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236 articles avec litterature francaise

Légende d'un dormeur éveillé de Gaëlle NOHANT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Insiste, persiste, essaye encore.

Tu la dompteras cette bête aveugle qui se pelotonne."

Fortunes de Desnos

 

Gaëlle Nohant, telle une Schéhérazade envoûtante, nous conte en ces pages hypnotiques l'histoire de Robert Desnos, poète de l'ombre qui méritait la lumière qui jaillit soudainement sur lui.

Nous sommes dans les années 20 et Desnos revient de Cuba avec dans ses malles Alejo Carpentier rencontré sur place. Car ses amitiés sont ainsi : fulgurantes et entières, comme ses amours d'ailleurs. Il s'est rapproché plus tôt du mouvement surréaliste, se reconnaissant dans leur envie de tout casser, "d'envoyer bouler la banalité pour révéler le miracle, le merveilleux.", et appréciant de fréquenter des êtres hybrides, aux ambitions révolutionnaires :

"Ils avançaient sur la crête des vagues, tutoyaient la mort et le vertige. Leur rire était un crachat envoyé au ciel. Ils n'avaient que faire d'être taillés, méprisés, excommuniés. Ils revenaient d'entre les morts, la boue des tranchées les avait recrachés in extremis. (...) Ils criaient ce que nous appelons vie, c'est cette cavalcade qui piétine vos charniers, ce débridement de l'être qui vous fait horreur. Le merveilleux, la révolte et le blasphème sont nos invités permanents. Nous abolissons les frontières que vous avez tracées pour vous protéger de vous-mêmes. Nous n'avons de patrie que celle des rêves que nous partageons, des femmes que nous aimons, des vins qui nous enivrent. Nous sommes votre pire cauchemar, la porte d'entrée de vos désirs refoulés, des insurrections à venir. Nous sommes l'insomnie des ministres de l'intérieur, des gardiens d'asile, des maréchaux de France. Nous incarnons le désordre, nous fracassons le langage pour que vous ne puissiez plus endormir, mater, endoctriner, faire plier les volontés à l'aide de la grammaire, de la morale,et du dogme,. Nous préparons les lendemains indociles, nous guettons les rencontres improbables, les incendies amoureux, le tressaillement des consciences réveillées et de la liberté qui se  déplie." p. 84

Il s'éloigne cependant peu à peu du groupe, refusant la mainmise directive de Breton.

A l'époque, il rencontre aussi Youki, celle qu'il nommera "sa sirène" au chant douloureux et passionné. Leur amour tumultueux marquera sa vie et ses poèmes. S'ensuit une période foisonnante de rencontres amicales, entre artistes qui ressentent ce besoin impérieux de s'abstraire des contingences de la société pour créer un monde à part, préservé, pur, comme Jean-Louis Barrault et sa passion pour le théâtre, Pablo Neruda, Man Ray, Antonin Artaud l'écorché... Sa maison est toujours ouverte, et cet avant guerre a des goûts d'insouciance.

"Le bonheur est sans doute dans le battement d'ailes qui traverse ces fragments d'éternité où chacun est à sa place et où les talents s'épanouissent pour le plaisir de tous, sans affectation ni volonté de briller." p. 206

Robert Desnos au Café © Getty / Stefano Bianchetti

Dans ce contexte, la puissance de la littérature, de l'art agit comme une évidence :

"La culture est un enjeu. Quand on permet à ceux qui en sont exclus d'accéder à l'art et à la connaissance, on sème une graine de liberté qui peut les soustraire à la toute puissance des tyrans." p. 218

Le poète, comme une pellicule que tout impressionne, sait capter l'essence des instants dans toute leur véracité

"Ses mots tentent de capturer le frémissement, l'instant où quelque chose d'inédit se produit, un accident, une rencontre miraculeuse ralentissant la course éperdue de chacun vers sa mort." p. 76

"Mais lui, loin des signaux fleuris le long des voies,

Parcourait une plage où se brisait la mer :

C'était à l'aube de la vie et de la joie

Un orage, au lointain, astiquait ses éclairs." p. 240 Desnos Fortunes "L'évadé"

"Pour lui, l'écriture est ce territoire mouvant qui doit se réinventer sans cesse, demeurer une insurrection permanente, une fontaine de lave, des corps joints dans la danse ou l'amour, une vois qui descelle les pierres tombales et proclame que la mort n'existe pas, une expérience sensorielle." p. 31

Puis arrivent les années sombres, les années de guerre, l'occupation, l'engagement, comme une évidence.

"Pour le reste je trouve un abri dans la poésie.

Elle est vraiment le cheval qui court

au-dessus des montagnes..." Desnos Lettre à Youki p. 413

La fin du roman prend en charge le point de vue de Youki après la déportation de Robert, comme un journal qui souhaite laisser une trace. Une partie moins forte, avec les témoignages de ceux qui reviennent, des atrocités commises, et toujours en filigrane la personnalité lumineuse de Robert qui distille l'espoir auprès des autres condamnés.

Sous la plume talentueuse de Gaëlle Nohant, le personnage prend vie et toute l'époque s'agite à ses côtés, créant un tableau vivant et passionnant. Un très bel hommage rendu à ce grand poète !

 

Présentation de l'éditeur : Editions Héloïse d'Ormesson

Entretien avec Gaëlle Nohant Page des Libraires

D'autres avis : Cathulu

 

Légende d'un dormeur éveillé, Gaëlle Nohant, Editions Héloïse d'Ormesson, août 2017, 544 p., 23 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Le colonel Chabert de BALZAC

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Il vaut mieux avoir du luxe dans ses sentiments que sur ses habits." p.55

Le colonel Chabert est un être fantomatique qui revient d'entre les morts. Tous pensaient qu'il était mort à la bataille d'Eylau, mais il revient avec l'idée de retrouver son nom, son titre, son rang et sa fortune et son épouse. Malheureusement ladite épouse s'est emparée de sa fortune et s'est remariée avec le Comte Ferraud qui aspire à devenir pair de France. Elle n'a donc aucun intérêt à sortir des décombres ce mari encombrant. Son identité vacille. Le colonel fait appel à Derville, un avoué pour défendre ses intérêts. Mais dans cette nouvelle société gouvernée par l'argent, l'argent agissant comme un poison qui altère les relations humaines, retrouver son statut sera un parcours semé d'embûches...

"J'ai été enterré sous des morts, mais maintenant je suis enterré sous des vivants, sous des actes, sous des faits, sous la société tout entière, qui veut me faire rentrer sous terre !" p. 18

En effet, le colonel appartient au monde de l'Empire et revient dans celui de la Restauration dans lequel il n'a plus sa place. Ayant connu la gloire durant la période historique et politique du Directoire, du Consulat et de l’Empire (1795, 1800, 1815), il a connu la bataille d’Eylau en 1807 et, lorsque le colonel revient à Paris, une dizaine d’années a passé. Dans ce monde perverti, le colonel Chabert incarne la droiture, la fidélité, l’amour de la patrie, l’honneur, l’altruisme, la générosité.

"Certains hommes ont une âme assez forte pour de tels dévouements, dont la récompense se trouve pour eux dans la certitude d'avoir fait le bonheur d'une personne aimée." p. 47

L'avoué quant à lui est le témoin des ignominies de son siècle, il peut témoigner de tout ce qu'il a vu d'ignoble dans la nature humaine : "Je ne puis vous dire tout ce que j'ai vu, car j'ai vu des crimes contre lesquels la justice est impuissante. Enfin, toutes les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours au-dessous de la vérité." p. 57

Le colonel Chabert offre un magnifique portrait qui permet d'incarner les revers de la "comédie humaine" chère à Balzac.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Dominique

Du même auteur : Le père Goriot

 

Le colonel Chabert, Honoré de Balzac, Folio, 208 p.,Première parution en 1994,Édition de Patrick Berthier. Préface de Pierre Barbéris,Édition mise à jour en 1999, 2.50 euros

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Le diable boiteux de LESAGE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce roman picaresque raconte l'histoire d'un jeune homme nommé don Cléofas Léandro Zambullo qui libère un diable enfermé dans une fiole. "C'est moi qui introduit dans le monde le luxe, la débauche, les jeux de hasard et la chimie" déclare Asmodée, prénommé le diable boiteux, lors de sa libération. Quand Don Cléofas le délivre, en échange le diable propose de l'instruire : il va lui apprendre tout ce qu'il veut savoir, et lui montrera tout ce qui se passe dans le monde, en mettant l'accent plus particulièrement les défauts des hommes. S'ensuivent diverses aventures car aux côtés du diable, Don Cléofas pénètre les maisons, les prisons, les asiles, des tombeaux, il soulève les toits et raconte les histoires et secrets de chaque habitant

"J'admire Messieurs les hommes : leurs propres défauts leur paraissent des minuties au lieu qu'ils regardent ceux d'autrui avec un microscope.."

Lesage a voulu montrer les "sottises humaines" ces vices inévitables de la nature humaine naturellement encline au mal. Le diable ne méprise pas forcément le genre humain mais il apprend à aller au-delà des apparences et à ne pas en être dupe. Il est lui-même ambigu, caractéristique même du mal.

Ce récit plutôt plaisant a connu beaucoup de succès à sa parution en 1707 grâce à la multiplicité et à la vivacité des aventures. Il peut être vu comme une métaphore de l'écrivain qui offre à ses lecteurs une exploration des âmes humaines...

 

Présentation de l'éditeur : Folio

 

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Des lions comme des danseuses de Arno BERTINA

Publié le par Hélène

Le roi de Bangoulap, un village du pays bamiléké au Cameroun, décide d'intenter une procédure contre le Musée du Quai Branly. Il s'indigne en effet de devoir payer 12 euros pour accéder aux oeuvres d'art de son pays, alors que l'accès est gratuit pour d'autres. S'il demande initialement l'accès gratuit aux oeuvres de son pays, mais de fil en aiguille, les revendications se durcissent. D'où l'expression "On lève un lièvre, et c'est un lion"...

Dans cette courte fiction placée dans un futur imaginaire, l'auteur s'interroge sur l'accès à la culture et surtout sur la spoliation des biens culturels africains pratiquée par les pays fondateurs de l’Union européenne durant les années de colonisation et encore aujourd'hui. Plus largement ce sont les rapports entre l'Afrique et l'Europe qui se retrouvent au centre de cette fable dans laquelle le "Dieu Pognon" est en passe d'être destitué...

Ce que j'ai moins aimé : un peu court et expéditif.

 

Présentation de l'éditeur : La contre allée http://www.lacontreallee.com/catalogue/fictions-deurope/des-lions-comme-des-danseuses

Collection Fictions d'Europe : collection née d'une rencontre entre la maison d'édition La Contre Allée et la Maison euopéenne des sciences de l'homme et de la société. Désireuses de réfléchir ensemble au devenir de l'Europe, La Contre Allée et la MESHS proposent des récits de fiction et de prospective sur les fondations et refondations européennes.

 

Des lions comme des danseuses, Arno BERTINA, La contre-allée, 2015, 60 p., 6 euros

Un mois en éditeur

 

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Monsieur Origami de Jean-Marc CECI

Publié le par Hélène

« A quoi sert-il d'avoir si être nous manque. »

Maître Kurogiku vit seul dans une grande maison abandonnée en Italie. Arrivé du Japon 40 ans auparavant, il passe ses heures à s'adonner à l'art du washi, papier papier artisanal japonais, dans lequel il plie des origamis. L'arrivée d'un jeune homme, Casparo, qui "voudrait construire la montre qui puisse contenir toutes les mesures du temps." va bouleverser son équilibre.

"Je fais sans doute comme vous : je passe mon temps à une activité dont personne ne voit l'utilité. C'est sans doute ce que l'on appelle la passion." p. 56

Entre silences et mots suspendus, les échanges entre les deux hommes s'esquissent avec subtilité, modelant peu à peu leur âme vers le changement.

Autour de l'origami, art ancien populaire venu de Chine et apporté au Japon par des moines bouddhistes, se tisse un roman délicat, placé sous le signe du dénuement.

"L'origami le plus populaire et symbolique au Japon est la grue.

La légende raconte que si l'on parvient à plier mille grues en papier, tous nos voeux se réalisent.

Senbazuru. La légende des mille grues." p. 43

Une belle poésie philosophique se dégage de ces pages;

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : TéléramaBabélio

Vous aimerez aussi : Neige de Maxence Fermine

 

Monsieur Origami, Jean-Marc Ceci, Gallimard, août 2016, 128 p., 15 euros

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Ca nous apprendra à naître dans le nord de Amandine DHEE et Carole FIVES

Publié le par Hélène

"Quand t'es née dans le Nord, t'as forcément des ouvriers qui se raccrochent désespérément aux branches de ton arbre généalogique, un sandwich à l'omelette à la main."

Carole Fives et Amandine Dhée sont en résidence d'écriture "afin de créer du lien social et des espaces de dialogues en développant un travail de questionnement des mémoires et de l'histoire d'un territoire, et contribuer à sa transmission et à la valorisation d'un patrimoine..."  et dans ce cadre, elles enquêtent sur l'histoire ouvrière en berne du quartier de Fives, à Lille. Entre tribulations dans le quartier, interventions des habitants, les deux auteures se retrouvent souvent autour d'un café dans les bistrots du coin pour discuter de l'avancement de leur projet - ou de sa stagnation...

Au final, les deux femmes nous offrent un patchwork désopilant, original au ton humoristique, léger et grave à la fois.

Un supplément audio est disponible sur le site de l'éditeur : Louise Bronx mène l'enquête à sa façon et collecte des sons dans l'environnement sonore du quotidien et les harmonise ensuite en temps réel au contacte de Carole Fives et Amandine Dhée. Un complément très appréciable !

Une belle réussite !

 

Présentation de l'éditeur : La contre allée

D'autres avis : Cathulu ;  Babélio

Des mêmes auteurs : de Carole Fives : Une femme au téléphone ♥ ♥ ♥ ♥ ; Quand nous serons heureux ♥ ♥ ♥; C'est dimanche et je n'y suis pour rien ♥ ♥ ♥ ♥

 

Ma participation pour Un mois un éditeur consacré ce mois-ci aux éditions de la Contre Allée

 

http://yspaddaden.com/

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Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie AZOULAI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"On dit qu'il faut un an pour se remettre d'un chagrin d'amour. On dit aussi des tas d'autres choses dont la banalité finit par émousser la vérité."

Prix Médicis 2015

Titus a quitté Bérénice, préférant rester avec sa femme Roma. Bérénice décide alors de rejoindre son homonyme racinienne et plonge corps et âme dans les tragédies  et dans l'oeuvre de Racine. Pour se consoler, pour oublier. La vie du dramaturge défile alors de sa jeunesse à Port Royal à sa mort en passant par le faste de Versailles. L'homme prend forme peu à peu, au-delà du créateur de génie, c'est un homme différent qui apparait, tiraillé entre son éducation religieuse et son attirance pour les lumières.

"Parfois, à la nuit tombée, Jean est épuisé par cette ronde d'éclipses qui commence dès l'aube, cette alternance d'anneaux, où il doit faire entrer toute son âme et qui n'ont jamais la même diamètre, tantôt larges, confortables, tantôt étroits, jusqu'à l'étranglement. Tantôt clairs, tantôt obscurs. La gloire, l'ingratitude, la gloire, l'ingratitude, la gloire, ad nauseam..." p. 147

En étudiant son oeuvre centrée sur la passion et ses débordements, Bérénice espère peut-être comprendre ce qui l'a emportée et l'a laissée transie sur le rivage de la rupture.

"Si vous parvenez à saisir tout ce qui se passe dans l'annonce d'une séparation, vous êtes au coeur de la condition humaines, ses désirs, sa solitude. On peut disséquer la mort d'une âme sans verser une seule goutte de sang." p. 193

Mais :

"Vouloir comprendre ce qu'on appelle l'amour c'est vouloir attraper le vent" p. 288

Dans une langue travaillée, proche de la grâce, l'auteur livre un bel hommage à la littérature, à ces textes classiques essentiels, essentiels pour se sauver, pour pratiquer la catharsis, pour comprendre comment d'autres ont succombé aux passions ou s'en sont affranchis, pour s'échapper un temps d'une réalité trop lourde à porter, pour qu'un personnage nous aide à porter notre destin incertain à bout de bras... Elle évoque la littérature, comme consolation pour "quitter son temps, son époque, construire un objet alternatif à son chagrin, sculpter une forme à travers son rideau de larmes." p. 20

Un texte magnifique !

 

Présentation de l'éditeur : P.O.L et Folio

Vous aimerez aussi : Phèdre de RACINE

 

Titus n'aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, folio, février 2016, 304 p., 7.70 euros

Merci à l'éditeur

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La mort du roi Tsongor de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

                            

♥ ♥ ♥ 

"Il était comme un survivant stupide qui voit toute une génération d'hommes mourir et reste seul, hébété, au milieu d'un monde sans nom."

Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massala, doit marier sa fille Samilia à Kouame, Aux côtés de son fidèle Katabolonga, le roi n'aspire qu'à du repos après avoir mené tant de campagnes sanguinaires laissant sur son chemin multitude de cadavres. Malheureusement, la paix va être de courte durée puisque surgit un ancien prétendant de Samilia et que le vieux roi doit à nouveau se heurter à des dilemnes inextricables. La guerre est à sa porte...

Faut-il honorer ses promesses même si pour ce faire une guerre va décimer famille et patrie ? Samilia et sa famille sont pris entre deux feux et le vieux Tsongor ne pourra guère les aider à résoudre ce cruel dilemne. Mais les personnages de cette tragédie sont des êtres faillibles, qui font des erreurs humaines qui coûtent des vies. La guerre semble inévitable, voulue par tous, même par ceux qui ont les moyens de la stopper. La nature humaine serait-elle foncièrement belliqueuse ? 

Marchant sur les traces de son père, Souba, le fils du roi Tsongor va être le seul à devenir plus humain, il va connaître la honte qui lui permettra d'accéder à l'humilité qui rend les hommes plus vrais.

« Souba, même s’il n’a pas compris le sens de cette route longue et difficile que son père lui a offerte en héritage, a obéi. Il a pressenti que la vie est un voyage, une longue errance jamais terminée. Cette route était sagesse et pauvreté matérielle qui seules, pouvaient le sauver. Ainsi Souba sans s’en apercevoir, a transformé sa vie en offrande et en don de soi. Contre toutes les apparences, il est le seul à avoir réussi." 

Porté par un souffle épique hors du commun, digne des plus grandes tragédies grecques, Laurent Gaudé fait montre en ces pages d'un talent extraordinaire pour nous parler de sacrifice, de fierté, de l'envie de vivre qui quelquefois supplante la raison, de fidélité, d'identité. 

 

Présentation de l'éditeur : Actes sud 

Vous aimerez aussi : Du même auteur :  Ouragan  Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège 

Autre : Antigone de Henry BAUCHAU

D'autres avis : LilibaKathel Val 

 

La mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé, Actes Sud, Babel, janvier 2005, 6.60 euros

Merci à Sandra...

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Une femme au téléphone de Carole FIVES

Publié le par Hélène

Charlène 62 ans est une mère qui trompe sa solitude en passant des appels à sa fille. Appels tour à tour enjoués, culpabilisants, désespérés ou excessifs. Pour cette femme cancéreuse, bipolaire à ses heures, ces appels sont le moyen de se raconter, de se livrer, de partager ses aventures liées à ses rencontres sur des sites de rencontre, de parler de son quotidien entre grisaille et rose bonbon.

"Meetic ? Ah non j'ai arrêté, c'est toujours les mêmes têtes. Ceux qui vont sur Meetic, c'est comme ceux qui vont chez Ikea, ils cherchent des choses standard. Et moi je suis pas standard." p. 15

Après sa visite chez un psy, elle commente : "Elle m'a dit tout ce que mon père m'avait fait, enfin, elle savait tout. C'était très dur, je suis complètement détruite. Maintenant, y a plus qu'à reconstruire. Un nouveau départ. Le problème c'est que le prochain rendez-vous c'est pas avant septembre. Dans deux mois. Je les passe comment juillet-août moi ? Je me colle un panneau "en chantier" ? " p. 44

Elle en profite pour insidieusement envoyer des piques à sa fille, dans une demande constante d'attention, d'amour conjuguée à une toxicité inébranlable.

"Comment ça, on ne fait pas des enfants pour les garder pour soi ? Ce sont des phrases toutes faites ça, qu'on dit quand on n'a pas de coeur. La vérité c'est qu'on fait les enfants pour soi, sinon c'est trop égoïste." p. 76

Au détour de ses critiques, elle distille toutefois des conseils avisés :

"Des disputes ? Mais il faut faire des efforts pour garder un homme voyons, ça ne va pas de soi. Mets-toi à la place de ce pauvre garçon, tu ne repasses pas, tu ne cuisines pas, tu vis dans un foutoir monstrueux, quel avantage a-t-il à vivre avec toi ? Maintenant que vous attendez cet enfant, tu ne peux plus tout envoyer bouler comme avant. Il faut mettre de l'eau dans son vin, bien sûr la vie à deux ce n'est pas toujours drôle, on préfèrerait rester seule bien tranquille, profiter de sa maison, manger une connerie quand on en a envie, regarder le programme qu'on préfère à la télé... Le couple, c'est dur, mais il faut s'accrocher, pour ne pas finir toute seule." p. 83

A travers ce portrait Carole Fives nous offre un texte drôle, intelligent, jubilatoire et profond à la fois, une vraie réussite !

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur :Quand nous serons heureux ; C'est dimanche et je n'y suis pour rien

D'autres avis : Télérama

 

Une femme au téléphone, Carole Fives, L'arbalète Gallimard, janvier 2017, 112 p., 14 euros

 

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Elles sont parties pour le nord de Patrick LECOMTE

Publié le par Hélène

1917 la petite Wilma 11 ans vit dans une cabane avec son père trappeur dans le Grand nord canadien. Un jour, de retour d'une expédition dans la ville, son père lui ramène un livre qui va changer sa vie Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. La jeune fille, proche de la nature s'intéresse alors de plus près aux grues blanches qu'elle observe d'un promontoire près de la cabane. Elle aperçoit alors celle qu'elle prénommera Akka, une grue boiteuse qu'elle retrouvera saisons après saisons. Mais les années passant, Wilma comprend que cette espèce à laquelle elle est tant attachée est en voie de disparition. Elle décide alors de lutter pour la préservation de l'espèce.

Ce récit s'inspire de la véritable histoire du déclin de la grue blanche d'Amérique, il suit les différentes grandes étapes de la conservation. Aujourd'hui la situation s'est améliorée mais la menace rôde encore dans l'ombre car il n'en reste que 300.

https://www.registrelep-sararegistry.gc.ca/

Ce que j'ai moins aimé :

Il manque un souffle romanesque à l'histoire : le début était prometteur dans le grand froid canadien, puis les grandes étapes de la préservation prennent le devant de la scène au détriment de l'histoire de la jeune fille. Les sauts temporels annihilent toute tentative pour rentrer dans l'histoire car au moment où l'on s'attache au personnage et aux lieux, l'ellipse temporelle nous amène des années plus tard.

Bilan : Un premier roman qui reste prometteur malgré ses maladresses.

 

Présentation de l'éditeur : Préludes

D'autres avis : Babelio

 

Elles sont parties pour le nord, Patrick Lecomte, Préludes, mars 2016, 288 pages, 14.30 euros

 

Merci à l'éditeur.

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