La femme gelée d’Annie ERNAUX

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

L’auteure :

 

Agrégée et professeur de lettres modernes maintenant à la retraite, Annie Ernaux a passé son enfance et sa jeunesse à Yvetot, en Normandie. Elle est née dans un milieu social plutôt modeste : ses parents étaient d’abord ouvriers, ensuite petits commerçants. Contrairement à ses parents, Annie Ernaux allait régulièrement à l’école et apprenait bien. Elle a fait ses études à l’université de Rouen.

Elle est successivement devenue institutrice, professeure certifiée puis agrégée de lettres modernes. Elle a enseigné au début des années 70 au collège d’Evire à Annecy.

En 1984 elle a obtenu le prix Renaudot pour un de ses ouvrages à caractère autobiographique, La Place.

Très tôt dans sa carrière littéraire, Annie Ernaux a renoncé à la fiction pour revenir inlassablement sur le matériau autobiographique constitué par son enfance dans le café-épicerie parental d’Yvetot. À la croisée de l’expérience historique et de l’expérience individuelle, son écriture, dépouillée de toute fioriture stylistique, dissèque l’ascension sociale de ses parents (la Place, la Honte), son adolescence (Ce qu’ils disent ou rien), son mariage (la Femme gelée), son avortement (l’Événement), la maladie d’Alzheimer de sa mère (Je ne suis pas sortie de ma nuit), puis la mort de sa mère (Une femme), son cancer du sein (l’Usage de la photo, en collaboration avec Marc Marie). Elle écrit sur (mais non pas dans) la langue de ce monde ouvrier et paysan normand qui a été le sien jusqu’à l’âge de dix-huit ans, âge auquel elle a commencé, à son tour, à s’élever socialement.(Source : babélio)

 

L’histoire :

 

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un "cadre", mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c'est une femme gelée. C'est-à-dire que, comme des milliers d'autres femmes, elle a senti l'élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d'enseignante. Tout ce que l'on dit être la condition "normale" d'une femme. (Source : babélio)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Annie Ernaux peint le portrait d'une femme dans les années 60 et met subtilement en avant les limites de l’émancipation féminine dans ces années-là. Cette femme gelée, ce fut elle, mais ce fut aussi et c'est encore d'autres femmes dépossédées d'elles-mêmes et de toutes leurs aspirations. 

Elle voyait dans le modèle de ses parents un couple bien plus moderne avec un père qui épluchait les pommes de terre et faisait à manger. Aussi, quelle ne fut pas sa désillusion quand elle s'est retrouvée confrontée à un mari progressiste dans ses propos, mais bien moins dans ses actes :

 

« Un mois, trois mois que nous sommes mariés, nous retournons à la fac, je donne des cours de latin. Le soir descend plus tôt, on travaille ensemble dans la grande salle. Comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune couple moderno-intellectuel. Qui pourrait encore m’attendrir si je me laissais faire, si je ne voulais pas chercher comment on s’enlise, doucettement. En y consentant lâchement. D’accord je travaille La Bruyère ou Verlaine dans la même pièce que lui, à deux mètres l’un de l’autre. La cocotte-minute, cadeau de mariage si utile vous verrez, chantonne sur le gaz. Unis, pareils. Sonnerie stridente du compte-minutes, autre cadeau. Finie la ressemblance. L’un des deux se lève, arrête la flamme sous la cocotte, attend que la toupie folle ralentisse, ouvre la cocotte, passe le potage et revient à ses bouquins en se demandant où il en était resté. Moi. Elle avait démarré, la différence. »

 

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Annie Ernaux met en scène le long et insidieux délitement des idéaux d’égalité dans le couple : elle nous montre  comment les aspirations féminines à l’égalité, la liberté, l’émancipation par les études ainsi que ses capacités de résistance ou de révolte sont sapées en douceur, sans conflit ouvert par le quotidien, par le poids des modèles sociaux, par la mauvaise conscience des femmes et la mauvaise foi des hommes...

 « Quatre années. La période juste avant.

Avant le chariot du supermarché, le qu’est-ce qu’on va manger ce soir, les économies pour s’acheter un canapé, une chaîne hi-fi, un appart. Avant les couches, le petit seau et la pelle sur la plage, les hommes que je ne vois plus, les revues de consommateurs pour ne pas se faire entuber, le gigot qu’il aime par-dessus tout et le calcul réciproque des libertés perdues. Une période où l’on peut dîner d’un yaourt, faire sa valise en une demi-heure pour un week-end impromptu, parler toute une nuit. Lire un dimanche entier sous les couvertures. S’amollir dans un café, regarder les gens entrer et sortir, se sentir flotter entre ces existences anonymes. (…) Toutes les filles l’ont connue, cette période, plus ou moins longue, plus ou moins intense, mais défendu de s’en souvenir avec nostalgie. Quelle honte ! Oser regretter ce temps égoïste, où l’on n’était responsable que de soi, douteux, infantile. » (p. 110)

 

« Organiser, le beau verbe à l’usage des femmes, tous les magazines regorgent de conseils, gagnez du temps, faites ci et ça, ma belle-mère, si j’étais vous pour aller plus vite, des trucs en réalité pour se farcir le plus de boulots possibles en un minimum de temps sans douleur ni déprime parce que ça gênerait les autres autour. » (p. 155)

 Ce que j’ai moins aimé :

- Rien  

Premières phrases :

 

« Femmes fragiles et vaporeuses, fées aux mains douces, petits souffles de la maison qui font naître silencieusement l’ordre et la beauté, femmes sans voix, soumises, j’ai beau chercher, je n’en vois pas beaucoup dans le paysage de mon enfance. »

 Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : L'évènement

Autre : Le deuxième sexe de Simone de BEAUVOIR

 

La femme gelée, Annie Ernaux, Folio, avril 1987, 181 p., 4.40 euros

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Commenter cet article

tagada 10/11/2014 18:46

c'est dans les années 60, pas 50

George 29/07/2013 10:36


Je suis tombée sur un extrait de ce roman et j'ai tout de suite voulu l'avoir pour le lire. Donc je l'ai et ton billet est une piqûre de rappel !

Hélène 29/07/2013 10:51



Un très beau roman qui porte à réfléchir...



Yv 10/07/2013 15:47


j'aime beaucoup A. Ernaux, que je lis de temps en temps. Son écriture va à l'essentiel et touche le lecteur. Ce livre, comme La place et les autres...

Hélène 11/07/2013 10:15



je vais faire comme toi et la relire de temps en temps...



charmant-petit-monstre 09/07/2013 08:19


Oh qu'il me plaît bien ce livre ! Je note. 

Hélène 09/07/2013 09:27



Je suis sûre qu'il te plaira !



Philisine Cave 08/07/2013 22:10


Que je suis contente de découvrir un autre titre de cette auteure chouchou (je fais ma Clara) et avec un titre d'enfer ! Idéal pour les chaleurs qui s'annoncent enfin. Bises

Hélène 09/07/2013 09:31



Oui je t ele conseille !



jerome 08/07/2013 19:55


Pas lu celui-ci mais je crois qu'il me conviendrait parfaitement^^

Hélène 09/07/2013 09:32



serais-tu un homme gelé ? Est-ce toi qui gère les cocottes minutes ??? 



clara 08/07/2013 08:52


je ne suis pas objective : j'adore l'oeuvre de cette auteure

Hélène 08/07/2013 09:13



Je te comprends;..



Athalie 07/07/2013 10:57


Je l'avais lu juste après "La place" qui est dans mes livres cultes pour toujours tellement il m'avait serré le coeur. "La femme gelée" m'avait moins marqué, mais sans doute parce que j'étais
trop loin, à l'époque, de cette femme mûre et de ses préoccupations. En tout cas, une écriture et une voix singulière à lire et relire.

Hélène 08/07/2013 08:49



Relis le maintenant, tu vas comprendre ...



Margotte 07/07/2013 09:17


Un très bon souvenir de lecture !


Les publicités font très peur :-(

Hélène 08/07/2013 08:50



Oui les publicités sont démentielles !



keisha 07/07/2013 07:47


Jamais lu, mais c'est prévu de découvrir l'auteur. Toi et Dominique en rmettez une couche...

Hélène 08/07/2013 08:50



Mais oui mais oui il FAUT la découvrir !!


 



Dominique 05/07/2013 14:31


C'est le premier roman que j'ai lu d'A Ernaux, à l'époque je vivais à Annecy comme l'auteur et les lieux où elle promenait son enfant étaient les lieux où je baladais mes filles ...


j'ai aimé ce livre et cette première révolte de femme devant les différences, depuis je n'ai pas cessé de la lire

Hélène 06/07/2013 21:22



Je la rédécouvre aussi avec plaisir !


 



cathulu 05/07/2013 12:32


Cette première phrase, je m'en souviens encore ! Une lecture marquante!

Hélène 06/07/2013 21:22



Oui vraiment !