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171 articles avec litterature europe

Mary Barton de Elizabeth GASKELL

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Ne rien convoiter sous les vastes cieux,

N'avoir à regretter aucune vilenie,

Non plus qu'une heure gaspillée,

Et comme une timide violette, en silence,

Exhaler vers le Ciel un suave parfum,

Pour le remercier de toutes ses bontés,

Puis ployer, satisfait sous la pluie purifiante." Elliott

Ce premier roman d'Elizabeth Gaskell peint le destin de la jeune et trop jolie Mary Barton dont le coeur oscille entre son ami d'enfance Jem Wilson et le fils du patron des filatures, Harry Carson. Jeune couturière vivant dans la pauvreté et le dénuement, si son coeur a tendance à la pousser vers Jem, ses rêves et sa coquetterie lui font espérer une vie prospère, comme une revanche sur la pauvreté actuelle, aux côtés de Harry.

En ces années 1839, la misère frappe durement les ouvriers, la faim taraudant les plus faibles et les menant aux portes de la mort. La moindre miette de pain est une bénédiction en ces périodes de disette. De plus, le contraste entre les ouvriers et ces patrons qui préfèrent ignorer les revendications des uns et des autres provoque les premières luttes syndicales. Le père de Mary Barton s'engage corps et âme dans ces luttes. Les revendications des syndicalistes veulent ouvrir une ère nouvelle : "Il était souhaitable que les ouvriers ne fussent pas seulement des ignorants se comportant comme des machines, mais des hommes éduqués, capables de discernement ; et qu'il existât entre eux et leurs patrons des liens de respect et d'affection, et pas seulement des contrats financiers ; en somme, il souhaitait que la loi gouvernant les rapports entre les deux parties fût conforme à l'esprit du Christ." p. 473

Au fil du roman, Mary mûrit et revient aux valeurs essentielles, éprise de justice, elle sera soumise à une dilemme bien plus grave que de simples hésitations sentimentales...

Vous l'aurez compris, malgré ses 600 pages, Mary Barton est un roman social prenant aux nombreuses ramifications.

« Audacieux pour son temps, accueilli avec intérêt par Dostoïevski, Mary Barton est éloigné de toute subversion, mais touche par son réalisme juste et sensible. »

Le Monde

 

Présentation de l'éditeur : Fayard, Points

D'autres avis : Télérama ; Claudia ; Kathel ;

Du même auteur : Nord Sud

 

Une lecture qui clôturera - un peu en retard- le Mois anglais pour moi

 

Mary Barton, Elizabeth Gaskell, Points, mars 2016, 595 p., 8.40 euros

Publié dans Littérature Europe

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Les bottes suédoises de Henning MANKELL

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Vieillir, c'est s'aventurer sur une glace de moins en moins solide." p. 200

Oui, le bandeau scande la filiation avec Les Chaussures italiennes, mais je vous rassure de suite, les deux romans peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre.

Fredrik vit seul sur une île de la Baltique. Il se réveille un matin dans sa maison en feu. De cette maison héritée de ses grands-parents, il ne reste rien. A 70 ans Fredrik s'installe dans une caravane au confort rudimentaire et se demande comment envisager la suite de son existence. Une journaliste venue l'interroger sur le drame pourrait lui redonner le goût de vivre, mais la belle reste fuyante. De surcroit, des sous-entendus laissent penser qu'on le croit responsable de l'incendie. Fredrik noie sa mélancolie dans les paysages de son île quand l'arrivée de sa fille Louise porteuse d'un secret ravive son envie de vivre. 

Doux roman mélancolique, Les bottes suédoises prend son temps, à l'image des bottes commandées par Fredrik qui tardent à arriver au magasin. En attendant, Fredrik se promène avec deux bottes de pied gauche, claudiquant dans sa vie ravagée. Il lui faudra du temps pour se reconstruire et appréhender les êtres qui l'entourent qui bien souvent constituent un mystère pour lui.

Cette belle réflexion sur le temps qui passe et sur la vieillesse nous prend dans ses serres pour nous relâcher ensuite, apaisés, prêts à regarder aux côtés de Fredrik vers des rivages harmonieux.

 

Présentation de l'éditeur : Seuil ; Points

D'autres avis : Télérama Babelio ; Antigone

 

Les bottes suédoises, Henning Mankell, Traduit du suédois par Anna Gibson, Points, 384 p., juin 2017, 7.9 euros

 

Et merci à Isabelle pour le prêt !

Publié dans Littérature Europe

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La promenade au phare de Virginia WOOLF

Publié le par Hélène

♥ ♥

"La vie, à force d'être faite de ces petits incidents distincts que l'on vit un à un, finit par faire un tout qui s'incurve comme une vague, vous emporte, et, retombant, vous jette violemment sur la grève."

En ce soir d'été sur une île au large de l'Ecosse, Mrs Ramsay promet à son fils James que le lendemain ils tenteront une excursion jusqu'au phare qui illumine leurs soirées de sa lumière intermittente. Mais selon son mari, l'excursion sera compromise en raison du mauvais temps. cette simple scène met en lumière les rapports humains qui régissent cette famille : entre la mère aimante et dévouée Mrs Ramsay, cette femme souple qui essaie toujours de faire le bonheur de son entourage et son mari, beaucoup plus dur et rigide, le contraste est saisissant.

Dans ce roman, Virginia Woolf évoque son père, avec qui elle a toujours rencontré un problème relationnel, ce dernier la brimant dans son acte de création. Grâce à son roman et à sa fonction cathartique, elle se débarrasse du fantôme de ce père aux allures tyranniques. Son roman est construit autour d'une image-contraste, entre le lyrisme de l'écriture, de la création et un quotidien beaucoup plus banal englué dans des considérations triviales. 

Après sa mort, Lily, une peintre qui a elle aussi séjourné sur l'île comprendra que Mrs Ramsay influait du sens dans l'existence naturellement dépourvue d'un quelconque sens : en créant  un environnement propice, en se souciant de l'atmosphère, de l'harmonie des choses, de façon à ce que chacun se sente hors du commun, Mrs Ramsay est l'artiste par excellence dans cet art d'arranger des choses, et de procurer le bonheur, de faire de l'instant présent quelque chose de permanent en parvenant à stopper l'instant.

"La grande révélation n'était jamais venue. La grande révélation ne vient peut-être jamais. Elle est remplacée par de petits miracles quotidiens, des révélations, des allumettes inopinément frottées dans le noir."

@PhilipPlisson

Par le grossissement des détails, l'auteur nous montre que chaque détail vaut pour le tout, dans une esthétique dite du fragment assez particulière. Chaque évènement ne vaut que comme le reflet d'une conscience, le rendu de la conscience étant au centre de l'oeuvre de Virginia Woolf. Les autres sont difficilement compréhensibles, les relations humaines ne souffrant pas l'examen de cette conscience singulière :

"Comme jugeait-on les autres, comment pensait-on à eux ? Comment ajoutait-on un tel trait à tel autre et concluait-on que c'était en définitive de la sympathie ou de l'antipathie que l'on éprouvait ? "

 

Les mots n'atteignent jamais leur but, trop rapides, ils tombent souvent à plat et "La moitié des notions que nous nous formons que les gens sont en somme grotesques. Elles servent nos propres buts."

Seule la conscience prévaut et cette capacité à se lover en soi-même :

"Ils devaient sentir que ce qui de nous apparait aux autres, ce par quoi ils nous connaissent, ne représente qu'une puérile réalité. Sous cette apparence tout est sombre, tout s'étend, tout a d'insondables profondeurs. Mais de temps en temps nous montons à la surface et c'est cela qu'on aperçoit de nous."

Par l'acte de création, l'être se sauve et sauve la réalité vide qui se laisse difficilement saisir...

"Chose étrange, pensait-elle, que, lorsqu'on est seul, on se sente ainsi attiré vers les choses, les objets inanimés, les arbres, les ruisseaux, les fleurs ; il semble qu'ils vous expriment ; qu'ils deviennent vous-même ; qu'ils vous connaissent, et, en un certain sens, sont vous-même ; on éprouve ainsi pour eux (elle regardait cette longue lumière calme) une irrationnelle tendresse semblable à celle que l'on éprouverait envers soi-même. Du sol de l'esprit (elle regardait, regardait toujours ses aiguilles levées), de ce lac qu'est l'être montent en volutes une vapeur, une fiancée allant à la rencontre de l'aimé."
 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Violette

Du même auteur : Les vagues

 

Le mois anglais est consacré aujourd'hui à Virginia Woolf.

Publié dans Littérature Europe

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Les filles au lion de Jessie BURTON

Publié le par Hélène

1967 Odelle originaire des Caraïbes vit à Londres en colocation avec son amie. Après avoir travaillé plusieurs années dans un magasin de chaussures, elle accepte un nouveau poste dans une galerie d'art dirigée par l'énigmatique Marjorie Quick et simultanément elle rencontre Lawrie Scott. Elle tombe sous son charme et quand il lui dit détenir un tableau qu'il aimerait faire expertiser, tout naturellement, il s'adresse à la galerie d'art de Marjorie. Mais la réaction de cette dernière à la vue du tableau est assez surprenante. Que cache ce mystérieux tableau à l'auteur indéterminé ? Odelle, intriguée par tant de mystères se plonge alors dans l'histoire de ce tableau.

Parallèlement nous suivons le destin de la famille de Harold marchand d'art viennois installé en Espagne dans les années 30 avec sa femme Sarah et sa fille Olive, jeune peintre. La famille rencontre Teresa et Isaac, deux jeunes gens du village, avec qui chacun va lier des relations particulières...

Ce que j'ai moins aimé : J'avais tellement aimé Miniaturiste, que j'attendais cette lecture avec impatience, mais malheureusement je n'ai pas retrouvé l'enthousiasme de ma première lecture de l'auteur. Jsalle'ai trouvé ce roman-ci beaucoup plus poussif, j'ai rapidement compris les tenants et les aboutissants, et le manque de surprise a aussi terni ma lecture.

Certaines pistes comme l'acte de création, à l'oeuvre chez Odelle qui écrit des nouvelles et chez Olive qui peint, auraient pu être davantage exploitées.

Bilan : Une lecture agréable sans être inoubliable...

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : Télérama

Du même auteur : Miniaturiste

 

Les filles au lion, Jessie Burton, traduit de l'anglais par Jean Esch, Gallimard, mars 2017, 496 p., 22.50 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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Le dimanche des mères de Graham SWIFT

Publié le par Hélène

♥ ♥

En ce dimanche des mères de 1924., la coutume veut que les aristocrates donnent congés à leurs bonnes pour que ces dernières rendent visite à leurs mères. Jane, jeune femme de chambre orpheline ne sait pas vers où vont diriger ses pas quand son amant Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille lui demande de le rejoindre dans sa demeure désertée. Le jeune homme doit prochainement se marier, et leur longue liaison risque alors de prendre fin. Elle le rejoint alors, et les heures s'étirent délicieusement jusqu'au départ de Paul qui doit rejoindre sa fiancée. 

Portait d'une âme en errance qui se construit au fil des pages, ce roman magnifique chante les miracles de la création. Jane a grandi dans un orphelinat puis a été placée comme domestique dans une famille qui lui ouvre par chance les portes de la bibliothèque familiale. Les livres sont une découverte pour elle, elle n'aura de cesse de se plonger dans les romans d'aventure, puis par la suite, elle transmuera ses expériences en oeuvre littéraire, comme une évidence. Les frontières entre récit et réalité s'estompent alors :

"Pouvait-elle faire la part des choses et séparer ce qu'elle avait vu en imagination de ce qu'elle avait réellement vécu ? (...) Le propre de l'écrivain n'était-il pas de saisir la vie à bras-le-corps ? N'était-ce pas là tout l'intérêt de la vie ?" p. 63

Jane fait "commerce des vérités" et transforme dans sa mémoire littéraire l'après-midi passé aux côtés de Paul en bijou parfait aux contours ciselés. Là est la force de la création, inscrire ces quelques heures dans l'éternité pour que cet instant résonne dans l'âme et bouleverse à jamais l'ordre des choses.

Une petite oeuvre d'art !

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : repéré dans Télérama ; Nadael ; Cathulu

 

Le dimanche des mères, Graham Swift, traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, Gallimard, janvier 2017, 144 p., 14.50 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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Le rêve le plus doux de Doris LESSING

Publié le par Hélène

"Nous portons en nous-mêmes des modèles invisibles aussi inéluctablement personnels que nos empreintes digitales, mais nous ne n'en prenons conscience qu'après avoir regardé autour de nous et reconnu leurs reflets." p. 72

L'action se concentre sur la famille Lennox, principalement dans les années 60, à l'esprit très contrasté. La première partie, assez statique, se déroule toujours dans la maison, autour de la table où se rassemble la famille de Frances et les êtres qu"elle accueille, Rose, Jil, Geoffrey et les autres qui s'ajoutent au fil du temps, partent, reviennent, disparaissent. Mère de substitution, Frances s'occupe de son petit monde avec bienveillance et dévouement. Les apparitions éclair de Johnny le père de ses deux garçons Colin et Andrew, sont souvent le prétexte à des débats passionnés autour des questions politiques, Johnny défendant le communisme avec virulence, quitte à fermer les yeux sur certaines exactions. 

Cette première partie du roman s'axe sur une réflexion sur ces jeunes désoeuvrés qui subissent l'influence du communisme et fustigent le capitalisme, cette génération qui attend aussi "tranquillement que cela lui tombe tout cuit dans le bec sans qu'elle ait à travailler." Pour Julia, la mère de Johnny, cette errance des jeunes est le résultat des deux guerres après lesquelles plus rien ne peut être normal.

La deuxième partie du roman suit Sylvia, une des protégées de Frances, en Afrique, dans un pays imaginaire le Zimlie qui sort d'une guerre et est fortement touché par le sida. Sylvia devenue médecin se bat pour ses idées dans un pays qui reste dévasté.

Ce que j'ai moins aimé : La première partie assez statique, toujours dans la maison, l'action n'avance pas, les scènes se répètent et les situations similaires deviennent lassantes à la longue.

 

Présentation de l'éditeur : J'ai Lu

Du même auteur : Nouvelles africaines tome 1

 

Le rêve le plus doux, Doris Lessing, traduit par Isabelle Delord-Philippe, mars 2008, 8.20 euros

 

Le mois anglais consacré aujourd'hui à Doris Lessing

Publié dans Littérature Europe

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Le mois anglais 2017

Publié le par Hélène

Le mois anglais est de retour toujours brillamment organisé par Lou et Cryssilda

Comme le dit cette dernière "C'est le moment de dépoussiérer votre plus belle théière, de sortir vos recettes de scones, vos mugs "England Forever", vos parapluies, votre intégrale de Dickens et vos albums de vacances favoris !"

Au programme, voici "quelques" rendez-vous communs :

Personnellement comme chaque année j'avais un programme ambitieux, puis j'ai commencé par la lecture du Bois du rossignol que j'ai abandonné, puis de Une mercedes blanche avec des ailerons abandonné également. Parallèlement, j'ai entamé la lecture d'un pavé indonésien publié chez Zulma qui a d'autant plus ralenti mon rythme de lecture...

J'avais déjà lu Un jour dont parlera le blogoclub le 1er juin, je passe donc mon tour (d'autant plus que je n'avais pas aimé !)

J'ai tout de même lu un Doris Lessing Le rêve le plus doux (moyen) pour la lecture commune du 3 juin et l'excellent Le dimanche des mères de Graham Swift dont je vous parlerai lundi prochain !

 

Je reste ambitieuse, voici les titres retenus :

Les filles du lion de Jessie Burton

L'amant de Lady Chatterley de Lawrence

La promenade au phare de Woolf pour le 10 juin

Mary Barton de Gaskell pour le 14 juin

A perdre haleine de Aga Lesiewicz pour le polar du 24 juin

 

et (-éventuellement-) :

Un homme de tempérament de Lodge

L'excellence de nos aînés de Compton

Un Agatha Christie

Tess d'Uberville de Hardy

Un certain goût pour la mort de PD James

 

A suivre, au plaisir de vous retrouver pour partager des coups de coeur anglais !!

 

Publié dans Littérature Europe

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Tout ce qui est solide se dissout dans l'air de Darragh McKEON

Publié le par Hélène

Prix Lire-L'Express du Premier roman étranger 2015

Plusieurs destins se croisent à l'aube du 26 avril 1986 : Evgueni, un petit pianiste de neuf ans, Maria, sa tante qui travaille à la chaine sur des pièces de voiture, Grigori, un chirurgien dans l'hôpital voisin, et dans la campagne biélorusse, Artiom, un jeune garçon qui observe des phénomènes étranges dans la campagne de cette aube nouvelle. A côté, à Tchernobyl, le réacteur n°4 prend feu... Nul ne sait quelle est la procédure à suivre dans ce cas. Et l'onde de choc s'étend peu à peu...

Ce roman a le mérite de décrire dans les détails les coulisses de la catastrophe de Tchernobyl : les indécisions des uns et des autres, la population ignorante encore, les effets qui se font sentir petit à petit, les médecins démunis face à l'innommable...

Ce que j'ai moins aimé : les personnages ne réussissent pas à être attachants, la description est presque trop documentée, trop chirurgicale à mes yeux. Je n'ai guère été enthousiasmée...

 

Présentation de l'éditeur : 10-18 ;  Belfond

D'autres avis : Télérama

Sur le même thème : le magnifique roman d'Antoine Choplin, La nuit tombée, et la bande dessinée tout aussi belle de Emmanuel Lepage Un printemps à Tchernobyl

 

Tout ce qui est solide se dissout dans l'air, Darragh McKeon, traduit  de l'anglais (Irlande) par Carine Chichereau, 10-18, 456 p., mars 2017, 8.80 euros

Merci à l'éditeur.

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Miniaturiste de Jessie BURTON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

A dix-huit ans, Nella Oortman quitte son petit village pour rejoindre Amsterdam où l'attend son mari, Johannes Brandt. De lui, elle sait peu de choses, ainsi, c'est avec anxiété qu'elle ouvre la porte de l'opulente maison qui va accueillir sa vie de femme. Son mari, riche marchand de la ville n'est pas présent à son arrivée, c'est donc Marin, sa soeur célibataire avec laquelle il vit, qui reçoit la jeune femme avec une certaine froideur. L'atmosphère semble glacée dans cette maison du bord du canal et la jeune Nella sent courir dans les murs des secrets chuchotés tandis que son mari garde ses distances. Néanmoins, il lui offre un cadeau de mariage : une maison de poupée identique à leur propre maison. Nella fait alors appel à un mystérieux miniaturiste de la ville pour décorer cette maison miniature. Mais les livraisons de l'artisan sont surprenantes, comme si il en savait plus qu'elle-même sur les habitants de la maison et leurs secrets...

 

Maison miniature de Petronella Oortman au Rijksmuseum, à Amsterdam Rijkmuseum

Pour ce premier roman, Jessie Burton s'est inspirée d'une maison de poupée d’époque exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam, prétexte pour explorer l'âme humaine et ses tréfonds marécageux. En cette fin du XVIIème la religion et la morale régissent la société, enserrant chacun dans un carcan duquel la jeune Nella fera tout pour s'extraire, choisissant de forger son propre destin. La miniaturiste, aidant les femmes de la ville, "leur a donné la force de croire en elles-mêmes. Elles ont le pouvoir de déterminer leur existence et peuvent choisir de l'échanger, de le conserver ou d'y renoncer." Si notre héroïne arrive innocente et naïve dans la maison de son mari, avec une image très romancée du mariage et de la famille qu'elle est appelée à fonder, l'expérience densifie son point de vue et elle comprend que des forces plus sombres et plus fortes sous-tendent la vie en société. La maison est pour l'auteur le symbole d'un monde intérieur fait de secrets et de répression, monde qui évolue en parallèle du monde extérieur. "C'est une réflexion sur le contrôle, le pouvoir, l'imagination, la vie domestique, la liberté et ses limites, mais c'est également une réflexion sur l'importance de l'imagination et de la créativité."

Le roman est nourri par les recherches poussées de l'auteur sur la société de l'époque et ses pages réussissent à nous emporter dans les rues au bord du canal auprès de ces  êtres déchirés entre l'envie de vivre comme ils l'entendent et la peur calviniste de l'au-delà, contradictions qui les mènent  une certaine hypocrisie dans leur façon de vivre.

Ce premier roman a connu un immense succès, une série télévisée est même en préparation, succès grandement mérité tant Jessie Burton maîtrise parfaitement l'art de la narration !

A conseiller !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Dominique ;

 

Miniaturiste, Jessie Burton, traduit de l'anglais par Dominique Letellier, Folio, mars 2017, 528 p., 8.20 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Littérature Europe

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Sens dessus dessous de Milena AGUS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Parfois la vie est trop grande pour nous."

La narratrice habite dans un petit immeuble de la ville de Cagliari. Au-dessous de chez elle vivent Anna et sa fille Natasha et au-dessus, Monsieur Johnson, homme riche, ancien violoniste assez excentrique. Inévitablement, la route d'Anna va croiser celle de Monsieur Johnson, pour le meilleur et pour le pire.

"Toutes nos joies et tous nos malheurs résident dans les détails." dit un des personnages de cette joyeuse galerie de portraits. Aussi Milena Agus s'attache-t-elle à ces petits détails qui façonnent la vie, en laissant de côté les intrigues tonitruantes. Par le regard observateur de sa narratrice, son double, elle évoque juste les rapports humains, et la complexité de chacun. Les êtres se frôlent, chacun vient à l'autre avec son vécu, avec son passé et les leçons qu'il a pu en tirer. Ainsi après avoir vu plusieurs hommes de son entourage quitter leur femme pour une autre souvent plus jeune, la narratrice est persuadée que pour garder un homme il faut être une machine de guerre sexuelle. Mais les méfiances des uns et des autres se fondent et confondent dans les rencontres.

"Il dit que nous ne sommes jamais comme les autres voudraient que nous soyons. Nous pouvons en être très malheureux, jusqu'à en mourir. Ou bien accepter d'être à contre-courant, comme dans les comptines. (...) Etre bien avec soi-même, ne pas désirer être autre chose que ce que l'on est, ni plus ni moins." p. 76

Si les autres peuvent être sources de tristesse, ils sont aussi ceux qui peuvent nous sauver, des failles de chacun jaillit soudainement la lumière

"Bien sûr, j'imagine toujours l'immeuble en flammes, l'explosion d'une bonbonne de gaz, ou des assassins embusqués derrière la porte, mais je fais ce que Johnson junior m'a appris, un calcul de probabilités, en pourcentage. Il m'a fait remarquer que si les journaux racontent les faits divers, c'est bien parce qu'il est rare que des choses semblables se produisent. Sans quoi ils écriraient : "Aujourd'hui, aucun immeuble n'a explosé, rien n'a pris feu et personne ne s'est fait égorger en sortant de chez lui." Ce qui signifie que le monde est bon. Statistiquement bon." p. 78

Dans ce roman d'atmosphère, les petits riens de folie qui jalonnent la vie illuminent les vies des uns et des autres, entre rire et larmes. Puis quand la vie est trop lourde, reste la littérature, et sa capacité à transmuer tout cela en or.

 

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

Du même auteur : Battements d’ailes ♥ ♥ ♥ ; Quand le requin dort ♥ ♥ ♥

Vous aimerez aussi : En attendant Bojangles d'Olivier BOURDEAUT 

 

Sens dessus dessous, Milena Agus, traduit de l'italien par Marianne Faurobert, Editions Liana Levi, 2016, 146, 15 euros

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