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139 articles avec litterature amerique du nord

Magic Time de Doug MARLETTE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Années 90. Carter regagne son Mississippi natal pour se remettre d'un choc et d'une rupture douloureuse. Mais la tranquillité ne sera pas au rendez-vous puisque il revient dans la ville de Troy au moment de la réouverture d'un procès retentissant pour le meurtre de militants des droits civiques par le Ku Klux Klan en 1965. Le père de Carter, le juge Ransom était en charge de l'affaire à l'époque, or il semblerait que des éléments soient restés enfouis. Les souvenirs de Carter resurgissent, sa petite amie de l'époque faisant partie des victimes. Jeune homme de 19 ans issu d'un milieu bourgeois, il s'était pourtant lié avec le groupe du Magic Time aux côtés de son ami d'enfance Lige. Là, il rencontre Sarah, celle dont le souvenir restera à jamais gravé en lui.

Les chapitres balancent entre les deux périodes et peu à peu les coulisses du procès s'éclairent, des batailles acharnées pour défendre les droits civiques, aux abominations perpétrées par le Klan. Les 660 pages balaient le climat tendu de l'époque : des victimes qui disparaissent sans laisser de traces, des sudistes qui ne sont pas inquiétés quand toutes les preuves convergent vers eux, des arrestations musclées sans bien-fondé, des inégalités prégnantes qui jour après jour créent un climat de violence latente. Dans ce contexte, le personnage de Carter aux prises avec l'Histoire se construit sous nos yeux, rétrospectivement il reconnait s'être bandé les yeux, refusant de comprendre certains évènements tragiques dépassant l'entendement humain.

Ce que j'ai moins aimé :

- des longueurs.

- quelques clichés : "Parfois, les gens dont nous sommes le plus proches sont ceux que nous connaissons le plus mal."

Bilan : Un roman prenant qui par le biais de personnages attachants nous renvoie à cette période essentielle du pays. Toutefois, sur le même sujet j'avais préféré Le temps où nous chantions

 

Présentation de l'éditeur : 10-18 ; Le cherche midi

D'autres avis : Repéré chez Sandrine Eva ; Dominique ; Keisha ; Jérôme ; Kathel ;

 

Magic Time, Doug Marlette, traduit de l'anglais (EU) par Karine Lalechère, 10-18, avril 2017, 660 p., 9.60 euros

 

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Show devant de Lily BRETT

Publié le par Hélène

♥ ♥

Une belle surprise pour ce roman décalé.

Ruth, new-yorkaise, dirige une entreprise atypique de cartes de correspondance. Son père l'aide occasionnellement et maladroitement en réapprovisionnant ses stocks en objets inutiles et futiles. Mais du jour au lendemain Edek ne vient plus au bureau et fait des mystères à sa fille. Cela aurait-il un lien avec les deux polonaises qu'il a décidé d'accueillir chez lui ?

Show devant aborde avec intelligence un sujet peu usité : la passion amoureuse après 80 ans. Edek est touchant, toujours de bonne humeur, optimiste quoi qu'il arrive, restant persuadé que les êtres autour de lui ne lui veulent que du bien et que ses projets aboutiront, aussi farfelus soient-ils. Ruth est une femme bien plus angoissée, new-yorkaise dans l'âme, elle incarne la femme active, méfiante mais aussi attachante dans sa froideur. Au contact de Edek et de ses amies extravagantes, elle s'ouvre peu à peu à l'inconnu et à la folie. Elle accepte l'imprévu et lâche prise devant l'entrain de cette drôle de bande aux projets extravagants.

Les recettes finales proposées constituent l'ultime bonne surprise de ce roman revigorant.

 

Présentation de l'éditeur : 10-18

D'autres avis : Conseillé par Des pages et des îles ; Libération

 

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Le coeur sauvage de Robin MACARTHUR

Publié le par Hélène

Dans ces courtes nouvelles, les personnages tapis au fin fond du Vermont semblent tous attendre quelque chose qui n'arrive pas.

"On attend l'orage, on le sent venir à travers les arbres. On attend Robbie, le petit copain de ma mère aux dents toutes cariées. On attend l'aube, ou bien demain, ou bien l'année prochaine, c'est selon. Les feuilles bruissent. Des flots de nuages laiteux passent dans le ciel. La rivière appelle à elle l'eau des nuages. Maman dit que ça lui rappelle l'odeur du désir et renverse la tête en arrière, humant l'air."

Etres indécis, ils oscillent sans cesse, à la fois prisonniers de leur enfance et de leur lieu de naissance, rêvant de liberté et de grands espaces, loin de la fibre primitive, et pourtant, quand ils partent, ils reviennent et retrouvent là un petit quelque chose d'eux-mêmes, de profondément humain et émouvant.

"Il y a deux mondes auxquels je n'appartiendrai jamais, ai-je répliqué. Chez moi et ailleurs." Les femmes de chez moi

"Non, je ne déteste pas cet endroit ; je déteste ce qui m'arrive quand je m'y trouve. Je déteste l'attirance qu'il exerce sur moi. Le fait qu'il ne conduise nulle part ailleurs qu'à lui-même. Le fait que tout le monde dépende de tout le monde et qu'un individu ne puisse pas être libre. Cet endroit est trop beau pour qu'on le déteste", dis-je" p. 195 Les femmes de chez moi

Ils sont conscients de ce qui sépare les êtres : la maladie, la guerre, le racisme. Mais, au-delà des drames, la lumière jaillit soudainement. Dans Là où les prés tentent d'exister un homme revient dans la maison de son enfance où un drame s'est produit vingt ans auparavant. Il ressent la lourdeur de l'atmosphère mais soudain un rayon de lumière surgit sous les traits d'une jeune fille qui invite le narrateur à venir voir des petits veaux nouveaux nés.

"Je m'arrête un moment sur cette route, les bras ballants, et je ferme les yeux en me disant que la vie nous offre peut-être plus d'une chance de nous en sortir, ou différentes formes de chance, et je me remets à marcher vers l'endroit où je suis né (...)" p. 144

Dans Silver creek, une mère et sa fille partagent une baignade et dans Avoir des ailes, elles désherbent les petits pois, côte côte, complices pour un instant. Enfin, dans la dernière nouvelle, magnifique, Les femmes de chez moi, une fille revient vers sa mère atteinte du cancer, mais l'une et l'autre refusent de se résigner, et aux côtés de Kirsty la meilleure amie de la fille, elles dansent sous les étoiles, profondément vivantes.

De portraits en portraits, l'auteur a réussi à saisir l'âme du lieu et de ses habitants et si elle nous fait découvrir avec tendresse "les femmes de chez elle", elle nous parle surtout de la vie comme elle va, cahin-caha, mais qui vaut, malgré tout, toujours le risque encouru.

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel

D'autres avis : Lecture commune avec Electra.

 

Le coeur sauvage, Robin Macarthur, traduit de l'américain par France Camus-Pichon, Albin Michel  terres d'Amérique, 2017, 213 p., 19 euros

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Après l'incendie de Robert GOOLRICK

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"L'amour n'est pas une histoire de passion pour finir. C'est une question de bonté."

Les parents de Diana Cooke sont propriétaires d'une maison de Saratoga, une des plus belles maison du Sud mais ils sont poursuivis pour des dettes colossales qu'engloutisse cette maison dans la famille depuis des générations. Pour la sauver et sauver sa famille de la ruine la belle Diana Cooke accepte de se sacrifier en se mariant à un homme riche capable d'éponger les dettes et d'entretenir la maison. Elle rencontre alors le fascinant capitaine Copperton.

"Il y avait quelque chose de grisant à se précipiter ainsi vers la fatalité, les yeux grands ouverts, en ayant tout prévu d'avance. Ou presque." p. 204

Cette rencontre va inéluctablement changer le cours de sa vie. Passés les premiers émois sexuels, la belle Diana se trouve désespérément seule face à un être qu'elle ne reconnait plus et qui l'effraie. Son sacrifice prend alors tout son sens...

L'incendie du titre est celui qui ponctuera cette vie de sacrifice, ce poids à porter au-delà des générations, cet attachement aux racines, qui est aussi propre aux gens du Sud :

"Les gens du Sud naissent avec une propension à la nostalgie et une tentation de vivre dans le passé, de s'y réfugier comme on enfilerait un pull tricoté par un être cher, et d'y vivre toujours. Mais il y a aussi chez eux ce désir constant, éternel de le déchirer, de briser les fers de l'histoire pour aller librement, de décrocher les portraits de famille pour en découper les visages. Ils se voient comme des fantômes dans des maisons de poupée en verre, tirant derrière eux le poids de tous ceux qui les ont précédés, dans cette longue chaine qui remonte à l'origine du temps." p. 300

L'intensité des personnages écorchés par la vie donne tout son sens à ce beau roman dans lequel les thèmes chers à Robert Goolrick reviennent comme un leitmotiv.

Cette édition est agrémentée de la nouvelle Trois Lamentations : Dans cette nouvelle inédite le jeune Goolrick nous parle de son enfance à travers le portrait de trois camarades de classe rejetées par les autres : une prolétaire, une obèse et la première fille noire scolarisée parmi les Blancs. Au milieu du tumulte de sa jeunesse, l'auteur mentionne ces actes de générosité gratuits qui sauvent le monde et donnent une raison d'exister :

"On en peut toucher tous les coeurs. On ne peut pas toujours donner à l'autre une raison de tenir bon. Mais parfois, disons une fois dans sa vie, on reçoit une lettre avec une photo des Rocheuses par un matin brumeux, et on sait que l'on va survivre au moins un jour de plus. Et que, ce jour-là, on reprendra tout de zéro.

Parfois au milieu du flot des petites choses, il en arrive de grandes. "

Cette nouvelle rappelle combien les beaux personnages de Goolrick illuminent de leur bonté les affres terribles de la réalité.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Anne Carrière

Du même auteur : Féroces ♥ ♥ ♥ ; Arrive un vagabond ♥ ♥ ♥ ; Une femme simple et honnête ♥ ♥ ♥ 

 

Après l'incendie, suivi de la nouvelle Trois Lamentations, Robert Goolrick, roman traduit de l'anglais (USA) par Marie de Prémonville, Editions Anne Carrière, janvier 2017, 300 p. , 21.5 euros

 

Merci à l'éditeur.

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L'odeur du café de Dany LAFERRIERE

Publié le par Hélène

"Da boit son café. J'observe les fourmis. Le temps n'existe pas." p. 16

Le narrateur, petit garçon, évoque ses vacances passées à Petit-Goâve aux côtés de sa grand-mère, Da. Ses souvenirs d'enfance oscillent entre jeux entre camarades, discussions enflammées avec les voisins, maladies qui le clouent au lit, mais surtout observation avide de tout ce qui l'entoure et crée un univers qui résonnera à jamais par la suite dans son âme d'adulte.

"La mer
Je n’ai qu’à me tourner pour voir un soleil rouge plonger doucement dans la mer turquoise. La mer des Caraïbes se trouve au bout de ma rue. Je la vois scintiller entre les cocotiers, derrière les casernes.

La bicyclette rouge
Cet été encore, je n’aurai pas la bicyclette tant rêvée. La bicyclette rouge promise. Bien sûr, je n’aurais pas pu la monter à cause de mes vertiges, mais il n’y a rien de plus vivant qu’une bicyclette contre un mur. Une bicyclette rouge. "

L'auteur dit avoir écrit ce livre pour :

"Ne jamais oublier cette libellule couverte de fourmis.

Ni l'odeur de la terre.

Ni les pluies de Jamel.

Ni la mer derrière les cocotiers.

Ni le vent du soir.

Ni Vava, ce brûlant premier amour.

(...)

Mais j'ai écrit ce livre surtout pour cette seule scène qui m'a poursuivi si longtemps : un petit garçon assis aux pieds de sa grand-mère sur la galerie ensoleillée d'une petite ville de province."

"Je fuyais l’hiver montréalais en remontant le cours de ma mémoire jusqu’à la source chaude de mon enfance. Je quittais aussi le bruit et la fureur que génèrent les métropoles nord-américaines pour me réfugier, au pied de ma grand-mère, sur cette petite galerie de Petit-Goâve. Comme il m’était difficile, à l’époque, de songer à vivre en Haïti avec ma famille, je me suis arrêté à Miami. On a trouvé la maison, dans un quartier tranquille de la ville, devant laquelle j’ai tout de suite planté un bougainvillier. Puis j’ai posé ma machine à écrire en face de la fenêtre qui donne sur la cour. Je n’avais qu’à allonger le bras pour caresser les feuilles de l’arbre qui se trouvait dans l’embrasure de ma fenêtre et dont le vent dans les feuilles faisait une musique qui me berçait à l’heure de la sieste. C’est dans un moment pareil que surgit le visage à la fois doux et ridé de ma grand-mère qui me souriait et, tout à coup, un grand soleil illumina la pièce. C’est pour la garder plus longtemps avec moi que je me mis à écrire L’Odeur du café. Cette odeur s’était infiltrée dans tous les recoins de mon enfance. Chaque matin, à Miami, je partais faire le tour du petit lac, pas loin de chez moi, en tentant de ramener au retour quelques images lumineuses d’une époque magique. Je revenais parfois bredouille, d’autres fois avec une pêche miraculeuse. J’avançais par petites touches. Un matin j’essayais de faire remonter à la surface tout le bruit de la rue Lamarre un samedi matin. Quelques jours plus tard, je décrivais la maison, le 88, où je vivais avec ma grand-mère, quelques tantes et mon chien. Puis ce fut la galerie où nous passions le plus clair de notre temps. Cette galerie, je la connaissais bien. Je pouvais me rappeler tout ce monde si grouillant mais invisible aux yeux des adultes qui s’y agitait. Ma grand-mère buvait constamment du café. Comment restituer de tels moments en apparence si naïfs, mais plutôt complexes quand on y plonge ? J’ai décidé de ne plus chercher une forme particulière, mais de permettre à cette montagne de détails et d’émotions de trouver sa forme définitive. La réalité impose son style. Je me mets dans l’ambiance de mon enfance et j’essaie d’écrire sans faire attention aux mots. En fait, je n’écris pas, je peins. Tout en rêvant de l’art de ces peintres naïfs dont les tableaux aux traits parfois grossiers et aux couleurs chatoyantes dégagent une énergie si primitive qu’on oublie tout esprit critique pour vivre le moment. Pour ma part, je souhaite que le lecteur cesse de lire pour traverser la page et venir flâner dans les rues de Petit-Goâve. Je suis sûr que si ses pas l’amènent à la rue Lamarre, Da lui offrira une tasse de café pour fêter les vingt-cinq ans de L’Odeur du café, le roman de son petit-fils. Il me trouvera sur la galerie, toujours fasciné par l’agitation des fourmis. Le temps n’existe pas. Et l’éternité guette Da."Dany Laferrière

 

Hommage touchant à une enfance simple entourée d'amour, ces scènes de vie nous rappellent combien les souvenirs d'enfant sont précieux...

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

D'autres avis : Repéré chez Yves ; Télérama ; Nadael  nous parle de la version jeunesse ; Papillon ;

 

L'odeur du café, Dany Laferrière, Zulma, mai 2016, 240 p., 9.95 euros

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Almanach d'un comté des sables de Aldo LEOPOLD

Publié le par Hélène

"A quoi bon la liberté, sans espace vide sur la carte ?" p. 192

Cet almanach est un classique des écrits sur la nature, ancêtre de l'écologie. L'auteur y évoque "les êtres sauvages" pour qui "la possibilité de voir des oies est plus importante que la télévision, et la possibilité de trouver une pasque est un droit aussi inaliénable que la liberté d'expression." (Préface)

Le livre est divisé en trois parties :

- "Almanach mois par mois" l'auteur réfugié dans sa cabane au fond des bois nous raconte son expérience personnelle de retraite et d'accord avec la nature dans sa ferme de la région des sables du Wisconsin. Il évoque l'observation des hôtes sauvages des lieux.

- "Quelques croquis" dans laquelle il raconte quelques épisodes qui montrent l'évolution de ce lieu.

- puis "En fin de compte" qui tient plus de l'essai écologique, doté de questions plus philosophiques, plus pointues.

Aldo Leopold est un auteur né dans le rêve pionnier, il a vu l'évolution de son territoire : peu à peu les grands espaces ont été parsemés de fermes puis de routes, d'autoroutes, réduisant la vie sauvage et provoquant la disparition de certaines espèces. et pourtant il insiste sur la nécessité de l'appartenance, sur l'obligation de s'insérer dans le monde et la nature, d'appartenir à une terre et non pas l'inverse. Pour s'inscrire dans le monde, l'observation et la perception tiennent un rôle central : qu'il s'agisse d'admirer la danse céleste des bécasses ou de lire la mémoire des arbres inscrite dans leurs troncs, ou encore de vouer un culte à Draba, la plus petite fleur du monde à observer, chaque expérience permet à l'être humain de faire corps avec la nature et le monde et de justifier sa place.

"Les soirs d’avril, quand le temps nous permet de nous asseoir dehors, nous prenons plaisir à écouter la conversation en cours dans le marais. Il y a de longs moments de silence où l’on n’entend plus que le vannage des bécassines, le hou-hou d’une chouette au loin ou le gloussement nasillard d’un foulque amoureux. Puis, tout à coup, un coin-coin strident retentit et, l’instant d’après, c’est une cacophonie de battements d’aileron frénétiques, de proues sombres propulsées par des pagaies barattant l’eau, toute une clameur montant des rangs de l’assistance de quelque véhémente controverse. Quelqu’un finit par avoir le dernier mot, et le vacarme se réduit progressivement jusqu’à ce bavardage à peine audible qui ne s’interrompt que rarement chez les oies."

Cette observation permet aussi une meilleure compréhension du monde et de son rythme : les oies sont par exemple indicatrice de saisons :

"Le troupeau émerge des nuages bas. C'est une bannière dépenaillée d'oiseaux, montant et descendant, s'écartant, se rapprochant, avançant tout de même, sous le vent qui lutte amoureusement avec chaque aile vanneuse. Quand le troupeau n'est plus qu'une tache confuse tout là-haut, j'entends sonner le clairon des funérailles de l'été." p. 94

La terre est vue comme une communauté qui convient d''utiliser avec amour et respect. Il serait bénéfique qu'un peu plus de mépris soit ressenti pour la pléthore de biens matériels au profit d'un amour du monde plus profond : "Un tel déplacement de valeurs peut s'opérer en réévaluant ce qui est artificiel, domestique et confiné à l'aune de ce qui est naturel, sauvage et libre." (Préface)

Un bel enseignement...

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

D'autres avis : Folfaerie ; Keisha

 

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, traduit de l'américain par Anna Gibson, préface de JMG Le Clézio, Illustrations de Charles W. Schwartz, Flammarion, 2000, 8 euros

Publié pour la première fois à titre posthume en 1949

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Le long silence de Thomas MCGUANE

Publié le par Hélène

Thomas McGuane nous livre en ces pages des courts récits autobiographiques dans lesquels il évoque sa passion pour la pêche. En effet, les parties de pêche lui permettent de se découvrir pleinement humain en étant attentif au monde, il écoute et observe ce qui l'entoure avec acuité et sa présence au monde devient évidente. Que ce soit la chasse, l'observation des oiseaux, la pêche ou le bateau à voile "chacun de ces loisirs offre de magnifiques possibilités d'observer le temps, le paysage dans sa lumière changeante, le mouvement de l'eau." p.301

Les pêcheurs suivent le rythme des saisons, se mettent à l'unisson du balancement du monde et vivent ainsi des instants suspendus hors du monde ou au contraire profondément ancrés dans l'univers.

"Je suis bouleversé par la perfection des choses : le profil splendide de chacune des truites, la beauté angélique miniature des éphémères, et les eaux soyeuses et sauvages de le Big Hole River. Car c'est pour de telles choses que nous sommes déposés sur ce tas de boue en rotation." p.124

Bien campés dans leurs bottes comme dans le monde, ils apprennent à profiter du moment présent :

"Il trouva des signes d'immortalité dans la pêche et le long des rivières où des instincts humains ancestraux rencontrent la nature au paroxysme du cyclique et du mystérieux, où le comportement humain fait si clairement partie de la nature, où notre détachement, même de la brièveté de nos propres vies, est réconfortant." p. 332

http://pecheur.info/flyfishing-is-a-joke.html

Ce que j'ai moins aimé :

Partie de pêche après partie de pêche, j'ai fini par me lasser du vocabulaire technique, des détails et de l'aspect finalement très répétitif des récits.

Bilan :

De belles anecdotes à picorer pour se plonger dans l'univers lumineux de cet auteur, icône du nature writing américain.

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

D'autres avis : Le Bouquineur ; Lecture commune avec Electra

Du même auteur : Sur les jantes

Sur le même thème :  Dérive sanglante  ; Casco bay Mon Amérique 

 

Le long silence, Thomas McGuane, traduit par Anatole Pons, Gallmeister, novembre 2016, 376 p., 23.90 euros

 

Merci à l'éditeur.

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La piste des soleils de Jack LONDON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le sage indien Sitka Charley s'interroge devant une gravure. Il cherche un sens à cet instantané de vie. Il établit alors un parallèle entre l'art et la vie  "Moi aussi j'ai vu maintes images de la vie, dit-il, des images qui n'étaient pas peintes, mais vues avec les yeux. (...) J'ai vu beaucoup de fragments de vie, sans commencement, sans fin, impossibles à comprendre."

Ainsi l'indien raconte l'une de ses aventures qui commence au bord du lac Lindeman. Il nous emmène à ses côtés dans la mission mystérieuse que s'est assignée une femme qui fuit en avant, poursuivie ou à la poursuite de quelque chose ou quelqu'un. La jeune femme se heurte aux conditions difficiles du grand nord, mais, portée par sa quête, elle continue à avancer, vivante. Elle dépasse ses limites physiques, luttant pour sa survie, grâce à la toute puissance de sa volonté. L'indien, témoin muet de sa fuite en avant aura beau chercher un sens à cette folie humaine, sa question restera à jamais sans réponse. Mais était-il nécessaire de comprendre ?

Si Jack London n'a pas son pareil pour peindre les contrées glaciales de l'Alaska, le froid mordant, les hommes qui avancent contre les éléments et luttent pour leur survie, la force de ses récits tient surtout à leur profondeur.

La Piste des soleils résonne comme un hymne à la création qui fige peut-être les vies des personnages, mais inscrit aussi des moments dans l'éternité. Chercher un sens à la vie comme aux histoires contées n'est peut-être pas tellement nécessaire. Jack London laisse la question ouverte, comme une invitation à interpréter notre propre vie et à lui assigner le sens qui nous convient ...

 

Du même auteur : Smoke Bellew ; Martin Eden

Présentation de l'éditeur : Folio

extrait du recueil L'amour de la vie

Cette mise en abyme de la création a été choisie pour honorer le nouveau rendez-vous hebdomadaire initié par Martine : tous les lundis nous mettrons l'accent sur une nouvelle "La bonne nouvelle du lundi"

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Albert sur la banquette arrière d'Homer HICKAM

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Peut-être que c'est ça, la vie. Toujours plus de mystères. On croit tout savoir mais on ne sait rien, ou pas vraiment."

Ce roman nous conte l'histoire plus ou moins vraie d'un mari, de sa femme et de l'alligator de sa femme. Homer est minier en Virginie et il est marié à Elsie, jeune femme aux rêves déçus qui est tournée vers son passé. Albert est leur alligator, offert comme cadeau de mariage par un ancien soupirant d'Elsie. Homer est lassé par ce mastodonte qui représente l'amour perdu d'Elsie et ne lui laisse comme alternative que celle du mari jaloux "c'est lui ou moi". Le couple décide donc de ramener Albert en Floride, accompagné dans leur farfelu voyage par un coq qui s'est invité à l'improviste.

S'ensuivent des aventures abracadabrantes : les charmants acolytes seront témoins dans une affaire de braquage, détenteurs d'informations sur une possible affaire de meurtres en série, complices de l'explosion d'une usine, suspectés de contrebande et de transport d'alcool perdu en mer... Homer devient joueur de base-ball professionnel, puis garde-côtes contre des trafiquants et voyous des mers, acteur, Elsie infirmière, pilote d'avion, tous deux essuient un ouragan en Floride et rencontrent en chemin Steinbeck ou encore Hemingway.

Mais derrière ces aventures hautes en couleurs, se cache l'essentiel :

"L'histoire de mes parents ramenant Albert chez lui racontait tout autre chose que leurs récits fantaisistes et leurs aventures de jeunesse. Il s'agissait d'un témoignage sur le plus beau des cadeaux de la Création, sur cette émotion étrange et merveilleuse que nous appelons, à défaut d'un meilleur mot, l'amour." 

Ce que j'ai moins aimé : un peu longuet d'une part, et d'autre part Elsie est détestable et on se demande durant toute la lecture pourquoi Homer ne la plante pas là avec ses rêves pitoyables ...

Bilan : un bon moment de divertissement.

 

Présentation de l'éditeur : Harper et Collins

D'autres avis : Babélio

 

Albert sur la banquette arrière, Homer Hickam, traduit de l'américain par Arnold Petit, Mosaïc, juin 2016, 448 p., 19.9 euros

 

Merci à l'éditeur

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Au bonheur des îles de Bob SHACOCHIS

Publié le par Hélène

♥ ♥

"On est comme des rochers au fond d'la mer. On peut pas bouger, on peut aller nulle part. T'entends, comme des rochers, qu'on est, et tout le reste file dans l'eau à côté de nous." "Redemption songs"

La vie sous les tropiques n'est pas si rose pour les protagonistes de ces nouvelles qui ont comme toile de fond les iles Caraïbes. Entre cet homme obligé de conserver sa mère décédée dans la chambre froide de son hôtel, ou celui qui est pourchassé par la  police, tous sont souvent tiraillés entre une envie irrépressible de de partir et le fait d'être rivés au sol, cloués dans leurs iles. S'ils sont conscients de l'écart entre le rêve américain tout proche et leur propre vie, ils savent aussi en gouter la saveur :

"Les hommes se dispersèrent pour jouer au pedro, pour nettoyer les marmites, pour écouter Gabriel raconter l'histoire d'un bateau de Providence qui avait disparu à Serrana avec son père à bord. Le vent tomba complètement. Un petit flocon de lune se leva et figea la mer. Au loin dans les ténèbres, les récifs de corail se radoucirent et laissèrent la marée leur passer par-dessus sans la briser. Les cartes crépitaient bruyamment dans la conservation à mi-voix des joueurs de pedro. Leurs mots se dispersaient aux quatre vents de la nuit et quelque part, au loin sur la mer d'encre, ils plongeaient et se perdaient sous l'eau, traversant, telles des âmes envolées, un silence délicieux." "La faim"

Certaines scènes transcendent leur réalité, comme cette nage avec les tortues, offrant comme un moment suspendu dans une vie tourmentée.

Lauréat du National Book Award, ce recueil de nouvelles est une réédition de Gallmeister, agrémentés de quatre nouvelles supplémentaires par rapport à sa première version publiée chez Gallimard. 

Ce que j'ai moins aimé : Un recueil qui ne m'a pas marqué.

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

D'autres avis : La cause littéraire

 

Au bonheur des îles, Bob Shacochis, traduit de l'américain par Sylvère Monod et François Happe, Gallmeister, janvier 2016, 336 p., 9.40 euros

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