Naïf. Super. de Erlend LOE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Le jour de ses vingt-cinq ans, le narrateur prend brutalement conscience que sa vie n’a pas de sens. Il prend les choses en main et dresse la liste de ce qu’il possède. Mais il lui manque l’essentiel : des projets, une bonne dose d’enthousiasme et, surtout, une petite amie. Il rédige alors une nouvelle liste et trouve l’objet avec lequel la vie va enfin pouvoir reprendre son cours: un ballon rouge… 

Ce que j'ai aimé :

Le narrateur gère sa crise existentielle en la prenant à bras le corps : il se met à lister des objets, à acheter des balles pour les lancer contre un mur, à envoyer des fax à des inconnus, à réfléchir très sérieusement au temps et à l’univers. Il conserve un calme enfantin, presque déconcertant, lui permettant de désamorcer l’angoisse, en rendant le vertige de l’existence soudainement manipulable. Comme si, face à l’immensité du monde, la seule réponse possible était une logique volontairement bancale mais rassurante.
Il commence par une célébration radicale de la simplicité : ici pas de pathos inutile, les gestes sont simples, les pensées aussi, et c’est précisément là que le roman devient lumineux. Faire rebondir une balle, boire du lait, écrire des listes, envoyer une lettre : ces actes minuscules deviennent des points d’ancrage. Le roman affirme, sans grands discours, que le sens n’est pas forcément dans les grandes idées mais dans les petites routines que l’on choisit consciemment.

Ainsi, peu à peu, l'enthousiasme reprend le pas, le narrateur décide de croire. Croire que recommencer est possible. Que changer ses habitudes peut changer sa manière d’être au monde. Que l’on peut reconstruire une énergie vitale à partir de presque rien. Cette énergie-là n’est jamais spectaculaire : elle est douce, maladroite, parfois ridicule, mais profondément sincère. 

Derrière cette naïveté assumée, se cache une envie irrémédiable de croire en la vie. Naïf. Super. n’est pas un roman de fuite, c’est un roman de réconciliation. Avec le temps qui passe. Avec l’idée qu’on ne comprendra jamais tout. Avec le fait que l’espoir peut être une décision quotidienne plutôt qu’un état permanent. Loe nous dit, sans emphase : on peut choisir la joie modeste, la routine apaisante, l’élan de tout recommencer et ceci  même quand on se sent vide ou perdu.

C’est un livre qui fait du bien précisément parce qu’il n’essaie pas d’être profond : il l’est malgré lui. Et c’est peut-être ça, sa plus grande réussite.

 

 

Publié dans Littérature Europe

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