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roman policier francais

Une putain d'histoire de Bernard MINIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Prix Cognac du meilleur roman francophone

Henry, 17 ans, vit avec ses deux mères adoptives sur l'île de Glass Island dans l'état de Washington, lieu battu par les vents, cerné par la brumes 360 jours par an et uniquement accessible par ferry. C'est sur une de ses plages que la petite amie de Henry, Naomi, est retrouvée morte, assassinée. Les soupçons se portent immédiatement sur le jeune homme, d'autant plus que peu de temps avant sa disparition, une violente dispute a éclaté entre les deux amoureux. Accompagnés de ses amis, Charlie, Johnny, KaylaHenry décide de mener lui aussi l'enquête afin de se disculper. Commence alors une plongée dans l'univers intime des habitants de l'île, plongée fascinante tant chacun cache des secrets inavouables... 

"Nous sommes tous des menteurs. Nous déguisons, nous falsifions, nous modifions, nous comblons les vides. Nous sommes tous des mythomanes ; il n'y a que le degré de mythomanie qui change." p. 398

Sur cette île coupée du monde, balayée par les vents et par une pluie insidueuse qui s'immisce dans les esprits et dans les coeurs, les identités des uns et des autres sont fluctuantes et dans ce contexte, le coupable sera difficile à cerner...

http://alexavancouver.blogspot.fr/

Parallèlement, Henry est recherché par son vrai père qui use de tous les moyens modernes pour traquer ce fils qu'on lui a enlevé. Ainsi, sont pointés du doigt les dangers du net et la surveillance de l'état omniprésente incluant l'absence de vie privée de plus en plus prégnante, et la possibilité d'espionner qui on le souhaite, même en n'étant qu'un hacker débutant, par l'intermédiaire de nos téléphones, ordinateurs... 

"Les gens sont naïfs... La plupart évoluent dans le cyberespace comme des touristes américains qui, dans un rade mexicain, poseraient leurs portefeuilles, leurs clés de voiture et leurs cartes bancaires sur la table." p. 483

Malgré quelques invraisemblances, cette putain d'histoire au suspens haletant est difficile à lâcher !!

 

Présentation de l'éditeur : Pocket 

D'autres avis : Alex 

Du même auteur : Le cercle

Site de l'auteur http://bernard-minier.com/

 

Une putain d'histoire, Bernard Minier, Pocket,  mai 2016, 598 p., 8.20 euros

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Condor de Caryl FEREY

Publié le par Hélène

Lorqu'il faisait des recherches pour son précédent roman Mapuche, Caryl Ferey a trouvé tellement de matière qu'il a décidé d'en garder pour son prochain roman, Condor, qui sort ce mois-ci. A la différence de Mapuche qui se déroulait en Argentine, celui-ci se passe au Chili, pays bien moins gai et festif, plombé par les années de dictature répressive de Pinochet. Bouleversé par l'Histoire, par ses horreurs et par l'inhumanité de certains êtres qui se prétendent pourtant humains, l'auteur choisit de planter son décor dans une réalité sociale et politique désabusée. Néanmoins il met ici l'accent sur des jeunes qui portent en eux l'espoir de voir refleurir un monde nouveau, cette génération qui n'a pas connu directement les exactions du dictateur. Ainsi Gabriela est-elle une femme pleine de vie qui va enquêter sur la mort mystérieuse de plusieurs jeunes de quartiers. Pour mener sa croisade, elle demande l'aide d'Esteban, avocat spécialiste des causes perdues. Les deux acolytes plongent alors dans les bas-fonds de Santiago, dans des quartiers gangrénés par la drogue et la corruption. Leur enquête les mènera jusqu'aux confins du désert de l'Atacama.

Malgré ce fond social et politique passionnant, fruit de plusieurs années d'investigation par l'auteur sur place, le roman traîne en longueur, ne parvenant pas à s'élever suffisamment vers une pureté romanesque. Et pourquoi vouloir à tout prix placer une pseudo histoire d'amour ? Pourquoi tant de mièvrerie au coeur d'une intrigue si violente et intense ? Pourquoi des passages comme celui-ci :

"Sa main caressa sa joue, une seconde magnétique. Gabriela frissonna sur le siège tandis qu'Esteban remettait la gomme -maintenant c'était sûr, elle était amoureuse de lui." p. 180

"Tiens, dit Esteban, j'ai ramassé ça pour toi.

Il lui tendit un petit galet poli en forme de coeur." 

Pourquoi décrire à chaque page la façon dont sont habillés les personnages -surtout les filles- 

"Gabriela avait revêtu un jean moulant et un tee-shirt de fille qui soulignait la fluidité de ses bras." p. 43

"La jeune fille portait une robe bleue à motifs, une paire de ballerines assorties en plastique imitation lézard et un collier d'argent mapuche sur un décolleté que son cardigan noir peinait à cacher." p.72

"Véra portait un legging noir et un petit pull en laine de même couleur les cheveux détachés." p. 229

Pourquoi ces dialogues creux : 

"- Putain, faut que je pisse quelque part, annonça daddy.

- Pas sur ma gueule ! s'esclaffa une voix sous un masque.

Les autres pouffèrent, par habitude." p. 47

Pourquoi ces expressions stéréotypées comme  "l'effet dynamisant du pisco sour, de ses yeux bleu pétrole, du temps qui doucement se délitait." p. 129

La fin du roman aux allures de western rattrape quelque peu les passages laborieux, éclairés de surcroît par la culture mapuche de la jeune Gabriela, apprentie chamane. Mais ce ne sera pas suffisant pour le sauver ... 

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

D'autres avisL'ExpressLes échosTélérama Bibliobs 

Du même auteur : Mapuche

 

Condor, Caryl Ferey, Gallimard, série noire, 2016, 416 p., 19.50 euros

tous les livres sur Babelio.com

 

Merci à Babelio et aux Editions Gallimard qui m'ont permis de rencontrer l'auteur. Concernant la rencontre c'est ICI

 

Je joins un extrait d'une lecture musicale qui a eu lieu récemment à la maison de la poésie : dans le roman, l'un de sprotagonistes écrit un roman dans lequel il livre une allégorie du Chili, premier pays néolibéral après le coup d'état de Pinochet en 1973. Les personnages dépeints, victimes de la dictature, évoluent dans un champ de ruines qui ressemble furieusement au Chili d'aujourd'hui. 

Lecture, chant : Bertrand Cantat - Machines, basses : ManuSound - Guitare : Marc Sens - Ingénieur du son : Eddy Josse

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Temps glaciaires de Fred VARGAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Etranger, toi qui foules cette terre, prends garde aux vices immondes des hypocrites infâmes."

Tout commence par le suicide d'une vieille dame. L'affaire pourrait être classée si un signe étrange n'apparaissait pas à ses côtés, signe qui tenderait à prouver que la vieille dame n'était pas seule pour quitter le monde. L'inspecteur en charge de l'enquête fait appel à Adamsberg et son équipe de fins érudits pour déchiffrer le signe en question et valider ses doutes. D'autres meurtres-suicides suivent alors. Adamsberg et ses collègues se trouvent ainsi plongés dans une nouvelle enquête aux ramifications multiples, enquête que l'on pourrait qualifier d'une "pelote d'algues" "c'est une grosse pelote d'algues enchevêtrées. Et sèches. Il n'y a pas de route dans ces trucs-là. Et c'est lui qui l'as fabriqué. Et quand on croit qu'on y trouve un sens, il réembobine la pelote autrement." 

Deux pistes distinctes se profilent en effet : la première rejoint l'Islande, pays où la vieille dame a vécu un aventure traumatisante, et l'autre piste les mène en plein Paris, le Paris de la Terreur instaurée par Robespierre, période qu'une étrange association se plaît à faire revivre lors de reconstitutions historiques plus vraies que nature. Adamsberg ne se décidera pas à trancher entre l'une ou l'autre piste, déstabilisant ses collègues par ses va-et-vient incessants :  

"0n a laissé tombé l'Islande, rappela Mercadet avec fermeté.

- Totalement, approuva Adamsberg. Justin, faites tout de même vérifier son passeport." p.192

Un appel venu d'ailleurs le mènera jusqu'aux rives islandaises : l'afturganga, sorte de fantôme islandais a fait entendre son appel et Adamsberg a rappliqué parce que "quand un afturganga te convoque, t'as drôlement intérêt à obéir." et "L'afturganga ne convoque jamais en vain. et son offrande conduit toujours sur un chemin." Il faudra nénamoins un ou une colosse humaine pour venir à bout de cet afturganga..

Les inconditionnels de Fred Vargas retrouveront avec plaisir la joyeuse équipe de Adamsberg : Danglard l'hypermnésique érudit, Rétancourt, colosse humain, Veyrenc et sa chevelure atypique, Mercadet qui s'endort soudainement n'importe où, n'importe quand, Vaisenet, Mordent et Noël. Ceux qui ne connaissaient pas cette auteure originale découvriront des personnages cocasses, tels Célestine et son sanglier, des dialogues truculents dignes de Audiard et surtout un univers érudit documenté. Qu'il s'agisse de Robespierre et des séances de l'assemblée nationale ou de l'Islande et ses légendes, l'intrigue se nourrit de la culture et de l'intelligence de l'auteure. 

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion 

D'autres avis : sur Babélio

 

Temps glaciaires, Fred Vargas, Flammarion, mars 2015, 490 p., 19.90 euros

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Ce qui reste en forêt - Une enquête du capitaine Anato en Amazonie française de Colin NIEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Aux abords de la station scientifique de Japigny, en Amazonie Française, un naturaliste est retrouvé noyé. Qui a pu souhaiter sa mort ? Alors que les premiers soupçons se portent sur les orpailleurs dont le chantier clandestin jouxte la station scientifique, le lieutenant Gibral tente d'établir un lien entre le meurtre et la découverte d'un albatros mort sur la plage, oiseau qui aurait dû se trouver dans les terres australes. 

Le capitaine Anato enquête tout en menant de front une quête plus personnelle : il se découvre en effet l'existence d'un frère inconnu. 

Roman passionnant et dépaysant Ce qui reste en forêt nous emmène sur des terres éloignées de la Guyane aux côtés de scientifiques qui tentent de préserver ses espaces sauvages .

"Cette station est bien plus que quelques carbets perdus au milieu de la jungle. C'est trente ans de travail et l'avenir de l'écologie tropicale qui est en jeu. C'est ici que l'on comprend l'importance des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique, que l'on découvre les dernières espèces de mammeifères inconnues, que l'on étudie le cycle permanent de l'écosystème le plus complexe de la planète, que se joue le sort réservé à l'Amazonie par les grands de ce monde." p. 416

@rfi 

L'enquête poliière est prétexte pour aborder le milieu de l'orpaillage clandestin et de ses garimpeiros : "Chaque jour, de nouveaux Brésiliens pénétraient clandestinement sur le territoire de la Guyane, prêts à tout pour gagner leur vie en exploitant l'or. Voilà qu'on en retrouvait perdus au milieu de la jungle, affamés, à peine vivants. Des déchets recrachés par les chantiers qui dévoraient la forêt." p. 94 

A travers l'histoire personnelle de chacun, l'auteur met également en lumière les moeurs et croyances du pays, offrant ainsi un tableau complet très documenté du pays.

Une belle réussite pour ce roman alliant suspense et intérêt documentaire. Il s'agit du deuxième roman de l'auteur, un troisième est prévu en octobre 2015, pour mon plus grand bonheur.

 

Pour en savoir plus sur l'orpaillage clandestin : sur France Info 

Présentation chez l'éditeur : Actes sud, Babel noir 

D'autres avis sur Babelio

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Les temps sauvages de Ian MANOOK

Publié le par Hélène

♥♥♥♥

"Les choses ne sont jamais ce qu'elles sont vraiment si tu les regardes de trop près, petite soeur. La steppe est immense, mais ton regard doit l'envelopper et la parcourir d'en haut comme le vent. Comme la vie." p. 387

Ce que j'ai aimé :

Yeruldelgger revient ! Bon il n'est pas en grande forme dans cet opus, un brin désabusé, l'enseignement des moines s'éloignant à grand pas de son esprit rattrapé par la violence extérieure. Etat d'esprit qui est relativement monnaie courante chez les enquêteurs du nord il faut bien le dire, que l'on parle de Wallander, Varg Veum, Erlendur, Harry Hole...- Heureusement, pour contrebalancer cette morosité Yeruldeggerienne, la jeune Oyun, sa collègue tombe dans les bras d'un beau militaire qui sent bon le sable chaud et ses sens -et son bon sens- vont être malmenés par ce bel hidalgo.

Pendant que Oyun se concentre sur une découverte macabre, Yeruldelgger enquête sur le meurtre d'une ancienne associée et sur la disparition de son fils d'adoption et de Gantulka rencontré dans le premier tome. Les chapitres s'enchaînent, dynamiques, fluides, beaucoup moins violents que dans l'opus précédent. L'enquêteur désabusé traque ses vieux démons et la piste le mène jusqu'en Russie, et même en France, dans le port du Havre. 

Si Yeruldegger est en petite forme, ce n'est pas le cas de Ian Manook dont l'humour et la bonhomie illuminent chaque page. Ses dialogues sont dignes de Audiard :

"- Et qui te dit que j'ai envie de t'entendre, chinetoque ? Les fouille-merde, je les mets pas sur écoute, moi, je les fracasse. Je vais te mettre sur la feuille de match, et pas pour réchauffer le blanc ! Je vais te montrer qui c'est, Rebroff. Aux quatre coins de la toundra qu'on va te retrouver, congelé par petits bouts, façon glace pilée. Moi quand on cherche le brassage, je cogne plus : je slap shot, je drop le puck, je pète la rondelle !

- C'est quoi, ce numéro de hockeyeux à deux kopecks ? Tu ne peux pas lui fracasser un genou sans faire ton cirque ?

- Désolé, monsieur Orlov, s'excusa le géant en triturant sa crosse. C'était juste pour le psychologique. Je veux dire pour la préparation, quoi. La préparation psychologique, vous savez..." p.294

Il nous fait partager sa joie de vivre et nous invite à savourer tous les plaisirs, qu'ils soient culinaires, nous donnant envie de découvrir les spécialités de Mongolie comme les kuushuurs ou les buzz, des raviolis de mouton "Ses raviolis avaient juste la bone taille pour être engloutis d'une seule généreuse bouchée gourmande, et la pâte avait la bonne consistance pour rester en bouche chaude et fumante et ne gicler son gras bouillant qu'au premier coup de dents et ainsi libérer la farce de viande." p. 105 ou encore les spécialités de nos régions normandes -plus accessibles - (brandon à la crème patissière parfumée au vieux calva, galette au sucre, tripes), ou qu'ils soient plus sensuels, agrémentés de dentelle...

En résumé dans ces temps sauvages, vous trouverez des militaires qui sentent bon le sable chaud, des professeurs lettrés, des inspecteurs en sous-vêtements, des méchants, des loups, des yacks qui tombent du ciel, un rapace prénommé Voltaire, des dzüüds glacials, et vous rugirez de plaisir dans cette atmosphère si jubilatoire !

A consommer san modération !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien ! 

Présentation de l'éditeur :

Albin Michel 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Yeruldelgger 

Autre : Le dernier lapon de Olivier Truc 

Sur la Mongolie : Ciel bleu de Galsan TSCHINAG ; Chaman de Galsan TSCHINAG 

D'autres avis :

sur Babélio

 

Les temps sauvages, Ian Manook, Albin Michel, février 2015, 528 p., 22 euros

 

Merci à l'éditeur.

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L'amour viendra, petite ! de Jérôme FANSTEN

Publié le par Hélène

               

             

    ♥ ♥  

Ce que j'ai aimé :

J. est un privé qui peine à gagner sa vie. Aussi a-t-il tendance à accepter toute enquête qui pourrait lui rapporter potentiellement de l'argent. Aussi a-t-il tendance à se placer dans des postures dangereuses, à l'insu de son plein gré. Surtout que J. aime les femmes, il aime leur musique jazzy quand il plonge entre leurs jambes, il aime leur chant jouissif et aime les duos endiablés... Et J. a tout pour leur plaire, un peu raté, c'est certain, mais tellement doué dans le maniement des mots et des caresses...

Trois enquêtes sont menées dans cet opus, placées sus l'égide de la poésie, comme quand J. doit partir à la recherche de la confance d'une jeune femme :

"Où c'est que tu l'as vu la dernière fois ?

- Qui ?

- Confiance ?

- Dans un miroir." p. 167

L'ensemble est inventif, drôle, truculent entre Audiard et Vian, le héros rencontrant fréquemment Simenon ou encore Brautigan ou des allégories :

"Tristesse était belle. Un peu ravaudée, mais... Elle a posé son front sur ma poitrine ; j'ai fait glisser ma main sur sa nuque. Ma langue a picoré sa peau, jusque sous son oreille. J'ai senti son pouls s'accélérer. J'ai pensé à lui mordiller le lobe, très tendre. Mais... Je l'ai baisée à mort, à même le canapé." p. 185

Ce que j'ai moins aimé :

-J'ai regretté une absence de structure, un aspect décousu, avec des retours en arrière, et finalement pas d'enquête qui serait menée de bout en bout.

-L'absence de noms, l'emploi de simples initiales fait qu'on se perd un peu dans les personnages qui manquent de consistance, d'humanité devenant juste des silhouettes esquissées qui apparaissent, disparaissent, meurent ou pas...

Jérôme Fansten fait preuve d'un talent certain pour les mots, avec des idées originales mais il manque selon moi une véritable intrigue, qui ne résumerait pas le roman à des saynètes.

Premières phrases :

"Elle ne serait pas morte si j'étais venu. Elle a le visage tout bleu, le regard encore fou d'un cheval apeuré. Pauvre Catrina.

- Tu la connais ?

- Oui.

- Tu peux l'identifier ?

Je pourrais, oui. Quel intérêt ? Et si je refuse, moi, de voir dans ce tas d'immondices la femme étrange, belle et séductrice qu'elle a toujours été ? Dès le matin, elle s'attifait de soleil, dorée jusqu'au bout des seins, parfumée de frais. Alors ? Ce bout de viande froide : la Catrina ?"

D'autres avis :

Yves

 

L'amour viendra, petite ! de Jérôme Fansten, Flamant noir éditions, mai 2014, 15 euros

 

Merci à Yves pour le prêt.

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Le détroit du loup d'Olivier TRUC

Publié le par Hélène

           

      ♥ 

"Ne peut-on accepter un peu de sacré dans ce monde ?"

Ce que j'ai aimé :

Comme les gisements de pétrole affluent dans la petite ville de Hammerfest, petite ville de l'extrême nord de la Laponie, la ville doit s'étendre pour trouver de nouvelle surfaces pour les questions logistiques, comme par exemple pour construire un aéroport. Mais une route va être au carrefour des intérêts des pétroliers et des éleveurs : celle qui permet la transhumance des rennes. Le conflit entre les éleveurs et les industries pétrolières couve...

"La lutte n'est-elle pas inégale, que pouvez-vous avec vos règles face au vent qui attire le renne sur les rives de l'été ?"

Un tiers des ressources non prouvées en pétrole et en gaz de la planète se trouve dans la zone arctique, et face à de tels chiffres, les éleveurs ont bien peu de poids..

"Tu auras beau entendre tous les plus beaux discours sur le respect des peuples indigènes, sur la minorité sami et ses droits inaliénables, quand tout ça se heurte au développement des industries, on passe à la trappe."

Parallèlement, nous découvrons le monde de la plongée dans les années 70. Au service des industries pétrolières, les plongeurs risquent leur vie pour permettre aux puissants de gagner toujours plus d'argent et de temps.  Les passionnés restent impuissants face à eux.

Les enquêteurs sont les mêmes que dans Le dernier lapon, mais Nina prend davantage d'importance en partant à la recherche de son père qui, coïncidence fortuite - difficilement justifiée - appartient au monde de la plongée. 

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai eu globalement le sentiment d'une construction artificielle. Beaucoup de personnages apparaissent au fur et à mesure, ce qui crée un manque de pureté de l'intrigue. Peut-être aurait-il mieux valu n'en choisir que quelques uns comme la très belle Anneli ou Nils entre deux mondes, quelques méchants aussi, mais moins de russes, de plongeurs sortis d'on ne sait où, de nouveaux personnages au deux tiers du roman, comme le père de Nina... Un roman qui aurait pu être épuré pour gagner en intensité et en beauté.

Toutefois je précise que par la suite j'ai fait tourner mon exemplaire dans ma famille je n'ai eu que des avis positifs... A vous de vous faire votre idée !

Premières phrases :

"Depuis plus d'une heure, la plupart des hommes demeuraient invisibles.

Certains se cachaient depuis bien plus longtemps. Ils patientaient, placés stratégiquement sur les deux rives distantes de cinq cents mètres. Ceux en embuscade sur Kvaloya, l'île de la Baleine, occupaient leur poste depuis la veille au soir." 

Informations sur le livre :

Chez Métailié

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le dernier lapon

D'autres avis :

Sylire

 

Le détroit du loup, Olivier Truc, Métailié, septembre 2014, 416 p., 19 euros

 

Merci à l'éditeur

 

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La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël DICKER

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Marcus, savez-vous quel est le seul moyen de mesurer combien vous aimez quelqu'un ?

- Non.

- C'est de le perdre."

Mon avis :

Le point fort de ce roman est indéniablement l'intrigue. Haletante, pleine de rebondissements elle rend le lecteur addict, le poussant à prolonger sa lecture jusque tard dans la nuit.

Harry est-il coupable de la disparition de la jeune Nola en 1975 dont on vient de retrouver le cadavre dans le jardin même de Harry. Le narrateur est bien décidé à prouver son innocence et il va aller de découvertes en découvertes...

L'intrigue policière est cohérente et palpitante et elle constitue le squelette du roman, ce qui lui permet de tenir debout. Otez-lui cela, il n'en restera pas grand-chose : des réflexions mièvres sur l'amour, une vision désabusée du monde de l'édition devenu une vaste entreprise marketing, les conclusions superficielles s'enchaînent, que l'on pourrait résumer ainsi :

"L'amour, c'est beau" = "Dans notre société, Marcus, les hommes que l'on admire le plus sont ceux qui bâtissent des ponts, des gratte-ciel et des empires. Mais en réalité, les plus fiers et les plus admirables sont ceux qui arrivent à bâtir l'amour. Car il n'est pas de plus grande et de plus difficile entreprise."

Mais "l'amour c'est compliqué" : « Vous essayez de me parler d'amour, Marcus, mais l'amour, c'est compliqué. L'amour, c'est très compliqué. C'est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L'amour, ça peut faire très mal. Vous ne devez pas pour autant avoir peur de tomber, et surtout pas de tomber amoureux, car l'amour, c'est aussi très beau, mais comme tout ce qui est beau, ça vous éblouit et ça vous fait mal aux yeux. C'est pour ça que souvent, on pleure après »

"Ecrire, c'est beau aussi" mais "la vie, c'est dur" : "Ecrire c'est être dépendant. De ceux qui vous lisent, ou ne vous lisent pas. La liberté c'est de la foutue connerie ! Personne n'est libre. J'ai une partie de votre liberté dans les mains, de même que les actionnaires de la compagnie ont une partie de la mienne entre les leurs. Ainsi est faite la vie, Goldman. Personne n'est libre. Si les gens étaient lires, ils seraient heureux. Connaissez-vous beaucoup de gens véritablement heureux ?"

"Le monde de l'édition, c'est pas bien" : " Il considérait que sa stratégie n'était ni pire ni meilleure que celle des autres, que le monde des livres était passé du noble art de l'imprimerie à la folie capitaliste du XXI ème siècle, que désormais un livre devait être écrit pour être vendu, que pour vendre un livre il fallait qu'on enparle, et que pour qu'on en parle il fallait s'approprier un espace qui, si on ne le prenait pas soi-même par la force, serait pris pat les autres. Manger ou être mangé."

Les personnages ne sont pas crédibles : comment le narrateur parvient-il à s'immiscer si facilement dans une enquête policière, comment le grand Harry a-t-il pu tomber amoureux de cette "Nola chérie" si mièvre, pourquoi le chargé de l'enquête accepte-t-il le narrateur brusquement après l'avoir rejeté au début du roman, et j'en passe, autant de questions qui mettent l'accent sur des ficelles grossières, toutes au service de l'intrigue, sans cohérence. De surcroit le style est plat, enfonçant davantage le roman dans une superficialité prégnante. 

Je rejoins donc le chœur de ceux qui se demandent pourquoi et comment ce roman a-t-il pu obtenir le Grand Prix de l'Académie Française ? Pour le prix du Goncourt des Lycéens je le conçois car les lycéens ont dû retrouver le fonctionnement et les problématiques de certaines séries à succès efficaces, mais pour l'Académie française, je m'interroge...

Un bon roman de plage, mais ne cherchez pas plus loin !

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Sombre tango d'un maître d'échecs de Jean-François BOUCHARD

Publié le par Hélène

                                       

♥ ♥

"Les échecs sont la traduction sur une planchette de bois de la vie et de la mort, du sang et de la haine, de la colère et de la force. Et le sang, la mort et la haine débordent si souvent de l'échiquier..."

Ce que j'ai aimé :

1927. La Havane. Deux maîtres d'échec s'affrontent : José-Paul Capablanca, enfant prodige cubain, et le russe Alexandre Alekhine, qui tente ici d'acquérir  le titre de champion du monde détenu par Capablanca. Sur fond de réalité historique l'auteur installe sa trame : Capablanca est accompagné par un vieux professeur, le narrateur, aux premières loges pour raconter la partie qui se joue dans l'ombre : en effet Capablanca reçoit de mystérieuses lettres anonymes qui sous-entendent qu'il pourrait empêcher le meurtre d'innocents. Piqué dans son orgueil de joueur, Capablanca se précipite dans les bas-fonds de la Havane pour lutter contre son ennemi anonyme.

 Le suspens est discret, laissant la part belle aux personnages aux personnalités bien marquées : le russe terrassé par ses démons et par l'enjeu des parties, Capablanca, bon viveur grand amoureux des femmes, et le vieux professeur que la vieillesse rattrape inexorablement avec ses lots de regrets et de remords. Les univers de ces êtres sont diamétralement opposés, et pourtant, ils vont s'affronter, s'entraider, se jauger et se juger. Les lecteurs peu amateurs de polar pourront de fait parfaitement apprécier le récit qui oscille entre intrigue vaguement policière et portrait psychologique affûté des deux joueurs et de ceux qui gravitent dans leur ombre.

A l'image du jeu mythique, le roman brille par sa construction calibrée. Un bon moment de lecture !

Ce que j'ai moins aimé :

Les allusions aux évolutions technologiques de l'époque (le téléphone, l'ascenseur...) sont un peu trop marquées.

Infos pour le livre :

Chez Max Milo

Premières phrases :

"La Havane. 1942.

Il arrive que certains hommes soient des miracles de Dieu. Je distrais mes vieux jours en faisant leur connaissance au cours de s longues heures que je passe à la bibliothèque municipale de la Havane. Je lis leur histoire dans les lovres qui leur sont consacrés."

Vous aimerez aussi :

Le duel de iNDRIDASON

D'autres avis :

Yves 

 

Sombre tango d'un maître d'échecs, Jean-François Bouchard, Max Milo, 18 euros

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Fakirs de Antonin VARENNE

Publié le par Hélène

fakirs.jpg

 ♥

 

Grand prix 2010 Meilleur Polar des lecteurs de Points

 

L’auteur :


Né à Paris, Antonin Varenne n’y restera que quelques mois avant d’être enlevé par ses parents pour vivre aux quatre coins de France, puis sur un voilier. Il n’y reviendra qu’à vingt ans, pour poursuivre des études à Nanterre.

Après une maîtrise de philosophie (Machiavel et l’illusion politique), il quitte l’Université, devient alpiniste du bâtiment, vit à Toulouse, travaille en Islande, au Mexique et, en 2005, s’arrime au pied des montagnes Appalaches où il décide de mettre sur papier une première histoire. 

Revenu en France accompagné d’une femme américaine, d’un enfant bilingue et d’un chien mexicain, il s’installe dans la Creuse et consacre désormais son temps à l’écriture.

Antonin Varenne remporte le prix Quais du polar-20 minutes 2012 (Source : Babélio)

http://antoninvarenne.over-blog.com/

 

L’histoire :

 

« On ne sortait des Suicides qu'à la retraite, par démission, via une dépression ou en finissant soi-même avec son arme de service dans la bouche.

De ces options, toutes étaient souhaitées à Guérin, dans un ordre variable. Mais celle que personne n'avait envisagée était qu'il s'y sente comme un poisson dans l'eau.

C'était arrivé. Résultat, le lieutenant Guérin flanqué de son stagiaire, Lambert — avait ajouté à la haine de ses collègues la répulsion viscérale qu'inspirent les pervers, lorsque, plongeant dans ce qui répugne à tous, ils semblent s'y régaler. » 

Ailleurs en France, au bord d'une rivière, John Nichols, un Franco-Américain installé dans un tipi, est convoqué à la gendarmerie de Saint-Céré. Là, on lui apprend la mort de son ami américain, Alan Mustgrave, intervenue alors qu'il s'écorchait en direct sur une scène du Paris underground, fort cotée pour ses spectacles sado-maso.

Soif de pouvoir, suicide, torture... On rit pourtant, jaune ou noir, c'est selon. L'auteur ne nous laisse aucun répit, et nous dépeint, en prime, de magnifiques personnages. (Source : Babélio)

 

 Ce que j’ai aimé :

 

Le commissaire Guérin est un personnage tourmenté, poursuivi par ses démons et par son passé. Mis au « placard » au service des suicides du quai des Orfèvres, et secondé par Lambert, jeune recrue, il croise le destin tragique de Alan Mustgrave, fakir mort sur scène. L’ami d’Alan, John, enquête sur cette mort qui révèle des dessous surprenants…

« En chemin, il chercha un lien entre de ce monde sans revanche possible et un fakir, mort sur scène d’une hémorragie. Evident. Le rapport était une ressemblance parfaite. Un monde d’hommes se tenant maladroitement debout sur des tapis de clous, courant et se fuyant les uns les autres. » (p. 176)

Les personnages sont bien campés psychologiquement, denses, ils dévoilent leur part d'ombre et de lumière au fil des pages. L'intrigue originale et ces personnages tourmentés créent un univers atypique en clair obscur, qui ne laisse pas le lecteur indifférent ! Un livre marquant !

 

 Ce que j’ai moins aimé :

 L'intrigue patine un peu.

Assez glauque...

Premières phrases :

 

« Lambert se bouffait les ongles.

Le clair-obscur plongeait es trois flics dans un espace-temps imprécis, vaseux, perdus dans le compte des jours et des nuits. Une odeur d’alcool et de tabac froid avait empli la petite pièce. La fatigue s’entendait dans les voix mal réveillées, rauques malgré l’heure avancée de la matinée. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Du même auteur : Le gâteau mexicain

Autres : Les romans de Fred Vargas

 

D’autres avis :

 

Babélio

  

Fakirs, Antonin Varenne, Points, 7.20 euros

 

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