Leurs enfants après eux de Nicolas MATHIEU

Publié le par Hélène

♥ ♥

"L'éducation est un grand mot, on peut le mettre dans des livres et des circulaires. En réalité, tout le monde fait ce qu'il peut. Qu'on se saigne ou qu'on s'en foute, le résultat recèle toujours sa part de mystère."

Août 1992. L'été s'étire dans cette petite ville de l'est de la France, assommant la jeunesse désœuvrée. Ils s'appellent Anthony, Stéphanie, et Hacine, et trainent leurs 14 ans le long d'un ennui prégnant, cherchant désespérément une occupation entre les baignades dans le lac, les fêtes, les copains et les filles. Tous rêvent de partir, Anthony pour fuir son père alcoolique, Steph, pour se construire un meilleur avenir loin d'une famille de parvenus sans culture, et Hacine pour ne pas suivre les traces de son père immigré et inadapté. Sont-ils condamnés à répéter le même schéma que leurs parents ou pourront-ils s'échapper de ce quotidien lourd qui semble les tirer vers le fond ? Durant quatre étés, nous les verrons grandir, entre désoeuvrement et espoir, pour peu à peu s'acheminer vers l'adulte de demain.

"Etre adulte, c'était précisément savoir qu'il existait d'autres forces que le grand amour et toutes ces foutaises qui remplissaient les magazines, aller bien, vivre ses passions, réussir comme des malades. Il y avait aussi le temps, la mort, la guerre inlassable que vous faisait la vie. Le couple, c'était ce canot de sauvetage sur le rebord de l'abîme."

Parce qu'il a su puiser dans sa propre jeunesse et ses souvenirs pour écrire, parce qu'il sait restituer une atmosphère, une ambiance par la biais d'une sensation, d'un bruit, d'un détail, Nicolas Mathieu offre ici un récit d'une justesse exemplaire, parfaite adéquation entre acuité d'observation et d'analyse et beauté de l'écriture réinventée.  Il évoque l'éducation, la transmission, les rêves adolescents, les désillusions sentimentales, le marasme et le vide toujours à l'affût, les rêves trop grands, et tout à coup au détour d'une page, l'évidence nous traverse, il parle de nous, il parle de notre jeunesse, il parle de l'humain.

"A mille détails, on percevait le souci que les habitants avaient de leur confort, de leur intimité, du respect de leur propriété. Un homme arrosait sa pelouse à l'aide d'un jet, chemise ouverte, l'air content. de temps en temps, on entendait un éclat de rire au loin, le raclement d'une chaise longue qu'on rentrait pour la nuit. des hirondelles passèrent très vite au-dessus des sa tête."

Une belle réussite.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

D'autres avis : Télérama ; Joëlle ;

Vous aimerez aussi : D'acier de Silvia Avallone

 

Leurs enfants après eux de Nicolas MATHIEU, Actes Sud, août 2018, 432 p., 21.80 euros

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B
Tout comme toi Hélène j'ai eu envie de le lire dès sa sortie en librairie !
Doux dimanche à toi.
Amitiés autour des livres.
Bernadette.
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C
J'avais beaucoup aimé le prix Goncourt de l'année dernière, j'espère autant aimer celui-ci!
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N
Il me le faut !!
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H
oh oui !!!
N
Il me tente bien !
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A
Il est à portée de ma main ... Le titre ne me disait rien, et bien voilà, je viens de complètement changer d'avis !
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M
Tu as l'air d'avoir beaucoup apprécié ce roman mais ça ne m'attire pas du tout. Il ne fait aps partie des romans de la rentrée littéraire que j'avais repérés...
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C
Ta chronique me tente, d'autant que je trouve les citations choisies belles et pertinentes !
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K
Pareil qu'Aifelle. Mais pourquoi ne m'attire-t-il pas ?...
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I
Et bien, aucune fausse note pour l'instant à propos de ce titre, que j'ai repéré parce que j'avais beaucoup aimé le premier roman de Nicolas Mathieu, Aux animaux la guerre, découvert par hasard sur un salon du livre de poche. C'est en plus un individu très sympathique !
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K
Je l'ai réservé à la bibliothèque, on verra...
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A
Un billet bien tentateur.
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J
Il me reste 100 pages et je suis totalement sous le charme
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L
à découvrir donc, pourquoi pas.
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A
On le voit beaucoup sur les blogs celui-là ; pour l'instant, il ne m'attire pas.
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