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Désert de LE CLEZIO

Publié le par Hélène

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♥ ♥

"Il n'y avait pas de fin à la liberté, elle était vaste comme l'étendue de la terre, belle et cruelle comme la lumière, douce comme les yeux de l'eau." 

 

L’auteur :

 

J. M. G. Le Clézio est né à Nice le 13 avril 1940. Il est originaire d'une famille de Bretagne émigrée à l'île Maurice au XVIIe siècle. Il a poursuivi des études au collège littéraire universitaire de Nice et est docteur ès lettres. 

Malgré de nombreux voyages, J. M. G. Le Clézio n'a jamais cessé d'écrire depuis l'âge de sept ou huit ans : poèmes, contes, récits, nouvelles, dont aucun n'avait été publié avant "«Le Procès-verbal», son premier roman paru en septembre 1963 et qui obtint le prix Renaudot. Influencée par ses origines familiales mêlées, par ses voyages et par son goût marqué pour les cultures amérindiennes, son œuvre compte une cinquantaine d'ouvrages. En 1980, il a reçu le grand prix Paul-Morand décerné par l'Académie française pour son roman «Désert». En 2008, l'Académie suédoise a attribué à J. M. G. Le Clézio le prix Nobel de littérature, célébrant «l'écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante».

 

L’histoire :

 

La toute jeune Lalla a pour ancêtres les "hommes bleus", guerriers du désert saharien. Elle vit dans un bidonville, mais ne peut les oublier. La puissance de la nature et des légendes, son amour pour le Hartani, un jeune berger muet, une évasion manquée vers "leur" désert, l'exil à Marseille, tout cela ne peut que durcir son âme lumineuse. Lalla a beau travailler dans un hôtel de passe, être enceinte, devenir une cover-girl célèbre, rien n'éteint sa passion pour le désert. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

La structure binaire permet une grande liberté : deux pays Le Maroc, Tanger, puis Marseille la France ; deux époques les années 1910, et les années 1970 ; deux personnages Nour jeune garçon de la tribu des « Hommes bleus », qui va devenir disciple de Ma el Aïnine le cheikh puis Lalla jeune fille vivant dans un bidonville... Cette oscillation incessante entre deux destins donne au roman un rythme lancinant équilibré. 

Nour vit au moment de la pacification du Maroc par l’armée française de 1910 à 1912 et connaît l'échec de la guerre sainte menée contre les Chrétiens par Ma el Aïnine le fondateur de la légendaire Smara. Homme du désert, homme libre, il erre dans le désert sansfin à la recherche de son identité d'homme révolté. Lalla est, au début du roman, une jeune fille heureuse qui aime communier avec la mer et apprécié les bonheurs simples près de la nature :

« Lalla écoute le bruit du vent, elle écoute les voix grêles des enfants bergers et aussi les bêlements lointains des troupeaux. Ce sont les bruits qu’elle aime le mieux au monde, avec les cris des mouettes et le fracas des vagues. Ce sont des bruits comme s’il ne pouvait jamais rien arriver de mal sur terre. » (p. 138)

Elle vit une relation privilégiée avec un jeune berger muet :

« La lumière des étoiles tombe doucement comme une pluie. Elle ne fait pas de bruit, elle ne soulève pas de poussière, elle ne creuse aucun vent. Elle éclaire maintenant le champ de pierres, et près de la bouche du puits, l’arbre calciné devient léger et faible comme une fumée. (…) La soif, la faim, l’angoisse se sont apaisées par la lumière de la galaxie, et sur sa peau il y a,  comme des gouttes, la marque de chaque étoile du ciel.

Ils ne voient plus la terre, à présent. Les deux enfants serrés l’un contre l’autre voyagent en plein ciel. » (p. 220)

Mais elle doit fuir Tanger pour échapper à un mariage arrangé.

Désert nous conte le destin particulier de ces êtres qui quittent leur monde pour un ailleurs censément plus adapté, plus idyllique que ces pays du Sud soumis à une pauvreté innomable. Ils vont apprendre l'un comme l'autre à construite leur identité et leur liberté dans un monde torturé.

Roman initiatique, roman d’apprentissage, ce récit est une initiation au désert comme lieu de la liberté inaliénable, le lieu où l’on peut être soi, lieu de la sincérité de la simplicité de l’être, métaphore de la vraie vie, simple et dépouillée.

 

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Ce que j’ai moins aimé :

 Je dois avouer avoir moins apprécié les pages consacrés à Nour.

 

Premières phrases :

« Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible. En tête de la caravane, il  avait les hommes, enveloppés dans leurs  manteaux de laine, leurs visages masqués par le voile bleu. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Etoile errante

Autre : Eldorado de Laurent Gaudé

 

Désert, Le Clézio, Folio, 1980, 448 p., 8.10 euros

 

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Quand nous serons frère et sœur de Sophie ADRIANSEN

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Un beau conte moderne

 

L’auteur :

Sophie Adriansen écrit par tous les vents depuis longtemps, du long et du court. Elle tient depuis 2009 le blog Sophielit, finaliste du Prix des Bloggeuses de ELLE 2011, et contribue à plusieurs sites littéraires. Elle est est membre de la Société des Gens de Lettres et jurée littéraire pour les Prix suivants : 2012 Prix des lecteurs de l’Express / Prix Rive Gauche à Paris / Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro / Prix des Lectrices Terrafemina - Livre de Poche // 2011 Prix Rive Gauche à Paris / Prix Carrefour du 1er roman (comité présél.) // 2010 Grand Prix des Lectrices de ELLE / Prix Orange du Livre / Prix du Roman FNAC / Prix Carrefour du 1er roman (comité présél.) / 2009 Prix Carrefour du Premier roman

L’histoire :

« Il n’était tout simplement pas comme elle.

Il ne serait jamais son frère, c’était aussi simple que cela.

On ne pouvait se décréter frère et sœur par volonté commune ou désir profond, ni même décision unilatérale, et encore moins parce qu’on avait reçu un bout de papier l’affirmant. »

 

Louisa, la trentaine dynamique et urbaine, n’a jamais connu son père. Par une chaude journée d’avril, elle apprend la mort de celui-ci et découvre dans la foulée qu’il lui a laissé un conséquent héritage. Mais cet argent inespéré est soumis à une condition : elle doit cohabiter un mois avec un frère dont elle ignorait jusqu’à l’existence. Ne se doutant pas qu’elle prend un aller simple pour le début du reste de sa vie, Louisa fait sa valise et débarque à Lougeac, village du centre de la France où elle n’est pas la bienvenue et où les rumeurs vont bon train.

Quand nous serons frère et sœur est une ode à l’échange et à la simplicité qui met en scène l’étonnante rencontre d’une jeune femme enlisée dans son passé, que le mystère de ses origines a rendu méfiante, avec un homme concentré sur le présent, dans un récit servi par une écriture lumineuse. (Présentation de l’éditeur)

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Mon avis :

Quand nous serons frère et soeur est un livre lumineux  optimiste, un bol d’air pour cette jeune femme urbaine qui découvre un nouveau mode de vie, une nouvelle façon d’aborder le monde et la vie. Elle va découvrir un autre monde, d'autres relations et va peu à peu s'épanouir dans cette nouvelle opportunité. 

Petite réserve : la dichotomie entre vie à la ville, vie parisienne stressante et vie calme à la campagne me semble un peu caricaturale, de même que les personnages le sont quelque peu.

Mais il me restera surtout en mémoire après lecture l'impression d'avoir lu un conte tendre, moderne sur l’importance de tisser des liens.

« Tisser des liens, voici ce que je n’ai jamais été capable de faire. Avec moi, ils se sont défaits rapidement. La vie, ce n’est pas ça. Je compte sur vous pour faire mieux. » (p. 204)

Premières phrases :

« Les choses avaient un sens, au-delà des lieux communs qui affirmaient que rien ne survenait jamais par hasard. Et ce sens était à déceler dans l’environnement, à lire dans les éléments, à percevoir dans les attitudes. Il ne fallait négliger ni le langage des corps, ni les métamorphoses des objets, ni les changements météorologiques. Tout cela révélait de menus indices, envoyait d’infimes signaux.»

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  Je vous emmène au bout de la ligne de Rodolphe MACIA et Sophie ADRIANSEN

D’autres avis :

Ici : http://www.sophieadriansen.fr/crbst_13.html

 

Quand nous serons frère et sœur, Sophie Adriansen, Myriapode, janvier 2013, 18 euros

 

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Liberté sur la montagne de Marc Graciano

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Un chant hypnotique

 

L’auteur :

 

Marc Graciano est né le 14 février 1966.

Il vit au pied des montagnes aux confins de l’Ain et du Jura.

Liberté dans la montagne est son premier livre. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

 « Depuis bien des jours le vieux cheminait avec la petite le long de la rivière. Quelquefois le vieux tenait la main de la petite mais, le plus souvent, il la laissait voyager seule autour de lui » : telle est la première phrase de cette histoire puissamment envoûtante tant par la tension dramatique constante que Marc Graciano parvient à conserver tout au long de ce voyage initiatique, semé d’embûches, dans un temps très ancien, que par son style unique, fait de litanies.

 Dans leur périple vers l’amont de la rivière, le nord, le vieux et la petite traversent une nature à la fois splendide et sauvage, croisent des personnages inoubliables, comme le veneur.

 Vers où les conduira leur destin ?   (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

  Marc Graciano nous conte un récit très original : le vieux et la petite marche vers un ailleurs teinté de présent, ils marchent et ils rencontrent des dangers, des joies, des peines. Le vieux nomme à la petite les choses pour qu’elle accède à la connaissance du monde, il ne lui épargne aucune de ses vilenies, le sordide côtoie le sublime parce qu’au fond, le monde est fait ainsi.

Ils marchent, étroitement liés et rencontrent tour à tour un cirque ambulant, une joute de chevaliers, des hommes conduits à l’échafaud, un abbé, un berger, un géant, un veneur, une jeune femme envoûtante… Un lien étroit unit ce vieux et cette petite, un lien fait de tendresse, d’amour et de danger. Leur destin les porte inéluctablement là où ils devaient aller…

  C’est une peinture du Moyen-Age vivante et dynamique qui se profile sous nos yeux ébahis, les personnages se mettent en branle, tout bouge très vite et prend forme, un monde s’ébauche par la puissance des mots du vieux et de l’auteur. De  vieilles légendes puissantes émaillent le récit comme celle d’un cerf magique … Les mots font exister un monde.

 Et ce premier roman nous offre une très belle allégorie de la vie, un enseignement philosophique lumineux :

 « Alors le vieux dit à la petite qu’ils possédaient des choses qu’ils ne pouvaient pas perdre et que nul ne pourrait leur dérober. Il lui dit qu’ils possédaient le ciel et il lui dit qu’il possédait la forêt et il lui dit qu’ils possédaient l’enchantement chaque jour renouvelé du chemin que tous deux suivaient. (…) Il lui dit qu’ils possédaient les plantes et il lui redit qu’ils possédaient le ciel et aussi les oiseaux dedans le ciel puis il lui dit qu’ils possédaient ces choses à chaque fois qu’ils savaient les capter. Grâce à la connaissance qu’ils en avaient. » (p. 33)

 « Il leur dit qu’ils devaient aller toujours librement. Il leur dit qu’ils devaient cultiver désormais le respect et la délicatesse. Il leur dit qu’ils devaient s’arrêter à tous moment et qu’ils devaient s’asseoir et qu’ils devaient regarder le ciel avec une intense sérénité et il leur dit qu’ils se satisferaient alors de la sensation de leur corps chaud et vivant. (…) Le vieux leur dit qu’ils devaient se faire sensible aux chants des oiseaux et à l’odeur de terre humide qui montent de la rivière le soir. Il leur dit qu’ils devaient admirer la pureté du ciel et la beauté des traces. (…) Le vieux leur qu’ils devaient savoir jouir des agréments d’un chemin qui s’enrubanne dans la forêt. » (p. 141)

  

Ce que j’ai moins aimé :

 Il faut être très concentré sur sa lecture pour suivre le destin de ces deux personnages atypiques : les paragraphes sont denses, les dialogues sont uniquement retranscrits au discours indirect, le vocabulaire est riche, les répétitions nombreuses, il faut se laisser porter par cette scansion orale pour pénétrer entièrement dans cet univers si particulier et se  laisser hypnotiser.

 Un texte difficile qui se mérite.

 

Premières phrases :

 « Depuis plusieurs jours le vieux cheminait avec la petite le long de la rivière. Quelqeufois le vieux tenait la main de la petite mais, le plus souvent, il la laissait voyager seule autour de lui. A cette fin, le vieux veillait à libérer la petite de tout faix. Le vieux veillait aussi à toujours régler son pas sur celui de la petite. »

 

Vous aimerez aussi :

 Hommes, bois, abeilles de Mario RIGONI STERN

 

D’autres avis :

 

 Aliette Armel  ; Sur le site de l'éditeurDominique 

 

 Liberté sur la montagne, Marc Graciano, José corti, janvier 2013, 311 p., 19.50 euros

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L’écume des jours de Boris VIAN

Publié le par Hélène

                                       ecume des jours

 ♥ ♥

   L’auteur :

 

 Boris Vian est né d'un père rentier et d'une mère musicienne (harpe et piano). Il est le second de quatre enfants. A douze ans, on lui découvre une insuffisance aortique.

Il intègre l'École centrale en 1939 et devient ingénieur en 1942. 
Cependant, passionné de musique, en particulier de jazz, il passe le plus clair de son temps dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés. Il s'y fait connaître comme trompettiste et rédige des articles dans plusieurs journaux de jazz dont Jazz Hot. Par ailleurs, il écrit plusieurs centaines de chansons.

Vian est influencé par le mouvement existentialiste, auquel il contribue dans sa "Chronique du menteur", au sein de la revue de Sartre les Temps modernes.

Son premier roman célèbre (sous l'hétéronyme de Vernon Sullivan) est J'irai cracher sur vos tombes, écrit en 1946. Le roman est très controversé, notamment parce qu'il est retrouvé sur les lieux d'un crime passionnel. Boris Vian est condamné en 1950 pour outrage aux bonnes mœurs. S'ensuivent des romans tout aussi noirs et sarcastiques : Les morts ont tous la même peau, Et on tuera tous les affreux et Elles se rendent pas compte.
Si les œuvres à succès, signées Vernon Sullivan, ont permis à Vian de vivre, elles ont aussi occulté les romans signés de son vrai nom, œuvres plus importantes à ses yeux. D'après lui, seuls ces derniers avaient une véritable valeur littéraire.

1951 et 1952 seront des années sombres pour Boris Vian. Il vient de quitter son épouse Michelle Léglise, dont il a eu deux enfants, Patrick en 1942 et Carole en 1948. En 1954, il se remarie avec Ursula Kübler.

Boris Vian meurt d'une crise cardiaque quelques minutes après le début du film, J'irai cracher sur vos tombes, inspiré de son roman, au cinéma Le Marbœuf. 

Son œuvre connut un immense succès public posthume dans les années 1960 et 1970, notamment pendant les événements de mai 1968. (Source : Babélio)

 L’histoire :

 Dans un univers mêlant quotidien et onirisme, ce premier roman conte les aventures de Colin, de Chick, d’Alise et de la belle Chloé. Deux histoires d’amour s’entremêlent : Colin est un jeune homme élégant, rentier, qui met fin à son célibat en épousant Chloé, rencontrée à une fête, tandis que son ami Chick, fanatique transi du philosophe vedette Jean-Sol Partre, entretient une relation avec Alise. Tout irait pour le mieux sans les forces conjuguées de la maladie (Chloé est victime d’un « nénuphar » qui lui dévore le poumon) et du consumérisme (Chick consume ses ressources dans sa passion pour Jean-Paul Sartre) qui s’acharnent sur les quatre amis. La plume alerte de Boris Vian, qui multiplie les néologismes poétiques et les jeux de mots (le pianocktail, le biglemoi, les doublezons…) semble le faire par politesse, car sous ses dehors de roman d’amour pour éternels adolescents, l’Ecume des Jours est un piège qui étouffe petit à petit le lecteur et les personnages. A l’image de la maladie de Chloé qui s’étend, la légèreté et l’innocence qui ouvrent le roman sont progressivement contaminées par le drame.

Un classique moderne, salué à sa sortie par Raymond Queneau comme « le plus poignant des romans d'amour contemporains. » (Source : Babélio)

 Ce que j’ai aimé :

 

 « Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid, (…). » (Avant- propos)

 

Par sa poétique irréelle, Boris Vian peint un monde tragique marqué par l’aliénation du travail, les passions dévorantes poussant à une consommation effrénée et ruineuse, un monde duquel on ne sort pas indemne. Mais au cœur de cette vision pathétique de l’existence, la passion amoureuse peut s’épanouir pour épargner quelques instants les individus pris dans la glu d’un quotidien désabusé. L’amour et la musique, deux pôles rédempteurs. Colin aime Chloé et Chloé aime Colin, et même si leur amour est condamné, il leur permet se s'échapper et de croire à un monde meilleur. Chick par contre sacrifiera son amour physique pour une passion immodérée pour un auteur à la mode qui le ruinera. N'est pas sauvé qui veut...

Aussi Boris Vian nous offre-t-il un roman-jazz à l’imaginaire foisonnant, plantant son intrigue amoureuse dans un univers fantastique absurde : des patineurs s’écrasent contre les murs et y restent collés « comme une méduse de papier mâché écartelée par un enfant cruel. » mais cela n’affecte personne, des « varlets-nettoyeurs » viennent nettoyer puis tout rentre dans l’ordre… (p. 45)

 

Les dialogues sont enlevés et drôles, comme pour conjurer le mauvais sort :

" - Ah… dit Colin. Combien vous dois-je ?...

- C’est très cher… dit le marchand. Vous devriez m’assommer et partir sans payer.

- Oh, dit Colin, je suis trop fatigué. » ( p. 194)

La puissance de la poésie et de l’imaginaire sont chantés ici avec passion. La richesse du style concoure à nous enchanter : néologismes (dilatoirement, trousse à doctoriser, zonzonner…), savant mélange des niveaux de langues, jeux de mots, mot valise (piano-cocktail). Les inventions sont tout aussi savoureuses et éclairées.

 

Un beau roman à l'univers particulier à découvrir...

Ce que j’ai moins aimé :

 Je n’ai pas été particulièrement sensible à cet univers, je reste –il faut le dire- relativement hermétique à ce qui est surnaturel…

 Premières phrases :

 « Colin terminait sa toilette. Il s’était enveloppé, au sortir du bain, d’une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l’étagère, de verre, le vaporisateur et pulvérisa l’huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'arrache-coeur

Autre : le film de Gondry

 

 L’écume des jours, Boris Vian, Le livre de poche, 6.60 euros

  

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Amalia Albanesi de Sylvie TANETTE

Publié le par Hélène

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  L’auteur :

 Sylvie Tanette est journaliste. Amalia Albanesi est son premier roman.

 L’histoire :

Amalia racontait les ronces qui envahissaient les chemins, les oliviers qui partaient à l’assaut des collines et dont, quand elle était petite, elle avait tellement peur. Elle racontait les brebis dans les granges et les murets de pierres sèches le long des champs. Le sentier qui menait à la falaise et l’âne un jour qui a sauté. Dans ces moments-là, Amalia redevenait pour un instant la petite fille qu’elle avait été, rêvant du monde entier sans avoir jamais quitté ses collines. Et même, mais alors vraiment rarement, Amalia parlait du jour où Stepan Iscenderini était arrivé à Tornavalo, le jour où le village s’était arrêté de respirer.

 Région des Pouilles, début du XXe siècle : Amalia a passé son enfance à déambuler dans des paysages écrasés de soleil en imaginant des mondes inconnus au-delà des mers. Le jour où elle croise un beau marin aux yeux verts arrivé de Turquie, et qui dit avoir traversé la mer Noire à la nage, la jeune fille comprend que l’homme sera à la hauteur de ses rêves. Bientôt, Amalia et Stepan quittent Tornavalo pour aller tenter leur chance à Alexandrie. Début d’un incroyable périple...
 De Bari à Istanbul, de Malte au Liban, d’Alexandrie à Marseille, Amalia Albanesi est la saga d’une famille sur quatre générations. Une lignée de femmes exceptionnelles ballotées d’un bord à l’autre de la Méditerranée au gré d’histoires d’amour passionnelles et des désordres de l’Histoire, de la révolution bolchévique à la guerre d’Espagne.

 

Ce que j’ai aimé :

Un des personnages principal de ce court roman est cette région des Pouilles écrasée par la chaleur, à l'atmosphère particulière rendue ici avec talent. Les destins familiaux hors du commun s'entrecroisent pour créer une histoire  forte, notamment quand il s'agit de celle d'Amalia, personnage phare du roman. 

 L'importance de la filiation est au coeur du récit, la narratrice insistant sur la nécessité de connaître ses origines et de ne pas rester un éclecton libre loin de ses racines :

 « Et oui, mon petit Téo, il va bien falloir que tu vives avec tout ça. Toutes ces histoires et tous ces gens, que l’on n’a pas choisi, que l’on ne connaît pas, mais qui sont là dans un coin de nos têtes, et parfois se bousculent, jusque dans le moindre de nos gestes. » (p. 135)

Connaître l'histoire de ses ancêtres, au-delà du facteur humain, est indispensable pour réussir à se construire entièrement et non pas sclérosé par des vides inconnus et incompréhensibles... 

Ce que j’ai moins aimé :

Néanmoins, j'ai trouvé ce roman trop proche et trop loin à la fois du Soleil des scorta et de Cœur cousu.  Trop proche parce que l'atmosphère est la même, mais trop loin car le talent de l'écrivain est loin d'être similaire à celui des deux autres cités...

Voici par exemple un échantillon du style de l'auteure :

« Longtemps je n’ai eu de Tornavalo qu’une image paisible. Genre village méridional avec des tuiles rouges, des murs de pierre ocre prenant doucement le soleil, couleur de miel quand le soir tombe. » (p 20)

« Mais si elle s’imaginait qu’elle allait se débarrasser de lui comme ça, elle se trompait grave, comme dirait mon fils aujourd’hui. » (p. 116)

 De plus les allusions incessantes au port de Dubrovnik finissent par être lassantes, sentant trop le procédé narratif qui place en toile de fond une cité idéale, mais sans le talent nécessaire encore une fois pour nous faire rêver

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 Premières phrases :

 « Lorsque j’ai demandé à ma mère des informations sur son grand-père, Stepan Iscenderini, elle n’a, sur l’instant, eu qu’une phrase : « Le jour où il est arrivé à Tornavalo, le village s’est arrêté de respirer. » Et alors j’ai eu sous les yeux un hameau écrasé de soleil, silencieux dans la lumière sans pitié du milieu de la journée, un village avec ses maisons de pierres sèches et ses portes closes, et un grand jeune homme qui commence à remonter les rues étroites, à pas de loup. »

 

 Vous aimerez aussi :

 Le cœur cousu de Carole MARTINEZ

Le soleil des Scorta de Laurent GAUDE

 

 Amalia Albanesi, Sylvie Tanette, Mercure de France, septembre 2011, 144 p., 14 euros

 

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Eloge du rien de Christian BOBIN

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 

 L’auteur :

 Qui est vraiment Christian Bobin ? Les indications biographiques qu'il consent à glisser aux journalistes lors de (rares) entretiens nous apprennent qu'il est né au Creusot, en Bourgogne, de parents ouvriers. Et qu'il y vit toujours. Qu'enfant, déjà solitaire, il préférait la compagnie des livres. Qu'après des études de philosophie, il a exercé divers métiers, dans des bibliothèques, des musées, des librairies. Que ses premiers textes, publiés au début des années 1980, ne rencontrent qu'un public restreint. Que le succès est venu plus tard, porté par la grâce d'un livre consacré à Saint François d'Assises, Le Très-Bas, prix des Deux Magots... C'est dans ses textes qu'il faut chercher La Part manquante de Christian Bobin. Dans ses textes, où cet humaniste solitaire parle le plus de lui-même, il nous fait partager, dans un style épuré, ses plaisirs minuscules et jusqu'à ses plus grandes douleurs comme La plus que vive, hommage à son amie, morte à 44 ans d'une rupture d'anévrisme. Àtravers une oeuvre sensible et poétique, ce sédentaire, voyageur de la page blanche, nous montre le monde tel qu’on ne le voit plus. (Source : Evène)

 

L’histoire :

 Au lieu de répondre à la question: “Qu’est-ce qui donne un sens à votre vie?” que lui avait posée un directeur de revue, l’auteur a eu envie de s’évader ailleurs et d’écrire ce petit livre qu’il termine ainsi: “Bien sûr, je ne réponds plus vraiment: je chante”. (Présentation babélio)

 

Ce que j’ai aimé :

 Christian Bobin nous offre ici un court récit en réponse à la question « Qu’est-ce qui donne un sens à votre vie ? »

 "Tous les arbres dans le soir frémissent. Ils m’instruisent par leur manière d’accueillir chaque instant comme une bonne fortune. L’amertume d’une pluie, la démence d’un soleil : tout leur est nourriture. Ils n’ont souci de rien, surtout pas d’un sens. Ils attendent d’une attente radieuse et tremblée. Infinie. Le monde entier repose sur eux. Le monde entier repose sur nous. » (p. 21)

 

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 Sa réponse sera prétexte à multiples digressions sur la vie, la beauté, la poésie, les livres, thèmes chers à l'auteur. Le texte est à la fois beau, poétique, profond et philosophique.

 Christian Bobin se glisse dans les interstices du monde pour communier avec lui, s’harmoniser avec lui et chanter sa gloire et sa beauté.

 Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 Premières phrases :

 « Votre lettre est là, sur le bord d’un buffet de cuisine. Elle attend. Depuis bientôt une semaine, elle attend ma réponse. Une petite femme d’encre, modeste, avec sa jupe un peu froissée, ses phrases croisées sur ses genoux. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur :  L’homme-joie de Christian BOBIN ; Les ruines du ciel de Christian BOBIN 

 D’autres avis :

 Eloge du rien, Christian Bobin, Editions Fata Morgana, janvier 1990, 23 p., 8 euros

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Jardin d’hiver de Thierry DANCOURT

Publié le par Hélène

                                            jardin d'hiver

 ♥ ♥

 

L’auteur :

 

 Thierry Dancourt est né à Montmorency, dans le Val-d'Oise. Il travaille aujourd'hui comme rédacteur indépendant dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme. Hôtel de Lausanne, écrit à Paris et à Casablanca, est son premier roman. Après Jardin d'hiver, Il revient en 2012 avec Les ombres de Marge Finaly. (Source 10-18)

 

L’histoire :

 

Une station balnéaire de la côte atlantique, en hiver. Pascal Labarthe, le narrateur, arrive un soir de brume, par l'autocar. Que vient-il faire ici, hors saison, dans cette petite ville endormie des bords de mer qu'il ne connaît pas ? « J'ai rendez-vous », déclare-t-il à l'homme qui séjourne également à l'Océanic, un hôtel dont ils sont les seuls occupants. Rendez-vous avec qui ? Jardin d'hiver tisse, entre Paris et Royan, les fils ténus, presque invisibles, d'une intrigue ou dialoguent histoire d'amour et histoire tout court, ou, le temps d'un hiver, s'entrelacent finement un présent traversé de personnages singuliers et un passé hanté par la figure d'une jeune femme aimée. Peuplé de lieux à l'abandon auxquels la mémoire se raccroche, ce roman est celui d'un amour perdu, jamais oublié. (Source 10-18)

 

Ce que j’ai aimé :

 

 Thierry Dancourt campe une atmosphère à la Modiano, entre présent et passé, souvenirs heureux et nostalgie galopante. Pascal est à la recherche d’une villa ayant un lien avec un ancien amour. Rien n’est dit, tout est suggéré, amené doucement, par touches subtiles et aériennes.  

 Dans ce court roman, le temps passe lentement aux côtés de personnages atypiques : un représentant de commerce, un vieil homme qui hante les bibliothèques pour lire les journaux, des retraités qui se promènent… Le temps est comme suspendu, dans cette ville de Royan atemporelle. 

  Le temps qui passe, les souvenirs qui s’effacent pour laisser la place au présent, sont au couer de ce charmant récit. 

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Ce que j’ai moins aimé :

 

 Un charme tellement diffus que je ne sais pas s’il me marquera durablement.

 

Premières phrases :

 

 « Il pleut sur le square Kennedy. Une pluie tiède, qui tombe obliquement. Les parterres engazonnés, les allées au tracé sinueux, les bouquets d’arbustes, le bassin avec son jet d’eau, la guérite du gardien : ce décor m’est familier. Je viens ici très souvent, je retrouve M. André Smeyers, Mme Raymonde Desnoyers, M. Lucien Rochais, des gens que je connais et qui sont tous à la retraite, pratiquement. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Du même auteur : Hôtel de Lausanne

Autre :  L'horizon de Patrick MODIANO

 

D’autres avis :

 

 Télérama ; Lire 

 

Jardin d’hiver, Thierry Dancourt, 10-18, mars 2013, 168 p., 6.60 euros

 

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La peste de Albert CAMUS

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥


 L’auteur :

 

Albert Camus naît à Mondovi, en Algérie, en 1913. Pendant la seconde guerre mondiale, il intègre un mouvement de résistance à Paris, puis devient rédacteur en chef du journal «Combat» à la Libération. Romancier, dramaturge et essayiste, il signe notamment «L'étranger» (1942) et «La Peste» (1947), et reçoit le prix Nobel de littérature en 1957. Il meurt en 1960 dans un accident de voiture

 

L’histoire :

 

Dans les années 1940, une épidémie de peste s’abat sur la ville d’Oran. Jour après jour, le lecteur suit l’apparition et l’extension de la maladie. Il découvre les réactions de chacun des personnages face aux souffrances et à la mort : certains fuient, d’autres restent pour lutter. À travers ce grand roman, Albert Camus rend hommage à ceux qui affrontent la vie avec modestie et honnêteté, et nous invite à réfléchir sur les valeurs de solidarité et d’engagement. (Source : Belin)

 

Ce que j’ai aimé :

 

La peste est un roman qui est comme le miroir de notre propre condition humaine :

« On dira sans doute que cela n’est pas particulier à notre ville et qu’en somme tous nos contemporains sont ainsi. Sans doute, rien n’est plus naturel, aujourd’hui, que de voir des gens travailler du matin au soir et choisir ensuite de perdre aux cartes, au café, et en bavardages, le temps qui leur reste pour vivre. Mais il est des villes et des pays où les gens ont, de temps en temps, le soupçon d’autre chose. En général, cela ne change pas leur vie. Seulement, il y a eu le soupçon et c’est toujours cela de gagné. » (p. 12)

Car la peste a une dimension allégorique : elle est l'allégorie du mal, consubstanciel à l’homme, une métaphore de l’horreur de la seconde guerre mondiale, de toute forme de totalitarisme, de dictature politique.

"Ils niaient tranquillement, contre toute évidence, que nous ayons jamais connu ce quotidien que celui des mouches, cette sauvagerie bien définie, ce délire calculé, cet emprisonnement qui apportait  avec lui une affreuse liberté à l'égard de tout ce qui n'était pas le présent, cette odeur de mort qui stupéfiait tous ceux qu'elle ne tuait pas, ils niaient enfin que nous ayons été ce peuple abasourdi dont tous les jours une partie, entassée dans la gueule d'un four, s'évaporait en fumées grasses, pendant que l'autre, chargée des chaînes de l'impuissance et de la peur, attendait son tour." (p. 269)

Le seule façon de côtoyer l'espoir sera de faire appel à la solidarité car elle permet de faire face à l’absurde. Le docteur Rieux est le symbole de l’homme révolté qui lutte avec ses propres moyens pour soulager la souffrance des autres. Homme humaniste, compréhensif il est le personnage le plus proche de Camus.

« Mais le narrateur est plutôt tenté de croire qu’en donnant trop d’importance aux belles actions, on rend finalement un hommage indirect et puissant au mal. Car on laisse supposer alors que ces belles actions n’ont tant de prix que parce qu’elles sont rares et que la méchanceté et l’indifférence sont des moteurs bien plus fréquents dans les actions des hommes. C’est là une idée que le narrateur ne partage pas. Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée. » (p. 124)

 Un classique à redécouvrir pour ne pas oublier que la peste peut se tapir dans le symptôme le plus innocent...

Ce que j’ai moins aimé :

 

Quelques longueurs dans les descriptions de la peste en elle-même.

 

Premières phrases :

 

« Les curieux évènements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran. De l’avis général, ils n’y étaient pas à leur place, sortant un peu de l’ordinaire. A première vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu’une préfecture française de la côte algérienne. »

 

Vous aimerez aussi :


Du même auteur : L'étranger

 

 

La peste, Albert Camus, folio, 288 p., 6.50 euros

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Mort aux cons de Carl ADERHOLD

Publié le par Hélène

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 ♥ 

 « Le con, m’écriai-je, voilà l’ennemi ! » (p. 153)

 

L’auteur :

 Carl Aderhold est né en 1963. Directeur éditorial chez Larousse dans le domaine des sciences humaines, il a publié Mort aux cons et Les poissons ne connaissent pas l’adultère. (Source Sophielit)

Questions http://blog.elle.fr/sophielit/2010/04/19/5-questions-a-carl-aderhold/

 

L’histoire :

Contrairement à l'idée répandue, les cons ne sont pas réformables ; les campagnes de prévention ou les actions pédagogiques n'ont pas de prise sur eux. Une seule chose peut les amener non pas à changer, mais du moins à se tenir tranquille : la peur. Je veux qu'ils sachent que je les surveille et que le temps de l'impunité est révolu. Je compte à mon actif cent quarante meurtres de cons. Afin qu'ils ne soient pas morts pour rien, je vous enjoins de lire ce manifeste. Il explique le sens véritable de mon combat. » Qui n'a jamais rêvé de tuer son voisin le dimanche matin quand il vous réveille à coups de perceuse? Ou d'envoyer dans le décor l'automobiliste qui vous serre de trop près? Le héros de cette histoire, lui, a décidé un jour de passer à l'action. (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

 L’idée de départ est originale : le narrateur a décidé de ne plus subir les cons qui l’entourent et le cernent, il les élimine un à un en maquillant ses forfaits ou en procédant de façon à ne jamais être retrouvé.

 Mais au fur et à mesure des disparitions, le problème se complexifie : comment définir le con, quels critères mettre en place pour »justifier » ces exactions ?

 Quelques réflexions le mènent sur la voie :

 « C’est une des grandes caractéristiques des cons que cette envie de nous faire partager leur bonheur et, plus encore, de nous y convertir. De fait, le con est contagieux. Il nous entraîne sur son propre terrain et nous pousse à agir selon sa propre logique, si bien qu’à le fin, on se trouve dans la peau d’une sorte de double, son alter ego. » (p. 192)

 « Premièrement : les cons sont partout. » (p. 296)

 « Bref, si l’on cumule tout ce temps passé chaque jour à lutter contre les cons, au boulot ou ailleurs, vous arrivez, à raison de deux heures par jour en moyenne, et en admettant que vous vivrez à peu près soixante-dix ans, au total faramineux de 50960 heures, soit grosso modo un quart de votre vie active. Un quart ! Qui part ainsi en fumée ! » (p. 310)

Une réflexion dans laquelle chacun peut se reconnaître...

 Ce que j’ai moins aimé :

 Malheureusement, le propos tourne rapidement en rond sans décoller, les situations ne changent pas, créant un effet catalogue lassant et ô déception suprême, la fin tombe à plat, preuve que l’auteur s’est perdu en chemin…

Premières phrases :

 « 1. On ne fait jamais assez attention aux petites choses de la vie. Pourtant le plus souvent, ce sont elles qui sont à l’origine des changements importants de notre existence. La littérature et le cinéma nous encombrent l’imagination de grands drames qui bouleversent la destinée du héros. Mais dans la réalité, ces brusques coups de tonnerre prennent presque toujours la forme de détails ridicules. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Les poissons ne connaissent pas l’adultère de Carl ADERHOLD

 Autre : Le couperet de Donald WESTLAKE

 Mort aux cons, Carl ADERHOLD, Le livre de poche, février 2009, 409 p., 6.95 euros

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L’herbe des nuits de Patrick MODIANO

Publié le par Hélène

                                                   herbe-des-nuits-copie-1.JPG

 ♥ ♥

 

 L’auteur :

 

Patrick Modiano est un écrivain français.

Il est né d'un père juif italien (Albert Modiano) et d'une mère belge flamande, débarquée à Paris en 1942 pour tenter sa chance comme comédienne.

Il fait ses études à l'école du Montcel à Jouy-en-Josas, au collège Saint-Joseph de Thônes (Haute-Savoie), puis au lycée Henri-IV à Paris. Ayant pour professeur particulier de géométrie Raymond Queneau, un ami de sa mère qu'il rencontre alors qu'il a quinze ans, il décroche son baccalauréat à Annecy, mais n'entreprend pas d'études supérieures.
Sa rencontre avec l'auteur de Zazie dans le métro est cruciale. Introduit par lui dans le monde littéraire, Patrick Modiano a l'occasion de participer à des cocktails donnés par les éditions Gallimard. Il y publiera son premier roman en 1967, La Place de l'Étoile, après en avoir fait relire le manuscrit à Raymond Queneau. À partir de cette année, il ne fait plus qu'écrire.

En 1970 Patrick Modiano épouse Dominique Zehrfuss. De cette union naîtront deux filles, Zina (1974) et Marie (1978).

En 1978 Rue des boutiques obscures a reçu le Prix Goncourt.

En 2000, il reçoit le Grand prix de littérature Paul-Morand pour l'ensemble de son œuvre. (Présentation Babélio)

 

Quatrième de couverture :

«"Qu'est-ce que tu dirais si j'avais tué quelqu'un?"

J'ai cru qu'elle plaisantait ou qu'elle m'avait posé cette question à cause des romans policiers qu'elle avait l'habitude de lire. C'était d'ailleurs sa seule lecture. Peut-être que dans l'un de ces romans une femme posait la même question à son fiancé.

"Ce que je dirais? Rien."»

 Mon avis :

Ce dernier roman de Patrick Modiano est plaisant. Comme toujours, il est bien écrit, fluide, sans doute parce que l'auteur talentueux sait comment nous enjoindre à la rêverie, comment nous retenir dans les rets du souvenir et de la mémoire.

« Le passé? Mais non, il ne s’agit pas du passé, mais des épisodes d’une vie rêvée, intemporelle, que j’arrache, page à page, à la morne vie courante pour lui donner un peu d’ombre et de lumière. » (p56) 

 Malgré tout, j’ai été moins sensible au charme de ce roman que d’ordinaire, une fois la dernière page tournée, j’ai l’impression qu’il ne m’en restera rien, l’effet s’est évaporé dans les brumes d'une lecture nébuleuse... Peut-être est-ce dû au thème, vu et revu chez Modiano, cette quête incessante d'une figure du passé qui pourrait, peut-être rattraper le temps perdu et conjurer le temps qui passe...

 Destiné aux fans absolus de Modiano, ou peut-être à ceux qui ne le connaissent pas encore... Si vous êtes peu ou pas du tout sensibles à son charme, passez votre chemin... 

 

 Premières phrases :

 « Pourtant je n’ai pas rêvé. Je me surprends quelquefois à dire cette phrase dans la rue, comme si j’entendais la voix d’un autre. Une voix blanche. Des noms me reviennent à l’esprit, certains visages, certains détails. Plus personne avec qui parler. »

 

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'horizon de Patrick MODIANO  

 D’autres avis :

 Babélio 

  

L’herbe des nuits, Patrick Modiano, Gallimard, octobre 2012, 16.9 euros

 

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