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173 articles avec litterature europe

Le plus et le moins de Erri DE LUCA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Les livres ne redoublent pas l'épaisseur des murs, ils l'annulent au contraire. A travers les pages, on voit dehors." (L'espace de personne)

Dans ces 37 petits chapitres autobiographiques, Erri De Luca évoque les thèmes qui lui sont chers comme l'enfance dorée et innocente, l'amour de la montagne mais aussi l'engagement politique, ...

Né dans les années 50 l'auteur a vécu de l'intérieur les bouleversements de son siècle, s'engageant toujours du côté des opprimés pour lutter à corps perdu contre l'injustice. Dans On ne loue pas aux Napolitains notamment, il évoque le sort des émigrés et les fausses promesses qui les précèdent :

"On m'avait dit qu'à New York les rues étaient pavés d'or. Quand je suis arrivé, j'ai aussitôt vu trois choses : la première, qu'il n'y avait pas d'or dans les rues ; la deuxième, qu'elles n'étaient même pas pavées ; la troisième, que c'était moi qui devrais les paver." 

Pourtant, chaque homme sur terre devrait se pencher sur le sort de ses contemporains, puisque tous, nous sommes des étrangers sur la surface de la terre. La fraternité est une valeur essentielle dans ce monde difficile physiquement et moralement, et il est du devoir de chacun de se révolter contre des situations inconcevables :

"IL EST DANGEREUX DE SE PENCHER AU-DEHORS, dit l'écriteau officiel des temps modernes. Il est nécessaire de le faire." (Pour un guide d'escalade)

Ces textes sont courts, évocateurs, mais essentiels. Parce que l'écriture est essentielle, comme pour ces femmes qui se racontent la guerre pour la réduire à une histoire. Il est important de se raconter des histoires, tant les récits recèlent des pouvoirs magiques.

Erri De Luca ne dit rien, il raconte seulement le temps qui passe, les souvenirs d'enfance, les souvenirs de lutte, mais entre les lignes émerge un monde dense et riche aux valeurs essentielles. Sa puissance d'évocation révèle tout son talent !

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : Les échos ; Babélio 

Du même auteur Trois chevaux   ;  Le jour avant le bonheur  Le contraire de un  ; Le poids du papillon En haut à gauche  ;  Montedidio  ; La parole contraire

 

Le plus et le moins, Erri De Luca, traduit de l'italien par Danièle Valin, Gallimard, 2016, 208 p., 14.50 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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L'amie prodigieuse de Elena FERRANTE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Elles deviennent rapidement amies, même si leurs vies ne prennent pas les mêmes directions : Lila abandonne l'école pour travailler avec son père cordonnier tandis que Elena va au collège puis au lycée, soutenue par ses professeurs.

Sur la toile de fond de leur enfance se dessinent des conflits entre les familles, entre bandes rivales, entre catégories sociales... Une rivalité sous-jacente se joue sous les sentiments pourtant sincères d'Elena pour Lila. A l'adolescence, cette jalousie se cristallise autour des études ou de la beauté, dans un va-et-vient lié aux déboires adolescentes.

Là encore, leurs destins prennent des tournures différentes puisque Lila décide de se marier avec un homme riche qui lui apportera une aisance financière ainsi qu'à sa famille, quand Elena continue ses études et hésite en amour.

Cette peinture vibrante d'une amitié indéfectible est le premier tome d'une tétralogie consacrée au destin des deux femmes.

Ce que j'ai moins aimé : A trop rester rivée uniquement sur les deux femmes, une lassitude finit par se faire sentir. Des intrigues secondaires auraient peut-être apporté un souffle romanesque supplémentaire bénéfique au roman...

Bilan : L'amie prodigieuse décrit avec talent le destin des deux amies qui se nourrissent mutuellement des bonheurs et déceptions de l'une ou de l'autre.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Babélio ; Noukette

Vous aimerez aussi : la suite Le nouveau nom ; D'acier de Silvia Avallone

Sur l'identité de Elena Ferrante : Actualitté

 

L'amie prodigieuse, Enfance et adolescence, Elena Ferrante, traduit de l'italien par Elsa Damien, Folio, décembre 2015, 448 p., 7.99 euros

 

Lecture commune du Blogoclub

 

Publié dans Littérature Europe

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Le rouge vif de la rhubarbe de Audur Ava OLAFSDOTTIR

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Agustina est une jeune fille au destin atypique : conçue dans un champ de rhubarbe, elle est venue au monde dans une voiture. Cette dernière mésaventure lui vaut un handicap : ses jambes ne pourront pas la porter, elle devra sa vie durant s'aider de béquilles pour marcher. Elle puise alors la force d'avancer dans l'amour de ses proches : celui de sa mère, pourtant partie à l'autre bout du monde pour étudier les oiseaux migrateurs, mais l'inondant de lettres lumineuses, celui de Nina, à qui elle a été confiée durant l'absence de sa mère, celui des habitants du village, protecteurs, et enfin celui de Salomon, le fils de la nouvelle chef de choeur. Puisant dans leur expérience et dans ses lectures, elle se fortifie : 

"Je sais bien que tu as envie de courir, de faire du vélo et plein de choses qui te sont interdites, mais il y a une foule de gens qui passent leur vie à courir et n'en sont pas plus avancés. Est-ce que tu n'as pas eu de chance ? Personne ne peut dire à l'avance qui a de la chance et qui n'en a pas dans cette vie." p.65

Elle décide alors d'entreprendre l'ascension de la montagne voisine haute de 850 m.

Tout premier roman de l'auteure, ce conte porte déjà en lui tout l'univers qui fera le succès du magnifique Rosa Candida. La jeune Agustina est une jeune fille qui s'attache à la beauté du monde,  se glissant dans ses interstices, à l'affût de la pureté de l'instant. Elle aime observer les fleurs de givre sur les fenêtres ou encore s'allonger dans les pousses de rhubarbe, se délectant des mots écrits par sa mère dans ses missives. Dans ce court roman, ce qui ne se passe pas résonne plus que ce qui se passe.

Audur Ava Olafsdottir nous offre une ode à la vie résolument optimiste, portée par une simplicité et un éloge de la liberté rédempteur. 

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

Du même auteurRosa candida ;  L’embellie L'exception

D'autres avis : Jostein  ; Cathulu

 

Merci à l'éditeur. 

 

Le rouge vif de la rhubarbe, Audur Ava Olafsdottier, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, Zulma, septembre 2016, 160 p., 17.50 euros

Publié dans Littérature Europe

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Karitas tome 2 L'art de la vie de Kristin Marja BALDURSDOTTIR

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Celui qui inspecte toujours le vent ne sème jamais, et celui qui regarde constamment les nuages ne moissonne jamais."

Pour rappel dans le premier tome consacré à Karitas, la jeune femme devait se battre contre un quotidien pesant pour espérer exercer son art, la peinture. Dans ce deuxième tome, nous la retrouvons installée dans le village Eyrarbakki où elle enseigne l'art aux enfants et continue à peindre. Elle approche la cinquantaine et décide sur un coup de tête de tenter sa chance à Paris. Elle part donc pour la ville lumière, même si une fois encore la famille pèse sur ses épaules puisque son fils lui laisse en pension sa petite fille Silfa. Et pourtant, sa force et son amour de l'art la poussera en avant : 

"Les femmes ne doivent plus laisser le vent entraver leur voyage. Elles l'ont eu dans le dos l'année où j'ai navigué autour du pays avec mes enfants et où la banquise n'a pas réussi à m'arrêter, je savais qu'un nouveau siècle s'était levé, notre siècle à nous, les femmes. Puis les femmes ont eu le vent de face et n'ont pas eu confiance en elles pour aller plus loin. Et elles se tiennent encore tranquilles, laissant le vent entraver leur voyage, mais toi Karitas, ne le laisse pas te faire obstacle. Le siècle des femmes est tout juste à moitié écoulé, tu partiras à Paris." p. 135

La famille restera très présente à ses côtés, qu'elle l'aliène ou la soutienne, de Paris à New-York en passant par Rome... Sigmar continuera à faire quelques apparitions sporadiques, et Karitas oscillera toujours entre haine et passion pour le père de ses enfants. 

Ce que j'ai moins aimé :

Rien de vraiment neuf par rappport au premier tome, plutôt des redites qui n'étaient pas vraiment nécessaires... Les mêmes thèmes tournent en boucle, avec de surcroît moins de force que dans le premier tome. Cet Art de la vie (un titre un peu grandiloquent au passage) semble forcé, traînant en longueur (672 pages quand même !) Les passages sur la nature ou l'univers fantastique s'effacent malheureusement pour laisser place aux noeuds familiaux, et à des scènes amoureuses toujours aussi mielleuses, qui finissent par noyer la personnalité de Karitas.

Bilan : une déception pour ce deuxième tome, je n'ai pas retrouvé la puissance de Chaos sur la toile 

 

Présentation de l'éditeur : Points 

D'autres avis : Babelio 

Mon avis sur le tome 1 Chaos sur la toile 

 

Lecture commune avec Nathalie du blog Mark et Marcel

 

Karitas tome 2 L'art de la vie, traduit de l'islandais par Henry Kiljan Albansson, Points, 2013, 672 p., 8,80 euros

 

Avec Lire le Monde chez Sandrine

Publié dans Littérature Europe

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Le Maître du Jugement dernier de Léo PERUTZ

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Chacun de nous porte son propre Jugement dernier en lui-même." p. 201

Vienne 1909, le baron Von Yosh assiste à un récital privé chez le célèbre acteur Eugen Bischoff. Lors de la soirée, l'acteur est retrouvé mort et les circonstances de cette mort restent mystérieuses : s'agit-il d'un suicide ? D'un meurtre ? Le baron von Yosh, amoureux de Dina, la femme de Bischoff, est rapidement soupçonné et lui-même en vient à douter de sa mémoire. Aurait-il cédé à une pulsion de mort inhérente à l'être humain ? Les identités des uns et des autres se craquèlent lentement, quand dans l'ombre semble oeuvrer des forces obscures régissant les âmes humaines.

"Mon cher ami, qui d'entre nous peut-on définir aussi facilement ?  On ne vient pas à bout du caractère d'un homme avec quelques formules à l'emporte pièce. Le caractère humain n'est pas une chose aussi simple que vos bobines de fil vert par exemple, qui sont de pôle positif ou négatif." p. 83

Tout à la fois enquête prenante au suspens palpable et étude psychologique affûtée, Le Maître du Jugement dernier est un chef d'oeuvre de maîtrise aux accents fantasmagoriques. Le récit est pris en charge par Von Yosh, ce qui ajoute au trouble du lecteur qui ne sait jamais s'il doit accorder du crédit au témoignage de cet homme fou amoureux, ou le soupçonner de mensonges romanesques... L'imagination de l'emmène-t-il pas vers un au-delà mensonger, vers un piège qui risque de se refermer sur son esprit rationnel ? 

Un roman démoniaque...

 

Présentation de l'éditeur : Zulma 

D'autres avis : Babelio 

 

Le maître du Jugement dernier, Léo Pérutz, roman traduit de l'allemand par Jean-Claude Capèle, Zulma, 2014, 224 p., 8.95 euros

 

Merci à ma nièce Clémentine pour ce cadeau !

Publié dans Littérature Europe

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La ferme de cousine Judith de Stella GIBBONS

Publié le par Hélène

♥ ♥

Flora Poste devient orpheline et pauvre. Qu'importe, cette jeune femme pétillante décide de vivre aux crochetrs de ses cousins éloignés ! C'est ainsi qu'elle choisit d'être accueillie par les Starkadder une drôle de famille qui vit dans une femre nommée Froid Accueil. Celle qui dirige ce lieu atypique est Cousine Judith, déprimée en portant la culpabilité d'une faute secrète, aux côtés de son mari Amos, héraut de la damnation divine, avec leurs trois enfants, Seth le séducteur de la région, Ruben et Elfine, nymphe des bois. Dans l'ombre de sa chambre la tante Ada semble régir d'une main de maître tout ce petit monde ... Flora décide alors de se lancer un défi et d'améliorer la vie de ces drôles de cousins. 

Ce texte qui date de 1932 est léger et drôle. Portrait féministe avant l'heure, il met en scène une Flora atypique qui reste toujours de bonne humeur, volontaire face aux personnalités de ses cousins.  Derrière les trouvailles de la jeune femme, se cache également une critique de la société anglaise du début XXème, percluse dans ses moeurs désuets et ses stéréotypes surannés. 

Ce que j'ai moins aimé : cela reste léger, la comparaison avec Jane Austen est quelque peu exagérée !

Bilan : Le lecteur se prend peu à peu d'affection pour la région et ses habitants et finit par passer un bon moment à leurs côtés !

 

Présentation de l'éditeur : Belfond 

D'autres avis : Babélio

 

Merci à l'éditeur

 

La ferme de cousine Judith, Stella Gibbons, traduit de l'anglais par Iris Catella et Marie-Thérèse Baudron, Belfond vintage, juin 2016, 352 p., 15 euros

Publié dans Littérature Europe

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Funny girl de Nick HORNBY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Sophie Straw est bien décidée à ne pas se contenter d'être Miss Blackpool, son ambition est bien plus large : depuis toujours, elle souhaite faire rire les gens. Pour cela, elle décide de quitter Blackpool pour tenter sa chance à Londres. Grâce à son agent et à sa pugnacité, elle décroche un rôle fait sur mesure dans une comédie playhouse, cette demi-heure de programmation naguère rampe de lancement pour les feuilletons de la BBC. Intitulée "Barbara (et Jim)" la comédie mettra en scène un couple en proie à des situations cocasses. Rapidement, une complicité s'installe dans l'équipe dirigée par les scénaristes Tony et Bill, toujours à la recherche de la bonne intrigue et du bon rythme. Clive, le partenaire de Sophie, "Jim" à l'écran, se révèle attachant sous ses allures de séducteur et le producteur Dennis couve son petit monde avec tendresse. Sophie évolue comme un poisson dans l'eau dans ce milieu et leur série connaît rapidement un succés fulgurant.

Nick Hornby témoigne ici avec talent de sa passion pour les "Swinging Sixties" et il réussit brillamment à rendre le souffle de l'époque, qu'il évoque l'arrivée du divertissement à la télévision, les luttes des homosexuels pour faire valoir leur droit et ne plus être condamnés à la prison ou à un mariage de façade, ou encore l'émancipation des femmes. La série lui permet d'explorer les subtils liens  ui unissent fiction et réalité dans l'esprit des spectateurs, comme dans ces passages où Jim raconte que s'il traîne dans des bars, on vient le voir en lui conseillant de rentrer à la maison auprès de sa chère et tendre Sophie ... être fictif... Le divertissement à la télévision s'épanouit, face à un lot d'intellectuels qui le fustige et pensent que ce divertissement n'augure rien de bon pour l'avenir. Sur ce sujet, un dialogue passionnant oppose Dennis et Vernon, intellectuel pure souche, qui s'affrontent autour de la définition de l'intelligence et de l'avenir du divertissement, Vernon restant persuadé que les producteurs seront prêts aux pires indécences pour faire rire le spectateur et le divertir... A méditer... Mais ce que prouve avant tout ce roman, à travers cette série fictive à succés, est que la culture populaire rassemble finalement puisque la série est suivie par tout un chacun derrière son petit écran et abondamment commentée. 

"Quelle chose terrible que l'éducation, songeait-il, si elle forgeait des esprits qui méprisent le divertissement et tous ceux qui lui accordent du prix." p. 102

Cet hommage aux comédies des années 60 est à la fois drôle et intelligent, plus profond qu'il n'y paraît au premier abord sous ses allures de divertissement...

Ce que j'ai moins aimé : un peu longuet

 

Présentation de l'éditeur : 10/18

Vous aimerez aussi : Haute fidélité du même auteur

D'autres avis : Keisha ; Luocine  ; Babelio 

Le point ; Télérama  ; Libération 

 

Merci à l'éditeur.

 

Funny girl, Nick Hornby, traduit par Christine Barbaste, 10/18, août 2016, 456 p., 8.40 euros

Publié dans Littérature Europe

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L'ami retrouvé de Fred UHLMAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Ce court roman, entre nouvelle et roman, raconte l'amitié entre le narrateur Hans Schwartz, d'origine juive et Conrad von Hohenfels, jeune aristocrate, ceci pendant la montée du nazisme à Stuttgart. Les deux enfants s'apprécient sans se soucier de leur classe sociale ou de leur religion mais parce qu'ils ont les mêmes centres d'intérêt, les mêmes passions. Leurs échanges  sont riches et s'ils abordent la religion, c'est dans un échange d'opinion constructif, au sein d'une discussion harmonieuse. Ce sont les autres, la mère de Conrad notamment, qui s'insinuent entre eux et brandissent le statut de juif de Hans. L'idéologie nazie s'infiltre peu à peu dans les discours des professeurs également, montrant ainsi les mécanismes d'endoctrinement des lycéens. Au début du roman les lycéens vivent en harmonie, puis peu à peu l'idéologie nazi s'iinfiltre et change les mentalités. 

Fred Uhlman a vécu dans sa propre vie les ravages du nazisme : contraint à l’exil, subissant la déportation de ses parents, la mort de sa sœur et de son bébé ainsi que la disparition de ses proches, L'auteur n’a plus jamais écrit en allemand, sa langue maternelle, jugeant que l’Allemagne avait trahi ses idéaux.

Il offre ici un récit court et puissant doté d'une fin qui donne tout son sens au titre du roman et chante ainsi l'universalité de l'amitié !

 

Publié dans Littérature Europe

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Les filles de Hallows Farm de Angela HUTH

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Les filles de Hallows Farm ont été embauchées dans cette ferme du Dorset pour participer à l'effort de guerre durant l'automne 1941. Elles sont trois à se porter volontaires pour travailler dans la ferme des Lawrence : Prue qui vit à cent à l'heure, Stella plus rêveuse et Agatha, la plus posée des trois.  Elles se plient bien volontiers aux travaux de la campagne, apprennent à traire les vaches, à tracer des sillons bien droits avec le tracteur, à chasser les rats... Contre toute attente, elles se plaisent dans cet univers préservé, aidé en cela par Joe, le fils du fermier réformé pour question de santé, qui lui aussi va reprendre goût à la vie à leur contact virevoltant.

Les trois filles sont à un âge où le flirt constitue tout leur horizon, et leur rapport à l'amour est aussi bien différent : quand Prue tombe amoureuse tous les matins et se lasse tout aussi vite de ses conquêtes, Stella rêve et idéalise son premier flirt Philip, et Agatha pense de loin en loin à un jeune homme croisé un jour avec la certitude qu'il est l'homme de sa vie. 

Si ces jeunes filles et leurs idylles sont attachantes, ce qui importe davantage dans ce roman est l'impact de la guerre sur des destins individuels, l'amour souvent cristallisé par les incertitudes d'un monde chancelant. Durant cette période irréelle, tous ressentent le poids de la guerre et la nécessité d'avoir des projets solides, quitte à faire fausse route. L'urgence de vivre symbolisée par les avions qui rôdent autour de la ferme contraint les uns et les autres à accélérer des choix desquels ils pourraient se retrouver prisonniers par la suite... 

Un beau roman sur cette période de l'histoire vue du point de vue de ceux qui restent à terre ...

 

Présentation de l'éditeur : Folio 

D'autres avis : Babelio 

Du même auteur : la suite Souviens-toi de Hallows Farm

 

Les filles de Hallows Farm, Angela Huth, traduit de l'anglais par Christiane Armandet et Anne Bruneau, Folio, 2000, 560 p., 9.70 euros

 

Lu dans le cadre ud mois anglais consacré aujourd'hui à cette auteure.

 

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Nord Sud de Elizabeth GASKELL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

Margaret Hale est la fille d’un pasteur du Sud rural qui quitte l’Église d’Angleterre pour des raisons de conscience et emmène sa femme et sa fille dans la ville industrielle de Milton dans le Darkshire, où on lui propose un travail de professeur privé. Ils rejoignent ainsi le rude et besogneux Nord industriel qui contraste sévèrement avec le paisible Sud rural et conservateur. Margaret découvre un monde totalement différent de celui qui était le sien, elle, qui vivait chez sa tante, dans un milieu privilégié, se heurte à un monde régi par la révolution industrielle et la montée des syndicats. Ces nouvelles valeurs s'incarnent dans le personnage de John Thornton, un riche manufacturier de la ville que méprise Margaret. Elle se lie au contraire avec les Higgins, des pauvres du quartier pour qui elle éprouve de la compassion. A leurs côtés, elle assiste alors aux premières grèves organisées et voit s'affronter patrons et ouvriers, s'éloignant peu à peu de l'univers qu'elle a quitté, de ces nobles qui se laissent vivre de façon indolente en entretenant des discussions superficielles, quand de l'autre côté, des travailleurs acharnés se battent pour nourrir leurs enfants. La jeune femme prend résolument partie, encourageant un dialogue égalitaire entre patrons et ouvriers, ouvriers qu'elle considère avant tout comme des êtres humains et non pas des outils de production régentés par le monde de l'argent. 

La gare Victoria de Manchester en 1844

lewebpedagogique.com

 

Dans cette magnifique fresque au souffle romanesque puissant, les points de vue différents s'affrontent face au pouvoir industriel, et les préjugés de la jeune Margaret se transforment face à la réalité et face à son ennemi de la première heure, le ténébreux John... 

Elizabeth Gaskell a su trouver le bon équilibre entre romance et roman social pour porter les questions de son siècle sur le devant de la scène, et si les scènes sentimentales flirtent quelquefois avec les clichés, les pages passionnantes sur les grèves rachètent ces légers errements.

Un grand roman victorien. 

 

Présentation de l'éditeur : Points

 

Challenge mois anglais : roman victorien 

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