L’élimination de Rithy PANH avec Christophe BATAILLE

Publié le par Hélène

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"Si vous voulez mon silence, il faudra me tuer" (p 94)


Les auteurs :

Toute la vie et l'œuvre de Rithy Panh sont profondément marquées par le génocide perpétué au Cambodge par les Khmers rouges entre 1975 et 1979. Lorsque le mouvement communiste arrive au pouvoir, le jeune Rithy n'a que treize ans. Expulsé de Phnom Penh, sa ville natale, il s'enfuit en Thaïlande en 1979 avant de rejoindre la France l'année suivante. Il s'inscrit alors à l'Institut des hautes études cinématographiques et en sort diplômé en 1985. Le jeune réalisateur se spécialise dès lors dans le documentaire. Dans 'Les Gens de la rizière', Panh décrit les horreurs observées dans son pays. Le film est présenté en compétition officielle à Cannes en 1994. Suivra quatre ans plus tard 'Un soir après la guerre', retenu pour la section Un Certain Regard. Mais c'est surtout le documentaire 'S21, La Machine khmere rouge' qui le révèle à l'international. Dans ce nouveau long-métrage, Rithy Panh confronte les trois rescapés de la base S21 - où 17.000 Cambodgiens ont été torturés et exécutés - à leurs anciens bourreaux. Présenté dans de nombreux festivals, 'S21' est notamment primé à Cannes en 2003. En 2005, le cinéaste franco-cambodgien est de retour sur la Croisette. Il y présente hors compétition 'Les Artistes du théâtre brûlé'. Même sort pour 'Le Maître des forges de l'enfer' en 2011. Toujours centré sur le travail de mémoire, Panh transpose cette fois-ci sur écran son regard sur le procès de Duch, directeur de la prison de Tuol Sleng sous la dictature des Khmers rouges. Quatre ans plus tôt, il se concentrait sur le sort des femmes prostituées au Cambodge dans 'Le Papier ne peut pas envelopper la braise'. Également acteur, on le retrouve en 2004 dans 'Holy Lola' de Bertrand Tavernier dans le rôle de Monsieur Khieu aux côtés d'Isabelle Carré et de Jacques Gamblin. En 2012 il écrit avec Christophe Bataille L' Elimination qui reçoit le prix France Television et le prix Aujourd' hui. (source : Evene)

 Christophe Bataille  Déçu par les études, c'est un peu par ennui que Christophe Bataille commence à écrire à 17 ans, et se distingue comme le plus jeune écrivain au Goncourt des lycéens. Editeur chez Grasset depuis 1995, il est l'auteur de plusieurs romans à succès : 'Annam' (1993) - qui lui vaut le Prix du Premier Roman et le Prix des Deux Magots - 'Absinthe' - Prix de la Vocation - 'Le Maître des heures' (1997) ou encore 'Vive l'enfer' (1999). 'Quartier général du bruit', roman paru en 2006, raconte, dans l'éclatement chronologique et l'explosion des mots, l'histoire de Bernard Grasset, rival de Gaston Gallimard dans les années 1930. Les fictions de Christophe Bataille sont d'une écriture ciselée mais sans artifices. Christophe Bataille imprime à la langue sa touche très personnelle et construit des réalités originales, écrites avec une passion qui se transmet à la lecture. Il écrit en 2012 avec Rithy Pan L' Elimination qui reçoit le prix France Télévision et le prix Aujourd' hui. (Source Evene)

L’histoire :

  "A douze ans, je perds toute ma famille en quelques semaines. Mon grand frère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s'alimenter. Ma mère, qui s'allonge à l'hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et mes neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmère rouge. J'étais sans famille. J'étais sans nom. J'étais sans visage. Ainsi je suis resté vivant, car je n'étais plus rien."

Trente ans après la fin du régime de Pol Pot, qui fit 1.7 millions de morts, l'enfant est devenu un cinéaste réputé. Il décide de questionner un des grands responsables de ce génocide : Duch, qui n'est ni un homme banal ni un démon, mais un organisateur éduqué, un bourreau qui parle, oublie, ment, explique, travaille sa légende.

L'élimination est le récit de cette confrontation hors du commun. Un grand livre sur notre histoire, sur la question du mal, dans la lignée de Si c'est un homme de Primo Levi, et de La nuit d'Elie Wiesel. (Quatrième de couverture)

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Victimes du S 21

Mon avis :

L'élimination est un récit qui prend à la gorge son lecteur. Les mots serrent son cou et son esprit pour ne plus le lâcher, pour que lui aussi manque de souffle devant tant d’ignominies, pour que lui aussi s’interroge sur ce que signifie « être humain », pour que lui aussi vive les horreurs perpétrées par les régimes totalitaires et étouffe, pour qu’il connaisse les ravages inhérents, pour qu’enfin lui aussi souhaite crier sa révolte…

L'auteur n'aborde pas le sujet de front, il suit les circonvolutions de son esprit qui semble vouloir fuir les scènes de son passé trop insoutenables. Et pourtant, il faut en parler, il faut les évoquer, les partager, pour surtout, surtout, ne pas oublier, surtout se souvenir que l'inhumain existe et que ce n'est pas et ne sera jamais "un détail de l'histoire". La souffrance est nécessaire, Rithy Panh veut se souvenir de son adolescence sous le régime de Pol Pot, de son père qui a refusé les compromissions en refusant de s’alimenter, de sa mère morte dans un hôpital sordide, de son neveu, mort de faim « Je ne souhaite à personne de voir ce que j’ai vu : un enfant qu’on ne peut plus retenir dans la vie. » (p. 195),  de sa sœur malade, de tous ceux qu’il a aimés, chéris, tués par et pour un système inhumain, errant dans le royaume des morts sans sépulture. Ce livre est comme une stèle sur laquelle se recueillir :

« Mais il y a une autre stèle : le travail de recherche de compréhension, d’explication, qui n’est pas une passion triste : il lutte contre l’élimination. Bien sûr, ce travail n’exhume pas les cadavres. Il ne cherche pas la mauvaise terre ou la cendre. Bien sûr, ce travail ne nous repose pas. Ne nous adoucit pas. Mais il nous rend l’humanité, l’intelligence, l’histoire. Parfois la noblesse. Il nous faits vivants. » (p. 205)

Lors de leurs entretiens Duch minimise l’horreur, il est un homme qui a baissé les yeux pour ne pas voir, un homme capable d’oublier, un bourreau sanguinaire incompréhensible.

« Bien sûr, on peut détourner le regard. Perdre son objet. Le laisser s’écarter, flotter, disparaître – un simple mouvement des yeux suffit. Bien sûr, on peut ne pas regarder un pays ; ne pas savoir où il se trouve ; soupirer à l’évocation répétitive d’un nom malheureux. On peut même décider que ce qui a eu lieu est incompréhensible et inhumain. (…) Eh bien c’est fait (…) Je ne vois plus cet Occidental qu’on enserre dans cinq pneus, et qu’on enflamme vivant au milieu de la rue, à côté de S21. (…) Je ne vois plus ce nourrisson lancé contre un arbre. Je ne vois plus. Je ne vois plus. » (p. 99)

Rithy Panh ne peut pas occulter ces années, il ne veut pas oublier ces 1.7 millions de morts…

« Etre un héros me semble facile : sauter sur une mine ; mourir pour sa cause ; c’est un état de guerre. Mais être un homme ; chercher la liberté et la justice ; ne jamais abdiquer sa conscience : c’est un combat. » (p. 95)

Une claque pour se souvenir, un texte nécessaire.

      Premières phrases :

« Kaing Guek Eav, dit Duch, fut le responsable du centre de torture et d’exécution S21, dans Phnom Penh, de 1975 à 1979. Il explique avoir choisi ce nom de guérilla en souvenir d’un livre de son enfance, où le petit Duch était un enfant sage. »

 

 Vous aimerez aussi :

Si c’est un homme de Primo LEVI

 

  D’autres avis :

Presse : L’express Télérama 

Blogs : Caro CanelJostein, Mimi, Clara, Constance ;

grand prix lectrices de elle

ChallengeDragonFeu 

Commenter cet article

jerome 09/09/2012 10:57


Dur dur comme sujet , non ? En même temps, impossible d'oublier les 1,7 millioons de morts donc ce genre de témoignage est forcément nécessaire.

Hélène 10/09/2012 08:48



Dur mais indispensable !



Jeanmi 09/09/2012 08:14


Très bel article qui me donne envie de me précipiter chez mon libraire préféré. Merci et bravo

Hélène 10/09/2012 08:48



Merci beaucoup... Il faut lire ce livre !