Mapuche de Caryl FEREY

Publié le par Hélène

mapuche.jpg

♥ ♥ ♥

  « Non la cruauté des hommes n’avait pas de limites… »

L'auteur : 

Caryl Férey a grandi en Bretagne, une terre qu'il aime pour ses côtes déchiquetées, ses concerts dans les bistrots et ses tempêtes. Grand voyageur, il a parcouru l'Europe à moto, puis a fait un tour du monde à 20 ans. Il a notamment travaillé pour le Guide du Routard.

En 1994, paraît chez Balle d'Argent, petite maison d'édition rennaise, son premier roman "Avec un ange sur les yeux". Il sort la même année son premier polar, puis quatre ans plus tard le très remarqué Haka. Il écrit aussi pour les enfants, pour des musiciens, le théâtre et la radio. Il se consacre aujourd'hui entièrement à la littérature.


Il a obtenu le Prix SNCF du polar 2005 pour Utu et le Grand prix de littérature policière 2008 pour Zulu.

2010 : Grand chelem avec "Zulu" - dix prix, neuf traductions, film tourné au cinéma à l'été 2012 par Jérôme Salle. (Source : Babélio)

 L'histoire :

Jana est Mapuche, fille d un peuple indigène longtemps tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne.
Rubén Calderon aussi est un rescapé, un des rares «subversifs » à être sorti vivant des geôles clandestines de l'École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune soeur, durant la dictature militaire.

Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la Place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature, et leurs tortionnaires...

Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Puis un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d'un travesti, « Luz », qui tapinait sur les docks avec « Paula », la seule amie de la sculptrice. De son côté, Rubén enquête au sujet de la disparition d une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d un des hommes d affaires les plus influents du pays. Malgré la politique des Droits de l'Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des bourreaux rôdent toujours en Argentine. Eux et l'ombre des carabiniers qui ont expulsé la communauté de Jana de leurs terres ancestrales...

 http://carylferey.net/rubrique_livre.html

 Ce que j'ai aimé : 

Mapuche est un roman fort, d'autant plus fort qu'il s'appuie sur des évènements réels, servis par une documentation précise, notamment l'enlèvement d'environ 500 enfants durant la dictature en Argentine :  

« Parmi les cinq cents bébés volés durant la dictature, beaucoup n’étaient pas répertoriés à la BNDG, la banque génétique.

La plupart de leurs parents n’avaient jamais réapparu, pulvérisés à la dynamite, brûlés dans des centres clandestins, incinérés dans les cimetières, coulés dans le béton, jetés des avions : sans corps exhumés ni recherchés par les familles, ces enfants resteraient à jamais des fantômes.

On confiait les bébés à des couples stériles, proches du pouvoir, officiers, policiers, parfois même aux tortionnaires, faux documents à l’appui.  » (p. 157)

Ces enfants n’ont pas accès à leur histoire, on leur a volée sans espoir de retrouver la vérité et la trace de leurs véritables parents. Caryl Ferey a imaginé qu'un microfilm existait répertoriant tous les renseignements sur ces enlèvements, et permettant enfin aux grands-mères d'espérer que la vérité soit révélée :

"Pas seulement la vérité sur ce qui était arrivé à leurs enfants et leurs maris : la vérité sur le disparition des trente mille personnes enlevées par la dictature, ce qu'on avait fait de leurs dépouilles, cette aprt volée de l'Histoire argentine." (p. 424)

Cela leur permet de commencer le travail de deuil, de combler les vides et d'espérer se reconstruire.

"Un pays sans vérité est un pays sans mémoire." (p. 425)

Jana et Ruben, réunis pour éclaircir la disparition d'un travesti et de la fille d'un des proches du pouvoir, vont rapidement relier ces disparitions à cette affaire des bébés enlevés, et comme les grands-mères, vont lutter pour que la vérité éclate, sans jamais abandonner. Ils iront jusqu’au bout de leur quête, au péril de leur vie souvent ! Les scènes de ce fait très violentes sont atrocement réalistes, comme pour mieux montrer que l'abandon et la demi-mesure n'est guère possible dans ce monde-là. 

« Les Grands-Mères se battraient jusqu’à leur dernier souffle, sans esprit de vengeance mais sans pardon, ni oubli. « Ils ont peut-être réussi à tuer nos maris et nos enfants, mais ils n’ont pas réussi à tuer notre amour. » répétaient-elles. (p. 193)

   

mapuche-1-copie-1.jpg 

Ce que j’ai moins aimé :

Ames sensibles, s’abstenir, les scènes de torture sont… des scènes de torture ! Rien n’est édulcoré et c’est aussi ce qui fait la force de  ce roman !

L'entrelacement entre l'histoire de l’Argentine et l'intrigue n'est pas totalement fondu, certains paragraphes arrivent en début de chapitres, comme une introduction quelque peu artificielle.

Le style oscille entre envolées lyriques presque naïves quand il s’agit de l’idylle des protagonistes et  passages plus basiques, sans recherche particulière :

« Jana éparpilla ses lèvres sur sa bouche et se sentit fondre comme un bonbon quand il enroula sa langue à la sienne. » (p. 142) « Il lui avait donné le baiser le plus sensuel de sa vie, avant de la planter comme une conne, devant l’aviateur au sourire déboulonné. » (p. 169)

 Ces petits défauts s'effacent néanmoins devant la puissance du sujet...

Premières phrases :

 « Un vent noir hurlait par la portière de la carlingue. Parise, sanglé, inclina son crâne chauve vers le fleuve. On distinguait à peine l’eau boueuse du Rio de la Plata qui se déversait depuis l’embouchure.

Le pilote avait mis le cap vers le large, en direction du sud-est. Un vol de nuit comme il en avait fait des dizaines dans sa vie, bien des années plus tôt. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Zulu

Autre : Luz ou le temps sauvage de Elsa OSORIO

 D’autres avis :

Presse : L'express ;Télérama

Blogs : Pierre Faverolle  ; Jean-Marc ; Jostein Interview  

 

Mapuche, Caryl Ferey, Gallimard, série noire, 2012, 450 p., 19.90 euros

Commenter cet article

Marilyne 05/01/2013 11:41


J'avoue, je ne l'ai toujours pas lu, c'est mal ^^ Pourtant, ce que j'avais été impressionnée par Zulu ( même promo que Val pour le prix Elle ), et par les précédents dévorés après ( et beaucoup
ri avec son " Petit éloge de l'excès " ). Je suis étonnée que le livre déçoive par la platitude de certaines scènes, j'ai pourtant le souvenir d'une écriture très forte et pointue. Caryl
n'aurait-il pas su gérer l'alternance entre les scènes très documentées et celles plus " romanesques " ?

Hélène 05/01/2013 12:54



En plus tu as sa dédicace si je me souviens bien  (en mode jalouse..)



Noukette 30/12/2012 23:55


Je commencerai par Zulu qui est dans ma PAL... Cela dit, il semblerait qu'il faille avoir le coeur bien accroché pour lire cet auteur...

Hélène 01/01/2013 16:02



Oui effectivement il faut mieux le lire à jeûn...



Dominique 30/12/2012 09:52


C'est parce que j'ai énormément aimé "Luz" que j'hésite à lire celui là, pourtant les avis sont très bons même avec les quelques bémoles que tu mets, je vais attendre de le trouver en poche je
crois

Hélène 30/12/2012 16:26



Il est beaucoup plus violent que Luz, disons pour comparer qu'il a aussi le mérite de parler des mapuchos, peuple peu connu...



Valérie 29/12/2012 11:08


Et moi, il ne me fait pas craquer l'auteur et pourtant, pour le Prix Elle 2009, nous l'avons eu un long moment en face de nous pour un échange de questions- réponses car il avait gagné. 

Hélène 29/12/2012 18:38



Ah bon ??? Je suis jalouse !



Valérie 29/12/2012 11:07


Tu expliques très bien pourquoi je ne dois pas le lire. Je suis à peine remise de la scène de l'oreille sur barbecue de Zulu. 

Hélène 29/12/2012 18:38



C'est cru n'est-ce pas ?? 



Alex-Mot-à-Mots 28/12/2012 18:47


Je n'aime pas trop ses longs romans, trop noirs et cruels à mon goût. Je le préfère dans ses écrits plus courts (pour une fois....)

Hélène 29/12/2012 18:39



Je vais me pencher sur les plus courts alors ! merci du conseil !



luocine 28/12/2012 12:07


bon, résumons: le sujet est horrible mais on doit en parler car il ne faut jamais oublier les crimes d el'histoire, et en cela l'auteur est respectable , mais son style est loin de faire
l'unanimité!


je vais passer mon tour , jai besoin de livres qui remontent le moral !


merci pour ce billet


Luocine

Hélène 29/12/2012 18:39



C'est à peu près ça... 



Milie 28/12/2012 11:28


Etant une inconditionnelle de Ferey, j'ai lu Mapuche dès sa sortie et j'ai dévoré ce livre riche en documentation. j'ai séjourné à Buenos Aires et suis sensible à l'histoire des enfants volés.
A ce jour, ce sont les grands-mères qui manifestent sur la place de Mai. Et même si l'écriture est crue, elle est malheureusement bien adaptée à l'histoire de ce pays. J'ai totalement
oublié les scènes de sexe.....


Zulu pose une autre problématique qui concerne l'Afrique... A lire aussi!


Milie

Hélène 29/12/2012 18:40



Je pense en lire d'autres de cet auteur effectivement...



juliette 28/12/2012 10:53


Il est particulièrement nul dans ses envolées romantico-lyriques et ses scènes de sexe. Dans le "j'ai aimé", je suis étonnée de ne pas voir : "le physique de l'auteur"> Un peu d'honnêteté
intellectuelle, que diable!

Hélène 28/12/2012 10:55



C'est vrai, j'aurais dû, mais j'ai essayé d'être TOTALEMENT objective sur ce bouquin....



jerome 28/12/2012 09:14


Les quelques bémols que tu soulèves me refroidissent. En plus tu classes ce titre dans la catégorie "roman policier" donc forcément, j'aurais tendance à faire une croix dessus^^

Hélène 28/12/2012 10:46



Surtout qu'avant Hiaasen t'attend...