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197 articles avec litterature amerique du nord

A l'orée du verger de Tracy CHEVALIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Des pommes de la discorde aux arbres de l'espérance...

En 1838, dans l'Ohio, James Goodenough cultive des pommes. Mais les malheurs s'accumulent sur sa famille : à chaque fin d'hiver un de ses enfants meurt à cause de la fièvre des marais, les caprices du temps peuvent détruire en un instant ses récoltes, sa femme, Sadie, a tendance à trop apprécier l'eau de vie, les voisins sont rares bref, la vie est rude pour cette famille de cultivateurs... Les dissenssions s'exacerbent au sein du couple, James souhaitant cultiver avant tout une variété de pommes chère à son coeur la reinette dorée, pomme sucrée "au parfum de noix, de miel avec une note finale d'ananas" quand sa femme préfère les pommes à cidres qui lui permettent de fabriquer son eau de vie, encouragée en cela par John Chapman, vendeur d'arbres fruitiers itinérant. Leurs conflits permanents impacteront durablement leurs enfants. 

Enfants que l'on retrouve des années plus tard, après l'éclatement de la famille. Robert a quitté l'Ohio pour tenter sa chance dans l'Ouest. Il suit William Lobb, un exportateur chargé de prélever des pousses de séquoia pour les envoyer en Angleterre. Martha, quant à elle sillonne le pays à la recherche de son frère tant aimé.

Dans ce roman foisonnant très documenté, les arbres, tout comme les hommes voyagent : les pommiers à reinettes dorées viennent d'Angleterre et les séquoias géants ainsi que les redwoods font le chemin inverse. Mêlant savamment personnages fictifs et personnages réels, Tracy Chevalier rend hommage à la mémoire de ces pionniers venus construire l'Amérique. Si les êtres qui parcourent A l'orée du verger parlent peu, leur silence dit l'essentiel. Les rapports humains, amoureux ne coulent pas de source et demandent eux aussi des sols fertiles. Chacun est méfiant, comme pour se protéger d'un monde trop grand. 

Ce que j'ai moins aimé : Dans la première partie l'alternance de point de vue est déconcertante : d'abord celui de James à la troisième personne, puis celui de Sadie le personnage le plus détestable du roman -selon moi, d'autres comme Séverine l'ont adorée- qui, elle, parle à la première personne, dans un style qui se veut le sien. 

La construction est elle aussi déconcertante, avec des retours en arrière, des échanges épistolaires entrecoupant l'action et permettant des ellipses temporelles de plusieurs années.

En conclusion : Même si ce roman ne bénéficie pas des qualités narratives ni du souffle romanesque de La dernière fugitive, il aborde d'un point de vue original l'histoire de ces nomades anonymes qui ont contruit les Etats-Unis. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de la Table Ronde

Du même auteur : Mon préféré La dernière fugitive ;  Prodigieuses créatures

D'autres avis : Séverine

Télérama

 

A l'orée du verger, Tracy Chevalier, traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, éditions la Table Ronde, mai 2016, 336 p., 22.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

Ma rencontre avec l'auteure est ICI : rencontre avec Tracy Chevalier

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Va et poste une sentinelle de Harper LEE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"J'ai besoin d'une sentinelle à mes côtés qui me montre la différence entre ce que les hommes disent et ce qu'ils veulent dire, qui trace une ligne de partage et me montre qu'ici a cours telle justice et là telle autre et me fasse comprendre la nuance." p. 22

Comment est-il possible qu'Atticus, l'homme qui défendait le droit des opprimés dans le magnifique Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, le père exemplaire qui tentait de transmettre des valeurs essentielles à ses enfants, le modèle de tant d'avocats, cet homme bon, moral et intègre, comment est-il possible disais-je que cet homme soit devenu raciste 25 ans plus tard ? 

Michiko Kakutani, critique littéraire du  New York Times a résumé, dans son article consacré au roman, la stupeur ressentie par le lecteur américain face à cette métamorphose d'Atticus : « De manière choquante, dans le roman tant attendu de Mrs Lee, [...] Atticus est un raciste qui a déjà assisté à une réunion du Ku Klux Klan, qui dit des choses comme "notre population noire est arriérée", ou demande à sa fille : "Souhaites-tu voir des cars entiers de Noirs débouler dans nos écoles, nos églises et nos théâtres ? Souhaites-tu les voir entrer dans notre monde ?" [...] Dans Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Atticus était un modèle pour ses enfants, Scout et Jem [le frère de Scout, NDLR] — leur étoile Polaire, leur héros, la force morale la plus puissante dans leurs vies. Dans La Sentinelle, il devient source de douleur et de désillusion pour la Scout de 26 ans (ou Jean Louise, comme on l'appelle à présent). » De fait, les critiques de la presse américaine étaient souvent mitigées, mais le livre a connu néanmoins un beau succés, comme si chaque lecteur voulait vérifier, comme si on continuait à penser qu'il devait y avoir une erreur, que les autres n'avaient pas bien compris...  Et pourtant... 

Il faut savoir que si Va et poste une sentinelle se passe 25 ans après l'intrigue de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, dans les années 50, il a été ecrit avant Ne tirez pas mais refusé, si bien que l'éditirice conseilla à l'auteur de déplacer son intrigue vingt ans plus tôt. Et elle aurait dû s'en tenir là... 

Bref, que dire de cet opus ? Que Scout découvre tout aussi attérée que nous, lecteurs les thèses ségregationnistes de son père et dans un premier temps, elle se perd dans des souvenirs d'enfance pour se rassurer. Puis, petit à petit, cet ébranlement violent lui permet de mûrir et d'assumer ses choix de vie. En tant que New-yorkaise, elle brandit sa soif de liberté et ne se reconnaît plus dans les valeurs de son petit village natal d'Alabama. Chacun défend ses thèses, et là encore la déception se fait ressentir, quand dans Ne tirez pas, tout était suggéré, subtilement, ici tout est assené, maladroitement... Alors oui, compréhension et respect sont encore au coeur du roman, mais la démonstration est tellement forcée qu'elle en devient artificielle. Rendez-nous notre Atticus et replacez-le sur son piédestal, s'il vous plaît... 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Babélio 

 

Va et poste une sentinelle, Harper Lee, roman traduit de l'anglais (Eu) par Pierre Demarty, Grasset, octobre 2015, 336 p., 20.90 euros 

 

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Le pique-nique des orphelins de Louise ERDRICH

Publié le par Hélène

Lors d'une fête foraine, Adélaïde s'envole vers de nouveaux horizons, laissant à terre ses trois enfants, Jude, Karl et Mary. Jude n'est encore qu'un nouveau-né et il est miraculeusement volé par un couple en mal d'enfant, quand Karl et Mary se retrouvent livrés à eux-mêmes. Ils décident de rejoindre leur tante dans la ville d'Argus dans le Dakota du Nord. Malheureusement Karl se perd en chemin et c'est seule que Mary arrive chez sa tante Fritzie qui tient une boucherie. Là, elle devient amie avec Célestine, une indienne qui était déjà l'amie de Sita, sa cousine. Les enfants vont grandir et évoluer dans ce nouvel environnement et par la suite Mary reprendra la boucherie aux côtés de Célestine quand Karl retrouvera finalement son chemin jusqu'à Argus, pour le meilleur et pour le pire.

Cette chronique familiale qui court sur plusieurs années alterne les narrateurs de façon à densifier le monde décrit. Les épreuves ne manquent pas sur le chemin de la matûrité, et chacun utilisera ses propres ressources pour grandir et s'épanouir, bon an mal an...

Mes réticences : Je ne suis pas parvenue à m'intéresser réellement au sort des protagonistes ni à comprendre où voulait en venir l'auteur. 

Une déception...

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Du même auteur : La malédiction des colombes 

D'autres avis : Léa  ; Jérôme  ; Cathulu  ; Clara  ; Aelys 

 

Le pique-nique des orphelins, Louise Erdrich, traduit de l'anglais (EU) par Isabelle Reinharez, Albin Michel, janvier 2016, 

 

Merci à l'éditeur. 

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La dernière frontière de Howard FAST

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

1878. Les indiens cheyennes parqués en territoire indien en Oklahoma ne supportent plus leurs conditions de vie âpres, passés dans cette "étendue poussiéreuse, brûlante et cuite au soleil, de terre sèche, d'herbes jaunies, de pins rabougris et de rivières asséchées." Malades, affamés, désespérés, ils décident de regagner leur terre sacrée des Black Hills.  Trois cent d'entre eux partent, avec à leur trousse des soldats et des civils qui refusent que ces hommes fiers bafouent les traités que les blancs ont mis en place, traités qui ont spolié les indiens de leurs terres et les ont parqués dans des réserves. La dernière frontière conte l'odyssée de ceux qui n'avaient que le tort de penser que le sol sur lequel ils avaient vécu était le leur, le voyage tourmenté d'hommes et de femmes qui voulaient juste rentrer chez eux ! 

"Le mot freedom -liberté-, savez-vous d'où il vient ? Du vieux saxon, free (libre), et doom (mort). Alors songeons à ce qu'il a signifié : le droit pour tout homme de choisir la mort plutôt que la servitude." p. 120

Alors même si 1600 km les séparent de leur terre promise, les cheyennes ont décidé de se battre pour leur dignité, Leur chef Little Wolf estimant que la mort est toujours  préférable au statut d'esclave.

Little Wolf @http://www.digitalhistoryproject.com/

C'est la fin d'un monde qui s'ouvre sous nos yeux. Une page se tourne, laissant derrière elle une époque révolue où les bisons peuplaient les plaines et les indiens cheyennes étaient des êtres arrogants, fiers et beaux. A présent, ils ne sont plus que des ombres décharnées et traquées par l'administration américaine. La cavalerie qui les piste est étonnée de rencontrer des êtres qui ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, des êtres glaçants, déjà des fantômes de l'histoire. 

La question centrale du roman apparaît rapidement : "pourquoi un groupe minoritaire dans notre République ne peut-il légalement occuper le pays qu'il a habité pendant des siècles ?" L'égalité n'est qu'un leurre, la démocratie américaine a ses revers meurtriers pointés brillamment du doigt par Howard Fast dans ce roman poignant de 1941, roman inspiré de faits historiques et réédité ici en français dans une nouvelle traduction par les éditions Gallmeister. 

Un grand roman sur l'anéantissement d'un peuple.

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

D'autres avis :  Babélio

 

La dernière frontière, Howard Fast, traduit par Catherine de Palaminy, Gallmeister, mai 2014, 320 p., 10.20 euros

 

 

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Rendez-vous à Crawfish Creek de Nickolas BUTLER

Publié le par Hélène

♥ ♥

Nickolas Butler signe ici des nouvelles plus noires que le magnifique Retour à Little Wing même si on y retrouve sa foi en l'humanité et cet attachement viscéral pour le lieu de ses origines. Il peint des êtres bien souvent perdus dans un monde trop grand pour eux, un monde qui ne tourne pas toujours aussi rond qu'on pourrait l'espérer, non pas parce qu'il porte en lui la marque de sa déchéance, mais parce que l'être humain lui-même reste un être faillible. Il suffit d'un rien pour que tout bascule, une seconde d'inattention, un regard détourné de la route, une soirée arrosée aux conséquences irrémédiables, une faiblesse au fond relativement humaine. Pour oublier cette impression d'être sans cesse au bord du gouffre, il reste l'alcool, la drogue, ou plus lâchement la fuite, pour s'échapper ne fut-ce que temporairement. Reste  à savoir ce qui fonde notre être, ce qui fait que, dans nos errances, nous restons "quelqu'un de bien", de moral...

Qu'il évoque des couples vacillants ("Tronçonneuse party""Les restes"), des couples hésitants, tant accorder sa confiance est problématique ("Sous le feu de joie") ou des parents défaillants ("Un goût de nuage") , l'auteur n'oublie pas sa foi en l'amitié durable, certains personnages suppléant aux manquements des autres comme dans "Rendez-vous à Crawfish Creek" ou "Lenteur férroviaire".

Porté par un style très visuel, presque cinématographique, ce recueil de nouvelles confirme l'immense talent de son auteur : 

"Des nouvelles noires, ou plutôt gris foncé, mais toujours ce même espoir de rédemption, ces perdants au grand coeur qui restent des gens ordinaires prêts à tout sacrifier pour la magie de l'amour et des enfants." (Notes de la traductrice)

 

Présentation de l'éditeur : Autrement 

D'autres avis : Jostein  ; Marie Claude 

Du même auteur  Retour à Little Wing 

 

Rendez-vous à Crawfish Creek, Nicolas Butler, traduit de l'anglais (EU) par Mireille Vignol, octobre 2015, 19 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Elle et nous de Michel JEAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

La famille de Jeannette est réunie pour ses funérailles. Cette femme d'exception d'origine innue évoquait peu sa vie passée au sein des chasseurs et des trappeurs de la forêt boréale. Son petit-fils présent aux funérailles regrette de ne pas avoir cherché à percer les secrets de celle qu'on surnommait dans sa langue Shashuan Pileshish, l'Hirondelle. Il décide alors de partir sur les traces de son passé et de ses propres origines indiennes. 

Deux récits s'ébauchent alors en parallèle : celui de Jeannette qui raconte sa vie dans les bois, puis plus sédentaire en raison de ses choix, et celui de Jean, ce petit-fils qui suit ses pas. 

Jeannette évoque sa jeunesse lovée dans une nature protectrice " Le calme de la forêt au coucher du soleil, le frisson d'un rapide, l'odeur du lièvre qui grille sur le feu. Le goût des bleuets fraîchement cueillis." Dans sa communauté le rôle des aînés est primordial, ce sont eux qui enseignent aux plus jeunes leur savoir, qui dictent comment lire le temps dans les nuages, qui expliquent comment survivre dans la forêt, qui édictent des règles de vie à adopter comme le respect de Nitassinan "toutes les formes de vie réunies", l'équilibre naturel du monde. Ils apprennent à la jeune fille le respect de la nature, l'harmonie avec le grand tout. Quand ils vieillissent, les plus jeunes se font en devoir de leur venir en aide. La jeunesse de la jeune fille est bercée par ces paroles. Au fil des années, elle constate des changements de valeurs, les réserves aparaissent, seul le le lac reste immuable. Puis l'amour bousculera ses propres valeurs et priorités...

Lac Saint Jean 

Jean de son côté hante les réserves, à la recherche du fantôme de cette grand-mère fascinante. 

« Il est difficile de se reconnaître chez les autres et de savoir sa vraie place quand on n'arrive pas à définir sa propre identité. Il y a trop d'intersections pour s'orienter, se situer. J'ai parfois l'impression de tourner en rond, de me perdre dans un labyrinthe où je suis seul à marcher. J'aurais dû demander mon chemin à ma grand-mère quand je le pouvais encore. J'aurais dû lui demander quelle voie emprunter pour m'y retrouver. »

Un beau récit sur la quête d'identité de deux êtres qui se heurtent aux préjugés et au racisme et qui apprendront pas après pas à trouver leur propre voie vers la sagesse. 

 

Présentation de l'éditeur :Editions libre expression  

D'autres avis : Découvert chez Karine 

 

Elle et nous, Michel Jean, Libre Expression, mars 2012, 240 p., 24.95

 

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Chercher le vent de Guillaume VIGNEAULT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Un beau matin, Jack décide d'embarquer son beau-frère maniaco dépressif pour prendre la route et se laisser porter par le vent. Ils quittent l'hopital décidés à vivre autrement, loin des angoisses, loin des souvenirs, des femmes, de la vie. Comme s'il fallait fuir. Comme si on pouvait fuir. Jack cherche-t-il à fuir son passé d'aviateur et les catastrophes qu'il a provoqués ? Fuir sa destinée de photographe ? Ou partir pour simplement trouver son identité ? 

Les deux comparses rencontrent en chemin Nuna qui se joint à eux dans leur road-movie. Leur quête aérienne ne sera pas sans heurts, tant la pesanteur du monde a tendance à nous amarrer au monde... Mais peut-être la légèreté est-elle possible malgré tout ? 

Mes réservesUn peu convenu dans le genre du road movie mais une lecture agréable.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Boréal  ; Editions Points

D'autres avis : Babélio 

 

Chercher le vent, Guillaume Vigneault, Seuil,2005, 267 p., 18 euros

 

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Les grandes marées de Jacques POULIN

Publié le par Hélène

♥ ♥

Quand son patron demande à Teddy Bear ce qui le rendrait heureux, il n'hésite pas, il souhaite vivre sur une île déserte. Ainsi, il devient le gardien de l'île Madame, tout en assurant ses traductions de bandes dessinées. Toutes les semaines il reçoit la visite de son patron qui reprend ses traductions et lui amènent de nouvelles bandes dessinées ainsi que des provisions. Teddy Bear mène la vie sereine dont il avait rêvé. Il est heureux. Bonheur que vient troubler la visite tout d'abord de Marie qui, elle aussi s'installe dans l'île, bientôt suivie à chaque grande marée par d'autres individus plutôt loufoques. Peu à peu la tranquillité de Teddy Bear est affectée par ces visites et les égos des uns et des autres. Son bonheur vacille.

Comment vivre avec les autres harmonieusement alors qu'ils ont tendance à envahir notre espace physique et psychique ? Malgré son envie de solitude, Teddy a conscience que son bonheur peut aussi venir de ces rencontres lumineuses  qui enrichissent le coeur et l'âme. Quand Marie lui demande ce qui compte le plus pour lui, il répond :

"R. C'est difficile à dire.

Q. : Dieu ?

R. : Non.

Q : Les gens ?

R. : Non

Q : L'amour ?

R. : Je pense que non.

Q : La nature ?

R. : Non.

Q : Les livres ?

R. : Je pense que non.

Q : Les chats ?

R. : Non.

Q : Le tennis ?

R. : Non.

Q : Le gruau Quaker ?

R. : Tu ris de moi...

Q : Qu'est-ce qui reste ?

R. : Il y a une chose que j'aime bien. C'est quand, dans les yeux des gens, parfois, on voit passer quelque chose. Une sorte d'éclair qui brille, unesorte de chaleur. C'ets une chose que j'iame beaucoup." p. 184

Mais son bonheur est aussi mis à mal par ces mêmes autres, là réside un des paradoxes de la vie en société... Ces Grandes Marées fonctionnent comme une parabole, allégorie de la vie en société : Teddy apprendra que le paradis sur terre ne dure jamais longtemps et que le précepte de Sartre "l'enfer c'est les autres" peut malheureusement s'avérer tristement vrai...

Mes réserves : Ce texte est assez différent des autres oeuvres de Poulin, beaucoup plus pessimiste, comme si l'auteur lui-même avait perdu sa quiétude, envahi par le monde.  Même si on retrouve avec plaisir la poésie de l'auteur et son univers habité par la mer et les chats, une amertume lancinante court dans ces pages.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteur La tournée d'automne Le vieux chagrin  Volkswagen blues

D'autres avis : Babelio 

 

Les grandes marées, Jacques Poulin, Actes sud Babel, 1986, 213 p., 6.60 euros

 

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Le coeur est un muscle involontaire de Monique PROULX

Publié le par Hélène

♥ ♥

"On n'est jamais aussi heureux que lorsqu'on n'avait pas prévu de l'être." p. 146

Florence et Zéno dirigent une agence chargée de promouvoir des artistes en leur offrant un site Web "percutant". Si Florence semble blasée par ce projet, plus emportée par l'enthousiasme de Zéno et par son amour pour lui que par sa propre volonté, Zéno est quant à lui survolté, se démenant corps et âme pour ses artistes, un peu trop au goût de Florence.  Aussi quand par hasard, Florence se retrouve sur les traces du romancier mythique Pierre Laliberté qui cache son identité, Zéno l'encourage-t-il à poursuivre l'enquête pour découvrir qui se cache derrière lui. 

"On ne connaît personne. On a beau tâter chaque centimètre de peau, mémoriser la couleur de la voix et les soubresauts de l'humeur, étudier, comparer, analyser et croire enfin que ça y est, un être humain qui tient dans une éprouvette à nous étiquetée et familière, on ne connaît personne." p. 49

A travers le personnage de Pierre Laliberté, inspiré de l'écrivain québecois Réjean Ducharme qui lui aussi a choisi de vivre dans l'anonymat, Monique Proulx offre une belle réflexion sur les feux de la rampe qui exposent les artistes, sur l'art et finalement sur ce qui constitue le sel de la vie. La jeune Florence quant à elle est une jeune femme perdue, souvent révoltée dans un monde qu'elle ne comprend pas toujours : 

"Et de l'autre côté, à l'Ouest et au Nord, à Montréal et ailleurs, des hommes, des femmes, et bientôt des enfants, gaspillent en ce moment leur énergie vitale dans des boulots qui les rapetissent, courent après les heures extra et les contrats lucratifs, se morfondent d'impuissance dans leurs bureaux aseptisés, leurs usines débilitantes, se font pincer les nichons par des patrons crétins, s'agitent trop et vieillissent vite, bazardent leurs idéaux et leur intégrité d'antan pour parvenir à acheter ces tissus exotiques, ces meubles, ces parfums ruineux, ces bijoux en or, ces automobiles polluantes, ces voyages et ces fuites qui se révèlent insuffisants dés le départ et réclament des remplaçants. 

Où sont les perdants ? Au Nord ou au Sud ?" p. 223

Florence évolue au fil des pages et des rencontres, elle s'apaise pour plus d'harmonie, pour un passage en douceur vers l'âge adulte. 

"Les transitions sont des moments dangereux qui nous perchent au milieu de rien, désintégrés par la perte de l’instant fort auquel on s’était habitué et l’inexistence de celui qui suivra (manger ? travailler ? pleurer ?). C’est sûrement dans les transitions que les dépressifs sombrent dans la dépression, les criminels dans le crime, et les artistes dignes de ce nom dans des illuminations qui bousculeront leur vie et celle des autres."

Mes réserves : La voix à la première personne de la narratrice m'a gênée : mièvre, faible face à ses sentiments, elle ressemble à une adolescente à qui on aimerait donner des claques pour qu'elle se bouge...

 

Présentation de l'éditeur : Editions Boréal 

Du même auteur Champagne Les aurores montréales 

D'autres avis : Topinambulle 

 

Le coeur est un muscle involontaire, Monique Proulx, Les éditions du Boréal, 2004, 398 p., 12.95 euros

 

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La foi du braconnier de Marc SEGUIN

Publié le par Hélène

"Les mots sont aussi une fuite rapide vers une incarnation de vérité." p. 130

Marc S. Morris est un chasseur errant. Après son suicide raté il raconte comment il en est arrivé à cette extrémité. Amoureux de la fuite en avant il a passé dix ans à sillonner l'Amérique à bord de son pick-up, suivant les méandres aléatoires d'un "FUCK YOU" tracé sur une carte routière. A l'âge où l'on devrait devenir "responsable", il cherche encore son identité :

"Quand, au milieu de toutes les nuits, la sensation lâche de ne pas savoir pourquoi on existe nous réveille, il est temps de s'anesthésier à coups de futur, d'espoir et de projets. Il faut que j'essaye." p. 102 

Il tente bien de se couler dans le moule d'une "normale" avec femme-enfants-chien-chat et une passion inutile comme le bridge, mais sans succés. Il peine à trouver sa place dans cette Amérique régie par la violence, et s'il essaie d'avoir foi en la nature humaine, il se trouve irrémédiablement fasciné par la mort, tuant les animaux pour ne pas tuer ses semblables. Le pays l'a façonné à aimer tuer. Il chasse les femmes comme il chasse les animaux, mais ne trouve jamais l'extase, insatisfait sitôt ses séances de jambes en l'air passées. Il pense un temps que la vraie foi pourra l'éclairer mais elle-même n'est que mystification. 

Portrait sans concession de la jeunesse américaine, ce road movie placé sous le signe du "fuck you" a des accents de révolte moderne...

"C'est dans la soustraction du véritable Soi, de ce que l'on voudrait être, que se trouve l'identité humaine. Son identité. Plus la valeur tend vers le zéro, plus on est en voie d'être heureux." p. 79

Mes réserves : je me suis lassée du road movie absurde de cet éternel insatisfait et de ses parties de jambes en l'air ou de chasse. 

 

La foi du braconnier, Marc Séguin, Bibliothèque québesoise, 2012, 153 p., 11 euros

 

 

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