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39 articles avec litterature afrique

La sonate à Bridgetower de Emmanuel DONGALA

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Au début de 1789 George, jeune violoniste de talent et son père, un noir de la Barbade arrivent d'Autriche pour conquérir un public parisien. Recommandés par Haydn, le jeune métis semble voué à un bel avenir. S'ils multiplient rapidement les concerts, la révolte révolutionnaire gronde et les oblige à fuir pour Londres.

George Bridgetower, s'il est tombé aujourd'hui dans l'oubli, a pourtant marqué son siècle, au point que Beethoven lui a consacré une sonate, ladite "Sonate à Bridgetower". Il fut un temps en effet où les deux hommes furent amis, avant qu'une brouille ne les sépare et transforme la sonate en "Sonate à Kreutzer". Fondé sur des faits réels, ce roman retrace le destin du jeune Georges des cours parisiennes au faste de Vienne, en passant par Londres.

"Frederick de Augustus prit conscience d'une chose : l'importance de la musique. Elle ne se situait pas à la périphérie, mais au coeur même de la société, voire du régime, là où se croisaient et se confrontaient tous ceux qui avaient la prétention de faire bouger les choses dans quelque domaine que ce soit dans le royaume de la France." p. 95

Son père a joué un rôle prépondérant dans sa notoriété puisqu'il l'a poussé, motivé par des voeux égoïstes : devenir lui-même riche et célèbre. Leurs personnalités finiront par se heurter.

Au-delà des destins individuels, Emmanuel Dongala dresse le portrait d'une époque mouvementée, aux bouleversements marquants. Les deux hommes rencontrent dans les salons des hommes et des femmes illustres qui ont façonné le siècle comme Thomas Jefferson, Olympe de Gouges, Louise de Keralio.  Il aborde également l'essor du mouvement abolitionniste et les conditions des noirs à l'époque. A la fin du roman, George découvre horrifié le destin d'Angelo Soliman qui finit empaillé dans un musée "Voilà que cet homme éminent qui, sa vie durant, avait incarné pour ces Européens la "perfectibilité" de l'Africain postulée par leurs philosophes, le "sauvage" qui, à force d'éducation, de travail et de dévouement, s'était "civilisé" et s'était si parfaitement intégré qu'il était considéré comme un pair par l'élite de la société, était maintenant exposé comme le type même du "sauvage", à moitié nu, avec des plumes et des coquillages !" p. 331

Ce que j'ai moins aimé : S'il est érudit et enrichissant, ce roman manque néanmoins à mes yeux de souffle romanesque...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Du même auteur : Photo de groupe au bord du fleuve

 

La sonate à Bridgetower, Emmanuel Dongala, Actes Sud, janvier 2017, 336 p., 22.50 euros

 

Lu dans le cadre d'une lecture commune autour de Emmanuel Dongala pour Lire le Monde

 

Publié dans Littérature Afrique

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Histoire d'Awu de Justine MINTSA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Obame Afane est marié à Bella, mais malheureusement celle-ci ne peut pas avoir d'enfants, ce qui oblige Obame à se remarier avec la jeune Awa, plus jeune que lui. Mais son coeur reste attaché à Bella et Awu souffre de cette situation. Elle s'attache néanmoins à mener son destin coûte que coûte, en femme aimante et attentionnée.

Suivre le destin de la belle Awu, c'est plonger au coeur des contradictions du Gabon, entre modernité et traditions absurdes, voire cruelles. Qu'il s'agisse du sort réservé aux femmes qui ne peuvent enfanter, ou des luttes familiales, des jalousies, des humiliations, ces femmes gabonaises traversent mille épreuves ! A la mort de son mari Awu est soumise aux jalousies, et aux sévices de sa belle-sœur. Elle se doit de subir ces épreuves docilement pour honorer la famille. Elle sera dépouillée, considérée comme une chose, une possession comme les autres "En conséquence, elle avait l'impression d'avoir cousu sa vie au point de chaînette, sans faire de nœud au bout. Et, comme par jeu, on venait de tirer sur le fil. Et c'était le néant." p. 103

Sa force de caractère lui permet malgré tout de garder la tête haute, dans l'adversité comme dans les rares moments de bonheur. Cette femme instruite, dynamique et dotée d'une sagesse supérieure incarne l'avenir du Gabon. Comme le disait Justine Mintsa dans une interview en 2003 pour Amina par Pascaline Mouango : 

« Ignorer l'héritage culturel, le tenir pour inutile, c'est s'interdire la compréhension profonde du présent et toute activité authentiquement créatrice »

    Ce que j'ai moins aimé : Histoire d'Awu manque malheureusement d'un souffle romanesque qui aurait permis de s'attacher davantage à la jeune héroïne.

     

    Présentation de l'éditeur : Gallimard

    Sur le Gabon La bouche qui mange ne parle pas de Janis OTSIEMI ; African Tabloid de Janis OTSIEMI  Ceci n’est pas l’Afrique, récit d’une française au Gabon de Anne-Cécile MAKOSSO-AKENDENGUE

    D'autres avis

     

    Lire le monde avec Sandrine Tête de Lecture 

     

    Histoire d'Awu, Justine Mintsa, Gallimard, Continents noirs,120 p., 15.25 euros

    Publié dans Littérature Afrique

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    Voici venir les rêveurs de Imbolo MBUE

    Publié le par Hélène

    ♥ ♥

    A l'automne 2007, Jende Jonga, immigrant d'origine camerounaise décroche enfin un emploi stable de chauffeur chez Clark Edwards, riche banquier chez Lehman Brothers. Cela lui permettra d'obtenir sa carte verte et d'assurer les études de pharmacie de sa femme Neni ainsi que le quotidien pour son fils Liomi. Tous pourront ainsi devenir américains ! Jende amorce les démarches nécessaires, d'autant plus que des liens de confiance s'établissent entre lui et son patron, un homme abîmé par le travail et les difficultés professionnelles. Le rêve américain semble à portée de mains. Malheureusement, la crise des subprimes n'est pas loin, et tout risque de basculer...

    Les destins des deux familles se croisent : celui de la famille américaine lisse d'apparence mais cachant des failles que la faillite du mari va mettre à jour et les immigrants camerounais qui s'imaginent que les Etats-Unis sont un Eldorado doré et se retrouvent déçus par les réalités rencontrées :

    "Même après avoir vu Boyz'n in the Hood et Do the Right Thing, rien ni personne ne put ébranler ses certitudes ni la convaincre que le mode de vie des Noirs dépeints dans les films n'était pas représentatif de leur vie réelle, de la même manière que les Américains comprenaient très certainement que les images de guerre ou de famine en Afrique qu'ils voyaient à la télévision n'étaient pas représentatives de la vie là-bas." p. 348

    Jende et sa famille ont dû quitter leur pays à cause de la pauvreté et des conflits familiaux, pour vivre à présent dans la peur incessante de l'expulsion, avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, et subissant le manque d'argent impardonnable dans ce pays. Ils vivent incessamment tiraillés entre l'espoir d'un monde neuf et la nostalgie du pays natal. 

    "C'est la peur qui nous tue, Leah, dit Jende. parfois, il nous arrive de mauvaises choses, mais la peur est encore pire." p. 205

    Que sont-ils prêts à supporter pour rester dans ce pays qui semble les rejeter ? Faudra-t-il finalement décider de plier bagages et rentrer au pays quitte à subir les remarques de ceux qui les ont vus partir ? Jusqu'où faut-il assumer ses choix ? Quand faut-il renoncer ? 

    Imbolo Mbue est elle-même américaine d'origine camerounaise et elle puise dans sa propre expérience pour nous conter le destin de ces immigrants confrontés à l'American Dream et à ses revers. Son point de vue nuancé éclaire les contradictions des uns et des autres. 

    Ce que j'ai moins aimé :

    - Le contraste entre la période d'avant la crise, période idyllique où tout semble sourire aux uns et aux autres, et la suite assez désenchantée est un peu trop marqué. 

    - De même, les clichés sur la famille américaine  frôlent la caricature.

    Bilan :

    Un beau roman sur les revers du rêve américain. 

     

    Présentation de l'éditeur : Belfond

    Vous aimerez aussi : Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

    D'autres avis : Chez Babélio 

     

    Merci à l'éditeur 

     

    Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, traduit de l'anglais  (Cameroun) par Sarah Tardy, Belfond, août 2016, 440 p., 22 euros

     

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    Journée nationale de recueillement au Gabon

    Publié le par Hélène

    En ce jour au Gabon, les opposants au régime d'Ali Bongo organisent une journée nationale du recueillement pour les morts tombés suite aux violences postélectorales, un jour de compassion pour toutes les familles endeuillées, et toutes les victimes de la barbarie qui s'est abattue sur le Gabon.  

    Pour rappel, des élections présidentielles étaient organisée le 27 août dernier.

    A l'issue du scrutin, la CENAP (Commission électorale nationale autonome et permanente) et le ministre gabonais de l'intérieur ont annoncé la réélection du président sortant Ali Bongo Ondimba avec 49.80% des voix contre 48.23% pour son adversaire Jean Ping, soutenu par une coalition de partis d'opposition. Pourtant, en s'appuyant sur les procés-verbaux de l'ensemble des bureaux de vote, Jean Ping estime avoir devancé de 60000 voix le président sortant, exception faite des chiffres recueillis dans la province du Haut Ogooué, fief de Bongo. Dans cette province, le président sortant aurait obtenu 95 % des voix pour 99% de participation, lui garantissant donc une avance de 5000 voix sur Jean Ping.

    Cette victoire, considérée comme frauduleuse par l'opposition a alors provoqué des heurts dans la capitale et plusieurs villes de province, heurts violemment réprimés par le président sortant.

    Face aux accusations de tricheries et de fraudes massives portées par Jean Ping, ce dernier a saisi la cour constitutionnelle du Gabon le 8 septembre 2016 en demandant le recomptage des voix notamment dans la province du Haut-Ogooué.

    Or dans le nuit du 23 au 24 septembre, la cour constitutionnelle a validé la réélection d'Ali Bongo, malgré le relevé d"évidentes anomalies".

    50 ans que la famille Bongo est au pouvoir, le peuple voulait du changement, ce que Jean Ping représentait. L'espoir d'oeuvrer pour un  pays plus libre, plus ouvert, plus démocratique. 

    Voici le message adressé par Jean Ping à son pays le 29 septembre dernier : 

    "Gabonaises, Gabonais, mes chers compatriotes,

    Au nom des Gabonaises et des Gabonaises de toutes générations et de toutes conditions, je prends la parole aujourd’hui, pour exprimer une fois de plus la consternation de tout un peuple meurtri dans sa chair et dans son âme, suite aux graves évènements auxquels nous avons tous assisté ces derniers jours dans notre pays.

    Au lendemain de la nomination d’Ali Bongo comme président de la République, par la Cour constitutionnelle, je me suis exprimé pour dénoncer ce coup d’état militaro-électoral. Depuis lors, vous avez constaté que j’ai observé un relatif silence.

    J’ai entendu les appels des Gabonais de toutes les provinces et de la diaspora. Je voudrais vous rassurer, j’affirme ici ma détermination à assumer mes responsabilités de président élu par le peuple souverain ; au-delà des circonstances qui nous sont imposées.

    Je suis habité par la responsabilité de veiller sur le peuple Gabonais qui m’a élu le 27 août 2016.

    Président élu par vous, peuple gabonais, je réaffirme ubi et orbi que je ne reconnaîtrai pas le pouvoir d’Ali Bongo qui a les mains souillées du sang de nos compatriotes.

    Je ne reconnaitrai pas ce pouvoir qui a fait massacrer froidement de nombreux Gabonais, tout simplement parce qu’ils réclamaient le respect de leurs suffrages exprimés le 27 août 2016.

    Je ne reconnaîtrai pas ce pouvoir inquisiteur, qui enlève les Gabonais dans les rues, comme dans leurs maisons et les emprisonne arbitrairement.

    Je ne reconnaîtrai pas ce pouvoir qui ne respecte pas les droits humains, y compris les plus élémentaires.

    C’est pourquoi, je vous demande, Peuple gabonais, de rejeter massivement aussi ce pouvoir, de ne lui accorder aucun crédit ; en vertu de la légitimité que vous m’avez donnée. (...) 

    J’appelle chaque Gabonaise et chaque Gabonais à une résistance active jusqu’à la fin de la forfaiture.

    Le peuple gabonais doit rejeter et faire obstacle, avec la plus grande détermination, à cette nouvelle imposture qui veut s’imposer à notre pays.

    Nous devons Tous refuser ce coup d’état militaro-électoral qui n’offre aucune perspective au Gabon. Pour ma part, je m’y engage.

    Des compatriotes sont morts, parmi lesquels de nombreux jeunes, tués par ce pouvoir. Ils ne doivent pas être morts pour rien. Ils ne sont pas morts pour rien. Ils sont morts pour que la démocratie, l’alternance et le changement voient enfin le jour dans notre pays.

    Nous devons à ces héros de réaliser ce pour quoi ils ont consenti au sacrifice suprême.

    Notre combat n’est pas contre un ou des individus : quel qu’ils soient. Notre combat est contre un système dictatorial et pour la démocratie. (...)"

    Marche de la diaspora gabonaise à Paris pour réaffirmer le choix du peuple gabonais dans les urnes: Jean Ping Président élu! - Le 01/10/2016. Crédits Photos: OneSnapView

     

    A mon humble niveau littéraire, pour soutenir ces mouvements de résistance, je vous propose de nous retrouver le 31 octobre autour d'une lecture commune gabonaise. 

    Pour ma part, je lirai un roman de Justine Mintsa Histoire d'Awu, avec Magali et Sandrine. Qui nous rejoint ?

     

    "Poussière d'étoile, grain dans le désert

    Etincelle dans une flamme, un humain sur la terre

    Changer les choses, à son niveau

    C'est faire une croix sur l'océan, se concentrer sur ses gouttes d'eau"

    Milk Coffee and Sugar

     

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/23/le-gabon-suspendu-a-l-annonce-des-resultats-de-la-presidentielle_5002456_3212.html#8t0di7MyrzsGxwXG.99

    Publié dans Littérature Afrique

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    Petit pays de Gaël FAYE

    Publié le par Hélène

    ♥ ♥ ♥ ♥

    Au début des années 90, Gabriel fait les 400 coups avec sa bande de copain au fond de leur ruelle à Bujumbura au Burundi. Il respire le bonheur et l'insouciance mais une première déchirure transperce son quotidien quand ses parents décident de se séparer. Mais autour de cette famille désunie, de ce père français et de cette mère rwandaise dont la famille habite Kigali, rôde une catastrophe bien plus violente et sanguinaire...

    Roman de l'enfance, Petit pays chante l'insouciance des jours sans fin passés à voler des mangues dans le jardin des voisins, à se raconter des histoires dans des vieilles voitures décatis, à se disputer pour mieux se réconcilier, à courir à perdre haleine en virevoltant dans le temps infini d'un avenir radieux, sur le sol d'un pays à la beauté pure et simple : 

    "Rien de plus doux que ce moment où le soleil décline derrière la crête des montagnes. Le crépuscule apporte la fraîcheur du soir et des lumières chaudes qui évoluent à chaque minute. A cette heure-ci, le rythme change. Les gens rentrent tranquillement du travail, les gardiens de nuit prennent leur service, les voisins s'installent devant leur portail. C'est le silence avant l'arrivée des crapauds et des criquets. Souvent le moment idéal pour une partie de football, pour s'asseoir avec un ami sur le muret au-dessus du caniveau, écouter la radio l'oreille collée au poste ou rendre visite à un voisin." p. 81

    Puis, tout bascule quand tout à coup la politique rattrape l'enfance, quand les différences ethniques éclatent au grand jour : 

    "J'ai découvert l'antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre. Ce camp, tel un prénom qu'on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu ou tutsi. C'était soit l'un soit l'autre. Pile ou face. (...) La guerre, sans qu'on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n'ai pas pu. J'étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais." p. 133

    Vient alors la perte des innocences "qui se débattaient à marcher au bord des gouffres.", l'horreur qui s'invite sur les terrains de jeu, les tueries incompréhensibles, les familles éplorées, la folie des uns pour combler le désespoir des autres. Les enfants deviennent alors des "exilés de leur enfance", parce qu'ils ont vu et vécu des choses qu'un enfant ne devrait jamais voir, ni même concevoir. Ils perdent leur enfance dans la peur dévorante, dans la haine, dans le sang. 

    Dans un texte puissant, à la poésie évocatrice, Gaël Faye nous raconte un peu de son histoire, un épisode de l'Histoire de son pays. Lui-même a dû se réfugier dans l'écriture pour survivre, comme le jeune Gabriel trouve refuge dans les livres prêtés par la voisine. Mais il chante aussi la joie de l'enfance, l'amour inconditionnel pour son pays, et, au bout de l'horreur, l'espoir, comme un point ténu au fond de l'horizon...

    "On en doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire. Si tu n'es pas étonné par le chant du coq ou par la lumière au-dessus des crêtes, si tu ne crois pas en la bonté de ton âme, alors tu ne te bats plus, et c'est comme si tu étais déjà mort. 

    - Demain, le soleil se lèvera et on essaiera encore, a dit Prothé, pour conclure." p. 181

    Essai gagnant que ce Petit pays... 

     

    Présentation de l'éditeur : Grasset 

    D'autres avis : Africultures ; Les avis sont nombreux, et unanimes ! Si vous ne devez en lire qu'un de la rentrée littéraire, lisez celui-là ! 

     

    Merci à l'éditeur.

    Petit pays, Gaël Faye, Grasset, 2016, 215 p., 18 euros

     

    Il a obtenu le Prix du roman Fnac. Vous pourrez rencontrer l'auteur :

    - à la Fnac Montparnasse le mardi 20 septembre à 18h

    - à la Fnac de Nantes le mrecredi 28 septembre à 17h  

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    En étrange pays de Karel SCHOEMAN

    Publié le par Hélène

    ♥ ♥ ♥  

    "Chacun de nous doit supporter sa propre solitude." p.217

    Sur les conseils de son médecin, Versluis, un bourgeois hollandais vient soigner sa maladie des poumons aux confins de l'Afrique, à Bloemfontein, en Afrique du Sud. Il est censé tirer profit de l'air sec du "veld". Il s'installe d'abord à l'hôtel avant de trouver refuge dans la pension de Mme Van der Vliet. Son univers se réduit à la communauté hollandaise et allemande de la petite ville. Il fréquente d'abord les Hirsch, une famille tonitruante, pour qui ce nouvel arrivant constitue un palliatif à leurs habitudes de colons. Mais Versluis ne tarde pas à se lasser de leurs conversations mondaines, le pays et l'approche de la mort réclament pour lui plus de calme et de paix. Ainsi, il se rapproche du pasteur Scheffler et sa famille qui lui apprennent peu à peu à apprivoiser le vide de cet étrange pays.

    "Il aurait aimé trouver les mots afin d'évoquer pour eux l'éclat blanc de cette chaleur de l'après-midi. Il aurait aimé trouver des mots pour décrire l'aspect désolé du veld qui entourait la ville, et les sensations d'inquiétude et de joie qu'il éveillait en lui. Mais les mots existaient-ils ? Possédait-il le langage nécessaire à de tels récits ?" p. 78

    Jour après jour, visite après visite, il tombe sous le charme du bonheur calme de cette famille et son univers s'éclaire en découvrant d'autres moeurs. 

    "C'était ainsi que vivaient les gens, se dit-il - ils s'asseyaient ensemble dans la clarté des lampes pour boire du café, ils jouaient de la musique ensemble, ils parlaient ensemble, et ils n'avaient pas besoin de beaucoup de mots parce qu'ils connaissaient les mêmes choses et qu'ils partageaient un vaste espace commun de référence. Plus tard, dans le ville obscure et moribonde où il souhaita bonne nuit à Mme Van der Vliet avant de se retirer dans sa chambre, dans la nuit profonde où les animaux nocturnes hurlaient et où les aboiements des chiens se répondaient, il se rappellerait que d'autres gens vivaient leur vie, regardaient la pendule, écoutaient un instant pour vérifier s'ils entendaient un bébé pleurer, avant de se retourner en souriant vers leurs compagnons." p. 226

    Le pasteur et sa soeur ont vécu au coeur du pays, au plus près des locaux et leur regard sur la colonisation est très opposé à ceux des hollandais et allemands de la communauté : 

    "Parfois, je pense que nous avons échoué. (...) Nous avons apporté la civilisation ici ; nos maisons et nos églises ; nos meubles, nos livres et nos modes d'Europe : nous avons apporté ici sans qu'on nous le demande et nous l'avons entassé comme si l'Afrique était une sorte de tas d'ordures, et nous sommes venus vivre ici selon les modèles que nous ou nos parents avons apportés d'ailleurs. Nous vivons de souvenirs et nous nous entourons de fantômes, et quant à l'Afrique elle-même, nous ne la voyons que de loin, deriière les rideaux en dentelle que nous avons accrochés devant les fenêtres de nos salons. (...) Quant aux Noirs que ne leur avons-nous pas fait ? Nous leur avons fait des cadeaux douteux, les maisons et les églises européennes, l'argent, l'alcool et des maladies qui leur étaient totalement inconnues.D'un côté nous avons essayé de les élever, comme nous disons, sans qu'ils nous l'aient jamais demandé, et de l'autre nous les repoussons chaue fois qu'ils s'approchent trop et que nous nous sentons menacés. Qu'avons-nous fait de ce pays ? Et de quel droit ?" p. 248

    Cette "histoire d'une âme en quête du dépouillement absolu" résonne dans nos âmes émues bien après la dernière page tournée... Elle nous parle philosophiquement de la mort non pas comme une fin, mais davantage comme une paix de l'âme et du corps. Les paysages désolés du veld s'accordent parfaitement avec l'esprit en délition de Versluis. L'étrange pays n'est-il pas l'aboutissement d'une vie que le vide envahit ?

    http://southafricaphotoblog.tumblr.com/

    "Ne plus faire qu'un avec cette terre, comme les dieux et les esprits dans d'autres pays, et dans le même temps lui permettre de ne plus faire qu'un avec soi, dans l'obscurité parmi les pierres, les racines et le gravier." p.254

    Aux confins du monde et de sa vie, Versluis rencontrera peut-être enfin la plénitude de l'humanité...

     

    Présentation de l'éditeur : Phébus ; Libretto

    Du même auteur : Cette vie

     

    En étrange pays, Karel Schoeman, traduit de l'anglais par Jean Guiloineau, Phébus, février 2007, 20.30 euros, 11.80 en libretto

     

    Je remercie Sandrine et son Lire le Monde consacré aujourd'hui à Karel Schoeman et sans qui je n'aurais sans doute pas relu cet auteur pourtant si profond !

     

    Publié dans Littérature Afrique

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    Notre-Dame du Nil de Scholastique MUKASONGA

    Publié le par Hélène

    ♥ ♥ ♥

    Prix Renaudot 2012, Prix Océans 2013, Prix Ahmadou Kourouma 2012

    "Il faut toujours rappeler aux Tutsi qu'ils ne sont que des cafards, des Inyenzi, au Rwanda."

    Rwanda début des années 70. Le lycée Notre-Dame du Nil est perché sur une colline. En son sein, sous le calme appparent, la lutte raciale couve entre Tustis et Hutus. Le président hutu Kayibanda a commencé à lancer des opérations punitives contre l'ethnie rivale qu'il menace de mort ou condamne à l'exode. Dans ce lycée perché sur la colline, un quota "etnhique' limite le nombre d'élèves tutsis à 10 %. Parmi les jeunes filles qui suivent l'enseignement, Gloriosa, fille de ministre hutu se dresse face à Véronica et Virginia, deux jeunes filles tutsis. Peu à peu la tension monte...

    Véronica et Virginia trouvent refuge chez Monsieur Fontenaille, un homme blanc des environs qui se plait à fréquenter les tutsis, parce qu'il reste persuadé que ce sont les descendantes de reines égyptiennes. Il les met en scène dans des tableaux vivants tirés de l'Egypte ancienne. Si les jeunes filles sont méfiantes dans un premier temps face à cet homme un peu fou, elles comprennent rapidement qu'il est leur seul allié dans ce lieu où tous les mensonges deviennent politiques et sont tolérés pour faire accuser les tutsis. Les soeurs belges et les enseignants français du lycée ferment les yeux, invisibles, introuvables quand des troubles éclatent. 

    Scholastique Mukasonga nous emmène dans l'antichambre du massacre. Dans un récit tout en retenue, en finesse, elle livre l'émotion pure ressentie face à cette lutte ethnique injustifiable. Avec une intelligence rare, elle sait en quelques personnages, en quelques scènes, témoigner de cette horreur qu'elle a subie elle-même de plein fouet. Un roman essentiel ! 

     

    Présentation de l'éditeur : GallimardFolio 

    D'autres avisLe PointLe Magazine Littéraire Bibliobs Le Monde 

    Vous aimerez aussiQuelques photos pour illustrer le roman ; le site de l'auteure 

    Du même auteurL'iguifou

     

    Notre-Dame du Nil, Scholastique Mukasonga, folio, février 2014, 7.49 euros

     

    Lu dans le cadre de Lire le monde consacré aujorud'hui à Scholastique Mukasonga

    Publié dans Littérature Afrique

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    Au café du rendez-vous de Ingrid WINTERBACH

    Publié le par Hélène

    ♥ ♥

    Karolina entomologiste revient dans sa ville Voorspoed en Afrique du Sud pour recenser les papillons de l'espèce Hebdomophrda crenilinea du veld. Elle arpente le veld aux côtés de Willie, rencontré par hasard au détour d'une route, et qui cherche "un peu de tout" pour concocter des remèdes. Le soir elle loge à l'hôtel et se rend dans la salle du snooker, lieu emblématique de la ville. 

    "La salle du snooker était un lieu où l'on ne savait jamais à quoi s'attendre." p. 186

    C'est un lieu de pulsions et de folie réprimée hanté par des hommes désoeuvrés : Pol avocat, le magistrat, homme silencieux veillant sur la salle, le lieutenant Kieliemann sergent, le capitaine Gert Els difficilement contrôlable et Jess qui médite. 

    Karolina ressent à la fois attirance et répulsion pour eux, elle revient irrémadiablement en cet endroit quand elle ne va pas danser le tango. 

    La nuit elle fait des rêves agités, comme si un danger latent la guettait, tapi dans l'ombre : 

    "Tout peut arriver, songea Karolina. Elle pouvait être amenée à tout vivre, être exposée à n'importe quoi ; elle ne pouvait prétendre à aucune protection d'aucune nature. A aucune garantie." p. 45

    A l'extérieur, le township gronde, prêt à imploser dans le silence et la chaleur poisseuse. 

    "L'air était chargé de désirs indicibles, de peurs et de préjugés profondément enracinés, une hystérie latente remontait peu à pe à la surface. Elle éclaterait tôt ou tard, sous des formes différentes. Un bain de minuit, une chasse à l'homme, une séance de pillage." p. 40

    Dans cette atmosphère prégnante de violence sous jacente, passion et mort s'entremêlent sensuellement.  Karolina est fascinée par un couple d'amants illicites, par ce risque, cet amour sans lendemain que la mort frôle sans cesse. Elle-même rêve de recommencer de zéro, loin des hasards de l'existence. 

     

    Mes réserves : Un rythme lancinant parcourt ces pages brûlantes présentant des êtres régis par des instincts primaires. Les allusions sexuelles sont nombreuses, et quelquefois superflues, comme si l'auteur souhaitait insister lourdement sur ce point.

    "Elle dansa avec le dénommé Kolyn. Il portait des tennis qui lui montaient jusqu'aux chevilles. Ses testicules étaient frais et souples." p. 153

     

    Présentation de l'éditeur : Phébus 

    Premières pages : Phébus 

    Vous aimerez aussi : Cette vie de Karel Schoeman

     

    Au café du rendez-vous, Ingrid Winterbach, traduit de l'afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein, Phébus, août 2015, 240 p., 20 euros

     

    Merci à l'éditeur.

    Publié dans Littérature Afrique

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    Debout payé de GAUZ

    Publié le par Hélène

     ♥ 

    Je n'ai pas bien saisi l'origine de l'engouement des médias et lecteurs pour ce livre. Je pense que cela tient au sujet en lui-même plus que dans son traitement. Il est en effet rare que soient mis en lumière ces hommes de l'ombre qu'on salue à peine dans les boutiques, ces vigiles qui passent inaperçus en se fondant dans le paysage consumériste. Ils sont africains pour la plupart, comme si "A Paris, la concentration élevée de mélanine dans la peau prédispose particulièrement au métier de vigile." C'est ce que l'auteur appelle la "théorie PSG général." (Pigmentation de la peau, Situation sociale et Géographie). 

    "Partout dans le monde, situations administratives, idées reçues, niveau d'éducation, racisme assumé ou refoulé, contraintes économiques, etc., finissent toujours par imposer à des hommes possédant des situations pigmentaires particulières des situations sociales particulièrement peu flatteuses." 

    Pour illustrer son propos, Gauz choisit deux types de narration : d'une part il livre les anecdotes vues et entendues par un vigile durant ses longues heures de piétinement statique, et parallèlement il suit la trajectoire de quelques immigrés ivoiriens sans papiers dont Ossiri et Kassoun, également vigiles de génération en génération aux Grands Moulins de Paris. 

    Malheureusement, si la pertinence de son propos donne du relief au métier, il n'en reste pas moins que ces remarques ne révolutionnent pas la littérature, les observations frôlent souvent la platitude d'une journée ennuyeuse.

    "GROSSES. Souvent, les femmes grosses commencent d'abord par essayer des habits plus petits... avant de disparaitre avec la bonne taille dans les cabines d'essayage." p.20

    "JEAN . Un jean nommé Jane." p. 32

    Dans l'autre partie du livre qui s'intéresse aux immigrés et à leur statut qui a évolué au cours des années, avant, après la crise, il m'a semblé que les personnages manquaient cruellement de profondeur. 

    La construction de l'ensemble est décousue, si bien que, là encore, l'impression de survoler le sujet prédomine. C'ets bien dommage !

    S'il a le mérite d'ouvrir les yeux de certains sur la condition des immigrés en France, tant mieux, et à ce titre je veux bien l'encenser également. Mais le sujet ne fait pas tout, j'aurais simplement aimé plus de consistance.

    J'ai préféré récemment sur ce sujet par exemple Beauté parade ou encore sous la forme du roman Americanah.

     

    Présentation de l'éditeur Le nouvel Attila  

    D'autres avis : Jérôme ; Keisha ; Violette ; Sophie ont aimé, Malika et Athalie sont plus réservées

     

    Publié dans Littérature Afrique

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    Americanah de Chimamanda Ngozi ADICHIE

    Publié le par Hélène

    ♥♥♥

    Ce que j'ai aimé :

    Ifemelu a quitté très tôt son pays, dévasté par les grèves des universités ne lui permettant pas de poursuivre ses études. Elle vit depuis treize années aux Etats-Unis mais prend la décision de rentrer au pays pour retrouver son identité perdue dans un pays qui lui rappelle à chaque instant sa couleur de peau. Ce retour aux sources est prétexte à se remémorer les années passées. Son parcours met en lumière la question centrale de la race, et le racisme prégnant aux Etats-Unis, dénaturant les êtres, les dépouillant de leur identité, jour après jour,  année après année. Ifemulu retrace les difficultés pour trouver un emploi, les extrémités auxquelles les étudiants sont amenées, le quotidien témoignant de ce racisme latent, les relations mixtes, la difficulté de trouver sa place... 

    Obinze, son amour de jeunesse a tenté lui aussi l'immigration, aux Etats-Unis, sans succès, puis en Angleterre, mais c'est finalement au Nigéria qu'il fera fortune. La situation au pays n'est pas vraiment plus reluisante, entre la corruption, les femmes qui se font entretenir par un homme riche, celles qui se marient par intérêt, beaucoup de souffrance transparaît dans son parcours également. 
     

    Le style fluide de Chimamanda Ngozi Adichie nous emporte sur les flots mouvementés de l'émigration et de ses limites. L'auteur éclaire avec intelligence et humour le destin de ces êtres pour qui une reconstruction n'est pas toujours évidente. La fraternité, l'amitié, la famille constituent heureusement des valeurs qui leur permettront de passer outre les dificultés et d'avancer. En filigrane, l'amour, les coeurs qui battent à l'unisson malgré la distance et les obstacles constituera aussi un moteur essentiel du destin des personnages.

    Ce que j'ai moins aimé :

    Rien.

    Présentation de l'éditeur  :

    Gallimard 

    Vous aimerez aussi :

    Du même auteur : L'hibiscus pourpre ; Autour du cou

    Autre : Sourires de loup de Zadie Smith

    D'autres avis :

    Babélio 

    Télérama  ; Page des libraires

    Leiloona  ; Clara 

     

    Merci à l'éditeur.

     

    Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie, traduit de l'anglais (Nigéria) par Anne Damour, décembre 2014, Gallimard, 528 p., 24.50 euros

     

    Publié dans Littérature Afrique

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