souvient du paravent déniché on ne sait où, du lit fabriqué avec de la mousse et des cagette, des efforts du père pour fabriquer un petit coin uniquement pour son fils. Ces efforts-là valaient mieux qu'un père absent qui laisse du caviar dans le frigo."
Le narrateur accepte l'offre que son ami libraire lui présente : s'occuper d'un monastère inhabité déserté, payé grassement par son riche propriétaire. Le monastère Ségriès, qui veut dire sacré ou secret, est situé dans un village reculé des Alpes de Haute Provence, niché au cœur des collines, et dans un premier temps, le narrateur voit là l'occasion rêvée pour se lancer dans la rédaction de son nouveau roman. Mais l'inspiration tarde à venir, il se laisse porter par le temps, rencontre un petit chat qu'il adopte et qui devient vite le symbole d'une vie oisive, en paix avec les autres et avec lui-même.
Mais un jour, il fait une découverte surprenante et sa tranquillité vacille !
"Rien n'est plus magique que l'écriture, elle va chercher des débris de vie dans des replis secrets de nous-mêmes qui n'existaient pas cinq minutes plus tôt. ON croit avoir tout oublié, on allume une lampe, on se penche sur un cahier et la vie entière traverse votre ventre, coule de votre bras, de votre poignet dans ce petit rond e lumière, un soir d'automne, dans n'importe quel coin perdu de l'univers."
Un charme indéniable émane de ce court récit qui se plait à profiter des jours qui filent, puis à nous effrayer, pour finir par nous toucher !