Au pays des hommes de Hisham MATAR
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À Tripoli en 1979, la société libyenne vit sous l’emprise du régime autoritaire du Muammar Kadhafi. Suleiman, neuf ans, tente de grandir dans cette atmosphère étouffante : son père est mystérieusement absent et sa mère, qu’il aime autant qu’il craint, sombre peu à peu dans l’alcool et l’angoisse, tandis que la maison se remplit de silences et de secrets.
Un jour, au cœur de la ville, Suleiman aperçoit son père dissimulé derrière de grandes lunettes noires, mais celui-ci les ignore. Dès lors, la peur s’installe : des hommes armés fouillent la maison, le père de son meilleur ami est arrêté, et sa mère brûle un à un les livres de la bibliothèque familiale, comme si un danger invisible les menaçait.
Ce que j’ai aimé :
J’ai repéré ce roman dans un article de Courrier International qui pointait les romans capables de nous en apprendre davantage sur un pays qu’un documentaire. Et en cela, ce roman est effectivement remarquable. En choisissant d’adopter le point de vue du jeune Suleiman, l’auteur parvient à créer une tension implicite plus forte que toutes les explications. Le lecteur adulte peut combler à sa manière les blancs inhérents à l’histoire et découvrir ainsi de multiples ramifications à ce roman qui ne parle pas seulement de la Libye de Kadhafi et des régimes totalitaires, mais qui interroge aussi le courage, la traîtrise, l’amour d’une mère. Il évite le pathos toujours grâce au point de vue de cet enfant un brin égoïste, qui aimerait être le centre du monde, mais sent qu’on lui cache des choses importantes.
« De la sollicitude. Je pense que c’est ce que je cherchais désespérément. Une sollicitude chaude, stable, immuable. En un temps de sang et de larmes, dans une Libye pleine d’hommes couverts d’hématomes et maculés d’urine, taraudée par le manque et désireuse de se libérer, j’étais cet enfant ridicule en quête e sollicitude. Et même si je n’y songeais pas en ces termes à l’époque, l’auto-apitoiement avait viré à la détestation de soi. » (p. 227)
Si bien que pages après pages, ce roman réussit le rare challenge de devenir universel, et de s’intégrer majestueusement dans la lignée des chefs d’œuvre de la littérature.