Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

litterature francaise

La maison des marées de Kenneth WHITE

Publié le par Hélène

                                                  maison-des-marees.jpg

 ♥ ♥

 "Pas de doute, la terre est un lieu intéressant..." (p. 83)

 L’auteur :

site de Kenneth White 

L’histoire :

 

Depuis toujours, Kenneth White collectionne les terres, les océans, les pierres, les chemins, les vents et les brumes. Il aime marcher, se perdre, faire des rencontres.

Voici quelques années, il s’est arrêté sur la côte nord de la Bretagne. À la fois espace ouvert et lieu concentré, propice à la rêverie, aux promenades, à la lecture. Segalen, Chateaubriand, Renan ne sont pas très loin.  Faulkner ou Kerouac lui font parfois signe, entre la visite amicale d’un géographe, d’un pêcheur ou d’un routard…

Dans ce livre, Kenneth White nous raconte ses voyages immobiles, ses randonnées à travers le paysage armoricain, ses rencontres avec les fantômes de moines celtes navigateurs, ses curiosités et ses songes, au fil d'une géographie poétique de la Bretagne… (Présentation sur le site de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Quand Kenneth White s'est installé  à Trébeurden en  Bretagne il y a quelques années de cela, proche de son élément phare, la mer, lové au sein de paysages qui lui ressemblent. Il nous livre ici ses déambulations physiques et intellectuelles, comme un journal de vie : ses promenades sur le sentier des douaniers, ses rencontres avec ses voisins, les visiteurs inopportuns, la cohabitation avec son chat... Mais il convoque aussi ses écrivains favoris, Conrad, Kerouac, dans un climat d'érudition et de culture ensoleillé. 

"Hêtres, chênes et pins, leurs racines comme les veines de la terre. Rayons de soleil sur les eaux brunes de la rivière, araignées d'eau faisant des cercles à la surface. Mica scintillant dans le granit. Le petit bruit mat d'un gland qui tombe. Le mauve de la bruyère. le rouge extraordinaire d'une feuille de ronce. Un oiseau volant le long de la rivière et d'autres, invisibles : fuit, fuit, tseu, tseu, tseu, tseu." (p. 269)

Tous ces courts chapitres respirent l'humanité de l’auteur, aussi fasciné par la rencontre avec un pêcheur que de se retrouver nez à nez avec un renard...

 La maison des marées est donc un récit plaisant à lire, la description d’un monde calme, à part, préservé, comme un cocon... 

  trebeurden.JPG

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Il m’a manqué davantage de la poésie, j'ai quelquefois eu l'impression de lire une série de descriptions, qui, comme dans le journal intime, ne résonnent que dans l'esprit de celui qui les écrit...

Premières phrases :

 

 "D'une manière générale, c'est l'ATlantique qui régit notre territoire : il crée le climat, sculpte les côtes, imprègne les esprits.

L'océan dans ces contrées se rétrécit en trois principaux canaux : le canal Saint-Georges, entre l'ANgleterre et l'Irlande, le canal de Bristol, entre l'Angleterre et le pays de Galles, et la Manche, entr el'Angleterre et la France." 

Vous aimerez aussi :

           Du même auteur : Un monde ouvert de Kenneth WHITE

  

La maison des marées, Kenneth White, Albin Michel, 2005, 288 p., 19.30 euros

 

Partager cet article
Repost0

Antigone de Henry BAUCHAU

Publié le par Hélène

antigone

♥ ♥ ♥

  

L’auteur :

Henry Bauchau (1913-2012), psychanalyste, poète, dramaturge, essayiste, romancier, est l’auteur d’une des œuvres les plus marquantes de notre temps – publiée par Actes Sud.
Récemment : Déluge (roman, 2010), Dialogue avec les montagnes (1968-1971) (nouveau volume de son journal, 2010), L'Enfant rieur (récit, 2011), Tentatives de louange (recueil de poèmes, 2011), Temps du rêve (récit, 2012), Pierre et Blanche (Souvenirs et documents sur Blanche Reverchon et Pierre Jean Jouve, 2012) et Chemin sous la neige. L'Enfant rieur vol. 2 (récit, 2013).

En 2008, Le Boulevard périphérique (repris en Babel, n° 972) avait obtenu le prix du Livre Inter.

 L’histoire :

 Lumineuse, féminine, intrépide, l’Antigone d’Henry Bauchau nous est peut-être plus présente que celle des dramaturges. Et sans doute fallait-il un roman pour vraiment incarner les passions de la jeune mendiante qui, après avoir suivi son père, le roi aveugle, des années durant jusqu’au terme de son parcours, contre toute prudence prend le chemin de Thèbes avec l’espoir d’empêcher la guerre entre les fils de Jocaste, ses deux frères tant aimés. Commence alors pour elle une suite d’épreuves, de doutes, d’humbles joies et d’inexorables déchirements. Traversée d’épisodes sublimes où resplendissent la beauté des chevaux, l’éclat des armes et la vaine gloire des combats, l’Antigone de Bauchau n’en est pas moins une œuvre d’écoute et d’attention à la souffrance, qui chante les regrets de l’amour, l’apaisement des blessures, l’ambivalence des désirs, les mystères de la filiation. Dans une écriture limpide, semblant souverainement précéder toute rhétorique, Henry Bauchau traverse les âges de l’humanité jusqu’à atteindre un temps des origines, une matière première des passions et des arts, d’où il fait soudain jaillir cet événement merveilleux : la naissance du théâtre. Par-delà les éblouissements que nous procure parfois la littérature, il y a bel et bien dans ce livre quelque chose d’éternel. Comme est éternelle Antigone, figure laïque et rédemptrice, symbole de paix et de féminité, qui défie les lois viriles de la haine — et nous éclaire depuis des millénaires, face aux millénaires à venir. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Là où Sophocle et Anouilh commençaient la relation du mythe à la mort de Polynice et Etéocle, Bauchau choisit de remonter le cours du temps et de cueillir Antigone à son retour de Thèbes, quand ses deux frères sont encore vivants et qu’elle peut espérer, elle, la petite sœur, les sauver. Elle veut les empêcher de s’entredéchirer, elle veut la paix et le bonheur aux côtés d’Hémon. Elle refusera jusqu’au dernier instant de prendre parti pour l’un ou l’autre, fidèle à leur souvenir et à leur amour. Mais les deux jumeaux se battent pour Thèbes, pour l’amour perdu de leur lumineuse mère Jocaste, pour exister, parce que ce duel incessant les résume et les résumera jusqu’à la fin. Une surenchère incessante se joue entre eux. Antigone résistera jusqu'à la fin. 

  " Ils pensent tous que je vais échouer. On a bien le droit d’échouer. De tenter seulement de faire un peu de lumière et des ombres, comme la lampe dans l’escalier, et de s’éteindre ensuite sans bruit. 

Clios doit danser ce soir en regardant les étoiles. Peut-être qu’il pense un peu à Antigone et se dit, à sa manière, que tout a un sens qui nous donne parfois des instants, des instincts de bonheur. »  (p. 138)

L'Antigone de Bauchau est un personnage profondément humain, émouvant, elle soigne les blessures de l’enfance comme celles de la cité peuplée de pauvres affamés. Elle semble bien plus adulte et posée que chez Anouilh. Ismène joue un rôle important, sœur compréhensive et tout aussi combative tandis que Créon tire les ficelles dans l’ombre.  

  Bauchau  nous livre un texte beau fort, à la fois  lyrique et épique dans ces combats puissants comme soumis à une chorégraphie céleste.

 « Dans sa lutte avec Créon elle ne conteste pas la loi de la cité qui est alors la loi des hommes. Elle affirme seulement qu’il y a une loi plus haute et qu’en tant que femme elle entend la suivre. Elle reste encore aujourd’hui un modèle de ce que pourrait être une pensée, une éthique, une action féminine délivrée des modèles masculins qui pèsent encore tant sur les femmes.

En face d’Antigone un homme peut entrer dans une colère meurtrière comme Créon, il ne peut plus craindre d’être victime de sa séduction ou de sa ruse » Henry Bauchau, JOURNAL d’Antigone (1989-1997), p. 256

 Ce que j’ai moins aimé :

 Je n’ai pas pu m’empêcher de comparer avec le texte d’Anouilh, et j’ai préféré ce dernier.

 Premières phrases :

 « Depuis la mort d’Oedipe, mes yeux et ma pensée sont orientés vers la mer et c’est près d’elle que je me réfugie toujours. A l’ombre d’un rocher, j’écoute la rumeur du port et des hommes et les cris des oiseaux de mer. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Œdipe sur la route, Diotime et les lions

Autre : Antigone de Jean ANOUILH  

D’autres avis :

Lu dans le cadre du Blogoclub

 

blogoclub 

Antigone, Henry Bauchau, Actes Sud, Babel, août 1997, 7 euros

Partager cet article
Repost0

La campagne de France de Jean-Claude LALUMIERE

Publié le par Hélène

                                                   campagne-france.jpg

 ♥ ♥

   "- Chateaubriand. C'est mon nom. René.

- Comme l'écrivain, souligna Otto en souriant.

- Non, comme le steack, corrigea l'homme en s'engouffrant dans l'autocar." (p. 48)

  

L’auteur :

 « Monsieur Lalumière, vous n’en êtes pas une ! » lui répète son professeur de mathématiques. Sans doute faut-il voir là une des raisons qui poussent le jeune Jean-Claude Lalumière vers les études de lettres. Il multiplie ensuite les expériences dans des domaines aussi variés que la papeterie industrielle, le sport, le transport de champignons, l’enseignement, le bâtiment, la radio et bien sûr l’administration. De tout cela, et de bien d’autres choses, il s’inspire pour écrire des romans empreints d’un humour qui n’est jamais gratuit. (Présentation de l’éditeur) 

 

L'histoire :

 Le train de la croissance est en panne ? Qu'à cela ne tienne, c'est en autocar que les jeunes Alexandre et Otto véhiculent leurs clients, un groupe de retraités indisciplinés, dans un voyage culturel à travers la France. Ultime tentative pour sauver leur agence de la faillite, l’entreprise est capitale, porteuse des plus grands espoirs mais aussi de l’éventualité du péril. Prudence donc sur la route : l'imprévu peut surgir à chaque virage. (Présentation de l’éditeur)

 

 Ce que j’ai aimé :

 Le ton est plutôt drôle autour de cette histoire de virée culturelle qui se heurte à des retraités récalcitrants, peu enclins à découvrir le parcours concocté par les deux brillants universitaires dont les étapes « permettaient une approche détaillée des relations entre la France et l’Allemagne à travers le XXème siècle. » Contraints de s’adapter à leurs voyageurs, ils feront quelques escales non prévues. Et entre André le GO, Denise, l'ancienne enseignante victime d'Alzheimer, son mari Edouard qui ne fait que dormir et manger, Daniel le spécialiste des autobus, et quelques autres hurluberlus, le voyage promet de ne pas être de tout repos. 

 Pour le lecteur le voyage est agréable, les mots coulent et l'entraînent gaiement aux côtés de ces joyeux drilles... 

  Ce que j’ai moins aimé :

 Malheureusement, j’ai trouvé que ni l’humour ni l’histoire ne décollaient suffisamment pour marquer durablement mon esprit…

 

 Premières phrases :

 « Le voyage avait pourtant bien commencé. Nous avions récupéré les membres de la fédération départementale des agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques devant la mairie de Jurançon ? Ils étaient joyeux à l’idée de ce voyage, blagueurs même. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le front russe

 D’autres avis :

 Presse sur le site de la maison d'édition : http://www.ledilettante.com/livre-9782842637446.htm

 

La campagne de France, Jean-Claude Lalumière, Le Dilettante, janvier 2013, 288 p., 17.50 euros

 

Partager cet article
Repost0

L’amour sans le faire de Serge JONCOUR

Publié le par Hélène

                                                 amour-sans-le-faire.jpg

 L’auteur :

 Serge Joncour a 46 ans. Il est l'auteur de huit livres, parmi lesquels UV (Prix France Télévision 2003), L'Idole (Flammarion, 2005), Combien de fois je t'aime (Flammarion 2008), L'homme qui ne savait pas dire non (Flammarion 2009). (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

Après dix ans de silence, Franck téléphone un soir à ses parents. Curieusement, c'est un petit garçon qui décroche. Plus curieusement encore, il s'appelle Alexandre, comme son frère disparu des années auparavant. Franck décide alors de revenir dans la ferme familiale. Louise, elle, a prévu d'y passer quelques jours avec son fils. Franck et Louise, sans se confier, semblent se comprendre. « On ne refait pas sa vie, c'est juste l'ancienne sur laquelle on insiste », pense Franck en arrivant. Mais dans le silence de cet été ensoleillé et chaud, autour d'un enfant de cinq ans, « insister » finit par ressembler à la vie réinventée. L'Amour sans le faire, c'est une histoire de la tendresse en même temps qu'un hymne à la nature, une nature sauvage, imprévisible, qui invite à changer - et pourquoi pas à renaître. (Présentation de l’éditeur)

 

Mon avis :

 

Voilà un roman qui a les défauts de ses qualités : il nous parle de la vie comme elle va, bonnant mallant quelquefois pour certains, entre querelles de famille pour Franck et deuil incommensurable pour Louise. L’un comme l’autre vivent une vie décousue, triste et morne, jusqu’à ce que …

Le style du roman s’adapte à cette histoire fort simple, et reste très basique, tout comme les chapitres, courts alternant l’histoire de Franck et celle de Louise.

L’amour sans le faire pourrait donc être un joli conte mais il est finalement assez prévisible et frôle quelquefois les clichés et la niaiserie. Trop de simplicité et de banalité tue le roman.

Les réflexions sur le couple sont somme toute assez communes même si elles sonnent vraies :

« Ce qui les retenait, c’était cette totale habitude qu’ils avaient l’un de l’autre, à force de rester ensemble on ne tient plus à l’autre, mais on tient par l’autre, et là, c’ets beaucoup plus délicat, ça demande une énergie folle de se déprendre, ou de la haine pure, à moins de miser sur l’évènement d’une nouvelle rencontre, celle qui redonne la folie de recommencer à zéro. » (p.250)

« Je ne sais pas, dans le fond, c’est la seule vraie chose qu’on devrait se promettre dans la vie, de ne jamais se faire de mal. » (p. 296)

Dans le cadre du prix des lectrices de Elle je dois comparer ce roman-là à Arrive un vagabond. Le roman de Goolrick traite lui aussi d’un thème usé jusqu’à la lie, l’adultère, mais avec talent, originalité, puissance dans l’écriture… Dans L’amour sans le faire j’ai retrouvé tout ce que je reproche au roman français : un thème banal, des idées simplistes trop proches de notre quotidien pour nous apporter quelque chose, une tristesse latente démoralisante, et en prime un style qui ne s’élève pas et laisse le roman à ras de terre…

Dernière critique, la quatrième de couverture a le don d’intriguer le lecteur, mais cette piste est rapidement oubliée, rapidement résolue, fondue dans la banalité du sujet.

Une déception...

 

Premières phrases :

 

« Il voulait les prévenir avant de descendre. Ce jour-là il laissa sonner longtemps, il reposa même le téléphone pour vérifier le numéro, il n’était plus très sûr depuis le temps. »

 

D’autres avis :

 

Presse : Télérama ; Lire ; Le monde

Blogs : A propos de livres Fransoaz CanelYv  Papillon Gambadou  

 

L’amour sans le faire, Serge Joncour, Flammarion, août 2012, 319 p., 19 euros

   grand prix lectrices de elle

Partager cet article
Repost0

Les bonheurs de l’aube de Léon MAZZELLA

Publié le par Hélène

bonheurs-de-l-aube.jpg

♥ ♥ ♥ ♥

 "La poésie, c'est ne pas être assis,

c'est, passionnément, refuser sa mort,

c'est entrer à l'aube et à corps perdu

dans l'onde du jour,

c'est ne pas dormir et c'est être

l'aube avant l'aube."

Rafael Alberti D'espagne et d'ailleurs

 

 L’auteur :

 

En quelques mots : je suis né le 7 novembre 1958 à Oran. J'ai grandi à Bayonne. J'ai fait mes études (Sciences-Po et Droit) à Bordeaux, où j'ai commencé à travailler -au journal Sud-Ouest, dès l'été 1981, à Biarritz. Journaliste professionnel depuis 1984, je bourlingue de rédaction en rédaction et effectue des reportages de pays en pays et de bled en bled. Spécialisé en art de vivre (gastronomie, vins, cigares, voyages), en nature sauvage et en critique littéraire, je donne beaucoup en presse écrite, mais aussi audiovisuelle (télé et radio). Plusieurs fois rédacteur en chef, notamment de Pyrénées Magazine (à Toulouse), de La Chasse, directeur des rédactions de GaultMillau (magazine et guides)... Je suis aussi éditeur (j'ai créé et dirigé fitway publishing, et suis actuellement directeur de collection aux éditions Privat). Auteur par ailleurs, d'une quinzaine d'ouvrages (ma biblio sélective figure sur la page d'accueil de ce blog), je consacre mon temps à lire, écrire, aimer, fort, à voir mes deux enfants grandir, à voyager, m'émerveiller des beautés de la nature; et à rire de tout, mais pas avec n'importe qui.  (Présentation de l’auteur sur son blog http://leonmazzella.hautetfort.com/

 

L’histoire :

 

Recueil de vingt nouvelles qui disent toutes la vérité. Ce sont parmi les aubes que j'ai vécues, celles qui m'ont le plus marqué. Elles se passent un peu partout dans le monde (Afrique, Cuba, Kazakhstan, Venise, Pays basque... Mer, montagne, marécages...). Ce sont des rencontres avec des paysages et avec des hommes (ou des femmes) forcément rares, car à l'aube, un surcroît de vie et d'acuité de tous les sens donnent plus de saveur à l'existence. Dispo en librairie, il a été publié à La Table ronde. Bon petit succès à sa parution fin 2001 (excellente presse, accueil libraires top!). J'aimerais le voir reparaître en poche. J'ajoute que ce bouquin a raté d'un cheveu le Prix GONCOURT de la nouvelle, en 2001... (Présentation de l’auteur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Les bonheurs de l'aube, ce sont ceux glânés aux quatre coins du monde par l'auteur, ces bonheurs minuscules qui deviennent immenses, quand tout à coup la beauté d'un instant ou d'un paysage vous envahit et vous prend à la gorge et au coeur. Ces instants collés à la réalité, si près d'elle, que quelquefois si le regard n'est pas aiguisé, si l'attention n'est pas relâchée, deviennent invisibles. Léon Mazzella nous rappelle que la beauté est là , que la poésie court dans le regard que l'homme porte que le monde, que la pureté existe.

Que ce soit en Afrique lors d’une partie de chasse au buffle, sur le pont d’un bateau dans le détroit de Gibraltar, dans les Pyrénées dans une plaine de Mongolie, Léon Mazzella chante la vie et la mort imbriqués comme dans un tout lumineux évident, il chante la renaissance d’un nouveau jour immuable et toujours aussi magique...

 

« Mais la première bouffée de ce cigare mercenaire, sans marque, à l’heure où les premiers rayons du soleil caressaient notre peau, me donna l’impression d’aspirer un peu de l’haleine des Dieux. Sa fumée rejoignait les nuages. Je fermais les yeux pour mieux ressentir la combustion du bonheur. » (p. 133)

 etangs-de-commelle-hdr-aube.jpg

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Trop court ! Du coup j’enchaîne avec Chasses furtives que je viens d’acheter…


Premières phrases :

 

« Le combat s’est achevé vers deux heures et demie du matin. Depuis plusieurs jours, il faisait un temps de chien. J’étais épuisé.  J’ai bu beaucoup de whisky et je me suis couché sur une autre planète. Auparavant, en lisant machinalement, dans les toilettes, un texte sans intérêt sur l’emballage  du papier hygiénique, je me suis arrêté sur un mot de la version italienne du descriptif : le mot morbidezza. En français, cela signifie douceur. Aussitôt je me dis : morbidezza, et la mort paraît douce… »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Chasses furtives

Autre : Hommes, bois, abeilles de Mario RIGONI STERN

  

Les bonheurs de l’aube, Léon Mazzella, La table ronde, octobre 2001, 12.20 euros

 

 

Partager cet article
Repost0

Le héron de Guernica de Antoine CHOPLIN

Publié le par Hélène

                                          heron-de-guernica.jpg

 ♥ ♥ ♥ ♥

  L’auteur :

 Antoine Choplin est depuis 1996 l’organisateur du festival de l’Arpenteur, en Isère, événement consacré au spectacle vivant et à la littérature.

Il vit près de Grenoble, où il concilie son travail d’auteur, ses activités culturelles et sa passion pour la marche en montagne.

Il est également l’auteur de plusieurs livres parus aux éditions de La fosse aux ours, notamment Radeau (2003, Prix des librairies Initiales), Léger fracas du monde (2005) et L’Impasse (2006).

Antoine Choplin reçoit le Prix France Télévisions 2012 pour "La nuit tombée". (Source : Babélio)

Interview : http://www.babelio.com/auteur/Antoine-Choplin/30311

 

 L’histoire :

Guernica. Avril 1937. Jeune peintre autodidacte, Basilio passe son temps dans les marais à observer des hérons cendrés. Ce n’est pas qu’il se sente extérieur au conflit, il a même chercher à s’enrôler dans l’armée républicaine. Mais tandis que les bombardiers allemands sillonnent déjà le ciel, il s’acharne à rendre par le pinceau le frémissement invisible de la vie, dans les plumes d’un de ces oiseaux hiératiques. Dans quelques heures, Guernica sera une ville en cendres, mais c’est un peintre autrement célèbre qui va en rendre compte, magistralement.

L’un comme l’autre, pourtant, le petit peintre de hérons tout autant que le Picasso mondialement connu, nous interrogent sur les tragédies de la guerre et la nécessité de l’art pour en témoigner. (Quatrième de couverture)

 

guernica.jpg

 Ce que j’ai aimé :

Le héron de Guernica est un texte magnifique qui nous parle de la guerre, de l’amour, de l’art avec une économie de mots et d’images saisissantes. Il évoque le massacre de Guernica, ville d’innocents bombardés par les allemands pour soutenir Franco, devenu symbole de l’horreur perpétrée par la guerre.

 Il suit surtout les traces de Basilio, jeune homme qui se plaît à peindre la fragilité des hérons au bord de la rivière. Témoin du bombardement, il se rend ensuite à Paris, pour découvrir la toile que Picasso a consacré à cette tuerie, tableau peint à Paris, loin de l’horreur. Et pourtant, ce sera la toile de cet artiste qui inscrira Guernica dans la postérité.

 Antoine Choplin s’interroge ainsi sur le pouvoir de l’art et des choix de l’artiste :

 " J'ai photographié la bicyclette, aussi.

Quelle bicyclette?

Celle qu'on voit là-bas, couchée par terre au milieu de la place.

C'est une drôle d'idée, dit le père Eusebio en regardant vers la bicyclette.

Les avions, ça suffit pas pour raconter ce qui se passe ici, dit Basilio. Dès que tu te mets la tête sous le drap noir et l'oeil dans le viseur tu te rends compe que ça suffit pas.

Si on peut voir les bombardiers juste là, c'est déjà beaucoup, non? (…)

Rien que ça, une bicyclette qui repose à terre, au milieu d'une place déserte. Je crois que c'est pas mal pour donner à deviner tout ce qu'on voit pas sur l'image. Toutes ces choses qui flottent dans l'air et qui fabriquent notre peur de maintenant. Qu'on peut pas graver sur du papier mais qui nous empêchent presque de respirer, par moments. Tu vois ce que je veux dire? » (p. 106)

 Basilio est un artiste qui s’intéresse à  « Toutes les choses qu’on ne voit pas. Tout ce qui palpite sans figurer sur les images, ce qu’on éprouve avec force et qui se refuse à nos sens premiers. Et dont on voudrait témoigner pourtant. » (p. 108)

   heron-bleu.jpg

 Un très beau texte sur la nécessité pour l'artiste d'offrir son talent à la description de l'horreur pour marquer les esprits et ne pas laisser dans l'oubli ces morts et ces vivants à jamais marqués par la guerre...

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien.

 

Premières phrases :

« La veille, après avoir quitté la gare, Basilio s’était aventuré au hasard, parmi les rues.

Vers le soir, il avait franchi les grilles du jardin du Luxembourg et s’était assis sur un banc, un peu à l’écart des allées. La nuit était tombée. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La nuit tombée de Antoine CHOPLIN

 

D’autres avis :

 Kathel ; Agathe ; Aproposdelivres ;  Uncoindeblog ; Val ; Yv

 

Le héron de Guernica, Antoine Choplin, La Brune, 2011, 158 p., 16 euros

Partager cet article
Repost0

Tous ensemble, mais sans plus de Georges FLIPO

Publié le par Hélène

tous-ensemble-mais-sans-plus.jpg

♥ ♥

 

L’auteur :

 Georges Flipo est l’auteur de plus de soixante nouvelles pour la radio (Radio France, France Bleu) et a publié huit livres ; son dernier recueil, Qui comme Ulysse, a été applaudi par la critique et dans les blogs littéraires, avant d’être couronné par le jury du Prix Ozoir’Elles, présidé par Régine Deforges. (Présentation de l’éditeur)

 

 L’histoire :

 – Des pingouins ! Vous êtes comme des pingouins sur la banquise, tous à vous renifler, à lustrer votre plumage… Et vous vous serrez l’un contre l’autre, frissonnants, dès que souffle un vent mauvais… Malheur à l’intrus : vous lui souriez, mais vous le regardez les yeux dans les pieds, à guetter sous ses palmes la moindre fissure de la glace, en espérant qu’elle devienne fracture, béante, qu’elle l’entraîne le plus loin possible, et allez, ciao ! Tous ensemble, bien sûr, mais sans plus. Sans les trop vieux, les trop pauvres, les trop colorés, les trop moches. Sans les trop autres.

– Allons, mon ami, ce ne sont que des mots. Words, words, words…

(Extrait de la nouvelle éponyme) (Quatrième de couverture)

 

Mon avis :

George Flipo nous offre une vision éclairée de la société actuelle : il s'intéresse notamment au sort réservé à nos retraités, aux différences sociales difficilement surmontables, à l'emploi des étrangers, aux luttes de pouvoir pouvant apparaître au sein même s'une relation amicale ou sentimentale … Mais l'auteur ne se cantonne pas à notre société, son sens de l'observation et sa capacité à analyser les situations lui permettent de rejoindre l'universalité de certains thèmes comme la difficulté des relations humaines et du fonctionnement de notre monde en général, le jugement des uns sur les autres sans intelligence, les a priori, l’incommunicabilité entre les êtres...

 Le tout est percutant, servi par un style fluide orné de nombreux dialogues qui rendent le texte vivant et attrayant.

Ce petit recueil de nouvelles, sans être inoubliable, est plaisant à lire, constituant un moment agréable de lecture.

 

Premières phrases :

« Immuables. Les dîners chez les Pontignac étaient immuables jusque dans leur grain de folie. Chaque deuxième samedi du mois. Monsieur et Madame recevaient une vingtaine d’amis, tous gens de bonne compagnie, notables de Nantes dans la cinquantaine avancée, et les répartissaient en trois tables, en imposant la dissociation des couples puisqu’on était à l’âge où le verbe se libère plus volontiers en l’absence du conjoint. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Qui comme Ulysse

Autre : La patience des buffles sous la pluie de David THOMAS

 

D’autres avis :

 Babélio 

 

Tous ensemble, mais sans plus, Georges Flipo, Anne Carrière, octobre 2012, 230 p., 18 euros

 Merci à l’auteur d’avoir fait voyager son livre.

Partager cet article
Repost0

Anima de Wajdi MOUAWAD

Publié le par Hélène

 

 

♥ ♥ ♥ ♥

 « J’ai entendu le grand silence qu’il a produit en moi d’où ont émergé, comme le dirait un de ces animaux, cheval, mouche ou cochon, les cris de tous ceux qui sont morts dans le silence et l’oubli, enfants, femmes, bêtes et dieux, qui tapissent par couches épaisses les siècles et les ciels. » (p. 388)

 

L’auteur :

Né au Liban en 1968, dramaturge, metteur en scène, cinéaste, comédien, Wajdi Mouawad est l’auteur d’un quatuor de théâtre épique, Le sang des promesses (Littoral – Incendies – Forêts – Ciels), joué au festival d’Avignon en 2009. Incendies a été adapté au cinéma par Denis Villeneuve avec un grand succès (2011).

L’œuvre théâtrale de Wajdi Mouawad, récompensée notamment par le grand prix du Théâtre de l’Académie française en 2009, est disponible aux éditions Leméac / Actes Sud-Papiers.
Il est aussi l'auteur de deux romans : Visage retrouvé (Leméac / Actes Sud, 2002 ; Babel n° 996) et Anima (Leméac / Actes Sud, 2012). (Source : Editeur)

 

L’histoire :

Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme en suivant l’odeur sacrée, millénaire et animale du sang versé. Seul et abandonné par l’espérance, il s’embarque dans une furieuse odyssée à travers l’Amérique, territoire de toutes les violences et de toutes les beautés. Les mémoires infernales qui sommeillent en lui, ensevelies dans les replis de son enfance, se réveillent du nord au sud, au contact de l’humanité des uns et de la bestialité des autres. Pour lever le voile sur le mensonge de ses origines, Wahhch devra-t-il lâcher le chien de sa colère et faire le sacrifice de son âme ?

Par son projet, par sa tenue, par son accomplissement, ce roman-Minotaure repousse les bornes de la littérature. Anima est une bête, à la fois réelle et fabuleuse, qui veut dévorer l’Inoubliable. (Source : Editeur)

 « SANS LENDEMAIN. Peut-être parce que les récits naissants portent encore en eux leur promesse de puissance. Commencer pour s’arrêter quelques lignes plus loin est une manière de cogner le silex. La flamme ne jaillit pas du premier coup.

Pourtant, voici une dizaine d’années, une voix a surgi. Au-delà de ce qui était raconté, ce qui m’a happé fut cette voix qui disais-je. Cela n’était pas moi. Arrivant au bout du chapitre, je comprends, sans que cela ait été prémédité, qu’il s’agit d’une voix animale. Un homme, rentrant chez lui un soir après le travail, découvre sa femme sauvagement assassinée, étendue dans son sang, au milieu du salon. Un chat, leur chat, leur animal domestique, raconte la macabre découverte et l’évanouissement de l’homme. Au second chapitre, des oiseaux à la fenêtre de sa chambre d’hôpital tiennent la suite du récit.

J’ai poursuivi.

Anima est sorti du brouillard au fil des ans. Le temps fut nécessaire pour me permettre de voir et d’entendre ce qui s’y murmurait. Tant qu’il n’est pas conjugué, un verbe reste un infinitif. Seule sa fusion avec un sujet précis dans un temps donné le rend actif. Ainsi, ce roman me demandait de conjuguer un infinitif enfoui quelque part en moi. Il m’encourageait à marier entre elles les lignes de crête qui séparent et délimitent les mondes qui me portent : l’animal et l’humain, l’ici et l’ailleurs, les guerres d’aujourd’hui et celles d’hier, et la géographie nouvelle qui me renvoie sans cesse vers une autre géographie, terrible, effroyable. Certains êtres sont stratifiés de mondes lacérés, de terres déchirées, séparées en deux, plaques tectoniques de douleurs, exilées pour toujours l’une de l’autre, exilées de la parole, condamnées au silence et que rien ne saura jamais colmater sauf la dérive des continents qui les fera un jour se rejoindre à leurs antipodes. »

Wajdi Mouawad

 Ce que j’ai aimé :

Anima a cette particularité formelle d’adopter le point de vue d’animaux et non pas d’humains. Chaque chapitre est vu par un animal différent : chat, chien, mouche, lapin, boa, renard… Le style mime alors les mouvements et les attributs des animaux :

 Pour le canari :  « Ils s’assoient. Elle verse un liquide sombre dans des tasses posées devant eux. Je chante. Je passe d’un trapèze à un trapèze puis du trapèze à la pierre et la pierre au trapèze. Je chante. Il me regarde. Je chante. Je quitte le trapèze, agrippe mes pattes au grillage, use mon bec contre le métal, me retourne, la tête à l’envers, je chante. »

 Les phrases du serpent sont faites de circonvolution, alors que celles du papillon sont courtes, mimant les mouvements saccadés de ses ailes, tout comme celles du moustique aux actions très courtes et rapides, le poisson lui n’a pas de virgule,  le singe utilise des phrases très longues… Leur vocabulaire est riche, leur instinct sûr, leurs mots ont du sens,  contrairement aux humains pour qui les mots ne veulent plus rien dire, sont mensonges et cachent une réalité sans fond, innommable. Les animaux, témoins de l’instant ont accès à une forme de réalité entière.

 La trame du récit épouse les pas de Wahhch homme meurtri à la recherche du meurtrier de sa femme, mais aussi et surtout de son identité. La sauvagerie du meurtrier a éveillé en lui des souvenirs douloureux issus de l'horreur du massacre de Sabra et Chatila en Palestine, et le monde de Wahhch chancèle sur ses bases rendant toute vérité caduque. Il va devoir remonter aux sources du génocide et s'interroger sur les responsabilités individuelles et collectives inhérentes aux crimes pour pouvoir espérer, enfin, trouver ses propres mots...

Son road-movie le mènera notamment dans les réserves indiennes, zones de non-droit en butte à divers trafics louches. C'est là que les animaux rejoindront les hommes, sous l'égide de vieilles croyances indiennes selon lesquelles l'âme de l'homme s'incarne dans les animaux.   

 Porté par un style magnifique, tour à tour poétique et épique, Anima est un roman pluriel riche et profondément touchant : 

  « A quoi tu décides de tenir ? Et pourquoi ? Tu n’en sais rien. L’enfant, lui, tient à un morceau de tissu. C’est rien, mais il y tient. Il dort avec, il sort avec. Il y tient. Un morceau de tissu, une chevelure, une peau. Une femme. Des yeux. Un regard. Une femme avec des mots et une façon de mettre tous ces mots-là ensemble. Une façon de se taire et d’hésiter puis de marcher, d’embrasser. » (p. 132)

  « Etendu de tout son long sur le plancher graisseux d’un wagon plat sans parois ni recoins, il fixait le défilement du ciel au-dessus de sa tête et s’adonnait, bras levé, doigt pointé, au décompte des étoiles. » (p. 298)

  « Il m’a parlé du malheur qui fond parfois sur les humains et de la douleur engendrée par la permanence de la mémoire que rien n’efface, sauf la mort. Il a levé la tête et m’a indiqué l’étoile qui se tient fixe à la verticale du pôle et autour de laquelle tournent sans fin les constellations du ciel. « Aigle, Cygne, Ours, Dragon et Cheval. Tu la vois ? C’est l’étoile du Nord. Ainsi, malheurs, bonheurs, pertes et joies tournent pareillement autour de nos vies, et si aujourd’hui tu es malheureux, demain tu seras de nouveau heureux. (…) Je n’ai plus rien à craindre. J’irai jusqu’au bout des rails même si le brouillard me semble d’une épaisseur infinie. » » (p. 299)

 Art et parole s'entrelacent savamment pour réapprendre aux humains à trouver des mots nouveaux que comprendraient les âmes perdues ... 

 Ce que j’ai moins aimé :

 Ames sensibles s’abstenir... 


Premières phrases :

 « Ils avaient tant joué à mourir dans les bras l’un de l’autre,  qu’en la trouvant ensanglantée au milieu du salon, il a éclaté de rire, convaincu d’être devant une mise en scène, quelque chose de grandiose, pour le surprendre cette fois-ci, le terrasser, l’estomaquer, lui faire perdre la tête, l’avoir. »

 D’autres avis :

 L'Express ; France culture ;Lire  

 Anima, Wajdi Mouawad, Actes sud, septembre 2012, 400 p., 23 euros

 

Partager cet article
Repost0

Neige de Maxence FERMINE

Publié le par Hélène

Neige-fermine.jpg

♥ ♥ ♥ ♥

 « Je veux apprendre à regarder passer le temps. » (p.15)

 

L’auteur :

 Maxence Fermine est l’auteur de plusieurs romans à succès, Neige, L’Apiculteur (Prix del Duca et Prix Murat en 2001), Opium, Amazone (Prix Europe 1 en 2004)…, traduits dans de nombreux pays, notamment l’Italie où il est un best-seller. Il vit en Haute-Savoie. (Source : Albin Michel)

 L’histoire :

 

Dans le Japon de la fin du xixe siècle, sur l'île d'Hokkaido, Yuko ne désire devenir ni prêtre, ni guerrier, mais poète, afin "d'apprendre à regarder passer le temps". Fasciné par la neige, en laquelle il voit tout à la fois un poème, une calligraphie, une peinture, une danse et une musique, il s'adonne au haïku et traverse les montagnes dans l'espoir de parfaire son art auprès d'un maître renommé...

 Ce que j’ai aimé :

« Un matin, on prend le temps de se regarder vivre. » (p. 16)

  Neige est un texte qui flotte en apesanteur dans l’âme du lecteur et laisse en lui une marque pure, indélébile. Texte court qui allie subtilement prose et poésie, il approche le processus créatif : Yuko pour devenir poète, devra  être voyant… La poésie, l’art donnent accès à un monde qui n’existe pas ou n’existe plus. Elle permet de retrouver les êtres chers, de les sertir dans un cercueil de mots qui les rend immortels.

  Dans cet univers poétique, la femme est une muse, métaphore de la poésie :

   « Car l’amour est bien le plus difficile des arts. Et écrire, danser, composer, peindre, c’est la même chose qu’aimer. C’est du funambulisme. Le plus difficile, c’est d’avancer sans tomber. » (p. 50)

 « En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Ecrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Ecrire, c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n’est pas de s’élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus d’aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou que l’obstacle d’un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du verbe. » (p. 81)

  Neige est une perle délicate comme un flocon, fragile, pure et immensément belle...

 flocon.jpg

 Ce que j’ai moins aimé :

- Rien.

 Premières phrases :

« Yuko Akita avait deux passions.

Le haiku.

Et la neige.

Le haïku est un genre littéraire japonais. Il s’agit d’un court poème composé de trois vers et de dix-sept syllabes. Pas une de plus.

La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers.

Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu.

Il porte un nom. Un nom d’une blancheur éclatante.

Neige. »

D’autres avis :

 Fransoaz ; Jostein ; Soukee ; Alex

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'apiculteur

 

Neige, Maxence Fermine, Arléa, janvier 1999, 96 p.,

POCHE : Neige, Maxence Fermine, Points, décembre 2000, 4.70 euros,

   challengeQuatreSaisons

Partager cet article
Repost0

14 de Jean ECHENOZ

Publié le par Hélène

                                             14-de-jean-echenoz.jpg

 

  

 L’auteur :

 Jean Echenoz est né à Orange (Vaucluse) en 1947. Prix Médicis 1983 pour Cherokee. Prix Goncourt 1999 pour Je m'en vais.

 L’histoire :

 Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.

 Mon avis :

D’accord, il y a le style Echenoz, ces phrases courtes, percutantes, ce vocabulaire riche, cette justesse du ton et du style.

 Et je l’ai aimé dans Courir ou Des Eclairs car il s’agissait là de sujets originaux, différents. Mais dans 14, il est question de la guerre, thème lu et relu, des femmes qui attendent le retour des hommes, thème connu et reconnu, de la violence, du sang, de la mort, thème courant…

 "Tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n'est-il pas la peine de s'attarder encore sur cet opéra sordide et puant. Peut-être n'est-il d'ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d'autant moins quand on n'aime pas tellement l'opéra, même si comme lui c'est grandiose, emphatique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui cela fait beaucoup de bruit et souvent, à la longue, c'est assez ennuyeux."

 Je n’ai pas vu l’intérêt de réécrire encore sur le sujet. La petite musique de Echenoz n’a pas fonctionné !

 Premières phrases : 

 « Comme le temps s'y prêtait à merveille et qu'on était samedi, journée que sa fonction lui permettait de chômer, Anthime est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné. Ses projets : profiter du plein soleil d'août, prendre un peu d'exercice et l'air de la campagne, sans doute lire allongé dans l'herbe puisqu'il a fixé sur son engin, sous un sandow, un volume trop massif pour son porte-bagages en fil de fer."

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Courir de Jean ECHENOZ ; Des éclairs de Jean ECHENOZ

 D’autres avis :

Blogs : Yves

Presse : Le monde Télérama 

 

14, Jean Echenoz, Les Editions de Minuit, octobre 2012, 128 p., 12.50 euros

 

Partager cet article
Repost0

<< < 10 20 30 40 41 42 43 44 45 46 47 48 > >>