Le pays des phrases courtes de Stine PILGAARD

Publié le par Hélène

♥ 

La narratrice quitte Copenhague pour s’installer dans le Jutland rural avec son compagnon, professeur dans une école alternative. Pendant qu'il enseigne, elle s'occupe de leur bébé et tente de nouer des relations avec les habitants de la communauté, ce qui n'est pas une tâche facile tant elle trouve les habitants particuliers. Elle peine à trouver sa place, ne comprenant pas les codes, les conversations semblant se terminer avant d’avoir commencé. En parallèle, elle essaie désespérément d’obtenir son permis de conduire, faisant le désespoir des différents moniteurs...

Ce que j'ai aimé : 

Le permis de conduire devient d’ailleurs une métaphore de cette difficulté à “circuler” dans la vie sociale. La narratrice comprend mal les règles implicites du monde qui l’entoure, comme si elle n’arrivait jamais à conduire correctement dans les relations humaines. Leur expérience en tant que parents n'arrange pas les choses : ils ne dorment pas depuis plusieurs mois et vivent perpétuellement dans un brouillard, ignorant quels peuvent être les meilleurs choix pour leur enfant, navigant à tâtons dans ce monde complexe de la parentalité.

Alors qu'elle essaie désespérément de comprendre les codes de cette communauté, observant, voire harcelant les "professionnels" de la communication, elle répond également dans un journal local à des lettres de lecteurs.

Là elle fait preuve d'une clairvoyance étonnante derrière ses maladresses : quand une femme lui demande comment savoir si un homme est fiable, elle conseille de regarder comment il ses comporte avec ceux qui travaillent dans le secteur des services, les serveurs, chauffeurs de taxi. Quand un jeune père se plaint des changements de sa femme depuis qu'ils ont des enfants, elle mentionne la "colère de la nuit des temps des femmes contre les hommes" : "un tonnerre assourdissant transgénérationnel" "c'est la peur collective d'être violée, des douleurs menstruelles vertigineuses, des accouchements solitaires et un sentiment d'ingratitude." Un fardeau que nous portons et nous ne pouvons pas toujours le porter en silence. Pour conclure " Méfie-toi de la rage de la nuit des temps. Ne la prends pas personnellement, mais prends-la au sérieux." 

Ainsi, derrière cette personnalité déphasée, se terre une vraie angoisse moderne : comment appartenir à un groupe, comment aimer, comment parler, comment devenir adulte quand on a l’impression de jouer un rôle, et surtout comment parler aux autres quand on a trop de mots dans un monde qui préfère les phrases courtes !

Après une année entière passée au sein de cette école, la jeune femme finira finalement par trouver sa place...

Bilan : 

Un de ces romans à la fois absurde et profond, comme je les aime !

 

 

Publié dans Littérature Europe

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Je ne me souvenais pas de son côté absurde. Une lecture que j'avais beaucoup aimé.
Répondre
N
C'est intrigant et donc attirant ! Je note, merci.
Répondre