Le pays des petites pluies de Mary AUSTIN
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Publié en 1903 Le Pays des petites pluies est un recueil d’essais poétiques et descriptifs dans lequel Mary Austin dresse un portrait vibrant et profondément lyrique du désert américain, notamment la région de la vallée d'Owens (Californie). À travers une prose évocatrice, elle raconte la vie dans ces terres arides, aussi bien celle des plantes et des animaux que celle des humains : colons, bergers, Amérindiens, chercheurs d’or ou ermites.
Ce que j'ai aimé :
L'authenticité du récit s'appuie sur l'authenticité de l'expérience. L'autrice offre des portraits, des anecdotes de la vie locale, mettant l'accent sur les communautés humaines peuplant ces territoires. Elle présente une description minutieuse du désert qui n'a rien de désertique sous sa plume, peuplé de mouflons, cerfs, coyotes, busards, lézards, faucons, une vie qu'elle observe et livre à son lecteur. Cet environnement est constitué d'éléments interdépendants. Le titre lui-même insiste sur ce point : il évoque un climat sec et capricieux, où la pluie est rare et précieuse, mais aussi source de vie.
Ses récits combinent une précision naturaliste et l'expression de la dimension émotionnelle et imaginative de son rapport aux choses : elle sait capturer les détails minutieux et les sensations que procure ce milieu, qu’il s’agisse de la chaleur accablante, des ombres qui dansent sur le sol ou de la rareté de l'eau.
Le désert est vu aussi dans son aspect spirituel : Austin est persuadée de la nécessité d'un contact avec le monde naturel comme antidote aux excès du monde moderne. Le désert n'est pas simplement un espace géographique ; il est un lieu où l’âme humaine peut se perdre, se confronter à sa solitude, et peut-être même trouver une forme de rédemption ou de transformation. La rencontre avec la nature dans son état brut devient un moyen de se reconnecter à quelque chose de plus grand, un écho de la recherche de sens dans un monde complexe.
Dans ces espaces cohabitent populations indiennes, hispaniques et anglo-américaines. Austin s'intéresse particulièrement à la manière dont les Indiens de Californie vivent en harmonie avec cet environnement austère. Elle présente leur rapport à la terre comme une forme de respect et de compréhension profonde, en contraste avec des attitudes plus destructrices. Pour Austin, la culture indigène incarne une forme d’intimité et de respect envers la nature qui contraste avec l'approche utilitaire et exploitante des sociétés occidentales.
L'intention pédagogique d'une sensibilisation à la beauté et à la valeur de l'environnement est un trait largement partagé par toute la tradition du nature writing, elle fait ressentir "l'esprit", l'âme du lieu, son pouvoir envoûtant.
"Venez donc, vous qui êtes obsédés par votre importance dans l'ordre des choses et qui ne possédez rien que vous n'ayez obtenu sans peiner, venez par les sombres vallées et les collines charnues jusqu'au pays des jours paisibles, et faites vôtres la générosité, la simplicité et la sereine liberté." (La petite ville au treilles)
Mary Austin est souvent vue comme une figure pionnière du nature writing aux États-Unis. Son écriture a influencé de nombreux écrivains, dont Edward Abbey et Wallace Stegner qui ont eux aussi exploré les complexités du désert et la relation de l'homme à la nature. L'oeuvre rappelle que, même dans les lieux les plus inhospitaliers, il existe une beauté et une complexité qui méritent d’être explorées, comprises et célébrées !
Présentation de l'éditeur : Le mot et le reste