Tribulations d’un précaire de Iain LEVISON

Publié le par Hélène

                                             tribulations-dun-precaire.gif

  ♥ ♥ ♥

   « Il s’agit de survivre. Encore y a-t-il de la grandeur dans la survie, et cette vie manque de grandeur. En fait, il s’agit seulement de s’en tirer. » (p. 13)

   L’auteur :

  Iain Levison est un écrivain américain d'origine écossaise qui vit à Philadelphie. Son premier roman, Un Petit Boulot, a rencontré un succès important.


L’histoire :

Tribulations d’un précaire est un récit écrit à la première personne. Avec un regard acéré et décalé sur le monde du travail, l’auteur relate avec un humour noir et décapant les petits boulots qu’il a été amené à exercer aux États-Unis pour survivre, après un passage dans l’armée et un diplôme de lettres. Aucune des compétences acquises ne lui servira jamais… Ni pour transporter câbles et cafés lors du tournage d’un film underground, découper des poissons dans un supermarché de luxe, remplir des cuves de fuel ou conduire un camion de déménagement... Ni pour les travaux de forçat en Alaska aux côtés de travailleurs immigrés.

 

Ce que j’ai aimé :

 -         La précarité est un thème qui aurait pu plomber rapidement l'atmosphère de ces récits autobiographiques, ce qu'évite avec brio Iain Levison grâce à un ton décalé et à un recul humoristique.  

 

« Au cours des dix dernières années, j’ai eu quarante-deux emplois dans six États différents. J’en ai laissé tomber trente, on m’a viré de neuf, quant aux trois autres, ç’a été un peu confus. C’est parfois difficile de dire exactement ce qui s’est passé, vous savez seulement qu’il vaut mieux ne pas vous représenter le lendemain. Sans m’en rendre compte, je suis devenu un travailleur itinérant, une version moderne du Tom Joad des Raisins de la colère. À deux différences près. Si vous demandiez à Tom Joad de quoi il vivait, il vous répondait : "Je suis ouvrier agricole". Moi, je n’en sais rien. L’autre différence, c’est que Tom Joad n’avait pas fichu 40 000 dollars en l’air pour obtenir une licence de lettres. » ( p. 12)

 

 L'auteur fait preuve d'une clairvoyance assumée sur sa vie et sur le système économique qui l'amène à connaître ces "tribulations" courtes et décevantes. Car non seulement l'université ne mène nulle part, (« Le fait est qu’à le fin de ma troisième année, quand les chasseurs de têtes étaient venus recruter, je n’avais pas vu une seule annonce portant la mention « licence de lettres exigée. » » (p. 186))  mais ensuite les emplois laborieusement trouvés s'avèrent frustrants, absurdes, voire dangereux (dans le cas notamment des déménageurs) et ne permettent nullement de bénéficier d'un salaire décent ou d'une quelconque couverture sociale. Sans parler du fait que, bien sûr, ils vont à l'encontre de tout épanouissement personnel...

 

« Des types me disent qu’ils ont trouvé le job de leurs rêves. Des types avec lesquels je me soûle me le disent quelquefois, les plus jeunes. Mais trois semaines plus tard, je les retrouve serveurs de bar. « Qu’est-ce qui s’est passé avec le super boulot ? » Ils haussent les épaules. « Ca n’a pas marché. » » (p. 179)

 

« Suivez avec confiance la direction de vos rêves, a dit Thoreau. Par la suite, il a ajouté que la plupart des hommes mènent une vie de désespoir silencieux, signe que peu d’entre nous suivaient son conseil. » (p. 179)

 

Le conclusion reste sans appel :

 

«  Le véritable problème c’est que nous sommes tous considérés comme quantité négligeable. Un humain en vaut un autre. La loyauté et les efforts ne sont pas récompensés. » (p. 187)

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          J’ai moins aimé le long chapitre consacré à la pêche en Alaska, moins humoristique que les autres.

 

Premières phrases :

 « C’est dimanche matin et j’épluche les offres d’emploi. J’y trouve deux catégories de boulots : ceux pour lesquels je ne suis pas qualifié, et ceux dont je ne veux pas. J’étudie les deux. Il y a des pages et des pages de la première catégorie, des postes que je n’obtiendrai jamais. Expérience de six ans exigée dans tel et tel domaine, parler couramment le chinois, pouvoir piloter un jet face à une défense antiaérienne, et avoir SIX ANS d’expérience en chirurgie cardiaque. Salaire de départ trente-deux mille dollars. Faxez votre C.V. à Beverly. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Un petit boulot

Autre : Le couperet de Donald WESTLAKE

 

D’autres avis :

 

Télérama

Kathel 

  

Tribulations d'un précaire, Iain LEVISON, Traduit de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle, Liana Levi Piccolo, 2007, 186 p., 8 euros

 

Merci à Kathel qui a chaleureusement accepté de faire voyager ce roman jusqu’à moi.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 06/09/2011 17:25



Je n'accroche pas trop avec cet auteur. Je luis redonnerai sa chance d'ici quelques temps.



Hélène 06/09/2011 22:52



...ou pas ! il y a tant d'auteurs à découvrir, passe ton chemin si tu n'accroches pas !



gambadou 05/09/2011 22:00



je vais  déjà noter "petit boulot", et après, on verra !



Hélène 06/09/2011 08:51



Sage attitude !



clara 04/09/2011 21:38



Je vais attendre un peu... laisser un peu de temps car mon billet sur  le quai de Ouistreham a suscité des commentaires inattendus (et des mails  de toutes sortes ) ...



Hélène 05/09/2011 12:19



C'est aussi le plaisir de tenir un blog, créer une polémique sur un livre. En tous cas sur "le quai de Ouistreham", je te rejoins entièrement...



Kathel 04/09/2011 15:00



C'est un auteur que je n'ai découvert qu'un peu tardivement (grâce aux blogs, me semble-t-il) et que je retrouve vonlontiers de temps en temps... Mon préféré doit être "Un petit boulot".



Hélène 04/09/2011 16:08



Je pense avoir préféré celui-ci à "un petit boulot", lu il y a longtemps. merci encore pour le prêt...



A_girl_from_earth 04/09/2011 14:03



Ah j'avais adoré, et depuis je suis fan de cet auteur. J'admire les personnes qui ont la capacité de rire de leurs malheurs!



Hélène 04/09/2011 16:09



Oui, j'aimerais aussi être dotée d'un tel humour !



Aifelle 04/09/2011 10:45



Suite au billet de Kathel, il a rejoint ma PAL



Hélène 04/09/2011 16:08



Tu verras, il vaut le passage dans ta PAL



Dominique 04/09/2011 10:31



pour tous ceux qui souffrent au travail si je comprends bien, j'ai modérément aimé un autre roman de cet auteur sur la pêche d'ailleurs ( c'est un obsession chez lui !) mais celui là pourquoi pas
?



Hélène 04/09/2011 10:38



Il parle très intelligemment de la précarité !



juliette 04/09/2011 10:22



Adoré comme tout ce que fait ce chouchou de moi, qui excelle dans tous les genres. J'ai aimé la partie sur l'Alaska, le pire du pire des boulots de merde.



Hélène 04/09/2011 10:39



Je n'avais lu de lui que 'un petit boulot", je vais me pencher sur les autres..



keisha 04/09/2011 09:27



Je le lirai dorcément, les deux que j'ai déjà lus m'ont énormément plu! L'Amérique telle qu'on la voit peu...



Hélène 04/09/2011 10:39



Oui, une vision originale et juste !