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litterature amerique du nord

Almanach d'un comté des sables de Aldo LEOPOLD

Publié le par Hélène

"A quoi bon la liberté, sans espace vide sur la carte ?" p. 192

Cet almanach est un classique des écrits sur la nature, ancêtre de l'écologie. L'auteur y évoque "les êtres sauvages" pour qui "la possibilité de voir des oies est plus importante que la télévision, et la possibilité de trouver une pasque est un droit aussi inaliénable que la liberté d'expression." (Préface)

Le livre est divisé en trois parties :

- "Almanach mois par mois" l'auteur réfugié dans sa cabane au fond des bois nous raconte son expérience personnelle de retraite et d'accord avec la nature dans sa ferme de la région des sables du Wisconsin. Il évoque l'observation des hôtes sauvages des lieux.

- "Quelques croquis" dans laquelle il raconte quelques épisodes qui montrent l'évolution de ce lieu.

- puis "En fin de compte" qui tient plus de l'essai écologique, doté de questions plus philosophiques, plus pointues.

Aldo Leopold est un auteur né dans le rêve pionnier, il a vu l'évolution de son territoire : peu à peu les grands espaces ont été parsemés de fermes puis de routes, d'autoroutes, réduisant la vie sauvage et provoquant la disparition de certaines espèces. et pourtant il insiste sur la nécessité de l'appartenance, sur l'obligation de s'insérer dans le monde et la nature, d'appartenir à une terre et non pas l'inverse. Pour s'inscrire dans le monde, l'observation et la perception tiennent un rôle central : qu'il s'agisse d'admirer la danse céleste des bécasses ou de lire la mémoire des arbres inscrite dans leurs troncs, ou encore de vouer un culte à Draba, la plus petite fleur du monde à observer, chaque expérience permet à l'être humain de faire corps avec la nature et le monde et de justifier sa place.

"Les soirs d’avril, quand le temps nous permet de nous asseoir dehors, nous prenons plaisir à écouter la conversation en cours dans le marais. Il y a de longs moments de silence où l’on n’entend plus que le vannage des bécassines, le hou-hou d’une chouette au loin ou le gloussement nasillard d’un foulque amoureux. Puis, tout à coup, un coin-coin strident retentit et, l’instant d’après, c’est une cacophonie de battements d’aileron frénétiques, de proues sombres propulsées par des pagaies barattant l’eau, toute une clameur montant des rangs de l’assistance de quelque véhémente controverse. Quelqu’un finit par avoir le dernier mot, et le vacarme se réduit progressivement jusqu’à ce bavardage à peine audible qui ne s’interrompt que rarement chez les oies."

Cette observation permet aussi une meilleure compréhension du monde et de son rythme : les oies sont par exemple indicatrice de saisons :

"Le troupeau émerge des nuages bas. C'est une bannière dépenaillée d'oiseaux, montant et descendant, s'écartant, se rapprochant, avançant tout de même, sous le vent qui lutte amoureusement avec chaque aile vanneuse. Quand le troupeau n'est plus qu'une tache confuse tout là-haut, j'entends sonner le clairon des funérailles de l'été." p. 94

La terre est vue comme une communauté qui convient d''utiliser avec amour et respect. Il serait bénéfique qu'un peu plus de mépris soit ressenti pour la pléthore de biens matériels au profit d'un amour du monde plus profond : "Un tel déplacement de valeurs peut s'opérer en réévaluant ce qui est artificiel, domestique et confiné à l'aune de ce qui est naturel, sauvage et libre." (Préface)

Un bel enseignement...

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

D'autres avis : Folfaerie ; Keisha

 

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, traduit de l'américain par Anna Gibson, préface de JMG Le Clézio, Illustrations de Charles W. Schwartz, Flammarion, 2000, 8 euros

Publié pour la première fois à titre posthume en 1949

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Le long silence de Thomas MCGUANE

Publié le par Hélène

Thomas McGuane nous livre en ces pages des courts récits autobiographiques dans lesquels il évoque sa passion pour la pêche. En effet, les parties de pêche lui permettent de se découvrir pleinement humain en étant attentif au monde, il écoute et observe ce qui l'entoure avec acuité et sa présence au monde devient évidente. Que ce soit la chasse, l'observation des oiseaux, la pêche ou le bateau à voile "chacun de ces loisirs offre de magnifiques possibilités d'observer le temps, le paysage dans sa lumière changeante, le mouvement de l'eau." p.301

Les pêcheurs suivent le rythme des saisons, se mettent à l'unisson du balancement du monde et vivent ainsi des instants suspendus hors du monde ou au contraire profondément ancrés dans l'univers.

"Je suis bouleversé par la perfection des choses : le profil splendide de chacune des truites, la beauté angélique miniature des éphémères, et les eaux soyeuses et sauvages de le Big Hole River. Car c'est pour de telles choses que nous sommes déposés sur ce tas de boue en rotation." p.124

Bien campés dans leurs bottes comme dans le monde, ils apprennent à profiter du moment présent :

"Il trouva des signes d'immortalité dans la pêche et le long des rivières où des instincts humains ancestraux rencontrent la nature au paroxysme du cyclique et du mystérieux, où le comportement humain fait si clairement partie de la nature, où notre détachement, même de la brièveté de nos propres vies, est réconfortant." p. 332

http://pecheur.info/flyfishing-is-a-joke.html

Ce que j'ai moins aimé :

Partie de pêche après partie de pêche, j'ai fini par me lasser du vocabulaire technique, des détails et de l'aspect finalement très répétitif des récits.

Bilan :

De belles anecdotes à picorer pour se plonger dans l'univers lumineux de cet auteur, icône du nature writing américain.

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

D'autres avis : Le Bouquineur ; Lecture commune avec Electra

Du même auteur : Sur les jantes

Sur le même thème :  Dérive sanglante  ; Casco bay Mon Amérique 

 

Le long silence, Thomas McGuane, traduit par Anatole Pons, Gallmeister, novembre 2016, 376 p., 23.90 euros

 

Merci à l'éditeur.

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La piste des soleils de Jack LONDON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le sage indien Sitka Charley s'interroge devant une gravure. Il cherche un sens à cet instantané de vie. Il établit alors un parallèle entre l'art et la vie  "Moi aussi j'ai vu maintes images de la vie, dit-il, des images qui n'étaient pas peintes, mais vues avec les yeux. (...) J'ai vu beaucoup de fragments de vie, sans commencement, sans fin, impossibles à comprendre."

Ainsi l'indien raconte l'une de ses aventures qui commence au bord du lac Lindeman. Il nous emmène à ses côtés dans la mission mystérieuse que s'est assignée une femme qui fuit en avant, poursuivie ou à la poursuite de quelque chose ou quelqu'un. La jeune femme se heurte aux conditions difficiles du grand nord, mais, portée par sa quête, elle continue à avancer, vivante. Elle dépasse ses limites physiques, luttant pour sa survie, grâce à la toute puissance de sa volonté. L'indien, témoin muet de sa fuite en avant aura beau chercher un sens à cette folie humaine, sa question restera à jamais sans réponse. Mais était-il nécessaire de comprendre ?

Si Jack London n'a pas son pareil pour peindre les contrées glaciales de l'Alaska, le froid mordant, les hommes qui avancent contre les éléments et luttent pour leur survie, la force de ses récits tient surtout à leur profondeur.

La Piste des soleils résonne comme un hymne à la création qui fige peut-être les vies des personnages, mais inscrit aussi des moments dans l'éternité. Chercher un sens à la vie comme aux histoires contées n'est peut-être pas tellement nécessaire. Jack London laisse la question ouverte, comme une invitation à interpréter notre propre vie et à lui assigner le sens qui nous convient ...

 

Du même auteur : Smoke Bellew ; Martin Eden

Présentation de l'éditeur : Folio

extrait du recueil L'amour de la vie

Cette mise en abyme de la création a été choisie pour honorer le nouveau rendez-vous hebdomadaire initié par Martine : tous les lundis nous mettrons l'accent sur une nouvelle "La bonne nouvelle du lundi"

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Albert sur la banquette arrière d'Homer HICKAM

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Peut-être que c'est ça, la vie. Toujours plus de mystères. On croit tout savoir mais on ne sait rien, ou pas vraiment."

Ce roman nous conte l'histoire plus ou moins vraie d'un mari, de sa femme et de l'alligator de sa femme. Homer est minier en Virginie et il est marié à Elsie, jeune femme aux rêves déçus qui est tournée vers son passé. Albert est leur alligator, offert comme cadeau de mariage par un ancien soupirant d'Elsie. Homer est lassé par ce mastodonte qui représente l'amour perdu d'Elsie et ne lui laisse comme alternative que celle du mari jaloux "c'est lui ou moi". Le couple décide donc de ramener Albert en Floride, accompagné dans leur farfelu voyage par un coq qui s'est invité à l'improviste.

S'ensuivent des aventures abracadabrantes : les charmants acolytes seront témoins dans une affaire de braquage, détenteurs d'informations sur une possible affaire de meurtres en série, complices de l'explosion d'une usine, suspectés de contrebande et de transport d'alcool perdu en mer... Homer devient joueur de base-ball professionnel, puis garde-côtes contre des trafiquants et voyous des mers, acteur, Elsie infirmière, pilote d'avion, tous deux essuient un ouragan en Floride et rencontrent en chemin Steinbeck ou encore Hemingway.

Mais derrière ces aventures hautes en couleurs, se cache l'essentiel :

"L'histoire de mes parents ramenant Albert chez lui racontait tout autre chose que leurs récits fantaisistes et leurs aventures de jeunesse. Il s'agissait d'un témoignage sur le plus beau des cadeaux de la Création, sur cette émotion étrange et merveilleuse que nous appelons, à défaut d'un meilleur mot, l'amour." 

Ce que j'ai moins aimé : un peu longuet d'une part, et d'autre part Elsie est détestable et on se demande durant toute la lecture pourquoi Homer ne la plante pas là avec ses rêves pitoyables ...

Bilan : un bon moment de divertissement.

 

Présentation de l'éditeur : Harper et Collins

D'autres avis : Babélio

 

Albert sur la banquette arrière, Homer Hickam, traduit de l'américain par Arnold Petit, Mosaïc, juin 2016, 448 p., 19.9 euros

 

Merci à l'éditeur

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Au bonheur des îles de Bob SHACOCHIS

Publié le par Hélène

♥ ♥

"On est comme des rochers au fond d'la mer. On peut pas bouger, on peut aller nulle part. T'entends, comme des rochers, qu'on est, et tout le reste file dans l'eau à côté de nous." "Redemption songs"

La vie sous les tropiques n'est pas si rose pour les protagonistes de ces nouvelles qui ont comme toile de fond les iles Caraïbes. Entre cet homme obligé de conserver sa mère décédée dans la chambre froide de son hôtel, ou celui qui est pourchassé par la  police, tous sont souvent tiraillés entre une envie irrépressible de de partir et le fait d'être rivés au sol, cloués dans leurs iles. S'ils sont conscients de l'écart entre le rêve américain tout proche et leur propre vie, ils savent aussi en gouter la saveur :

"Les hommes se dispersèrent pour jouer au pedro, pour nettoyer les marmites, pour écouter Gabriel raconter l'histoire d'un bateau de Providence qui avait disparu à Serrana avec son père à bord. Le vent tomba complètement. Un petit flocon de lune se leva et figea la mer. Au loin dans les ténèbres, les récifs de corail se radoucirent et laissèrent la marée leur passer par-dessus sans la briser. Les cartes crépitaient bruyamment dans la conservation à mi-voix des joueurs de pedro. Leurs mots se dispersaient aux quatre vents de la nuit et quelque part, au loin sur la mer d'encre, ils plongeaient et se perdaient sous l'eau, traversant, telles des âmes envolées, un silence délicieux." "La faim"

Certaines scènes transcendent leur réalité, comme cette nage avec les tortues, offrant comme un moment suspendu dans une vie tourmentée.

Lauréat du National Book Award, ce recueil de nouvelles est une réédition de Gallmeister, agrémentés de quatre nouvelles supplémentaires par rapport à sa première version publiée chez Gallimard. 

Ce que j'ai moins aimé : Un recueil qui ne m'a pas marqué.

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

D'autres avis : La cause littéraire

 

Au bonheur des îles, Bob Shacochis, traduit de l'américain par Sylvère Monod et François Happe, Gallmeister, janvier 2016, 336 p., 9.40 euros

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Pieds nus dans l'aube de Félix LECLERC

Publié le par Hélène

  ♥ ♥

"Une maison chaude, du pain sur la nappe et des coudes qui se touchent, voilà le bonheur." p. 41

Dans son premier roman de Félix Leclerc évoque son enfance et son univers doré à La Tuque près de la rivière Saint Maurice au Québec dans les années 20. Sa poésie enchanteresse inonde ses souvenirs de rayons joyeux et envoûtants, nous emportant sur les ailes d'un bonheur suspendu entre enfance et adolescence.

"Et comme l'équipage d'un navire heureux ne pense ni aux arrivées ni aux départs, mais à la mer qui le porte, nous voguions dans l'enfance, voiles ouvertes, émus des matins et des soirs, n'enviant ni les ports ni les villes lointaines, convaincus que notre navire battait bon pavillon et renfermait les philtres capables de fléchir pirates et malchances." p. 19

Sa famille est un havre de paix, un port où se réfugier en cas de tempête et la philosophie de leur mère "se résumait au pain quotidien et à la paix intérieure ; et elle y tenait, y revenait souvent comme la vague sur la roche, sachant l'inconstance des hommes et la facilité qu'ont les idées de disparaître."p. 40

Entouré de cette famille aux valeurs terriennes, de ses soeurs, de son ami Fidor et de ses autres camarades, le petit Félix grandit harmonieusement, se préparant avec intelligence à la vie d'adulte.

"Si l'on avait offert à Fidor et à moi de passer toute l'existence au bord de la vallée, avec notre taille notre vocabulaire d'enfant de douze ans, dans l'ignorance des villes, des lois, des thèses, des pays lointains, nous aurions accepté. (...) Que nous importaient les liasses de papier d'argent et la puissance des diplômes quand nous n'attendions rien de personne, quand nous étions libres comme des écureuils, riches de tout et de rien, un lasso sur l'épaule en guise de besace et le gosier plein de chansons." p. 131

Puis le passage à l'adolescence et à l'âge adulte, sonne le glas du bonheur, comme un abandon de cet âge d'or, un temps où le malheur s'invite

"C'aurait été pourtant si facile pour le bon Dieu (assurément ce lui serait un jeu encore, s'il le voulait) d'arrêter le temps, un certain soir d'été, alors qu'il a plu beaucoup l'après-midi et que le soleil paraît pour tiédir le vent ; que l'arc-en-ciel s'empare des gouttes d'eau et fait le pont d'une montagne à l'autre ; que la terre boit, satisfaire, comme à la mamelle ; que tous les gavroches, pieds nus dans les lacs de la rue, tirant leurs bateaux de papier, s'interpellent en secouant des cris heureux ; que les ouvriers de retour de l'ouvrage s'attardent sur les marches de leur maison pour applaudir l'éclosion d'une fleur près du trottoir : que l'écho crie sans cesse "Ohé, ohé, ohé !" : que les vieilles grands-mères, toutes cassées, toutes courbées, sortent de l'église et tiennent leur joie à deux mains pour ne pas qu'elle renverse ; qu'un grand soulagement passe sur tout ce qui peine ; que même les pavés poussent de furieux éclats de rire quand un cerceau roule sur leur dos ! 

Insaisissable bonheur !"

Ce frêle souvenir d'une vision de bonheur nous rappelle combien amour et amitié sont le ciment de l'enfance qui permet à l'adulte de construire une maison solide insensible aux tempêtes et aux orages.

 

A noter qu'une adaptation cinématographique réalisée par Francis Leclerc, fils de Félix, est en cours actuellement. https://fr-fr.facebook.com/Piedsnusdanslaube/

 

Québec en novembre

 

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Les yeux bleus de Mistassini de Jacques POULIN

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Ne cherche pas à faire que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et le cours de ta vie sera heureux." Epictète

En entrant par hasard dans une librairie du Vieux-Québec un jour de brume, le jeune Jimmy ne se doute pas que sa vie en sera bouleversée. Il rencontre le propriétaire du lieu qui n'est autre que l'écrivain Jack Waterman, atteint de la maladie "D'Eisenhower" qui le mine de l'intérieur jour après jour. Jimmy s'installe dans la librairie et aide Jack, bientôt rejoint par sa soeur Mistassini.

Les pages de Jacques Poulin sont peuplées de chats, de livres, de voyages formateurs, d'écrits salvateurs, et d'êtres humains conscients de la valeur des liens ténus qui les relient. Dans Les yeux bleus de Mistassini encore les thèmes chers au romancier ronronnent à nos oreilles. Bercé par les mots d'écrivains emblématiques comme Hemingway, Salinger, ou encore Carver, il nous plonge dans un monde dans lequel les mots embellissent la réalité et deviennent sources d'émerveillement : 

"Et dans la vie, demanda-t-il avec un net accent de sympathie, qu'est-ce qui compte pour vous ?

- Des détails, dit Jack. Ce qui brille dans les yeux des enfants... Un chat qui se nettoie la moustache avec sa patte... Les jeux infinis de la lumière dans le feuillage des arbres... La plainte déchirante d'une Ferrari dans la ligne droite des stands à Monza..."

Avec délicatesse, sa poésie aborde des thèmes plus graves comme la vieillesse, sa décrépitude, et les choix qui s'offrent alors à nous pour pallier à cette déchéance.

Mes réticences : J'ai été gênée par l'ambivalence sexuelle ressentie par le narrateur envers celle qui n'est autre que sa soeur !

En conclusion : Jacques Poulin nous installe doucement dans un cocon protecteur le temps de la lecture, dans une bulle qui met en lumière son amour des livres et l'importance de la transmission. Son univers est unique...

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

D'autres avis : Les 2 bouquineusesKarine 

 

Du même auteur  La tournée d'automne ♥ ♥ ♥ ; Le vieux chagrin ♥ ♥ ♥ ♥ ;  Volkswagen blues  ♥ ♥ ; Les grandes marées ♥ 

 

Lu dans le cadre de Novembre au Québec

Lecture commune autour de Jacques Poulin aujourd'hui 

 

 

 

 

 

 

Les yeux bleus de Mistassini, Jacques Poulin, Actes sud, 2012, 187 p., 7.50 euros

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Des hommes de peu de foi de Nickolas BUTLER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Nelson 13 ans passe ses vacances dans le camp de scout Chippewa dans le nord du Wisconsin aux côtés de son père, un homme peu affable. Nous sommes à l'été 62, les camps scouts sont synonymes de camaraderie, veillées au coin du feu, courses d'orientation dans la forêt. En théorie. Mais Nelson a peu de camarades, il reste exclu et cette année-là des soirées clandestines peu orthodoxes ont lieu... Nelson aura des choix définitifs à faire. 

Nous retrouverons Nelson à trois étapes de sa vie : en 1962, 1996 et 2019, toujours avec en toile de fond ce camp Chippewa, fondateur des valeurs américaines. Ces différentes étapes mettront en valeur les difficultés d'être père, mari, ami,bon patriote dans une Amérique en pleine mutation.  

Si la décence et la générosité sont promues et récompensées : "La récompense est de ne pas avoir à mentir, de n'avoir rien à cacher, de n'avoir honte de rien. Vous n'aurez jamais besoin de présenter des excuses." , suivre une ligne de conduite rectiligne reste difficile. 

"Les héros sont toujours gouvernés par le coeur ; les lâches par le cerveau? Ne l'oublie jamais. Les héros ne calculent pas, ne calibrent pas. Ils font le choix du bien." p. 284

Les années 2000 sont l'occasion d'une description assez pessimiste de l'Amérique actuelle :

"Les mariages ne durent pas, personne n'est innocent et les valeurs scoutes, à l'instar des autres valeurs morales, ne représentent au final que des Tables de la Loi archaïques, dont les mots se fondent dans l'obscurité, effacés par les pluies acides,la pierre retournant au sable qui la réduit en particules minuscules, sable à jamais mouvant sous nos pieds." p. 302

Dans un monde chaotique, comment garder la foi dans les valeurs fondamentales transmises par l'armée, le scoutisme ou l'éducation  ? Tel est sans doute le sens du titre tiré de l'Evangile selon Matthieu : "Jésus lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" Il est souvent difficile de garder la foi...

Ce que j'ai moins aimé : La dernière partie consacrée à Rachel et notamment ce qu'il lui arrive à elle et Nelson semble un peu abrupt. L'auteur utilise cette expérience pour s'interroger sans doute sur le rapport hommes femmes en adoptant ici le point de vue féminin mais cela tombe malheureusement dans la caricature. C'est dommage ...

Bilan : Un magnifique roman profondément humain qui est prétexte à une myriade de questions essentielles : Qu'est ce qui fait de nous des gens bien ? Une belle personne ? Quel est le prix à payer pour être quelqu'un de bien ? A méditer...

 

Présentation de l'éditeur : Autrement 

Du même auteur Retour à Little Wing ; Rendez-vous à Crawfish creek 

D'autres avis :  SandrineEva Jostein ; Clara

Télérama

 

Des hommes de peu de foi, Nickolas Butler, traduit de l'anglais (EU) par Mireille Vignol, Autrement, août 2016, 535 p., 23 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

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Histoires nordiques de Lucie LACHAPELLE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Lucie Lachapelle a fait plusieurs séjours au Nunavik  où elle a officié en tant qu'enseignante en 1975. Elle raconte dans ces nouvelles certaines de ses rencontres et expériences parmi les Inuits. Elle évoque avec tendresse son amie Kitty, les enfants à qui elle enseigne, les pères pas toujours très réceptifs à l'enseignement, Akinisie, la guérisseuse du village...

Avec amour et poésie, elle livre un beau récit - témoignage sur cette région du bout du monde. Aux côtés des habitants, elle pêche, elle chasse le phoque et l'outarde,  dort sous un igloo ou sous la tente, goûte les plats typiques comme le foie de phoque, le gésier d'outarde, la perdrix ou le béluga cru. Elle se laisse charmer par la douceur de ce pays du bout du monde : 

"Le soleil fait miroiter les mares d'eau laissées par les dernières pluies. Le vent fait claquer les vêtements sur les cordes tendues entre les maisonnettes et les gonfle comme des voiles de bateaux prêts pour le prochain voyage. Le ciel est sans nuages. Un enfant pleure, une mère sort sur le pas de sa cabane et le prend dans ses bras, l'embrasse, le console. Le rire du petit retentit et s'élève dans l'air frais de juillet." p. 17

Si dans un premier temps elle envisage de rester dans ce pays, elle saisit peu à peu les raisons qui, réciproquement, poussent les habitants à rêver du Sud, elle ressent alors dans les profondeurs de son être leurs terreurs : 

"Parfois, les nuits sont noires, sans lune, sans étoiles, sans ciel. Un plafond de nuages sombres. Ce sont des nuits d'angoisse.

Parfois, le jour se lève ainsi. Il sort de la nuit lourde, s'installe sans soleil. A peine une lueur. Une clarté. L'air ne circule pas. Les sons demeurent au sol.

Le ciel, la terre, la mer, tous trois confondus. L'enfant s'égare, le chasseur tombe dans une crevasse, le Blanc devient fou." p. 73 

Les années avançant, elle ouvre alors les yeux sur un climat social oppressant, une violence et un mal-être qui poussent beaucoup trop de jeunes au suicide. Son point de vue se fait plus nuancé, plus humain face à ce monde en suspens...

"Il y a des problèmes, c'est vrai. Mais il y a de l'espoir. Le monde nordique a changé, évolué, mais sa beauté est intacte. Elle l'a vu, encore une fois, dans toute sa grandeur et avec tous ses malheurs. Il y a des vieilles au sourire moqueur et des vieux à la peau burinée, des enfants aux yeux rieurs et d'autres qui se suicident, des parents bienveillants et d'autres qui se soûlent, des filles amoureuses et d'autres qui sont violentées, des ciels lumineux, des coups de vent et des tempêtes." p. 125

Scène de vie au Nunavik. (Photo fournie par Lucie Lachapelle)

 

Présentation de l'éditeur : Editions XYZ

D'autres avis : Karine ; Lecture commune avec Yueyin 

Du même auteur : Rivière Mékiskan 

Vous aimerez aussi : Les romans de Jorn Riel

 

Histoires nordiques, Lucie Lachapelle, XYZ Editeur, 2013, 133 p., 17 euros

 

 

 

 

 

 

 

 

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Voici venir les rêveurs de Imbolo MBUE

Publié le par Hélène

♥ ♥

A l'automne 2007, Jende Jonga, immigrant d'origine camerounaise décroche enfin un emploi stable de chauffeur chez Clark Edwards, riche banquier chez Lehman Brothers. Cela lui permettra d'obtenir sa carte verte et d'assurer les études de pharmacie de sa femme Neni ainsi que le quotidien pour son fils Liomi. Tous pourront ainsi devenir américains ! Jende amorce les démarches nécessaires, d'autant plus que des liens de confiance s'établissent entre lui et son patron, un homme abîmé par le travail et les difficultés professionnelles. Le rêve américain semble à portée de mains. Malheureusement, la crise des subprimes n'est pas loin, et tout risque de basculer...

Les destins des deux familles se croisent : celui de la famille américaine lisse d'apparence mais cachant des failles que la faillite du mari va mettre à jour et les immigrants camerounais qui s'imaginent que les Etats-Unis sont un Eldorado doré et se retrouvent déçus par les réalités rencontrées :

"Même après avoir vu Boyz'n in the Hood et Do the Right Thing, rien ni personne ne put ébranler ses certitudes ni la convaincre que le mode de vie des Noirs dépeints dans les films n'était pas représentatif de leur vie réelle, de la même manière que les Américains comprenaient très certainement que les images de guerre ou de famine en Afrique qu'ils voyaient à la télévision n'étaient pas représentatives de la vie là-bas." p. 348

Jende et sa famille ont dû quitter leur pays à cause de la pauvreté et des conflits familiaux, pour vivre à présent dans la peur incessante de l'expulsion, avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, et subissant le manque d'argent impardonnable dans ce pays. Ils vivent incessamment tiraillés entre l'espoir d'un monde neuf et la nostalgie du pays natal. 

"C'est la peur qui nous tue, Leah, dit Jende. parfois, il nous arrive de mauvaises choses, mais la peur est encore pire." p. 205

Que sont-ils prêts à supporter pour rester dans ce pays qui semble les rejeter ? Faudra-t-il finalement décider de plier bagages et rentrer au pays quitte à subir les remarques de ceux qui les ont vus partir ? Jusqu'où faut-il assumer ses choix ? Quand faut-il renoncer ? 

Imbolo Mbue est elle-même américaine d'origine camerounaise et elle puise dans sa propre expérience pour nous conter le destin de ces immigrants confrontés à l'American Dream et à ses revers. Son point de vue nuancé éclaire les contradictions des uns et des autres. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Le contraste entre la période d'avant la crise, période idyllique où tout semble sourire aux uns et aux autres, et la suite assez désenchantée est un peu trop marqué. 

- De même, les clichés sur la famille américaine  frôlent la caricature.

Bilan :

Un beau roman sur les revers du rêve américain. 

 

Présentation de l'éditeur : Belfond

Vous aimerez aussi : Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

D'autres avis : Chez Babélio 

 

Merci à l'éditeur 

 

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, traduit de l'anglais  (Cameroun) par Sarah Tardy, Belfond, août 2016, 440 p., 22 euros

 

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