Antigone de Henry BAUCHAU

Publié le par Hélène

antigone

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L’auteur :

Henry Bauchau (1913-2012), psychanalyste, poète, dramaturge, essayiste, romancier, est l’auteur d’une des œuvres les plus marquantes de notre temps – publiée par Actes Sud.
Récemment : Déluge (roman, 2010), Dialogue avec les montagnes (1968-1971) (nouveau volume de son journal, 2010), L'Enfant rieur (récit, 2011), Tentatives de louange (recueil de poèmes, 2011), Temps du rêve (récit, 2012), Pierre et Blanche (Souvenirs et documents sur Blanche Reverchon et Pierre Jean Jouve, 2012) et Chemin sous la neige. L'Enfant rieur vol. 2 (récit, 2013).

En 2008, Le Boulevard périphérique (repris en Babel, n° 972) avait obtenu le prix du Livre Inter.

 L’histoire :

 Lumineuse, féminine, intrépide, l’Antigone d’Henry Bauchau nous est peut-être plus présente que celle des dramaturges. Et sans doute fallait-il un roman pour vraiment incarner les passions de la jeune mendiante qui, après avoir suivi son père, le roi aveugle, des années durant jusqu’au terme de son parcours, contre toute prudence prend le chemin de Thèbes avec l’espoir d’empêcher la guerre entre les fils de Jocaste, ses deux frères tant aimés. Commence alors pour elle une suite d’épreuves, de doutes, d’humbles joies et d’inexorables déchirements. Traversée d’épisodes sublimes où resplendissent la beauté des chevaux, l’éclat des armes et la vaine gloire des combats, l’Antigone de Bauchau n’en est pas moins une œuvre d’écoute et d’attention à la souffrance, qui chante les regrets de l’amour, l’apaisement des blessures, l’ambivalence des désirs, les mystères de la filiation. Dans une écriture limpide, semblant souverainement précéder toute rhétorique, Henry Bauchau traverse les âges de l’humanité jusqu’à atteindre un temps des origines, une matière première des passions et des arts, d’où il fait soudain jaillir cet événement merveilleux : la naissance du théâtre. Par-delà les éblouissements que nous procure parfois la littérature, il y a bel et bien dans ce livre quelque chose d’éternel. Comme est éternelle Antigone, figure laïque et rédemptrice, symbole de paix et de féminité, qui défie les lois viriles de la haine — et nous éclaire depuis des millénaires, face aux millénaires à venir. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Là où Sophocle et Anouilh commençaient la relation du mythe à la mort de Polynice et Etéocle, Bauchau choisit de remonter le cours du temps et de cueillir Antigone à son retour de Thèbes, quand ses deux frères sont encore vivants et qu’elle peut espérer, elle, la petite sœur, les sauver. Elle veut les empêcher de s’entredéchirer, elle veut la paix et le bonheur aux côtés d’Hémon. Elle refusera jusqu’au dernier instant de prendre parti pour l’un ou l’autre, fidèle à leur souvenir et à leur amour. Mais les deux jumeaux se battent pour Thèbes, pour l’amour perdu de leur lumineuse mère Jocaste, pour exister, parce que ce duel incessant les résume et les résumera jusqu’à la fin. Une surenchère incessante se joue entre eux. Antigone résistera jusqu'à la fin. 

  " Ils pensent tous que je vais échouer. On a bien le droit d’échouer. De tenter seulement de faire un peu de lumière et des ombres, comme la lampe dans l’escalier, et de s’éteindre ensuite sans bruit. 

Clios doit danser ce soir en regardant les étoiles. Peut-être qu’il pense un peu à Antigone et se dit, à sa manière, que tout a un sens qui nous donne parfois des instants, des instincts de bonheur. »  (p. 138)

L'Antigone de Bauchau est un personnage profondément humain, émouvant, elle soigne les blessures de l’enfance comme celles de la cité peuplée de pauvres affamés. Elle semble bien plus adulte et posée que chez Anouilh. Ismène joue un rôle important, sœur compréhensive et tout aussi combative tandis que Créon tire les ficelles dans l’ombre.  

  Bauchau  nous livre un texte beau fort, à la fois  lyrique et épique dans ces combats puissants comme soumis à une chorégraphie céleste.

 « Dans sa lutte avec Créon elle ne conteste pas la loi de la cité qui est alors la loi des hommes. Elle affirme seulement qu’il y a une loi plus haute et qu’en tant que femme elle entend la suivre. Elle reste encore aujourd’hui un modèle de ce que pourrait être une pensée, une éthique, une action féminine délivrée des modèles masculins qui pèsent encore tant sur les femmes.

En face d’Antigone un homme peut entrer dans une colère meurtrière comme Créon, il ne peut plus craindre d’être victime de sa séduction ou de sa ruse » Henry Bauchau, JOURNAL d’Antigone (1989-1997), p. 256

 Ce que j’ai moins aimé :

 Je n’ai pas pu m’empêcher de comparer avec le texte d’Anouilh, et j’ai préféré ce dernier.

 Premières phrases :

 « Depuis la mort d’Oedipe, mes yeux et ma pensée sont orientés vers la mer et c’est près d’elle que je me réfugie toujours. A l’ombre d’un rocher, j’écoute la rumeur du port et des hommes et les cris des oiseaux de mer. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Œdipe sur la route, Diotime et les lions

Autre : Antigone de Jean ANOUILH  

D’autres avis :

Lu dans le cadre du Blogoclub

 

blogoclub 

Antigone, Henry Bauchau, Actes Sud, Babel, août 1997, 7 euros

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Commenter cet article

Nadael 08/03/2013 10:51


Je viens de voir que Philisine avait lu Diotime, toi Antigone... très envie de découvrir Bauchau que je n'ai encore jamais lu.

Hélène 08/03/2013 11:22



Une belle découverte, je te le conseille.



sylire 02/03/2013 10:22


Je n'ai pas lu le texte d'Anouilh. Je l'ai dans ma PAL mais je lirai l'Antigone de Bauchau avant. Dans Oedipe sur la route, on fait la connaissance d'Antigone et j'ai adoré ce personnage tel
qu'imaginé par Bauchau. Il me tarde de la retrouver !

Hélène 02/03/2013 13:20



Comme toi j'ai envie de retrouver les personnages rn lisant oedipe sur la route ou diotime



clara 02/03/2013 09:05


j'avoue mes lacunes sur la place publiqu car je n'ai jamias lu cet auteur.. 

kikine 01/03/2013 22:31


Inévitablement, je serai portée à comparer avec Anouilh aussi mais bon, lui ayant réécrit cette pièce aussi, pourquoi pas tenter une autre version ?

Anis 01/03/2013 21:07


J'aime beaucoup l'Antigone d'Anouilh. mais je lirai cette version-là par curiosité.

Philisine Cave 01/03/2013 19:38


En passant chez Sylire, j'étais motivée mais là carrément, je me retiens très fort. Parce que la tentante comparaison avec le texte d'Anouilh me titille. Merci pour cet article complet.

jerome 01/03/2013 19:37


Sympa cette version d'Antigone, je note.

luocine 01/03/2013 10:29


j 'apprécie beaucoup cet auteur mon préféré c'est "l'enfant bleu" dont tu ne parles pas à moins que ce soit "l'enfant rieur" .


et comme toi j'aime son Antigone mais celui d'Annouilh est un pur chef d'oeuvre qui touche encore les jeunes d'aujourd'hui


Luocine

Hélène 01/03/2013 10:56



Je n'ai noté que les titres de la trilogie liée aux héros de la mythologie.. Je note cet enfant bleu, merci !



Valérie 01/03/2013 09:47


J'ai quant à moi choisi un très court texte mais très fort, une belle histoire de femme. 

Hélène 01/03/2013 10:55



Je le lirai aussi je pense !



Itzamna 01/03/2013 08:58


Une belle découverte pour moi aussi : j'ai vraiment aimé cette écriture. Je pense que je suivrai ton conseil en allant lire Anouilh.

Hélène 01/03/2013 09:28



Tu verras, il te plaira !