Lettres pour le monde sauvage de Wallace STEGNER

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"Nous devons apprendre à écouter la terre, entendre ce qu'elle dit, comprendre ce qu'elle peut et ne peut pas faire à long terme." 

Dans ce recueil, Wallace Stegner, écrivain majeur de l'ouest américain, évoque son enfance nomade. Il a en effet vécu en divers endroits : à Whitemud au Saskatchewan, dans le village d'Eastend dans le Saskatchewan en passant par Great Falls dans le Montana, ou encore à Salt Lake City dans l'Utah. Difficile de trouver sa place quand son monde est tellement en mouvement permanent, en raison d'un père "aussi libre qu'un virevoltant dans une tempête". Malgré tout, il se définit comme un américain de l'Ouest "Je venais des contrées arides, et j'aimais l'endroit d'où je venais. J'étais habitué à une clarté sèche et à un air cristallin. Mes horizons, des étendues déchiquetées, bordaient le cercle géométrique du monde. J'étais habitué à voir au loin. J'étais habitué aux couleurs de la terre -brun, roux, blanc cassé -, et le vert infini de l'Iowa me heurtait. J'étais habitué à un soleil qui s'élevait au-dessus des montagnes et descendait derrière d'autres montagnes. Les couleurs et l'odeur de l'armoise me manquaient, tout comme la vue du sol nu." (Trouver sa place : une enfance de migrant)

S'il est émouvant quand il parle de son enfance (Lettre bien trop tard), ces souvenirs sont avant tout prétextes pour livrer une réflexion sur la nature et ses trésors, tellement délicats et éphémères qu'ils doivent absolument être protégés. Même s'il garde un souvenir ébloui par exemple d'une randonnée idyllique, il reste prêt à renoncer à ces visites au jardin d'Eden pour les préserver. Dans Au jardin d'Eden il parle de tempérance :

"Notre meilleure leçon, après environ cinq siècles de contact avec la vie sauvage en Amérique, est celle de la tempérance, la volonté de retenir notre main : visiter ces endroits pour le bien de nos âmes, mais ne pas laisser de traces." 

Plus loin, il est même plus radical : 

"Même quand je ne peux me rendre dans la nature, la pensée des déserts colorés du sud de l'Utah, ou le réconfort de savoir qu'il existe encore des étendues de prairie où le monde peut instantanément figurer un disque ou une cuvette, et où, l'être humain, petit mais intensément important, se trouve exposé qux cinq directions et aux trente-six vents, est une consolation positive. cette seule idée suffit à me rassasier. (...) Nous avons simplement besoin que ce pays sauvage nous soit accesible, même si nous ne faisons jamais rien d'autre que de rouler jusqu'à sa bordure pour en contempler l'intérieur. Car ce peut être un moyen de nous rassurer quant à notre santé mentale, un élément d'une géographie de l'espoir."  Coda : lettre pour le monde sauvage. 

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L'homme doit s'adapter à son environnement et non l'inverse. Ainsi un architecte capable de construire une maison dans le désert reste immoral pour l'auteur : 

"Cette maison dans le désert me paraissait, et me paraît toujours , un paradigme - plus qu'un paradigme, une caricature - de notre présence dans l'Ouest au cours de ma vie. Au lieu de nous adapter, comme nous avions commencé à le faire, nous avons tenté de faire correspondre la terre et le climat à nos habitudes et à nos désirs. Au lieu d'écouter le silence, nous avons hurlé dans le vide. Nous avons fait de l'Ouest aride ce qu'il ne fut jamais censé être et ne peut demeurer, le Jardin du Monde et le foyer de millions de personnes. " (Frapper le rocher)

Le risque en agissant ainsi est de perdre notre humanité en perdant contact avec la terre naturelle. D'où la nécessité d'enseigner aux enfants l'amour de la planète par des "initiations au monde sauvage", des voyages dans des sanctuaires préservés, plus pertinents que le service militaire ! 

"Nous devons garder à l'esprit ce que sont ces précieux endroits : des terrains de jeu, des salles de classe, des laboratoires, certes, mais avant tout des sanctuaires dans lesquels nous pouvons apprendre le monde naturel, apprendre sur nous-mêmes, et nous réconcilier, au moins à moitié, avec ce que nous voyons." (Des bienfaits du monde sauvage)

Pour finir il chante les bienfaits du monde sauvage :

"On aimerait entendre Thoreau disserter sur la question de savoir combien de temps l'optimisme, la liberté, l'égalité, la foi dans le progrés et la perfectibilité, voire l'assouvissement de l'avidité des entreprises et des individus, peuvent survivre aux ressources qui en sont à l'origine. Combien de temps la liberté survit-elle aux richesses ? Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l'amenuisement des possibles et à l'élargissement du fossé entre riches et pauvres ? (...) "Thoreau croyait que les forêts autour des Grands Lacs demeureraient sauvages pendant de nombreuses générations. Elles ont été décimées en quarante ans. A l'exception de rares survivantes, comme celle de la réserve Menominee, dans le Wisconsin, il n'existe plus aucune des magnifiques forêts d'antan dans le Midwest." (Des bienfaits du monde sauvage)

Un manifeste touchant et essentiel ! 

 

Présentation de l'éditeur Gallmeister 

D'autres avis : Keisha ; Folfarie 

 

Lettres pour le monde sauvage, Wallace Stegner, traduit de l'américain par Anatole Pons, Gallmeister, mai 2015, 187 p., 22 euros

 

Merci à l'éditeur

Commenter cet article

Cryssilda 21/08/2015 12:17

Ca m'a l'air d'un bon bol d'air frais, ce livre! J'ai cherché le titre en VO mais j'ai du mal à trouver... sa doit être ses collected stories.

Hélène 21/08/2015 18:57

Sans doute, il s'agit de nouvelles diverses.

bruno 19/08/2015 21:22

Bonsoir

cela fait plaisir de voir un nouvel ouvrage de Stegner publié en France
il est avec James Salter, l'un des deux géants de la littérature américaine du 20ème siècle, un peu oubliés tous les deux, au profit d'auteurs d'envergure (Roth, Updike, Morrison, etc) mais certainement moins universels que ces deux là
je vous conseille "angle d'équilibre" un des plus beaux ouvrages sur la naissance des USA.......

Hélène 20/08/2015 07:54

Bonjour, Je le note, merci je ne savais pas par lequel continuer !

edwige.mingh 04/08/2015 16:22

Votre enthousiasme est communicatif ! Déjà adepte des éditions Gallmeister, je vais commencer Stegner...

Hélène 06/08/2015 07:52

Je suis aussi fan de Gallmeister, et Stegner vaut le détour!

Lea Touch Book 03/08/2015 20:52

J'ai beaucoup aimé ce livre (comme toutes les publications Gallmeister en fait ^^) !

Hélène 04/08/2015 09:34

Je suis fan aussi !

keisha 03/08/2015 11:53

Yes! Stegner rules! Tu dois lire ses romans, maintenant?

Hélène 06/08/2015 07:52

o ;)

keisha 04/08/2015 16:30

Tous.
Question suivante?
^_^

Hélène 03/08/2015 11:55

Oui, lequel me conseillerais-tu ?

Suzanne 02/08/2015 22:15

Je le veux.Aussi simple que ça.

Hélène 03/08/2015 08:46

Je te le conseille !

Marie-Claude 02/08/2015 16:00

De toute évidence, un incontournable sur lequel je dois mettre la main! Les citations choisies donnent très très envie.

Hélène 03/08/2015 08:46

Oh oui, un incontournable !

cathulu 02/08/2015 10:48

Un auteur que je dois encore découvrir !

Hélène 02/08/2015 11:26

Je l'apprécie de plus en plus !

Electra 02/08/2015 09:42

Gniiiiii
La chance ! Un auteur majeur, un éditeur majeur .. Bon rien à dire, je vois que celui-ci remporte toutes les étoiles ! Bon dimanche

Hélène 02/08/2015 11:27

Je t'avais dit que je ne t'abandonnerai pas ! bon dimanche, bises !