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164 articles avec litterature europe

Tout ce qui est solide se dissout dans l'air de Darragh McKEON

Publié le par Hélène

Prix Lire-L'Express du Premier roman étranger 2015

Plusieurs destins se croisent à l'aube du 26 avril 1986 : Evgueni, un petit pianiste de neuf ans, Maria, sa tante qui travaille à la chaine sur des pièces de voiture, Grigori, un chirurgien dans l'hôpital voisin, et dans la campagne biélorusse, Artiom, un jeune garçon qui observe des phénomènes étranges dans la campagne de cette aube nouvelle. A côté, à Tchernobyl, le réacteur n°4 prend feu... Nul ne sait quelle est la procédure à suivre dans ce cas. Et l'onde de choc s'étend peu à peu...

Ce roman a le mérite de décrire dans les détails les coulisses de la catastrophe de Tchernobyl : les indécisions des uns et des autres, la population ignorante encore, les effets qui se font sentir petit à petit, les médecins démunis face à l'innommable...

Ce que j'ai moins aimé : les personnages ne réussissent pas à être attachants, la description est presque trop documentée, trop chirurgicale à mes yeux. Je n'ai guère été enthousiasmée...

 

Présentation de l'éditeur : 10-18 ;  Belfond

D'autres avis : Télérama

Sur le même thème : le magnifique roman d'Antoine Choplin, La nuit tombée, et la bande dessinée tout aussi belle de Emmanuel Lepage Un printemps à Tchernobyl

 

Tout ce qui est solide se dissout dans l'air, Darragh McKeon, traduit  de l'anglais (Irlande) par Carine Chichereau, 10-18, 456 p., mars 2017, 8.80 euros

Merci à l'éditeur.

Publié dans Littérature Europe

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Miniaturiste de Jessie BURTON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

A dix-huit ans, Nella Oortman quitte son petit village pour rejoindre Amsterdam où l'attend son mari, Johannes Brandt. De lui, elle sait peu de choses, ainsi, c'est avec anxiété qu'elle ouvre la porte de l'opulente maison qui va accueillir sa vie de femme. Son mari, riche marchand de la ville n'est pas présent à son arrivée, c'est donc Marin, sa soeur célibataire avec laquelle il vit, qui reçoit la jeune femme avec une certaine froideur. L'atmosphère semble glacée dans cette maison du bord du canal et la jeune Nella sent courir dans les murs des secrets chuchotés tandis que son mari garde ses distances. Néanmoins, il lui offre un cadeau de mariage : une maison de poupée identique à leur propre maison. Nella fait alors appel à un mystérieux miniaturiste de la ville pour décorer cette maison miniature. Mais les livraisons de l'artisan sont surprenantes, comme si il en savait plus qu'elle-même sur les habitants de la maison et leurs secrets...

 

Maison miniature de Petronella Oortman au Rijksmuseum, à Amsterdam Rijkmuseum

Pour ce premier roman, Jessie Burton s'est inspirée d'une maison de poupée d’époque exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam, prétexte pour explorer l'âme humaine et ses tréfonds marécageux. En cette fin du XVIIème la religion et la morale régissent la société, enserrant chacun dans un carcan duquel la jeune Nella fera tout pour s'extraire, choisissant de forger son propre destin. La miniaturiste, aidant les femmes de la ville, "leur a donné la force de croire en elles-mêmes. Elles ont le pouvoir de déterminer leur existence et peuvent choisir de l'échanger, de le conserver ou d'y renoncer." Si notre héroïne arrive innocente et naïve dans la maison de son mari, avec une image très romancée du mariage et de la famille qu'elle est appelée à fonder, l'expérience densifie son point de vue et elle comprend que des forces plus sombres et plus fortes sous-tendent la vie en société. La maison est pour l'auteur le symbole d'un monde intérieur fait de secrets et de répression, monde qui évolue en parallèle du monde extérieur. "C'est une réflexion sur le contrôle, le pouvoir, l'imagination, la vie domestique, la liberté et ses limites, mais c'est également une réflexion sur l'importance de l'imagination et de la créativité."

Le roman est nourri par les recherches poussées de l'auteur sur la société de l'époque et ses pages réussissent à nous emporter dans les rues au bord du canal auprès de ces  êtres déchirés entre l'envie de vivre comme ils l'entendent et la peur calviniste de l'au-delà, contradictions qui les mènent  une certaine hypocrisie dans leur façon de vivre.

Ce premier roman a connu un immense succès, une série télévisée est même en préparation, succès grandement mérité tant Jessie Burton maîtrise parfaitement l'art de la narration !

A conseiller !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Dominique ;

 

Miniaturiste, Jessie Burton, traduit de l'anglais par Dominique Letellier, Folio, mars 2017, 528 p., 8.20 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Littérature Europe

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Sens dessus dessous de Milena AGUS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Parfois la vie est trop grande pour nous."

La narratrice habite dans un petit immeuble de la ville de Cagliari. Au-dessous de chez elle vivent Anna et sa fille Natasha et au-dessus, Monsieur Johnson, homme riche, ancien violoniste assez excentrique. Inévitablement, la route d'Anna va croiser celle de Monsieur Johnson, pour le meilleur et pour le pire.

"Toutes nos joies et tous nos malheurs résident dans les détails." dit un des personnages de cette joyeuse galerie de portraits. Aussi Milena Agus s'attache-t-elle à ces petits détails qui façonnent la vie, en laissant de côté les intrigues tonitruantes. Par le regard observateur de sa narratrice, son double, elle évoque juste les rapports humains, et la complexité de chacun. Les êtres se frôlent, chacun vient à l'autre avec son vécu, avec son passé et les leçons qu'il a pu en tirer. Ainsi après avoir vu plusieurs hommes de son entourage quitter leur femme pour une autre souvent plus jeune, la narratrice est persuadée que pour garder un homme il faut être une machine de guerre sexuelle. Mais les méfiances des uns et des autres se fondent et confondent dans les rencontres.

"Il dit que nous ne sommes jamais comme les autres voudraient que nous soyons. Nous pouvons en être très malheureux, jusqu'à en mourir. Ou bien accepter d'être à contre-courant, comme dans les comptines. (...) Etre bien avec soi-même, ne pas désirer être autre chose que ce que l'on est, ni plus ni moins." p. 76

Si les autres peuvent être sources de tristesse, ils sont aussi ceux qui peuvent nous sauver, des failles de chacun jaillit soudainement la lumière

"Bien sûr, j'imagine toujours l'immeuble en flammes, l'explosion d'une bonbonne de gaz, ou des assassins embusqués derrière la porte, mais je fais ce que Johnson junior m'a appris, un calcul de probabilités, en pourcentage. Il m'a fait remarquer que si les journaux racontent les faits divers, c'est bien parce qu'il est rare que des choses semblables se produisent. Sans quoi ils écriraient : "Aujourd'hui, aucun immeuble n'a explosé, rien n'a pris feu et personne ne s'est fait égorger en sortant de chez lui." Ce qui signifie que le monde est bon. Statistiquement bon." p. 78

Dans ce roman d'atmosphère, les petits riens de folie qui jalonnent la vie illuminent les vies des uns et des autres, entre rire et larmes. Puis quand la vie est trop lourde, reste la littérature, et sa capacité à transmuer tout cela en or.

 

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

Du même auteur : Battements d’ailes ♥ ♥ ♥ ; Quand le requin dort ♥ ♥ ♥

Vous aimerez aussi : En attendant Bojangles d'Olivier BOURDEAUT 

 

Sens dessus dessous, Milena Agus, traduit de l'italien par Marianne Faurobert, Editions Liana Levi, 2016, 146, 15 euros

Publié dans Littérature Europe

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Le Mrozek de poche de Slawomir MROZEK

Publié le par Hélène

« La logique ne provoque que des nuits blanches »

Ce format de poche renferme 38 des meilleures nouvelles de l'écrivain polonais. Ses écrits sont décalés, frôlant l'absurde pour mieux mettre en lumière les rouages d'un monde abandonné à lui-même.

Dans "L'artiste", un coq qui veut rentrer dans un cirque se fait passer pour un lion, car il refuse de n'être qu'un coq. De fait, il n'est pas pris et quand on lui demande pourquoi il n'a pas voulu jouer au lion le renard répond à sa place ""Est-ce que tu as déjà vu un artiste sans ambition ?" Il peut s'agir aussi de fables écolo amères comme dans "L'arbre" : un arbre doit être coupé car il représente un danger pour les voitures; Pourtant le narrateur tient à cet arbre et il décide alors de le prémunir contre les accidents en tirant sur les voitures qui s'approchent de lui. Face aux logiques absurdes et aux raisonnements officiels souvent injustifiés, l'auteur offre une logique tout aussi décalée.

Subrepticement, cela lui permet de critiquer le pouvoir en place, souvent aux prises avec des logiques tout sauf morales et humaines. Pour l'auteur, quoi qu'il en soit la logique semble bel et bien absente de ce monde. La représentation que l'être humain se fait du monde est basée sur son expérience, sur des pré-requis qui peuvent s'avérer totalement erronés dans un monde qui n'a plus ni sens ni logique ! De fait un certain cynisme pessimiste se dégage de ces textes.

 

Les textes sont illustrés par Chaval, misanthrope notoire et dessinateur de talent  qui s'accorde parfaitement à l'esprit de Mrozek !

 

Ce que j'ai moins aimé : Plus je plonge dans la littérature de l'est, moins je m'y reconnais... Question de goût...

Bilan : D'un cynisme éclairant pour celles et ceux qui sont sensibles à cet esprit slave.

 

Présentation de l'éditeur : Les Editions Noir sur blanc

D'autres avis : conseillé par Eva Bester

Sur l'auteur : http://blog.lefigaro.fr/theatre/2013/08/slawomir-mrozek.html

 

Le Mrozek de poche, un abécédaire inutile illustré par Chaval, Slawomir Mrozek, Les Editions Noir sur Blanc, 2009, 201 p., 10.15 euros

 

Un mois un éditeur est consacré ce mois-ci aux Editions Noir sur Blanc

 

 

Publié dans Littérature Europe

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Le K de Dino BUZZATI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le jour de ses douze ans le petit Stefano Roi demande à son père l'autorisation de l'accompagner sur son voilier. AU loin, il aperçoit une forme noire que son père identifie comme "le K" "C'est le monstre que craignent tous les navigateurs de toutes les mers du monde. c'est un squale effrayant et mystérieux, plus astucieux que l'homme. Pour des raisons que personne ne connaîtra peut-être jamais, il choisit sa victime et une fois qu'il l'a choisie, il la suit pendant des années et des années, toute la vie s'il le faut, jusqu'au moment où il réussit à la dévorer."

De fait le père de Stefano lui interdit de courir les mers. Malgré tout, le jeune garçon reste attiré par la belle bleue et dés qu'il peut jette un oeil au loin. Il aperçoit à chaque fois le K qui l'attend patiemment. L'attirance est telle qu'à l'âge de 22 ans, après la mort de son père, il décide de suivre la même trajectoire que lui et de devenir marin. Il vit alors dans la menace continuelle du monstre, mais cette présence obsessionnelle "décuple sa volonté, sa passion pour la mer, son ardeur pour les heures de péril et de combat."

A la fin de sa vie il décide de partir à la rencontre de cet ennemi qu'il a fui toute sa vie.

Le K lui annonce alors qu'il ne le poursuivait pas pour le dévorer, mais pour lui remettre  une petite Perle de la Mer qui "donne à celui qui la possède fortune, puissance, amour et paix de l'âme. Mais il était trop tard désormais."

Face à l'inconnu, le jeune Stefano s'est laissé influencer par des peurs ancestrales, des croyances infondées et n'a compris son erreur que bien trop tard. Cette courte nouvelle nous  invite finalement à prendre des risques, qu'il s'agisse de rencontres ou d'une métaphore plus large de la condition humaine. A toujours fuir, le risque est de passer à côté de l'essentiel...

Un texte à lire, relire, offrir pour enfin comprendre que l'Autre, loin d'être un ennemi, peut offrir des trésors inestimables ...

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

La bonne nouvelle du lundi chez Martine

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L'amie prodigieuse tome 3 Celle qui fuit et celle qui reste d'Elena FERRANTE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Cette subordination, je sentis que je n'arriverais jamais à m'en libérer et cela me parut insupportable. Je désirai- et je ne réussis pas à tenir ce désir en respect-que le cardiologue se fût trompé, qu'Armando eût eu raison , qu'elle fût vraiment malade et qu'elle mourût."

Le troisième tome de L'amie prodigieuse recouvre "l'époque intermédiaire" : les deux amies sont toutes les deux mariées avec des enfants et l'une comme l'autre se heurte aux difficultés pour mener de front vie de famille, vie de couple, et vie professionnelle. Si Elena pensait encore une fois supplanter Lila sur ce plan, elle s'aperçoit rapidement que le statut de mère n'est guère l'enchantement de chaque instant qu'elle imaginait... La concurrence intrinsèque à leur relation continue, même à distance, puisque Lila est restée dans son quartier et Elena "a fui". 

Elena fréquente l'élite intellectuelle quand Lila est ouvrière dans une usine. Les contrastes s'affirment, avec toujours une Lenu frôlant le conformisme face à Lila passionnée et vraie, à l'intelligence affinée.

Le contexte historique et social de cette fin des années 60 est marquée par les combats. L'engagement des uns ou des autres peut couter cher quand le fascisme se tapit dans l'ombre. Mais c'est aussi le prix à payer pour sortir l'Italie de ses années de plomb...

"Ce qu'il fallait faire, c'était s'en aller. Partir définitivement, loin de la vie que nous avions connue depuis notre naissance. S'installer dans un lieu bien organisé où tout était vraiment possible. Et en effet, j'avais décampé. Mais seulement pour découvrir, dans les décennies suivantes, que je m'étais trompée, et qu'en réalité nous étions prises dans une chaîne dont les anneaux étaient de plus en plus grands : le quartier renvoyait à la ville, la ville à l'Italie, l'Italie à l'Europe, et l'Europe à toute la planète. Et aujourd'hui, c'est ainsi que je vois les choses: ce n'est pas notre quartier qui est malade, ce n'est pas Naples, c'est le globe tout entier, c'est l'univers, ce sont les univers! Le seul talent consiste à cacher et à se cacher le véritable état des choses. "

Une saga au succès et à la qualité indéniable et qui fera prochainement l'objet d'une adaptation sur le petit écran, dans une coproduction entre Fremantle Media's Wildside et Fandango Productions. Chacun des quatre livres de la saga sera décliné en huit épisodes, dont les droits de diffusion ont été acquis, en France, par le groupe Canal +. Les deux femmes seront incarnées par des actrices italiennes, détaille la production, qui précise également qu'Elena Ferrante a participé à l'écriture de l'adaptation.

Le quatrième tome L'enfant perdue devrait paraître quant à lui à l'automne, il est déjà publié en Italie et aux Etats-Unis... Vivement !

 

Vous aimerez aussi : Le tome 1 ; le tome 2

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : Télérama

 

L'amie prodigieuse tome 3 Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, Gallimard, janvier 2017, traduit de l'italien par Elsa Damien, 23 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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Pour Primo Levi de Mario RIGONI STERN

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce court recueil rassemble trois petites nouvelles en honneur de Primo Levi et d'un autre ami cher à l'auteur : Nuto Revelli. Ils sont trois garçons d'une vingtaine d'année en 1939 avec de nombreux points communs : l'expérience de la guerre, les camps pour Primo Levi et Rigoni Stern, la libération et les pérégrinations multiples avant le retour au pays. Tous trois éprouvent aussi une attirance magique pour la montagne. Mais surtout, tous trois ont choisi de témoigner, parce que l'écriture s'est imposée à eux comme une nécessité.

Pour eux écrire signifie continuer à résister "en s'acharnant pourtant à préserver, jusqu'à la limite de ses forces, l'étincelle sans cesse remise en cause d'une incertaine espérance." (Post-face de François Maspero)

Leur témoignage résonne dans l'âme du lecteur :

"Dans la présentation de l'édition scolaire, Primo écrit : "Je serais heureux si je sais que ne serait-ce qu'un seul de mes nouveaux lecteurs a compris combien il est dangereux, le chemin qui part du fanatisme nationaliste et de l'abdication de la raison." p. 24

Les nouvelles insistent sur la force de l'amitié reliant les hommes, la solidarité, l'amour du prochain qui sauve l'âme. Les pages de Mario Rigoni Stern rendent magnifiquement hommage à ses amis de coeur, sa ferveur leur redonne vie...

Ce que j'ai moins aimé : J'avais eu ce livre en cadeau, "pour célébrer le dixième anniversaire de La Fosse aux Ours, ce livre nous été gracieusement offert pour l'achat de deux livres Fosse aux ours". Aujourd'hui il est en vente 8 euros, ce que je trouve excessif pour un petit livre qui fait 49 pages, 59 si on compte la postface !

 

Du même auteur : Les saisons de Giacomo ; Hommes, bois, abeilles 

De Primo Levi : Si c'est un homme ; La Trêve

De Benvenuto Revelli : Le monde des vaincus ; Le disparu de Marburg

 

Pour Primo Levi, Mario Rigoni Stern, Traduction et postface de François Maspero, La fosse aux ours, 2012, 8 euros

Un mois un éditeur : La Fosse aux ours

 

 

 

La bonne Nouvelle du lundi chez Martine

Publié dans Littérature Europe

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Eugène Onéguine de Alexandre POUCHKINE

Publié le par Hélène

Ce roman-poème atypique écrit en vers raconte le destin de Eugène Onéguine personnage assez glacé, doté d'un spleen quasi baudelairien. Rien ne le satisfait, il erre loin de toute passion. La jeune Tatiana tombe sous son charme mais Eugène, le coeur glacé, la rejette. Il se lie avec un jeune voisin Lenski, jeune homme exalté et romantique. Mais un drame vient entacher leur relation.

"Par quel hasard être venu ?

Dans mon désert, dans mon silence,

Je ne vous aurais pas connu,

J'aurais pu vivre sans souffrance,

Le feu d'un coeur sans expérience,

Avec le temps, se serait tu,

Quelqu'un aurait compris mon âme,

Je serais devenue sa femme,

Mère et modèle de vertu."

Plusieurs années plus tard, Eugène recroise Tatiana, mariée, et les regrets s'invitent en son coeur... Mais Tatiana est douée d'une dignité toute aristocratique qui récuse l'adultère.

Roman d'un amour impossible, l'intrigue d'Eugène Onéguine reprend les thèmes des rendez vous manqués, de l'amour qui passe trop tôt ou trop tard... Les commentaires ironiques de l'auteur-narrateur qui juge les actions de ses personnages, mais évoque aussi les questions de langue et de style, apportent une certaine légèreté à cette oeuvre.

"Placé du côté de la légèreté, du sourire,le roman de Pouchkine est unique dans la littérature russe : il n'apprend pas à vivre, ne dénonce pas, n'accuse pas, n'appelle pas à la révolte, n'impose pas un point de vue, comme le font, chacun à leur façon, Dostoïevski, Tolstoï, ou, plus près de nous, Soljénitsyne et tant d'autres, Tchekhov excepté. Il nous appelle à vivre, dans notre propre langue, dans une espèce d'anonymat joyeux de la mémoire qui nous ramène, nous aussi, à la légèreté de notre absence." André Markowicz traducteur

Ce que j'ai moins aimé : La traduction ne peut que rendre difficilement hommage à une telle oeuvre. Je n'ai pas été sensible à la poésie du style. De plus, les références littéraires (à Byron et aux romantiques notamment) me sont restées étrangères.

L'âme slave ne m'habite pas, je suis restée fermée à toute éclosion de sentiments en moi à cette lecture.

Bilan :  Pour Nabokov, Eugène Onéguine est «une des œuvres les plus brillantes jamais composées, un classique international aussi grand que Hamlet, ou Moby Dick».

A vous de juger...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

D'autres avis : Moka  ; Madame Lit ; L'or des livres

 

Lu dans le cadre du week-end russe organisé par Cryssilda en marge du Festival "Journées du livre Russe et des littératures russophones" qui se tient à Paris ce week-end. 

 

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Un beau mariage de Molly Keane

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Quelles pauvres choses désarmées la vie fait-elle de nous, avec ses tentations démoniaques !" p. 142

Les Sorrier vivent dans le domaine de Sorristown en Irlande depuis plusieurs générations. Le maître mot du domaine reste l'oisiveté dans laquelle se complaisent les habitants actuels : Roguey, Jer et leur soeur Maeve. Mais un évènement se prépare puisque la délicate Maeve doit épouser le Major Rowland Arthur Fountain, l'homme le plus populaire du comté de Westcommon, réalisant ainsi "un beau mariage". Les demoiselles d'honneur commencent à arriver, et l'équilibre apparent de cette bonne société vacille alors dangereusement ...

Molly Keane peint avec talent les sentiments humains et leur complexité, sachant traquer derrière les convenances le désir animal qui sème rapidement la panique dans l'équilibre fragile de cette bonne société. Les personnalités des uns et des autres ne sont pas toujours en adéquation avec leurs véritables sentiments et penchants, et la vertu elle-même dans toute sa splendeur en prend pour son grade. Dans le monde aigre-doux de Molly Keane, rien ne tient, tout file.

"Son propre coeur réclamait la justice, alors qu'il n'y a pas de justice, seulement des conséquences. Et les conséquences sont les choses les plus inconséquentes et les plus incalculables du monde. Elles peuvent tout aussi bien sauter par-dessus la tête du scélérat impénitent qui les a provoquées, et atterrir, lourdes de calamités, sur l'échine courbée d'une victime, dont le fardeau à porter est déjà au-dessus de ses forces." P. 294

Dans Un beau mariage, son premier roman, l'auteur insiste sur le mystère du mariage résidant sur des sentiments évaporeux qui peuvent s'envoler en quelques secondes ...

 

Du même auteur : Fragiles serments  ; Chasse au trésor 

Présentation de l'éditeur : Gallimard Editions de la Table Ronde

D'autres avis : Lettres d'Irlande et d'ailleurs

 

Un beau mariage, Molly Keane, traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, La table ronde, 1997, 335 p., 8.70 euros

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L'amie prodigieuse tome 2. Le nouveau nom d'Elena FERRANTE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Le nouveau nom est le deuxième tome de la tétralogie de Elena Ferrante consacrée au destin de deux amies dans le Naples des années soixante.

Dans le tome précédent, L'amie prodigieuse, nous suivions l'enfance de Lila et Elena. Le nouveau nom est celui pris par Lila qui à 16 ans se marie avec Stefano. La jeunesse des deux amies est évoquée ici en un vivant mélange entre rayons de soleil insouciants et violence du quotidien, ce quotidien résonnant d'une réalité pas toujours à la mesure de leurs rêves d'enfants.

Lila a choisi de se marier avec Stefano, mais elle comprend le soir de son mariage que celui-ci n'est pas celui qu'elle croyait. Elle est désormais habité par une terreur dans ses rapports aux autres : elle craint que les gens perdent leurs contours,  se transforment, comme Stefano le soir du mariage et durant sa nuit de noces. Si elle connait la richesse grâce à ce mariage, elle en paie aussi le prix.

Lenù quant à elle continue ses études, elle est amoureuse de Nino qu'elle connait depuis l'enfance et dont elle admire l'érudition.

Lila et Lenù se retrouvent durant l'été, elles louent une villa à Ischia avec la mère et la belle-soeur de Lila. Cet été sera décisif pour les jeunes femmes dont le chassé-croisé amical atteint ici son apogée ...

Lenù s'élève peu à peu dans les milieux cultivés, mais elle reste marquée par sa condition. Son manque de confiance la suit comme une ombre :

" Je faisais partie de ceux qui buchaient jour et nuit, obtenaient d'excellents résultats, étaient même traités avec sympathie et estime, mais qui ne porteraient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le prestige de nos études. J'aurais toujours peur : peur de dire ce qu'il ne fallait pas, d'employer un ton exagéré, d'être habillée de manière inadéquate, de révéler des sentiments mesquins et de na pas avoir d'idées intéressantes." p. 476

Lila aussi ressent ce poids des origines malgré sa richesse nouvellement acquise et pour l'une comme pour l'autre ce déterminisme social est insupportable.

Cette saga romanesque portée par deux personnalités marquantes nous emporte dans un tourbillon d'émotions aux accents philosophiques, sociologiques, qui résonnent au fond de nos âmes... La marque d'un grand roman !

 

Le tome 1 L'amie prodigieuse

Je vous parle du tome 3 le mois prochain.

Présentation de l'éditeur : Gallimard ; Folio

D'autres avis : Télérama ; Manou ; Clara ; Kathel ; Luocine ; tant qu'il y aura des livres

 

Une amie prodigieuse tome 2 Le nouveau nom, Jeunesse, Elena Ferrante, traduit de l'italien par Elsa Damien, Folio, 2017, 8.80 euros

Publié dans Littérature Europe

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