La boîte aux lettres du cimetière de Serge PEY

Publié le par Hélène

                                      

♥ ♥ ♥

"La poésie doit être simple. Elle défait les noeuds de la pensée. "

Ce que j'ai aimé :

Dans une écriture poétique hors du commun le jeune narrateur évoque ses souvenirs d'enfance autour d'une école libertaire située dans une ancienne porcherie. Il évoque sa tante Hirondelle borgne, sa mère qui boîte à cause de religieuses intolérantes et cruelles, sa grand-mère philosophe à ses heures, le maître d'école, les amis qui éveillent les enfants à la poésie, au monde. Les principes éducatifs permettent en effet un éveil au monde, au monde des mots, par lequel il appréhende ensuite un monde plus vaste. Le rapprochement sémantique de certains mots comme "boudin" et "bon dieu", "Moscou" et "mouscous" (les mouches) sont autant d'étrangetés qui peuvent faire sens. Les mots signifient et l'enfant, avec l'aide des adultes comprend combien ils sont précieux. 

Ainsi la poésie se rencontre au centre de son univers, par sa capacité à re-créer le monde : 

"La poésie commence quand on revient vivant d'un voyage pour le raconter. C'est la fraternité terrible que la poésie et la mort entretiennent ensemble. Orphée, c'est uniquement cleui qui est capable de revenir. Le poète ets toujours un vivant." 

"La poésie est l'irruption, dans le présent, de tout ce qui a été absent. Elle est la capacité de saisir en plein vol les moments en train de disparaître."

Mais les mots sont aussi importants pour vaincre l'oubli, d'où cette boite aux lettres installée dans le cimetière pour établir un dialogue avec la mort. écrire à un mort suppose en effet que celui qui est sous la tombe "n'est pas tout à fait mort ou peut-être encore vivant." La boîte aux lettres existe réellement, elle est placée sur la tombe de Antonio Machado, poète, à Collioure. L'auteur en parle ici. 

           

@Panoramio

"La mort du poète est celle de la poésie qui doit sans cesse renaître de ses cendres pour se réinventer." 

L'éducation est aussi l'occasion de mettre en avant des valeurs : 

"Grand-mère avait dessiné un Christ à la peinture noire sur les pales du ventilateur fixé au plafond de bois de la salle commune. Quand le ventilateur tournait à fond, le Christ disparaissait. Elle disait que Dieu était une illusion d'optique, la même que celle provoquée par le ventilateur. Grand-mère le démontrait. Quand elle arrêtait le ventilateur, elle faisait récupérer au Christ son apparence d'homme. Quand elle el rallumait, il disparaissait. Grand-mère disait que la religion c'était ainsi : lorsqu'on fait tourner un homme ou son image rapidement il devient un dieu."

Valeurs humaines, valeurs liées à une histoire perturbée par la guerre d'Espagne. De niombreuses images permettent ainsi de comprendre la nécessité de l'action et ses moyens, comme celle du saumon qui remonte les rivières :

"Il faut transformer la fragilité que nous avons en un lieu de force qui fera trébucher l'ennemi."

Hymne à la poésie et à l'engagement, ce recueil d'une figure emblématique de la poésie-action est à découvrir pour porter un regard neuf sur le monde. Poésie et société sont intimement liés, le poème doit être déplacé hors du livre pour chanter sa puissance !

“ Jamais je n’ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j’aime les mondes subtils
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon

J’aime les voir s’envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.

Antonio Machado ,Chant XXIX, Proverbios y cantarès,

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"Nous étions cinq. Et maman nous dit que nous allions être sept avec ceux descendus de la montagne. Et quand nosu avons vu arriver Francisco le camionneur et Hélios l'aiguiseur de couteaux, Maman a ajouté que nous erions neuf. On traîna alors la table de la cuisinequ'on installa à côté de al table du séjour. Mon frère disposa de nouvelles assiettes et des verres autour du bouquet de fleurs."

L'auteur :

http://sergepey.tumblr.com/

Écouter ici son portrait sur France-Culture.

Infos sur le livre :

chez Zulma 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le trésor de la guerre d'Espagne

D'autres avis :

Yves 

 

La boîte aux lettres du cimetière, Serge Pey, Zulma éditions, mai 2014, 17 euros

Publié dans Littérature Europe

Commenter cet article

dasola 23/06/2014 22:20

Bonsoir Hélène, après Yv, tu es la deuxième à écrire beaucoup de bien sur ce livre: je l'ai noté. Bonne soirée.

Noukette 11/06/2014 21:55

Noté, tu penses bien !

hélène 16/06/2014 08:29

Il faut que tu le lises !

Alex-Mot-à-Mots 11/06/2014 14:54

Ta photo vient d'où ?!

hélène 11/06/2014 20:33

il s'agit de la tombe de Machado avec ladite boîte aux lettres ...

Kathel 11/06/2014 14:25

Je le note aussi, il est chez Zulma, c'est un argument supplémentaire !

hélène 11/06/2014 20:25

Ce sont souvent des textes de qualité effectivement...

Aifelle 11/06/2014 13:44

Ton avis, plus celui d'Yv, je ne peux que noter, je pense qu'il me plaira ce recueil.

hélène 11/06/2014 20:25

Je pense aussi !

jerome 11/06/2014 12:30

En voila un qui devrait beaucoup, beaucoup me plaire...

hélène 11/06/2014 20:25

Vouuii !

Yv 11/06/2014 07:52

Excellent billet (comme d'habitude), je te conseille son recueil précédent que j'ai eu la chance de lire, assez ressemblant, mais des ressemblances telles, on en prend tous les jours...

hélène 11/06/2014 20:25

Merci ! Je suis très heureuse d'avoir découvert cet auteur !