L’écume des jours de Boris VIAN

Publié le par Hélène

                                       ecume des jours

 ♥ ♥

   L’auteur :

 

 Boris Vian est né d'un père rentier et d'une mère musicienne (harpe et piano). Il est le second de quatre enfants. A douze ans, on lui découvre une insuffisance aortique.

Il intègre l'École centrale en 1939 et devient ingénieur en 1942. 
Cependant, passionné de musique, en particulier de jazz, il passe le plus clair de son temps dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés. Il s'y fait connaître comme trompettiste et rédige des articles dans plusieurs journaux de jazz dont Jazz Hot. Par ailleurs, il écrit plusieurs centaines de chansons.

Vian est influencé par le mouvement existentialiste, auquel il contribue dans sa "Chronique du menteur", au sein de la revue de Sartre les Temps modernes.

Son premier roman célèbre (sous l'hétéronyme de Vernon Sullivan) est J'irai cracher sur vos tombes, écrit en 1946. Le roman est très controversé, notamment parce qu'il est retrouvé sur les lieux d'un crime passionnel. Boris Vian est condamné en 1950 pour outrage aux bonnes mœurs. S'ensuivent des romans tout aussi noirs et sarcastiques : Les morts ont tous la même peau, Et on tuera tous les affreux et Elles se rendent pas compte.
Si les œuvres à succès, signées Vernon Sullivan, ont permis à Vian de vivre, elles ont aussi occulté les romans signés de son vrai nom, œuvres plus importantes à ses yeux. D'après lui, seuls ces derniers avaient une véritable valeur littéraire.

1951 et 1952 seront des années sombres pour Boris Vian. Il vient de quitter son épouse Michelle Léglise, dont il a eu deux enfants, Patrick en 1942 et Carole en 1948. En 1954, il se remarie avec Ursula Kübler.

Boris Vian meurt d'une crise cardiaque quelques minutes après le début du film, J'irai cracher sur vos tombes, inspiré de son roman, au cinéma Le Marbœuf. 

Son œuvre connut un immense succès public posthume dans les années 1960 et 1970, notamment pendant les événements de mai 1968. (Source : Babélio)

 L’histoire :

 Dans un univers mêlant quotidien et onirisme, ce premier roman conte les aventures de Colin, de Chick, d’Alise et de la belle Chloé. Deux histoires d’amour s’entremêlent : Colin est un jeune homme élégant, rentier, qui met fin à son célibat en épousant Chloé, rencontrée à une fête, tandis que son ami Chick, fanatique transi du philosophe vedette Jean-Sol Partre, entretient une relation avec Alise. Tout irait pour le mieux sans les forces conjuguées de la maladie (Chloé est victime d’un « nénuphar » qui lui dévore le poumon) et du consumérisme (Chick consume ses ressources dans sa passion pour Jean-Paul Sartre) qui s’acharnent sur les quatre amis. La plume alerte de Boris Vian, qui multiplie les néologismes poétiques et les jeux de mots (le pianocktail, le biglemoi, les doublezons…) semble le faire par politesse, car sous ses dehors de roman d’amour pour éternels adolescents, l’Ecume des Jours est un piège qui étouffe petit à petit le lecteur et les personnages. A l’image de la maladie de Chloé qui s’étend, la légèreté et l’innocence qui ouvrent le roman sont progressivement contaminées par le drame.

Un classique moderne, salué à sa sortie par Raymond Queneau comme « le plus poignant des romans d'amour contemporains. » (Source : Babélio)

 Ce que j’ai aimé :

 

 « Il y a seulement deux choses : c’est l’amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid, (…). » (Avant- propos)

 

Par sa poétique irréelle, Boris Vian peint un monde tragique marqué par l’aliénation du travail, les passions dévorantes poussant à une consommation effrénée et ruineuse, un monde duquel on ne sort pas indemne. Mais au cœur de cette vision pathétique de l’existence, la passion amoureuse peut s’épanouir pour épargner quelques instants les individus pris dans la glu d’un quotidien désabusé. L’amour et la musique, deux pôles rédempteurs. Colin aime Chloé et Chloé aime Colin, et même si leur amour est condamné, il leur permet se s'échapper et de croire à un monde meilleur. Chick par contre sacrifiera son amour physique pour une passion immodérée pour un auteur à la mode qui le ruinera. N'est pas sauvé qui veut...

Aussi Boris Vian nous offre-t-il un roman-jazz à l’imaginaire foisonnant, plantant son intrigue amoureuse dans un univers fantastique absurde : des patineurs s’écrasent contre les murs et y restent collés « comme une méduse de papier mâché écartelée par un enfant cruel. » mais cela n’affecte personne, des « varlets-nettoyeurs » viennent nettoyer puis tout rentre dans l’ordre… (p. 45)

 

Les dialogues sont enlevés et drôles, comme pour conjurer le mauvais sort :

" - Ah… dit Colin. Combien vous dois-je ?...

- C’est très cher… dit le marchand. Vous devriez m’assommer et partir sans payer.

- Oh, dit Colin, je suis trop fatigué. » ( p. 194)

La puissance de la poésie et de l’imaginaire sont chantés ici avec passion. La richesse du style concoure à nous enchanter : néologismes (dilatoirement, trousse à doctoriser, zonzonner…), savant mélange des niveaux de langues, jeux de mots, mot valise (piano-cocktail). Les inventions sont tout aussi savoureuses et éclairées.

 

Un beau roman à l'univers particulier à découvrir...

Ce que j’ai moins aimé :

 Je n’ai pas été particulièrement sensible à cet univers, je reste –il faut le dire- relativement hermétique à ce qui est surnaturel…

 Premières phrases :

 « Colin terminait sa toilette. Il s’était enveloppé, au sortir du bain, d’une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l’étagère, de verre, le vaporisateur et pulvérisa l’huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'arrache-coeur

Autre : le film de Gondry

 

 L’écume des jours, Boris Vian, Le livre de poche, 6.60 euros

  

Commenter cet article

Marielle Issartel 16/05/2013 12:59



Yv 11/05/2013 17:29


J'irai peut-être voir le film, quant au livre, j'hésite à m'y replonger car je l'avais beaucoup aimé, plus jeune, je crains de ne pas y retrouver tout ce qui m'avait plu, je préfère rester sur ce
beau souvenir de lecture

Hélène 12/05/2013 13:51



Beaucoup sont déçus aussi bien par le film que par le livre !



dasola 06/05/2013 00:33


Bonsoir Hélène, pas lu et pas vu. Je n'ai jamais lu de Boris Vian: pas tentée et le film dont j'ai vu la BA ne m'attire pas du tout. Bonne fin de soirée.

Hélène 06/05/2013 10:23



Je ne vais pas t'encourager, c'est certain...



claudialucia Ma librairie 05/05/2013 18:50


C'est une LC? car j'ai déjà lu un billet sur un autre blog?


j'ai beaucoup aimé ce roman car j'ai adhéré tout de suite à l'univers de Vian mais ce n'est pas  surnaturel pour moi,  c'est plutôt un univers vu par un regard d'enfant qui joue avec
les mots. Il  faut retrouver son âme d'enfant pour le lire sans perdre de vue qu'il s'agit aussi d'une métaphore, critique du capitalisme, de l'exploitation de l'homme, critique de l'église
etc...


"Toute ressemblance avec des événements, des personnes ou des paysages réels est vivement souhaitée. Il n’y a pas de symboles et ce qui est raconté ici s’est effectivement passé". Boris Vian


J'adore l'anecdote rapportée par Jeanmi!

Hélène 06/05/2013 10:25



Non ce n'est pas une lecture commune, hasard, un de mes élèves en cours particulier devait le lire pendant les vacances, je l'accompagne...



Eric the Tiger 05/05/2013 11:58


Je suis en train de le lire. Je ne suis pas fan de l'univers. Cela ne m'empêchera pas de le lire jusqu'au bout. Au plaisir de te relire...

Hélène 06/05/2013 10:25



Je ne suis pas fan non plus...



Malika 05/05/2013 10:05


J'avais plutot bien aimé ce roman sans que ce ne soit le coup de coeur comme pour beaucoup, j'aimerais assez voir le film d'ailleurs ...

Hélène 05/05/2013 10:16



Tu me diras



Jeanmi 05/05/2013 07:01


Boris Vian qui était centralien avait, comme premier poste, été chargé de mission à l'AFNOR (Association Française de Normalisation) et dans ce cadre avait projeté de normaliser les fermetures de
soutien-gorge, énervé, disait-il, par une variété qu'il ne comprenait pas toujours. L'AFNOR ne l'a pas gardé très longtemps...

Hélène 05/05/2013 10:17







Géraldine 04/05/2013 20:55


J'ai réécouté la moitié du livre en audio (cela ma relativement laissée de glace), par contre, j'ai adoré le film que je te conseille vivement tant il nous fait entrer dans quelque chose de
merveilleux !

Hélène 05/05/2013 10:17



J'irai peut-être...



luocine 04/05/2013 18:53


j ai lu et adoré  et je n'ai ni envie de le relire ni envie d'aller voir le film. Je crois que je chéris son souvenir attaché à mes meilleures années de jeunesse


Luocine

Hélène 04/05/2013 20:37



Je crois que c'est préférable...



Philisine Cave 04/05/2013 14:07


C'est un roman que j'ai adoré jeune et je compte le relire ! bon week-end, Hélène.

Hélène 04/05/2013 20:37



Bon week-end à toi aussi !



cathulu 04/05/2013 10:50


Après ton billet, et le film de Gondry, il ne me reste plus qu'à le relire!:)

Hélène 04/05/2013 20:37



Oui go !



Alex-Mot-à-Mots 04/05/2013 10:26


Un roman un  peu "à part" il est vrai.

Hélène 04/05/2013 20:38



Différent...